"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

jeudi 6 octobre 2022

Staretz Jérôme d'Egine, maître d'amour et de paix


 

Jérôme d'Égine (1883 - 1966) est l'un des startsy les plus aimés de notre époque. Ses multiples enfants spirituels dans toute la Grèce ont conservé de bons souvenirs de leurs rencontres avec le staretz et les ont réunis pour écrire sa vie. Le staretz Jérôme est également connu au-delà de la Grèce, vénéré comme un exemple de bonté, d'humilité, d'art de maintenir la paix et d'amour du Christ.

Il vécut à une époque de grands bouleversements et de troubles. Il parlait souvent de la venue de l'antechrist avec ses disciples. Pourtant, avec sa vie, il montra l'exemple de vivre toutes les épreuves avec dignité. De chaque adversité, il sortit plus fort et plus riche en esprit qu'auparavant.

Né en Cappadoce à l'époque de l'empire ottoman, il grandit dans une communauté chrétienne confrontée à d'intenses pressions de son environnement. Vasilios ([Basile] son nom avant le monachisme) avait reçu l'ordination en tant que diacre et avait servi à Constantinople. Il inspira beaucoup des brebis de son troupeau par sa sainteté, sa vie ascétique et sa voix mélodieuse. Mais il s'attira aussi des ennemis, effrayé par son zèle et sa fermeté dans la foi. Vasilios était confronté à la question amère : devrait-il continuer à servir la liturgie face à l'opposition et risquer d'exacerber les divisions entre les fidèles ? Bientôt, il eut une vision du Seigneur Lui-même qui le convainquit de son indignité de servir la Liturgie. Il prit sa retraite du ministère actif et alla dans l'ascèse en tant qu'ermite dans un petit monastère.

L'effondrement de l'Empire ottoman au début des années 1920  déracina de nombreux Grecs orthodoxes, les forçant à se déplacer en Grèce dans le cadre des échanges massifs de population. Parmi ces nouveaux réfugiés, Jérôme s'installa à Égine, et devint rapidement  connu pour ses soins aux malades et son ministère parmi plusieurs patients atteints de tuberculose.

Finalement, il établit un hôpital à Égine, où il prêcha parmi les patients et trouva de nombreux disciples. Il construisit également des églises et fondé l'ermitage de l'Annonciation de la Mère de Dieu. Il pratiquait l'aumône et donnait des instructions spirituelles à ses multiples disciples.

Toujours dans les années 1920, il fut pris dans une amère controverse sur la transition de l'Église grecque vers le nouveau calendrier. Pour lui, cette décision était un signe dangereux de sécularisation de l'Église. Comme il le déclara en 1940, « L'Église de Grèce, en changeant le calendrier festif, est devenue malade, changement qui a été le début et la cause de nombreuses mauvaises choses. » Des factions au sein de l'Église commencèrent à apparaître. Pourtant, Jérôme appréciait l'unité de l'Eglise avant tout et il ne rejoignit aucun groupe séparatiste. Ce faisant, il suivit l'enseignement de saint Jean Chrysostome : "même si l'Église faisait une erreur, l'exactitude dans l'observance des temps ne serait pas aussi importante que l'infraction causée par la division et le schisme".

Il vécut le reste de sa vie en tant que moine et ermite. De nombreux croyants le choisirent comme père spirituel. Ceux qui le rencontrèrent pour la première fois sont souvent repartis avec l'impression qu'ils avaient rencontré un saint. Simplement et calmement, il leur révélait les aspects les plus secrets de leur monde intérieur et les pensées les plus soigneusement secrètes. Il irradiait la Grâce de Dieu, et ses paroles étaient des leçons de paix, d'amour et de sagesse.

« Trouve chez ton prochain au moins un bon trait, une qualité que tu n'as pas, et par ce trait positif, apprécie, aime, admire, réjouis-toi et perçois-le [par ce biais]. Ne porte pas trop d'attention au reste", conseillait-il.

À une femme mariée qui envisageait de divorcer, il dit : "Aie à l'esprit l'image d'un homme qui porte beaucoup de choses et qui est accablé. Pourquoi n'irais-tu pas vers lui, pour prendre quelque chose pour alléger sa charge ? Fais ça, ma sœur, et laisse ton amour prendre une partie du poids. Sois calme, ne te fâche pas et parle avec bonté." Pour lui-même, il  établit la règle suivante : "Aime tout le monde, mais n'aime personne. C'est-à-dire, n'attache pas ton esprit à autre chose qu'au Christ."

Depuis sa naissance au Ciel en 1966, le staretz Jérôme n'a pas été canonisé par les Églises russes ou grecques. Pourtant, pour de nombreux chrétiens, il reste un maître d'humilité, de paix et d'amour pour les autres.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

Obitel-minskorg

mercredi 5 octobre 2022

The Tree Heals the Tree 


Les lecteurs du Nouveau Testament connaissent bien la description que fait saint Paul du Christ comme le "second Adam". C'est un exemple de l'utilisation apostolique fréquente d'une lecture allégorique de l'Ancien Testament (j'utilise le terme "allégorie" dans son sens le plus large - incluant la typologie et d'autres formes). 

Le Christ lui-même avait déclaré que l'Ancien Testament lui rendait témoignage (Jean 5:39). Dans les Évangiles, le Christ identifie Sa propre mort et Sa résurrection avec le voyage du prophète Jonas dans le ventre de la baleine. Il compare Sa crucifixion au serpent dressé sur un bâton par lequel Moïse guérit le peuple d'Israël. Sans l'utilisation allégorique de l'Ancien Testament, une grande partie du contenu des Evangiles et du reste du Nouveau Testament serait inintelligible.

Les chrétiens orthodoxes sont très habitués à cette manière de traiter l'Écriture - l'hymnographie (écrite en grande partie pendant la période patristique) de la vie liturgique de l'Église est totalement imprégnée de cet usage de l'allégorie. Les liens entre le Nouveau Testament et l'Ancien - entre le dogme et l'allégorie de l'imagerie scripturaire se retrouvent dans presque chaque verset proposé dans un office. Ceux qui ne sont pas familiers avec la vie liturgique orientale ne sont pas conscients de ce riche héritage chrétien et de sa piété et signification doctrinale profondes.

Lors de la fête de la Sainte-Croix, l'hymnographie affirme à un moment donné : "L'arbre guérit l'arbre". C'est l'un des merveilleux commentaires sur la vie de la grâce et sa relation avec la situation difficile de l'homme. Il fait référence à la relation entre la Croix du Christ et l'Arbre de la connaissance du bien et du mal. Ce dernier était la source du fruit qu'Adam et Eve ont consommé et qui a été à l'origine de leur chute de la Grâce. L'"Arbre qui guérit" n'est autre que la Croix du Christ.

Je suis particulièrement frappé par ce traitement de l'imagerie biblique. La méditation ne dit pas que la Croix détruit l'arbre dont le fruit, ainsi que notre désobéissance, entraînèrent la tragédie humaine. L'arbre guérit l'arbre. De la même manière, le Royaume de Dieu ne détruit pas la création - il la rend plus cohérente.

Nous avons tendance à considérer l'échec et les catastrophes (qu'elles soient auto-infligées ou non) comme des tragédies profondes qui font dérailler notre vie et le monde qui nous entoure. Notre cœur s'embrouille lorsque la pensée du "si seulement" s'installe. Mais l'Arbre guérit l'Arbre. En Dieu, rien n'est perdu.

L'habitude spirituelle de la vie liturgique de l'Église consiste à voir la présence du Christ en toute chose. Toute histoire impliquant du bois ou un arbre semble trouver son chemin dans l'hymnographie de la Croix. Il en va de même pour de nombreuses autres images. Je crois que cette façon de lire les Écritures est aussi une clé de la vie chrétienne. 

Nos cœurs sont tels qu'ils ne voient généralement pas le Royaume de Dieu - nous ne voyons que l'arbre et notre désobéissance. Mais le Christ Lui-même s'est fait péché pour que nous devenions en Lui justice de Dieu (2 Cor. 5:21). Il a pris notre vie sur lui afin de pouvoir nous donner Sa propre vie. Ainsi, le Christ est entré en toutes choses pour faire toutes choses nouvelles. Rien n'est perdu.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

PRAVMIR

mardi 4 octobre 2022

Un petit ermite citadin: Quel est le rôle d'un père spirituel ?

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Ces extraits proviennent d'un article sur la vie monastique chrétienne orthodoxe, mais tout ce qu'ils disent sur le rôle du père spirituel, je le trouve tout aussi pertinent pour ceux qui vivent dans le monde.

« ... vous choisissez, ou plutôt, vous reconnaissez votre père ou votre mère spirituels, et il/wllw vous reconnaîtra comme son enfant spirituel.

...

Le père spirituel n'a pas besoin d'être une sorte de staretz clairvoyant. Il est plutôt quelqu'un à qui vous pouvez ouvrir votre cœur. Il y a souvent une reconnaissance mutuelle,  « c'est mon père » et « c'est mon fils ». Ou, du moins, que c'est une personne avec qui je veux œuvrer à mon salut.

...

Le maître, le père ou la mère spirituels, est celui/celle  à qui vous promettrez l'obéissance, comme moyen d'être obéissant au Christ. C'est une relation sacramentelle l'obéissance donnée au père spirituel pour l'amour du Christ devient l'obéissance au Christ

Le père spirituel ne vous transmettra pas quelque chose d'immoral ou d'illégal - il serait de votre devoir de désobéir à un tel commandement. Être obéissant signifie couper notre propre volonté. C'est de la formation. Mais c'est aussi un moyen de grâce, parce que nous obéissons au Christ par notre obéissance au père spirituel. C'est lui-même un moyen de grâce, de synergie ou de coopération avec Dieu, et accompli par la puissance de son énergie. Nous nous efforçons d'harmoniser notre volonté avec la volonté de Dieu, en coupant notre volonté propre dans l'obéissance. Alors l'activité de Dieu en nous, devient toute grâce. Mais plus nous résistons, nous rebellons et protestons, plus nous sommes volontaires et indépendants, plus nous rejetons la grâce de Dieu.

Les passions de l'envie et de la jalousie, de l'anxiété d'abandon, de la fierté et de tout le reste font surface dans les premières années [du disciple], si les choses fonctionnent bien.

L'obéissance n'est pas une question de soumission. Il ne s'agit pas de priver le disciple de sa volonté, ou encore moins de renoncer à sa personnalité. Ce sont des abus. Au contraire, l'obéissance est une soumission volontaire dans l'amour. 

C'est une relation d'intimité et d'ouverture les plus profondes.

La relation entre un père spirituel et un fils est une relation d'amour et de respect, mutuelle dans toutes les dimensions. Elle devient le contexte dans lequel nous développons authentiquement notre personnalité et transcendons notre egocentrisme. Se soumettre à un père spirituel signifie entrer ensemble dans une lutte mutuelle pour le salut (1Pierre 5:5). C'est une relation d'intimité et d'ouverture les plus profondes. Vous en venez à vous connaître profondément. Et pourtant, la relation d'un père spirituel et d'un fils est aussi une participation à la paternité du Christ envers le Père. C'est une relation sacramentelle, pleine de grâce. Cette grâce ne dépend pas des dons charismatiques du père spirituel, de sa maturité ou de sa clairvoyance. Bien sûr, il devrait être quelqu'un de béni par l'Église pour avoir un tel ministère, et il sera probablement prêtre. Si la relation est entreprise de bonne foi, des deux côtés, elle devient ce lien sacramentel en Christ par l'Esprit.

Nous devons nous rappeler que cette relation, parce qu'elle est le moyen même de trouver notre salut, sera jugée par le feu.

Il est important de respecter et d'avoir foi en votre père spirituel. Mais sachez avec certitude que votre père spirituel est un homme pécheur avec des passions et des défauts, comme vous. Si vous avez l'idée qu'il est sans péché et infaillible, vous ne faites que vous préparer à une énorme chute. Et si vous jugez votre père spirituel pour ses échecs inévitables, vous vous préparez également à une chute à cause de votre propre orgueil et de votre arrogance. Nous devons nous rappeler que cette relation, parce qu'elle est le moyen même de trouver notre salut, sera éprouvée par le feu. Notre foi en notre père spirituel sera tentée par d'énormes tentations, par ses erreurs et ses défauts, et par notre propre rupture, notre rébellion et notre arrogance. Mais ce qui est important, c'est de persévérer à travers les tentations, et de ne pas nous laisser le juger. On dit qu'il y a très, très peu de grands startsy dans le monde, mais ce qui est encore plus rare, c'est le vrai disciple. Nous devons nous rappeler que notre jugement expose notre propre hypocrisie, plus que celle de quiconque.

Notre foi en notre père spirituel sera tentée par d'énormes tentations, par ses erreurs et ses défauts, et par notre propre rupture, notre rébellion et notre arrogance.

La parabole du Fils prodigue est l'une des illustrations les plus vives du Seigneur et largement utilisée pour la vie monastique. Comme nous trahissons profondément notre Père, en allant vivre prodigue, gaspillant ses richesses dans une vie de prostitutions et de rebellion. En venant à nous-mêmes, enfin, nous nous repentons et retournons au Père. Comment le Père a attendu le retour de son fils bien-aimé, peu importe à quel point l'insensibilité, les paroles et les actions du fils ont blessé le père. Le Père ne nous assigne pas de place avec les serviteurs, mais nous restaure notre droit d'aînesse, maintenant un don de Grâce. De même, notre père spirituel attend que nous nous repentions, que nous revenions, afin que nous puissions recevoir le don de son amour.

« Hâte-toi de m'ouvrir ton étreinte paternelle, car comme prodigue, j'ai gaspillé ma vie. Dans la richesse infaillible de Ta miséricorde, ô Sauveur, ne rejette pas mon cœur dans sa pauvreté. Car avec componction je crie vers toi, ô Seigneur : Père, j'ai péché contre le ciel et devant toi. '(Tropaire de la tonsure monastique)

Vous avez trouvé votre père spirituel quand, vous connaissant, vous vous rendez rendez compte qu'il vous aime inconditionnellement.

Toujours dans un esprit d'amour et d'acceptation inconditionnels, même lorsque les passions font rage et que le fils est dans un état de rébellion et d'entêtement...

La relation avec le père spirituel est la façon de trouver une acceptation de soi authentique. Le père spirituel aime le fils spirituel inconditionnellement, et cet amour est le fondement pour que le fils apprenne à aimer l'autre, à s'accepter et à se regarder lui-même en toute honnêteté et à s'aimer d'une manière saine. La confession constante, l'ouverture du cœur au père spirituel et l'exposition des pensées et des penchants les plus honteux et les plus profonds, est le chemin vers cette purification profonde du cœur. Le père doit donner à son fils à la fois les encouragements et les réprimandes qui l'aident à se voir. Mais c'est toujours dans un esprit d'amour et d'acceptation inconditionnels, même lorsque les passions font rage et que le fils est dans un état de rébellion et d'entêtement.

Toute la rage, la colère, la rébellion et la haine qui sont cachées dans le cœur sont projetées sur le père spirituel.

Le père spirituel est donc appelé à être patient, peu importe à quel point le fils peut être blessant. Toute la rage, la colère, la rébellion et la haine qui sont cachées dans le cœur sont projetées sur le père spirituel. Les passions de l'envie et de la jalousie, de l'anxiété de l'abandon, de l'orgueil et de tout le reste font surface dans les premières années [du disciple], si les choses fonctionnent bien.

Le père spirituel est appelé à être patient, peu importe à quel point le fils peut être blessant.

L'obéissance est l'une des choses les plus importantes pour révéler les passions. L'obéissance exige de retrancher sa volonté ; et nos passions sont dans ce que nous voulons. 

L'obéissance exige également la coopération avec les autres frères. Nous coopérons facilement lorsque nous voulons faire quelque chose ; lorsque nous ne le faisons pas, c'est le point clé de la confrontation avec notre volonté. Et si nous avons des passions sous-jacentes, telles que l'envie et la jalousie, l'org et l'arrogance, pourquoi a-t-il pu faire cela? [Il] l'aime plus que moi... Pourquoi devrais-je faire cela ? ... ou aurais-je dû le faire... etc. - donc le véritable champ de bataille de la purification est l'obéissance. »

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

Orthodox Christian Faith and Life


lundi 3 octobre 2022

Père Andreas Agathokleous: Qui aime parfaitement ?


Je ne sais pas si, à d'autres époques, les gens ont ressenti de la confusion concernant les mots, c'est-à-dire qu'ils ont dit une chose et en voulaient dire une autre. Malgré les grandes réalisations du progrès scientifique, du développement technologique, de la réduction des distances et de l'énorme communication, je pense que, à notre époque, il y a la contradiction particulière suivante : bien que nous soyons toujours lyriques sur l'amour (dans les chansons, la poésie et la prose), en réalité, nous ne savons pas ce que c'est, parce que nous ne le vivons pas!

L'insularité, l'intérêt personnel et l'égocentrisme sont les principales caractéristiques de notre époque, tant chez les jeunes que chez les personnes âgées. Le sentiment de solitude, l'indifférence à l'égard de la vie ou de la mort, n'est pas seulement vu chez certaines personnes, quelque part ; il imprègne le monde et est confirmé par de nombreuses personnes.

L'intérêt personnel est considéré comme un intérêt authentique, l'égoïsme comme l'amour. « Je t'aime » est interprété comme « Je te veux pour moi-même, pour mes propres besoins ». Tout mouvement vers l'aide pour quelqu'un en difficulté est précurseur d'une demande d'aide pour vous-même lorsque vous en aurez besoin à l'avenir.

Quand tout est dit et fait, est-ce que tout est sombre ? Est-ce que personne n'aime vraiment ? Est-ce que tout le monde fonctionne par intérêt et par intérêt personnel ? Certainement pas. Il en est toujours qui sont « le sel de la terre » et « la lumière du monde ». Ce sont des gens qui aiment parfaitement et vraiment.

Les saints Pères nous offrent un miroir dans lequel nous pouvons nous regarder et voir si nous aimons vraiment, si nous pensons que nous aimons et si nous voulons connaître l'amour parfait.

Saint Maxime le Confesseur dit : « Les gens qui changent d'attitude envers les autres en fonction de leurs personnages n'ont pas encore acquis l'amour parfait. Ils peuvent aimer une personne et en haïr une autre, ou même parfois aimer et parfois haïr la même personne, pour les mêmes raisons » 

Il poursuit en expliquant « l'amour parfait », en disant que nous sommes tous des gens, de même nature. Nous sommes tous bons et mauvais. Et Dieu nous aime tous avec la même intensité, même si nous-mêmes ne le comprenons pas.

Les Pères ne se contentent pas simplement d'identifier le problème, mais nous disent aussi comment y faire face. 

En d'autres termes, non seulement ils font le diagnostic, mais ils offrent aussi le remède. Saint Maxime dit à ceux qui souhaitent acquérir l'amour parfait : « Les gens qui ne méprisent pas la gloire humaine et les humiliations, les richesses et la pauvreté, les plaisirs et les peines, n'ont pas acquis l'amour parfait. Parce que l'amour parfait n'est pas seulement au-dessus de toutes ces considérations, mais il ne tient pas non plus compte de cette vie fugace, ni même de la mort elle-même ».

Cela peut nous sembler difficile, au point où nous disons « Ce n'est pas pour moi. Je ne peux pas. Certes, si j'accepte qu'il soit trop difficile pour moi d'escalader une montagne, alors je n'essaierai pas de le faire, auquel cas je manquerai le plaisir de la vue. Si je me soumets à la pensée que l'amour parfait n'est pas réalisable, je ne ferai jamais d'effort pour cela et je me priverai alors de la joie de l'expérimenter.

Le Christ n'est pas venu pour nous accabler de culpabilité, ni pour nous demander ce qui est au-delà de nos pouvoirs de faire si nous le voulons. Il dit également qu'avec Son aide, nous serons en mesure de réaliser des choses qui ne seraient pas possibles par nous-mêmes. 

Il ne nous donnera pas des gouttelettes de Sa Grâce, mais des rivières entières, afin que nous puissions ensuite étancher la soif du monde qui nous entoure, par le grand amour de notre grand Dieu.


Version française claude Lopez-Ginisty

d'après

PEMPTOUSIA


dimanche 2 octobre 2022

16ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE ET LE DIMANCHE SUIVANT LE JOUR DE LA SAINTE CROIX


La lecture de l'Évangile du dimanche du jour est Matthieu 25, 14-30 et c'est la Parabole des Talents. Les versets précédents racontent l'histoire des vierges sages et des vierges folles, et se terminent par cet avertissement : Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure où le Fils de l'homme viendra. L'évangéliste poursuit avec un autre exemple tiré de l'enseignement du Christ dans les paraboles. Le Seigneur utilise souvent les termes "roi", "seigneur", mais dans ce cas, "homme", pour symboliser soit Dieu le Père, soit Lui-même. Le Christ montre ici qu'il n'exige pas de nous une réponse immédiate, mais qu'Il nous donne le temps de faire nos preuves. Lorsque nous pensons aux talents, nous avons l'image d'une compétence ou d'un don de Dieu. Il existe également un usage biblique du mot qui a un lien financier avec les pièces de monnaie et le poids de l'argent.

Le Seigneur donne des responsabilités à Ses serviteurs. Dans notre contexte ecclésial, les serviteurs sont le clergé et les fonctionnaires de l'Église, dont la tâche est le salut des âmes. Il est clair que la nature humaine entre en ligne de compte et que tous n'ont pas la même force d'intention. Dans la parabole, celui qui a reçu cinq talents se met immédiatement au travail, de même que celui qui a reçu deux talents s'est attelé à sa tâche avec intégrité, mais l'homme qui a reçu un talent était d'un caractère différent. Il a agi de manière égoïste, ne pensant qu'à son propre bien-être et n'a pas utilisé le talent au service des autres. Les talents sont largement distribués et nous pouvons voir de nombreux exemples de personnes utilisant cet avantage à des fins égoïstes ou même criminelles.  Ils enterrent leur talent dans des activités terrestres plutôt que célestes, et on peut donc dire qu'ils enterrent leur talent dans la terre. 

Au temps voulu, il y a le jour du jugement. L'analogie avec les affaires est utilisée. L'investissement, utilisé à bon escient, produit un bénéfice. Les dons de Dieu, utilisés de manière désintéressée, apportent le bénéfice du salut à de nombreuses âmes. Ceux qui ont fait preuve de dévouement et de loyauté sont félicités. Comme le fait remarquer Théophylacte dans son commentaire, les saints ont le Seigneur comme richesse et ils se réjouissent en Lui. Le troisième homme a cherché à se justifier en utilisant l'excuse que son maître était un homme dur. Par là, il s'est condamné lui-même. Cette connaissance aurait dû le pousser à un plus grand effort, mais au lieu de cela, il l'a utilisée comme excuse pour son indolence improductive. Comme l'explique clairement le commentaire : "Vois-tu que celui qui s'applique le plus à la tâche s'attire le plus grand don ? A celui qui a la plus grande diligence, il sera donné plus de grâce et en abondance. Mais à celui qui n'est pas diligent, même le don qu'il pense avoir lui sera enlevé.. car il l'a effacé par sa négligence. 

La lecture de l'Évangile pour le dimanche après le jour de la Sainte-Croix est Marc 8:34-9:1 et elle est assez brève. Ce passage suit les versets dans lesquels nous lisons que Pierre avait blamé le Seigneur pour avoir voulu être crucifié et, en retour, il avait été réprimandé pour avoir pensé en termes humains. Prendre sa croix ne doit pas nécessairement être compris littéralement, bien que les saints martyrs l'aient fait. 

Nous notons que le Seigneur n'oblige personne car il dit : "Quiconque veut me suivre..." Le Christ nous appelle mais notre réponse doit être volontaire. Il nous est recommandé de ne pas nous soucier de notre corps, même si nous sommes battus ou tués. Beaucoup ont souffert la mort pour leurs crimes, mais il n'y a pas de vertu en cela, alors le Seigneur ajoute une condition "à cause de moi". Bien que l'idée semble dure au premier abord, le Christ dit ensuite : "Quiconque perdra sa vie à cause de Moi et de l'Évangile, celui-là la sauvera. Maintenant, nous entendons l'avertissement. Pensez au nombre de personnes qui s'efforcent d'obtenir le succès, le prestige et le pouvoir dans le monde. Ils jouissent d'un bref moment de plaisir, mais à un tel prix! La richesse du monde ne peut acheter le salut. Puis vient un autre avertissement. Il ne suffit pas de croire comme un pur exercice intellectuel, mais nous devons aussi confesser notre foi. Nous sommes doubles, et donc notre sanctification est double. L'âme est sanctifiée par la foi mais le corps est sanctifié par la confession. Si nous avons honte de confesser notre foi en Christ notre Sauveur, Il aura honte de nous. 

Mardi était le jour de la Sainte Croix, ou plus officiellement de "l'exaltation universelle de la Croix précieuse et vivifiante", qui commémore principalement l'invention de la Vraie Croix par sainte Hélène. Les offices font également référence à la vision de la Croix par l'empereur Constantin en 312, peu avant sa victoire sur Maxence. Il est également fait référence à l'histoire de la Croix qui est tombée aux mains des Perses lorsqu'ils ont pris Jérusalem en 614. La Croix fut ensuite reprise par l'empereur Héraclius et amenée à Constantinople en 629, où elle fut vénérée dans la cathédrale d'Agia Sophia. Il y a également des allusions à la dédicace de l'église de la Résurrection construite sur le site du Saint Sépulcre et achevée en l'an 335.

Dans les Matines du jour de la Sainte Croix, nous lisons : 

Nous vénérons le bois de Ta croix, ô Toi l'Ami des hommes, car c'est sur elle que Tu fus cloué, Toi, la vie de tous. O Sauveur, Tu as ouvert le Paradis au larron qui s'est tourné vers Toi dans la foi, et Tu l'as rendu digne de la bénédiction quand il s'est confessé à Toi en criant : "Seigneur, souviens-toi de moi". Accepte-nous comme lui quand nous crions : "Nous avons tous péché, dans Ta miséricorde ne nous méprise pas". 

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

 Joy of All Who Sorrow Church 

in Mettingham. 

ENGLAND

samedi 1 octobre 2022

Geronda Aimilianos: De la prière




La prière est la transcendance du temps et donc une entrée dans l'intemporalité, l'éternité, la perfection et la splendeur de Dieu.

La prière est notre inclusion dans la vie de Dieu, notre périchorèse en Dieu, et - si je peux le dire de cette façon, notre effacement en Dieu, afin que nous puissions devenir un avec Lui.

C'est ce qui se passe dans la prière ; c'est ce qu'est la prière. Et c'est pourquoi l'amour et la prière sont si étroitement alignés que l'un peut signifier l'autre.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après




vendredi 30 septembre 2022

Les cordes de notre âme


"Chantez les louanges du Seigneur, qui trône en Sion, proclamez parmi les nations ce qu'il a fait" (Ps. 9:11).

"Mes serviteurs chanteront de la joie de leur cœur" (Is. 65:14).

Sur le mur d'un ancien château, selon la légende, était accroché un vieil instrument brisé, couvert de poussière. Personne ne savait s'en servir et, malgré tous les efforts, personne ne parvenait à en faire sortir un seul son ! 

Un jour, un vagabond franchit les portes du château et, voyant l'objet accroché au mur, le décrocha, commença à en essuyer soigneusement la poussière et à réparer délicatement les cordes déchirées. Puis, après un long silence, les cordes s'animèrent et des sons délicieux jaillirent au contact de sa main, pénétrant jusqu'au plus profond de l'âme de toutes les personnes présentes. C'était le maître du château, qui était rentré chez lui après une longue absence.

Chacun comprend le sens secret de cette légende : l'âme humaine est comme cette harpe. Elle est brisée, poussiéreuse et silencieuse, jusqu'à ce que la main du Créateur la touche.

Les cordes de votre âme sont-elles silencieuses ? Toute louange a-t-elle cessé, toute joie a-t-elle disparu ? Oh, ouvrez grand les portes de votre cœur au Christ ! Laissez-le entrer en vous, et de sa main aimante, il nettoiera les cordes de votre âme de toute la poussière apportée par le péché et restaurera tout ce qui a été détruit et brisé dans votre cœur ; tous les faux sons se fondront alors en une merveilleuse harmonie, et un chant de louange joyeux et triomphant résonnera continuellement dans votre âme renouvelée.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Message de la Cathédrale St. John the Baptist
Washington DC
USA

mercredi 28 septembre 2022

Cristian Curte: UN RUCHER PLEIN DE MIEL SPIRITUEL Histoires des startsy Cleopa (Ilie) et Marcu (Dumitrescu) (7)

L'église de sainte Théodora de Sihla au monastère de Sihăstria. 


*

Conseils spirituels du staretz Marcu (Dumitrescu)


● Vous pouvez comprendre profondément beaucoup de choses avec l'esprit, mais si elles ne touchent pas le cœur, il n'y a là aucun bénéfice. Mais lorsque le sentiment du cœur se combine avec l'illumination de l'esprit, alors vous sentez que la Grâce de Dieu agit dans tout votre être.


● Les paroles de Dieu sont comme un diamant, et si vous tournez l'une des facettes vers le soleil, toutes les autres facettes sont illuminées.


● Dieu en sait plus sur chacun d'entre nous que nous n'en savons sur nous-mêmes.


Conseils spirituels du staretz Cleopa


● L'Église est notre mère ! Ne quittez pas l'Église, car nous sommes unis au Christ en elle.


● Que le psautier soit pour vous comme du pain. Si vous voulez manger coupez un morceau, mangez-le, faites un peu de travail, puis lisez un autre cathisme ou deux, ou trois - autant que vous le pouvez.


● Quand vous dites " Seigneur Jésus ! ", tout l'enfer tremble, mais vous devez le dire du fond de votre cœur.


● Vivez dans l'amour les uns pour les autres, car l'amour ne meurt jamais.


● Ayez le cœur d'un fils envers Dieu, l'esprit d'un juge envers vous-même, et le cœur d'une mère envers les autres.


● Un jour, alors qu'on lui montrait une nouvelle église dans le jardin du monastère, le Père a dit : "Il est plus difficile de faire un vrai moine qu'une cathédrale".


L'archimandrite Vissarion (Neag) est le troisième à partir de la droite.



Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

Orthochristian


Métropolite Onuphre : « Nous prions pour que le Seigneur remplisse d’amour le cœur des personnes qui nous tuent »

SOURCE

Dieu nous a créés non pas pour nous entretuer, mais pour nous aimer. Sa Béatitude le métropolite Onuphre (primat de l’Église orthodoxe ukrainienne [canonique]) l’a souligné lors de son sermon du 25 septembre 2022, rapporte le Département de l’information et de l’éducation de l’Église orthodoxe ukrainienne.

« Nous prions pour que le Seigneur remplisse d’amour le cœur de tous les hommes et en particulier de ceux qui tuent notre peuple aujourd’hui, qui détruisent nos villes et nos villages, afin qu’ils se souviennent que Dieu ne nous a pas mis sur terre pour que nous nous tuions les uns les autres, pour que nous nous privions de ce que nous aimons, mais pour que nous vivions en paix, dans l’amour de Dieu et les uns des autres », a déclaré le métropolite.

Sa Béatitude a souhaité : « Que le Seigneur bénisse notre pays avec la paix par les prières de la Sainte Mère de Dieu. »

mardi 27 septembre 2022

Cristian Curte: UN RUCHER PLEIN DE MIEL SPIRITUEL Histoires des startsy Cleopa (Ilie) et Marcu (Dumitrescu) (5)

 Un mariage céleste

Fr. Cleopa est resté enfermé dans un hangar pendant plusieurs semaines. Une famille bienveillante lui avait construit cette pièce secrète à laquelle on ne pouvait accéder que par le loft. Ils l'ont caché, et c'était une bénédiction pour lui. Père Cleopa était habitué à la solitude. Cela l'a aidé à plonger plus profondément dans son cœur, à monter vers Dieu à partir de là. Il n'avait besoin de rien, jusqu'à un soir où une fête de mariage a commencé à quelques mètres de là : la célébration bruyante l'avait dérangé, l'empêchant de se concentrer sur la prière. Alors il a commencé à réfléchir et à penser : « Si les gens sont si heureux ici sur terre lors d'un mariage ordinaire, alors que doit-il se passer au Ciel, quand ils rencontreront le Christ ? » Aussi simple que ça. La pensée était instantanée, et le Seigneur l'a utilisée pour l'exalter au Ciel.

Il était très difficile pour lui de transmettre ce qu'il a vécu là-bas - un amour et une joie sans limites qui ont failli lui traverser la poitrine. Qu'il soit monté au Ciel dans le corps ou hors du corps, il ne pouvait pas lui-même le dire. Il se souvenait seulement qu'il pleurait de joie, à tel point qu'il trempa ses vêtements et la serviette qu'il avait avec ses larmes. Sept minutes - c'est le temps qui s'est écoulé sur terre. Mais là, dans le royaume de la lumière, sept minutes peuvent être plus qu'une vie entière. Ils peuvent devenir une éternité.

«Père Cleopa a parlé de cet incident avec les pèlerins et dans ses livres, mais il n'a jamais avoué qu'il s'agissait de lui. Il a tout attribué à un ermite qu'il avait rencontré errant dans les montagnes, afin de ne pas tomber en proie au péché de l'orgueil. Mais il a parlé ouvertement avec le père. Marcu, et il lui a admis qu'il était cet ermite. Il a été exalté au ciel, et quand il est revenu sur terre, pas une seule pensée mondaine n'a touché son cœur pendant plusieurs mois - seulement une joie tranquille et un amour illimité. Et quand il en a parlé, ils ont tous deux pleuré. »

Coucher de soleil

Hieroschemamonk Paisie (Olaru)Hiéromoine mégaloschème Païsie (Olaru)Bien que les deux grands startsy de Sihăstria grandissaient en esprit, leur force physique déclinait chaque jour. Intérieurement, le père Marc semblait devenir plus jeune :

« Il avait un visage clair, brillant et pur, comme celui d'un enfant. Il est devenu de plus en plus silencieux, préservant sa prière qui était probablement déjà devenue incessante. Il était impossible de venir à lui et de ne pas le trouver en train de pleurer. »

Dans le monastère, le père. Cleopa recevait des pèlerins qui le cherchaient, affamés de la Parole de Vie. Mais l'alacrité avec laquelle il marchait autrefois dans les montagnes de Neamț déclinait. Lui et le père. Marcu se préparaient à leur grande transition. Père Païsie (Olaru), autre grand homme de prière de Sihăstria, avait déjà entrepris son voyage céleste un an après la révolution de 1989. Maintenant, c'était leur tour.

« La cellule de Père Marcu était de l'autre côté du mur de la mienne. Il souffrait. Je suis allé dans sa cellule plusieurs fois, pensant que nous le perdions. Il avait un pouls si faible qu'il semblait que son cœur s'était déjà arrêté. Mais par miracle, il s'est remis à chaque fois. Et il a continué ses travaux. La nuit, je pouvais l'entendre faire des prosternations, même s'il était très faible. »

Les moines de Sihăstria disent que dans les dernières années de sa vie, le père Marcu passait la moitié de la journée en prière. Ensuite, il commémorerait tous ceux qu'il connaissait et relisait le psautier. Bien que simple moine qui ne pouvait pas servir ou entendre les confessions, le père Cléopa a dit un jour à ses disciples :

« Le voyez-vous ? C'est le plus grand père spirituel de Sihăstria. »

Père Cleopa est parti en premier. Il est mort tranquillement dans sa cellule le matin du 2 décembre 1998. Père Marcu l'a suivi deux mois plus tard, le 28 février. C'était comme s'il se précipitait aux ruches pour s'asseoir en conversation avec son aîné et son ami. Et bien sûr, c'est ce qu'ils font maintenant. Ils conversent dans la fraicheur du Paradis entouré d'abeilles et de fleurs. Et le Christ est toujours assis à la table avec eux, comme il s'était assis avec eux alors, quand ils étaient ici, dans le paradis de Sihăstria.

Version française Claude Lopez-Ginistyd'aprèsORTHOCHRISTIAN



lundi 26 septembre 2022

Cristian Curte: UN RUCHER PLEIN DE MIEL SPIRITUEL Histoires des startsy Cleopa (Ilie) et Marcu (Dumitrescu) (4)

Parmi les pèlerins qui affluaient à la cathédrale d'Apuseni se trouvait le futur Père Vissarion, alors petit garçon de onze ans. Râmeț fut le premier monastère dans lequel il mit les pieds. C'était en fin d'après-midi. Ils avaient marché toute la journée, et quand ils sont arrivés, la vigile de nuit avait déjà commencé dans l'église. Il fut tout simplement fasciné par les voix des religieuses chantant le tropaire de la Très Sainte Mère de Dieu aux kliros :

Archimandrite Dometie (Manolache ; 1924-1975)Archimandrite Dometie (Manolache ; 1924-1975)« Je l'ai ensuite répété pendant des jours dans les bois : « Très Sainte Mère de Dieu  aie pitié de nous ! » C'était un hymne comme je ne l'avais jamais entendu sur terre - le chant angélique. C'est alors que j'ai décidé de devenir moine. »

Père Dometie est devenu son premier modèle, une image de sainteté :

« J'ai entendu comment il parlait au peuple de la Mère de Dieu et de l'amour maternel pour les enfants. Ses paroles ont pénétré au plus profond de mon âme. »

Il était là quand le père Dometie est mort d'une crise cardiaque devant la petite église où il servait souvent. Il était si gentil qu'il donnait aux pauvres tout ce que les pèlerins lui apportaient. Père Vissarion se souvient que lorsque le père. Dometie est mort, il ne portait pas de chemise :

« Ils n'en ont pas non plus trouvé dans sa cellule. Ils ont dû aller en chercher une en ville, alors ils avaient quelque chose pour le mettre dans le cercueil. Des gens comme lui et le père Cleopa et Marcu de Sihăstria étaient l'idéal pour moi - des moines qui s'étaient complètement sacrifiés pour le Christ. »

Persécution

« À Slatina, à Bucovine, le père Cleopa rassembla une fraternité des moines les plus dignes. Cela comprenait le père Marcu (Dumitrescu), Père Petroniu (Tănase), qui partit plus tard pour le Mont Athos, Père Arsenie (Papacioc), le père spirituel de Techirghiol, Leonida Plămădeala, le futur métropolite d'Adrealu, et bien d'autres. Mais les agences de sécurité n'ont pas aimé cela, bien que ces fraternités n'aient toutes prêché que le Christ, sans entrer du tout en politique.

La fraternité du monastère de Slatina. L'archimandrite Cleopa est au milieu. 1950La fraternité du monastère de Slatina. L'archimandrite Cleopa est au milieu. 1950     

Alors le Père Cleopa, qui a rassemblé des milliers de paysans autour de lui avec ses sermons, fut arrêté pour la première fois :

« Ils l'ont emmené à la Securitate et ne lui ont pas permis de dormir. Ils ont mis des projecteurs sur son visage pour essayer de lui faire perdre la tête. Mais ça n'a pas marché. Conscient de ce qui l'attendait, il s'est enfui dans le désert. Mais le père Marcu n'a pas réussi, et ils l'ont arrêté là-bas au monastère. »

Père Cleopa s'est caché dans les montagnes pendant des mois. Il n'a dit à personne où il allait afin de ne pas mettre en danger ses compagnons ascètes. Il a passé des jours et des nuits entiers à la belle étoile, restant en prière pour lui-même et pour ceux qui avaient été arrêtés, pendant longtemps. Il mangeait tout ce qu'il pouvait trouver dans la forêt. Finalement, un pieux bûcheron commença à l'aider, lui apportant un peu de pain sec. Père Cleopa creusait des fosses pour lui-même, mais il n'y  restait pas très longtemps, afin de ne pas se faire remarquer.

Ces années l'ont fortifié par la patience et la prière. Père Marcu traversait son propre « désert » en même temps - le désert aride des chambres de torture. Ils le maintenaient en isolement pendant des semaines à la prison de Jilava. Il était dans un enfer vivant. 

Un jour, un corbeau vola à travers une fenêtre qui n'avait pas de vitre - un oiseau ordinaire auquel il n'aurait pas prêté attention plus tôt, en liberté. Mais ici, parmi les murs gris qu'il regardait jour après jour, cela lui sembla être un signe de Dieu - un signe que là, au-delà des murs de la prison, la vie continuait comme d'habitude ; la belle nature créée par Dieu est là-bas, et beaucoup de liberté :

« Il a dit au père Cleopa qu'il était si heureux de voir une créature vivante que lorsque l'oiseau s'est envolé, il n'a même pas remarqué les difficultés de la prison pendant plusieurs jours."

Version française Claude Lopez-Ginistyd'aprèsORTHOCHRISTIAN


dimanche 25 septembre 2022

Cristian Curte: UN RUCHER PLEIN DE MIEL SPIRITUEL Histoires des startsy Cleopa (Ilie) et Marcu (Dumitrescu) [3]

 Monastère de Crişan - la création du père. Vissarion (Neag)

Monastère de Crişan - la création du père. Vissarion (Neag)     

Maintenant, plus de deux décennies après que ces paroles mystérieuses furent prononcées, l'higoumène igera compris ce que son père spirituel voulait lui dire à l'époque. En effet, après la révolution de décembre 1989, la Transylvanie a commencé à appeler ses fils chez elle, et des centaines de moines des monastères moldaves et munteniens ont commencé à y ér des skites et des monastères, corrigeant les erreurs de l'histoire impitoyable par leur zèle. La prophétie de Père Cleopa s'est accomplie. Seulement, Père Vissarion a dû parcourir un long chemin avant cela - un chemin qui a commencé dans son enfance lorsqu'il a entendu pour la première fois l'appel des monastères qui a fait entendre son appel dans son âme.

Père Dometie, ascète et anargyre

Les paysans allaient au monastère, vieux et jeunes, tôt le matin dès l'aube. La fraîcheur du matin est l'ami du pèlerin, car elle rend son chemin plus léger. Et ils devaient traverser les montagnes, les vallées et les rivières au débit rapide

Montagnes Apuseni, ou Carpates occidentalesMontagnes Apuseni, ou Carpates occidentales     

« Bien que les temps aient été hostiles pour l'Église, il y avait beaucoup de pèlerins. Des centaines ! Et les monastères n'avaient pas, pour les pèlerins, les conditions qu'ils ont maintenant. Maintenant, ils ont de meilleures conditions, mais la vieille admiration et la révérence semblent avoir disparu. »

Ils marchaient toute la journée - tout le monde, même les jeunes enfants, et tous juste pour se tenir debout quelques heures à l'ombre des pierres de Râmeț,[2] en écoutant la parole de Père Dometie, apôtre des montagnes Apuseni. Tout le monde le suivait sans cligner des yeux. Des villages entiers autour du monastère étaient sous son autorité spirituelle, et il les nourrissait avec le zèle d'un martyr. C'était comme si l'esprit des martyrs qui ont donné leur vie au peuple et à la foi était entré en lui.

Monastère de Râmeț. Photo : Valentin IliescuMonastère de Râmeț. Photo : Valentin Iliescu
Version française Claude Lopez-Ginistyd'aprèsORTHOCHRISTIAN



15ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE

Sainte Eanswythe de Folkestone

Plusieurs choses se rejoignent aujourd'hui. Nous sommes arrivés à l'Apodose de la Nativité de la Génitrice de Dieu. L'Apodose est la fin de la fête, parfois appelée l'abandon de la fête. C'est aussi le dimanche précédant l'Exaltation de la Croix. Le jour de la Sainte-Croix (l'exaltation universelle de la Croix précieuse et vivifiante) est mardi prochain. Il y a une lecture spéciale de l'Évangile pour la Croix, Jean 3:13-17. D'une certaine manière, ce bref passage semble être au milieu d'un récit et nous devons nous rappeler que le Seigneur s'adressait à Nicodème qui voyait en lui un enseignant et un prophète. 

Le Christ explique doucement qu'il n'est pas simplement un prophète terrestre envoyé par Dieu. Pour expliquer l'expression Fils de l'homme, Théophylacte écrit dans son commentaire : "Puisque le Christ a deux natures unies en une seule hypostase, ou personne, les noms qui se réfèrent à sa nature humaine peuvent aussi être adressés à Dieu le Verbe ; inversement, les noms qui se réfèrent au Verbe divin peuvent être adressés au Christ en tant qu'homme. Ainsi, dans ce verset, le Christ s'est appelé le "Fils de l'Homme", qui est descendu du Ciel. 

Le Christ a bien dit qu'Il serait crucifié, mais Il a utilisé un symbole, le serpent sur le bâton de Moïse (Nombres 21:5-9) qui est traditionnellement considéré comme représentant la Croix. Il s'agit d'une prophétie, d'un type, d'une préfiguration, en actes plutôt qu'en paroles. 

Le commentaire explique : Voyez comment le type s'accomplit en vérité : là, la ressemblance avec un serpent, mais sans venin ; ici, le Seigneur en tant qu'homme, mais exempt de l'aiguillon du péché, venant " à la ressemblance d'une chair pécheresse ", c'est-à-dire à la ressemblance de la chair, bien que dans sa chair il n'y ait pas eu de péché (Romains 8:3). Puis, aux versets 16-17, nous lisons que Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné Son Fils unique, non pas un ange, ni un prophète, ni un fils parmi tant d'autres, mais son Fils unique. En cela, il a montré un amour qui ne peut être surpassé. Nous devons nous rappeler qu'il y a deux venues du Christ. La première a déjà eu lieu et elle avait pour but de sauver le monde. La seconde venue sera pour juger le monde et rendre à chacun de nous selon ses actes.

Sainte Eanswythe de Folkestone

Le calendrier des saints d'aujourd'hui comporte une liste importante de noms, dont celui de sainte Eanswythe de Folkstone, une higoumène saxonne très vénérée du VIe siècle. Elle était la fille du roi Eadbald du Kent et de sa seconde épouse, Emma. Son grand-père, Ethelbert, fut le premier roi anglo-saxon d'Angleterre à accepter le baptême chrétien. La pieuse Eanswythe, avec le soutien de son père, fonda le premier couvent de ce pays à Folkestone. 

Un prince païen vint dans le Kent pour épouser Eanswythe, mais elle refusa malgré un précédent familial. Sa tante, Ethelburga, avait épousé le roi païen Edwin quelques années auparavant, ce qui avait entraîné la conversion d'Edwin. 

Sainte Eanswythe est morte vers l'an 650. Le site original du couvent d'Eanswythe fut abandonné au Xe siècle en raison de l'érosion côtière. Ses reliques furent transférées dans une nouvelle église plus à l'intérieur des terres en 1138. La Réforme fit de gros dégâts sur les sanctuaires de nos saints, mais les habitants de Folkestone furent inspirés de défendre leur sainte en cachant ses précieuses reliques. 

Le souvenir perdura pendant des générations : "Eanswythe est ici", bien que personne ne se souvienne de l'endroit exact. La réponse fut découverte lors de la restauration de l'église de Ste Marie & Ste Eanswythe en 1885, lorsqu'un coffret en plomb fut découvert encastré dans le mur nord du chœur. Il contenait les ossements d'une jeune femme. Une enquête approfondie du contenu de ce reliquaire médiéval  permit de conclure qu'il s'agissait du contenu de la châsse et donc des reliques de la sainte. 

Tropaire - Ton 5

En quittant ton palais royal et en faisant briller un phare monastique à Folkestone à une époque de ténèbres, ô pieuse Eanswythe, tout le royaume du Kent fut éclairé par le rayonnement de ta vertu. C'est pourquoi, ô sainte, prie Dieu pour nous, afin que, L'aimant par-dessus tout, nous obtenions grande miséricorde pour nos âmes. 

+

L'Évangile du 15e dimanche est Matthieu 22, 35-46 et nous y trouvons encore plus d'hostilité de la part des Pharisiens. L'un d'eux, qui était juriste, posa au Christ une question piège sur le plus grand commandement. Le motif était de voir s'il ajouterait quelque chose de nouveau et s'exposerait ainsi à l'accusation d'être un innovateur qui voulait avec arrogance corriger la loi. 

Le Seigneur détecta naturellement  la malice de cette question qui lui avait été posée, non pas dans le but d'apprendre, mais par méchanceté. Il nous apprend ainsi à ne pas aimer Dieu partiellement mais à nous donner entièrement à Dieu. Trois aspects sont concernés. Théophylacte dit : "Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur" - c'est la partie animale de l'homme ; "et de toute ton âme (ou ta vie) - c'est la partie végétative de l'homme, car les plantes sont vivantes et animées ; "et de tout ton esprit" - c'est le rationnel. 

Aimer Dieu et s'occuper de Lui avec tous les aspects de l'âme est le premier et grand commandement, qui nous enseigne la piété. Le second commandement nous exhorte à faire aux autres ce qui est bon et juste. Comme l'ajoute Théophylacte, Car il y a deux choses qui mènent à la perdition, les mauvaises doctrines et une vie corrompue. 

Pour ne pas tomber dans des doctrines impies, nous devons aimer Dieu ; pour ne pas mener une vie corrompue, nous devons aimer notre prochain. Car. celui qui aime son prochain accomplit tous les commandements, et celui qui accomplit tous les commandements, aime Dieu. Bien que le récit de Matthieu n'en fasse pas mention, l'Évangile de Marc, qui rapporte également cet échange, implique que le questionneur a pris cela à cœur et a modifié ses habitudes. 

Cette lecture de l'Évangile se termine par une question posée par le Christ aux Pharisiens. Il savait qu'ils Le considéraient comme un simple humain et Il utilisa les paroles de David pour leur apprendre qu'Il était aussi le Seigneur, proclamant ainsi Sa propre divinité. La raison de cet échange est expliquée par Théophylacte : Le Seigneur pose ces questions afin que, s'ils répondent : "Nous ne savons pas", ils puissent demander et apprendre ; ou s'ils répondent la vérité, qu'ils puissent croire ; ou s'ils ne peuvent pas répondre, qu'ils soient honteux et s'en aillent, n'osant plus l'interroger.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

 Joy of All Who Sorrow Church 

in Mettingham. 

ENGLAND