"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 17 mai 2022

STE MONIQUE : MODÈLE DE PATIENCE FEMININE

 

Fête le 4/17 mai

Car le mari incrédule est sanctifié par la femme (1 Cor. 7:14)

Si le lecteur sait quelque chose sur sainte Monique, c'est que ses supplications déchirantes et persistantes devant Dieu réussirent à ramener son fils à la foi chrétienne après qu'il ait été la proie de philosophies à la mode et de tentations charnelles - un fait dont le bienheureux Augustin atteste avec gratitude et éloquence dans ses confessions

Pour les mères qui s'efforcent d'inculquer la foi chrétienne à leurs enfants, mais qui les voient s'égarer sur une voie spirituellement périlleuse, sainte Monique est un exemple encourageant. Elle est aussi instructive comme modèle de patience féminine, créditée de la conversion très difficile de son mari - un fait moins connu mais qui mérite tout aussi notre attention.

Sainte Monique est née en 332 dans ou près de la ville nord-africaine de Tagaste, à une soixantaine de kms de la ville portuaire d'Hippone [future Bône]. Ses parents étaient des Africains natifs, liés ethniquement aux Berbères actuels et c'étaient de pieux chrétiens.

En plus de l'éducation attentive de ses parents, Monique bénéficia enfant de l'attention vigilante d'une infirmière âgée. Excellente chrétienne et respectée par ses chefs, elle disciplinait ses protégés à bon escient si elle était parfois encline à la "sainte sévérité". Toute la famille était imprégnée d'une atmosphère rare de piété chrétienne, et il n'est pas surprenant que Monique soit devenue une jeune fille sobre et vertueuse avec une habitude de prière bien développée. On se serait attendu à ce qu'elle se consacre entièrement à Dieu dans la vie monastique, ou qu'elle s'unisse à un mari également pieux et vertueux. Au lieu de cela, dès qu'elle atteignit l'âge de se marier, elle fut fiancée à un païen, un homme au tempérament colérique et à la morale dissolue. On se demande comment les parents de Monique avaient pu consentir à un tel mariage pour leur fille, après avoir pris tant de peine pour son éducation chrétienne. Certes, ils étaient certainement conscients de l'injonction de l'apôtre : Ne vous mettez pas sous un joug étranger avec les s avec les incroyants (2 Cor. 6:14). Malheureusement, de nombreux parents ne sont jamais aussi aveugles que lorsqu'ils organisent ou approuvent les mariages de leurs enfants.

Patrice était originaire de Tagaste, et avait deux fois les vingt-deux ans de Monique. Bien qu'il n'y ait pas d'informations précises sur ses antécédents, il est probable qu'il soit issu d'une vieille famille noble, plus importante que celle de Monique. En tout cas, c'est la supposition des anciens biographes du bienheureux Augustin, qui n'ont pu trouver aucune autre explication à une union aussi inégale. En fait, Patrice n'était pas riche. Il est vrai qu'il était administrateur municipal, mais à cette époque, quiconque possédait plus de soixante-dix acres de terre était obligé d'occuper un tel poste. Patrice n'était pas sans qualités généreuses, mais celles-ci étaient en grande partie dormantes et ne  devinrent animées que plus tard, en réponse aux prières inlassables de Monique et à son comportement chrétien exemplaire.

Quoi que Monique ressentit envers son fiancé, elle obéissait à la volonté de ses parents, se consolant à la pensée qu'il y avait là une âme perdue qui lui était confiée, et elle décida de se sacrifier à la tâche de guider cette âme sur le chemin du salut. Néanmoins, elle n'aurait pas pu anticiper exactement ce que ce sacrifice allait impliquer. Dans les jours et semaines qui suivirent le mariage, elle devint de plus en plus et douloureusement consciente de l'abîme qui se trouvait entre elle et son mari. Ses prières l'ennuyaient; il trouvait sa charité excessive ; il ne pouvait pas comprendre son désir de rendre visite aux malades ; il ne pouvait pas comprendre son amour pour les esclaves. À chaque étape de sa marche chrétienne, Monique rencontra d'innombrables obstacles. Son cas était loin d'être unique et il est bien décrit par Tertullien dans son traité À sa femme, dans lequel il parle des difficultés qu'une femme chrétienne endure aux mains d'un mari incrédule :

Quand il est temps d'aller à l'église, le mari emmène sa femme aux bains ; s'il y a des jeûnes à observer, le mari organise un banquet ; si elle souhaite rendre visite aux pauvres, aucun serviteur n'est disponible pour l'accompagner. Et un tel mari lui permettra-t-il d'être absente toute la nuit pour les solennités pascales ? ou lui permettre d'assister à la Cène du Seigneur, qu'il désavoue?

En tant que jeune mariée qui avait passé sa vie dans une atmosphère chrétienne, où le but même de l'existence était centré sur l'Amour de Dieu et du prochain, Monique s'est soudainement retrouvée dans un environnement étranger. Son mari, bien qu'il l'aimait à sa manière, était un étranger, pas une âme sœur ; et sa belle-mère acariâtre, qui vivait avec eux, ne fit que renforcer ses accès de colère avec les siens. Ceux-ci furent motivés par les calomnies des servantes, dont l'animosité envers leur jeune maîtresse intensifia une solitude déjà douloureuse. Encore plus grave était l'infidélité de Patrice, car quelle femme, en particulier une femme élevée, comme Monique l'était, avec des normes élevées de chasteté et de dévotion conjugale, peut-elle tolérer la souillure de son lit conjugal ?

La prière était la force de Monique, et les joies de la maternité servirent à atténuer l'amertume de sa situation. Elle enfanta deux fils et une fille, qu'elle nourrit dans la foi avec une grande diligence et un succès ultime. Enfant, écrit le bienheureux Augustin, « Je croyais déjà, ainsi que ma mère et toute la famille, à l'exception de mon père. Pourtant, il n'a pas prévalu sur la puissance de la piété de ma mère en moi, afin que, comme il n'y croyait pas, je ne crois pas moi non plus. Car elle s'est souciée que Toi, mon Dieu, plutôt que lui, sois mon père » (Confessions 1.11). À la grande tristesse de Monique, Patrice ne voulait pas faire baptiser les enfants. Et quand Augustin commença à montrer des promesses de brillance intellectuelle, Patrice l'envoya pour des études supérieures à Carthage, où le jeune homme tombat peu à peu en proie aux passions de la jeunesse.

Aussi jeune qu'elle fût, Monique porta sa croix avec une courage et une maturité spirituelle remarquables. Elle se rendit compte que les faiblesses et les manquements moraux de son mari découlaient du fait qu'il n'avait pas encore été éclairé par l'Évangile, qu'il lui manquait la Grâce de Dieu. Elle versait des larmes amères en son absence, mais elle savait qu'on ne pouvait pas s'attendre à ce qu'un homme qui n'aimait pas Dieu soit constant dans son affection envers l'une de ses créatures. Avec une ferme espérance, elle pria pour que Dieu Lui-même accorde à son mari la foi et l'amour pour Lui, qui sont les seuls capables d'inspirer à un homme le désir de mener une vie chaste.

Monique savait que les reproches étaient contre-productifs, et elle  apprivoisa le tempérament violent de son mari par sa douceur et son dévouement. D'autres femmes, qui subissaient des coups de leur mari, demandèrent à Monique comment il se faisait que Patrice, qu'elles savaient irascible, ne l'ait pas frappée une seule fois. Monique répondit qu'au lieu de blâmer leurs maris, elles devraient blâmer leurs langues, car « elle avait appris à ne pas résister à un mari en colère, pas seulement en actes, mais même en paroles ». (9,9)

Indépendamment de l'indifférence religieuse de Patrice et de son comportement souvent non chrétien, Monique était très attentive à lui, "à qui elle obéissait d'autant mieux, qu'elle obéissait aussi [Dieu] qui l'a tant commandé" (1.11). Contrainte parfois de le contredire et d'aller à l'encontre de sa volonté dans ce qui concernait la foi, elle lui était d'autant plus douce et soumise dans d'autres domaines. Et bien que supérieure à son mari en termes d'éducation et de qualités morales, elle fit tout son possible pour ne pas révéler son avantage. Elle croyait fermement que si la lumière de l'Évangile se reflétait dans toutes ses actions, Patrice serait finalement persuadé de sa puissance et de sa vérité, et s'y soumettrait plus facilement que si elle tentait de le persuader avec des arguments rationnels. En effet, sa conduite chrétienne agit comme un baume apaisant sur l'âme de Patrice et, sans qu'il s'en rende compte, elle le rapprocha progressivement  de la Foi. Comme l'a écrit saint Jean Chrysostome un demi-siècle plus tard dans son homélie Sur la virginité, la femme croyante « sera en mesure de sauver son mari en mettant l'Évangile en pratique ». C'est précisément ce que sainte Monique fit, conquérant non seulement son époux, mais également sa belle-mère.

Ce fruit de ses prières, de sa longue souffrance et de son application inébranlable des préceptes évangéliques mit beaucoup de temps à mûrir. Ce n'est qu'après seize ans que Patrice fut baptisé. Monique n'apprécia pas non plus longtemps la compagnie de son mari à la Cène du Seigneur, car il mourut un an plus tard, en 371. Néanmoins, son but avait été de sanctifier son mari pour la vie éternelle, et, par la Grâce de Dieu, elle l'avait accompli. Il lui restait à sortir son fils égare de l'illusion des passions et de l'hérésie manichéenne. Cela nécessita quatorze années supplémentaires de prière persistante. Quand enfin son cœur aussi se convertit, sa joie a été complète.

Monique était présente au baptême d'Augustin des mains de saint Ambroise à Milan pour Pâques, en 387, et ils retournaient en Afrique quand ils s'arrêtèrent pour se reposer dans la ville portuaire d'Ostie. Un soir, ils eurent une longue conversation au cours de laquelle elle lui dit : "Fils, pour ma part, je ne prends plus plaisir à quoi que ce soit dans cette vie. Je ne sais plus ce que je fais ici, et dans quel but je suis ici, je ne le sais pas, maintenant que mes espoirs dans ce monde se sont accomplis" (9.10). En effet, elle avait parfaitement accompli son but dans la vie et, après une brève maladie, Dieu la prise afin qu'elle reçoive la récompense qui lui revenait avec les saints dans son Royaume éternel. Elle fut enterrée à Ostie, fait vérifié par l'inscription sur une tablette de pierre qui y fut découverte par des archéologues en 1946.

Pendant des siècles, sainte Monique fut vénérée dans l'Église catholique romaine en tant que sainte patronne de femmes mariées. Il est temps que les femmes orthodoxes se familiarisent de plus près avec cet exemple de vertus féminines, dont les prières doivent être particulièrement invoquées par ceux qui ont des enfants égarés et par les femmes désireuses de sanctifier leurs maris incrédules.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

ORTHOCHRISTIAN

Paru à l'origine dans 

Orthodox America 

no. 154, Vol. 17, Non. 6 février 1998


Métropolite Onuphre : il faut rechercher la vérité dans la vie spirituelle, pas des moyens faciles

Metropolitan Onuphry : il faut rechercher la vérité dans la vie spirituelle, pas des moyens faciles

Chaque chrétien doit suivre le Christ et aller au Christ.

Cela peut être difficile pour ceux qui se sont lancés sur le chemin de la vie spirituelle, mais c'est la seule façon de trouver la vérité, dit Sa Béatitude le Métropolite Onuphre de Kiev et de toute l'Ukraine dans son sermon pendant la Divine Liturgie dans l'église Saint Agapit des Cavernes de la Sainte Dormition de La Laure de Kiev-Petchersk le 15 mai 2022, 4e dimanche après Pâques, Dimanche du paralytique, rapporte le département de l'information et de l'éducation de l'Église orthodoxe ukrainienne canonique.

« L'homme aime suivre le chemin de la moindre résistance, mais dans la vie spirituelle, nous ne devrions pas chercher des moyens faciles. Dans la vie spirituelle, il faut chercher la Vérité. Et même si cela peut être difficile sur cette voie, il faut suivre cette voie », a déclaré Sa Béatitude le Métropolite Onuphre.

L'archipasteur a rappelé que le Christ est la Vérité, et que tout chrétien « devrait suivre le Christ et aller à Christ ». Peu importe à quel point cette voie est difficile, celui qui la suit « trouvera des aides spirituelles qui lui tendront la main dans les moments difficiles », et Dieu accorde également Sa Grâce à une telle personne.

« Et quand une personne acquiert cette grâce d'amour, elle s'unit à Dieu, Qui est Amour. Pour une telle personne, les difficultés ne sont plus une tragédie, et elle surmonte les difficultés, et elle atteint la vie éternelle au Ciel. Que le Seigneur nous aide et bénisse notre terre avec la paix », a conclu Sa Béatitude le Métropolite Onuphre.

Des prières spéciales pour la paix en Ukraine furent offertes pendant le service divin.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

PRAVMIR

lundi 16 mai 2022

Saint Père Païssios: Je prierai, mais tu prieras aussi et Dieu nous entendra


Saint Arsène de Cappadoce et saint Père Païssios


Par les prières du Pieux Père Païssios, beaucoup ont retrouvé la santé.

Un jour, un père lui demanda de prier pour son enfant qui, bien qu'il ait six ans, ne parlait pas, ne produisait que de cris inarticulés.

Le pieux homme lui dit : " Je prierai, mais tu pries aussi et Dieu nous écoutera. "

Tant qu'il resta dans la Montagne Sainte, le père pria beaucoup. Sa femme demanda également à leurs quatre enfants de prier.

« Agenouillez-vous », dit-elle « pour  faire une prière qu'entendra la Sainte Mère de Dieu. Votre père est allé chez le staretz Païssios pour nous aider à faire parler André. `

Quand le père rentra chez lui, André courut le premier pour le saluer et lui demanda :

« Père, qu'a fait la Sainte Mère de Dieu pour moi ? `

Ce furent les premiers mots que l'enfant prononça, et depuis lors, il a commencé à parler normalement.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

THE ATHONITE TESTIMONY



Trois lignes d'action contre l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique du Métropolite Onuphre

Si quelqu'un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l'Amour de Dieu demeure-t-il en lui? Petits enfants, n'aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité... /1 Jean 3:17)

Les orthodoxes ukrainiens de l'Eglise canonique du Métropolite Onuphre ne semblent pas susciter la pitié, la compassion ou la prière ardente de leurs frères orthodoxes hors de l'Ukraine. 
Ils subissent comme les autres ukrainiens les bombardements de l'armée russe, ils sont souvent victimes des exactions de l'armée ukrainienne sensée être leur armée, et des violences des séides de l'église schismatique minoritaire créée par Constantinople pour complaire à ses maîtres étasuniens. C.L.-G.

L'UOC est maintenant attaqué sur plusieurs fronts. Photo: UOJ

Récemment, trois lignes d'action contre l'UOC ont vu le jour : la profanation des églises, l'interdiction des activités et les transferts illégaux à l'église schismatique créée [au mépris de tous les canons] par Constantinople. Que faire dans ces cas ?

Alors que la guerre en Ukraine se développe, notre Église orthodoxe ukrainienne est soumise à une pression croissante. Et en plus de la destruction physique des églises par des bombardements, des "hostilités" contre l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique ont lieu sur plusieurs "fronts" internes à la fois.

Profanation des temples

Les attaques les plus "inoffensives" contre  l'Eglise orthodoxe ukrainienne canoniques ont la profanation des églises, les graffitis offensants et les menaces contre le clergé ou les croyants. Par exemple, dans la nuit du 8 mai 2022, l'église du saint prince Vladimir a été profanée à Lviv. Les portes d'entrée étaient remplies de mousse de remplissage et les murs étaient peints avec des graffitis : "Les Russes ne sont pas des gens", "Diables du FSB", "Maison de Poutine".

L'église de saint Vladimir à Lviv. Photo: UOJ

Quelques jours plus tôt, le lundi lumineux du 25 avril 2022, un homme armé d'une arme à feu s'est rendu à l'église à bord d'une jeep et a menacé de démolir le bâtiment, en criant : « Mort aux Moskals ! » Dans le même temps, une vidéo tournée par les paroissiens de l'église montre l'homme filmant tout sur son téléphone, à partir duquel on peut supposer que le but de la visite (au moins l'un d'eux) était de la publier sur les médias sociaux.

Le but de telles actions est clair - intimider et exercer une pression psychologique. Ici, il est pertinent de se souvenir de l'appel du Seigneur, qui est souvent entendu dans les Écritures dans des situations très différentes : « Ne craignez pas ! Dans la traduction synodale de la Bible, cet appel apparaît plus de 400 fois. La sagesse populaire nous dit aussi que seuls ceux qui craignent ont peur. Donc, la première chose à faire est d'essayer de trouver la force de ne pas céder à cette pression psychologique. Et si ce n'est pas le cas, nous devrions suivre le conseil de l'apôtre Jacques : "Si l'un d'entre vous manque de sagesse, vous devriez demander à Dieu, qui donne généreusement à tous sans trouver de faute, et elle vous sera donnée. Mais quand vous demandez, vous devez croire et ne pas douter, parce que celui qui doute est comme un flot de la mer, soufflé et jeté par le vent" (Jacques 1:5,6).

La deuxième chose à faire est de documenter tous ces incidents et de vous adresser aux organismes d'application de la loi pour la protection juridique de vos droits. Cela ne fonctionnera peut-être pas pour le moment, mais à l'avenir, cela peut fournir la base juridique nécessaire pour défendre les droits de chaque communauté particulière et de l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique dans son ensemble. En outre, nous ne devrions pas écarter la possibilité de faire appel au public européen, qui est utilisé pour répondre aux cas de violation des droits de quelqu'un, ainsi que la possibilité de recourir à des organes judiciaires internationaux. Au sens figuré, chaque cas documenté de violation des droits de  l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique aide le représentant de cette Eglise auprès des organisations internationales européennes, Mgr Victor (Kotsaba), dans son travail.

Décisions des autorités locales d'interdire les activités

La tendance à interdire les activités de  l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique par des décisions des autorités locales qui ont commencé dans les régions occidentales de l'Ukraine est parvenue à Konotop. Le maire de la ville, Artem Semenikhine, a non seulement signé un ordre d'interdire  l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique de la ville, mais a également ordonné que les biens des églises soient scellés et que les églises soient placées sous bonne garde. Soit dit en passant, c'est le même maire qui, en avril 2020, a donné l'ordre de creuser des routes autour des églises de  l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique, de débrancher leur électricité et leur eau, ainsi que de résilier leurs contrats de location.

Des décisions d'interdire  l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique ont également été prises à Drohobych, Horodok, Neteshyn, Brovary, Ovruch, Kaziatyn et ailleurs.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

Union des journalistes orthodoxes 

[ukrainiens]


dimanche 15 mai 2022

Paix et guerre dans l'Église orthodoxe orientale


Ceux qui connaissent la Liturgie de l'Église orthodoxe savent que le terme « paix » est fréquemment utilisé dans ses services. Les principaux offices orthodoxes contiennent tous la « litanie de paix », qui commence par la supplique : « En paix, prions le Seigneur », puis poursuit  : « Pour la paix d'en haut et le salut de nos âmes [...] pour la paix du monde entier, le bon état des saintes Églises de Dieu et l'union de tous, prions le Seigneur ». 


Les fidèles orthodoxes sont habitués à des suppliques répétées pour la paix, dans ses dimensions personnelle, sociale et mondiale.


De nombreux chrétiens sont conscients que le concept biblique de paix est enraciné dans le « shalom » hébraïque (« salam » arabe), contient une conception positive de la paix. Cela signifie que la paix n'est pas seulement l'absence de guerre et de conflit, mais qu'elle est un état actif d'harmonie et de bien-être qui s'applique à toutes les relations, et surtout et fondamentalement, à la relation entre Dieu et l'homme. 


L'Église de Jésus-Christ, en tant que manifestation historique du Royaume de Dieu, incarne et favorise l'aspiration dynamique à toutes les formes de paix dans le monde.


Suivant les traditions de la Sainte Écriture et l'enseignement des Pères de l'Église, l'Église orthodoxe enseigne que la paix est une condition divinement ordonnée pour l'existence humaine, et que toute forme de conflit et d'agression est une manifestation du péché. La guerre, en tant qu'antithèse de la paix, appartient donc au domaine du péché humain. Ainsi, la guerre en tant qu'activité appartient au royaume de l'existence humaine déchue et ne peut en aucun cas incarner la justice, la rectitude et même la paix qui sont l'essence même de la réconciliation de Dieu et de l'humanité.


Cependant, lorsque l'on examine plus en détail les offices de l'Église orthodoxe, on trouve d'autres demandes instantes qui impliquent la reconnaissance de la guerre en tant qu'activité dans laquelle le peuple de Dieu est activement impliqué. Les forces armées nationales sont régulièrement commémorées, et il est demandé qu'elles bénéficient de la « victoire sur tout ennemi et adversaire ». Des expressions telles que « donne la victoire à ton peuple fidèle sur les barbares » incarnent des réminiscences historiques dans lesquelles un empire chrétien repousse activement les attaques barbares. Suivant le précédent de Constantin le Grand, la croix est considérée comme un puissant symbole par lequel les ennemis de la foi et de l'empire sont vaincus. Même la Vierge Marie est présentée comme intercédant au Ciel et protégeant la communauté chrétienne contre de tels assauts.


Pourtant, en dépit de ces sentiments apparemment favorables à la guerre, le droit canonique orthodoxe prescrit que les soldats qui tuent dans la guerre doivent subir une période pénitentielle de séparation de l'eucharistie, qui est « l'excommunication » dans le langage oriental. La prise de la vie humaine est toujours considérée comme un mal objectif, même lorsqu'elle est faite dans la poursuite d'une « cause juste ». En tant que tel, cela a pour effet de rompre sa communion avec le Christ et exige donc la repentance.


Comment ces accents apparemment opposés peuvent-ils coexister dans la tradition chrétienne orthodoxe ? Peut-être cela peut-il être mieux compris par les applications uniques de "l'acribie" et de l'"économie" dans l'éthique orthodoxe et le droit canonique. 


« L'Acribie » représente la stricte application des principes évangéliques incarnés dans le droit canonique. « L'Économie » est une dispense de cette exigence stricte compte tenu de la faiblesse humaine et des circonstances compromettantes de la vie dans un monde déchu. Le divorce en est peut-être un bon exemple. Selon « l'acribie », la norme est un mariage à vie, et le divorce et le remariage constituent un adultère. C'est une parole directe du Seigneur.


Néanmoins, l'Église orthodoxe bénit le remariage des personnes divorcées dans diverses circonstances comme acte de miséricorde, connaissant les faiblesses de notre nature déchue et les situations difficiles de la vie. Simultanément, la norme est maintenue et il y a un accommodement des réalités du monde déchu - un concept et une pratique qui peuvent sembler contradictoires aux chrétiens occidentaux.


De même, la paix est la norme et le but de la vie chrétienne pour tous. Dans sa nature même, elle incarne l'Evangile du Royaume. La guerre par nature est une manifestation du péché et, par conséquent, ne peut jamais être « juste ». La guerre doit être évitée à tout prix, et la résolution pacifique des conflits humains doit être poursuivie sans limitation. 


Cependant, il y a des occasions où la résolution pacifique des conflits est en fait impossible. Tel est le cas lorsqu'un ennemi hostile attaque et priverait les citoyens chrétiens pacifiques de la vie et de la liberté. Dans de telles situations, une position pacifiste peut en effet attirer et engendrer la violence en raison de son refus public de défendre même les innocents contre la violence et le meurtre.


Les chrétiens orthodoxes entreprennent en effet la guerre dans de telles situations, mais uniquement comme un « mal nécessaire ». Il est nécessaire parce que l'innocent et le bien doivent être protégés ; c'est le mal parce qu'une telle protection implique la prise de vie humaine, ce qui, au dire de tous, est l'un des crimes les plus terribles.


L'Église orthodoxe n'est donc pas pacifiste, bien qu'elle encourage dans la pratique les gouvernements à toujours poursuivre « l'option préférentielle pour la paix ». Néanmoins, l'Église reconnaît que ce monde est déchu et n'est pas encore équivalent au Royaume de Dieu. Pour cette raison, les gouvernements en général ne peuvent être tenus aux exigences strictes de l'Évangile. Bien que placés sous l'autorité de Dieu, ils appartiennent au monde déchu. 


Parfois, les gouvernants échouent, et les chrétiens sont appelés par leurs gouvernements à défendre leur communauté par la guerre, car ne pas le faire entraînerait une augmentation de la mesure du mal dans le monde.


Cela ne signifie pas que la guerre peut être « juste ». Elle peut servir une cause juste, mais la guerre elle-même est injuste par nature. L'Église orthodoxe n'a donc jamais élaboré de théorie de la « guerre juste ». Pour les chrétiens orthodoxes, la « guerre juste » est une contradiction  en termes.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

St. George Orthodox Christian Cathedral

samedi 14 mai 2022

LE SYNODE UKRAINIEN APPELLE LE PRÉSIDENT À METTRE FIN À LA PERSÉCUTION DE L'ÉGLISE [CANONIQUE DU METROPOLITE ONUPHRE]

Photo: news.church.ua

Photo: news.church.ua

     

Kiev, le 13 mai 2022

Le Saint-Synode de l'Église orthodoxe ukrainienne [canonique] s'est réuni pour la première fois depuis le début de la guerre fratricide à la fin du mois de février à La Laure des Cavernes de Kiev hier, sous la présidence de Sa Béatitude le métropolite Onuphre de Kiev et de toute l'Ukraine.

Comme OrthoChristian l'a rapporté hier, le Synode a lancé une éventuelle réunion des hiérarques, du clergé, des moines et des fidèles de l'UOC [Eglise orthodoxe ukrainienne canonique] pour discuter des questions de la vie de l'Église en temps de guerre.

Le Synode a également pris un certain nombre d'autres décisions importantes, y compris la création d'un nouveau couvent dans le diocèse de Simféropol et l'élection de trois nouveaux vicaires évêques.

Les hiérarques ont également publié une déclaration, mettant l'accent sur le soutien de l'UOC à l'Ukraine et à ses forces armées, la persécution en cours contre l'UOC et la réunion susmentionnée de tous les membres de l'UOC.

En ce qui concerne la persécution contre l'Église, le Synode déclare, avec un appel au président Vladimir Zelensky :

Nous ne pouvons qu'exprimer notre préoccupation quant au fait que, malgré les appels sages et équilibrés du président ukrainien et d'autres hommes d'État, il y ait de fréquents cas d'incitation à l'hostilité et à la discorde pour des raisons religieuses dans certaines régions. Au lieu de l'unité du peuple dans la poursuite de la victoire et le rétablissement de la vie pacifique, un front intérieur et religieux éclate dans le pays. Ainsi, un groupe de députés du peuple ukrainiens a soumis des projets de loi à la Verkhovna Rada d'Ukraine [Parlement] pour interdire les activités de notre Église, sur la base d'accusations tirées par les cheveux et délibérément fausses. En outre, dans diverses provinces d'Ukraine, il existe des cas d'organismes autonomes locaux qui prennent des décisions illégales pour interdire ou restreindre les activités des communautés religieuses locales de l'Église orthodoxe ukrainienne. Avec le consentement tacite ou avec l'intervention active des autorités locales, les saisies d'églises de l'Église orthodoxe ukrainienne se sont intensifiées.

Nous sommes tristes de dire que tous ces faits sont le résultat de la politique religieuse erronée de la présidence de P.A. Porochenko et l'idéologie destructrice de la soi-disant église orthodoxe d'Ukraine [créée par Constantinople]. Nous sommes convaincus que ce sont précisément de telles activités du gouvernement précédent et de l'OCU [Schisme du Phanar] qui sont devenues l'une des raisons de l'invasion militaire de l'Ukraine. Nous pensons que les actions criminelles dirigées contre l'Église orthodoxe ukrainienne ont des signes d'activités subversives et de sabotage et sont le résultat de l'inaction du Service d'État ukrainien sur l'ethnopolitique et la liberté de conscience, conçu pour réglementer les relations interreligieuses en Ukraine. Nous considérons que les tentatives d'interdire les activités de l'Église orthodoxe ukrainienne sont inacceptables. Toute décision d'interdire notre Église et de restreindre les droits de ses croyants est pénale et viole la constitution ukrainienne. De telles actions ne peuvent être qualifiées que d'acte de suicide national, car elles sont dirigées contre des millions de citoyens ukrainiens qui appartiennent à l'Église orthodoxe ukrainienne et qui, aujourd'hui, à différents niveaux - à l'avant et à l'arrière, défendent notre patrie.

À cet égard, nous appelons le président de l'Ukraine, Vladimir Alexandrovitch Zelensky, en tant que garant du respect de la constitution ukrainienne, à demander d'intervenir dans cette situation difficile, de mettre fin à l'hostilité religieuse dans la société ukrainienne et de prendre les mesures nécessaires contre les actions sans foi ni loi contre l'Église orthodoxe ukrainienne [schismatique].

Le Synode a également décidé de faire appel à la procureure générale Irina Venediktova pour demander d'enquêter sur les actions illégales des représentants du gouvernement, et à la commissaire aux droits de l'homme de la Verkhovna Rada concernant la violation des droits et libertés constitutionnels des fidèles de l'UOC.

Le département juridique de l'UOC a publié une déclaration la semaine dernière, condamnant les interdictions illégales de l'Église promulguées dans certaines villes et provinces.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

ORTHOCHRISTIAN


C.S. Lewis: Apprendre en temps de guerre

 

Sermon prêché par C.S. Lewis (1898-1963) à Oxford en 1939 au début de la Seconde Guerre mondiale

(Lewis offre ses réflexions sur la poursuite de l'éducation et de la culture en temps de guerre et de crise nationale dans une perspective profondément chrétienne.)


"... Je pense qu'il est important d'essayer de voir la calamité actuelle dans une vraie perspective. Le [terrorisme] ne crée aucune situation absolument nouvelle : il aggrave simplement la situation humaine permanente afin que nous ne puissions plus l'ignorer. 


La vie humaine a toujours été vécue au bord d'un précipice. La culture humaine a toujours dû exister à l'ombre de quelque chose d'infiniment plus important qu'elle-même. Si [les gens] avaient reporté la recherche de la connaissance et de la beauté jusqu'à ce qu'ils soient en sécurité, la recherche n'aurait jamais commencé. Nous nous trompons lorsque nous comparons la guerre à la "vie normale". 


La vie n'a jamais été normale. Même les périodes que nous pensons les plus tranquilles, comme le XIXe siècle, se révèlent, en y regardant de plus près, être pleines de crises, d'alarmes, de difficultés, d'urgences. 


Des raisons plausibles n'ont jamais manqué pour remettre à plus tard toutes les activités purement culturelles tant qu'un danger imminent n'avait pas été évité ou qu'une injustice criante n'avait pas été corrigée. Mais il y a longtemps, l'humanité a choisi de négliger ces raisons plausibles. [On] voulait la connaissance et la beauté maintenant, et on n'attendrait pas le moment approprié qui ne viendrait jamais. 


L'Athènes de Périclès nous laisse non seulement le Parthénon mais, de manière significative, l'Oraison Funéraire. Les insectes ont "choisi" une ligne différente : ils ont d'abord cherché le bien-être matériel et la sécurité de la ruche, et ils ont probablement leur récompense. [Les gens] sont différents. Ils promettent des théorèmes mathématiques dans des villes assiégées, mènent des arguments métaphysiques dans des cellules condamnées, font des plaisanteries sur des échafauds, discutent du dernier nouveau poème tout en avançant vers les murs de Québec, et se peignent les cheveux aux Thermopyles. Ce n'est pas du panache : c'est notre nature...


[Le terrorisme] rend la mort réelle pour nous : et cela aurait été considéré comme l'une de ses bénédictions par la plupart des grands chrétiens du passé. Ils pensaient qu'il était bon pour nous d'être toujours conscients de notre mortalité. Je suis enclin à penser qu'ils avaient raison. 


Toute la vie animale en nous, tous les schémas de bonheur centrés dans ce monde, ont toujours été condamnés à une frustration finale. Dans les temps ordinaires, seule une [personne] sage peut s'en rendre compte. Maintenant, le plus stupide d'entre nous le sait. 


Nous voyons sans équivoque le genre d'univers dans lequel nous avons toujours vécu, et nous devons l'accepter. Si nous avions des espoirs stupides et non chrétiens au sujet de la culture humaine, ils sont maintenant brisés. 


Si nous pensions construire un Ciel sur terre, si nous cherchions quelque chose qui transformerait le monde actuel d'un lieu de pèlerinage en une ville permanente satisfaisant l'âme... nous sommes désillusionnés, et pas un instant trop tôt. 


Mais si nous pensions que pour certaines âmes, et à certains moments, la vie d'apprentissage, humblement offerte à Dieu, était, à sa manière, l'une des approches désignées de la réalité divine et de la beauté divine dont nous espérons jouir par la suite, nous pouvons le penser encore."


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

St. George Orthodox Christian Cathedral