Aujourd’hui, nous commémorons les femmes myrrhophores : sainte Marie-Madeleine, Marie, épouse de Cléopas, Jeanne, Salomé, mère des fils de Zébédée, Susanne, Marie et Marthe, sœurs de Lazare, et Marie, mère de l’apôtre Jacques. Nous nous souvenons également du juste Joseph d’Arimathée et de Nicodème. Le troisième dimanche de Pâques, on commémore sainte Tamara de Géorgie, dont la fête est également célébrée le 14 mai (1er mai selon l’ancien calendrier).
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La lecture des Actes des Apôtres d’aujourd’hui relate la nomination des sept diacres (Actes 6, 1-7). Alors que la communauté chrétienne s’efforçait de faire preuve d’unité d’esprit et de volonté, des tensions internes avaient surgi. De nombreux Juifs de la diaspora exprimaient leur mécontentement. Certaines traductions les appellent « Grecs », d’autres « Hellénistes ». La culture et la langue de la Méditerranée orientale étaient grecques et ces Juifs avaient assimilé des éléments de cette culture, mais ils se sentaient désavantagés par le fossé culturel qui les séparait des Juifs palestiniens qui, vivant sur leur terre natale, parlaient l’hébreu ou l’araméen. Les veuves, qui dépendaient de la communauté pour leur subsistance, se sentaient négligées. Cela n’était peut-être pas délibéré, mais résultait probablement d’un manque de planification adéquate pour faire face au nombre sans cesse croissant de ceux qui croyaient au Seigneur.
Les apôtres prirent donc des mesures pour résoudre ce problème avant qu’il ne porte atteinte de manière durable à l’harmonie de la communauté chrétienne. Leur proposition fut accueillie avec enthousiasme et les sept premiers diacres furent ordonnés. Étienne, premier martyr du Christ, et Philippe sont sans doute les plus connus. Prochore, le scribe, devint un compagnon de saint Jean le Théologien. Nicanor fut martyrisé par les Juifs le même jour qu’Étienne. Timon, qui devint évêque en Arabie, mourut également en martyr, tout comme Parmenas. Nicolas, le prosélyte d’Antioche, fut peut-être choisi pour satisfaire les Hellénistes, mais son nom ne figure pas dans la liste des saints.
La lecture de l’Évangile (Marc 15, 43 – 16, 8) nous ramène au Vendredi saint, jour de la crucifixion du Christ. On nous dit que saint Joseph d’Arimathie était conseiller, ce qui signifie qu’il était un fonctionnaire occupant une charge officielle. Homme pieux et honorable, il reconnut le Christ comme Dieu incarné. Il prit donc l’initiative audacieuse de se rendre auprès du gouverneur romain, Ponce Pilate, et de demander le corps de Jésus afin de lui offrir une sépulture décente et digne. Des personnes ayant un statut social plus élevé que Joseph avaient été responsables de la crucifixion. En prenant cette initiative, Joseph risquait donc sa réputation et son statut, car il serait considéré comme l’ami et le disciple d’une personne condamnée à mort comme criminel de droit commun. Malgré cela, il était déterminé à faire ce qu’il savait être juste, quel qu’en soit le prix à payer sur le plan personnel.
C’est une leçon pour nous tous. Nous devrions toujours chercher à faire ce qui est juste ; nous devrions être prêts à prendre position et à défendre la Vérité, même si cela nous vaut l’hostilité de ceux qui occupent des postes d’autorité dans ce monde.
Il y avait une certaine urgence à procéder à cette mise au tombeau, car le sabbat approchait. Les préparatifs furent donc effectués à la hâte et le tombeau fut fermé.
Une fois le sabbat terminé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé se rendirent au tombeau avec de la myrrhe, des aromates et tout le nécessaire pour accomplir le rituel de préparation du corps, afin de le préserver de la décomposition. Alors qu’elles s’approchaient du lieu de sépulture, une pensée leur vint : « Mais comment allons-nous ouvrir le tombeau, puisqu’un gros rocher en barre l’entrée ? » Elles furent stupéfaites de trouver le tombeau déjà ouvert.
L’Évangile de Marc nous dit que les femmes rencontrèrent un jeune homme vêtu de blanc, bien que Matthieu l’appelle un ange et que Luc et Jean, dans leurs Évangiles, mentionnent deux anges. Les femmes étaient stupéfaites et effrayées. Le Christ avait préparé les gens à accepter l’idée de la résurrection d’entre les morts. Ils en avaient vu des exemples : la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïn, ainsi que Lazare, le frère de Marie et Marthe, tous ressuscités d’entre les morts. Pourtant, les femmes étaient submergées par la peur et l’émotion.
L'Évangile ne précise pas si elles comprenaient la portée des événements extraordinaires dont elles étaient témoins, ni si elles avaient peur parce qu'elles étaient désorientées. L’ange dit aux femmes d’aller raconter ce qu’elles avaient vu aux disciples et à Pierre. Saint Pierre est spécifiquement mentionné parce qu’il avait renié le Christ. Dans son remords, il devait se demander s’il serait rejeté comme indigne. Ce message avait pour but de le rassurer et de lui faire savoir que son repentir l’avait sauvé, contrairement à Judas qui ne pouvait pas, ou ne voulait pas, se repentir.
Un thème commence à se dessiner. Servir le Christ d’abord, ensuite et toujours. Rien n’est plus important que cela. Dans le Synaxaire, nous trouvons ce qui suit : … après l’ensevelissement du Corps du Seigneur, Joseph fut jeté dans un cachot par les Juifs, mais il en fut délivré par la puissance divine et se rendit dans sa ville natale, Arimathée. Le Christ ressuscité lui apparut alors qu’il était encore enchaîné, et lui confirma d’une manière particulière le mystère de la Résurrection. Bien qu’il ait beaucoup souffert aux mains des Juifs, il ne voulut pourtant pas garder le silence sur ce mystère et osa le proclamer aux yeux de tous.
De même, les femmes se rendirent au sépulcre par respect et par amour pour le Seigneur. Elles étaient nerveuses car elles rendaient hommage à la victime de la crucifixion, le châtiment le plus dégradant et le plus humiliant réservé aux pires criminels. Les femmes risquaient d’être raillées, voire maltraitées physiquement ou agressées, mais elles ne se laissèrent pas décourager.
Tropaire Ron 2
Lorsque Tu es descendu dans la mort, ô Vie immortelle, Tu as alors vaincu l’Hadès par l’éclat de Ta divinité ; et lorsque Tu as ressuscité les morts des profondeurs les plus abyssales, toutes les armées célestes ont crié à haute voix : « Ô Christ notre Dieu, Donateur de vie, gloire à Toi. »
Dans l’ode 5 du Canon, nous lisons :
Célébrant la mémoire des pieuses myrrhophores et de tous Tes disciples, nous Te chantons, ô Christ, à la lumière de Ta résurrection.
Honorons comme il se doit le noble Joseph, qui a descendu le Corps du Seigneur de l’Arbre et l’ensevelit fidèlement.
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Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
















