"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 27 mai 2020

Conversation avec le moine Pimène (Vlad): VIVONS DANS LA BEAUTÉ ET RÉJOUISSONS-NOUS


Monk Pimen (Vlad)
Moine Pimène (Vlad)

Le père Pimène a écrit le meilleur livre à ce jour sur les monastères athonites et fait des croquis - le saint mont Athos, le jardin de la Théotokos, connu de tous les Athonites roumains et des pèlerins.

Il vient de Bucovine, du village de Cornu Luncii, et est né dans la vie monastique du monastère de Sihastria, où il a passé deux ans avant l'armée et deux ans après. Depuis l'âge de vingt-quatre ans, il fait son ascèse à le skite nde Lacu sur le mont Athos, avec son frère de sang, le père Dosithée. Le père Pimène a construit deux cellules à Lacu : la première, dédiée au saint martyr Artème, en 1996 - elle est maintenant dirigée par le père Dosithée ; et la seconde, en l'honneur de l'entrée de la Génitrice de Dieuau Temple, en 2009, où huit moines œuvrent avec lui. Une des sœurs du Père a également choisi la voie monastique.

Chaque rencontre avec le Père Pimène remplit l'âme de joie. Partout où vous le voyez, il rayonne toujours de calme et de sérénité, et vous sentez que c'est parce qu'il n'y a pas de ruse en son âme - elle est pure. "Comment fait-il pour ne pas se ployer sous le poids des soucis ? C'est l'higoumène, après tout", me suis-je émerveillé une fois et je le lui ai demandé. "Je révèle toutes mes demandes et tous mes désirs à Dieu seul", a-t-il répondu. C'est ce que cela signifie de croire vraiment que Dieu prend soin de vous, et de ne pas compter sur vous-même ! Si vous déposez vos chagrins sur le Seigneur, vous trouverez la paix.

-Père, quand êtes-vous venu à l'Athos ?

-Je suis arrivé en 1993.

D'où venez-vous ?

-De Sihastria de Secu. [1]

Sihastria Monastery
Monastère de Sihastria

-C'est là que vous êtes né à la vie monastique ?

-Oui. Mais j'ai d'abord vécu à Sihla, une skite du monastère de Sihastria. À partir de fin 1987, j'ai passé environ deux ans dans les montagnes, à Sihla. Puis je suis allé servir dans l'armée, mais le bureau d'enrôlement nous a renvoyés chez nous, car c'est le jour où Ceaușescu s'est enfui. Ils ne savaient pas quoi faire de nous, et ont dit "Rentrez chez vous ; revenez quand la révolution sera terminée !" Je suis donc rentré chez moi. Puis, quand tout s'est calmé, je suis allé servir dans l'armée.

-Et comment est né votre amour pour le monachisme ?

-L'amour pour le monachisme ne naît pas. Le monachisme est une vocation. Quand Dieu appelle, même si vous êtes lié par dix chaînes, vous les briserez et vous partirez. Quand il est temps de suivre la voie du monachisme, on y va !


The Cell of the Entrance of the Most Holy Theotokos into the Temple, Lacu
La cellule de l'entrée de la Très Sainte Génitrice de Dieu au Temple, Lacu

-Et comment cela s'est-il passé pour vous : progressivement ou immédiatement ?

-Immédiatement. C'était comme un feu. C'était la Grâce de Dieu, et quand la Grâce descend sur vous, vous ne voyez plus rien d'autre. Je suis parti pour le monastère tard dans la soirée, après dix heures, avec des congères jusqu'au toit. Quand Dieu vous appelle, vous quittez tout et vous partez, sans faire aucun projet de monachisme.

-Et avant cela, vous n'aviez jamais pensé à devenir moine ? Parce que je soupçonne que vous avez été un chrétien exemplaire dès votre plus jeune âge.

-Oui, je suis allé au monastère pendant de nombreuses années, mon père spirituel y était. Je suis toujours allé voir le père Cléopa [Ilie]. Je n'ai jamais manqué un office à l'église du village. En été, je passais quelques mois au monastère, mais je n'ai pas pris la décision finale de devenir moine. Je comprenais la gravité d'une telle démarche et je me demandais parfois si je pouvais rester dans un monastère toute ma vie. Mais, quand la Grâce est descendue...

-Et maintenant ? Ressentez-vous la même abondance de Grâce ?

-Non, elle est partie. Mais alors... C'était comme si vous vous étiez jeté la tête la première dans l'abîme, parce que vous saviez que Dieu vous rattraperait. Vous savez avec certitude qu'Il vous prendra dans Ses bras. Et puis vous laissez tout et vous vous en allez. Et après être parti, vous vous en remettrez à la volonté de Dieu. La Grâce de Dieu triomphe de tout ce qui est humain, et toute pensée s'efface.

Cell of St. Artemius, Lacu
Cellule de saint Artème Lacu

-Combien y avait-il de personnes dans votre famille, mon Père ?

-Neuf.

-Tant que ça ?

-Oui. Je suis d'une famille chrétienne.

Y avait-il des moines ? Un de vos frères n'est-il pas aussi moine, Père Dosithée?

-Oui. Il est aussi à Lacu. Vous avez écrit sur lui il y a quelques années, en l'appelant Sophrony. Je n'ai pas cessé de me creuser la tête : Qui est ce Sophrony dont il parle ?

Pardonnez-moi. C'est lui qui avait une barbe mi-blanche mi-noire, non ?

-Oui. Seulement, maintenant sa barbe est complètement blanche.

-Déjà ?

-Ah ! La vie d'un homme est une ascension de la montagne jusqu'à quarante ans, puis commence la descente. Après avoir passé la barre des quarante ans, vous commencez à recevoir des télégrammes : vos cheveux deviennent plus clairs (ou tombent complètement), puis vous commencez à craquer - une jambe, un bras.

Quel âge avez-vous ? Votre barbe est assez noire...

-Quarante-sept ans.

-Donc, vous êtes déjà dans la descente ?

-Eh bien, oui. Moi aussi. Un homme a toute sa force jusqu'à quarante ans. Il peut encore rêver, escalader des montagnes, etc. Puis les parties de son corps commencent à lâcher ; il est donc temps pour lui de se préparer. S'il est fort, il vivra jusqu'à quatre-vingts ans, et peut-être plus, mais seulement avec des difficultés et des souffrances de personnes âgées, car le châtiment pour les péchés - la maladie et la mort - est déjà à venir.

-Oui, mais il ne faut pas tomber malade, car ici, sur la Sainte Montagne, il semble que vous ne pécheriez pas spécialement.

-Oui, l'humidité de Lacu suffit à vous donner des rhumatismes. Vous n'avez pas besoin d'attendre le paiement de vos péchés. Cette humidité tue ! En été, quand il fait chaud, l'humidité monte de la mer et reste ici, dans notre "fosse" (comme le dit le nom de la skite traduit du grec-λάκκο). C'est pourquoi il n'y a que des Roumains qui vivent ici. Il n'y a pas une seule cellule à moins de trois heures de marche, ni sur la route de saintPaul, ni dans l'autre direction, avant Provata, sur la route de Karakallou. Et la mer est loin...

-Grâce à l'humidité, il y a ici une véritable enclave roumaine !

-Oui. "Le désert le plus profond", comme on l'appelle depuis l'antiquité.

-Pourquoi les Roumains l'ont-ils choisi ?

-Parce qu'ils aimaient le silence. Ils aimaient la réclusion. Et il y avait de l'eau ici. Ils ont aménagé un petit jardin à côté de la cellule et c'est comme ça qu'ils vivaient dans le désert. Ils ont gratté des rainures dans les rondins, les reliant les uns aux autres pour apporter de l'eau au jardin. À cette époque, il n'y avait pas de puits, pas de pompes, pas d'installations pour l'irrigation au goutte-à-goutte, et toutes ces aides que nous avons aujourd'hui.

-Vous devez connaître l'histoire de ces lieux.

-Je sais que dans les temps anciens, ces terres appartenaient à Vatopaidi, mais à un moment donné, il a fait un échange avec le monastère de Saint-Paul, auquel il était redevable, et donc cet endroit a fini par appartenir à Saint-Paul. Au début, il y avait des Serbes ici, et ils étaient nombreux au monastère de Saint-Paul, mais peu à peu, la région a été désertée. Alors les Roumains sont arrivés.

-Combien de cellules y a-t-il aujourd'hui à Lacu ?

-Quatorze sont déjà terminées, et trois sont encore en construction.

Donc, dix-sept.

-C'est juste!

Comment avez-vous atterri sur l'Athos, mon père ?

-Je suis arrivé sur la Montagne Sainte de la même façon que je suis parti pour le monastère. La Mère de Dieu m'a pris par la main et m'a conduit ici. Même un mois auparavant, je n'avais jamais pensé à aller à Athos. J'étais calme. Je venais d'être nommé assistant de l'intendant à Sihastria. Il y avait trente moines et vingt ouvriers sous mes ordres, et tout le travail dans le monastère. J'avais déjà fait toutes les obédiences à ce moment-là, y compris la garde des moutons pendant un an.

Puis, un mois avant mon départ pour l'Athos, mon père est venu me rendre visite, et nous nous sommes promenés dans le jardin et sur la montagne un moment pour parler tranquillement. Et juste à ce moment-là, le père Cléopas descendait de la montagne. Il se dirigeait vers le monastère et s'est soudain tourné vers moi, et a dit: "Ecoute, ne t'enfuis pas vers l'Athos !" Il l'a dit comme un homme qui savait mieux que moi ce qui m'attendait dans le futur. C'était comme s'il avait dit : "Je sais que tu vas t'enfuir à l'Athos !" Mon père m'a demandé pourquoi il avait dit cela. "Comment le sais-je ? Il sait ce qu'il dit", lui répondis-je, n'accordant aucune importance aux paroles du staretz.

Quatre semaines passèrent, et en un mois seulement, je ne voyais plus rien d'autre que l'Athos devant mes yeux ! Et bien que tout ait été assez difficile à cette époque, la Mère de Dieu a tout arrangé en une semaine, et je suis parti pour la Terre Sainte, puis pour l'Athos, sans un sou en poche. J'avais besoin de deux visas - un israélien et un de Schengen - et je les ai obtenus sans problème. Toutes les portes se sont ouvertes devant moi comme par magie. En fait, c'est la Mère de Dieu qui a intercédé pour que j'aille dans son Jardin.

Je pourrais écrire un livre entier sur ce pèlerinage : comment je passais parfois la nuit dans les buissons parce que je n'avais pas un sou, je me levais à cinq heures du matin et je me nettoyais : Je cherchais une salle de bain pour me laver et je quittais cet endroit.

-Où était-ce ?

-À Jérusalem. J'ai passé environ une semaine en Israël, jusqu'à ce que la Mère de Dieu s'en occupe, et j'ai obtenu à la fois de l'argent et un visa Schengen pour aller en Grèce, sur la Sainte Montagne. Je n'ai rien mangé pendant trois jours, jusqu'à ce que le bateau arrive à Athènes en provenance de Tel Aviv. Ah, quelle opportunité ! Il y a toute une histoire avec mon voyage d'Athènes à Thessalonique et puis à l'Athos. Imaginez, je ne connaissais personne ni à Thessalonique ni sur la Sainte Montagne pour obtenir un diamontirion (autorisation d'entrer sur le mont Athos). Mais la Mère de Dieu m'a aidé et a envoyé des gens pour m'aider au bon moment.

Et où êtes-vous allé en premier sur le Mont Athos ?

À Prodromou [2], parce que, par coïncidence ou non, la voiture de la skite était à Karyes à ce moment-là et m'a emmené là-bas, dans notre cénobium roumain. Ensuite, comme ils attendaient l'arrivée de certains pèlerins à Prodromou, et qu'il n'y avait pas de place dans la maison d'hôtes, ils nous ont emmenés à Lacu. Et je suis resté ici.

-Où exactement ?

-Il n'y avait alors qu'une seule cellule, dans le kyriakon (église de la skite) - "la maison du Père", comme nous l'appelions. Et il pleuvait à verse dans cette cellule ! Pardonne-moi, Seigneur ! Et elle ne pouvait pas être réparée si facilement parce qu'elle était couverte de bardeaux posés sur de l'argile, qui étaient tous lavés et emportés par la pluie. J'avais une cuvette au-dessus de mon lit dans cette cellule. Une feuille de métal en sortait, le long de laquelle l'eau coulait vers le poêle, où il y avait un autre bassin collecteur d'eau. C'est à peu près comme ça que la cellule de tous les moines de Lacu était à cette époque.

-Une vie difficile !

-La skite était alors dans la misère la plus totale. On déterrait quelques pommes de terre dans le jardin, on ramassait des orties, et c'était toute notre nourriture. Nous en faisions un grand pot de ragoût, et cela nous suffisait pour une demi-semaine. Le jeudi, nous en cuisinions un autre et nous le mangions pendant trois jours. Nous avons passé deux ans de cette façon. Nous avions quelques raisins après la Transfiguration, et c'était tout ! Nous n'avions pas de vêtements de rechange. Juste des vêtements d'église. C'était tout ! Ensuite, nous avons trouvé des morceaux rapiécés et nous en avons fait des vêtements de travail.

-Quelle difficulté cela a été pour vous !

-Oui. À l'époque, si quelqu'un nous donnait des loukoums, nous les coupions en quatre et nous les mettions à la disposition des invités. Nous n'avions rien de comestible à l'époque, juste ce qui poussait dans notre jardin.

N'était-ce pas mieux à l'époque ?

-Eh bien, oui ! Beaucoup mieux ! Nous avions alors le silence. Il n'y avait pas d'agitation. Bien que le calme vienne de l'intérieur. Écoutez, Père Porphyre a passé trente ans à Athènes, et quel niveau a-t-il atteint ? Nous devons faire entièrement confiance à Dieu ! Toutes les peurs naissent d'un manque de foi en Dieu : on a peur de tomber malade, de mourir de faim, de ne pas survivre dans le désert...

-Vous vivez donc selon la parole du Seigneur : Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. (Matthieu 6:34).

-Et regardez, il est écrit là : Ne vous inquiétez donc pas, en disant : Que mangerons-nous ? ou : Que boirons-nous ? ou : De quoi serons-nous vêtus ? (Matthieu 6:31). Confiez-vous à Dieu et à la Mère de Dieu, car elle est le meilleur intercesseur : Tous les dons passent par elle. Et vous n'aurez besoin de rien, car le Seigneur vous donne tout ce dont vous avez besoin. Et si vous n'avez pas quelque chose, ou si vous en manquez, cela signifie que vous n'en avez pas besoin.

J'ai entendu un jour un prédicateur grec raconter comment une poignée d'Hellènes a réussi à survivre et même à conquérir les forces écrasantes des fascistes italiens. Il s'agissait de George Kastritis, qui a vu la Très Sainte Génitrice de Dieu entourée d'une foule de saints. Elle a dit qu'elle allait au front pour protéger les orthodoxes. C'est elle qui a vraiment gagné la bataille.

Et ce Père a dit qu'il arrive souvent que nous honorions la Très Sainte Génitrice de Dieu plus que le Christ, mais il n'en est pas affligé, car Dieu n'est pas comme les gens : il se réjouit en fait que nous honorions Sa Mère, la Reine du Ciel et de la Terre. Qui est plus puissant au Ciel ou sur Terre que la Mère de Dieu ? Et si vous saisissez la robe de la Mère de Dieu, quel mal peut vous toucher ? Comptez sur ses soins et rien ne pourra vous faire de mal. Ne sait-elle pas que vous souffrez ?

Et puis, pourquoi avez-vous tant de soucis ? Du genre : "Que vais-je faire demain ?" Es-tu sûr que tu vivras pour voir demain ? Et si tu posais ta tête sur ton oreiller et que le matin tu ne te levais plus pour prier ?

Le plus grand combat de l'Ennemi contre l'homme est qu'il ne lui permet pas de vivre dans le présent - ni dans le futur, ni dans le passé, mais pas dans le présent ! Ainsi, les personnes âgées parlent des gens qui étaient merveilleux, pendant leur jeunesse, et les jeunes réfléchissent à leurs projets d'avenir. Et ils ne vivent pas le moment présent. Ils ne vivent pas dans le présent. Ils disent : "Demain je ferai ceci et cela, le lendemain quelque chose d'autre", et aujourd'hui ils ne font rien, surtout pour leur salut. Mais, homme, réjouis-toi en ce moment, des gens qui sont près de toi, que Dieu a mis sur ton chemin...

-Amen, Père ! C'est pourquoi je suis venu aujourd'hui vers votre sainteté !

-... la beauté autour de vous, les oiseaux, les arbres, les fleurs et l'herbe. Mais non, l'homme se dit toujours qu'il fera quelque chose demain, et quand demain arrive, il dit encore la même chose : que demain il fera et finira quelque chose. Et ainsi, nous ne vivons ni ne mourons. Nous sommes debout avec un pied dans la tombe et l'autre sur le sol ; nous ne vivons pas dans le présent et nous ne nous réjouissons de rien.

Vous êtes ici dans le monde : Réjouissez-vous les uns les autres ! Avec votre femme, vos enfants. Laissez les péchés des autres, n'attachez pas d'importance à tout, vous aussi vous péchez parfois, et quelqu'un doit vous supporter. Le soir, embrassez-les tous et demandez pardon à tout le monde, car vous ne savez pas si vous vous réveillerez le matin. Ou peut-être que l'un d'entre eux mourra, et qu'il restera un grief entre vous, Dieu nous en garde !

Tout cela ne nous permet donc pas de nous réjouir de la vie, alors que nous ne savons pas comment tout mettre à profit. Vivons magnifiquement et réjouissons-nous de tout ce que Dieu nous permet de faire. Et ainsi nous passerons dans cette joie qui existe dans l'autre monde.

Et nous, que faisons-nous ? Nous montons dans la voiture, nous roulons à 125 km/h, et qui voit qu'un arbre a fleuri ? Est-ce que l'un d'entre nous regarde comment l'herbe pousse ? Non.

-Plus probablement, nous nous asseyons devant Facebook et Instagram.

-Oui, peut-être. Ou peut-être que vous conduisez des centaines de kilomètres et que vous ne voyez rien, parce que vous n'avez rien en tête, à part vos projets. Votre esprit est en train d'errer ailleurs. Aujourd'hui, tout le monde parle d'amour et tout le monde souffre de solitude. Pourquoi ? Parce que personne ne vit dans le présent.

-Vous avez raison, mon Père. Je dirais qu'il n'y a rien d'autre que le moment présent : Hier est déjà passé, et demain n'est pas encore venu. En ce moment, il n'y a rien d'autre que notre conversation.

-Oui. Qu'est-ce que je veux dire ? Avant, tout le monde connaissait tout le monde dans chaque village. Un rocher ne pouvait même pas tomber sans que la dernière babouchka à la lisière du village le découvre. Et le prêtre connaissait tout son troupeau. Maintenant, les gens vivent dans le même bâtiment depuis vingt ans et ne se connaissent pas. Tout au plus, ils se saluent quand ils se rencontrent, et c'est tout. Mais nous devrions nous réjouir les uns les autres.

-Oui, et plus encore ce que disait Abba Apollon : "Si tu as vu ton prochain, tu as vu Dieu." [3]

-Oui. Et Saint Antoine le Grand dit que la vie et la mort viennent toutes deux de ton prochain. [4] Et alors vous ne pouvez pas être si pauvre que vous ne lui donniez pas quelque chose, au moins un sourire. En réponse, certains diront que vous n'avez pas tout à fait raison dans votre tête, et d'autres diront que vous êtes béni, mais que vous ferez le bien pour la majorité. C'est mieux que d'être morose. Dans les villages, tout le monde se saluait, et souvent même s'informait de son état de santé.

-Père, quand j'ai déménagé en ville, j'ai salué tous ceux que j'ai rencontrés pendant six mois !

-Vous avez eu une bonne éducation à la maison. Si vous ne saluez pas quelqu'un, même le prêtre découvrira ce scandale !

-Ce qui m'est arrivé dans mon enfance. J'avais alors cinq ans et un beau jour, je me suis précipité à la clinique pour voir mon père - Dieu ait son âme ! - et je suis passé devant des gens qui creusaient un fossé, en oubliant de les saluer. Ils m'ont appelé : "Hé, tu es le fils de Mihai untel ?" J'ai dit oui, puis Ilie Paleur a dit : "Reviens ici, tu as oublié quelque chose !" J'y suis retourné et j'ai regardé attentivement sous mes pieds, je n'avais rien perdu. Ils m'ont dit à nouveau : "Reviens, reviens !" C'est seulement à ce moment-là que j'ai réalisé que je ne leur avais pas dit "Dieu nous aide". C'est comme ça que les gens étaient dans ma jeunesse !

-Oui. On s'entendait si bien, avec beaucoup d'amour et de respect. Mais notre égoïsme nous en empêche généralement. Nous nous inquiétons toujours d'un jour qui, de toute façon, n'est pas le nôtre, mais nous avons aussi une certaine maladie : le désir d'être toujours traités avec équité.

-Cette soif de justice est notre fléau national, mon Père ! Nous ne pouvons tolérer ni personne ni rien. Saint Isaac le Syrien l'a dit si merveilleusement : "Quiconque peut supporter l'injustice et l'abolir a reçu le réconfort de Dieu. " [5]

-Oui. Mais aujourd'hui, tout le monde veut être traité équitablement, et tout le monde veut avoir raison. Je me souviens de l'histoire d'un rabbin vers qui les Juifs venaient plaider. Un jour, Rachel cuisinait dans la cuisine (comme la porte était entrouverte, elle entendit parler des procès que les gens intentent au tribunal), et elle a appris que son mari avait acquitté les deux parties dans la même affaire. Agacée, elle lui a demandé : "Comment peuvent-ils avoir tous les deux raison ?" "Ecoute, tu sais quoi ? Tu as raison toi aussi", lui répondit le sage juif. Il a acquitté tout le monde. Tu vois ? Il est important que vous ayez une disposition d'esprit pacifique, que vous ne vous inquiétiez pas, et alors vous préserverez la paix autour de vous, dans votre entourage, et à la maison, dans votre famille. C'est la seule façon de l'accorder aux autres.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
ORTHOCHRISTIAN

NOTES:

1 C'est-à-dire du monastère de Sihastria, où le grand staretz Cléopa (Ilie) œuvra. Avant l'époque de Cléopa, c'était une skite, ou un hésychastère (d'où le nom de Sihastria), du monastère de Secu.

2 La skite roumaine de Saint-Jean-Baptiste

3 Voir Dictons mémorables : Sur Abba Appollon

4 Voir The Ancient Patericon, chapitre 17.2 (2) : Dictons mémorables. Sur Abba Antoine, 40

5 Saint Isaac parle de patience et de réconfort en de nombreux endroits. Voir, par exemple, ses Homélies 78, 21, 57 et 79.

mardi 26 mai 2020

Arseny Kindeyev: MIRACLES DANS LA LAURE DES GROTTES DE KIEV : DE SA FONDATION À NOS JOURS

Kiev Caves Lavra. Artist: Boris Litovchenko
Boris Litovtchenko: La Laure des Grottes de Kiev

À chaque époque de l'histoire de la Laure des grottes de Kiev - le berceau de l'ancien monachisme russe et le lieu saint orthodoxe le plus célèbre d'Ukraine - les miracles sont accomplis par la Grâce de Dieu pour renforcer la foi des fidèles. Cet article passe en revue cette chaîne séculaire, en rappelant les épisodes les plus marquants.

Les premiers d'entre eux, chronologiquement, sont décrits dans le Patericon des grottes de Kiev, un recueil d'ouvrages des onzième et treizième siècles sur les ascètes de la Laure, compilé aux quatorzième et quinzième siècles. De nombreux miracles de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle sont également consignés dans les notes du saint Métropolite Pierre Moghila (†1647) et dans le livre Teraturgima [*](1638) du moine de la Laure le hiéromoine Athanase Kalnofoisky. On trouve également des témoignages de miracles de la Laure dans la littérature du XIXe siècle, et des témoignages similaires sont publiés aujourd'hui.

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Le principal miracle

Dans les pages du Patericon, la disposition progressive de la Laure est décrite comme un miracle de la Providence de Dieu ; on y mentionne également à plusieurs reprises le patronage spécial d'en Haut des besoins fondamentaux du monastère, de sa défense contre ses détracteurs ; on y raconte aussi de nombreuses manifestations des dons de clairvoyance et de guérison de la part des ascètes et des saints défunts apparaissant aux vivants, avec des rapports d'assistance dans les moments difficiles.

Les compilateurs du Patericon se sont appuyés non seulement sur des témoignages oculaires et sur la tradition orale, mais aussi sur des emprunts à des patericons traduits, ce qui était considéré à l'époque comme normal pour le genre de l'hagiographie.

Il est important, cependant, de ne pas oublier que le principal miracle décrit à plusieurs reprises dans le Patericon des Caves est la transfiguration du cœur de l'homme qui s'est engagé sur la voie de l'ascèse, et la transfiguration du monde autour de l'ascète.

Il est significatif, par exemple, que parmi les premiers disciples de Saint Antoine - le fondateur de la Laure - se trouvaient des hommes de familles aristocratiques : Ils préféraient une grotte humide aux monastères urbains bien organisés créés par les princes et peuplés de moines byzantins à l'époque de l'égal des apôtres Vladimir et du sage Yaroslav, à la foi droite. L'impression que saint Antoine a faite sur ses contemporains était très forte !

Si vous avez été vaincu par des démons...

Saint Théodose, disciple et compagnon le plus éminent de saint Antoine lors de la création du monastère, qui s'est consacré à faire en sorte que la Laure ne manque pas de sainteté vivante (selon les termes de l'historien George Fedotov), et que la non-acquisition et l'amour fraternel ne "s'en aillent pas dans l'histoire", était prêt à donner les dernières provisions du monastère aux nécessiteux. Par les prières de l'higoumène, le Seigneur délivrait les frères des illusions démoniaques, reconstituait les biens épuisés, et les puissants de ce monde mettaient fin à l'oppression de ceux pour lesquels l'ascète intervenait.

Après avoir subi la défaite aux mains des démons lors de son enfermement dans une grotte, saint Isaac humilia son orgueil par la folie en Christ, et lorsque les cuisiniers du monastère lui demandèrent en plaisantant d'apporter un corbeau, l'oiseau s'assis docilement sur le bras de l'ascète. Saint Tite, qui avait osé servir à l'autel après une querelle non résolue avec un ami diacre, au début d'une maladie mortelle, demanda pardon et fut guéri. Après le vol de sa cellule, où il avait secrètement accumulé des richesses considérables, saint Aréthus tomba dans le découragement, mais, éclairé par une vision, il se repentit et s'éleva ensuite vers les hauteurs de la sainteté.

Alité depuis l'enfance, saint Pimène le Grand Malade pria pour la prolongation de son mal afin qu'il puisse rester au monastère, où ses proches l'amenèrent dans l'espoir de le guérir - et il fut jugé digne d'être tonsuré par les anges eux-mêmes.

Que s'est-il passé après que l'on se soit moqué des reliques  ?

Dans l'histoire de la Laure, un miracle à Pâques en 1463 est souvent mentionné, lorsque saint Deniy [Stchepa] descendit dans la grotte pour brûler de l'encens sur les tombes des frères, et qu'à son cri de "Christ est ressuscité", il entendit une voix collective venant des tombes : "En vérité Il est ressuscité !"

Le Teraturgima, publié dans le prolongement du Patericon (imprimé pour la première fois en polonais en 1635), décrit de nombreuses guérisons de maladies corporelles et de possessions démoniaques, un certain nombre de cas de maladies soudaines pour s'être moqué des reliques des saints dans les grottes, deux histoires de libération de la captivité turque (fuite et rançon), le sauvetage d'un archéologue qui faisait des fouilles enterré dans le sol, la conversion à l'Orthodoxie d'un catholique et d'un calviniste, un pèlerinage à la Laure de l'évêque catholique de Kiev, l'intensification de l'écoulement de myrrhon de la relique d'un crâne en présence d'un médecin sceptique, et la pluie chaude sur l'emplacement des grottes pendant la menace d'incendie due aux combats entre les Cosaques et les Polonais en 1630.

Les miracles à Pâques

Il y eut également des miracles dans la Laure au cours des siècles suivants. Ainsi, le cas de la guérison du sourd-muet Maxime Philippov à Pâques en 1823 dans la cathédrale de la Dormition a été attesté par le novice boulanger de prosphore - avec lequel l'homme guéri travaillait - Peter Krasnopevtsev, le futur saint Parthène de Kiev.

Lors de la Pâque de 1853, dans l'église de la maison du Métropolite de Kiev, dans la Laure, le garçon muet Vladimir Shepelev - le futur Saint Alexis []- fut guéri par les prières de saint Philarète (Amphiteatrov).

En juin 1876, "l'Antiquité russe" a publié un récit du savant et peintre Théodore Solntsev sur la façon dont son ami le Dr Savenko, qui ne croyait pas aux reliques myrrhoblytes, mena une expérience avec la permission de l'administration du monastère : Il essuya un des crânes et le laissa dans une chambre hermétique pendant la nuit. Le matin, du myrrhon fut trouvé dans le plat avec le chef, ce qui a convaincu le docteur de l'authenticité du miracle...

A propos des radiations et des microbes dans les grottes

En 1982-1990, des recherches scientifiques sur les reliques des grottes de la Laure ont montré que le niveau de radiation et le nombre de microbes sont réduits à proximité de ces trésors sacrés, et que le myrrhon des crânes ne contient pas de sous-produits de la décomposition de substances organiques mais des protéines en quantités caractéristiques des organismes vivants (les résultats de ces recherches sont publiés dans le livre, Les merveilles des grottes de la Laure, 1997, 2011).

Il y a quelques années, la maison d'édition de la Laure a publié une édition spéciale : Calendrier des grottes 2015 : Les miracles de la Laure des grottes de Kiev, qui, rappelant certains des miracles d'autrefois, nous offre de nombreux témoignages de miracles de ces dernières années, dans des situations variées, notamment dans les cas d'affections corporelles (y compris le cancer) et dans des dangers et des épreuves.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


NOTE:
[*] Teraturgima
D'Athanase, on conserve l'écrit Teraturgema (ΤΕΡΑΤΟΥΡΓΗΜΑ) de 1638. Il est écrit en polonais et décrit 64 miracles dans le monastère des grottes de Kiev et de ses environs de 1594 à 1637. Il visait à réfuter la prétention des églises unies à Rome sous l'influence des jésuites selon laquelle les miracles ne se produisaient plus dans les églises orthodoxes. Il décrit également les événements historiques du passé et la topographie de Kiev. Il mentionne également le soulèvement des Cosaques. Athanase écrit dans une perspective orthodoxe et pro-Ukrainienne. [d'après wikipedia]

lundi 25 mai 2020

Prêtre André Tchijenko: QUE FAIRE SI UN PÉCHÉ CONFESSÉ CONTINUE DE DÉRANGER VOTRE CONSCIENCE

Andrei Nikolaevich Mironov. Conscience
Andrei Nikolaevich Mironov. Conscience

Un péché est confessé, mais il continue à déranger votre conscience. Que faut-il faire ? Faut-il le confesser une deuxième fois ? Le père André Tchijenko examine la question.
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Les saints Pères comparent le péché à une mauvaise herbe dans un jardin, et le jardin, en conséquence, au cœur. Ils ont parlé de la façon dont le combat contre le péché continue jusqu'à la mort. Tout comme un jardin a besoin d'être constamment désherbé, nous devons lutter contre nos péchés, tout d'abord par une confession fréquente.

Ici, chers frères et sœurs, je voudrais dire que dans la pratique sacerdotale, vous êtes souvent confrontés au fait que dans l'esprit des paroissiens, le sacrement de la Confession est souvent inséparable du sacrement de la Communion. Ils pensent qu'ils doivent se préparer à la Confession aussi strictement qu'à la communion des Saints Mystères du Christ, c'est-à-dire au jeûne, à la lecture des canons, etc.

Bien sûr, ce n'est pas vrai. Tout cela doit être fait pour préparer le sacrement de la communion, et le sacrement de la confession est inclus dans cette préparation. Mais si vous voulez vous confesser sans communier, alors il suffit de vous rappeler les péchés qui tourmentent votre âme, et sans aucune préparation de jeûne et de prière, il suffit de venir à l'église et de demander au prêtre de vous confesser. Il est souhaitable de se confesser souvent - autant que nécessaire. Après tout, nous aussi nous péchons souvent !

La pratique monastique habituelle, par exemple, est de se confesser au moins une fois par semaine, et plus souvent si nécessaire.

En général, les saints Pères comparaient l'âme d'un homme qui se confesse fréquemment à une source qui coule, où l'eau est toujours fraîche et propre ; et l'âme d'un homme qui ne se confesse pas à un marécage moisi avec de l'eau stagnante et éventée.

Maintenant, parlons des péchés. Nous avons vu que les saints Pères comparaient le péché à l'herbe. Bien sûr, il y a des péchés qu'un homme commet, il se brûle, et ne les répète plus jamais. Par exemple, la fornication, l'avortement, les tentatives de suicide, les combats violents et d'autres péchés graves. Il se brûle, confesse ce péché, et par la prière d'absolution du prêtre, le Seigneur lui retire ces péchés. S'il ne les répète pas, alors il n'a plus besoin de confesser ces péchés. Ne manquons pas de foi ; nous devons avoir confiance en la miséricorde de Dieu et en Son pardon.

Mais, par exemple, si un homme n'a pas commis d'adultère mais (il sent) que la passion de la luxure est encore forte en lui, alors, bien sûr, cela doit être confessé. Cela signifie que la racine du péché est restée dans son cœur. Et tant qu'elle trouble l'âme, elle doit être confessée. Ou, par exemple, un homme n'a tué personne mais a régulièrement condamné et est devenu irrité et en colère - après tout, ces passions sont aussi une violation du commandement : "Tu ne tueras point". Malheureusement, nous les vivons presque tous les jours.

Nous devons confesser non seulement ces péchés d'action, mais aussi nos paroles et nos pensées, de manière à déraciner un péché déjà dans la phase embryonnaire, lorsqu'il s'est attaché à nos pensées ou à nos sentiments. Qu'est-ce qui est écrit dans le 136e psaume, connu sous le nom des " fleuves de Babylone" et souvent utilisé dans les services divins des semaines préparatoires du Grand Carême ? Versets 8 et 9 : "Fille de Babylone, misérable, bienheureux celui qui te revaudra les maux que tu nous valus. Bienheureux qui siasira tes petits enfants, et la brisera contre la Pierre !

Ces versets du Psaume sont un appel à la Confession. La fille de Babylone est notre nature passionnée, déchue, pleine de vice, désolant l'âme ; et aussi les attaques démoniaques contre nous. Les "petits" de la fille de Babylone sont des provocations hostiles et diaboliques, semées dans nos cœurs par Satan, et aussi nos sentiments et pensées personnels, qui sont apparentés à ces provocations et commencent à grandir dans nos cœurs d'abord comme des bébés, puis comme des bêtes géantes. Les passions doivent donc être étouffées dans l'œuf. Elles doivent être écrasées contre une pierre.

Quelle est cette pierre ? C'est le Christ. Et lorsque nous tombons devant Lui dans le sacrement de la confession et que nous brisons les bourgeons de nos péchés contre cette pierre sacrée par des larmes de repentance, nous recevons du Seigneur le pardon et la guérison de nos passions. Nous recevons la béatitude, c'est-à-dire la plus grande joie du repos en Dieu.

Souvenons-nous, chers frères et sœurs, que si nous sentons qu'un péché continue à nous blesser mentalement et sensuellement, alors, bien sûr, il est préférable de le confesser à nouveau. Souvenons-nous également que cette lutte se poursuivra jusqu'à notre mort. Mais la récompense est grande ! Ce sont des choses que l'oeil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont point montées au coeur de l'homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. (1 Corinthiens 2:9).

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 24 mai 2020

Konstantin Tsertsvadze: «POURQUOI LE STARETZ GABRIEL A-T-IL BRÛLÉ DES ÉPIS DE BLÉ?!»

Conversation avec le peintre d'icônes Tamuna Gotchiachvili, auteur de l'image «L'unité dans le Christ et l'amitié des peuples orthodoxes russes et géorgiens»

Nous avons rencontré Tamuna Gotchiachvili il y a deux ans, juste après que notre groupe créatif a reçu la bénédiction de Sa Sainteté Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie Ilia II pour créer l'icône "Unité dans le Christ et l'amitié des peuples orthodoxes russes et géorgiens". Il s'agit d'une icône représentant deux grands saints - les moines Gabriel de Samtavro et Seraphim de Sarov. Sur les miracles qui ont eu lieu avec cette icône miraculeuse, des articles et des histoires de personnes qui ont expérimenté la miséricorde, le renforcement et la guérison de Dieu à travers les prières du saint ont été publiés sur notre site Web . Et puis Tamuna a créé l'icône «Gloire de la Très Sainte Trinité». Nous parlons de ces icônes et de l'histoire inhabituelle de leur création.

- Tamuna, parlez-nous un peu de votre spécialité.
- Après avoir terminé mes études à l'Académie des Arts, je suis entrée à la faculté de médecine. Notre famille avait de grandes traditions dans le domaine de la médecine, et tout le monde supposait que je choisirais également cette voie, mais, comme nous le savons, une personne propose et le Seigneur dispose. Ainsi, le désir et l'amour de la peinture, de l'art l'emportèrent sur tout ce qui concernait d'autres professions. Diplômée de la Faculté des Beaux-Arts, j’ai étudié la restauration de la peinture murale. Je note que la peinture d'icônes est un domaine interdisciplinaire, et ce n'est pas seulement une technique, un style, une manière, etc. Pour écrire une icône, vous avez besoin d'une bonne connaissance de la théologie, en tenant compte de certains contextes historiques et de nombreuses autres nuances qui sont d'une grande importance dans ce ministère. Oui, je crois que la peinture d'icônes n'est pas seulement une profession: cela implique le service, l'obéissance et la grâce de Dieu.
L'iconographie n'est pas seulement une profession: c'est le service, l'obéissance et la grâce de Dieu
- Nous savons que vous connaissiez bien le staretz Gabriel (Ourgebadze). Avant de passer directement à l'histoire de la création d'icônes, je voulais vous demander comment il est resté dans votre mémoire?
- Oui, je connaissais bien le staretz Gabriel. Dans ma mémoire, il est resté très simple, humble, sage. Sa caractéristique distinctive est la franchise dans la communication avec les gens. Il avait une approche particulière envers chaque personne, et quand quelqu'un humilié, offensé, accablé de péchés venait à lui, il ne communiquait pas avec lui. Souvent, devant de telles personnes, il semblait être un grand pécheur qui venait de tomber dans un grand péché, en parlait haut et fort, les larmes aux yeux - et, il semblait, imperceptiblement, tranquillement, mais avec une telle force inspirer les gens à se repentir, que Dieu ne devait pas être laisser que le Seigneur attende notre repentir - et tous ceux qui venaient à lui ont bientôt commencé à tendre la main à Dieu, à l'Église, ont trouvé du réconfort et, après avoir communiqué avec le staretz, sont partis de là, inspirés par la grâce du Saint-Esprit. L'humour est une autre caractéristique intéressante du staretz Gabriel. Grâce à l'humour, il pouvait humilier et réprimander une personne afin que la vanité meure également, et au lieu de l'inconfort que nous ressentons tous lorsque quelqu'un nous condamne, une joie incroyable était ressentie.
- Il vous a humilié?
- Oui. Je me souviens que mon ami, également peintre d'icônes, est arrivé un jour vers le staretz Gabriel à Samtavro. Pendant que nous parlions, il faisait déjà nuit. C'était une époque où en Géorgie il n'y avait ni lumière, ni gaz, ni transport; Les rames de métro s'arrêtaient souvent en raison d'un manque d'électricité; les gens ne pouvaient pas conduire de voitures. Nous voulions rester au monastère, mais nous n'en avons pas parlé au staretz - nous nous attendions à ce qu'il nous offre de la faire. Bientôt, le père nous a suggéré de rester au monastère. J'étais ravie, je pensai: je resterai avec mes moniales, et le père Gabriel gardera son ami. Je suis devenue fière, je pensai: maintenant, le vieil homme parle sévèrement avec certains, mais il nous a laissés au monastère - nous sommes des peintres d'icônes! Dès que j'y ai pensé le staretz m'a regardé et m'a dit: «Je pensais qu'il valait mieux que vous restiez tous les deux ici, que l'un se couche dans le cercueil, qu'il y dorme, et que  l'autre dorme dans le couvercle du cercueil! " Imaginant que nous devions dormir dans un cercueil, nous avons eu peur et nous nous sommes enfuis hors de la cellule du staretz à une vitesse fulgurante et avons couru à Tbilissi. Et le staretz a éclaté de rire et nous crié vers nous ce qui suit: "J'ai un bon cercueil poli, que faites-vous?!" La prochaine fois que nous avons vu le staretz Gabriel, il nous a demandé de manière très expressive: «Avez-vous déjà voyagé à une vitesse aussi élevée que le jour où vous vous êtes enfui de chez moi?»
Imaginant que nous devions dormir dans un cercueil, nous avons eu peur et avons couru hors de la cellule

«Ressentez-vous l'aide et le soutien de frère Gabriel dans votre ministère?»
«Je peux dire que non seulement je ressens son soutien, mais je ressens sa présence animée.» Je considère moi-même le prêtre comme mon saint patron et mon mentor spirituel céleste. Lorsque j'ai commencé à travailler sur l'image «L'unité dans le Christ et l'amitié des peuples orthodoxes russe et géorgien», j'ai réalisé que c'était une grande responsabilité pour moi. Un jour, alors que je travaillais sur l'icône, j'ai même ressenti et entendu vivement Gabriel. Il est entré dans l'atelier, m'a regardé et, en souriant, a dit: "Eh bien, voyons ...". J'ai considéré ce signe comme un avertissement et une obéissance. Je savais que le staretz était proche et contrôlait cette affaire. L'icône est terminée, mon mari a fait l'icône et nous l'avons amenée à Tbilissi.
Le lendemain, votre groupe créatif, Konstantin, et moi sommes allés au monastère de Samtavro pour consacrer l'icône. Miraculeusement, le travail sur la création de l'icône a été complètement achevé la veille de l'anniversaire du staretz Gabriel, et le 26 août dernier, ils ont amené l'icône pour la consécration.

Mon cœur battait de façon inhabituelle: il était intéressant de voir comment les moniales du monastère de Samtavro, les enfants spirituels du staretz Gabriel, apprécieraient la peinture d'icônes, ce qu'elles diraient, etc. La joie et la surprise ne connaissaient pas de limites, lorsque, en regardant les images des saints, les mères sourirent, certaines d'entre elles fondirent en larmes. Après le service, ils nous ont dit: "Je me souviens que frère Gabriel a dit plusieurs fois au cours de sa vie, comme pour plaisanter, les mots suivants:" Alors le temps viendra, et vous verrez tous que quelque part je suis en quelque sorte un peu plus haut que Seraphim de Sarov ... " Et a ri. Ensuite, tout le monde a pensé qu'il plaisantait ou avait autre chose en tête, et maintenant, lorsque nous avons vu l'icône, nous nous sommes immédiatement souvenus de ses mots. C'est ce qu'il avait en tête! » Sur l'icône, l'image du père de Gabriel est légèrement supérieure à celle de Seraphim de Sarov. Sans la bénédiction du staretz Gabriel, son soutien et l'accomplissement incroyable d'une prophétie que je ne connaissais pas: comment aurais-je pu peindre cette icône ? Et l'image du staretz un peu plus grand que le grand saint, notre bien-aimé Seraphim de Sarov.
- Alors le staretz a fait savoir qu'il aimait l'image?
- Je pense que oui. Il sait soutenir, inspirer, renforcer.
La création de chaque icône est, en quelque sorte, une lutte spirituelle avec elle-même, avec son propre péché, son orgueil. Chaque fois que vous créez l’icône d'un saint, vous pensez combien le saint lui-même aimera l'image, si ce saint vous bénit, ce à quoi vous devez penser une fois l'icône terminée, ce qui doit être corrigé et ce que vous devez apprendre.
Je me souviens d'un autre exemple du soutien du Père Gabriel lors de la création de l'icône «Gloire de la Très Sainte Trinité». L'icône représente saint Spyridon et le staretz Gabriel. Beaucoup de gens le savent probablement: l'un des événements les plus importants du premier Concile œcuménique, convoqué en 325, a été la performance de saint Spyridon, révélant l'hérésie d'Arius, qui a affirmé que le Fils de Dieu était une création créée par Dieu le Père, c'est-à-dire qui ne lui était pas égal.  Du côté d'Arius, de nombreux philosophes ont parlé, qui, par de fausses conclusions logiques, ont détruit les arguments en faveur de l’Unité de la Trinité. Il semblait qu'il n'y aurait pas de fin au différend ... Mais saint Spyridon a montré une preuve claire de l'Unité dans la Sainte Trinité. Prenant une brique dans ses mains, il la serra - et le feu monta, l'eau coula et l'argile resta entre ses mains. " "Voici, il y a trois éléments, et la brique est une", dit le saint, "et dans la Sainte Trinité il y a trois Personnes, et la Divinité est Une".
Un épisode similaire, nous le savons, a eu lieu dans la vie du staretz Gabriel. L'archimandrite Kirion (Oniani) en a témoigné. C'était comme ça. Un jour, les hindous qui lui rendaient visite posèrent une question aui staretz: «Père Gabriel, vous, les chrétiens, vous vous trompez. Vous, les chrétiens orthodoxes, nous avez emprunté l'idée de la Trinité, mais vous avez mal compris les enseignements de Brahma, Vishnu et Shiva, parce que Trimurti, malgré la relation harmonieuse, n'en est pas une, et vous considérez la Trinité comme une, ce qui est une erreur élémentaire. "
Il a baptisé du pain au Nom de la Sainte Trinité - et à la place est venu de l'eau, du feu et du blé
Le père Gabriel a répondu: «Faux! Notre enseignement est divin, extraterrestre, tout vient du Seigneur. Comment pourrait-il y avoir une erreur quelconque? Mais comme vous n'y croyez pas et êtes si sûr de votre justesse, je vous répondrai par un exemple vivant. " Le staretz Gabriel a sorti le pain de la casserole, l'a mis sur un plateau et a dit: "Voyez, le pain est un et inséparable!" Puis il a fait le signe de la Croix sur le pain au Nom de la Sainte Trinité - et l'eau, le feu et le blé sont apparus à la place! Le père Gabriel s'est tourné vers les adeptes de l'hindouisme surpris par ce miracle: «Eh bien, au lieu de pain, de l'eau, du feu et du blé sont apparus. De même, les visages de la Sainte Trinité sont divisés en trois: le Père, le Fils et le Saint-Esprit. " Puis, au nom de la Sainte Trinité, il fit le signe de la Croix sur le feu, l'eau et le blé, et ils redevinrent du pain. Après quoi le staretz a dit: «"De même que ce pain est un et indivisible, de même la Sainte Trinité est une et indivisible !"
J'ai commencé à travailler sur cette icône, et un jour mon fils de cinq ans, Andria, entra dans l'atelier et, comme toujours, me demanda qui je peignais. J'ai dit que je dessinais les saints Spyridon et Gabriel. Il regarda attentivement l'image - et avec une naïveté enfantine, avec un sourire, demanda: "Et pourquoi les épis de blé du staretz Gabriel ont-ils brûlé?!" Je me suis figé. Je n'avais pas peint les langues de feu qui montaient des épis de blé. Et mon fils les a vus. Voici la Grâce du Saint-Esprit, et un autre signe et une bénédiction du staretz - le moine Gabriel.


- Tamuna, nous savons que dans le contexte de l'épidémie d'aujourd'hui il y a quelques jours, vous avez créé une autre icône inhabituelle. Parlez-nous d'elle.
- L'idée de créer cette icône est née immédiatement, dès les premiers jours de la découverte et de la propagation d'une nouvelle pandémie. Notre monde se souvient de nombreuses épidémies, mais nous avons tourné notre attention vers les saints qui ont servi et œuvré pendant une épidémie particulière ou bien sont considérés comme les saints patrons du monde et des gens pendant les troubles mortels. Il y avait beaucoup de ces saints, tant dans l'héritage oriental qu'occidental de l'Église. Je dois admettre qu'il était difficile de distinguer un saint en particulier. Finalement, nous nous sommes fixés sur le choix de quinze saints. L'icône a été peinte avec le désir d'exprimer gratitude et soutien aux médecins, afin que leurs saints prédécesseurs soient leurs aides et leurs intercesseurs, à la fois en matière épidémiologique et médicale. Ce modeste soutien est une expression de gratitude envers notre famille pour les médecins aux prises avec la COVID-19.
- Qui est représenté sur l'icône?
L'image principale sur l'icône est Saint Grégoire Le Grand, le Pape, avec l'icône de la Vierge dans ses mains. L'icône est appelée le «salut du peuple romain» et reflète le fait bien connu lorsque saint-Grégoire, lors d'une peste pestilentielle qui faisait rage, a porté l'image de la Vierge Marie en procession à Rome, qui a été témoin du phénomène miraculeux: décapitant l'esprit impur de l'épidémie, l'archange Michel a mis son épée dans son fourreau. Après ce miracle, la peste a cessé.
De droite à gauche des saints représentés qui sont les intercesseurs et les mécènes de l'époque des tribulations meurtrières:
·       Saint Spyridon de Trimythonte,
·       Saint Lazare le Juste,
·       Saint Martyr Charalampe, évêque de Magnésie,
·       Saint évêque Riginos, hiéromartyr de Skopélos,
·       Saint hiéromartyr Zotique,
·       Saint martyr Sébastien de Rome,
·       Saint Roi Edwin,
·       Saint Alexis (Chouchaniya) de Géorgie,
·       Saint Antoine le Grand,
·       Saint et juste Alexis, l'homme de Dieu,
·       Saint Nicéphore le Lépreux,
·       Saint Quirinus, martyr romain,
·       Saint martyr Boniface de Rome,
·       Saint Démètre de Thessalonique.

Ce sont les saints qui ont accompli un exploit spécial à l'époque des différentes épidémies. Certains des saints représentés sur l'icône étaient des aides et des intercesseurs pour leurs peuples, non seulement physiquement ou spirituellement, mais agissaient également comme épidémiologistes. Certains d'entre eux étaient médecins et guérisseurs. L'empereur Justinien est également représenté sur l'icône du médaillon en émail cloisonné, sous le règne duquel plusieurs épidémies se sont produites, dont la peste noire. Cette épidémie fait partie des cinq plus grandes épidémies au monde et est connue sous le nom de «peste Justinienne». Justinien lui-même a contracté la peste, mais il s'est remis et a apporté une contribution inestimable à la victoire sur l'épidémie. Il a beaucoup aidé les gens, rendu visite aux malades et aidé les médecins à prendre soin des faibles. Le deuxième médaillon représente l'archange Raphaël [Dieu guérit en hébreu], considéré comme le saint patron des médecins. Selon les Écritures, l'archange Raphaël a aidé Tobie lorsqu'une épidémie a fait rage dans sa ville.
Que le Seigneur sauve tous les peuples par leurs prières, renforce les médecins et, comme l'apparition miraculeuse de l'archange Michel à saint Grégoire le Grand et au peuple romain, cette épidémie prendra bientôt fin!
- Amen.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après