"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 21 février 2018

De ceux qui n'acceptent pas notre pardon



Abba Bétimius demanda à Abba Poemen: 

"Si un homme se fâche avec moi, et que j'exprime ma contrition, et qu'il ne l'accepte pas, que dois-je faire?" 

Le vieillard lui dit: 

"Prends avec toi deux de tes amis, et exprime ta contrition en leur présence." 

Et le vieillard Bétimius lui dit: 

"Et s'il ne veut pas être persuadé de l'accepter alors?" 

Et Abba Poemen répondit en disant: 

"Prenez avec toi cinq autres." 

Et Abba Bétimius a répondu disant: 

"Et s'il n'est pas persuadé par ceux-ci?" 

Abba Poemen dit: 

"Alors prends avec toi un prêtre." 

Et Abba Bétimius a dit, 

"Et s'il n'est pas persuadé alors?" 

Abba Poemen lui dit: "Sans colère et sans excitation, prie Dieu de mettre en son esprit le désir de paix, et aussitôt tu n'auras plus de souci."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après





mardi 20 février 2018

ABBESSE EVPHALIA (LEBEDEVA): "UNE MINUTE SANS DIEU EST TERRIBLE" (5)


-Il semble que séjourner dans le monastère donne une éducation et une attitude chrétienne envers le travail. Si Saint Serge de Radonège travaillait pour son frère pour le pain, alors ici c'est pareil: pour recevoir quelque chose, il faut le gagner. C'est une attitude chrétienne saine envers le travail. Ce n'est pas servile, mais sain: travail honnête, salaire honnête. Pas de cadeaux, et pas de tricherie.


-C'est une attitude saine, qui doit être cultivée dès l'enfance. Mais parfois il arrive que les adultes oublient, et tout le monde souffre.

-Je me souviens de la foule capricieuse des touristes en short et en bikini...

-Non, je ne vois pas ça. Premièrement, nous ne parlons tout simplement pas avec eux, nous ne communiquons pas en général. Les guides amènent des groupes de Kirillov, par bateau, par exemple; ils viennent l'un après l'autre! Et ils parlent tous dans la langue dont ils ont besoin, et nous n'y prêtons aucune attention. Ils ne nous concernent pas. Cependant, la curiosité les saisit, et ils regardent parfois dans la serre.

 Et les paons, c'est sûr!

Bien sûr, les paons, laissez-les les regarder, cela ne nous dérange pas; mais pour ce qui est d'aller à la serre, nous ne le voulons pas. Mais ils vont regarder de toute façon-quel genre de tomates, si nous cultivons telle ou telle sorte, et ils se demandent: Comment pouvons-nous avoir de telles énormes tomates au Nord!

-Comment obtenez-vous de telles tomates?

-Ce sont des variétés spéciales. Nous choisissons ces variétés, nous les essayons, et si nous les aimons, l'année suivante nous choisissons ces graines et nous les plantons. Nos tomates sont toujours grandes et bonnes.

-La prière pendant le travail est-elle importante?

-Très importante. Très!

- Diriez-vous que votre miel, vos tomates, tous vos animaux et tout le reste sont parmi les fruits de la prière?

-Oui, et comment! Vous ne pourrez rien faire sans la prière. De même pour le rucher. L'hiver dernier a été plutôt difficile pour nous, et nous avons dû acheter plus d'abeilles, mais quand même!... Mais, Dieu merci, nous venons de vérifier-tout va bien maintenant.

- Y a-t-il des exemples, Mère, où après avoir rencontré quelqu'un, vous avez juste eu de la joie dans votre cœur?

- Tout le monde est pareil pour moi, je pense. Je suis heureuse de rencontrer tout le monde. Les gens viennent, ils posent des questions, et vous parlez juste avec eux. Vous devez voir l'image de Christ dans tout le monde. Comment pourriez-vous ne pas recevoir le Christ avec joie?

Les gens eux-mêmes sentent que tout va bien avec le Christ, qu'Il ne les laissera jamais en difficulté. Nous avons un enfant en France, qui est né là-bas.

-Comment cela?

Une femme, une Française, est venue ici. En fait, elle était russe, mais vivait en France. Je lui ai dit: "Quiconque a besoin d'enfants, s'il vous plaît, implore la Mère de Dieu." Elle a dit: "Hum, je n'en ai pas besoin. Je suis déjà vieille, mais je prierai pour mon prochain." Avant même son retour en France, elle tomba enceinte et elle n'avait pas eu d'enfants pendant dix ans! Ils avaient eu un fils. Puis elle m'a tout dit. Ce sont les sortes de miracles qui ont lieu.

-Mais pour un monastère, les miracles sont probablement normaux.

-Oubliez ça. Nous avons une église debout ici, Dieu merci. Nous avons des logements aussi.

-Comment se fait-il qu'il y ait généralement un esprit pacifique dans les monastères? Il n'y a pas d'animosité, pas d'agression, pas du tout ce genre de choses?

-Demandez au Christ. Il appelle les gens, et ils viennent à Lui - donc tout est paisible. Est-ce que les choses pourraient vraiment n'être pas pacifiques avec le Christ? Dans n'importe quelle situation, même dans celles qui vous semblent terribles et injustes, vous devez être avec le Christ - Il vous aidera et vous sauvera. Voilà comment il y a la paix.

Version Française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Le père Placide Deseille, sa vie, son oeuvre

Père Placide

Interview de Bernard Le Caro qui a préfacé le dernier livre du père Placide "De l'Orient à l'Occident. Orthodoxie et Catholicisme".



Bernard Le Caro


lundi 19 février 2018

ABBESSE EVPHALIA (LEBEDEVA): "UNE MINUTE SANS DIEU EST TERRIBLE" (4)



-Alors il y a un besoin?

-Oui, comment pourrait-il ne pas y en avoir? Combien de personnes de ce type avons-nous eues? La troisième était aussi la fille d'un patron important. Ils sont venus et ont demandé si elle pouvait rester. Elle est également devenue une personne décente, avec trois enfants. Elle s'est mariée, vous voyez? C'est le genre de choses qui arrive ici.

-Par conséquent, si nous prenons en compte l'amour du peuple pour le monastère, cela signifie que le besoin existe, et cela signifie que la situation dans nos monastères est loin d'être mauvaise, puisque les gens viennent ici? Si elle était mauvaise, ils ne viendraient pas ici.

-Ils ne viendraient pas, non. Et combien y a-t-il d'anciens alcooliques! Et les pauvres! C'est pareil avec eux. Ils sont aussi devenus des gens dignes. Et ils n'avaient même pas de mères. Beaucoup de gens sont déjà venus ici.

 -Mère, dis-nous, quand est-il nécessaire d'user de rigueur, et quand faut-il être miséricordieux? Comment pouvons-nous régler cela?

-Vous devez considérer chaque personne. A certains vous pouvez accorder la clémence immédiatement, et à certains vous pouvez user de rigueur tout de suite. Tout dépend de la personne, je pense.

-C'est parfois difficile pour moi: je juge mes enfants, et je veux toujours utiliser la rigueur tout de suite.

-Eh bien, les enfants font mieux avec de l'affection. La rigueur est plus simple, mais la miséricorde et un sourire gentil sont meilleurs.

-C'est si le père est intelligent.

-Les enfants acceptent plus l'affection. Vous ne réaliserez pas grand chose avec eux par l'austérité, je pense. Il y avait une famille ici l'année dernière, demandant si leur fille pourrait rester avec nous quelques jours. Oui bien sûr, avons-nous dit. Eh bien, elle était là depuis un moment et sa mère est venue la chercher, et elle a dit: "Laisse-moi avec la Mère (i.e. l'abbesse!)" Pas avec grand-mère, mais avec Mère! Et ... il y a eu un rugissement! "Comment suis-je censé te laisser ici? Tu dois étudier la musique! "" Mais Mère va m'emmener à Kirillov! Il y a une école de musique là-bas! "Ils ont décampé dans un rugissement, prenant des voies séparées. Elle m'a appelée il y a deux jours: "Mère, je vous aime, je vous embrasse! Je veux vraiment vous voir! "J'ai dit," Eh bien, venez en été."" Peut-être en hiver? "" Si on vous amène en hiver de Novorossisk [dans le sud de la Russie], vous êtes les bienvenus! " Elle est en première année; elle est encore jeune.

-Qu'est-ce que le monastère fait maintenant, en plus du fait que les touristes viennent ici en été? Les touristes... de toute façon, laissons les tranquilles. Il y a des pèlerins, il y a un rucher, et il y a une basse-cour, pour autant que je sache.

-Oui, il y a une basse-cour, avec des vaches, des chèvres et des poules. Il y a des paons en été, pour la beauté et pour les enfants. Les écoles du dimanche viennent constamment de toute la Russie, et pas seulement des écoles du dimanche, mais même des écoles de sport, des académies de police, des écoles militaires. Beaucoup de gens viennent ici. Les travailleurs ici sont généralement de partout.

-Alors il s'avère que les gens ont un désir d'aider le monastère.

-Oui, et il n'y a rien à ajouter à ça, vraiment. Les gens aident beaucoup. Nous n'aurions pas pu planter de tels jardins sans l'aide des gens. Les gens de Cherepovets visitent toujours la maison de nos enfants.

-Y a-t-il un avantage à cela?

 -Il y a un avantage. Ils travaillent quatre heures par jour. Les carrés de chou ont toujours besoin d'être désherbés. Une fois leurs vacances d'été commencées, ils viennent ici pour trois mois. C'est une bonne thérapie de travail.

-Et les enfants savent déjà que le thé ne s'est pas sucré tout seul?(*)

  -Bien sûr. Il y a un besoin de thérapie de travail. Parfois, vous devez essayer de rendre les gens conscients. Une fille a dit: "Je devrais jeter ce vieux chiffon - ils nous donneront de nouvelles vestes demain!" J'ai dit: "Que veux-tu dire, donner? L'as-tu gagné? Ils ne le donnent pas! Ils ne te donnent pas de veste demain! Tu devrais racommoder ce trou. Assieds-toi et coud. " Quelque chose comme ça. Ils commencent déjà à réaliser. Et à la fin de la maison des enfants, ils brodent déjà des nappes, par exemple. Est-ce un travail utile? Cela va-t-il être utile dans la vie? Bien sûr.

Version Française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Jean-Claude LARCHET: Recension / Bernard Le Caro, « Saint Justin de Tchélié »



Bernard Le Caro, Saint Justin de Tchélié, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », éditions L’Âge d’Homme, Lausanne, 2018, 291 p.
La collection « Grands spirituels du xxe siècle » vient de publier la Vie très attendue de l’archimandrite Justin Popovitch, canonisé par l’Église serbe sous le nom de saint Justin de Tchélié (du nom du lieu où est situé le monastère où il passa la plus grande partie de son existence terrestre), et encore appelé « saint Justin le Jeune » ou « saint Justin le Nouveau » pour le distinguer du célèbre saint philosophe homonyme du IIe siècle.
Nul n’était plus qualifié que Bernard Le Caro pour écrire cette Vie: non seulement sa maîtrise du serbe, du russe et du grec lui donnait accès à tous les documents nécessaires, mais il avait été – bien avant J.-L. Palierne – le premier traducteur en français de textes du Père Justin, et surtout, lors d’une dizaines de rencontres, il put connaître intimement le saint et entendre de sa part des avis et des commentaires dont il nous fait partiellement part ici.
L’auteur a bénéficié de différents documents biographiques publiés depuis la mort de saint Justin, mais a cependant composé une biographie originale, à la fois mieux ordonnée et plus complète que les biographies existantes.
Cette Vie d’un saint contemporain fait apparaître de manière équilibrée, nuancée et juste les qualités de sa personne, de son activité ecclésiale, et de son œuvre immense dans les domaines de la théologie, de l’exégèse et de l’hagiographie, et laisse entrevoir la rigueur de son ascèse et la profondeur de sa vie spirituelle.
Outre ce vaste travail qui nous permet de disposer d’une biographie définitive – la meilleure existant à ce jour –, l’auteur s’est livré, pour composer la seconde partie du volume, à un important travail de traduction. Il a choisi de traduire surtout des textes relatifs à l’ecclésiologie. D’une part, c’est un domaine où le grand théologien se montrait particulièrement brillant (la partie ecclésiologique qui constitue le dernier volume de sa Dogmatique est généralement considérée comme la meilleure). D’autre part, une partie de ces textes – en particulier une partie substantielle de l’ouvrage intitulé L’Orthodoxie et l’œcuménisme traduit dans plusieurs pays orthodoxes mais encore totalement inédit en français – permet de dissiper quelques malentendus sur ses positions relativement à l’œcuménisme, tandis qu’une autre partie rejoint l’actualité relative au récent synode interorthodoxe de Crète.
L’ouvrage peut être commandé sur le site des éditions L’Âge d’Homme.
Jean-Claude Larchet


dimanche 18 février 2018

Jean-Claude LARCHET sur KTO



Jean-Claude Larchet sera ce dimanche 18 février à 20h40 sur la chaîne de télévision KTO, l’un des trois invités de Régis Burnet pour le premier numéro de la série de Carême de l’émission « La Foi prise au Mot ». La série aura pour thème « les cinq sens ». Le premier numéro sera consacré au corps. Jean-Claude Larchet, auteur de « Théologie du corps» (éditions du Cerf), présentera le point de vue patristique et orthodoxe sur le statut du corps dans l’anthropologie chrétienne, et sur sa place, son rôle et son destin dans la vie spirituelle.

ABBESSE EVPHALIA (LEBEDEVA): "UNE MINUTE SANS DIEU EST TERRIBLE" (3)


Cathédrale de la Dormition à Goritsky

-Selon vos propres termes, les jeunes se sont avérés plus volontaires, mais plus faibles? Y a-t-il là une corrélation?

 -Oui; mais là, en Ukraine, ils sont plus faibles à coup sûr, mais tout de même, il n'y a pas cette volonté obstinée. Il y a là une vieille racine, qui est l'ancienneté - elle montre son exemple. Mais bien sûr, il y a une corrélation: plus vous péchez, plus vous devenez faible - tout docteur vous le dira.

 -Ou tout médecin légiste. Et pourquoi pensez-vous que nous avons une telle difficulté avec la volonté personnelle?

-Probablement parce que nous avons vécu si longtemps sans Dieu. Mais encore une fois, ils avaient toujours Dieu. Je me souviens d'une famille entière qui est allée dans les monastères. Deux sœurs sont allées au monastère. Leur mère était malade et elle est allée dans un monastère, la moniale Liveria - elle est déjà morte; et leur père est allé dans un autre monastère, à Pochaev- c'est le moine Spyridon. Et il y a beaucoup de familles semblables là-bas.

-C'est-à-dire qu'ils avaient la piété dans leur sang?

-Oui, dans leur sang!

-Mais pour nous, il semble que nous avons vécu trop longtemps sans Dieu. Nous sommes devenus froids.

-Froids, oui. Mais à présent, gloire à Dieu, Mère Ariadna travaille dans une école. Elle a déjà plusieurs groupes d'enfants, et même une classe d'adultes étudie avec elle. On lui demande même d'aller au jardin d'enfants. Ils retournent au Christ.

-Cent ans sans Dieu, c'est effrayant!

-Même une minute sans Dieu est effrayante, mais là, cent ans: Quelle image terrible!

-Cueillons-nous les fruits des graines qui furent plantées il y a un siècle? Comment pouvons-nous accepter ces fruits sans murmurer et sans jugement?

-Notre prêtre nous dit toujours de ne pas juger qui que ce soit! Nous devons travailler sur nous-mêmes. Comme vous êtes, ainsi sera votre famille. Si vous voulez juger quelqu'un, jugez-vous, vous êtes le favori!

- Cependant, il est évident que différentes personnes désireuses de venir au Monastère de la Résurrection de Goritsky avec un grand amour. Ainsi, nous pouvons dire que nos gens ont besoin de communion avec le Christ?

- Il y a un tel besoin. Pendant les années où le monastère renaissait, de nombreux drogués devinrent même ici de bonnes personnes. Olga, l'une d'eux s'est même mariée ici; elle venait de Saint Pétersbourg. Elle est fille d'un capitaine de bateau, et le capitaine est venu nous rendre visite. Il a demandé s'il pouvait y amener sa fille. Sa fille a amené une amie avec elle, Léna. Elles sont venues ensemble, et toutes deux sont reparties étant devenues des femmes normales, bien sûr. Ces filles ont même eu chacune un enfant, et leurs parents les ont élevés. Elles se sont mariées, et Olga est même venue ici pour se marier.
Version Française Claude Lopez-Ginisty
d'après

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


5/18 février
Dimanche de l’abstinence des laitages, mémoire de l’exil d’Adam du paradis – dimanche du Pardon
Clôture de la fête de la sainte rencontre de notre Seigneur.

Sainte Agathe, martyre à Catane (251) ; sainte martyre Théodulie et martyrs Hellade, Macaire et Évagre (vers 304) et martyrs saint Théodose, archevêque de Tchernigov (1696) ; saint Antoine d'Athènes, néo-martyr grec (1774).

Lectures: Rom. XIII, 11-XIV, 4 ; Маtth. VI, 14-21 
Dimanche du Pardon 
DIEU AIME CELUI QUI DONNE AVEC JOIE[1]
À
 propos du jeûne, le Seigneur nous dit qu’il faut non pas jeûner d’une façon ostentatoire, mais jeûner dans le secret. Et ceci vaut pour toute notre vie spirituelle. Il ne s’agit pas de se soucier du regard des autres sur nous, mais simplement de vivre sous le seul regard de Dieu. Et là encore, un examen de conscience nous est nécessaire. Est-ce que vraiment, dans notre vie spirituelle, dans notre vie quotidienne, nous avons ce souci de vivre sous le seul regard de Dieu et non pas sous le regard des autres, ou ne sommes pas d’une manière ou d’une autre dépendants, tributaires du regard d’autrui ? Un Apophtegme, qui comporte une part d’humour, comme c’est souvent le cas de ces récits qui concernent  certains Pères du déserts, nous raconte ceci: Un jour, un jeune moine vient trouver son père spirituel peu de temps après son entrée dans la vie monastique et lui dit qu’il est déconcerté parce que quand il était dans le monde, il jeûnait beaucoup, il priait beaucoup, il était très fervent ; et puis, se retrouvant dans le désert, il n’arrive plus à jeûner, il n’arrive plus à prier. Et son père spirituel lui dit : “Quand tu étais dans le monde, il t’était facile de jeûner, il t’était facile de prier, parce que tu étais sous le regard des autres, et inconsciemment tu te nourrissais de vaine gloire. Ici, au désert, tu n’as plus personne pour te regarder, tu n’as plus personne pour te louer, pour admirer, ta vie spirituelle, et c’est pour cela que tu manques d’élan, que tu manques de zèle. Mieux vaut ne rien faire et être humble que se nourrir de vaine gloire”.
Et on peut aussi penser que si le Seigneur nous recommande d’avoir un air joyeux quand nous jeûnons, c’est aussi parce que, comme le dit un autre texte de l’Écriture: « Dieu aime celui qui donne avec joie ». Il ne faut pas que notre jeûne de Carême, que notre effort de Carême soit ressenti par nous comme quelque chose de pesant, de lourd, de difficile à porter. Au contraire, il faut que nous ayons un enthousiasme spirituel en entrant dans le Carême parce que nous entrons — j’aime cette formule — dans le « printemps des âmes » qu’est le Carême. Oui, il faut que nous ayons une joie printanière en entrant dans le Carême, que nous sachions porter ce jeûne avec une certaine allégresse spirituelle. C’est à ce moment là que notre jeûne sera vraiment agréable à Dieu, si nous jeûnons sans chercher à nous faire plaindre ou admirer de quelque façon que ce soit.
Archimandrite Placide Deseille

Tropaire du dimanche, ton 4
Свѣ́тлую воскресéнiя про́повѣдь отъ Áнгела yвѣ́дѣвша Гoспо́дни yчени́цы и пра́дѣднee осужде́нie отве́ргша, Aпо́столомъ xва́лящася глаго́лаху : испрове́́pжеся cме́рть, воскре́сe Xpистócъ Бо́гъ, да́руяй мípoви ве́лiю ми́лость.
Les saintes femmes, disciples du Seigneur, ayant appris de l’Ange la radieuse nouvelle de la Résurrection, rejetèrent la condamnation des premiers parents, et, pleines de fierté, dirent aux Apôtres : « La mort a été dépouillée, le Christ est ressuscité, donnant au monde la grande miséricorde ! »

Tropaire de la Ste Rencontre, ton 1
Ра́дуйся, Благода́тная Богоро́дице Дѣ́во, и́зъ Тебе́ бо возсiя́ Со́лнце пра́вды, Христо́съ Бо́гъ на́шъ, просвѣща́яй су́щыя во тьмѣ́. Весели́ся и ты́, ста́рче пра́ведный, прiе́мый во объя́тiя Свободи́теля ду́шъ на́шихъ, да́рующаго на́мъ воскресе́нiе.
Réjouis-toi, ô Pleine de grâce, Vierge Mère de Dieu, car de toi s’est levé le Soleil de Justice, le Christ notre Dieu, illuminant ceux qui sont dans les ténèbres. Sois aussi dans l’allégresse, juste vieillard, qui as reçu sur tes bras Celui qui libère nos âmes et nous donne la Résurrection.

Kondakion du dimanche de l’abstinence des laitages, ton 6
Пpeму́дpocти наста́вниче, смы́сла пода́телю, нему́дрыхъ наказа́телю, и ни́щихъ защи́тителю, yтвepди́, вpaзyми́ cépдце моé Bлады́ко : Tы́ да́ждь ми́ cло́во, тчее cло́во, cé бо ycтнѣ́ мои́ не возбpaню́, во éже зва́ти Тeбѣ́ : Mи́лостивe, поми́луй мя́ па́дшаго.
Guide de sagesse, Donateur de l’intelligence, pédagogue des insensés, protecteur des pauvres, affermis et instruis mon cœur, Maître; accorde-moi la parole, ô Parole du Père. Car voici, je n’empêcherai pas mes lèvres de Te crier : Miséricordieux, aie pitié de moi qui suis tombé !




Kondakion de la fête de la Ste Rencontre, ton 1
Утро́бу Дѣви́чу ocвяти́вый Poждество́мъ Tвои́мъ и pу́це Cѵмео́нѣ благослови́вый я́коже подоба́ше, предвари́въ и ны́нѣ спа́слъ ecи́ на́cъ, ХристБо́же, но yмири́ во бранѣ́xъ жи́тельство и yкрѣпи́ пpaвосла́вныя хpистіа́ны, и́xже возлюби́лъ ecи́, еди́не человѣколю́бче.
O Toi qui as sanctifié par Ta naissance le sein virginal et qui as béni, comme il le fallait, les bras de Siméon, Tu es venu, Christ Dieu, nous sauver en ce jour. Dans ses guerres, donne la paix à Ta cité et affermis les chrétiens orthodoxes que Tu as aimés, Toi seul Ami des hommes.


Au lieu de « Il est digne en vérité », ton 3
Богopóдицe Дѣ́вo, упова́нie xpиcтiáномъ, покры́й,  coблюди́ и спаси́ на́ Тя́ упова́ющихъ. Въ зако́нъ cѣ́ни и пиcáній о́бpaзъ ви́димъ вѣ́pніи : вcя́къ му́жескiй по́лъ, ложесна́  paзверза́я, cвя́тъ Бо́гу ; тѣ́мъ Пepвоpoжде́нное Cло́во Отца́ безнача́льна, Cы́на пepвоpoдя́щася Maтépiю неискоcyмжно, величáeмъ.
Mère de Dieu, espérance de tous les chrétiens, abrite, protège et garde ceux qui espèrent en toi. Dans la Loi, nous découvrons, nous, fidèles, sous l’obscurité de la lettre, une figure : tout mâle premier-né est consacré à Dieu. C’est pourquoi nous magnifions le Verbe Premier-né, Fils du Père Éternel, Premier-né de la Vierge Mère.

LES RÈGLES DU JEÛNE
Le typicon – livre qui détermine l’ordo des offices et les règles du jeûne - prescrit pour le Grand Carême l’abstinence de viande, du lait, des œufs et poisson. Il autorise le vin et l’huile le samedi et le dimanche, le jeudi du grand Canon de St André de Crète  et le Jeudi Saint. Le poisson est permis le dimanche des Rameaux et le jour de la fête de l’Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu, sauf cette année en raison de l’occurrence du Grand Samedi. Le samedi de Lazare, les œufs de poissons sont permis. En tout état de cause, il convient de jeûner avec discernement, selon ses forces, ayant en vue que, selon les Pères de l’Église, il faut tuer les passions et non point le corps. St Païssy Velitchkovsky écrit à ce sujet : « chacun a sa conscience pour mesure et maître intérieur. Il ne peut y avoir une seule règle et une même ascèse pour tous, parce que les uns sont forts et les autres sont faibles, les uns sont comme le fer, les autres comme le cuivre, d’autres encore comme la cire... Un jeûne modéré et raisonnable, c’est là le fondement et le chef de toutes les vertus ». Le carême n’est pas seulement l’abstinence de certaines formes de nourriture, son but est la purification de l’âme. C’est à cela précisément qu’il doit servir.

VIE DU SAINT NÉOMARTYR ANTOINE D’ATHÈNES



Saint Antoine était fils de chrétiens pauvres d’Athènes. À l’âge de douze ans, il s’engagea au service d’un Albanais musulman pour assister ses parents. En 1770, lors des répressions qui suivirent le soulèvement des Grecs du Péloponnèse, ses maîtres le vendirent à des Turcs qui essayèrent en vain de le convertir. Après avoir été ainsi vendu à cinq reprises à des maîtres toujours plus cruels et fanatiques, sans se laisser ébranler dans sa foi, il fut finalement acheté par un chaudronnier chrétien de Constantinople. Un jour, après avoir été averti la veille dans un rêve qu’il allait recevoir l’assistance de Dieu pour obtenir la gloire du martyre, il fut reconnu par son précédent maître qui passait dans la rue, et ce dernier se mit à crier aux badauds que ce jeune chrétien avait renié l’Islam et s’était enfui de chez lui. Traîné aussitôt au tribunal à grands cris, Antoine confessa qu’il était prêt à recevoir mille morts pour l’amour du Christ. « Sois certain, dit-il au juge, qu’il te serait plus facile de devenir chrétien que de me faire renier mon Christ. » Pressé par les faux témoins et ne pouvant convaincre le saint de feindre la conversion pour avoir la vie sauve, le juge, à contre cœur, le fit jeter en prison. Antoine y réconforta les autres prisonniers chrétiens, distribua aux pauvres le peu d’argent qu’il avait et écrivit à son maître pour le remercier de ses bienfaits, pour demander par son entremise pardon à tous les chrétiens et pour solliciter les prières de l’Église.

Comme le vizir tardait à rendre sa sentence, les accusateurs du saint allèrent se plaindre au sultan Abdul Hamid qui, par crainte d’une sédition, ordonna de l’exécuter sans plus tarder. C’est avec joie que ce vaillant martyr de seize ans se rendit au lieu du supplice et tendit sa nuque au bourreau. Celui-ci le frappa légèrement à trois reprises, pour que la douleur le fasse céder ; puis, voyant qu’il se donnait de la peine en vain, il l’égorgea comme une brebis d’abattoir.
(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)



Ce n’est pas lorsque nous avons fait un faux-pas en quelque chose que nous devons nous affliger, mais si nous y persistons. Faire un faux-pas arrive souvent même aux parfaits, mais y persévérer est une mort totale. L’affliction que nous éprouvons lorsque nous nous affligeons sur nos propres faux-pas nous est comptée par la grâce comme une œuvre pure. Mais l’homme qui retombe dans sa faute en escomptant s’en repentir se comporte envers Dieu avec duplicité ; la mort fondra sur lui à l’improviste, et il n’aura pas le temps d’accomplir des œuvres bonnes, comme il l’espérait.
Saint Isaac le Syrien





Le monastère Saint-Antoine-le-Grand a édité en deux volumes les homélies pour l’année liturgique du Père Placide Deseille, sous le titre « La Couronne de l’Année Chrétienne ».


[1] Extraits de l’homélie de l’archimandrite Placide Deseille sur le Dimanche du Pardon