"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 28 janvier 2020

Archiprêtre Gabriel Rochelle: Il est temps de retourner aux racines premières du christianisme!


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"A l'avenir, le christianisme sera mystique ou il cessera d'exister."

Le théologien catholique romain Karl Rahner est crédité de cette perspicacité, mais il n'est pas le seul à penser ainsi. Voici ce que cela signifie.

La voie du Christ n'est pas une doctrine ou un ensemble de doctrines. Ce n'est pas un enseignement venant d'un livre, pas même de celui qu'on appelle la Bible. C'est un mode de vie et non un ensemble de croyances, aussi fermement ancrées soient-elles. Les gens ne deviennent pas chrétiens en se voyant marteler dans la tête une gerbe de croyances et des menaces sur la vie après la mort et sur l'endroit où ils la passeront.

Le chemin du Christ n'est pas un ensemble d'impératifs éthiques. Ce chemin n'est pas un ensemble de morales, un peu comme les fables d'Ésope avec un enrobage religieux. La preuve en est simplement trouvée en regardant dans le Nouveau Testament ; les premiers écrivains chrétiens n'ont pas jugé nécessaire d'inventer un système d'éthique. Ils s'appropriaient ce qui était bon dans les systèmes éthiques qu'ils trouvaient autour d'eux et les utilisaient là où ils pouvaient, parce qu'ils savaient que le but de tout cela n'était pas simplement une vie bonne et morale. 

Au début du capitalisme mercantile, la notion de "valeurs de la classe moyenne" s'est attachée à la Voie comme si elle était le but de tout cela. Ce n'était pas le cas. Il n'y a aucun argument contre le truisme selon lequel les athées peuvent vivre une vie bonne et morale et peuvent être meilleurs à cela que les gens de foi. Et alors ? La Voie du Christ n'est pas axée sur des impératifs éthiques, donc il n'y a pas d'argument.

La voie du Christ n'est pas une institution. Elle nécessite un organisme ; cet organisme est appelé le Corps du Christ. Nous sommes ensemble dans ce domaine ; c'est une nécessité pour l'Église, mais il ne s'agit pas de créer une institution : c'est le Corps mystique dont nous faisons partie. Bien sûr, il y a des tragédies historiques lorsque l'institution a dévié du chemin du Christ, et ce fut vraiment une période triste. Mais l'argument selon lequel on peut être chrétien sans faire partie du Corps du Christ ? C'est un autre exemple de l'individualisme américain qui s'infiltre dans le mélange et le contamine.

La Voie du Christ n'est pas une institution mais une personne. La voie du Christ n'est pas une éthique mais une personne. La voie du Christ n'est pas un enseignement mais une personne. C'est ce que Rahner voulait dire, je pense, au-delà des paroles citées. La voie du Christ est une relation.

Tout ce que fait l'église traditionnelle fonde, encourage et fomente cette relation pour qu'elle puisse prendre son envol. 

Dans l'église primitive, par exemple, le baptême était administré une fois par an, au moment du Vendredi Saint et de Pâques, afin que ceux qui étaient baptisés sachent qu'ils mouraient et ressuscitaient avec le Christ, comme le dit Saint Paul dans le chapitre VI de l'Epitre aux Romains. 

Qu'en est-il de la sainte communion, appelée diversement l'eucharistie, ou la Cène ? C'était une réception hebdomadaire, en de nombreux endroits apparemment quotidienne, du Christ dans le cœur, l'esprit et l'âme. 

Qu'en est-il de la confession ? Comme l'a dit saint Jean Chrysostome, la confession n'est qu'un retour à la relation établie lors du baptême lorsque l'on s'est égaré. 

Tout cela existe pour que, comme le dit Paul en plusieurs endroits, nous puissions être "en Christ" et le Christ en nous. Cette mystique du Christ est accessible à tous. C'est, je crois, ce que Rahner voulait dire. Il ne pensait pas à une innovation ou à un gadget qui sauverait l'église de l'extinction ; il appelait à un retour aux sources.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
PRAVMIR

lundi 27 janvier 2020

Archimandrite Théodose Martzoukhos: Le péché ne fait pas de mal à nous, mais à Dieu!



Très souvent, dans notre esprit, nous pensons que la vie religieuse a à voir avec Dieu et que le péché a aussi à voir avec Lui. C'est une erreur. 

L'Église est un sanatorium, la maladie est nôtre et nous y allons pour être soignés. Le docteur va bien, donc nous ne lui avons pas rendu service en allant à l'hôpital. Ses commandements sont nos médicaments. Mais même si nous prenons les médicaments, nous pensons que nous le faisons pour Lui, pour qu'Il soit satisfait. 

Le Christ est venu dans le monde et nous a montré le mystère de l'Église pour que nous puissions être guéris. Très souvent, nous pensons que ce que nous faisons - jeûner, travailler, prier, ou quoi que ce soit d'autre - est fait pour Lui. Parfois, nous pensons qu'Il veut quelque chose de nous pour son propre compte et qu'Il nous demande des choses. Ce n'est pas le cas. C'est une erreur fondamentale. Le docteur ne veut pas que moi, vous ou tout autre patient suivions un traitement à cause d'une de ses bizarreries ; il veut que le patient se rétablisse.

Il en va de même dans l'Église. Si nous ne remettons pas les choses en ordre, nous ne passerons jamais de la culpabilité à la repentance et de la repentance au retour à la maison de notre Père. Nous devons réaliser que ce mode de vie, le péché, nous coupe de la Vie. 

La vie religieuse n'est pas une pensée : parfois bonne, parfois moins bonne, parfois coupable, parfois pénitentielle. Cela peut être de la simple sentimentalité. Vous allez à une liturgie des présanctifiés, où l'éclairage est faible, c'est très beau, et vous vous retrouvez à vous détendre. Vous allez aux Vêpres, c'est calme et solennel et vous trouvez la paix. Avec cela, nous entrons dans une façon de penser qui apporte un soulagement et, bien que cela puisse parfois être utile, ce n'est pas tout à fait sain.

Les gens se confessent souvent, accablés par leurs péchés, et lorsqu'ils se confessent, ils disent "Quel soulagement". Ou, s'ils encouragent quelqu'un d'autre à se confesser, ils disent : "Allez vous confesser et après, vous aurez l'impression de voler. Vous vous sentirez vraiment à l'aise". C'est peut-être souvent le cas, mais vous savez, même si vous allez voir un psychologue, vous aurez toujours l'impression de voler et vous vous sentirez soulagé. 

La question de la repentance dans l'Église, cependant, n'est pas psychologique, elle ne concerne pas la façon dont vous vous sentez. Parce que la vie religieuse n'est pas une question d'émotion. C'est la vraie vie. 

C'est la routine quotidienne. C'est un mode de vie. Si nous ne comprenons pas cela, nous ne l'aimerons jamais vraiment. Alors on cherche à se soulager, mais le soulagement n'implique aucun changement. Le repentir signifie que j'ai changé la façon dont je mesure les choses. Ce que je pensais être un gain, je réalise maintenant que c'est une perte, alors je m'en débarrasse.

Il arrive parfois que les gens se confessent, même par égoïsme, pour remettre les choses en ordre avec Dieu, mais pas pour changer. 

Il n'est pas rare que les prêtres entendent la demande : "Lis une prière pour moi, mon Père". Mais pourquoi donc ? Qu'est-ce que cela signifie ? "Lis une prière pour moi". Pour qui ? 

Nous avons une relation compliquée et une prière va tout arranger et nous allons dormir sur nos deux oreilles ? Ce n'est pas de la repentance.  Se sentir mieux n'est pas une raison pour devenir chrétien et entrer dans l'Église. Nous devons réaliser ce qu'est la vie et ce qu'est la mort, et apprendre progressivement à préférer la vie.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 26 janvier 2020

Métropolite Antoine [Pakanktch]: Créer une idoles et perdre Deu

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Idoles et dangers

En règle générale, les idoles sont créées à partir de matériaux fragiles : nos attentes et nos rêves, nos imaginations et nos fantasmes, nos idées et nos illusions. Et c'est une chose très dangereuse !

À tout moment (et cela viendra certainement), le piédestal s'effondrera avec notre idole éphémère et nos rêves brisés en morceaux.

Cela s'applique à la fois aux personnes et aux différents lieux que nous avons définis comme étant spéciaux et les meilleurs.

Tout ce qui fait de l'ombre à Dieu est faux. Si quelque chose dans notre vie prévaut sur la Grâce de Dieu, ce n'est certainement pas utile et nous devrions plutôt y échapper.

Le Seigneur nous a mis en garde contre cela dans Ses commandements : "Ne te fais pas d'idole... Ne les adore pas et ne les sert pas, car je suis l'Éternel, ton Dieu."

Nos idoles sont les passions que nous manifestons : manque de foi, vanité, volupté, convoitise. Si nous supprimons les passions, toutes les idoles disparaîtront également. Elles ne reposent que sur elles.

Et l'existence des idoles parle de notre corruption et de nos douleurs personnelles, de nos problèmes.

Toute personne est imparfaite, et toutes les images attribuées à un autre homme vivent exclusivement dans notre imagination. Seul le Seigneur connaît le vrai visage de chacun d'entre nous.

En créant une idole, non seulement nous endommageons notre âme, mais nous augmentons aussi le mal dans le monde. Nos inévitables déceptions à l'égard des idoles se transformeront en colère et en "colère juste", qui tuent tout ce qui est bon et beau avec une force destructrice.

Première idole

D'où vient cette passion pour l'idolâtrie ? Elle est venue des premiers peuples.

Le commandement donné par Dieu aux gens de ne pas manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal protégeait l'homme de l'éloignement de Dieu et des nombreuses violations et déformations qui s'ensuivaient.

Obéissant à Dieu en toute chose, l'homme aurait progressivement grandi dans son amour pour Lui. Et avec le temps, il se serait tellement approché qu'il aurait pu voir la grandeur divine dans toute sa beauté et sa plénitude. Et après cela, il serait passé à un niveau supérieur : la fidélité absolue au Créateur, la fusion totale avec la Source de la Vie.

Mais nous savons, grâce aux Saintes Écritures, comment le dessein de Dieu a été accepté par les gens.

L'homme n'avait pas assez d'humilité, d'esprit et d'amour pour choisir la voie de développement proposée par le Seigneur. Il l'a donc volontairement refusée, choisissant la "voie facile" offerte par le serpent - "goûtez... et vous serez comme des dieux" (Genèse 3 : 5).

Le désir d'être un dieu sans Dieu est motivé par l'orgueil, qui est la cause principale de tous les maux et de toutes les déviations  par rapport au Seigneur.

Et c'est grâce à l'orgueil que l'homme lui-même est devenu la première idole, se vantant devant le Seigneur de ses mérites, oubliant qu'il avait tout reçu de Lui.

L'homme arrogant est sûr qu'il peut tout réaliser lui-même, et non par la Grâce de Dieu, grâce à Son aide gracieuse. Il se considère comme choisi par Dieu, ce qui est un signe certain d'égocentrisme et, qui en règle générale, n'a pas de fondement.

En créant une idole (ou en devenant nous-mêmes une idole), nous cessons automatiquement de servir Dieu, nous Le perdons, nous nous ouvrons au mal.

Le mal est toujours une rébellion contre Dieu. C'est la révolte de la nature endommagée de la personne qui s'est détournée de Lui. Le mal n'existe pas en dehors de la personne, il n'existe qu'au moment de sa commission. C'est pourquoi le choix personnel de chacun de nous, notre obéissance à Dieu, notre bonne volonté et notre foi absolue en Lui sont si importants. Sans idoles ni héros.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

samedi 25 janvier 2020

MOINE ANDRE l'HAGIORITE: PARTHENE, ZOSSIME ET STAMATOS LE VOLEUR, LES STARTSY DE KAROULIA


Karoulia.
Karoulia.

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Extrait du livre ( en roumain), Monk Andrew the Hagiorite. Patericon de la montagne sacrée (Monahul Andrei Aghioritul. Patericul Sfântului Munte. Editura Sophia, 2013. Р. 205–218).
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Le staretz Parthène était issu d'une noble lignée de tsars russes et, à l'âge de dix-huit ans, il devint moine dans la kellia de Saint-Nicolas "Bourazeri". Il œuvre dans l'obéissance, l'humilité et la contrition de la pensée comme l'enseigne la vie cénobitique, mais néanmoins sa soif d'hésychie parfaite lui fit quitter sa kellia pour Karoulia, où il fit preuve de déni de soi et d'amour pour tous les pères hésychastes qui s'y trouvaient, qu'il considérait comme de saints anges de Dieu dans la chair. En général, il aidait tout le monde, mais il ne laissait jamais personne entrer dans sa propre cellule, afin de cacher le fait qu'il dormait sur le sol de la grotte et jamais sur un lit.

Son apparence extérieure était biblique, et il suffisait de regarder son visage pour deviner ses nobles origines. Ses mains ne se séparaient jamais du chgapelet de prière, ni ses lèvres de la prière. Quand les gens le voyaient, ils éprouvaient une peur mêlée d'admiration. Il inspirait le respect de tous, et tout le monde l'aimait. Néanmoins, en raison de ses nombreux podvigs [exploits spirituels], il ne vécut pas très longtemps. Dieu l'appela dans les demeures célestes pour qu'il puisse toujours s'y réjouir avec le Dieu éternel, Père, Fils et Saint-Esprit.

Staretz Zossime, le vannier

Un autre moine digne du souvenir et débordant de vertus fut le staretz Zossime, ancien officier de haut rang de l'armée russe, qui après la chute du régime tsariste visita le monastère de Saint Pantéléimon puis la skite de Saint André, appelée aussi "Serai", et la skite du Prophète Elie (skites qui furent construites et habitées par des moines russes), mais il ne resta dans aucune d'entre elles ; son âme trouva le repos sur les falaises et les pentes escarpées de Karoulia.

Pour ne pas être un fardeau pour personne, il apprit à tisser des paniers. C'était son travail manuel qui lui apportait son pain quotidien. La prière était toujours sur ses lèvres, comme pour tous les moines, et le souvenir de la mort était toujours sous ses yeux, surtout après tout ce qu'il avait vu et vécu pendant les années de révolution et de guerre dans son pays natal. Il était aimé de tous, et le Dieu Très-Bon l'emmena  au Royaume des Cieux dans sa profonde vieillesse.

Stamatos le voleur

Ce voleur commit d'innombrables vols dans la région autour de la péninsule de Chalcidique, jusqu'à ce que, comme le raconte la légende, il en vienne même à voler des moines sur le Mont Athos lui-même.

Un jour, il décida avec deux jeunes gens de voler une des kellias situées à une grande distance de Karyes et qui était sise à l'écart des autres kellias. Cette très vieille kellia appartenait au monastère du Pantocrator, et elle possèdait une église dédiée à Saint Georges Phaneromenos. Comme me l'a dit le Père Joachim, mon staretz - et cela a été confirmé par les Pères de la confrérie des Danielites qui en ont également entendu parler par leurs startsy, et eux, par leur arrière-grand-père, le staretz Daniel le Premier - ce voleur entreprit de cambrioler cette kellia, qui était considérée comme l'une des plus riches de Karyes.

Comme on le sait, pendant les années d'asservissement des Turcs, toutes les montagnes de notre pays grouillaient de voleurs et de bandes de brigands. Ces voleurs, qui surveillaient en embuscade, découvrirent que dans cette kellia vivaient deux vieillards sans défense, avec beaucoup d'argent. Les voleurs ne réfléchirent pas longtemps. À minuit, ils se mirent en route pour la kellia et frappèrent aux portes. Ils entendirent une voix leur demandant qui c'était et ce qu'ils voulaient à pareille heure. Les voleurs n'e répondirent pas  et continuèrent à frapper aux portes. À un moment donné, leur chef, Stamatos, cria d'un ton impérieux :

"Ouvrez les portes ! Nous sommes des pèlerins, nous cherchons un endroit pour passer la nuit !"

Un jeune homme ouvrit les portes et demanda ce qui les avait amenés à la kellia. Ne cachant pas leurs armes, ils lui dirent qu'ils devaient parler à l'higoumène. Ils furent tout de même surpris de voir un jeune homme dans la kellia, car ils savaient que seuls deux vieillards y vivaient. Il les conduisit à la maison d'hôtes, l'archondariki, et leur dit : "Attendez ici pendant que j'appelle l'higoumène.

Saint Georges fait un miracle

Les voleurs s'assirent et attendirent l'higoumène. Une heure s'écoula, puis deux, mais ni l'higoumène ni personne d'autre n'apparut ; une quiétude et un silence total régnaient dans toute la maison. Les voleurs perdirent patience et voulurent se lever et commencer à piller comme ils avaient décidé de le faire depuis le début, c'est-à-dire prendre tout ce qui avait de la valeur, de l'argent aux lampes à huile en argent, tout ce qu'ils pouvaient trouver. Ils essayèrent donc de se lever, mais ils ne pouvaient pas se déplacer à droite ou à gauche, et ils ne pouvaient pas bouger leurs bras ou leurs jambes. Ils ne pouvaient pas bouger de l'endroit, comme s'ils y étaient enchaînés avec des menottes.

Alors les voleurs armés commencèrent à crier et à demander de l'aide aux vieillards faibles et infirmes. En entendant les cris, les vieux moines se levèrent effrayés de leur sommeil et coururent vers l'endroit d'où venait le bruit, et que virent-ils ? Les voleurs, qui bien que n'étant liés par rien, ne pouvaient pas faire le moindre mouvement. Les startsy leur demandèrent :

"Qui êtes-vous ? Que cherchez-vous ici ? Pourquoi êtes-vous venus et comment êtes-vous entrés chez nous ? Qui vous a ouvert les portes et vous a laissé entrer ?"

Les voleurs maudirent d'abord et menacèrent :

"Nous vous trancherons la gorge comme à des chèvres ! Vous nous avez ensorcelés et pétrifiés ici ! Laissez-nous partir si vous voulez rester en vie ! Pourquoi nous avez-vous ligotés ? Nous sommes des gens bien, nous ne sommes pas venus pour vous faire du mal."

Comprenant enfin qu'ils avaient moins de force que ces vieillards et ne pouvaient rien faire, les voleurs se mirent à pleurer et à supplier les moines de les délier. Les moines leur demandèrent d'une voix douce et calme :

"Frères, comment êtes-vous entrés dans notre maison ? Qui vous a laissé entrer, et que voulez-vous de nous ?

Les voleurs en larmes leur racontèrent les maux qu'ils avaient en tête...

Comprenant qu'un miracle s'était produit, les startsy coururent à l'église, prirent l'icône du saint mégalomartyr Georges et la montrèrent aux voleurs. Lorsque ces derniers virent l'icône, ils eurent peur et crièrent d'une seule voix :

"Oui, c'est l'homme qui nous a laissé entrer !"

Et à ce moment précis, après s'être repentis, ils se levèrent de leur place, se mirent à terre et s'inclinèrent devant l'icône de Saint Georges, s'exclamant joyeusement :

"Il nous est apparu, et maintenant il nous a libérés de ces liens invisibles !"

Ils se repentirent de leurs mauvaises actions et offrirent de nombreux cadeaux à cette kellia, dont une icône de Saint Georges, qui a depuis été appelée "St. George Phaneromenos", ce qui signifie "de l'apparition".

Après ce grand miracle, le voleur, comme nous l'a assuré la confrérie Danielite, se repentit, cessa tous ses vols et partit pour Karoulia. Là, il construisit une petite kalivve avec une petite église dédiée à saint Georges, et devint moine sous le nom de Stamatos.

On dit qu'il fut le premier à s'installer à Karoulia. Dans ce désert, il trouva la paix et le repos pour son âme, passant le reste de sa vie dans un repentir sincère et une contrition du cœur, confessant ses péchés chaque jour. Il fit de tels progrès dans la vie spirituelle qu'un moine de la Laure, plus tard Métropolite de Karitsa et professeur de l'université d'Athènes Euloge (Kourilas), comme l'écrit l'ancien Daniel de Katounakia, trouva dans les documents du monastère de la Grande Laure que "l'ancien Stamatos, l'ancien brigand, était un saint moine et qu'il fut voué à une fin vénérable."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Sur le blog de Laurence: Différence de réactions...


Cliquez sur l'image pour voir le  blog!

Un homme a saisi sa Béatitude par la main…
Un photographe italien a été surpris de la réaction du métropolite Onuphre...
Mon camarade, le photographe italien Rocco Lamparelli s’est étonné de la réaction de notre Béatitude, quand un homme l’a saisi par la main. Quelque chose de comparable s’est produit tout récemment avec le pape de Rome et cela a provoqué un grand scandale.
Sa Béatitude Onuphre, que Dieu lui donne la santé, a juste regardé cet homme et celui-ci l’a laissé.
Et je me suis souvenu d’un autre cas, le 9 mai 2015, quand des forces mauvaises lui envoyèrent un malade mental pour qu’il créât une provocation. Toutes les caméras étaient alors dirrigées sur sa Béatitude. Et lui a tranquillement posé la main sur la tête du malade et celui-ci, comme s’il avait reçu un seau d’eau, partit en trébuchant et marmonnant dans sa barbe quelque chose pour lui-même. La provocation n’a pas marché.
Gloire à Dieu pour tout !
Dieu est avec nous !
Sergueï Ryjkov


Je publie ceci dans mes chroniques, car on m'en censure le partage sur Facebook...

vendredi 24 janvier 2020

Sa Béatitude Théophile III, Patriarche de Jérusalem 


Nous pleurons pour ceux qui ont souffert et sont morts si terriblement à Auschwitz-Birkenau, et tout au long de l'Holocauste. Nous prions pour le réconfort de tous ceux dont des membres de la famille ne sont plus ici à cause de ces atrocités.

Tous les peuples doivent tenir compte des leçons de l'histoire et ne jamais manquer de se tenir aux côtés de notre prochain de culture, d'ethnie et de foi différentes, pour assurer leur liberté et leur sécurité.

Nous remercions Dieu pour ceux dont la vie même aujourd'hui est une victoire sur le mal inimaginable de la Shoah. Nous remercions Dieu pour ceux qui ont risqué la torture et la mort pour sauver leur prochain juif pour la seule raison que c'était le chemin de la justice.

Nous demandons humblement à Dieu de nous donner des yeux pour voir les graines de l'injustice telles qu'elles sont semées, et le courage d'agir dans la justice comme les meilleurs d'entre nous l'ont fait auparavant.

Que devons-nous apprendre de tout cela ? Nous devons tous rester vigilants face à un tel mal, et enseigner aux générations à venir la vérité profonde, que Dieu se reflète dans chaque âme humaine, que chaque humain est précieux. Mais ce n'est pas tout. Nous honorons la mémoire de ceux qui sont morts pour leur prochain en suivant leur exemple d'amour et de courage, de miséricorde et de pardon.

Nous témoignons au monde par l'amour que nous nous témoignons les uns aux autres et à notre prochain. Nos grandes responsabilités, qui nous ont été données par Dieu, nous obligent à lutter pour l'unité du Corps du Christ et, en tant que corps unique, à prendre soin de notre prochain comme de nous-mêmes".

Nous ne devons jamais oublier les actes méprisables du passé, mais ils ne définissent pas et ne doivent pas définir notre avenir. Chaque acte d'amour et de miséricorde, chaque acte de bonté, chaque fois qu'un prochain ne poursuit pas une revendication mais fait preuve de pardon, chacun d'entre eux est une brique de plus dans la maison qui abrite toute l'humanité.

Notre Seigneur Jésus-Christ a déclaré que les grandes bénédictions de Dieu viennent à ceux qui sont des artisans de paix, à ceux qui font preuve de miséricorde, à ceux qui pleurent et à ceux qui sont persécutés à cause de Lui. Pour ceux qui partagent notre foi, qu'ils soient dirigeants ou le plus humble des fidèles, chacun doit faire tous les efforts possibles selon ses moyens dans ces saintes tâches et il recevra des bénédictions en conséquence. 

Les miséricordieux recevront de la miséricorde.

Les artisans de paix seront appelés enfants de Dieu. 

Aujourd'hui, alors que les dirigeants de nombreuses religions et cultures se tiennent dans la tristesse et la réflexion pour le mal passé, nous prions pour une nouvelle source d'espoir, pour la paix, pour la compréhension mutuelle, pour l'altruisme et pour la miséricorde.

En ce jour, nous nous souvenons également de Mme Naama Issachar et nous prions pour son retour dans sa famille. Ayant personnellement rencontré Son Excellence le Président Poutine, nous savons qu'il est un véritable ami du peuple d'Israël. En ce jour de commémoration, nous espérons que ses efforts permettront de libérer Mme Issachar, signe de l'amitié et de la bonne volonté entre les peuples russe et israélien. Amen!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

NOTE

Père Dimitri Chichkine: La règle des opposés





Pendant longtemps, je me suis demandé si je devais partager cette histoire ou non. Mais notre négligence générale, associée au désir de mener une vie pécheresse et en même temps joyeuse et insouciante, m'a incité à aborder pour la énième fois le sujet de la réalité de la vie invisible et spirituelle et de la nécessité d'une attitude juste à son égard.

Pourquoi ce sujet est-il si important ? Avant tout, parce que certains ne croient pas en ce domaine et deviennent les jouets des démons sans s'en rendre compte ; d'autres considèrent ce domaine comme quelque chose d'intéressant et de mystérieux, qui, comme ils le pensent, n'a pourtant rien à voir avec eux ; et d'autres encore osent bêtement "pénétrer" dans le monde spirituel sans être protégés par une humble obéissance à Dieu et à son Église, et, ayant une haute opinion d'eux-mêmes, se font la risée des démons et se condamnent à la perdition et à la ruine spirituelle.

J'ai changé les noms pour des raisons évidentes, mais je garantis que l'histoire est basée sur des faits réels.

Le mercredi saint, je rendais visite à des femmes âgées dans notre hôpital de Pochtovoye1. Elles s'étaient préparées à l'avance aux sacrements de la confession et de la communion, et tout s'est donc très bien passé. Mais alors que je marchais dans le couloir vers la sortie, la préposée de service Ludmila s'est approchée de moi. Avant ma rencontre avec les femmes âgées, elle m'avait demandé de lui accorder quelques minutes pour parler d'un sujet très sérieux. Nous sommes tous les deux entrés dans la chapelle de notre hôpital : une petite pièce avec un canapé, une table avec des icônes et une lampe à icônes, et une étagère accrochée au mur. La première chose que Ludmila a faite a été de me demander d'allumer la lampade des icônes ; j'ai vu qu'elle était très inquiète.

Enfin, elle s'est mise à parler :

"Père... Je ne sais même pas si tu me crois ou non... J'avais pensé auparavant que de telles choses n'étaient possibles que dans les films. Maintenant, je vais tout te dire.

"Il y a quelques années, je suis devenue veuve. Au bout d'un moment, j'ai rencontré un homme bien, André, qui était veuf et qui avait un fils nommé Nicolas. Et on peut dire que je l'ai élevé. Maintenant, c'est un jeune adulte, un jeune homme de vingt-deux ans. Il a rencontré une jeune fille, ils ont commencé à se fréquenter, et maintenant ils vivent ensemble. Et un jour, cette jeune fille nous a appelés et nous a dit : "Quelque chose ne va pas avec Kolya [diminutif du nom Nicolas]... Je suis perplexe !

"Son père était à la maison. Il a dit : "Appelle un taxi et emmène-le vite ici !

"Elle l'a ramené à la maison, et il n'était... pas tout à fait lui-même, comme s'il avait perdu l'esprit, vous savez. Nous l'avons fait asseoir dans un fauteuil et j'ai commencé à lire le Psautier... Je suis baptisée et je crois en Dieu. J'avoue que je ne vais pas régulièrement à l'église, mais je connais un peu les affaires de l'Église. Alors, quand j'ai lu le Psautier, j'ai entendu Kolya rire d'une voix contre nature, alors ça m'a donné la chair de poule... Je l'ai regardé, et je l'ai vu me regarder d'un air maussade, avec son regard effrayant, comme si ce n'était pas lui..."

À ce moment-là, j'ai poussé un soupir, car il est devenu clair de quoi il s'agissait dans cette histoire.

"J'ai lu le Psautier pendant un certain temps", a poursuivi Ludmila. "Et il s'est relâché, s'est calmé et s'est endormi. Après cela, il a finalement retrouvé la raison... Mais depuis, il a eu des crises récurrentes comme celle-ci, bien que ce ne soit pas si souvent. Dans ce contexte, je voudrais vous raconter l'histoire suivante. André venait du village de Sovietskoye- vous savez, c'est dans les steppes de Crimée. Il a raconté que sa grand-mère était une véritable sorcière féroce et que, lorsqu'elle était mourante, elle n'arrêtait pas de chercher et d'appeler André pour lui transmettre son pouvoir. En vérité, on ne sait jamais où l'on va gagner et où l'on va perdre, comme le dit le proverbe ! À ce moment-là, André s'était mis à boire, se baladant quelque part jour et nuit, de sorte que personne ne pouvait le trouver. Alors la sorcière appela sa sœur, lui prit la main et lui transmit le pouvoir démoniaque. A partir de ce moment, la sœur a commencé à pratiquer la sorcellerie avec des livres "noirs" spéciaux, de manière très ouverte, d'autant plus que maintenant nous sommes libres et que toutes sortes de magie sont permises. Elle est finalement devenue une sorcière plutôt prospère. Puis elle a trouvé un petit ami, et ils ont vraiment réduit Kolya en esclavage, en le bernant sous ses yeux. Maintenant, Kolya est comme un zombie : il transpire à grosses gouttes, il fait deux boulots à la fois, il nourrit et habille toute la famille. Il a réussi à acheter une voiture avec beaucoup de difficulté et a été immédiatement convaincu de la donner à sa tante et à son petit ami. Et ils ne l'ont pas fait par tromperie : il est tombé sous la coupe de sa tante et est devenu aussi docile que possible ; elle n'a eu qu'à lui dire "Donne-lamoi" et il fait docilement tout ce qu'elle lui dit de faire. En un mot, c'est une tragédie.

"Et, Père, en plus d'autres malheurs, voici ce qui s'est passé hier. Si je n'avais pas vu cela de mes propres yeux, je n'y aurais jamais cru. Notre Kolya travaille dans une usine de conserves. Il a demandé à son ami de le prendre en photo. Regarde la photo qu'il a prise !"


Et Ludmila a sorti son téléphone portable en tremblant des mains, a regardé les photos et m'en a ouvert une. J'ai vu un type dans une salle de travail près d'un tapis roulant avec des boîtes de conserve dessus. Il était debout et souriait, alors qu'un démon était suspendu au-dessus de lui ! Gris et osseux, ses longs doigts ressemblaient à ceux d'un squelette, et sa tête était comme un crâne, avec sa bouche grande ouverte et ses dents qui grinçaient. Et, imaginez : le démon avait quelque chose comme un voile de mariée sur la tête.

Ludmila remarqua avec une ironie amère :

"Une mariée..."

Seigneur, préserve-nous tous de ces "mariées" ! C'était un spectacle épouvantable ...

La première pensée qui m'a traversé l'esprit a été de lui demander d'envoyer cette photo quelque part (mais pas sur mon téléphone portable car j'ai un téléphone à touches ordinaires) pour que je puisse l'enregistrer sur ma clé USB ou la publier sur ma page VKontakte [un réseau social russe]. Mais ensuite, j'ai réfléchi : "Est-ce que mes amis et moi avons vraiment besoin de ces choses diaboliques sur nos ordinateurs ?" Et finalement, je ne lui ai pas demandé de partager cette photo.

Pendant ce temps, Ludmila a continué son histoire. Kolya pleurait depuis deux jours, tandis que son partenaire André avait hâte d'aller voir sa sœur "pour une épreuve de force", mais il avait peur de la tuer sur le champ. En un mot, c'était de la pure diablerie...

Le résultat est que j'ai entendu une question raisonnable : "Que devons-nous faire de tout cela ?!"

Et c'était à mon tour d'avoir mon mot à dire... Et que pouvais-je dire ?... Comme le disait Saint Ambroise d'Optina : "Donner des conseils, c'est comme jeter des pierres du clocher, et suivre ses conseils, c'est comme porter des pierres jusqu'au sommet du clocher." Mais il y a certaines choses évidentes qui ne peuvent être ignorées.

"Que dois-tu faire ?..." J'ai commencé. "Dis-moi, Ludmila, André est-il ton mari légal ? Avez-vous enregistré votre mariage ? Avez-vous eu un mariage à l'église ?"

"Non, père, je suis désolé mais nous ne sommes pas légalement mariés."

"Et Kolya avec sa petite amie ?"

"Ils ne le sont pas non plus..."

"Commençons donc par ceci... Les démons n'ont pas peur des gens. Ils se moquent simplement de nous, de notre insouciance et de notre confiance en nous. Ils ont peur de Dieu seul, donc si nous voulons être protégés des mauvais esprits, nous devons faire de notre mieux pour attirer la Grâce divine dans nos vies et trouver la faveur de Dieu, pour ainsi dire. Et, avant tout, pour cela, nous devons être réconciliés avec Dieu. C'est-à-dire que nous devons nous repentir du fond de notre cœur et nous réformer. Comment pouvez-vous demander l'aide de Dieu, si Nicolas et son partenaire vivent dans le péché, et que toi (bien que toi, Ludmila, tu te dises croyante et orthodoxe et que tu vas même en pèlerinage dans des monastères à l'occasion, comme tu l’as dit) et André vous n’êtes  pas légalement mariés, et que votre union n'a pas été bénie par l'Église... ? Et c'est un péché mortel. C'est-à-dire un péché qui nous prive de la Grâce vivifiante du Saint-Esprit. Comment pouvons-nous implorer l'aide de Dieu et vivre dans un péché continu et conscient en même temps ! Cela n'a aucun sens. Le Seigneur lui-même a dit à ce sujet : Et pourquoi m'appelez-vous, Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas les choses que je dis ? (Luc. 6:46).

"C'est pourquoi la première chose que nous devons faire est de nous engager sur le chemin de la vie selon les Commandements du Christ. C'est absolument nécessaire et nous ne pouvons rien faire contre l'impiété par nous-mêmes. Seul le Christ Lui-même peut nous protéger et nous délivrer du mal".

Nous avons parlé un peu plus sur ce sujet. Ludmila était d'accord avec moi, elle a reçu ma bénédiction et a promis de se racheter.

***

Comme je l'ai dit plus haut, je n'étais pas sûr de devoir partager cette histoire. Mais pendant que j'y réfléchissais, une autre histoire, parallèle et similaire, se déroulait, et elle m'a complètement inspiré pour rappeler aux gens que le monde spirituel existe vraiment et que nous sommes tous impliqués dans sa vie d'une manière ou d'une autre. Et cette deuxième histoire a sa préhistoire et elle est assez édifiante et intéressante.

Nous avions une vendeuse de l'église, Alexandra, une femme très généreuse, honnête et sensible. Il y a environ sept ans, on lui a diagnostiqué un cancer. Je l'ai confessée et lui ai donné la Communion plusieurs fois, et elle est décédée, laissant derrière elle un mari, un fils et une fille. La fille vit en ville depuis longtemps, et son époux Ivan est le frère aîné de notre gardien d'église, Vladimir Vassilievitch. Ivan n'avait jamais été vu à l'église auparavant, mais il se languissait tellement de son Alexandra défunte qu'il a commencé à venir chaque dimanche vers la fin de la Liturgie pour prier lors du service commémoratif. Et il a fait cela pendant quelques années jusqu'à ce qu'un événement se produise, qui était à la fois désagréable et providentiel. Le fils d'Ivan et Alexandra, Victor, a rencontré une femme dans la ville et s'est rapprochée d'elle (elle s'est avérée être membre d'une secte) qui l'a littéralement réduit en esclavage, exigeant qu'il chasse son père de la maison, vende la maison et lui donne l'argent.

C'est étrange la façon dont les choses fonctionnent. Dans les deux histoires, les démons se sont révélés à travers des femmes qui n'étaient pas protégées par la Grâce divine. Bien que, bien sûr, ce ne soit pas une question de femmes - c'est une question d'insouciance et de manque de foi. En un mot, à partir de ce moment, Victor se comporta comme un possédé : il eut une querelle orageuse avec son père et finit par le chasser de la maison.

Mais chaque nuage a son bon côté. Ivan a été temporairement hébergé par son frère (notre gardien d'église) et son épouse au grand cœur, Galina Stepanovna, qui fait les prosphores dans notre église. Peu à peu, le couple l'a impliqué dans leur règle de prière à la maison, puis, dans un sens plus large, dans la vie de l'Eglise. Et, imaginez un peu : Ivan a commencé à assister aux offices, à se confesser et à communier, et s'est révélé être un chrétien cohérent et bon. C'était une rareté, étant donné qu'il avait environ quatre-vingts ans. Très peu d'hommes changent leur vie de façon aussi radicale dans leurs années de déclin. Mais ce n'est que le début, bien qu'heureux, de la véritable histoire.

Un jour, Ivan est venu me voir après l'office, très perplexe, et m'a dit qu'il avait commencé à entendre des voix. Il s'agissait soi-disant de personnes qu'il avait connues dans son enfance et sa jeunesse, et ces "personnes" ont commencé à lui rappeler des événements qui avaient eu lieu dans sa vie environ soixante-dix ans auparavant. J'ai tout de suite compris quel genre de "connaissances" essayait de s’approcher d’Ivan. Je lui ai dit que, premièrement, ce n'étaient pas ses "connaissances" mais des démons sous la forme de ses amis, et, deuxièmement, qu'il devait ignorer leurs histoires, même si elles lui semblaient plausibles. Au lieu de cela, il devait prier fort - plus leur pression était forte, plus sa prière était forte. Ivan n'était pas un lâche : il a immédiatement compris ce qu'il en était et a accepté de ne pas dialoguer avec ces "gens" et de prier fort dès que de nouvelles agressions se produiraient. J'ai béni Ivan pour cette bonne guerre avec une croix, et nous nous sommes séparés. Quelques jours plus tard, Ivan m'a rejoint à la porte de l'église et s'est exclamé avec surprise :

"Père, c'est terrible ce qui se passe ! Après notre conversation, j'ai arrêté de parler avec eux et j'ai commencé à prier continuellement... Et ils ont arrêté de faire semblant et ont ouvertement admis qu'ils étaient des démons... Et leur tâche principale est de me faire abandonner la foi. Mais le plus remarquable est que maintenant ils disent ouvertement : "Oui, ton Maître est plus fort que le nôtre" - c'est-à-dire que Dieu est plus fort que le Diable - "Et nous ne pouvons rien faire sans Sa permission..." Mais je continuais à lire le Notre Père sans répondre à leurs paroles. Et puis l'un d'entre eux a dit : "Eh bien, ton Borissovitch t’ a béni avec une croix, alors il a dû te frapper au front avec... Pendant que je l'écoutais, je n'arrivais pas à comprendre qui était le "Borissovich" en question. Le démon fit le clown : "Tu ne connais pas le patronyme de ton recteur ? Et en effet, je ne le sais pas ! Quel est ton patronyme, Père ?"

"Borissovich. C'est vrai, Ivan", ai-je répondu. "Mais tu ne dois pas les croire de toute façon. Car si jamais ils disent la vérité, c'est pour gagner la faveur des gens, capter leur attention, prendre le contrôle de leur âme, puis les conduire à l'illusion et à la ruine spirituelle. C'est pourquoi le Christ a interdit aux démons qui l'ont justement appelé Fils de Dieu de parler. Il ne leur a pas permis de proclamer Son Nom parce que ces esprits utilisent la vérité pour commettre le mal. C'est pourquoi personne ne doit entrer en contact avec les démons.

"Personne ne doit les croire non plus - il suffit de prier avec ferveur. Et une chose encore plus importante : ne pas se contenter de prier, mais prier avec un cœur contrit, avec humilité et un engagement total de nous-mêmes à la volonté de Dieu. Quant aux démons, ils peuvent eux aussi répéter les paroles des prières".

"Exactement, Père Dimitri !" Ivan est d'accord. "Ils peuvent répéter les paroles des prières et des psaumes... Plus que cela, l'un d'entre eux est présent dans l'église pendant les offices et - je déteste d’avoir à te le dire - il m'apprend même à prier, me remet à ma place, attire mon attention sur les personnes qui font quelque chose de bien ou de mal à l'église..."

"C'est très bien, Ivan, que tu aies partagé cela avec moi. Parce que l'objectif des démons est de nous distraire de Dieu... Par tous les moyens. Même en nous apprenant comment nous comporter à l'église et prier correctement, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Bien sûr, cela ne signifie pas que nous n'avons pas besoin de règles ; cela signifie qu'en son essence, la prière est un cœur contrit, l'humilité et l'engagement total de soi dans les mains de Dieu. C'est précisément le but de la prière ; elle peut être composée des paroles d'une règle de prière ou du Psautier, ou elle peut être silencieuse et même ne pas avoir de mots... Mais elle doit être accomplie en esprit et en vérité et ne pas se résumer à l'accomplissement extérieur d'une règle de prière.

"Et, surtout, nous devons percevoir chaque acte d'interférence des puissances démoniaques dans notre vie comme rien d'autre qu'un signal, un appel de Dieu pour cette humble prière de pénitence."

***

Chers frères et sœurs, gardons à l'esprit et soyons fermement convaincus que le monde spirituel existe et que nous sommes, par essence, des créatures spirituelles, et que nos âmes sont victimes d'une guerre féroce. Ne soyons pas inertes ; luttons plutôt contre les démons qui, dans la plupart des cas, nous influencent par des pensées, des sentiments et des désirs pécheurs. Résistons-leur par une confiance inébranlable en Dieu et par la prière. Et si nous commettons un péché, alors repentons-nous, implorons le pardon de Dieu sans nous justifier, en essayant de nous réformer encore et encore. Nous n'avons pas d'autre chemin que celui d'une ascension pénitentielle et sobre vers le Royaume des Cieux.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après