En effet, les théologiens peuvent se montrer à la fois très savants et rarement concis. Aussi merveilleux que cela puisse être, cela ne touchera qu’une poignée de fidèles, et encore moins la majorité de la population qui ne fréquente pas l’Eglise. Ce sont ces derniers qui en ont le plus besoin. C’est donc à notre humble échelle que ces notes hebdomadaires tentent d’apporter quelque chose d’utile dans les paragraphes de quelques feuilles A4.
Faisons une petite parenthèse pour examiner un facteur qu’il serait bon de garder à l’esprit. Une question mal informée, que l’on pourrait se poser, est la suivante : « Puisque tu es anglais [ou français, ou toute autre nationalité!], pourquoi as-tu rejoint une Église étrangère ? » Malheureusement, cette attitude peut aussi se présenter dans l’autre sens : « C’est une Église russe (ou grecque, selon le cas). Nous y sommes nés. Nous en parlons la langue ». C’est là le fléau des étiquettes ethniques qui se sont attachées à certaines parties de l’Église. De toute évidence, les paroles du Seigneur en Matthieu 28, 19 – « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » – ont été oubliées.
La délégation grecque accepta imprudemment de réciter le Credo en y ajoutant la clause du « filioque ». Cette soi-disant réunion fut rejetée par la majorité de l’Église grecque et condamnée par le fils et successeur de Michel, l’empereur Andronic II. Cette brève description du contexte historique met en évidence la vertu unique de notre saint. Nicéphore, qui était d’origine occidentale, adhéra à la position de l’Église orientale et, suivant sa conscience, se rendit à Constantinople où il embrassa l’Orthodoxie, devenant moine anthonite.
La Philocalie (le texte complet) nous fournit quelques détails dans le volume 4 ainsi que des extraits de certains de ses écrits. Il aborde en détail la respiration, ce qui peut prêter à confusion.
Dans le livre Orthodox Saints de George Poulos, on trouve le paragraphe suivant : « Le but premier de l’hésychasme a été mal compris par certains comme une forme de méditation de type hindouiste, visant à vider totalement l’esprit, mais il en est loin.
Son but est d’atteindre une sérénité divine, une paix totale de l’esprit avec une communion incessante de l’esprit par la prière ininterrompue. Elle ne se cherche pas dans le tumulte des rues ni dans les distractions de ceux qui vous entourent, mais dans une solitude tranquille, où qu’elle soit, qui permet un flux continu de pensées dans un courant de conscience pieuse qui se déverse dans la mer d’amour du Sauveur. C’est la Prière du Cœur – la Prière de Jésus : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur », qui se répète à chaque souffle.
Le christianisme repose à la fois sur la connaissance, qui relève de la raison, et sur la prière pieuse, qui relève du cœur. Il ne s’agit pas ici de dénigrer les vertus que sont l’amour, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la douceur et la maîtrise de soi (voir Galates 5, 22-23), qui sont elles aussi essentielles.
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La lecture apostolique de la liturgie dominicale est tirée des Actes 16, 16-34 et raconte l’histoire de la jeune esclave possédée par un démon. Cette jeune fille interpella Paul et Silas d’un ton sarcastique. Le saint apôtre n’apprécia pas d’entendre les paroles du démon, car l’Évangile détruit l’œuvre du Diable et n’a pas besoin de son approbation. Lorsque le démon fut chassé, les maîtres de la jeune fille, qui gagnaient de l’argent grâce à ses prédictions, se rendirent compte que leurs profits avaient été anéantis. Ils réussirent à attiser la rancœur parmi le peuple. Ainsi, ils traînèrent les apôtres devant les magistrats sous l’accusation de trouble à l’ordre public. Sans procès équitable, les apôtres furent battus et emprisonnés sous bonne garde. Pour empêcher toute tentative d’évasion, le geôlier de nuit leur fixa les pieds dans le carcan.
Paul et Silas ne se désespérèrent pas. Au contraire, ils louèrent Dieu. Alors, un tremblement de terre secoua le bâtiment si violemment que les portes s’ouvrirent et les chaînes tombèrent. Paul exhorta les autres prisonniers à ne pas s’enfuir, mais le gardien supposa qu’ils l’avaient fait et s’apprêtait à se suicider, pensant avoir manqué à son devoir. Paul empêcha ce péché et, ce faisant, le gardien comprit que le message de l’Évangile, prêché par les apôtres, était bel et bien vrai. Lui et toute sa famille trouvèrent ainsi la foi en Christ le Sauveur.
Aujourd’hui, nous avons une longue lecture de l’Évangile (Jean 9, 1-38), dans laquelle saint Jean nous raconte un autre miracle du Christ : la guérison de l’aveugle-né. Cet homme ne s’adressa pas directement au Christ, mais c’est le Seigneur qui alla vers lui. L’homme portait le double fardeau d’être né à la fois aveugle et pauvre. Bien que ses parents fussent en vie, ils étaient manifestement incapables de subvenir à ses besoins et il devait donc mendier dans les rues pour survivre.
À l’époque, les gens pouvaient se montrer très superstitieux face aux malformations congénitales. Les disciples ont fait allusion à cette attitude lorsqu’ils ont demandé quel péché, celui de l’homme ou celui de ses parents, avait causé son état. Le Christ écarta rapidement l’idée que la cécité était une punition pour un péché, mais cela ne signifiait pas pour autant que l’homme et sa famille étaient parfaits et sans péché. Non, ils étaient comme toute l’humanité. Selon les paroles de la Litanie des défunts, « nul ne vit sans pécher ».
Puisque le Christ est Dieu incarné, il aurait pu guérir l’aveugle d’une simple parole, mais il ne le fit pas. Au lieu de cela, il nous a rappelé à tous que nous sommes faits de poussière de la terre en façonnant une pâte boueuse à partir de la terre et en en oignant les yeux de l’aveugle. Puis, pour tester son obéissance, il a été demandé à l’homme d’aller se laver les yeux. Cette action revêt une symbolique supplémentaire : celle du lavage rituel des péchés lors du baptême. Autre élément récurrent dans ce récit : il s’agissait, une fois de plus, d’un jour de sabbat. Puis, après avoir accompli ce miracle, le Christ quitta discrètement les lieux.
Ses connaissances furent stupéfaites de voir cet homme, aveugle de naissance, qui semblait désormais voir parfaitement. Ils le traitèrent comme on traite souvent les personnes handicapées. Ils parlaient de lui comme s’il n’était pas là. Ils discutèrent de son identité. Était-il vraiment le mendiant aveugle ? Certains dirent qu’il lui ressemblait. On commence à percevoir la force de caractère de cet homme. Quelque peu irrité, il les interrompit en disant : « C’est moi ». Leur réaction suivante fut de signaler cet incident aux gardiens de la Loi, les pharisiens. Cela ne semble pas être un geste particulièrement amical.
Les pharisiens cherchaient toujours des moyens de critiquer et de s’opposer au Christ. Au début, leurs questions à l’homme portaient sur ce qu’ils considéraient comme une violation de la loi du sabbat. Puis ils ont changé d’approche. Pour nier le miracle, les pharisiens ont ensuite tenté de prouver que le mendiant était un imposteur et n’avait jamais vraiment été aveugle. Ils ont interrogé ses parents, qui semblaient intimidés par ces pharisiens pompeux et imbus d’eux-mêmes. Ils se sont donc dérobés en disant que leur fils était assez grand pour parler en son nom. Lorsqu’il a été appelé à s’adresser aux pharisiens, l’homme s’est montré assez audacieux, voire provocateur. Après s’être vu poser plusieurs fois les mêmes questions, l’homme renversa la situation et se montra assez effronté. Il leur demanda s’ils voulaient entendre encore une fois les détails afin de devenir disciples du Christ. La réponse des pharisiens fut très indignée et ils firent expulser l’homme.
Le Christ partit à la recherche de l’homme et l’interrogea sur sa foi. Jusqu’à ce moment-là, l’homme, qui était autrefois aveugle, considérait Jésus comme un prophète ou un maître, mais en tout cas comme un simple homme, bien qu’un homme de Dieu. Lorsque le Christ se révéla sous sa véritable identité, l’homme tomba à ses pieds en signe d’adoration et de reconnaissance envers Dieu. Le Christ avait touché et ouvert les yeux physiques de l’homme, mais il avait également touché son cœur et son esprit, ouvrant les yeux spirituels de son âme.
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Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après















