Aujourd’hui, c’est le quatrième dimanche de Pâques et nous commémorons la juste Tabitha de Joppé, car elle est mentionnée dans la lecture d’aujourd’hui tirée des Actes des Apôtres. De plus, dans le calendrier des saints, nous trouvons l’apôtre Zachée, l’un des Soixante-dix. Rappelons que le dimanche de Zachée est le dernier dimanche avant le début du Triode (les dimanches précédant le Carême, le Grand Carême et la Semaine Sainte). Ce jour-là, la lecture de l’Évangile de la Liturgie porte sur la conversion inattendue de cet homme autrefois méprisé.
Jéricho jouissait d’une prospérité économique, et les collecteurs d’impôts (publicains) pouvaient profiter de cette situation pour s’enrichir. Les publicains étaient doublement haïs parce qu’ils servaient les occupants romains et parce qu’ils étaient malhonnêtes. Il existait des grades parmi eux, comme dans toute catégorie de fonctionnaires, et Zachée occupait le rang le plus élevé. Ni le récit évangélique, ni le commentaire, ne nous indiquent la motivation précise qui le poussait à vouloir voir le Christ, mais il était animé par le besoin de le faire. De petite taille, il ne pouvait rien voir à cause de la foule, qui n’était certainement pas disposée à céder le passage à un personnage aussi impopulaire. Zachée grimpa donc dans un arbre pour mieux voir. Il y a un symbolisme dans ces éléments. Étant corrompu, Zachée était entouré d’une foule de passions et de tentations qui se traduisaient par une stature spirituelle très limitée. La foule était stupéfaite qu’un « prophète » et un « maître » puissent proposer de rendre visite à un pécheur aussi vil. On nous dit que Zachée n’hésita pas. Il obéit à l’ordre et accueillit le Seigneur avec joie.
On voit ici le contraste avec l’autre homme riche, qui refusa de renoncer à sa fortune même lorsque le Christ le lui suggéra. Bien que, dans ce cas-là, rien n’indiquait que cette fortune ait été acquise de manière malhonnête. Pour montrer son repentir, Zachée a cédé volontairement sa fortune. Il en a offert librement la moitié et a promis d’utiliser le reste pour dédommager ses victimes au quadruple. Pourquoi au quadruple ? Cette restitution au quadruple par un voleur était un ancien principe de la loi (Exode 22:1). Le Seigneur n’a pas seulement félicité Zachée pour son repentir, Il nous rappelle à tous que son but est de rechercher et de sauver ceux qui étaient perdus.
Zachée fait partie des soixante-dix apôtres et devint un collaborateur du saint apôtre Pierre. La tradition nous dit que le lieu de son ministère apostolique était Césarée en Palestine, où il est identifié comme le premier évêque. Il œuvra sans relâche pour amener chacun à la plénitude de la foi. Il n’est pas rapporté qu’il ait subi le martyre, comme tant d’autres apôtres, mais il est mort de mort naturelle. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ait mené une vie de rêve, à l’abri du danger et du harcèlement. De par son expérience passée, il devait être au courant des agissements douteux de nombreux membres de l’administration romaine, mais ceux-ci ont sans doute gardé le silence, craignant ce qu’il aurait pu révéler à leur encontre. Il est commémoré aujourd’hui dans le calendrier liturgique, jour qui marque traditionnellement le jour de son repos.
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Revenons maintenant à la sainte et juste Tabitha ; dans le passage (Actes 9, 32-42) qui est lu aujourd’hui, saint Luc rapporte deux récits distincts de miracles. Après la conversion de Saul, le plus violent persécuteur de chrétiens, la situation s’est quelque peu apaisée et ceux qui croyaient au Seigneur furent réconfortés par l’effusion du Saint-Esprit et les miracles accomplis par les mains des apôtres. Saint Pierre effectuait un pèlerinage pastoral, rendant visite aux groupes dispersés de chrétiens qui avaient besoin de soutien et de conseils. Au début de ce passage, nous lisons que Pierre rendait visite aux saints à Lydda. Dans son commentaire, l’archevêque Averky nous dit : « Tous les chrétiens étaient appelés « saints » à cette époque, car ils étaient ceux qui étaient sanctifiés par la grâce de Dieu ». Nous rencontrons ici Énée, qui était peut-être grec et, à cette époque, peut-être même pas encore chrétien, puisqu’il est décrit comme un certain homme. Le saint apôtre obéissait au commandement du Christ de prêcher à toutes les nations. Grâce à des miracles comme celui-ci, de nombreuses âmes furent amenées à la foi en Christ.
Joppé (aujourd’hui Haïfa) n’était pas loin de Lydda. Tabitha était veuve et consacrait sa vie à des œuvres de charité, notamment en habillant les femmes pauvres qui étaient dans le besoin. On nous dit qu’elle était connue sous le nom de Dorcas. Rappelons que le grec était la langue courante en Méditerranée orientale, et que les mots grecs ainsi que les influences culturelles étaient donc omniprésents. En grec, Dorcas signifie « gazelle », une créature élégante, associée dans l’Antiquité à la grâce et à la beauté féminines. Tabitha mourut et ses proches firent venir saint Pierre, qui se trouvait à proximité. Après avoir prié, et suivant l’exemple du Seigneur, le saint apôtre ordonna : « Tabitha, lève-toi ». Ce miracle convertit de nombreuses personnes. Le dernier verset de ce chapitre nous dit que Pierre accepta l’hospitalité de Simon, un tanneur. Pourquoi nous est-on précisé le métier de cet homme ? Tout simplement parce que les chefs de la synagogue considéraient le travail du tanneur comme impur. Saint Pierre montrait ainsi que le Christ était venu pour tous, sans exception. Une foi ferme et la pureté du cœur sont plus importantes que le statut social.
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Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Jean 5, 1-15), saint Jean nous raconte la guérison de l’homme paralysé. Ce miracle nous est présenté à travers l’évocation d’une piscine. On trouve des références bibliques à l’utilisation de l’eau dès l’Ancien Testament. Par exemple, nous lisons l’histoire du commandant syrien Naaman, à qui le prophète Élisée avait dit de se laver dans le Jourdain pour guérir de sa lèpre. Dans le Nouveau Testament, nous apprenons que saint Jean-Baptiste baptisait dans le Jourdain et que le Christ donna pour commandement d’aller vers toutes les nations et de les baptiser. Bethesda, la piscine des Brebis, était l’eau dans laquelle on lavait les entrailles des animaux destinés au sacrifice dans le temple. Cela ne conférait pas à l’eau des propriétés magiques, car un ange venait agiter l’eau, ce qui était le signe du don de guérison de Dieu. C'était la manière dont le baptême était préfiguré pour les personnes qui vivaient sous l'Ancienne Alliance. Dans le sacrement du baptême, ce n'est pas l'eau elle-même, mais la grâce du Saint-Esprit, qui est le facteur efficace. De même, nous pouvons nous rappeler qu'il existe de nombreux puits sacrés, associés à divers saints, vers lesquels les pèlerins se rendent en quête de guérison. Pourtant, l’eau n’est que le vecteur transmettant la bénédiction de Dieu accordée par l’intercession du saint.
Dans ce récit évangélique, il est rapporté qu’un homme (le Synaxaire l’appelle Jarah) était paralysé et ne pouvait pas profiter du pouvoir de guérison de la piscine parce qu’il ne disposait pas de l’aide dont il avait besoin. Il souffrait de cette condition malheureuse depuis 38 ans, ce qui représentait clairement une partie importante de sa vie. Aucune information précise n’est donnée sur la cause de son infirmité, bien qu’il y ait une indication plus tard. Lorsque le Christ vit l’homme, il lui demanda s’il voulait être guéri. L’homme ne répondit pas sarcastiquement : « Et pourquoi d'autre ? » ou « Pourquoi serais-je ici sinon ? » Non, il répondit poliment, expliquant le problème de n’avoir personne pour l’aider.
Le Seigneur ordonna donc à l’homme de prendre son lit – qui ressemblait sans doute à une civière – et de marcher. Il s’agissait de démontrer aux gens, qui assistaient à cette scène, que la guérison de l’homme était réelle et non une illusion. On aurait pu s’attendre, compte tenu de la réaction humaine normale, à ce que l’homme hésite en entendant un ordre aussi extraordinaire, mais il n’en fut rien : il obéit sans poser de questions.
C'était le jour du sabbat et certains Juifs interpellèrent l'homme qui avait été guéri. Leur question portait sur le strict respect de la Loi et non sur le bien-être de l'homme lui-même. Ils ne lui demandèrent pas comment ni par quels moyens l'ancien paralytique avait été guéri. Au lieu de cela, ils lui demandèrent qui lui avait dit d'enfreindre la Loi en portant son lit le jour du sabbat. À ce moment-là, l’homme ignorait la véritable identité de celui qui l’avait guéri. Le Christ s’était éloigné de cet endroit.
Plus tard, le Christ vit l’homme dans le temple. Or, après avoir constaté qu’il était guéri, la réaction la plus probable de l’homme aurait été de se dépêcher de rentrer chez lui pour raconter à tout le monde sa bonne fortune, mais sa priorité fut d’aller d’abord au temple pour remercier Dieu. C’est ainsi que l’homme découvrit l’identité de Celui qui l’avait guéri. Le Christ lui a dit de ne plus pécher. Cela pourrait indiquer que l’infirmité de l’homme était une sorte d’affliction plutôt qu’une malformation congénitale, bien qu’il ne nous soit pas dit qu’il était un homme mauvais. S’il n’avait pas été pieux, il aurait rejeté la faute sur quelqu’un d’autre lorsqu’on lui a reproché d’avoir enfreint le sabbat. Plutôt que de dire : « C’est la faute de... » « Il m’a dit de porter mon lit », a-t-il dit, « c’est Jésus qui m’a guéri ». Ainsi, dans ce récit, nous voyons que le Christ nous enseigne la signification spirituelle de l’eau. Non pas que l’eau ait un quelconque pouvoir en soi, mais que Dieu peut utiliser, et utilise effectivement, les choses matérielles comme des canaux pour dispenser Ses bénédictions et Sa grâce. D’autres exemples sont les éléments du Saint-Sacrement et l’huile d’onction. De plus, Il nous montre que si la Loi est un cadre de discipline et d’ordre, elle ne doit pas être une restriction. Le respect des coutumes et des règles pieuses est une bonne chose. Néanmoins, servir le peuple de Dieu et se soucier de son bien-être spirituel et physique doit être une priorité.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après











