"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

jeudi 28 janvier 2021

Saint Ignace Briantchaninov]: Le Nom de Jésus

 

Le Diable, qui déteste le Nom de notre Seigneur Jésus-Christ en raison de sa puissance de vainqueur, tremble devant ce Nom tout-puissant, et c'est pourquoi il l'a calomnié parmi de nombreux chrétiens, afin qu'ils se détournent de cette arme ardente, qui est effrayante pour leur ennemi, mais salvatrice pour eux.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

THE WONDERFUL NAME

mercredi 27 janvier 2021

St Ignace [Briantchanibov]: Sur la pratique de la prière de Jésus



LA BONNE PRATIQUE de la prière de Jésus procède naturellement de notions correctes sur Dieu, sur le Nomtrès saint du Seigneur Jésus et sur la relation de l'homme avec Dieu.

Abordez la prière avec humilité
Dieu est un être infiniment grand et parfait. Dieu est le Créateur et le Renouveau des hommes, le Souverain Maître des hommes, des anges, des démons et de toutes les choses créées, visibles et invisibles. Une telle notion de Dieu nous enseigne que nous devons nous tenir devant Lui dans la prière, dans le plus profond respect et dans la plus grande crainte et effroi, en dirigeant vers Lui toute notre attention, en concentrant dans notre attention toutes les puissances de la raison, du cœur et de l'âme, et rejetant distractions et imaginations vaines, par lesquelles nous diminuons la vigilance et la révérence, et violons la manière correcte de se tenir devant Dieu, comme l'exige Sa majesté (Jean 4: 23-24; Matthieu 22:37; Marc 12: 29-30; Luc 10 : 27). 


Saint Isaac le Syrien l'a merveilleusement dit: «Quand vous vous tournez vers Dieu dans la prière, soyez dans vos pensées comme une fourmi, comme un serpent de la terre, comme un ver, comme un enfant bégayant. Ne Lui parlez pas de manière philosophique ou tonitruante, mais approchez-vous de Lui avec une attitude d'enfant » (Homélie 49). Ceux qui ont acquis une prière authentique font l'expérience d'une ineffable pauvreté de l'esprit lorsqu'ils se tiennent devant le Seigneur, Le glorifient et Le louent, se confessent à Lui ou lui présentent leurs supplications. Ils ont l'impression de ne devenir rien, comme s'ils n'existaient pas. C'est naturel. Car quand celui qui est en prière expérimente la plénitude de la Présence divine, de la vie elle-même, de la vie abondante et insondable, alors sa propre vie lui apparaît comme une petite goutte par rapport à l'océan sans limites. C'est ce que ressentit le juste et qui souffrait depuis longtemps alors qu'il atteignait le sommet de la perfection spirituelle. Il se sentait poussière et cendre; il sentit qu'il fondait et disparaissait comme la neige quand il était frappé par les rayons brûlants du soleil (Job 42: 6) .

Le Nom de notre Seigneur Jésus-Christ est un nom divin. La puissance et l'effet de ce Nom sont divins, omnipotents et salvifiques, et transcendent notre capacité à le comprendre. 

C'est donc avec foi, avec confiance et sincérité, et avec beaucoup de piété et de crainte que nous devons procéder à la grande œuvre que Dieu nous a confiée: nous entraîner à la prière en utilisant le Nom de notre Seigneur Jésus-Christ. «L'invocation incessante du Nom de Dieu», dit Barsanuphe le Grand, «est un médicament qui mortifie non seulement les passions, mais même leur influence. Tout comme le médecin met des médicaments ou des pansements sur une plaie pour qu'elle puisse être guérie, sans que le patient même en connaisse la manière de leur fonctionnement, de même le Nom de Dieu, lorsque nous L'invoquons, mortifie toutes les passions, bien que nous ne sachions pas comment cela se produit ").

Notre condition ordinaire, la condition de toute l'humanité, est celle de la déchéance, de la tromperie spirituelle, de la perdition. Appréhendons - et dans la mesure où nous appréhendons, expérimentons - cette condition, crions-en dans la prière, pleurons dans l'humilité spirituelle, clamons avec des gémissements et des soupirs, clamons vers la clémence! Détournons-nous de toute gratification spirituelle, renonçons à tous les états élevés de prière dont nous sommes indignes et incapables! Il est impossible «de chanter le cantique du Seigneur dans un pays étranger» (Ps. 136: 5), dans un cœur prisonnier des passions. Si nous entendons une invitation à chanter, nous pouvons sûrement savoir qu'elle émane «de ceux qui nous ont emmenés captifs» (Ps. 136: 3) . «Près des rivières de Babylone» les larmes seules sont possibles et nécessaires (Ps. 136:1)

Règle pour pratiquer la prière de Jésus
C'est la règle générale pour pratiquer la prière de Jésus, dérivée des Saintes Écritures et des œuvres des saints Pères, et de certaines conversations avec de véritables hommes de prière. Parmi les règles particulières, en particulier pour les novices, je considère que les suivantes méritent d'être mentionnées.

Soyez attentif
Saint Jean Climaque conseille que l'esprit soit enfermé dans les paroles de la prière et doit être refoulé chaque fois qu'il s'en écarte (Étape XXVIII, ch. 17) . Un tel mécanisme de prière est remarquablement utile et adapté. Lorsque l'esprit, à sa manière, acquiert de l'attention, alors le cœur le rejoindra avec sa propre offrande - la compassion. Le cœur fera preuve d'empathie avec l'esprit au moyen de la compassion, et la prière sera dite par l'esprit et le cœur ensemble.

Ne vous hâtez pas
Les paroles de la prière doivent être dites sans la moindre hâte, même en s'attardant, afin que l'esprit puisse s'enfermer dans chaque mot.

Persévérez, ramenez l'attention. Retournez aux paroles lorsque l'esprit erre
Saint Jean Climaque console et instruit le cénobite... "Dieu ne s'attend pas à une prière pure et sans distraction. Le désespoir ne devrait pas vous envahir! Soyez de bonne humeur et constamment contraignez votre esprit à revenir à lui-même! Car les anges seuls ne sont sujets à aucune distraction » (Étape IV, ch. 93). «Étant esclaves des passions, persévérons dans la prière au Seigneur: car tous ceux qui ont atteint l’état d’absence de passion l’ont fait avec l’aide d’une prière si invincible. Si, par conséquent, vous entraînez inlassablement votre esprit à ne jamais s'écarter des paroles de la prière, elle sera là même à l'heure du repas. Un grand champion de la prière parfaite a dit : "Je préfère dire cinq mots avec mon intelligence ... que dix mille mots dans une langue inconnue"(I Cor. 14:19 ). Une telle prière, «c'est-à-dire la prière donnée par la Grâce de l'Esprit dans le cœur, qui évite les imaginations», n'est pas caractéristique des enfants; c'est pourquoi nous qui sommes comme des enfants, soucieux de la perfection de notre prière, «c'est-à-dire de l'attention qui s'acquiert en enfermant l'esprit dans les paroles de la prière», devons beaucoup prier. La quantité est la cause de la qualité. Le Seigneur donne une prière pure à celui qui, évitant la paresse, prie beaucoup et régulièrement à sa manière, même si elle est entachée d'inattention » (L'Echelle Sainte, XXVI11, ch. 21) .

Cela prend du temps
... L'ascétisme a besoin à la fois de temps et de progrès graduels, afin que l'ascète puisse mûrir pour la prière à tous égards. Pour qu'une fleur puisse fleurir ou que le fruit pousse sur un arbre, l'arbre doit d'abord être planté et laissé se développer; ainsi aussi la prière naît du sol d'autres vertus et nulle part ailleurs... 

Tiré çà et là par ses prédilections acquises, ses impressions, ses souvenirs et ses inquiétudes, l'esprit du novice rompt constamment ses chaînes salvifiques et s'éloigne du chemin étroit vers le large. Il préfère errer librement, se promener dans les régions du mensonge en association avec les esprits déchus, s'égarer sans but et sans réfléchir sur de grandes étendues, bien que cela lui soit dommageable et lui cause de grandes pertes. 

Les passions, ces infirmités morales de la nature humaine, sont la cause principale de l'inattention et de la distraction dans la prière. Plus elles sont affaiblies chez un homme, moins il est distrait en esprit lorsqu'il prie. Les passions sont maîtrisées et mortifiées peu à peu au moyen de l'obéissance, ainsi que de l'auto-reproche et de l'humilité - telles sont les vertus sur lesquelles la prière réussie est construite. La concentration, accessible à l'homme, est accordée par Dieu en temps utile à tout combattant de piété et d'ascèse qui, par persévérance et ardeur, prouve la sincérité de son désir d'acquérir la prière.

Commencez par dire la prière à haute voix
Le hiéromoine russe Dorothée, grand instructeur en ascèse spirituelle, qui ressemblait beaucoup à cet égard à saint Isaac le Syrien, conseille à ceux qui apprennent la prière de Jésus de la réciter d'abord à haute voix. La prière vocale, dit-il, deviendra d'elle-même mentale.

Après beaucoup de prière vocale, vient la prière mentale

La prière mentale, poursuit-il, est le résultat de beaucoup de prières vocales, et la prière mentale mène à la prière du cœur. La prière de Jésus ne doit pas être dite à voix haute mais à voix basse, juste assez audible pour que vous puissiez vous entendre", Il est particulièrement bénéfique de pratiquer la prière de Jésus à voix haute lorsqu'on est assailli par la distraction, le chagrin, le découragement spirituel et la paresse. 

La Prière de Jésus vocale réveille progressivement l'âme du profond sommeil moral dans lequel le chagrin et le désespoir spirituel ont coutume de la plonger. Il est également particulièrement bénéfique de pratiquer la Prière de Jésus à haute voix lorsque les images, les appétits de la chair et la colère l'attaquent, lorsque leur influence fait bouillir le sang. Elle doit être pratiquée lorsque la paix et la tranquillité s'évanouissent du cœur, et que l'esprit hésite, s'affaiblit, et - pour ainsi dire - se met en colère à cause de la multitude de pensées et d'images inutiles. Les princes malveillants de l'air, dont la présence est cachée à la vue physique mais qui sont ressentis par l'âme à travers leurs influences sur celle-ci, entendant au fur et à mesure de leur attaque le Nom du Seigneur Jésus - qu'ils redoutent - deviendront indécis et confus, et prendront peur et se retireront immédiatement de l'âme. La méthode de prière que le hiéromoine suggère est très simple et facile. Elle doit être combinée avec la méthode de saint Jean Climaque : la Prière de Jésus doit être récitée suffisamment fort pour que vous puissiez vous entendre, sans hâte, et en enfermant l'esprit dans les mots de la prière. Ce dernier conseil, le hiéromoine enjoint de la faire à tous ceux qui prient par le Nom de Jésus...

Établissez une règle quotidienne pour les prosternations et les enclins
Le novice qui étudie la prière de Jésus progressera considérablement en observant une règle quotidienne comprenant un certain nombre de prosternations complètes et d'enclins depuis la taille, en fonction de la force de chaque individu. Tout cela doit être exécuté sans hâte, avec un sentiment de repentance dans l'âme et avec la prière de Jésus sur les lèvres à chaque prostration… 

Douze prosternations suffisent au début. En fonction de la force, de la capacité et des circonstances, ce nombre peut être constamment augmenté. Mais lorsque le nombre de prosternations augmente, il faut veiller à conserver la qualité de sa prière, pour ne pas être emporté par une préoccupation du physique vers une quantité stérile, voire nuisible. 

Les enclins réchauffent le corps et l'épuisent quelque peu, et cette condition facilite l'attention et la compassion. Mais soyons vigilants, très vigilants, de peur que l'état ne passe dans une préoccupation corporelle étrangère aux sentiments spirituels et rappelle notre nature déchue! La quantité, aussi utile qu'elle soit lorsqu'elle est accompagnée du bon état d'esprit et du bon objectif, peut être tout aussi nuisible lorsqu'elle conduit à une préoccupation physique. Cette dernière se reconnaît à ses fruits qui la distinguent également de l'ardeur spirituelle. Les fruits de la préoccupation physique sont la vanité, la confiance en soi, l'arrogance intellectuelle: en un mot, l'orgueil sous ses diverses formes, qui sont toutes des proies faciles à l'illusion spirituelle. Les fruits de l'ardeur spirituelle sont la repentance, l'humilité, les pleurs et les larmes. La règle des prosternations est mieux observée avant de s'endormir: ensuite, après les soucis de la journée, elle peut être pratiquée plus longtemps et avec plus de concentration….

Ces suggestions sont, je crois, suffisantes pour le débutant qui est désireux d'acquérir la prière de Jésus. "La prière", a dit le divin saint Mélèce le Confesseur, "n'a pas besoin d'enseignant. Elle demande de la diligence, des efforts et une ardeur personnelle, et alors Dieu sera son enseignant." 

Les Saints Pères, qui ont écrit de nombreux ouvrages sur la prière afin de transmettre des notions correctes et des conseils fidèles à ceux qui désirent la pratiquer, proposent et décrètent qu'il faut s'y engager activement afin d'acquérir une connaissance expérimentale, sans laquelle l'instruction verbale, bien que dérivée de l'expérience, est morte, opaque, incompréhensible et totalement inadéquate. 

À l'inverse, celui qui pratique soigneusement la prière et qui y est déjà avancé, devrait souvent se référer aux écrits des Saints Pères sur la prière afin de se contrôler et de se diriger correctement,(Galates 2: 2) .

Version française de Claude Lopez-Ginisty
d'après
Orthodox Life, vol. 28, 
sept.-oct. 1978, pp. 9-14. 

mardi 26 janvier 2021

St. Ignace [Briantchaninov]: L'Amour de Dieu

The Basics of Spiritual Life, Based on the Writings of St. Ignatius ( Brianchaninov) / Православие.Ru

St. Ignace [Brianchaninov] (1807-1867)

introduction

L'évêque Ignace était un éminent écrivain spirituel orthodoxe de la Russie du XIXe siècle. Né d'une famille noble, il termina une formation d'ingénieur à Saint-Pétersbourg sous le patronage de l'empereur Nicolas Ier et était destiné à une brillante carrière dans le monde. 

Plus tard, en tant qu'officier, il choisit plutôt de suivre le désir spirituel de son âme et de recevoir la tonsure monastique, en tant que disciple du célèbre staretz Lev de l'Ermitage d'Optina. Bien ancré dans les écrits ascétiques des Saints Pères, l'évêque Ignace captura l'esprit des anciennes traditions patristiques et monastiques de l'Église orthodoxe dans ses propres ouvrages, écrits dans la langue la plus éloquente de l'époque. 

Son œuvre la plus connue, l'Arène (Offrande au monachisme contemporain), qui comprend le cinquième volume de ses œuvres ascétiques, est un trésor indispensable pour les chercheurs de vie spirituelle aujourd'hui. L'Arène a été publié -en anglais- par le monastère de la Sainte Trinité à Jordanville, NY. 

*** *** ***

Aimez Dieu comme Il vous a commandé de L'aimer, et non pas comme les rêveurs qui s'illusionnent pensent qu'ils L'aiment.

Ne fabriquez pas de ravissements pour vous-même, n'excitez pas vos nerfs, ne vous enflammez pas avec un feu matériel, avec le feu de votre sang. Le sacrifice qui plaît à Dieu est l'humilité du cœur, la contrition de l'esprit. Avec colère, Dieu se détourne des sacrifices offerts avec une présomption sûre de soi, avec une fière opinion de soi, bien que le sacrifice soit un holocauste.

L'orgueil excite les nerfs, chauffe le sang, suscite la rêverie, anime la vie de la chute; l'humilité calme les nerfs, soumet le mouvement du sang, élimine la rêverie, mortifie les chutes, anime la vie en Jésus-Christ.

"L'obéissance" devant le Seigneur "est plus grande qu'un bon sacrifice et la soumission que la graisse des béliers", a dit le prophète au roi israélite qui avait osé offrir à Dieu un mauvais sacrifice (1 Samuel 15:22). Lorsque vous souhaitez offrir à Dieu le sacrifice d'amour, ne l'offrez pas volontairement, par impulsion irréfléchie; offrez-le avec humilité, en ce temps et en ce lieu que le Seigneur a commandé

Le lieu spirituel sur lequel seuls les sacrifices spirituels doivent être offerts est l'humilité. (Dit de Saint Pimène le Grand dans le Patericon alphabétique).

Le Seigneur a marqué celui qui aime et celui qui n'aime pas par des signes vrais et exacts: " Si un homme m'aime, il gardera ma parole. Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles" (Jean 14: 23-24 ).

Souhaitez-vous apprendre l'amour de Dieu? Évitez tout acte, parole, pensée et sentiment interdit par l'Évangile. Par votre inimitié envers le péché qui est si détesté par le Dieu Très Saint, vous montrerez et prouverez votre amour pour Dieu. Quand, à cause de la faiblesse, vous tombez dans des transgressions, guérissez-les immédiatement par la repentance. Mais il vaut mieux s'efforcer de ne pas se permettre même ces transgressions, par une stricte vigilance sur soi-même.

Souhaitez-vous apprendre l'amour de Dieu? Apprenez assidûment les commandements du Seigneur dans l'Évangile et efforcez-vous de les accomplir en action. Efforcez-vous de transformer les vertus évangéliques en habitudes, en vos qualités. Pour une personne qui aime, il est naturel d'accomplir avec exactitude la volonté de l'être aimé.

« J'ai aimé tes commandements plus que l'or et la topaze: c'est pourquoi je me suis dirigé vers tous tes commandements; j'ai haï tous les chemins de l'iniquité», dit le Prophète (Ps. 118: 127, 128, LXX). Une telle conduite est indispensable pour maintenir la fidélité à Dieu. La fidélité est la condition inaltérable de l'amour. Sans cette condition, l'amour est dissous.

En évitant constamment le mal et en accomplissant les vertus de l'Évangile - qui comprend tout l'enseignement moral de l'Évangile - nous atteignons l'amour de Dieu. Et par ce même moyen, nous demeurons dans l'amour de Dieu: "Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour", a dit le Sauveur (Jean 15:10).

La perfection de l'amour consiste en l'union avec Dieu; l'avancement dans l'amour s'accompagne d'une consolation, d'un plaisir et d'une illumination spirituels inexprimables. Mais au début de la lutte, le disciple de l'amour doit subir une guerre violente avec lui-même, avec sa propre nature profondément endommagée: le mal, qui par la chute est devenu inné à notre nature, est devenu pour lui une loi, en guerre et en révolte contre la loi de Dieu, contre la loi du saint Amour.

L'amour de Dieu est fondé sur l'amour du prochain. Lorsque le souvenir des torts est effacé en vous: alors vous êtes proche de l'amour. Lorsque votre cœur est éclipsé par la paix sainte et gracieuse envers toute l'humanité: alors vous êtes aux portes mêmes de l'amour. Mais ces portes sont ouvertes par le Saint-Esprit seul. L'amour de Dieu est un don de Dieu chez une personne qui s'est préparée à recevoir ce don par la pureté du cœur, de l'esprit et du corps. Le degré du don dépend du degré de préparation: parce que Dieu, même dans Sa miséricorde, est juste.

L'amour de Dieu est entièrement spirituel: «ce qui est né de l'Esprit est esprit» (Jean 3, 6). « Ce qui est né de la chair est chair» (Jean 3, 6): l'amour charnel, comme quelque chose né de chair et de sang, a des propriétés matérielles et corrompues. Il est inconstant, changeant: son feu est totalement dépendant de la matière.

En entendant d'après les Écritures que notre Dieu est un feu (Hébreux 12: 29), que l'amour est un feu, et en ressentant en vous-même un feu d'amour naturel, ne pensez pas que c'est un seul et même feu. Non! Ces feux sont hostiles les uns aux autres et sont engloutis les uns par les autres (échelle, étapes 3 et 15). «Servons d'une manière qui plaît à Dieu, avec respect et crainte; car notre Dieu est un feu dévorant» (Héb. 12: 28-29).

L'amour naturel, c'est-à-dire l'amour déchu, chauffe le sang d'une personne, excite ses nerfs et suscite la rêverie; le saint amour refroidit le sang, calme l'âme et le corps, attire l'homme intérieur vers le silence de prière et le plonge dans le ravissement par l'humilité et la joie spirituelle. De nombreux ascètes, ayant pris l'amour naturel pour l'amour divin, ont excité leur sang et ont également excité leurs rêveries. L'état d'excitation passa très facilement à l'état de frénésie. Beaucoup ont pris ceux qui étaient dans un état d'excitation et de frénésie pour des personnes remplies de grâce et de sainteté, alors qu'ils étaient en fait de malheureuses victimes de l'auto-illusion.

Il y avait beaucoup de tels ascètes dans l'Église occidentale depuis le moment où elle est tombée dans l'hérésie, dans laquelle les propriétés divines sont imputées de manière blasphématoire à un homme, et la vénération qui est due et convenable à Dieu seul est donnée à un homme; beaucoup de ces ascètes ont écrit des livres à partir de leur état excité dans lesquels l'auto-illusion frénétique leur semblait être l'amour divin, dans lesquels leur imagination désordonnée leur peignait une multitude de visions qui flattaient leur amour-propre et leur orgueil.

Fils de l'Église d'Orient! Évitez la lecture de tels livres, évitez de suivre les préceptes de ceux qui se trompent d'eux-mêmes. Guidé par l'Évangile et les saints Pères de la véritable Église, montez avec humilité à la hauteur spirituelle de l'amour divin en accomplissant les commandements du Christ dans l'action.

Sachez fermement que l'amour pour Dieu est le don le plus élevé du Saint-Esprit et qu'une personne ne peut se préparer, par la pureté et l'humilité, à recevoir ce grand don, par lequel l'esprit, le cœur et le corps sont changés.

Le travail est vain, stérile et nuisible, lorsque nous cherchons prématurément à découvrir en nous-mêmes de grands dons spirituels: Dieu miséricordieux les donne en son temps, à ceux, constants, patients et humbles  qui accomplissent es commandements de l'Évangile. Amen. 


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

Holy Trinity Orthodox Mission


LE MÉTROPOLITE HILARION DE VOLOKOLAMSK: LES RÈGLES DU POLITIQUEMENT CORRECT NE DOIVENT PAS PERMETTRE DE S'IMMISCER DANS CE QUI EST SACRÉ POUR DES MILLIONS DE PERSONNES



Aux États-Unis d'Amérique, à l'ouverture d'une nouvelle session du Congrès, le représentant Emanuel Cleaver a lu ce qu'il a appelé une prière politiquement correcte. Au lieu de «au nom de Dieu», il a dit «au nom du Dieu monothéiste, de Brahma, et du Dieu connu sous plusieurs noms». Et à la fin, à l'habituel «amen» (amen), le membre du Congrès a ajouté [and a woman] «et une femme» - apparemment, dans la prononciation anglaise du mot «amen», il a entendu « a man» - «un homme» et «pour l'égalité» a décidé de mentionner les femmes.

De l'avis du Métropolite Hilarion de Volokolamsk, une telle «prière politiquement correcte» frise le blasphème. «Tout doit avoir des limites raisonnables - même les règles du politiquement correct ne doivent pas nous permettre d'empiéter sur ce qui est sacré pour des millions de personnes», a souligné le président du Département des relations extérieures de l'Église du Patriarcat de Moscou sur le programme Église et paix, rapporte Patriarchia.ru.

«Nous, chrétiens, croyons en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. En effet, Père, Fils et Saint-Esprit ne sont pas des noms non sexistes, et ces noms ne conviennent plus aux membres du mouvement féministe. Par conséquent, les adeptes du féminisme ont changé la doctrine de la Sainte Trinité, ont commencé à appeler Dieu avec d'autres noms et pronoms, y compris le sexe féminin.

Maintenant, certains politiciens considèrent qu'il est de leur devoir de suivre ces règles insensées, à mon avis, du "politiquement correct", a noté le hiérarque, déclarant: du point de vue de l'Église, tout cela est une ingérence inacceptable dans ce qui est sacré pour des millions de personnes. croyantes.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

lundi 25 janvier 2021

Saint Ignace Briantchaninov: Gloire à Dieu en tout!

Святитель Игнатий (Брянчаинов)

Souvent aux moments de dépressions et dans l'affliction, ainsi qu'aux temps de réjouissance, il est nécessaire de répéter une parole d'action de grâce à Dieu, aussi souvent et aussi longtemps que la prière de Jésus, " Gloire à Dieu pour tout!" et encore, " Gloire à Dieu pour tout!"

Avec cette prière, les murmures s'enfuient du cœur, la confusion disparaît et seule la paix commence à s'installer dans le cœur avec la joie...

Le Seigneur a une lumière qui chasse toutes sortes de confusion et d'ennui. 

Ah, si seulement l'âme se rapprochait de Lui avec foi...

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après Saint Ignace Briantchaninov
Biography of Abbess Arsenia of Ust-Medvedsky Convent
Cité dans 
Conquering Depression
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA

1998

Christophe Levalois: Recension : « Petite théologie pour les temps de pandémie » de Jean-Claude Larchet (Éditions des Syrtes)

 « Petite théologie pour les temps de pandémie », un livre de J.-C. Larchet

Jean-Claude Larchet, Petite théologie pour les temps de pandémie, Éditions des Syrtes, 282 pages, 2021, 15 euros.



Voilà un livre qui arrive au bon moment ! La crise sanitaire que vit le monde depuis un an a suscité de nombreux ouvrages, mais c’est le premier qui examine les questions posées par l’action déstabilisatrice de la Covid-19 pour les sociétés et les individus du point de vue théologique tout en se penchant sur les conséquences concrètes pour la pratique religieuse. Une réflexion chrétienne de fond sur toutes les interrogations que pose cette crise est ainsi offerte pour aider à discerner le chemin à emprunter dans les incertitudes et les angoisses nées des tumultes de notre temps. Grâce à sa connaissance approfondie des Pères de l’Église, de la théologie orthodoxe, des questions de la maladie, de la souffrance et de la mort, mais aussi de l’actualité de l’orthodoxie dans le monde, Jean-Claude Larchet a réussi ce tour de force de rédiger en quelques mois un livre d’une grande richesse qui est un véritable vade-mecum sur le sujet.

La première des grandes questions abordées par l’auteur est celle de la responsabilité de Dieu dans les épidémies et les malheurs infiniment nombreux qui touchent le monde et les humains. Est-ce pour châtier ou pour éduquer ? Très méthodiquement, avec de nombreuses références et des citations pertinentes, il examine tous les aspects de cette épineuse question très fréquemment posée et source de révolte, de colère ou de scandale pour un bon nombre de personnes. Plusieurs éléments, qu’il développe avec clarté, concourent à la réponse détaillée qu’il donne.

La deuxième grande question examinée est celle de la prophylaxie, en somme des mesures de protection contre la maladie comme le confinement et des épreuves qu’elles apportent comme la privation de la communion eucharistique. L’auteur a notamment le souci de montrer comment des tribulations peuvent être aussi l’opportunité de voir les choses différemment et d’en tirer malgré tout un bien.

Un autre problème très délicat amené par la situation sanitaire, qui est objet de polémiques, est celui de la communion au moyen d’une cuiller unique et le risque redouté d’une contamination par celle-ci. Là également, Jean-Claude Larchet examine les différentes facettes du sujet avec toutes les précisions concrètes nécessaires et présente en outre les arguments des uns et des autres. Il déroule ainsi toute l’étendue et la complexité de la question. Il observe au final à ce propos : « Montrer comme nous l’avons fait, que certaines méthodes alternatives ne sont cependant pas contraires à la Tradition (avec un grand T), devrait permettre en cas de nouvelles pandémies, d’avoir une vue plus claire des choses et d’aborder la situation d’une manière plus sereine ».

Enfin, last but not least !, il est de la première importance, comme l’indique le titre de la dernière partie, de « vaincre le virus de la peur ». En effet, ainsi que le souligne l’auteur, « parallèlement au coronavirus s’est répandu ce que des commentateurs ont appelé “le virus de la peur”, plus contagieux que lui, et plus redoutables par ses effets destructeurs sur la vie sociale et économique, et sur la vie intérieure — tant psychique que spirituelle — des individus. » Fragilité de l’être humain ! Et des sociétés ! Cela n’est pas sans rappeler la phrase de Paul Valéry au lendemain de la Grande Guerre, extraite d’un texte non moins remarquable par son constat désenchanté et lucide porteur de profondes interrogations : « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » (« La Crise de l’Esprit », 1919). L’une des armes souvent convoquées dans la tradition ascétique, avec la prière, pour ne pas être englouti par la peur, est la « mémoire de la mort », laquelle « maintient la conscience en éveil ». Cette « mémoire » est trop vite oubliée dans l’insouciance des jours heureux, dont on constate aussi régulièrement la… fugacité. Les temps d’épreuves sont également des temps de dévoilement, souvent accompagnés d’un brutal dépouillement. Pour y survivre, nous sommes conduits, sinon forcés, à nous remémorer d’une part ce qu’il y a de vraiment essentiel dans nos existences et où il se trouve, d’autre part à réaliser que toute lumière authentique, créatrice et bienfaisante, que nous pouvons transmettre au monde pour son édification, vient de notre propre intériorité, laquelle est la clef de voûte de notre vie et de sa solidité. Jean-Claude Larchet observant cette peur répandue, la crainte de la mort qu’elle apporte, l’impératif pour y faire face d’une vie qui s’ancre dans une démarche spirituelle, nous rappelle la grande, libératrice et salutaire proclamation de Pâques : le Christ a vaincu la mort. L’ultime réponse se trouve là !

Christophe Levalois

dimanche 24 janvier 2021

CE QUE L'ON DOIT FAIRE QUAND TOUT DANS SA VIE EST NOIR

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Saint André le Fol-en-Christ

La vie de chaque chrétien est comme une mer. Plusieurs fois sur cette mer, il y a des tempêtes éclatantes et des vagues montantes qui menacent notre vie. Quand tant de tentations nous assaillent et nous effraient, c'est la même chose que lorsqu'une mer tempétueuse met en danger le navire et que les gens lèvent les mains et prient Dieu de lui échapper. [Il y a partout] de nombreuses tempêtes, de nombreux problèmes difficiles, souvent sans solution, des sièges insupportables, partout des ténèbres sans aucun rayon de lumière et d'espoir.

Et là vient le démon, l'autre tempête, horrible et sombre pour nous dire que nous n'avons pas d'échappatoire. «Cette tentation - nous dit-il - est si grande que vous serez perdus.» Et si l'homme n'a aucune expérience des tentations, il croit à ce mensonge, à la tromperie et au désespoir. Et quand il perd sa direction, il est naturel d'être jeté sur les rochers et d'être écrasé.

Que doit faire quelqu'un quand tout dans sa vie est noir? Ce qu'il doit faire dans de tels moments est de trouver son évasion dans le Seul Sauveur et Rédempteur, de s'agenouiller et de lever les mains en prière vers le Dieu Très Bienveillant qui prend soin de tout l'univers et Qui d'un signe peut tout faire fondre.

Nous voyons cela dans Son Saint Evangile. Un jour, le Christ était dans le bateau avec ses disciples sur le lac de Génézareth. Il était accroupi et reposé. Il semblait dormir mais il ne dormait pas. Une forte tempête venteuse éclata et il y eut des vagues très hautes (Luc 8, 23). Les disciples inexpérimentés ne sachant pas qui ils avaient à côté d'eux - parce que leurs yeux spirituels étaient toujours fermés puisque le Saint-Esprit n'était pas encore descendu pour ouvrir leur esprit et leur faire comprendre les Écritures, eurent terriblement peur et ils allèrent vers Lui, Le réveillèrent et Lui dirent :

«Maître, dors-Tu? Nous mourons, nous nous noyons! »

Il les regarda avec sympathie et ordonna aux vents et à la mer de se taire. Et la mer et les vents s'arrêtèrent et il y eut un grand calme. Les disciples voyant le miracle furent stupéfaits. Et le Seigneur leur dit:

«Pourquoi avez-vous perdu ta foi? Pourquoi avez-vous si peur? Où est votre foi? »

Il en va de même dans notre vie. Nombreuses sont les vagues qui provoquent le vacillement et le tremblement de la hutte de notre âme et nous avons peur d'être détruits. Alors il faut crier comme les apôtres: «Maître, je meurs! Mon Seigneur, aide-moi car je suis perdu. Envoie Ta grâce pour m'aider car en ce moment je ne suis qu'un homme fait d'argile, un rien, une peau de melon dans l'océan. Si Tune tends pas la main en ce moment même pour calmer les vagues et la mer et chasser les démons qui sont près de moi, je vais mourir! »Beaucoup d'entre nous ont vécu cette prière. Notre vie n'est rien d'autre que des tentations, des ennuis, des souffrances et des nécessités. Si nous prions avec ferveur, Dieu répond. Il donne l'assurance à l'homme dans son âme.

Mes startsy ont quitté cette vie et j'ai assumé de nombreuses responsabilités. Un jour, j'ai eu une très grande et horrible tentation. Il n'y avait aucune lumière en vue seulement des dangers de partout. En ce jour difficile et sombre, je me suis agenouillé et j'ai prié avec ferveur. Un rayon de lumière vint vers moi et me donna l'assurance dans mon cœur: «Cette tentation prendra fin. N'aie pas peur! » Et soudain, dans mon âme, la paix et le calme furent rétablis. Et en effet, le résultat fut que la tentation se termina par un grand succès. Lorsque l'homme endure une tentation en montrant patience et opposition et qu'il combat avec tout son être, la tentation s'arrêtera et Christ la surmontera. Parce que seul le Christ surmonte ces grandes tentations. Mais nous sommes impuissants et avons les yeux de notre âme fermés. On ne voit pas ce qui se cache derrière chaque tentation, et qu’elle cache là un grand bienfait.

Saint André le Fol-en-Christ quand le Christ l'appela à accomplir ce rôle, à devenir un fou pour Lui et à endurer les insultes, les ironies, la pauvreté, la souffrance voulait d'abord voir si c'était Sa volonté d'assumer cette folie. Étant jeune, il avait le désir d'être un confesseur pour Dieu, mais à cette époque, il n'y avait pas de martyrs. Il se demandait comment plaire à Dieu et il s'endormit avec cette pensée en son esprit.

Alors il vit une arène où se déroulaient des combats. D'un côté, il y avait des hommes vêtus de vêtements blancs et de l'autre, il y avait des démons noirs. Un grand démon se leva et commença à parler avec arrogance en menaçant les gens en vêtements blancs. Parmi eux, les saints dirent: `` J'ai combattu avec lui à ce moment-là, un autre une autre fois, un avec son martyre, un autre avec sa confession, un autre avec son effort et un autre avec sa vertu. Maintenant, qui reste-t-il pour se battre avec lui? »Et il y eut une voix disant:« André. »Quand André vit ce grand démon, il eut peur. Puis il vit assis à une table un jeune homme si brillant que tout brillait autour de lui. Sur la table, il avait deux couronnes. L'une était de perles et une autre des fleurs du ciel.

«Pour combien les vends-tu?» Lui demanda André.

`Jeune homme, celles-ci ne sont pas achetées avec l'argent de ce monde mais gagnées par l'homme qui se bat avec ce démon noir. Celui qui le bat les reçoit toutes les deux.

"Je me battrai pour les gagner."

Puisque tu veux te battre, viens apprendre le combat.

Et commença à lui apprendre à se battre avec ce démon noir:

Quand il te fera tourner, frappe-le en plissant les yeux et tu le vaincras.

Puis il alla de l'avant et l'appela à se battre et ils ont commencèrent ce combat. Au début, le Diable semblait le vaincre, mais se souvenant de ce que le Seigneur lui avait appris, il le frappa en plissant les yeux et le tua. Ensuite, ceux qui portaient des vêtements blancs prirent le vainqueur et le conduisirent vers le Seigneur et le Seigneur lui donna les deux couronnes en disant:

«Désormais, sois un fou par amour pour moi, sois pauvre et en haillons et je te rendrai digne de Mon Royaume.

Et à partir de ce moment, il eut la Grâce de feindre la folie en Christ et il se fit pauvre et en haillons et à la fin il remporta la couronne de la victoire.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Extrait du livre The Art of Salvation 
publié par Evanghelismos.

samedi 23 janvier 2021

Jacob Lassin: LA «LISTE NOIRE DES FAUX CLERCS» DE L'ÉGLISE ORTHODOXE RUSSE

panneau d'avertissement

Le 19 novembre 2020, le Département synodal de l'Église orthodoxe russe pour les relations de l'Église avec la société a publié ce que de nombreuses sources médiatiques ont qualifié de «liste noire de faux clercs». Cette liste de religieux a été ajoutée à une liste déjà existante d'organisations qui prétendaient collecter de l'argent à des fins caritatives et religieuses, mais qui, après une inspection plus approfondie, semblent être des escrocs et des arnaques. Le Patriarcat a créé cette liste pour avertir les croyants que certains des chefs religieux et des personnalités qu'ils peuvent suivre, en ligne ou hors ligne, ne sont pas approuvés par le Patriarcat de Moscou et doivent être évités.

La «liste noire» révèle le sérieux du Patriarcat de Moscou à affronter des groupes indépendants et des individus se qualifiant d'orthodoxes qui pourraient égarer les membres du troupeau. C'est un problème que beaucoup au sein de l'Église orthodoxe russe institutionnelle ont cherché à résoudre dans la période post-soviétique. L'Église combat déjà la publication et la distribution de littérature religieuse non approuvée par le biais d'un système à plusieurs niveaux de visas d'approbation pour les documents imprimés. Le Patriarcat poursuit cette tendance avec la publication de cette liste, fournissant des conseils clairs sur les personnes qu'un croyant fidèle devrait éviter en ligne. Cependant, en faisant connaître ces noms, l'Église n'a peut-être fait que renforcer l'intérêt pour ces clercs.

Le Patriarcat a fait un choix étrange dans la présentation de cette liste sur son site Internet. En plus de nommer ces «faux clercs», ils ont inclus des liens vers chacune de leurs pages YouTube. Ces liens permettent aux visiteurs de la page d'accéder facilement et immédiatement aux pages mêmes que l'Église veut dissuader les croyants de suivre. Les ajouter à cette liste et créer des liens vers leurs vidéos leur donne une plus grande notoriété et une plus grande visibilité qu'ils n'auraient peut-être pas reçues autrement. L'inclusion sur cette liste pourrait être considérée comme un insigne d'honneur et une confirmation de leur justesse face à une hiérarchie qu'ils jugent corrompue ou illégitime. Et c'est bien [hélas!] pour attirer de nouveaux adeptes pour ce un club si petit et exclusif qui ressemble à la fois à une liste de style «best of» et «plus recherchée».

Dans la même semaine que la publication de la liste, l'un des ecclésiastiques, Aleksandr Lipin, a réalisé une vidéo dans laquelle il célébrait son nouveau statut de "Premier parmi les 10 faux prêtres". Lipin est un ancien diacre du Patriarcat de Moscou et actuel prêtre d'un groupe schismatique de l'Église orthodoxe russe à l'étranger. Dans la vidéo, il remercie le Patriarcat de Moscou d'avoir reçu un tel honneur et il prend cela comme un signe que son travail était correct aux yeux de Dieu.

Si l'exactitude de son chemin est mesurée dans l'engagement en ligne, alors peut-être qu'il a raison. Lipin a plus d'abonnés YouTube que la chaîne officielle du Patriarcat de Moscou. Ses vidéos et ses articles se concentrent sur un certain nombre de sujets différents, notamment l'antimondialisation, le survivalisme et les accusations contre le Patriarche Kirill pour s'être engagé dans l'hérésie de l'œcuménisme. Pour l'essentiel, Lipin répète bon nombre des polémiques de droite qui ont été lancées contre le Patriarcat de Moscou depuis des décennies. Cependant, son âge relativement jeune et ses compétences avec les médias sociaux font de lui un messager beaucoup plus efficace de ces idées, menaçant l'autorité du Patriarcat.

Un autre des «faux prêtres», Vladimir Golovin, compte une nombre remarquable de 344 000 abonnés YouTube. Ce nombre est environ six fois et demi plus élevé que la chaîne officielle du Patriarcat de Moscou et les vidéos ont, en moyenne plus de dix mille vues chacune, un nombre impressionnant. Le Patriarcat a dépouillé Golovin de son rang de clerc en 2019 en raison de ses opinions théologiques hétérodoxes et des bénéfices substantiels qu'il réalisait en fournissant des services spirituels et en offrant des «prières par correspondance».

Malgré la perte de son poste de clerc, Golovin reste populaire. Ses sermons se connectent avec les gens et semblent offrir un réconfort spirituel précieux à ses disciples. Bien que l'Église ait raison de publier et de sanctionner ses méfaits financiers et de dissuader les croyants de lui donner de l'argent, le fait demeure que Golovin a trouvé un moyen d'exploiter les communications numériques pour fournir une forme populaire et très recherchée de soins spirituels. En établissant un lien vers la page YouTube de Golovin via la «liste noire», le Patriarcat de Moscou attire l'attention sur une représentation dynamique de l'Orthodoxie en ligne, qui souligne ses propres efforts insuffisants en ligne.

Le dernier ecclésiastique inscrit sur la «liste noire» est le tristement célèbre père Serge (Romanov), qui s'est emparé d'un monastère dans l'Oural et refuse de partir bien qu'il ait été déchu de son rang de clerc. Serge a été dans l'actualité internationale pour ses actions et ses enseignements extravagants et son déni du COVID, lui donnant une grande notoriété, mais aussi en faisant appel à certains à la recherche d'une voie «plus vraie» ou «plus pure» de l'Orthodoxie. En le plaçant sur la «liste noire», l'Église confirme que Serge et les autres «faux clercs» forment une sorte de «d'Orthodoxie hors-la-loi», une version de la foi qui pourrait attirer certaines personnes, en particulier les jeunes hommes, qui veulent une religion qui soit plus indépendante et directe, pas aussi liée à la hiérarchie de l'Église orthodoxe russe.  En substance, la liste donne à ces figures l'air "cool" en les distinguant du Patriarcat, plus orienté vers les entreprises et l'État.   

La création de cette «liste noire» démontre le sérieux du Patriarcat de Moscou à traiter avec ceux qu'il considère comme de faux enseignants dans la sphère en ligne, une reconnaissance du grand pouvoir des médias sociaux sur l'engagement religieux dans le pays. 

Le Patriarcat de Moscou doit être félicité pour avoir tenté de protéger les croyants contre les escroqueries qui prétendent soutenir les causes orthodoxes. Cependant, en choisissant de publier cette liste et même de créer des liens vers les pages de ces ecclésiastiques qui ont souvent un public plus large en ligne que le Patriarcat lui-même, le Patriarcat souligne par inadvertance ses propres faiblesses lorsqu'il s'agit de communiquer en ligne. Si le Patriarcat veut conserver sa pertinence auprès des jeunes générations, auprès des personnes qui passent une grande partie de leur vie en ligne, il va devoir concevoir une stratégie en ligne beaucoup plus engageante que la création d'une liste de personnes qui utilisent bien mieux les médias sociaux que quiconque au sein du Patriarcat.  

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après 


Jacob Lassin est chercheur postdoctoral au Melikian Center for Russian, Eurasian, and East European Studies de l'Arizona State University. Ses recherches portent sur la présence en ligne de l'Église orthodoxe russe. Vous pouvez le suivre sur Twitter @jacoblassin .

PUBLIC ORTHODOXY cherche à promouvoir la conversation en fournissant un forum pour des perspectives diverses sur des questions contemporaines liées au christianisme orthodoxe. Les positions exprimées dans cet essai sont uniquement celles de l'auteur et ne représentent pas nécessairement les vues des éditeurs ou du Centre d'études chrétiennes orthodoxes.



vendredi 22 janvier 2021

LE DÉSESPOIR EST QUELQUE CHOSE DE COMPLÈTEMENT DÉMONIAQUE


En 1928, sur la Sainte Montagne, il y avait un moine venu d'Athènes et vivant ascétiquement dans une cellule de Kapsala. Il n'était pas sorti de la Sainte Montagne depuis des années. A cette époque, ses parents étaient morts et seule sa sœur vivait. Un jour, il est allé à Athènes pour la voir. Quand les voisins ont découvert qu'un moine de la Sainte Montagne était venu là-bas, ils se sont réunis pour écouter quelques paroles de sagesse. Et le moine leur a parlé.

Parmi les gens qui étaient là, il y avait un homme qui, il y a longtemps, lorsque le moine avait vécu dans le monde, était l'un de ses camarades de classe et un ami très proche. Ils allaient ensemble à la catéchèse. Bien sûr, celui-ci était aussi plus âgé et le moine ne le reconnut pas après tant d’années. Quand tous les autres furent partis, celui-ci resta et dit:

«Père, mon frère, ne me reconnais-tu pas?

"Je ne te connais pas."

"Je suis ton ami, untel."

«Qu'est-ce que tu dis, mon frère, c'est toi?

Il l'étreignit et l'embrassa avec joie et émotion. Alors cet homme dit au moine:

«Puis-je te dire quelque chose?

"Bien sûr, tout ce que tu veux."

Alors écoute. Quand j'étais ici et que nous sommes allés ensemble à l'église pour la catéchèse, j'étais bien avec toi. Tu es allé à la Sainte Montagne et je suis tombé dans une obscurité profonde. Qu'est-ce que je n'ai pas fait? J'ai sombré partout… Quand mes parents ont découvert dans quelle situation j'étais, ma mère est morte de chagrin. Je ne suis pas allé à ses funérailles. Puis mon père est mort aussi et j'ai gaspillé toute la fortune qu'il m'avait laissée. J'ai dormi sur des bancs et dans les pires endroits que personne ne pourrait jamais imaginer. Et maintenant je suis une épave. Pourrais-je être reçu dans la Sainte Montagne dans mon état?

«Pourquoi pas? Alors pour qui Christ a.t-Il été crucifié? Pour qui est-Il venu sur terre? Pour les malades et les pécheurs. Si tu es malade, viens!

«Ne salirai-je pas la Montagne sacrée de ma présence?

«Non, mon frère, viens, nous te recevrons.»

«Quand vas-tu partir?

«Aujourd'hui-même»

«Je viens aussi.»

Il l'a emmené sur la Sainte Montagne, mais parce qu'il n'avait pas confiance de le laisser dans une autre communauté, il l'a emmené dans la sienne. Il avait une petite tâche à accomplir et il s'est débattu. Mais le péché cause la mort. Il est tombé malade de la tuberculose. Alors la tuberculose était comme un cancer de nos jours. Nous appelions cela une maladie sacrée parce qu'elle préparait l'homme et lui donnait le passeport pour l'au-delà. Par conséquent, comme ce moine vivait une vie de privations, vint le temps de devenir moine.

«Geronda, dit-il, si tu fais de moi un moine, appele-moi Manassé. Parce que comme celui-là a trahi le peuple de Dieu et l'a conduit à l'idolâtrie et a beaucoup péché devant Dieu, j'ai péché et pour cette raison je veux m'appeler Manassé. 

«Eh bien, mon fils, ce sera comme tu veux.

Pendant ce temps, sa tuberculose s'aggrava. Quand il vit qu'il ne pouvait pas se tenir debout, il s'allongea dans son lit. Là, les moines vinrent et ils lurent pour lui la Paraclèse à la Mère de Dieu, ils lurent le Psautier et le prêtre lui donna la Sainte Eucharistie. Un jour, alors que les moines lisaient, il pleura:

`Pères, arrêtez, arrêtez, ne chantez plus. N'entendez-vous pas les anges qui chantent: Béni soit le chemin sur lequel tu marcheras, frère car il a été préparé un lieu de repos pour toi. N'entendez-vous pas les anges chanter?

Et quand il prononça le mot «chanter», il ferma les yeux quittant cette vie.

Vous voyez, mes fils? Cet homme a vécu une vie si pécheresse que je ne veux pas donner de détails à ce sujet pour ne pas blesser vos oreilles. Et après un an de repentir, les anges ont chanté pour lui «béni soit le chemin…» C'est pourquoi personne ne doit désespérer puisque le désespoir vient toujours du Diable et jamais de Dieu. Nous sommes également combattus par les passions, mais quand le désespoir apparaît, disons: "Cela suffit. Nous ne t'écoutons pas, car le Christ a été crucifié pour nous."

Nous avons eu un autre moine. Celui-ci jeune, était tombé dans les péchés. Mais il se releva et fit son canon [règle de prières], ses prières avec le chapelet. Et son esprit lui dit: Toi avec tant de méfaits tu as fait comment pour faire ton canon? Mais celui-ci s'est levé et a rempli ses devoirs. Cela a duré de longues années. Il l'a jeté dans des erreurs et il s'est relevé. Le Diable disait: "Quel est le problème avec celui-ci? Je ne peux pas l'asservir. Maintenant, je vais l'attaquer pour la dernière fois avec un coup mortel. '' Il comparut devant lui et dit:

N'as-tu pas honte de commettre un tel péché, puis de te salir et de faire ton canon et tes prosternations? N'as-tu pas peur de Dieu?

«Écoute, dit le moine. Ma cellule est comme une forge. Le forgeron a le marteau et l'enclume. Il soulève le marteau et frappe l'enclume et le fait tant de fois. C'est la même chose ici. Tu me donnes un coup, je t'en donne un. Mais par Jésus qui est venu et a été crucifié au temps de Ponce Pilate, je jure que je combattrai avec toi si tu te bats contre moi. Je lutterai contre toi jusqu'à la mort. Et à la fin, Jésus gagnera.

Le Diable voyant que le moine ne s'était jamais rendu face au désespoir immédiatement après avoir entendu cette réponse dit:

«Très bien, je te quitte. J'arrête de te combattre pour ne pas t'avoir donné la chance de recevoir des récompenses pour la guerre que je mène contre toi.

Et à la fin il laissa ce moine et le pauvre homme fit paisiblement en pleurant son canon. Enfin il se sanctifia.

Tu comprends? Le Diable l'a renversé et il s'est levé de nouveau. Le moine lui a donné un coup et le Diable est tombé. Le Diable ne l'a pas vaincu et grâce à lui, le moine a reçu des récompenses divines parce qu'il s'est battu. Et cette guerre a duré de longues années.

C'est pourquoi le chrétien ne doit jamais désespérer mais se battre jusqu'à la mort. Ne laissez jamais votre âme dans l'esprit du désespoir. Le désespoir est quelque chose de démoniaque. Dieu ne permettra jamais la perdition absolue de l'homme, quelle que soit la situation qu'il pourrait avoir, peu importe à quel point il serait tombé. Parce que Dieu est toujours espoir, joie, soulagement et courage. Au contraire, la proximité avec le Diable apporte le désespoir, la peur et tout le reste. Pour cette raison, nous devrons nous efforcer de renforcer notre espérance. Espérons toujours que Dieu nous aidera même dans nos chutes. Bien sûr, cela ne sera pas évident, mais en raison d'événements différents, Il se révélera Lui-même et manifestera sa préoccupation pour notre salut.

Parfois, dans la toile d'araignée, est prise une petite mouche et elle commence à bourdonner. Alors quelqu'un l'entend et part pour lui échapper. Si elle ne bourdonnait pas, l'homme n'irait pas l'aider à s'échapper et à voler dans les airs. De la même manière que nous, si nous tombons, nous devons bourdonner pour être entendus par Dieu. Quel genre de bourdonnement allons-nous créer?

`Seigneur Jésus-Christ, pardonne-moi. J'ai péché, Seigneur, pardonne-moi s'il te plaît. Puis nous retomberons et puis nous nous remettrons sur pied. Comment les naufragés échappent-ils à la tempête? Les vagues les jettent dans les deux sens, mais s'ils ont de la patience et ne désespèrent pas, ils trouveront quelque chose sur quoi s'accrocher. De la même manière, si nous tombons dans le désespoir et cessons d'agiter nos bras, nous coulons et sommes mangés par les requins.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

jeudi 21 janvier 2021

Anniversaire du Martyre du Roi Louis XVI

Il y avait à la skite de Gethsémani,
avant la révolution russe,
une icône
du Roi-Martyr Louis XVI



Icône du roi-martyr Louis XVI



Testament de Sa Majesté le Roy Louis XVI,
rédigé le 25 décembre 1792,
envoyé à la Commune de Paris le 21 janvier 1793.

Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit. Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatres mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étoient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, mesme depuis le onze du courant avec ma famille de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser. Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.
Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelqu’indignes que nous en fussions, et moi le premier.
[…]
Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J’ai cherché à les connoitre scrupuleusement à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prestre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent estre contraires à la discipline et à la croyance de l’Eglise Catholique à laqu’elle je suis toujours resté sincérement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution ou je suis s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourroi du Ministère d’un Prestre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.
Je prie tous ceux que je pourrois avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurois pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.
Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.
Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.
Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.
Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d’en faire de bons chrétiens et d’honnestes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Eternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s’ils avoient le malheur de perdre la leur.
Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrois lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyoit avoir quelque chose à se reprocher.
Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur Mère, et reconnoissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. je les prie de regarder ma sœur comme une seconde Mère.
Je recommande à mon fils, s’il avoit le malheur de devenir Roy de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Loys, mais en même temps qu’un Roy ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.
Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étoient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étoient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devoient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.
Je voudrois pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étois sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avois jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérest gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements; dans la situation où sont encore les choses, je craindrois de les compromettre si je parlois plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
Je croirois calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandois ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avoit portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie M. de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.
Je pardonne encore très volontiers a ceux qui me gardoient, les mauvais traitements et les gesnes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.
Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.
Je finis en déclarant devant Dieu et prest à paroitre devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.
Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792.
Louis.



Dernière page du testament de Louis XVI.



***

*
"En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de famille aujourd’hui, il n’y a plus que des individus."
Honoré de Balzac,

Mémoires de deux jeunes mariées (1841)