"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 12 avril 2021

PAUL DE TAGANROG, UN SAINT DANS LE MONDE

 

Il y a cinq ans a eu lieu en Russie la canonisation du bienheureux staretz Paul de Taganrog. Par sa vie, il a incarné l’exemple brillant et exigeant de la sainteté dans le monde. Sa mémoire est fêtée le 23 mars et le 20 juin.

Paul Stojkov naquit le 21 novembre 1792 et reçut son prénom en l’honneur de S. Paul, patriarche de Constantinople, le confesseur, dont la mémoire est commémorée le 19 novembre. Les parents du garçon, Paul et Parascève Stojkov, étaient des nobles aisés du district de Krolevets, dans la province de Tchernigov, et un grand nombre de paysans étaient attachés à leur domaine. De toute évidence, c’étaient des gens pieux. Cependant, ils rêvaient de donner à Paul, comme frère aîné, une bonne instruction, et ils lui assurèrent une vie confortable. Le bienheureux a dit lui-même : « Tout mon souhait de jeunesse était de prier Dieu, et mon intention, d’aller dans les lieux saints ». À seize ans déjà, il quitta la maison paternelle et partit pèleriner aux lieux saints de Russie, ce qu’il fit pendant une année entière. Lorsque Paul revint à la maison, son père le punit sévèrement et l’empêcha désormais de se rendre dans les saints lieux. Le saint reconnut lui-même par la suite que son père ne partageait pas ses aspirations, mais fut toutefois impuissant à les changer : lorsque Paul eut 25 ans, il donna à son fils sa part d’héritage, lui donnant sa bénédiction de l’utiliser à sa guise, et le laissa partir. Paul commença par libérer tous les paysans attachés à son domaine, et distribua aux pauvres l’argent de la vente de ses biens. Après cela, il put réaliser son rêve d’antan, à savoir partir pèleriner aux lieux saints. On sait que ce pèlerinage du bienheureux Paul dura dix ans. Pendant cette période de sa vie, il put visiter de nombreux monastères, laissant à chacun d’entre eux, des dons importants. Par la suite, il aimera visiter les monastères de Solovki, des Grottes de Kiev et de Potchaïev.

À l’âge de 35 ans, Paul apparaît dans la ville de Taganrog et y restera pour toujours. Pendant longtemps, il vécut chez des gens, dans différents appartements. Son dernier refuge devint l’appartement dans la ruelle Depaldovski (actuellement Tourgueniev), où il n’avait pas seulement sa cellule, mais louait toute une petite maison. Il s’habillait très simplement, portait un vêtement de paysan et parlait en petit-russien, de telle façon qu’il était difficile de même deviner sa noble origine. Doté naturellement d’une grande force physique, Paul se faisait embaucher pour des travaux journaliers et travaillait sans s’épargner. Cependant, dès que la cloche résonnait, il quittait tout et se précipitait à l’église, sans manquer aucun office. Il se plaisait le plus à la cathédrale de la Dormition, pour laquelle il acquit de nombreuses icônes, veilleuses et fit toute une série d’autres dons. Paul aimait allumer les veilleuses et nettoyer les icônes, il portait toujours avec lui un petit banc et une serviette blanche pour le faire. 

On racontait aussi que lorsque l’on construisit des chapelles adjacentes à la cathédrale (à cette époque, Paul était d’un âge avancé), il portait lui-même les briques, inspirant les autres par son exemple. Une fois, le recteur de la cathédrale qui était bien disposé envers le bienheureux, vit au moment de la Grande Entrée de la Liturgie le bienheureux revêtu d’ornements liturgiques resplendissants, comme ceux d’un évêque. Après cette vision, il eut une relation encore meilleure avec le saint. Il est vrai que les membres du clergé ne vénéraient pas ainsi le staretz, certains n’étaient pas bienveillants à son égard. Lorsqu’il ne pouvait plus travailler, il avait l’habitude, après l’office, de se rendre au marché. Paul marchait constamment avec un bâton à la main et deux sacs en toile sur les épaules. Les commerçants s’efforçaient de le faire venir chez eux, car ils savaient qu’après leur journée serait réussie. Beaucoup lui donnaient des produits alimentaires en guise d’aumône, mais le bienheureux ne les acceptait pas de tous, et il chassait même certains avec son bâton. Lorsqu’il s’installa dans une maison séparée, Paul commença à donner sa bénédiction à certains de vivre en sa compagnie un certain temps, tandis que d’autres purent y rester toujours. 

C’est ainsi que, peu à peu, une communauté commença à se constituer. Le vieillard se distinguait par une grande sévérité, n’accordait de faveurs à personne. En particulier, il n’aimait pas la désobéissance. Toutefois, lorsque des visiteurs venaient chez lui, il dénonçait leurs péchés de façon originale : en présence de l’un des novices, il nommait leurs péchés, comme s’ils étaient ceux de celui-ci. Le novice haussait alors les épaules et demandait pardon, mais le visiteur lui-même comprenait que ses propres péchés étaient ainsi dénoncés, et il partait avec un profit spirituel. 

Se préoccupant principalement de la vie intérieure, le bienheureux Paul d’attribuait que fort peu d’importance à la propreté de sa cellule. Il donnait à ses novices sa bénédiction pour la nettoyer seulement une fois par semaine, le samedi. Ce faisant, il les bénissait pour ramasser les ordures dans des sacs qui restaient encore trois jours dans la maison, et ensuite, il les faisait brûler. Il ne donnait pas sa bénédiction pour les jeter. Il dormait sur un banc étroit, qu’il ne recouvrait de rien et il plaçait sous sa tête l’un de ses vêtements en guise d’oreiller. Il dormait très peu, il estimait particulièrement la prière nocturne. Sur les murs de sa cellule, il y avait de nombreuses icônes, devant lesquelles brûlaient tout le temps des veilleuses, et aussi des bacs de sable sur lesquels brûlaient aussi une grande quantité de cierges en permanence. Dans sa cellule se trouvaient toujours de nombreux sacs et corbeilles avec toutes sortes de provisions qu’il distribuait à ses visiteurs nécessiteux. Le bienheureux faisait du bien en particulier aux prisonniers. 

Chaque semaine, il envoyait à la prison toutes sortes de nourritures, il s’intéressait aux malades et les aidait plus intensément. Lorsque l’un des prisonniers mourrait, le saint achetait lui-même un cercueil, un vêtement et tout ce qui était nécessaire à l’enterrement. Grâce à lui, tous les détenus étaient enterrés chrétiennement. Ayant aimé dès sa jeunesse le haut-fait de pèleriner, le bienheureux ne l’abandonna pas à un âge plus avancé. Habituellement, il prenait avec lui quelques novices, et allait avec eux vénérer les saints lieux. Ce faisant, Paul attribuait une grande importance à toutes les épreuves et difficultés qu’ils devaient absolument supporter pendant le voyage. Avec le temps, alors qu’il ne pouvait plus lui-même entreprendre de tels voyages, il aimait bénir ses novices pour de tels pèlerinages, les aidant toujours en voyage de façon invisible. Le staretz Paul de Taganrog, ou « Pavlo Pavlovitch », comme beaucoup l’appelaient, avait reçu de Dieu de nombreux dons spirituels. Il avait notamment le don de clairvoyance. 

De nombreuses paroles du bienheureux se réalisèrent par la suite. Ainsi, il prédit au hiéromoine Damien (Kasatos) qu’avec le temps, il deviendrait un grand homme, tel « qu’il ne puisse être plus grand ». De nombreuses années après, ce hiéromoine devint patriarche de Jérusalem. Le bienheureux Paul a guéri de très nombreuses personnes, parfois même quand les médecins avaient renoncé à soigner le patient. Parfois, la maladie cessait après que le staretz ait tapé avec son bâton sur l’endroit malade. Un homme, dont l’épouse était mourante à la maison, ayant entendu parler de ce thaumaturge inhabituel se rendit chez lui malgré la longue distance, avec le dernier espoir. Or, à peine était-il arrivé sur le seuil de la maison qu’il reçut un coup de bâton sur la tête et l’entendit dire : « Pourquoi es-tu venu ? Ta femme est à la maison et a préparé des vareniki (sorte de raviolis). Ne comprenant rien, l’homme partit chez lui. Mais il fut encore plus étonné lorsqu’il trouva sa femme à la maison en bonne santé, qui lui avait déjà préparé un bol de vareniki. Il s’avéra qu’elle fut guérie le moment même où le staretz Paul le frappa légèrement son mari à la tête. 

Des cas semblables, l’un plus incroyable les uns que les autres étaient nombreux. Mais la vie du staretz arrivait à sa fin. On sait que peu avant son trépas, S. Jean de Cronstadt lui rendit visite. La tradition qui a été conservée témoigne que celui-ci salua Paul par les paroles : « Bonjour, colonne qui va de la terre au ciel », ce à quoi ce dernier répondit : « Bonjour à toi, soleil qui brille depuis l’occident jusqu’à l’orient ».  Le bienheureux Paul est décédé le 23 mars 1879, après avoir, peu avant, communié aux Saints Mystères. La nuit même lors de laquelle le staretz est mort, un archiprêtre connu de Taganrog, qui avait pris en grippe le juste durant sa vie, vit que les anges avec des chants joyeux accompagnaient au ciel une sainte âme quelconque. À sa question, « c’est l’âme de qui ? », il reçut la réponse « Pavlo Pavlovitch ». Après cela, l’archiprêtre se repentit amèrement pour sa mauvaise attitude envers le staretz. Le trépas de Paul fut encore marqué par un miracle. Lorsqu’il décéda, nombreux furent ceux qui virent une ombre jaunâtre passer sur tout son corps, après quoi le corps entier se blanchit, comme la neige, tandis que la joie éclairait le visage du défunt. Le staretz avait prédit qu’il y aurait beaucoup de « mouches » le jour de son enterrement. Il voulait dire par cela, qu’une foule immense de personnes viendrait lui faire ses adieux. Et effectivement, il y eut tant de monde, que beaucoup durent faire la queue pendant plusieurs heures pour arriver jusqu’à la tombe du bienheureux Paul pour lui faire leurs adieux. 

Il y eut alors beaucoup de guérisons. Le staretz Paul était fort vénéré alors qu’il était encore en vie, mais après son trépas, le nombre de ceux qui le vénéraient s’était encore accru. Les paroles du saint s’accomplirent encore : « Bien que je meure, ma place [l’emplacement de ma tombe] ne restera pas vide… » Non seulement la tombe du staretz devint un lieu de pèlerinage, mais également sa cellule qui, jusqu’à présent reçoit de nombreux visiteurs. Avec le temps, ceux qui vénéraient le saint bâtirent une chapelle au cimetière. La canonisation tant attendue du staretz Paul au titre des saints vénérés localement eu lieu le 20 juin 1999. Ce jour, ses reliques furent transférées solennellement en l’église Saint-Nicolas de Taganrog. « On a transporté Paul à la tombe, et de la tombe, à la cathédrale », aimait fredonner souvent le bienheureux avant sa mort. La canonisation du saint fut accompagnée de miracles. Alors qu’elle eut lieu lors d’une belle journée, avec un ciel clair, un arc-en-ciel apparut ; plus tard, sur le lieu des célébrations, les nuages constituèrent une croix dans le ciel. La canonisation au titre de toute l’Église de Russie eut lieu en 2016. Sa mémoire est fêtée le 10/23 mars et le 7/20 juin.

Le bienheureux Paul guidait ceux qui venaient chez lui par de nombreux conseils, dont certains nous sont parvenus. Il est connu qu’il estimait grandement les œuvres caritatives et la bienfaisance, notamment l’ornement des saintes églises. Il insistait pour que dans les maisons des fidèles, il y ait toujours suffisamment d’huile pour les veilleuses, de cierges et d’encens, afin qu’une veilleuse brûle devant une icône sans interruption. Il enseignait d’honorer les fêtes ecclésiales les jours du dimanche, mais aussi le vendredi, qu’il vénérait particulièrement, enseignant à remettre ce jour-là toutes les affaires sans importance à plus tard. 

Il louait hautement les pèlerinages, le vagabondage pour le Christ avec toutes les difficultés et les privations qui lui sont liées. 

D’autres enseignements du saint ont été conservés. « Prie fortement et avec insistance. Un sentiment mauvais te suggérera que cette prière n’est pas sincère, qu’elle est pleine de doutes, mais prie malgré cela. Lorsque tu fais quelque chose de mal, ne perds pas courage et prie, car qui peut t’aider dans tout cela ? Quel homme ? Personne, si ce n’est Dieu et prie-Le, prie et prie toujours. Il a l’éternelle vérité et une force invincible ! Prie Dieu toujours. Il faut rechercher la consolation et le plaisir dans la prière. Il faut considérer la veille dans la prière comme le moment le plus empli de grâce. Il faut aimer la pureté de l’âme plus que la propreté corporelle et y aspirer de toutes les forces de l’âme et la soutenir sans relâche par les bonnes œuvres, le labeur et les prières. Sois un bon zélateur de l’Orthodoxie ! Depuis les Apôtres et jusqu’à maintenant, l’Église se maintient malgré les faiblesses, tant des pasteurs que des fidèles, elle est sainte, et il n’y a de vérité qu’en elle et nulle part ailleurs ! »

Version française Bernard Le Caro d'après

«Столп от земли до неба» / 

Православие.Ru (pravoslavie.ru)

dimanche 11 avril 2021

Père Ephraîm d'Arizona: Que se passe-t-il au moment de la mort? | Le départ de l'âme | Enseignements chrétiens orthodoxes


Video avec sous-titres en anglais ( Il faut les activer)

La traduction en français est donnée ci-dessous.

~ Dimanche du jugement dernier ~
Dans cet enregistrement de la voix de Père Ephraïm d'Arizona, il parle du moment de la mort d'un point de vue chrétien orthodoxe. Qu'adviendra-t-il après la mort? Que se passe-t-il après notre mort? Quel est l'état de l'âme après la mort? L'important ici est que "nous devons considérer toutes choses et les remettre en ordre, pour chacun de nous et dire:" Il n'y a pas d'autre moyen, je dois me précipiter, je dois me battre! "" Il n'y a pas de temps à perdre.

Père Éphraïm d'Arizona:
Je pense au jugement qui nous sera infligé ...

LE MOMENT DE LA MORT… CE MOMENT TERRIFIANT OÙ L'ÂME CONTEMPLE MILLE CHOSES DIFFÉRENTES, MILLE VÉRITÉS DIFFÉRENTES… parce que l'esprit trie les choses, l'âme se débarrasse des tracas et des soucis terrestres… parce qu'elle sent qu'elle s'en va.

Elle va rencontrer le juge. Elle comprend que tout se termine maintenant. Elle commence à croiser les démons. Elle ressent la réalité à ce moment-là. Tout le reste s'estompe, les luttes, les illuasions spirituelles, l'infidélité, les péchés, les passions... tout se sépare et spirituellement elle croit alors de tout son cœur qu'elle ne finit pas en tant qu'âme, mais elle s'en va seulement comme le disent les Pères [de l'Église].

Pour cette raison, la plupart du temps, les laïcs avertissent leur famille qu'ils sont sur le point de partir et souhaitent dire au revoir à leur famille comme s'ils partaient en voyage.

Gens de peu de foi et de peu de piété! Mais, à ce moment-là, leur âme leur parle d'une manière spéciale. Ils ont le sentiment que cette vie était fausse… que c'était un jeu qui s'est terminé maintenant… et les personnes laissées pour compte sont en quelque sorte dans l'erreur car elles ne savent pas ce qui les attend, quelque chose qui m'est venu maintenant.

Mais, l'homme qui part ne peut pas dire ces choses. Dieu ne le permet pas. L'âme contemple toutes ces choses et demande:«QUE SE PASSE-T-IL EN CE MOMENT…? OÙ EST MON TEMPS? ».

Elle demande du temps pour revenir vers elle pour qu'elle puisse prier. Mais maintenant, la fête est terminée. Elle part pour l'autre monde et ce qui est fait est fait. Le temps ne revient pas. Vous ne récupérez pas une seconde de toutes les années qui se sont écoulées. Puis vient le contrôle de la conscience. Le temps est passé pour de bon. La prière que j'aurais pu faire, maintenant ne peut pas être faite. Et ainsi, chacun de nous part pour l'autre monde avec le contrôle de la conscience.

Chacun dit la prière, mais on n'a pas la force nécessaire, on prononce lentement les mots, on pense à des choses non pertinentes et on ne prête pas attention à elle. Toutes ces choses, au moment de la mort, reviendront. La conscience dira: «Tu n'as pas fait ceci et tu n'as pas fait cela. A ce moment-là, tu as rendu quelqu'un triste… une autre fois, tu as jugé, tu as menti, tu as oublié ton devoir…»Toutes ces choses, notre conscience nous les présentera! Les démons les ont écrites avec chaque détail. Nous aurons peur de ce qu'ils vont nous montrer. Nous les avons déjà oubliées… à cause de la faiblesse humaine, à cause du chagrin, à cause de beaucoup de choses, nous les avons oubliés. Et pourtant, ils les ont toutes écrites. Et pendant que notre âme monte, nous les rencontrerons devant nous. Alors l'esprit reviendra à sa place, mais il sera [trop] tard.

Maintenant que nous écoutons la Parole de Dieu, que nous écoutons tout ce qui nous adviendra, nous devons considérer toutes choses et les remettre en ordre, chacun de nous et avant tout, moi-même. Et dire:"IL N'Y A PAS D'AUTRE MOYEN, JE DOIS ME PRÉCIPITER, JE DOIS ME BATTRE!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
ELDERSORG


samedi 10 avril 2021

PRÊTRE ALEXANDRE DYACHENKO "SOUVIENS-TOI DE TON PREMIER AMOUR" Une histoire de la vie d'un monastère provincial

 

Un minuscule monastère de femmes en l'honneur de l'icône de la Mère de Dieu d’Iviron, perdu au milieu des forêts et des marécages de la plaine centrale de Russie, se préparait à célébrer son sa fête patronale.

La communauté, dirigée par la Mère higoumène, réunissant une douzaine de moniales, en plus du grand-père Anatoly, à la fois charpentier et gardien du monastère, prenait très au sérieux une telle responsabilité.

Un mois avant le jour très solennel, Mère Olga envoya des invitations à la fête à tous les bienfaiteurs qui avaient d’une manière ou d’une autre, aidé le monastère à survivre dans ses circonstances les plus difficiles, loin des objets de civilisation importants. Bien sûr, de telles invitations furent envoyées aux mères des abbesses de tous les couvents voisins.

Bien sûr, lorsque vous invitez des invités à une fête, vous pouvez vous limiter aux SMS réguliers. Mais dans ce cas particulier, les SMS ne convenaient pas. En fait, qu'est-ce que le SMS? Vous ne pouvez pas le tenir entre vos mains. Une enveloppe - avec une carte postale à l'intérieur, signée même en écriture calligraphique  est une bonne alternative. La date et le lieu de l'événement supposé seront indiqués. L'espoir est également exprimé que la personne à qui elle s'adresse fera preuve de respect envers le petit monastère en l'honorant de sa présence à l’office dans la petite mais très chaleureuse église et au dîner de fête qui suivra après le service.

À l'avance, trois jours avant l'arrivée de Vladyka et des nombreux invités, plusieurs femmes - des aides bénévoles - se sont réunies au monastère venant de différents endroits. Leurs tâches comprenaient toutes les mêmes choses que les religieuses (pour la plupart, des personnes âgées âgées). Elles ont nettoyé les environs, préparé l'intérieur du temple, préparé des rafraîchissements et dressé une table de fête.

Au jour désigné, toutes ensemble - les religieuses du monastère et leurs assistantes bénévoles - ont accueilli les chers invités. Il est très rare que tant de fidèles se rassemblent à l’office dans leur temple. En temps normal, de tous les habitants du village le plus proche du monastère, plutôt grand pour la bande de Russie centrale, seulement cinq ou six personnes venaient à l'église pour les offices du dimanche, et jusqu'à deux douzaines à Pâques et à Noël. Si, les jours de semaine, quelqu'un apparaissait dans l'église, alors, en règle générale, c’étaient des visiteurs.

«C'est bien», a déclaré Mère Olga.

Tous ceux qu'elle souhaitait voir dans le monastère pour la fête avaient répondu et étaient venus à l’office. Tous, à l'exception de Mère Olympia, l'higoumène d'un grand couvent, situé au centre du quartier sur une colline, surplombant et dominant visuellement toute la ville. L'ancien monastère s’y dresse depuis plus de cent ans et la ville s'est historiquement formée à partir de colonies de personnes qui se sont installées à côté du sanctuaire. Les guides accompagnant de nombreux groupes de touristes, sortant à peine du bus, déclenchent certainement une avalanche d'informations sur les personnes intéressées, liées à l'histoire du monastère lui-même et aux saints, dont les noms glorieux sont sur toutes les lèvres, même de ceux qui, dans leur vie ordinaire ne visitent pas le temple.

Non seulement la route fédérale, divisant la ville en deux moitiés, passe directement à côté du monastère, mais aussi dans le cadre de la célébration des anniversaires des grands saints, l'État a alloué des fonds budgétaires importants pour la restauration des églises du monastère et même de ses anciens murs préservés depuis des temps immémoriaux.

«Oui», pensait la mère Olga, «c’est le seul endroit  où  les touristes peuvent aller. Qu’ont-ils à faire de nous ? Que pourraient-ils voir ici? Et il y a l’ancien temps, il y a l'histoire. Ainsi, les possibilités de Mère Olympia sont complètement différentes - pas comme les nôtres... Par conséquent, elles ont beaucoup plus de moniales, et Mère Olympia a une telle voiture que vous ne pouvez pas comparer avec la nôtre.

«Elle n’est pas venue…» des pensées, comme des mouches, me sont venues à l'esprit. «Et que ferait-elle faire dans notre petit monastère?!

Elle n’est pas venue. Que ferait-elle faire ici? Non, vraiment? Notre prêtre est très vieux, il reçoit une pension, Dieu merci, Dieu merci, nous ne pourrions pas nourrir un jeune. Et s'il avait aussi beaucoup d'enfants?... - Mère Olga frissonna à cette seule pensée. - Et ils ont tout une équipe de prêtres au monastère, et un diacre en plus. Leur office est un tel office ! Il est clair qu'il y a quelque chose à montrer et quelque chose à voir. Parce que les gens là-bas... ne peuvent pas être comparés à nous.

La table était dressée de la manière la plus simple, sans fioritures. Ce que nous avons cultivé nous-mêmes, nous vous l’offrons. Des aides bénévoles, viennent nous aider et nous donner un coup de main pour faire les conserves. La propriétaire de la poissonnerie a fait don d'un bon poisson en l'honneur de la fête patronale. Que Dieu lui accorde la santé, elle aide toujours. Au moins devant les invités, ce n'est pas embarrassant. La table de Mère Olympia, est si richement chargée pour la fête patronale quenous ne pouvons pas rivaliser avec elle. C’est pour cela qu’elle n'est pas venue. Pourquoi viendrait-elle? "

Les pensées incohérentes sur l'higoumène d'un grand monastère de la ville qui n'était pas venue à la fête, comme des mouches d'automne, volaient en rond obsessionnellement dans la tête de Mère Olga, l'empêchant de prier.

"Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?! - Se ressaisissant et indignée par ses propres pensées, la mère Olga se gronda. "Laissez-moi tranquille!"

Les pensées s'éloignèrent un moment, l'higoumène, se calmant, et se signa suite aux ecténies proclamées par les protodiacres. Elle s’inclina et encore une fois avec horreur réalisa qu’elle avait recommencé à juger.

Elle décida d'aller vers le Calice en dernier [pour communier]. Elle marchait avec des larmes et se grondait qu'en un jour férié si important pour elle et pour toute leur petite communauté amicale, pendant toute la Liturgie, elle n'avait fait qu'envier Mère Olympia. Elle avait envié et condamné.

S'approchant enfin du Calice, se préparant à recevoir le Corps et le Sang du Christ, elle croisa les bras en croix sur sa poitrine et dit avec émotion:

- Higoumène la plus indigne, la plus pécheresse et la plus envieuse prend la communion... Olympia.

Elle ouvrit la bouche prête à communier, et alors seulement le sens de ce qu'elle avait dit lui vint. Elle a compris - oui et s’est figée, bouche ouverte.

Vladyka, qui avait déjà l'intention de donner la communion à l’higoumène, arrêta le mouvement de sa main, sourit et dit doucement:

- Olympiade, dis-tu? Sûrement une pécheresse, même si je ne suis pas son père spirituel. Indigne et envieuse? ... Eh bien, ce n'est pas à moi de juger. Olga, pense à toi. Et le plus important: souviens-toi de ton premier amour.

Il n'a rien dit d'autre. Il donna la Sainte Communion, se retourna et se dirigea vers l'autel.

Puis il y a eu une procession et des félicitations. Les moniales firent un cadeau à Vladyka, qui à son tour fit un cadeau au monastère. Les invités se rapprochèrent alternativement de Mère Olga et tout le monde donna également quelque chose et dit des mots gentils. Les mauvaises pensées qui tourmentaient Mère Olga tout au long de la Liturgie se retirèrent après la Communion. Elle s'assis à table avec tout le monde et a apprécia la compagnie.

Après avoir vu Vladyka et dit au revoir aux invités, la Mère a aidé à débarrasser la table, se repassant mentalement les événements de la veille, elle arriva au moment où elle s'était approchée pour recevoir la Communion, et, comme par le feu, elle fut brûlée par la phrase, comme négligemment dite par Vladyka: "Olga, souviens-toi de ton premier amour".

"Premier amour…"  Que voulait-il dire? Olga était devenue moniale immédiatement après avoir obtenu son diplôme de l'université. Pendant ses études, évitant les rassemblements d'étudiants habituels, elle avait passé les week-ends à des offices dans l'église. Elle se souvient comment, avec les paroissiens de l'église, elle visita pour la première fois le monastère - c'était un monastère de femmes - et combien elle l'avait aimé. Ayant visité le monastère une fois, la future higoumène, déjà pendant les vacances, y venait habituellement, comme chez elle. Elle s'y sentait en fait très à l'aise. Il n'est donc pas étonnant qu'en finissant ses études à l'université, elle ne puisse plus imaginer une autre vie que celle de rester pour toujours au monastère. Olga fut tonsurée dans le monachisme par Vladyka, le même qui était venu à eux le jour de la fête. Même alors, il lui a prêté attention, a beaucoup parlé et a quitté le monastère heureux.

Il faut dire que Vladyka a dès le début entrepris, dans son diocèse, d’'ouvrir des monastères. Il a ressuscité beaucoup de ceux qui existaient autrefois, comme on dit, à partir de rien, et certains ont commencé leur existence là où auparavant il n'y avait aucun monastère. De plus, ce n’est pas simplement une sorte de programme d’action auquel il a réfléchi à l’avance. Non. Les circonstances elles-mêmes ont poussé à la renaissance des monastères.

Quelqu'un se souvint qu'une fois, près de ce village même, perdu dans les profondeurs de la plaine centrale de la Russie, un petit groupe de moniales de la miséricorde s'était d'abord rassemblé. Puis ce groupe devint une fraternité vivant selon la charte monastique, qui seulement sous le dernier souverain acquit le statut de monastère.

Peut-être ne se seraient-ils jamais souvenus de cela sans les résidents, ou plutôt les descendants de ceux qui, il y a de nombreuses années, étaient voisins du monastère, qui assistaient aux offices là-bas, priaient et travaillaient avec les moniales. Le fait est que l'ancienne icône de la Mère de Dieu "Iverskaya" était vénérée comme la plus grande « relique » du monastère. Elle était beaucoup plus ancienne que le monastère lui-même, et aucune des moniales et aucun des paroissiens ne doutait que cette icône soit miraculeuse.

Après la révolution, les nouvelles autorités furent si prompte à sévir contre les religieuses qu'aucune d'entre elles n'eut même le temps de penser que leur sanctuaire principal était en difficulté. Des soldats armés, apparus soudainement dans le village, rassemblèrent un jour les moniales, les chargèrent dans des charrettes vides et les emmenèrent en ville. Aucune des femmes n'est revenue.

Lorsque les soldats sont partis, les villageois sont venus à l’église et ont enlevé les icônes « survivantes » chez eux.

Lorsque les soldats sont partis, les villageois sont venus à l'église et, se rendant compte que les Mères avaient été emmenées pour toujours, ils ont emmené chez eux les icônes qui avaient survécu au pogrom.

Près de 80 ans se sont écoulés depuis, et déjà les petits-enfants de ces paysans sont arrivés dans la région et ont remis à Vladyka l'image de l'Iverskaya miraculeuse préservée. Nous avons fait notre travail - nous avons conservé l'icône; c'est à vous de décider ce qu’il faut faire ensuite.

L'évêque a visité ce village. Ils lui ont montré l'endroit où se trouvait le monastère. Il ne restait rien, pas même les fondations n'étaient visibles. Et l'icône est de retour. Cela signifie que la Mère de Dieu bénit, sinon elle ne serait pas venue. Ce n'est que pour faire revivre le monastère, il faut des gens, et avant tout - la prière. Qui devons-nous envoyer sur cette croix pour qu'un monastère apparaisse à partir de rien dans le champ? Qui donnera ici toute une vie sans laisser de trace pour ce monastère?

Alors Vladyka pensa à la jeune moniale Olga. Il se souvenait de ses yeux joyeux après avoir été tonsurée et de son ardent désir de servir Dieu. Elle réussira, - a décidé Vladyka, - elle aime Dieu. Au début, il voulait d’abord l'inviter dans son administration diocésaine, mais il changea d'avis et se rendit la rencontrer au monastère.

Voilà, - Vladyka a expliqué la situation à la jeune religieuse:

- Tu as la force et la foi. Tu peux le faire.

- Saint Vladyka, dis-nous au moins où se trouvait autrefois ce monastère.

L'évêque montra à Olga l'endroit sur la carte et lui remit le décret sur sa nomination comme higoumène d'un monastère inexistant.

- Vladyka, - murmura la jeune fille, - y a-t-il des personnes qui pourraient m'aider?

- Oui, - acquiesça l'évêque, - le Seigneur et la Très Sainte Mère de Dieu.

Elle passa de nombreux jours dans les salles de réception des grands patrons de Moscou. Elle parla à des personnes puissantes et influentes. Certains notèrent volontiers son numéro de téléphone dans leur agenda, d’autres promirent d'y réfléchir. Mais personne ne l'aida vraiment. Pendant des semaines, elle vécut à Moscou, est restée où elle fut hébergée. Parfois, elle dût passer la nuit à la gare.

Un dimanche matin tôt, elle alla à la Liturgie dans l'église en l'honneur de l'icône «douloureuse» de la Mère de Dieu. Elle connaissait ce temple depuis ses études et allait souvent vénérer l'image miraculeuse de la Très Sainte Génitrice de Dieu. Alors ce matin-là, tôt, avant même que les gens ne se rassemblent pour l’office, elle s'agenouilla et pria, demandant l'aide de la Toute Sainte Mère de Dieu:

- Mère, je t’en prie, aide-moi qui suis en deuil, j’ai besoin de ton aide. Aide-moi à commencer la reconstruction du monastère en l'honneur de ton  Saint Nom. Envoie des aides, des livres de prières. Je ne crois pas que ton icône «Iverskaya» nous soit apparue comme ça sans raison. Cela signifie que c'est ton bon plaisir de restaurer le sanctuaire. Et rien ne se fait pour moi. Je frappe à différentes portes, je demande - et rien. Viens à notre secours!

Olga pria et pensa que sa prière était cachée à ceux qui l'entouraient. Elle pria et ne remarqua pas qu'elle demandait de l'aide à haute voix, et qu'elle criait simplement. Et à un moment donné, elle sentit qu’une autre personne s'agenouillait à côté d'elle. Homme ou femme, elle s'en moquait, seulement elle réalisa soudainement qu'elle n'était plus seule. Et c'était si clair que, levant les yeux de l'icône, elle regarda avec des yeux noyés de larmes la personne qui se tenait à côté d'elle. Elle ne sut pas tout de suite si c’était un homme ou une femme, mais quand elle a vit les mêmes yeux noyés de larmes, elle entendit:

- Tu as besoin de moi et j'ai besoin de toi. Je vais t’aider. Je vais t’aider avec les matériaux de construction et l'argent. Et tu m'aideras à sauver ma fille. C’est une droguée entrain de mourir. Priez pour ma fille avec tout votre monastère.

- Mais il n'y a toujours pas de monastère, personne. Que vous et toi.

- Nous serons donc ensemble. Nous construirons et nous prierons.

«Mais il n'y a pas de monastère! Seulement toi et moi ... "-" Alors, nous serons ensemble. Nous allons construire et prier "

Ainsi, avec deux femmes qui se sont retrouvées et une fille toxicomane, le monastère de la Mère de Dieu a commencé à se relancer en l'honneur de son icône «Iverskaya».

Le temps a passé. Tout d'abord, une maison solide avec une église et des cellules pour les sœurs est apparue à partir de rien. Ensuite, un petit temple (et un grand n'était pas nécessaire) a été construit, où réside aujourd'hui l'icône ancienne de la Très Sainte Mère de Dieu, grâce à laquelle les ascètes d'aujourd'hui ont été réunies avec les mères souffrantes d'il y a longtemps.

Cette femme qui, il y a de nombreuses années, a rencontré l'higoumène Olga dans une église de Moscou à l'image miraculeuse, quittant ce monde, a été inhumée et a été enterrée à côté de l'église, qu'elle a construite de ses propres mains à ses propres frais. Sa fille a grandi, étudié et s'est mariée. Elle a un mari aimant et deux filles merveilleuses. Ils visitent souvent le monastère et en été, quittant la capitale, ils viennent travailler pendant toutes les vacances, aidant les moniales à préparer le foin pour les chèvres.

Olga s’est souvenue du moment le plus difficile et en même temps merveilleux et le véritable amour chrétien qui régnaient au sein de cette petite poignée d'ascètes qui commençaient à faire revivre le monastère.

Au fait, - réalisa Mère Olga, - les personnes les plus chères à son cœur n’étaient pas présentes à la fête. Personne n'avait pensé à leur envoyer une invitation. Les gens viennent sans qu’on le leur rappelle. L'higoumène inquiète, composa à la hâte le numéro requis et entendit une voix familière dans le combiné:

- Chère Matouchka, nous vous félicitons pour la fête! Désolé, nous ne sommes pas venus. Les filles sont tombées malades. Nous n’avons pas appelé - vous avez assez de soucis là-bas sans nos problèmes. Mais dès que nous récupèrerons, nous reviendrons immédiatement à notre monastère. Vous nous manquez.

- Assurez-vous de venir le plus tôt possible! Nous sommes une seule famille et vous me manquez beaucoup aussi. Surtout aujourd'hui.

Et avec un soupir, elle ajouta:

- Tu sais, il s'avère qu'il est très important de se souvenir de son premier amour.

 

Version française Claude Lopez-Ginisty

D’après

Pravoslovieru

et

Orthochristian

NB: Il y a quelquefois une différence notable ou bien ténue, entre la version russe et la version anglaise