Aujourd’hui, l’Église commémore sainte Marie l’Égyptienne qui passa 47 ans seule dans le désert, se repentant de son ancien mode de vie. Dimanche dernier, nous avons pensé à saint Jean Climaque, modèle des ascètes, et ce dimanche, nous célébrons sainte Marie l’Égyptienne, modèle des pénitents. Sa vie fut consignée par le Patriarche saint Sophrone de Jérusalem (634-638). Dans les pages d’introduction du Triode de Carême, on peut lire : « Certains auteurs modernes ont remis en question l’exactitude historique du récit de saint Sophrone, mais il n’y a en soi rien d’impossible dans une telle histoire. En 1890, le prêtre grec Joachim Spetsieris a trouvé une femme ermite dans le désert au-delà du Jourdain, vivant presque exactement comme sainte Marie. ».
En réalité, il y a sans doute toujours eu des sceptiques et des incrédules. Saint Sophrone en était conscient. Au début de son récit, il dit : « En écrivant la Vie de sainte Marie l’Égyptienne, je crains de dissimuler par mon silence les œuvres de Dieu. Me souvenant du malheur du serviteur qui cacha dans la terre le talent que Dieu lui avait donné (Mt 25, 18-25), je me dois de transmettre le récit sacré qui m’est parvenu. « Et que personne ne pense que j’ai eu l’audace d’écrire des mensonges ou de mettre en doute cette grande merveille ; puisse-je ne jamais mentir sur les choses sacrées ! S’il se trouve des gens qui, après avoir lu ce récit, n’y croient pas, que le Seigneur ait pitié d’eux car, réfléchissant à la faiblesse de la nature, ils jugent impossibles ces choses accomplies par des saints ».
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Il y a aujourd’hui deux passages de l’Évangile : l’un pour le dimanche, Marc 10, 32-45, et l’autre pour le saint, Luc 7, 36-50.
Dans le passage de saint Marc, le Seigneur commence à préparer les disciples à ce qui va advenir. Il le fait pour apaiser leur angoisse. Il a la prescience de Sa Passion ; il est donc clair qu’Il pourrait y échapper, mais Il montre qu’Il accepte volontairement la souffrance et la mort. La consolation qu’Il leur offre est qu’Il ressuscitera le troisième jour. Ensuite nous lisons la question posée par Jacques et Jean. Dans son récit de cet incident, saint Matthieu dit que les disciples emmenèrent leur mère avec eux et qu’elle posa la question au nom de ses fils. Cela implique qu’ils imaginent le Royaume comme un royaume terrestre et qu’ils demandent un statut mondain. Le Christ ne les appelait pas à l’honneur et à la gloire, mais à tout sacrifier pour Lui, et Il leur a dit que c’est ce qui allait se passer. Nous voyons comment même les disciples sont soumis à la faiblesse humaine. Deux cherchaient à tirer profit et dix étaient contrariés parce qu’ils se sentaient exclus. Il est facile pour nous d’imaginer que les saints étaient tous, et toujours, parfaits. Nous voyons ici qu’ils sont très humains et qu’ils souffrent des mêmes tentations et difficultés que nous tous. La différence est qu’ils triomphent finalement, alors que nous continuons souvent à lutter. Comme le dit Théophylacte : « Le Christ les guérit, d’abord en les apaisant en les appelant à Lui, puis en leur montrant que rechercher les honneurs et désirer la première place est le comportement des païens. »
Dans l’Évangile selon saint Luc, nous rencontrons un pharisien qui, bien qu’il ait invité le Seigneur chez lui, n’était ni sincère ni honnête dans ses intentions. Il a montré son manque de foi en parlant du Christ avec mépris : « … s’il était prophète… ». Le Seigneur accepte le geste de la femme dont l’offrande venait du cœur. Puis Il confronte le pharisien à son manque de courtoisie élémentaire envers un invité et lui montre qu’Il connaît bel et bien le cœur de la femme, qu’Il compare favorablement à celui du pharisien. Le Christ ne dit pas à la femme « Je te sauverai », mais Il dit : « Ta foi t’a sauvée ; va en paix. »
(Tropaire de sainte Marie d’Égypte – Ton 5)
Éclairée par la grâce de la Croix, tu as été vue comme une lumière éclatante de repentance, dissipant les ténèbres des passions, ô toute sainte. Tu es apparue comme un ange incarné au saint Zossime dans le désert. Intercède auprès du Christ pour nous, ô Marie, notre juste Mère.
in Mettingham.
























