"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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lundi 17 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [21]


Les moniales de Diviyévo (de gauche à droite): Moniale du grand schème Marguerite, Nikodima, Susanne et les autres.
21. L'Héritière des moniales de Diviyévo
Lorsque Mère Susanne était encore en vie, elle et Mère Nikodima vécurent ensemble, mais l'Ennemi, afin de les dresser l’une contre l’autre, sema les graines de la discorde entre elles. Matouchka était une cuisinière expérimentée, elle aimait ce travail et aimait le faire bien, mais Mère Susanne avait un fond plus spirituel. Elle avait lu des livres spirituels et c’était une grande femme de prière. Marthe et Marie. Ainsi ont-elles vécu. Un jour, Matouchka a cuit des tartes, mais elles étaient trop salées. Sans trop y réfléchir, elle les a portées à la Laure et les as données aux pigeons. Mais Mère Susanne a été offensée de ne pas avoir eu de tartes. Elle a dit à son père spirituel, le Père Séraphim, que Nikodima avait cuit des tartes, mais qu’elle n’en avait pas gardé une seule pour elle, pas même pour y goûter. Père Côme, qui aime plaisanter, est venu et a annoncé, "Mères Susanne et Nikodima, vous êtes convoquées au tribunal pour un procès." "Quel procès?" "Père Sérapion ordonne que vous veniez à cette telle heure, un certain jour. S'il vous plaît, ayez l'amabilité de venir." Il a fait l'annonce et il est parti. Mère Nikodima ne comprenait pas de quel procès, il parlait. Mais Mère Susanne a compris que le jugement serait à propos des tartes.
Ils sont venus, Matouchka ne sachant pas ce qui se passait. Et qui serait le juge? Les juges, bien sûr, étaient trois moines du monastère.
Père Sérapion aussi aimait plaisanter et rire. Matouchka était si gaie, disaient-ils, qu’elle mourrait un jour de rire. Elle ne riait jamais, mais était toujours joyeuse. Elle ne voulait pas l’exprimer haut et fort, mais néanmoins avec tant de ferveur, si joyeusement, d’une manière si enfantine que nous nous esclaffions tous de rire quand elle nous y entrainait. C’était tout à fait joyeux et gai, si facile à vivre avec elle.
Les juges annoncèrent "Nikodima, qu’as-tu fait? Comment as-tu pu faire une telle chose? Où est ton amour? Tu as fait cuire des tartes au four, et tu n’en as même pas offert à ta propre sœur de sang. Explique-toi." Elle a dit: "Pardonnez-moi saints Pères, je suis coupable. Les tartes n’étaient pas bonnes et j’en ai nourri les pigeons. Je vous demande pardon et je reconnais ma culpabilité, mais on ne peut plus rien faire à ça maintenant…" "Bon, d'accord," a déclaré le Père, "nous allons conférer entre nous sur ce qui devrait être fait avec toi, comment tu devrais être punie. Bien sûr, toi, Nikodima, tu as commis un grand crime; Oui, c’est comme un... manque d'amour, Et Mère Susanne a raison (elle était assise l’air très important, comme une enfant, profondément blessée de ne pas avoir eu de tartes). Ils ont annoncé la sentence: exiler Mère Nikodima pour son acte au monastère de Pioukhtitsa. Avec tristesse, elle devait accepter la décision. Mais rien ne pouvait être fait, elle devait obéir.
Elle était déjà dans le couloir, la cour était ajournée, et elle se promenait très fâchée, triste comme on peut l'être. Puis l'un des moines qui avaient participé au jugement accourut, et elle lui demanda, "Batiouchka, je dois emballer mes choses. Quand dois-je aller?" Il a mis de l'argent dans sa main et a dit: " Va vers tes orphelins à Diviyévo. Tu n’as rien à faire à Pioukhtitsa."
Matouchka fut ravie et elle s’est immédiatement absorbée dans les pensées de Diviyévo. Telles étaient les épreuves qu’on lui donna, uniquement des plaisanteries, mais tout était spirituel. Mais ici c'était un miracle. Elle n’alla pas à Diviyévo seule. Un moine, le Père Antoine, déclara: "Matouchka, je vais à Diviyévo." Elle a dit: "Je vais avec toi." Elle a même eu de l'argent pour le voyage.
Ils allèrent donc, et il y avait là, la bienheureuse Mastridia, un esclave de Dieu à la vie spirituelle élevée. Elle avait vécu 25 ans dans la prison et l'exil, et elle était clairvoyante. Comme disent ceux qui l'ont connue quand elle était vivante, c’était une merveilleuse praticienne de la prière de Jésus. Parfois, les gens venaient à elle et elle disait tout simplement: "Comment ? Comment ? Comment ?" Personne ne pouvait comprendre, comment quoi? Il s'avère qu'elle parlait de la façon de prier la prière de Jésus. "Comment?” et elle répondait tout de suite, "Ah! Vous ne savez pas quoi que ce soit. Seigneur, Jésus-Christ, aie pitié de moi pécheur." C’était une folle-en-Christ, même quand elle était dans le monastère, nous a dit Matouchka. Puis elle a disparu.
Elle fut en prison et en exil pendant vingt-cinq ans. Eh bien, quand Mère Nikodima est allée à Diviyévo avec le Père Antoine, cette bienheureuse folle-en-Christ, Mère Mastridia, a couru comme une flèche sur le porche et a crié si fort que tout le village pouvait entendre: "Ma mère vient! Ma mère vient!" Mais ils ne comprenaient pas de quelle mère elle parlait. Qu’avait-elle dans la tête, qu’était donc ce comportement stupide?
Alors Père Antoine et Mère Nikodima sont apparus. Père Antoine a dit: "Je suis venu pour toutes vous tonsurer."
Elles ont toutes accepté avec empressement, avec Mastridia devant pour donner l'exemple, c’était une folle-en-Christ, de sorte que la tonsure n'était pas nécessaire pour elle, mais pour… donner l'exemple, pour montrer que c'était la volonté de Dieu, elle a accepté. Avec des larmes dans les yeux, mais avec empressement, toutes ont accepté de recevoir la tonsure, toutes ces sœurs qui étaient encore en vie, vivant dans différents villages autour de Diviyévo.

C’était là le miracle. Là, Tanya [diminutif de Tatiana], était une moniale rassophore. Elle ne savait rien à ce sujet, elle avait marché depuis quelque village lointain juste avant la tonsure. Saint Séraphim avait réuni tous ensemble, tous ces petits oiseaux. Donc Matouchka était là pour elles et les couvrait toutes, comme le raconta Mère Marguerite: "Elle nous a toutes couvertes,  nous petits poussins avec sa mantia, et nous avons pleuré et pleuré."
Mais Matouchka pleurait surtout, tout d'abord parce qu'elle se considérait comme la plus indigne de toutes, et d'autre part parce que c'était une grande responsabilité, et elle était profondément inquiète. En voyant cette angoisse, Mastridia lui dit: "Mère, n'aie pas peur, je vais prier pour te sortir [de l'enfer]." Ainsi Mastridia, qu’elle avait tonsurée, est devenue sa première fille spirituelle. Peut-être qu'elle n'a pas été tonsurée en premier, mais selon sa spiritualité, Matouchka considéra toujours Matridia comme la première, et la plus précieuse. Matouchka a toujours prié pour elles. Il n'y avait pas beaucoup de ces vieilles moniales qui étaient encore en vie, peut-être dix ou onze. Elle a toujours prié pour elles avec des larmes. Elles avaient beaucoup de respect pour elle, et il y avait un tel amour entre elles, un tel respect. Elles ont estimé qu'elle était leur mère et elles lui obéissaient aveuglément. Elles n'étaient pas dans l'obéissance aux prêtres, mais quand Matouchka parlait, aucun Père n’existait pour elles, elles n’agissaient que comme l'avait dit Mère Nikodima.
Elle a toujours prié pour elles avec des larmes et elle disait seulement: "Je ne serai pas en mesure de prier pour elles pour qu’elles sortent [de l’enfer], Je ne serai pas en mesure de prier pour elles pour qu’elles sortent [de l’enfer]!" Mais Mastridia disait: " Je ne vais pas mourir. Elle [Matouchka] me sortira [de l’enfer]."
Durant ses derniers jours, elle pleurait tout le temps. Elle avait un grand don des larmes et elle criait qu'elle se mourait, que son âme se mourait.
Bien sûr, tout cela n’était qu’humilité de sa part. Elle n'avait qu'une seule consolation: "Mastridia, Mastridia m'a promis qu'elle me sortirait [de l'enfer] par ses prières et j'ai mis mon espoir en elle, elle me sortira [de l'enfer] par ses prières."
Voici toutes les moniales que j'ai pu rencontrer quand elles étaient vivantes: Mère Séraphima l'iconographe, Mère Alexandra d’Arzamas, qui a vécu avec la bienheureuse Mastridia, et la bienheureuse Annouchka. Je n'ai pas rencontré Agathe [Agafia]. Dominique [Domnica], les deux Dominique : Matouchka en accepta une, l'autre n'était pas sa fille spirituelle, mais elle était de Diviyévo et elle est venue nous voir, elle avait aussi une vie spirituelle élevée et elle conservait le Psautier de saint Séraphim. Je n'ai jamais rencontré Eusébie [Eusebia].
Toutes étaient les élues de Dieu, toutes comme ne faisant qu’une seule, et elles avaient toutes les dons particuliers de simplicité et de sagesse. Elles avaient une foi qui était sans hypocrisie et sincère, comme celle des enfants. Il y avait, par exemple, Raïssa-Eusébie.
Elle était bienheureuse. Dans son jardin, elle avait fait une Jérusalem et un Bethléem, et elle y cheminait, vénérant ces lieux saints. C'était comme saint Séraphim dans son ermitage, [les moniales] l'imitaient en tout. Mère Nikodima était la plus modeste et la plus méthodique, la plus sage et celle qui avait le plus de contrôle sur elle-même, et, je dois dire que c’était très instructif. Peut-être que c'est la raison pour laquelle le Seigneur l’avait désignée comme staritza pour elles toutes.
Elles étaient toutes comme des enfants avec elle. Mère Anne l’aimait beaucoup, et disait: "J’aimerais que Nikodima vienne!" Elle n'avait même jamais donné ses foulards à laver (!), mais elle fut toujours très affectueuse avec Matouchka, elle l'aimait et lui montrait du respect. La bienheureuse Anya elle aussi l’aimait beaucoup. Même à notre époque, il y avait de tels esclaves de Dieu. Nous allions parfois à Diviyévo pour visiter ces orphelins. Maintenant cet esprit se perd. Elles étaient uniques en esprit et en simplicité, et elles ont sauvé leurs âmes par une profonde sagesse. Néanmoins, elles étaient toutes différentes, chacune si inimitable, si particulière que l'on ne pouvait pas la comparer à une autre, mais en même temps, elles étaient toutes comme similaires. Il n'y a rien de pareil maintenant, cela existait au temps jadis. Je ne sais pas si cela sera jamais ressuscité en nous, les nouvelles? Quelle profondeur de Sagesse en Dieu elles avaient ! Elles étaient vraiment les vases du Saint-Esprit, et les lampes de la foi sur terre.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 16 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [20]


20. L'enterrement
 
L’église du Saint Esprit à la Trinité-Saint-Serge
Nous l'avons emmenée à la Laure. Ce fut un miracle en soi, simplement que d’avoir l'enterrement d’une moniale dans la Laure. Il y avait de très nombreuses moniales à   Serguiev Possad, mais les funérailles pour elles, étaient rarement célébrées dans la Laure. Lorsque Matouchka est morte, quelqu'un qui avait travaillé dans la Laure m'a dit: "Demande à l'higoumène, ils feront peut-être l'enterrement dans l'église du Saint-Esprit." Il s'avère que pour faire un enterrement dans la Laure on a besoin de la bénédiction du Patriarche lui-même. J'ai appelé l'higoumène, je lui ai parlé et expliqué : une moniale de Diviyévo est morte, donne-t-il la bénédiction pour faire ses funérailles dans l'église du Saint-Esprit. Il me répondit facilement, comme sans même y réfléchir: "Bien sûr! Amenez-la ici pour les funérailles. Qu’ils  vous donnent les clés de l'église de Saint-Esprit et une voiture de sorte que vous puissiez transporter le cercueil..." Cela est arrivé en un instant et personne n'était même surpris.

Chaque fois qu'un défunt se trouve dans l'église du Saint-Esprit, c’est soit un moine de la Laure ou une personne rare et spéciale. Nous avons amené Matouchka à l'église du Saint-Esprit. L’archimandrite Benjamin était encore en vie alors. Il la connaissait comme beaucoup, et nous a donné toutes les courses dont nous avions besoin pour avoir un repas de commémoration.
Nous avons amené tous ceux qui venaient à elle quand elle était vivante, et qui l'aimaient. Les gens sont venus de partout. Nous n'avons pas envoyé de télégrammes, seulement à ceux qui étaient très proches, mais le Seigneur lui-même a réuni tous ces gens à l'église du Saint-Esprit.
Je suis restée là. Alors j’ai vu une, deux, trois personnes entrer. Comment savaient-elles? "Nous ne le savions pas. Nous marchions juste vers l’église, nous avons regardé et vu que l'église du Saint-Esprit était ouverte." "Nous venions de (vénérer les reliques de) saint Serge, et puis nous avons vu notre Matouchka gisant ici." Même certaines jeunes filles qui avaient vécu avec elle réussirent à venir en avion de Perm à temps pour les funérailles. Certaines sont simplement venues au cimetière.
Matouchka rassembla tous ses gens. Comme elle avait toujours prié pour les défunts, ce samedi de commémoration des défunts, elle fut amenée à l'église du Saint-Esprit, où ils faisaient une pannikhide. Cet office des défunts avait à peine commencé quand nous l’avons amenée là, et dans l'église de la Trapeza un service de commémoration commençait. Ainsi, c’est au son de toute cette hymnodie qu’ils la transportèrent à l’intérieur.
 Nous l'avons enterrée dimanche. C'était une belle journée, et tout s'est si facilement passé, ce fut juste extraordinairement facile. Je suis allée vers Père Gleb, qui dirigeait la classe des maîtres de chapelle à l'époque, et je lui ai demandé de nous donner quelques jeunes filles pour chanter, parce que c'était un enterrement monastique. Il a amené une grande partie du chœur, et toutes avaient l’esprit monastique, de sorte que l’on pourrait dire que c'était vraiment comme dans un métochion de Diviyévo. Père Gleb vint lui-même ainsi que plusieurs autres prêtres de la Laure, y compris le Père Côme [Cosmas], qui allait régulièrement la voir, et il a officié.
Ce fut un chœur exceptionnellement bon, et un office exceptionnellement merveilleux dans l'église du Saint-Esprit. Il y avait une joie tellement remarquable à cet enterrement ! Et ce qui est intéressant, il y avait de très nombreux enfants présents.
D’où venaient tous ces enfants? Ils ont entouré le cercueil et se sont tenus debout avec des cierges. Elle avait élevé des enfants, mais ceux-ci étaient d'autres enfants, qui peut-être même ne l’avaient  jamais connue. Je voyais beaucoup d'entre eux pour la première fois. L'église était pleine de gens. Un prêtre marchait juste devant l'enterrement, Père Athénogène (qui est maintenant dans un ermitage sur le Mont Athos). Je lui avais demandé de venir. "Peut-être peux-tu servir une courte Litie pour Mère Nikodima?" Il a dit: "Et qui est Mère Nikodima?" J'ai dit: "Tu sais, il y avait ce staretz, le père Séraphim Batioukov." Eh bien, il s'avère que ce prêtre avait cherché la maison où le Père Séraphim avait vécu, et il vénérait grandement le staretz. "Quoi? Où est cette maison?" dit-il, "je dois y aller. Ça fait des années et je n'ai pas été capable de la trouver. J'ai marché partout dans toute cette ville, mais personne ne pouvait me dire où elle est." J'ai dit: "Alors, tu devras aller à l'enterrement, et du cimetière nous irons dans cette maison, et tu verras où le Père Séraphim a vécu."
Lorsque nous avons transporté Matouchka au cimetière, il est intéressant et étrange que nous ayons été accueillis à la porte par des enfants. D’où venaient-ils tous? A qui ces enfants étaient-ils? C’est inexplicable. Ils étaient sept ou huit. Ils marchèrent tous avec nous jusqu’à la tombe, à la fois ceux qui étaient avec nous dans l'église ainsi que ceux qui se tenaient à la porte, ils firent tout le chemin jusqu’à la tombe. Là, nous l'avons enterrée.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

samedi 15 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [19]


 Господи Исусе Христе, Сыне Божий, помилуй мя грешнаго.
 Господи, Ісусе Христе, Сине Божий, помилуй мене грішного.
19. Le mystère de la prière de Jésus
Pendant les derniers jours de sa vie, elle fut très attristée: "Je suis tellement pécheresse, si indigne.  Autrefois la Mère de Dieu me rendait visite, et saint Séraphim aussi, mais maintenant, ils m'ont abandonnée, je suis plus coupable que vous toutes." Elle pleurait et disait seulement: "Vous serez plus élevées que moi, mais je suis pire que vous toutes." Nous étions très impatientes d'aller aux offices de l'Église, nous aimions beaucoup l’hymnodie de l'Église, nous essayions toujours de sortir tranquillement, la première d'entre nous, puis une autre, et nous laissions Matouchka derrière. Parfois, l'une d'entre nous restait, mais parfois personne ne le faisait, tout le monde se précipitait à l'église. Je me souviens un jour toute la maison était remplie de gens, beaucoup de gens de Sarov et de Diviyévo étaient là. C'était la fête de l'icône de la Mère de Dieu "Apaise ma douleur." Comme elle dormait tranquillement nous étions toutes sorties, y compris moi, la plus coupable de toutes. J'ai pensé: "Je vais aller pendant qu'elle dort, et elle ne va même pas se réveiller avant que je sois de retour." J'avais un pied là-bas, l'autre ici. Matouchka se sentait encore plus mal à ce moment-là et nous ne lisions plus tellement les offices à la maison, alors bien sûr nous voulions aller à l'église. Je suis restée dans l'église jusqu'à ce qu'ils chantent le "Notre Père," j’ai couru à la maison, et elle ne dormait pas. Elle gisait là incapable de parler. J'ai eu peur, peut-être qu'elle était à nouveau paralysée. Je lui ai demandé: "Qu'est-ce qui est arrivé?" Elle m'a dit: "Ne me touche pas!" J'étais horrifiée. Dois-je appeler Véra? Dois-je appeler le médecin? Elle a vu que j'étais inquiète et m'a calmée, a agité la main et m'a dit que tout allait bien. Quelques minutes passèrent, et je me suis assise et je l’ai regardée. Là elle m’a dit tranquillement: "Tu sais ce qui s'est passé?" Eh bien, gloire soit à Dieu, pensais-je, rien ne s'est passé. "Pourquoi êtes-vous toutes parties? Pourquoi êtes-vous toutes parties? J’ai pleuré et pleuré, mais le Seigneur m'a consolée. Vous avez toutes fui, mais le Seigneur n'abandonne pas Ses petites folles." Et voilà ce qu'elle nous a dit: "Je me trouvais ici à pleurer… cette personne m'a fait du mal et cette autre personne m’a fait du mal, et celles-ci se sont  enfuies et il n'y a personne ici." Alors une voix est venue de l'icône du Sauveur, disant: "Pourquoi pleures-tu? Ici tu as Diviyévo, le Mont Athos, Kiev et Jérusalem. Pourquoi pleures-tu?" Et la prière de Jésus a coulé. Elle a dit," Quelle prière! J'étais dans l'air."
Je suis venue et cet état venait de se terminer, et c'est pourquoi elle me retenait, afin que je ne rompe pas cet état de grâce. C'est ainsi que le Seigneur Lui rendit visite avec Sa Grâce. Elle avait une Prière de Jésus qui se disait d’elle-même. Parce qu'elle n'avait jamais abandonné la prière, le Seigneur lui avait montré ce mystère de la prière de Jésus.
On l’appelait bienheureuse Pachenka, et apparemment elle avait bien une croix [à porter] et un exploit ascétique [podvig] à accomplir, car pour autant que je connaisse les Bienheureux [Fols et Folles–en-Christ], ils ont toujours eu des obédiences incroyables pour eux-mêmes. Les gens qui l'entouraient toujours plus tard (ses parents) étaient des gens du monde, et leur présence était un fardeau. Matouchka était déjà épuisée et faible, mais ils murmuraient seulement. Ils attendaient simplement qu’elle parte. Ils ne le voulaient pas, bien sûr, mais ils avaient compris qu'elle était déjà très vieille et qu'il était temps de libérer ce métochion, parce qu’on avait seulement besoin de nous là, pour prendre soin de Matouchka. En outre, ils buvaient et étaient des gens grossiers. Mais avec quel amour elle leur disait comment elle aimait chacun d’eux. Le père de Véra causait à Matouchka le plus de problèmes, mais elle lui disait: "Tolenka, mon cher Tolenka."
Quand elle fut complètement faible et infirme, ces parents nous ont demandé à toutes de quitter le métochion. Ils voulaient aller y vivre eux-mêmes, et alors ils restèrent seuls avec elle. Nous lui rendions visite, autant que nous le pouvions, et j’allais là-bas très souvent. Vous pourriez dire qu'elle les a sauvés, ce qui lui coûta sa grande abnégation, jusques à la fin.
Comme elle le dit elle-même, les moines de la Laure lui donnèrent la bénédiction pour garder cette maison pour les croyants. Ils voulaient que je vive là, mais Matouchka m'a dit tout de suite : "Le Seigneur te donnera un petit coin. Mais ils [ses parents] ne te laisseront pas en paix, c'est-à-dire, qu’il y aura de grandes disputes à propos de cette maison, et il n'est pas nécessaire pour toi de te laisser prendre en elles. Ta tête est très précieuse. Tu as encore besoin de servir Dieu." En outre, lorsque Matouchka fut paralysée, ils ont secrètement forgés des documents s’attribuant la maison à eux-mêmes. Un tel gâchis a été concocté, mais elle ne s’est pas s'impliquée et l’a simplement accepté comme une croix. Ainsi, elle a dû vivre ses jours avec eux. Bien sûr, c'était un podvig, parce qu'ils ne comprenaient pas le genre de personne qu’elle était.
Ils ont caché son Psautier de sorte que ses yeux ne soient pas malades. Ils l’aimaient à leur façon: "Oh non, grand-maman, tu deviendrais aveugle, pas de Psautier pour toi." Alors ils cachaient tout, et elle était sans son Psautier.
Elle l’utilisait constamment pour prier pour les défunts, et elle avait beaucoup de Dyptiques [Livrets de commémoration des vivants et des défunts pour lesquels une parcelle est mise dans le Calice avec le Corps et le Sang du Christ lors de la Divine Liturgie]. Ils cachaient tous ses livres de prière, son livre des Canons; seule la prière de Jésus lui fut laissée. Mais c’était une "détective" expérimentée. Elle priait et trouvait tout, puis le remettait à nouveau à l'endroit où ils l’avaient caché. Ainsi elle continua secrètement son ascèse. Je venais et elle me disait: "J'ai tout trouvé. Véra a tout caché, mais j'ai tout trouvé."
Elle avait la cataracte, et elle était presque aveugle. Mais quelle foi qu'elle avait! Elle demandait seulement: "Mère de Dieu, donne-moi mes yeux pour que je puisse terminer mes commémorations des défunts." Elle avait des dyptiques d’Optina, de Chamordino, de Diviyévo et de beaucoup, beaucoup d'autres monastères. Nous aurions aimé l'aider à lire, mais quand nous n'étions pas là, elle n'abandonnait cependant pas ses commémorations, et elle les lisait toutes elle-même. Parfois, un film couvait ses yeux et elle ne voyait rien." Tu vas prendre de l'eau de la Mère de Dieu, de la source là, prends un compte-gouttes et mets-en dans mes yeux." Après cela, tout passait. Nous ne l'avons jamais soignée avec des médicaments, seulement avec de l'eau bénite. Nous la déposions dans ses yeux, et la pellicule [de la cataracte]  se brisait. Ainsi la Reine Céleste lui donnait sa vue, et elle lisait, et elle ne se sépara jamais de ses livres jusques à son dernier jour.
Ses parents lui donnaient à manger tout ce qu'ils mangeaient eux-mêmes, de la viande ou que ce soit, juste pour la maintenir, de sorte qu'elle ne développerait pas une démence ou une paralysie. Elle comprit que ce n'était pas son genre de nourriture. Alors, elle l'évitait avec divers contes et comédies. Puis, un séminariste est apparu, comment savait-il qu’elle existait? La Reine Céleste devait l’avoir envoyé, et il passait sa nourriture par la fenêtre alors qu'ils étaient au travail. Ainsi, elle vécut avec l'aide de Kolya, Nicolas.
Je suis venu avec le Père Epiphane pour lui donner la Sainte Communion pour la dernière fois, et elle se plaignit: "Tolya [diminutif d’Anatole] a été tellement en colère contre moi. Eh bien, que lui-ai-je fait ? Il m'a attrapé si durement, mais je n'ai pas eu peur"
Une semaine plus tard, elle n'était plus. Qu'était-il arrivé? Véra nous l’a dit à l'enterrement: elle était venue à la maison vers 7h dans la soirée, et Matouchka était dans le beau coin d’icônes, où étaient l'autel et les fonts baptismaux de Père Séraphim. Il aimait à s'y asseoir. Elle était à genoux, avec ses coudes sur les bras de ce fauteuil, la tête pendante, déjà froide et morte.
Personne ne savait comment cela était arrivé. Tolya était à la maison, mais pas sobre. Qu'était-il arrivé? Peut-être qu'il lui avait fait peur? Peut-être que son cœur s'était arrêté? Mais en tout cas, elle était à genoux, on peut dire en prière, ressemblant même à Saint Séraphim quand il est mort, seulement il avait lui, une icône de la Mère de Dieu "Oumilénié [de l’attendrissement]." L'icône de Matouchka "Oumilénié" était dans la grande salle, mais dans la petite salle était l'icône d’Iviron. Ainsi, dans la chambre où elle avait servi toute sa vie, comme elle l'avait toujours voulu, elle a terminé sa vie devant cette icône de la Mère de Dieu. Sa mort était comme sa vie. Elle a dit que les défunts (pour qui elle priait) ne l'abandonneraient pas. Parce qu'elle les aimait et elle aimait beaucoup et priait pour leur repos éternel, le Psautier était son livre préféré. Elle aimait aussi beaucoup les Evangiles, mais elle ne se séparait jamais de son Psautier, ni des dyptiques. Alors le Seigneur lui accorda de mourir peu de temps avant la réouverture du monastère de Diviyévo. Le vendredi les Louanges de la Mère de Dieu, ils eurent le premier office à Diviyévo, dans la cathédrale de la Sainte Trinité. Matouchka est morte deux semaines avant, le 15 Mars, la fête de l'icône de la Mère de Dieu "Régnante," l'icône qui a pris toute la Russie entre ses mains [Elle apparut le jour de l’abdication du saint Tzar Martyr Nicolas II. Elle est vénérée pour cela comme un signe que la Mère de Dieu règnerait sur la Russie, à la place du Tzar].
Alors ils ont appelé Matouchka la "moniale royale". Son premier nom de tonsure était Arsène, et elle est morte le jour de la commémoration de saint Arsène et de l'icône de la mère de Dieu "Régnante". Nous l'avons enterrée le dimanche et le samedi il y eut un service de commémoration, car c’était le Grand Carême et le samedi des défunts.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

vendredi 14 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [18]


51.jpg
Eglise de l'Annonciation de la Mère de Dieu de Diviyévo
18. " Le Métochion de Diviyévo "
Quand je suis arrivée, nous avons vécu là, juste nous deux, mais plus tard, beaucoup de filles sont venues et ont vécu dans cette maison. Le métochion  [dépendance d’un monastère] existe encore naturellement. Nous sommes très respectueuses les unes des autres, même aujourd'hui, car elle a uni tout le monde avec amour, et nous avons appris beaucoup dans ce métochion. C’était comme une petite communauté monastique, et l'Église des Catacombes a continué avec nous. Père Séraphim lui-même avait dit: "Tu auras un métochion."
Il y avait une règle très stricte. Matouchka était déjà une moniale du grand schème, et elle avait une très longue règle de prière. Elle devait lire le Psautier entier tous les jours, dire 1600 Prières de Jésus et faire la règle monastique en plus. Et comment peut-on faire tout cela quand il y a toujours des gens dans la maison? De très nombreuses personnes venaient la voir. Elle n'a jamais renvoyé quiconque. Nous avions l'habitude de nous lever à 5h du matin. Elle venait frapper à notre porte: "Réveillez-vous les enfants, réveillez-vous, c’est le temps de la prière." Nous grommelions avec déplaisir, ne voulant pas nous lever, mais nous le faisions. Maintenant, je ne pourrais pas faire ces travaux que nous faisions alors, c'était probablement possible grâce à ses prières. Nous travaillions dur et nous avions un tel travail dans le monde, que nous devions mortifier nos passions.
Au travail, nous étions fatigués, le soir presque tous les jours, nous lisions Vêpres. Nous avions des livres de Services Divins à la maison. Elle ne nous laissait aller à la Laure qu'à contrecœur, même si nous étions impatientes d'y aller de toutes nos forces. Elle disait: "Vous n’avez rien à faire là-bas. Apprenez les offices ici. Là-bas, vous agissez comme des folles, vos yeux flottent tout autour, vous devriez rester à la maison et prier…" Donc, la plupart du temps, elle nous gardait à la maison.
Nous nous levions le matin, lisions la règle, qui durait parfois jusqu'à midi; c'est-à-dire de 5h à midi. Nous lisons tout le Livre des Canons, plus un acathiste pour le saint du jour, ainsi que les prières avant la Liturgie; Liturgie bien sûr, que nous ne pouvions pas faire. Nous lisions et Matouchka faisait la prière de Jésus, puis elle a prenait le Psautier, alors que nous courions à la cuisine, car il fallait préparer la nourriture pour les gens qui venaient toujours après le déjeuner et avant même. La première priorité était de les nourrir, et nous avons souvent fait de grands pots de nourriture. J'étais l'ennemi juré de la cuisine, c’était pour moi la plus grande épreuve. Je souffrais incroyablement qu'ils m'aient attribué les casseroles. Mais voici comment patiemment Matouchka portait ceci: "Mon enfant, mon enfant, allons mon enfant." Je murmurais: "Nous ferions mieux de prier. Nous avons notre règle à faire, et là, te voilà, toi et tes casseroles! En quoi avons-nous besoin de ces casseroles?" "Mon enfant, mon enfant, permets-moi de nettoyer quelques carottes. Donne-moi des carottes, et verse un peu d'eau." Ainsi m’a-t-elle convaincue. Mais le Seigneur m'a humilié pour ma désobéissance. Tout ce que j'avais à faire était de désobéir, et les gens viendraient en foule et il n'y aurait rien à manger.
Elle n'a jamais grondé quelqu'un dans sa vie, n'a jamais dit "Je t’ai dit de le faire, mais tu ne le fais pas." Elle disait: "Aïe, vite, vite, Tanya dépêche-toi, les gens sont arrivés." Quelle humilité, quelle patience, quel amour elle avait pour nous, mais elle était aussi remarquablement stricte avec nous. Nous ne pouvions pas prendre une tasse dans le placard sans le demander. Au début, je ne comprenais pas et je murmurais beaucoup. Je pensais que je ne serais tout simplement pas en mesure de supporter tout cela, d'autant plus que j'étais habituée à la liberté, à la mauvaise conduite, pour être plus précise, et maintenant je devais marcher sur une plancheet obéir à une vieille dame. Je me souviens qu’une fois que j'ai pleuré et j’ai dit: "Je ne peux plus le faire, tu fais tout cela, juste tout exprès pour te moquer de moi." Mais Matouchka très calme et paisible a déclaré: "Je tiens à t’enseigner ce qui est correct. Afin que tout soit la volonté de Dieu,  avec une bénédiction, afin que l'obéissance soit présente en tout, car le Seigneur ne l'acceptera pas si cela vient de toi-même."
 Il était très difficile de lutter avec moi-même, mais le Seigneur m'a aidé par ses prières. Il était extraordinairement facile de prier avec elle. Les pages et les livres semblaient juste voler. Le faire sur une base individuelle était comme faire tourner une meule de moulin, mais avec Matouchka nous ne remarquions même pas le temps passer. Je n'étais pas la seule à remarquer cela. Lorsque nous priions, il semblait qu'une certaine mesure du fardeau tombait de nos épaules. Nous nous sentions si légères après les prières…
Elle avait le don de clairvoyance. En raison de sa modestie et de son humilité, elle le garda pour elle-même, ne le révélant à personne. Bien que j'ai été avec elle pendant longtemps, le Seigneur ne me le montra que plus tard, et je compris que je devais lui obéir en tout, même s’il y avait des startsy dans la Laure, et que j'avais un père spirituel. Il arrivait qu’elle disait: "Tanya, va au magasin et tu verras Annoucha [petite Anne]. Elle te donnera quelque chose." Je sortais comme une fusée, et bien sûr, Annoucha était là et me donnait cette chose. Nous n’étions jamais allées nulle part, et nous ne savions rien. Elle disait: "Dans la Laure, ce prêtre fait quelque chose de mal, et tu dois lui dire cela." Nous sommes allés, et j'ai dit: "Père, s'il vous plaît pardonnez-moi, mais vous ne devez pas faire cela."
Un diacre, le Père. Vladimir, vivait à côté de chez nous (il sert maintenant en Amérique). Je lui ai dit à ce sujet: "Ils font cela dans la Laure. Est-ce vrai ou pas ? Matouchka nous l’a dit?" Il était étonné: "Comment le sait-elle ? Vous êtes assises à la maison et vous n’allez nulle part?" Ensuite, le diacre a dit: "Ah! Je sais. Elle s'assied et regarde par la fenêtre, et les moines passent tout près (ils avaient là un métochion)." J'ai dit: "Oui, bien sûr, on regarde par la fenêtre et on voit ce qui se passe dans la Laure ?
Matouchka était très directe de nature. Vladyka Sérapion était son père spirituel. Quand le Père Séraphim n'était plus, elles ne reconnaissaient pas que quiconque soit au-dessus d’elles, sinon "Papa". Mais l'évêque Sérapion les a guidées. Il tonsura Mère Suzanne et Mère Nikodima dans le schème. Il voyageait à l'étranger; là, ils avaient peur des prêtres "rouges", et ils lui ont dit: "Nikodima, tu le sais, tu devrais quitter Sérapion : il a un" livret rouge [c’est-à-dire qu’il a un passeport soviétique du gouvernement communiste, et travaille pour le KGB]". Elle s'approcha de lui et dit: "Pardonne-moi Batiouchka (il n'était pas évêque à l'époque), mais bénis-moi pour aller vers un autre père spirituel." "Pourquoi? "dit-il, car il l’aimait et la respectait. "Tu as une sorte de livret rouge." Il répondit, "Il n'est pas rouge, il est gris." "Je ne sais pas à quoi il ressemble, ce n'est pas grave. Mais bénis-moi pour aller vers un autre père spirituel. Pardonne-moi, je te le dis en face. Que tu m'aimes ou que tu ne m'aimes pas, je te le dis comme ça !"
C'est ainsi qu’elle était. Elle pouvait dire quelque chose à quelqu'un, face à face, et le dire d'une manière telle qu'elle n’offensait personne. Elle avait le don d'ouverture et de franchise afin de sauver l'âme de son prochain.
Elle vénérait beaucoup sa sainte patronne, sainte Parascève, et recevait toujours la Sainte Communion pour son jour de fête, en se préparant bien pour cela.
Un jour, je suis allé à la Laure [pour trouver un prêtre pour lui donner la Sainte Communion]. Habituellement, ils venaient facilement, mais cette fois il y avait quelque tentation : personne ne voulait la communier, ils étaient tous trop occupés. Alors je me tournai vers le Père Platon, et il a dit: "Je ne peux pas non plus, mais je vais demander à l'un des élèves externes, lui donner mes Saints Dons, et il ira la communier." J'ai dit à ce prêtre avec indignation: "Pardonne-moi mon père, mais c'est une Matouchka de Diviyévo, s'il te plaît, fais un effort pour l'amour du Christ." Je pensais, bon il a ses propres affaires, et maintenant nous lui avons trouvé plus de travail.
Il me regarda avec surprise: "Que veux-tu dire, par Divyévo? D’où viennent les moniales de Diviyévo?" J'ai dit: "Elle vit ici depuis longtemps, car  elle a reçu la bénédiction pour le faire." Il ne dit plus rien. Il avait un regard de séculier, et semblait comme tel. Eh bien, je l'ai amené à la maison et il est entré. Matouchka était déjà dans son habit, prête, regardant par la fenêtre, et attendant.
Alors elle se retourna soudainement: "Bénis, Vladyka [Maître : pour un évêque]! J'ai dit: "Eh bien, bonjour, un simple prêtre est venu pour te servir. Les moines aujourd'hui ont refusé de le faire. Cela doit vouloir dire que tu fais quelque chose de mal " Elle a juste regardé en disant: "Je ne sais pas, mais voilà un évêque." Ce prêtre fut frappé de cet imprévu." Matouchka, comment sais-tu cela ?" "Eh bien, je ne sais pas, mais voilà un évêque." Il ne dit rien, se rendit dans la salle, la confessa et la fit communier.
Puis ils se sont assis à table et le prêtre dit qu'il avait eu de très grandes épreuves. Il avait été persécuté dans sa paroisse et avait enduré beaucoup d'injustice, de tentations de l'Ennemi. Le Diable avait fomenté des persécutions contre lui. C’était un prêtre marié. Cette nuit même, avant que je l’aie rencontré, saint Séraphim lui était apparu en rêve. Le saint l’avait réconforté et lui avait dit: "Ne t’afflige pas, tu seras évêque." Il ne croyait pas en ce rêve, et il décida que c'était une attaque du Diable. Il ne l'acceptait pas du tout à cause de son humilité. Mais quand je l'ai invité à communier une religieuse de Diviyévo, et quand il l’a entendue l’appeler Vladyka dès la porte, comme il l’avait entendu dire de saint Séraphim, il fut bien sûr choqué et surpris.
Quand je suis rentré avec lui à la Laure, il m’a dit quelque chose que personne n'avait jamais dit, c'était la vérité, il a dit: "Tanya, accroche-toi à cette moniale, car il y a quelque chose en elle qui a été pratiquement anéanti chez les gens. C'est ce que les saints Pères appellent l’humilité. Il s'agit de la plus profonde de toutes les vertus. Mais beaucoup des ascètes d'aujourd'hui ne savent même pas ce que c'est. Mais ces anciens esclaves de Dieu le savent. La grâce de Dieu n'est pas donnée pour rien, il faut souffrir et pleurer, son chemin a sans doute été difficile."
Quand il m'a dit cela, j’ai réfléchi sur elle et j’ai commencé à l'observer plus attentivement. Elle avait une humilité très profonde; Elle pouvait ployer sous toutes les conditions de la vie, passer inaperçue en tout, pour voir tranquillement et sans mots inutiles et comprendre la volonté de Dieu, et tout supporter magnanimement. Quand Matouchka mourut, nous nous sommes souvenues d'elle, et nous nous sommes rappelées soudain qu'elle ne s'était jamais irritée, n’avait jamais crié après quiconque, ne s’était jamais mise en colère, juste un regard d'elle était suffisant. C'était terrible de la mettre en colère. Son mécontentement s’exprimait en quelques mots: "Papa, mon cher saint Séraphim, regarde juste ce qu'elles font." C'était sa punition, mais elle n'était pas terrible, car nous savions que ces paroles coûtaient très cher.
Ainsi, elle était toujours pacifique, toujours, toujours en prière. Peu importe qui venait la voir, elle pleurait avec ceux qui pleurent, mais son chapelet se déplaçait  toujours [entre ses doigts]. Même la nuit, nous nous réveillions et la regardions et elle dormait, le sifflement de sommeil emplissait l'air, mais sa main se déplaçait sur le chapelet. Comment cela pouvait-il être possible? Cette main ne cessa jamais de travailler, comme si, [telle une montre], elle avait été remontée un jour et qu’elle n'avait jamais cessé depuis de fonctionner. Elle aimait beaucoup la prière de Jésus.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


jeudi 13 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [17]



La Sainte Face, Novgorod, fin 15e siècle
17. Les "Vacances"
Quand elle était devenue âgée, et travaillait dans la Laure, elle était allongée là et un jour, elle a dit: "Seigneur, je suis fatiguée de tous ces travaux, je n'ai pas de force." Alors elle entendit une voix venant de l'icône "non-faite-de-main-d’homme" du Sauveur (elle avait une petite icône de ce type): "Eh bien, repose-toi." A ce moment, ses mains, ses pieds et sa langue devinrent mous. Sur les rideaux, sa vie était montrée de la naissance à ce moment-là quand elle se coucha. "Je restai là," dit-elle, "et c'était comme un film, comme la télévision. Tout dans les moindres détails." Puis sa nièce Véra est entrée, qui prenait soin d'elle alors, et elle a été horrifiée. "Maman, qu'est-ce qui ne va pas?" "Je riais. C'était drôle pour moi parce que je ne pouvais tout comprendre, tout entendre et tout voir, mais je ne pouvais pas bouger ma langue, ni mes bras ou les jambes, pas même un doigt." Elle fut comme ça pendant une année entière.
Il faut dire qu'elle était très grosse. Une fois, elle avait jeûné pendant quarante jours, ne prenant que de l'eau, mais elle n'avait pas perdu de poids. Père Séraphim riait d’elle, en disant: "Eh bien, Mère, rien ne peut t’aider." Elle a dit: "Dieu me donne du gras pour ma simplicité." Quelle grande personne de poids… elle resta là pendant un an (Véra n'était pas en état de la déplacer), mais elle n'avait pas d’escarres ou quoi que ce soit sur son corps. Personne ne pouvait lui faire des piqûres, bien que son corps ait été mou, les aiguilles se cassaient quand elles pénétraient dans son corps. C'est un miracle que le Seigneur accomplit en elle. Ainsi elle resta étendue paisiblement, se  reposant pendant un an, puis tout commença à fonctionner à nouveau… Les bras et les jambes. Le médecin qui prenait soin d'elle était étonné. Dans tous les cas, la science médicale n'a pas d'explication pour cela. Plus tard, elle a été paralysée à nouveau, mais seulement légèrement, jusqu'à sept fois. Mais comme elle le dit, elle ne ressentait aucune des douleurs que les malades ressentent habituellement. Cela peut aussi être la Providence de Dieu.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 12 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [15-16]





15. Tonsure
Lorsque les orphelins ont grandi, ils ont quitté cette maison. Matouchka était très étroitement liée à la Laure de la Sainte Trinité-Saint-Serge à  Serguiev Possad.
Un jour, elle alla vers le moine du grand schème, l’higoumène Koukcha à Odessa. Quand elle arriva vers lui, il porta une accusation contre elle, se demandant pourquoi elle n'avait pas reçue la tonsure, et dit qu'il était grand temps [de le faire]. Ce staretz la bénit pour recevoir la tonsure monastique. Elle fut tonsurée avec le nom d’Arsène, d’après saint Arsène, évêque de Tver. Son premier nom monastique était masculin, Arsène, et dans le schème elle fut Nikodima (venant de Nicodème, nom également masculin).

16. "Martha"
Plus tard Matouchka travailla dans la Laure pour nourrir les moines. Elle avait toujours été bonne cuisinière. La cuisine était sa vocation. Elle disait: "Je suis Marthe." Mais en réalité, elle était toujours aussi une femme de prière profonde. Dans la Laure il n'y avait que deux ou trois moniales, et elles nourrissaient l'ensemble du monastère, et le Patriarche quand il venait en visite. Elles nourrissaient respectivement tous les pèlerins et les visiteurs, le tout avec très peu de mains.
C’était un grand travail, mais Matouchka le faisait avec beaucoup d'amour. Elle aimait beaucoup la Laure, et elle y travaillait sans repos pour l'amour de saint Serge de Radonège. Elle a dit que plus d’une fois, elle vit saint Serge sur les coupoles de la cathédrale de la Dormition. Même à notre époque, elle venait à la Laure et pleurait parce que le saint n’était pas là, qu’il était parti. "Peut-être que tu ne le vois pas à cause de tes péchés," demandaient les gens. "Je ne sais pas, il n'est tout simplement pas ici, le saint est parti." Père Séraphim lui prédit: "Tu ne vivras pas pour voir la réouverture de Diviyévo, mais tu auras un métochion."
Je suis venue pour voir Matouchka quand Mère Susanne est morte. Elle était restée toute seule. Elle était triste, elle priait la Mère de Dieu, car la compagne de sa vie, Mère Susanne, lui manquait. Donc, elle a de nouveau demandé à la Reine Céleste de la prendre, elle vieille et infirme, sous son voile de protection. Elle était déjà assez âgée, septante-neuf ans.
Matouchka fut paralysée sept fois différentes, et à la surprise de tous les médecins (en fonction de leur pronostic, elle aurait dû mourir la première fois), elle n'est pas morte de paralysie.
Elle faisait de très nombreux travaux. Elle était très capable de travailler, et ne savait pas ce que cela signifiait que d'être fatiguée. Dans le monastère, comme à l'usine, elle travaillait jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce qu'elle tombe. Les gens venaient constamment à la maison où le Père Séraphim avait vécu, et elle devait préparer de la nourriture pour eux, les accueillir, les conduire et les nourrir et, en même temps, elle avait onze enfants.
Maintenant, parlons de la douzième fille. Matouchka était dans le doute, en disant que Maria Ivanovna s’était trompée, car elle n'avait que onze enfants. Elle avait une nièce, Marthe, qui était à demi orpheline. Sa mère était morte et son père remarié, et sa seconde épouse n'aimait pas ces enfants. Elle et son mari décidèrent secrètement d’abandonner les enfants dans un orphelinat. Marthe vint vers Matouchka et dit: "Grand-mère Pacha, j'ai vu un rêve dans lequel tu me tirais d'un fossé par la main." Matouchka était sage, et elle écouta cette petite fille et lui dit: "Tu sais quoi, Marthe, ne va nulle part; reste ici avec moi aujourd'hui." Elle pria, apparemment, et le Seigneur lui révéla ce que les parents avaient décidé de faire avec l'enfant. Elle y resta un jour, deux jours, et les parents naturellement entreprirent une recherche de la fille disparue. Alors ils vinrent vers Matouchka et lui demandèrent: "Pacha, sais-tu où est notre Marfoucha [petite Marthe] ?" "Votre Marfoucha est ici. Et qu'avez-vous décidé de faire d’elle?" Le père de l'enfant, le frère de Matouchka, comprit tout et se repentit aussitôt, en disant: "Tu sais, Pacha, nous avons voulu la mettre à l'orphelinat." "Ah!" dit-elle, "c'est donc ça. Eh bien, j'ai onze enfants, un douzième ne sera pas plus mal. Je ne vais pas la rendre. Qu'elle reste vivre avec moi."
Cela les a tellement touchés que, sans jugement, mais en même temps avec calme et respect, ils ont repris la jeune fille, faisant à Matouchka la promesse que l'enfant serait élevée comme leurs propres enfants. Ils dirent qu'ils ne l’abandonneraient pas, et l'aimeraient comme leur propre enfant. L'action de Matouchka les poussa à une profonde repentance. Vraiment, cette jeune fille fut bien traitée dans la famille, et elle reçut même une éducation, mais elle mourut très jeune. Apparemment, c’était une élue de Dieu. C'est ainsi que le Seigneur la préserva de l'orphelinat, et peut-être même ainsi sauva son âme. Puis Matouchka se rappela et dit: "Eh bien, Maria Ivanovna, pardonne-moi, c'était le douzième morceau de bonbon." Ici, elle parlait du salut de l'âme de la jeune fille.
Il faut dire qu'ils avaient une grande cour et un grand jardin, et quand Matouchka était encore forte, tous les chemins étaient nettoyés et saupoudrés de sable, et tout était comme dans le monastère pendant la vie de Père Séraphim, en dépit du fait qu'il y avait les persécutions. On pourrait penser, comment pourraient-ils avoir des chemins et du sable [dans ces conditions défavorables], mais il y avait toujours des fleurs, et les déchets étaient toujours jetés derrière les arbres. Et tout dans la maison devait être fait pour la gloire de Dieu. Elle devait travailler à l'usine, et faire des offices, et chanter, et recevoir des invités, mais elle avait assez d’énergie pour tout cela. Il s'agit clairement d'un miracle de Dieu. Le Seigneur lui donnait des forces.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 11 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [14]


 « RADONITSA »  (JOUR DE JOIE) : JOUR PARTICULIER DE COMMEMORATION DES DEFUNTS


14. La surveillance du syncelle de Père Séraphim
Voici une autre chose intéressante à propos de Père Séraphim. Il a été enterré dans le nouveau cimetière. Pendant longtemps, je ne pouvais pas trouver sa tombe. Matouchka était déjà très vieille et ne pouvait pas aller au cimetière, et Véra n’avait pas le temps de m'y conduire. Elle a seulement dit: "Près de l'étang."
Je marchais autour de cet étang, mais je ne pouvais pas trouver la tombe. Ils m'avaient dit combien de croix étaient là. Simotchka et le Père Séraphim y étaient tous deux enterrés. C’était Radonitsa, [Premier mardi après la Semaine Lumineuse de Pâques, quand les défunts sont commémorés].
Je suis allé tôt le matin au cimetière. Je suis passée par une porte par hasard, et il y avait une croix sur une tombe, et sur la croix était une icône de saint Séraphim de Sarov. J’ai vénéré cette icône.
Il n'y avait personne dans le cimetière, c’était calme et paisible… Radonitsa. Je suis sortie par la porte. Bientôt, je suis tombée sur une autre tombe. Dans la Laure, il  avait un autre staretz, également nommé Séraphim, et quand il reposa en Christ, il apparut dans un rêve à Matouchka et il lui dit: "Je suis le syncelle de ton Batiouchka." Matouchka a dit: "N'est-ce pas intéressant, son syncelle!"
Et maintenant, j’étais arrivée à la même porte où était notre Séraphim de la Laure. Nous l'appelions "petit duvet." Il était petit, ressemblait à saint Séraphim, et avait les cheveux très duveteux. C’était également un esclave de Dieu à la vie spirituelle élevée, et maintenant il semble qu'il est le syncelle de Père Séraphim (Batioukov) dans l'autre monde. A présent, j’étais venue sur sa tombe, ne sachant pas où il était.
J'ai pensé, n'est-il pas intéressant de voir comment saint Séraphim m'a conduit ici. Depuis cette tombe je descendis un peu plus loin, puis je vis l'étang et cette porte qui enfermait ce que je cherchais depuis près de cinq ans. Ensuite, j'ai vraiment compris que ce rêve était réel, et que le syncelle de Père Séraphim m'avait conduit à la tombe de Père Séraphim, juste le jour de Radonitsa.
Des miracles se sont produits sur la tombe de Père Séraphim. Ses enfants spirituels qui venaient vers Matouchka nous en ont parlé. Quand le Père Séraphim était vivant, il avait béni la croix de baptême d'une femme, et plus tard, elle l’avait perdue. Elle en était terriblement attristée.
C'était la seule chose qu'elle avait en souvenir de Père Séraphim, et en outre, c’était une croix, pas n'importe quoi. Elle pleurait et se désolait. Puis elle vint à la tombe de Père Séraphim. Là, elle pleurait, et dit tout en larmes: "Batiouchka, pardonne-moi, j'ai perdu ma croix." Ainsi, elle pleurait et pleurait, puis elle se retourna, et la croix qu’elle avait perdue était accrochée à cette porte du cimetière.
Sur la croix, sous laquelle il gisait, un certain nombre de personnes avaient vu à différents moments une icône de saint Séraphim, mais il n'y avait là absolument aucune icône, seulement un petit cercle entourant un emplacement pour une icône.
Quand les gens diaboliquement possédés viennent à la tombe, le Diable ne peut bien sûr pas le supporter: ils y crient et deviennent très agités. Nous étions là-bas une fois avec une femme démoniaque possédée. Nous étions de l’autre  côté de la porte avec le verrou fermé, quand l'Ennemi en elle cria : "Oh, qu’ils sont forts. Laissez-moi sortir d'ici."
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après