"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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mercredi 26 février 2025

A Dieu rien n'est impossible

Père Raphael

Père Raphael Noica dit : « Dieu, en nous commandant ces choses, ne s'attend pas à ce que nous puissions les faire, car Il sait que nous n'avons pas le pouvoir en nous pour accomplir Sa Parole. »

Comment cela peut-il être ? Cela signifie-t-il alors que Dieu nous demande « l'impossible » ?

Oui, et dans un certain sens, c'est ce qu'Il nous demande ! Car Ses Commandements ne sont pas seulement des demandes morales accessibles à la volonté de l'humain simple. Les Commandements de Dieu sont « une révélation de la Vie divine » à laquelle le Christ nous appelle. Ce sont des Commandements divins et non des commandements humains.

Ce qui sauve un homme, encore une fois, ce n'est pas ce que l'homme fait dans son impuissance, mais ce que la Parole de Dieu qui demeure  en nous.

Même dans l'Ancien Testament, dans les Dix Commandements, Dieu dit à l'homme : « Soyez saints, car moi je suis saint ! » Il ne dit pas « Soyez saints parce que c'est bien, c'est agréable ».

C'est Dieu qui parle ce mot par Moïse. À Moïse, Il a révélé ce « JE SUIS ». Dieu est Celui qui est. Et Il veut amener l'homme au même état d'être. Il a partagé une partie de cela au début ; et dans la mesure où l'homme se permet de partager cette Parole de Dieu, il trouve dans cette Parole de Dieu la vigueur de la vie.

Et nous demandons à Dieu de cultiver en nous ce que l'homme ne peut accomplir par lui-même, selon Sa parole : « Pour les hommes, c'est impossible, mais pas pour Dieu ; car pour Dieu toutes choses sont possibles. » 

Et, plus qu'à toute autre moment, nous devons dire cette prière plus fréquemment : « Seigneur, viens et demeure en moi et Toi-même, accomplis en moi les choses qui Te plaisent ! » 

De ces choses qui plaisent à Dieu, de nos jours, nous avons [surtout] besoin d'une foi capable de nous faire traverser les événements les plus difficiles qui deviennent de plus en plus inimaginables. 

Non seulement ce n'est pas le moment de perdre espoir, mais c'est le moment de nous accrocher plus que jamais à la barre, jusqu'à ce que la vague passe. Qui sait ce qui sera et de quelle manière ?

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 5 septembre 2010

Pardonne-nous nos offenses - Vergeef ons ons skulde



(Av Alexandr [Père Alexandre] est un prêtre orthodoxe de nationalité israélienne, juif converti à l'Orthodoxie, il a deux blogs très intéressants, où il écrit indifféremment en anglais ou en français ( et en d'autres langues, car c'est un linguiste accompli.
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Notre Père en araméen

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Les choses peuvent être très étranges dans la vie. Comme la plupart des prêtres et des clercs ou des personnes spirituelles, je dois faire face aux problèmes de société récurrents. Disons que les Dix Commandements peuvent systématiquement être décomposés en deux parties, de sorte que les deux Tables [de la Loi] ne peuvent correspondre ou être en parallèle.

L'ordre des commandements ne permet pas, selon la tradition juive, la séparation des commandements divins des commandements ou règles moraux prétendument humains. La proclamation de l'unicité de Dieu, correspond à la loi morale de l'autre Table morale de ne pas tuer qui que ce soit. Il est difficile donc de définir clairement quelle "unicité" de Dieu peut être annoncée, non pas annoncée, mais simplement reconnue, et de déterminer qui ne devrait pas être tué. Certains ont étendu cela aux animaux et c'est l'une des raisons fondamentales pour lesquelles les règles végétariennes ont été en vigueur depuis les premiers temps de la foi, aussi bien dans le judaïsme et que chez les premiers chrétiens. C'est pourquoi les moines ne doivent jamais manger de viande et satisfaire leur appétit avec des légumes et des herbes ou des fruits.

La morale ou l'éthique varient et ne se ressembleront certainement pas dans les différents modes de vie de nombreux pays, les cultures, les langues, la compréhension des ressources de nos environnements, les traditions éducatives et religieuses ou athées et/ou laïques, chez la totalité des êtres humains.

Il y a deux jours le premier quotidien israélien "Haaretz" a parlé de la décision d'un petit groupe juif ultra-orthodoxe de fouetter 39 fois (à comparer avec le fait que saint Paul a été condamné de la même manière) un jeune chanteur qui était revenu à la foi, mais "avait osé "chanter pour un groupe mixte d'hommes et de femmes dans la même salle. C'est strictement interdit par la tradition orthodoxe juive car cette séparation est marquée dans les synagogues juives très orthodoxes. La même semaine, une femme iranienne de quarante ans qui avait été convaincue d'adultère a été condamné par le tribunal islamique à être lapidée à mort. Les deux sentences sont suspendues pour le moment, mais toutes deux concernent des réglementations spécifiques que d'autres parties de l'humanité ne peuvent pas accepter et bannissent avec force.

Il y a trois jours, nous avons découvert en Israël que nous avions un jeune rabbin de quatorze ans. Est-il "casher" ou illégal, selon le Talmud et la tradition juive? Non, parce que le jeune garçon est un "adulte" de plus de 13 ans d'âge et donc un "bar-mitsva", il est considéré comme capable de distinguer entre le bien et le mal et de diriger sa vie. Le prophète Daniel était de cet âge quand il a confondu sagement les hommes qui accusaient Suzanne d'être une prostituée! D'autre part, certains rabbins sont de façon inattendue emprisonnés pour violence pédophile envers les enfants, bien qu'ils soient des hommes de foi reconnus pour leur influence spirituelle. En même temps, le cardinal à la retraite Godefroid Danneels de Bruxelles, est accusé d'avoir tenté de couvrir les méfaits de l'archevêque de Bruges qui avait abusé pendant des années de petits garçons et de son propre neveu. Je n'aurais jamais pensé, connaissant le Cardinal Danneels, que le vieil homme se comportait ainsi. Il est possible de penser qu'il ait eu peur, comme la société belge a été effrayée par tous ces crimes pédophiles honteux qui assombrissent terriblement l'image de la Belgique et maintenant son clergé, comme c'est le cas en Irlande et en Autriche. Samedi, un ancien évêque luthérien islandais a été reconnu coupable d'adultère avec de nombreuses femmes de son diocèse qui avaient travaillé avec lui.

Comment pouvons-nous évaluer l'attitude du président Sud Africain Zuma et ses nombreuses femmes dansant à son dernier mariage? Dans d'autres républiques, le président peut être révoqué à cause de tels méfaits, comme c'est arrivé avec l'ancien président Katzav d'Israël. Les Présidents Kennedy et Clinton ont été mal jugés pour leurs comportements sexuels.

Cela peut être considéré comme bizarre dans un pays où les attitudes multi-culturelles et les traditions tentent de se mêler dans un contexte de haine générale et de réconciliation, de meurtre et de capacité d'accepter les autres. Et comme en Israël ou dans les zones à multiples facettes, l'Afrique du Sud rassemble les individus qui n'auraient jamais pu se respecter les uns les autres. Même la foi et l'éducation dans la crainte de Dieu ne peuvent obliger les individus et la collectivité à se fondre dans un même creuset... Mais c'est le seul pays des temps modernes qui ait accepté, il y a presque vingt ans, de s'engager dans un processus de "vérité et réconciliation".

Le sexe est partout. Le mot est curieusement ségrégatif dans ses racines latines et grecques "sexus = sectus = couper, séparer; tandis que le sexe est considéré comme la promotion de l'union des corps! En hébreu, le mot n'existe pas et il semble ridicule "d'avoir du sexe = la'assot seks". D'autre part, le mot "min" se réfère à l'origine ("min = hors [de]), à l'objet de la vie "mah=quoi" et la personnalité complète "mi[n]= qui, que " . Le sexe mène à la vie , l'abus et le viol sont donc considérés comme des crimes contre l'âme et le corps. Parce que les actes de plaisirs sont agréables et devraient unir ce qui est divisé grâce à l'amour, nous devrions être de plus en plus conscients de la tendresse de la nature de l'homme et de son désir ardent de respect.

On peut souvent donner l'impression que les humains sont bestiaux, basiquement grégaires et étroits d'esprit. Jésus a prononcé la Prière (Matthieu 6:9-13) et la version araméenne a conservé le style ancien de la tradition sémitique: "Pardonne-nous nos offenses, et la libération de nos dettes (shwoq lan lechatayn wachaybayn) comme nous l'avons pardonné, passé [en grec, nous avons déjà pardonné] à ceux qui empiètent par des dettes contre nous (ayqana d'shwoqan lachaybayn)! La version araméenne induit à la fois une morale (intrusion / chatayn) et des responsabilités financières (dettes / chaybayn). Les éthiques sont rarement réconciliées à ce niveau: nous sommes financièrement et spirituellement responsable de nos actes.

Cela montre l'immense valeur de nos jours.

AV Aleksandr (Père Alexandre)
dans [s]on blog d'Afrique du Sud
"Cradle of the World/ Wieg van die Wereld",
letterdash.com / abbaleksandr / "
Août 30 / 19, 2010-20 Ellul 5770-20 Ramadan 1431
Version française Claude Lopez-Ginisty


dimanche 11 octobre 2020

Archiprêtre John Whiteford: Le rôle des prêtres de paroisse comme Pères spirituels


The Role of Parish Priests as Spiritual Fathers


"Quel est le rôle du prêtre de paroisse en tant que père spirituel de son peuple et comment se compare-t-il avec le rôle de l'higoumène et des moines dans les monastères ?

Le terme "Père spirituel" (en russe "dukhovnik" (духовник)), a une série de significations qui doivent être bien comprises pour répondre à cette question. 

Au niveau le plus bas, on pourrait parler très librement d'un prêtre auquel les fidèles se confessent régulièrement comme leur père spirituel. Mais, de manière plus appropriée, un père spirituel est un homme avec lequel vous avez une relation spirituelle continue. La différence est quelque peu subtile, mais une personne peut se confesser régulièrement à un prêtre pendant un certain temps, puis changer de confesseur et commencer à se confesser à un autre prêtre. Mais lorsque vous développez une relation avec un prêtre que vous entretenez sur une longue période, et souvent lorsque vous êtes séparés par la distance, il s'agit davantage d'une relation père/enfant spirituel.

Un père spirituel ne doit pas nécessairement être un prêtre, mais bien sûr, seul un prêtre ou un évêque peut entendre les confessions et accorder l'absolution. Parfois, les gens ont un moine, ou même une moniale qui remplit le rôle de direction spirituelle à long terme. Cependant, pour les laïcs, le père spirituel est généralement (mais pas nécessairement) le prêtre de paroisse.

Mais c'est un don assez rare, et il faut être extrêmement prudent dans la recherche d'une telle relation, car il y a plus de personnes qui pensent être des pères spirituels que de personnes qui ont réellement ce don.

La différence entre la relation entre un prêtre de paroisse et un higoumène dans un monastère est avant tout une question d'obéissance. Un moine est censé être totalement obéissant à son higoumène, à moins que celui-ci ne lui demande de faire quelque chose d'immoral ou de contraire aux enseignements de l'Église. Un higoumène peut avoir une telle relation car il est également responsable des moines sous son autorité. Il veille à ce que les moines aient un endroit où loger et de la nourriture à manger. Dans ce contexte, ce niveau d'obéissance a un rôle important dans le développement spirituel d'un moine.

Il est tout à fait inapproprié pour un prêtre de paroisse d'attendre ce genre d'obéissance de la part d'un laïc, car il n'a pas le même niveau de responsabilité envers ses paroissiens. 

En d'autres termes, si un prêtre de paroisse devait dire à un homme de quitter son emploi, il ne veillerait pas à ce que ses factures soient payées, ou à ce que sa femme ne divorce pas parce qu'il ne subvient pas aux besoins de la famille. Par conséquent, ce que les prêtres disent généralement à leur peuple en confession se situe au niveau des conseils, qu'ils peuvent prendre ou laisser - car ils sont en fin de compte responsables de leurs propres choix. Bien sûr, il ne faut pas écarter à la légère les conseils de son confesseur, mais il c'est simplement un fait que différents prêtres donneront des conseils qui différeront à certains égards, et il ne faut donc pas les prendre comme s'ils avaient été donnés à Moïse sur le Mont Sinaï... à moins bien sûr qu'ils ne l'aient été réellement, parce que le prêtre ne fait que transmettre ce que l'Écriture ou la Tradition enseigne clairement. Si une personne confesse qu'elle est impliquée dans un péché grave, et que le prêtre lui dit qu'elle doit se repentir et cesser de commettre ce péché, ou bien il devra lui refuser la communion, ce n'est pas un simple conseil, et l'individu n'a pas le droit d'ignorer ce qu'on lui dit.

Il n'est pas inapproprié pour un laïc d'avoir un moine comme père spirituel, mais il faut aussi l'aborder avec prudence. Parfois, ces moines tentent d'imposer un style d'obéissance monastique, ce qui a souvent eu des résultats désastreux.

Le clergé de notre diocèse a publié (avec la bénédiction de l'archevêque Pierre) une déclaration sur cette question en 2009 :

"Dans le cadre de nos discussions pastorales, nous avons parlé de la nécessité pour les paroissiens de se confesser en règle générale à leurs propres prêtres, et seulement avec une bénédiction spécifique de se confesser aux autres prêtres. 

C'est particulièrement important étant donné la propension de certains clercs extérieurs à l'Église russe à utiliser les canons comme une règle de droit froide plutôt que comme une ligne directrice pastorale appliquée avec amour. 

Cela a conduit dans certains cas à de longues pénitences d'excommunication pour des péchés qui avaient été confessés auparavant avec peu ou pas de pénitence de la part de leur propre prêtre. 

En outre, nous demandons instamment à nos fidèles de se confesser le samedi soir ou la veille des fêtes, et de ne se confesser que le dimanche matin ou les jours de fête avant la Divine Liturgie dans des circonstances extrêmes".

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

PRAVMIR

Aide à la confession: Confession selon  les Dix Commandements du Métropolite Antoine (Khrapovitsky) 

https://orthodoxologie.blogspot.com/search?q=+Dix+Commandements

samedi 24 octobre 2009

Un saint Fol-en-Christ au cœur d'Athènes (3)


Il a sauvé une femme du péché mortel de l'adultère ...

Nicoletta prit ensuite une grande gorgée de café et se mit à raconter son histoire avec Jean le Fou...

"Un soir," dit-elle "il y a peut-être dix ans ou plus, j'ai vu un jeune homme errant sans but dans notre quartier. Je l'ai regardé avec insistance, parce que je pensais que c'était un cambrioleur. Soudain, j'ai remarqué que Jean le Fou sortait en hâte de son immeuble et marchait rapidement dans la direction de la seule maison sans étage du quartier, où une famille de quatre personnes vivait comme locataires.

Le fou s'assit carrément sur les marches de devant, et se mit à chanter les hymnes à la Toute Sainte [Mère de Dieu] à haute voix. Il aimait surtout chanter "O Vierge pure ...."

Deux heures passèrent, mais le fou continuait à chanter des hymnes. Je suis sortie et lui a dit d'arrêter. Puis j'ai remarqué que le jeune homme s'enfuyait rapidement à pied. Le fou se leva et alla dans la maison. Je le suivis, par curiosité, pour voir ce qui se passait. Je dois avouer que mon esprit était sombre. J'ai sonné à la porte et une jeune femme a ouvert la porte.

Jean le Fou était assis à la table de la cuisine, mangeant quelque chose que la jeune femme lui avait servi. A côté de lui se tenaient son fils de cinq ans. Se tournant vers l'enfant, le fou se mit à lui dire que l'un des dix commandements de Dieu est celui qui dit: "Tu ne commettras pas d'adultère".

"Tu sais Georgie, l'adultère n'est pas quelque chose que Dieu aime. L'adultère ouvre une large porte à Satan, qui entre alors dans la maison et fait des ravages. C'est alors que la famille se désagrège, et les maladies et la douleur et la haine entrent par les fenêtres et chassent la bénédiction de Dieu qui a été donnée par le sacrement du mariage. L'homme et la femme, comme ton papa et ta maman, deviennent une seule chair par le mariage cher Georgie, un seul corps. L'adultère, c'est comme se couper le bras.

Je dois admettre que je me sentais très en colère ....

"Qu'est-ce que tu dis à ce pauvre enfant, misérable créature?" dis-je. La jeune femme éclata en larmes et dit entre deux sanglots "Il parle de moi, laisse-le, ne le gronde pas..."

Mais aussitôt, Jean le Fou se leva et partit. La jeune femme avoua alors qu'elle avait projeté de tromper son mari avec un jeune homme qu'elle avait rencontré dans une cafétéria, où elle était allée avec une de ses amies pour prendre un café. Elle lui dit que le jeune homme était supposé la rencontrer chez elle, tirant ainsi parti de l'absence de son mari, tandis il était hors de la ville pour affaires, mais Dieu l'avait protégée, et le jeune homme n'était pas venu.

"J'ai échappé de peu à une énorme catastrophe, chère Nicoletta. J'aurais brisé ma famille et mon mariage. Quand Jean le Fou frappa à la porte, je pensais que c'était ce jeune homme, et je n'aurais pas eu la force de le renvoyer. Heureusement que Dieu m'a empêchée de commettre un péché terrible..."

"C'était le fou qui t'a sauvée," lui dis-je, "parce que le jeune homme était en effet parvenu jusqu'ici, mais le fou était resté assis à ta porte à l'extérieur pendant des heures, chantant sans cesse, tandis que le jeune homme faisait les cent pas à l'extérieur. N'as-tu pas entendu? Lui ai-je demandé...
+

"J'avais entendu", interrompit le boulanger, "que Jean voulait devenir prêtre, depuis qu'il était enfant. Mais alors, il y eut l'occupation allemande, puis la guerre civile, il n'a jamais réussi à terminer sa scolarité. Il a seulement réussi à apprendre à lire et à écrire un peu. Ainsi, alors qu'il était encore relativement jeune, il est allé chez l'évêque et lui a demandé de l'ordonner prêtre, l'évêque l'avait dissuadé, et lui avait recommandé d'aller plutôt d'abord à l'école.

Mais maintenant, avec toutes ces choses qui se disent au sujet de Jean, et avec tout ce que je sais personnellement de lui, je peux dire avec certitude qu'il se peut que Dieu n'ait pas fait de lui un prêtre, mais Il l'a indubitablement sacré évêque dans notre quartier. Ces derniers mots de Monsieur Apostoly ont été noyés dans ses sanglots et ses larmes ....


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

jeudi 20 avril 2023

Irina Dmitrieva: LA LUMIÈRE DU BUISSON ARDENT, OU UN VOYAGE AU MONT SINAÏ


Dieu dit: N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.

 (Exode 3:5)

Il y a un endroit sur terre où Dieu Lui-même est apparu à l'homme. Et là, Dieu a appelé l'homme à Le rencontrer. C'est le mont Sinaï, qui est si éloigné en termes terrestres et si proche de chaque cœur qui l'a touché. Combien de sanctuaires le Seigneur et son Église céleste ont-t-il laissés sur cette terre pécheresse, mais seul cet endroit peut être est caractérisé par une phrase qui frappe l'esprit humain : le mont Sinaï est le lieu de rencontre de Dieu et de l'homme.

     

Mont Sinaï. Mystérieux et silencieux dans l'espace et le temps... Lorsque vous pensez à ce minuscule morceau de terre sur la carte du monde, vous continuez à vous émerveiller. Combien d'événements et de guerres historiques ont eu lieu ici, et combien de peuples et de religions se sont entrelacés ici ! Il attire des pèlerins du monde entier, de différentes nationalités, confessions et juridictions : juifs, catholiques, orthodoxes et même musulmans. L'Ancien et le Nouveau Testament sont étroitement liés dans cet endroit. Pour le dire simplement, il possède une sainteté particulière. Dieu lui-même est apparu ici.

Un jour, alors que Moïse faisait paître ses brebis dans cette région, il trébucha sur le buisson ardent : Et l'ange du Seigneur lui apparut dans une flamme de feu sorti du milieu d'un buisson ; et il regarda, et voici, le buisson brûlait de feu, et le buisson n'était pas consumé... Dieu l'appela... Et il a dit : me voici. Et il dit : N'approche pas d'ici: enlève tes chaussures de tes pieds, car l'endroit où tu te tiens est saint... Et le Seigneur dit : J'ai sûrement vu l'affliction de mon peuple qui est en Égypte... Viens donc maintenant, et je t'enverrai à Pharaon, afin que tu puisses sortir mon peuple, les enfants df'Israel d'Egypte.

Ce fut la première rencontre.

Alors qu'il errait dans le désert avec les Juifs, Moïse s'arrêta pour prendre les tables - les commandements de l'Ancien Testament - et les transmettre aux gens qui avaient fui la captivité égyptienne, et plus tard à toute l'humanité :

Au troisième mois, lorsque les enfants d'Israël étaient sortis du pays d'Égypte, le même jour, ils sont arrivés dans le désert du Sinaï... Et là, Israël a campé devant le mont... Et il est arrivé le troisième jour du matin, qu'il y avait des tonnerres et des éclairs, et un épais nuage sur le mont, et la voix de la trompette résonnait très fort... Et le mont Sinaï était tout à fait sur une fumée, parce que le Seigneur descendait sur lui dans le feu... Et l'Éternel appela Moïse jusqu'au sommet de la montagne, et Moïse monta. Et le Seigneur dit à Moïse... (Ex. 19:1, 2, 16, 18, 20, 21).

C'était la deuxième rencontre.

C'est ce que dit l'Ancien Testament, et ce qui a suivi a été le fondement de la foi chrétienne, une partie de l'ordre mondial. Selon l'Ancien Testament, Moïse a reçu les Dix Commandements de Dieu. Depuis lors, le Sinaï a été considéré comme l'un des lieux les plus saints de la chrétienté.

Malgré la chaleur étouffante en été et le froid glacial la nuit, c'est un lieu majestueux de beauté virginale, intact pendant des siècles. Seuls les Bédouins vivent ici depuis des milliers d'années. C'est une île de pierre au milieu de la mer du désert qui prêche la tolérance depuis des siècles. Avec l'avènement du christianisme, un monastère est apparu ici sur le site du Buisson Ardent. Ce phénomène est l'un des secrets mystiques du Sinaï.

St. Le monastère de Catherinemonastère de Sainte Catherine     

C'est l'un des premiers monastères chrétiens permanents au monde. Il a été fondé au IVe siècle dans la partie centrale de la péninsule du Sinaï, près du mont biblique Horeb (Sinai). Au départ, on l'appelait le monastère de la Transfiguration, ou du Buisson Ardent. Et après le repos en Christde la sainte grande martyre Catherine, dont les reliques furent transférées par des anges au sommet du mont Sinaï (elles furent découvertes par les moines du Sinaï au milieu du sixième siècle), le monastère reçut son deuxième nom - en l'honneur de sainte Catherine.

Icône du Christ le Pantocrator. Sixième siècle

Icône du Christ Pantocrator. Sixième siècle

La première chose qui a attiré mon attention lorsque nous sommes entrés dans le monastère a été une icône du Sauveur - le Christ le Pantocrator. C'est une icône à l'encaustique du milieu du sixième siècle représentant le Sauveur, qui est la plus ancienne icône connue. De plus, le monastère possède une collection unique de manuscrits et d'icônes anciens.

Les califes arabes, les sultans turcs et même l'armée de Napoléon n'ont pas perturbé la paix et la tranquillité du monastère. Il n'a jamais été détruit ou attaqué, maintenant ainsi son autonomie et son inviolabilité. Tout le monde chercha à prendre le monastère sous lia protection. Il semblait que le Seigneur lui-même le protégeait.

Sur le territoire du monastère, il y a une tour de mosquée en signe de respect pour Mahomet et symbole de réconciliation. Une fois, le prophète musulman Mohammed s'est arrêté au pied du magnifique mont Sinaï, à au monastère de sainte Catherine, laissant une charte à ses disciples pour la liberté de culte et de mouvement dans cet endroit. Cela est également démontré par la bibliothèque, qui contient environ 5 000 manuscrits des premières éditions imprimées, dont l'une des collections les plus riches du monde, qui, par rapport au Vatican, est considérée comme la collection la plus complète de toute la littérature chrétienne. Auparavant, le plus ancien manuscrit connu de la Bible, le Codex Sinaiticus, était conservé ici.


Belfry et tour de la mosquée à St. Le monastère de Catherine

Belffroy et tour de la mosquée au monastère de sainte Catherine

La beauté de l'ancien monastère était envoûtante. Bois noirci, peintures anciennes et mosaïques. Même les moines semblaient provenir du passé. Nous, les pèlerins, avons prié lors d'un service de prière et nous avons reçu des bagues bénies sur la main gracieuse de sainte atherine. Et nous sommes allés dans la cour pour admirer le Buisson Ardent. Nous avons pris des photos autour de lui sous différents angles en alternance avec l'ensemble du groupe. Mais, plus remarquablement, lorsque nous avons regardé nos photos développées après notre retour à la maison, nous avons vu un pilier de lumière du haut du Buisson vers le haut. Blanc éblouissant contre le ciel bleu, capturé à partir de différents appareils photo, dans différentes photos prises à des intervalles de plusieurs minutes. Donc, de manière invisible, ça continue d'être le Buisson Ardent!

Avec nos cœurs insensibles, nous n'avons pas pu voir ce pilier briller vers le ciel tout en prenant des photos. Mais à la maison, c'est devenu une révélation pour nous : la lumière imprimée de l'Amour Divin pour les gens. Et lors du deuxième voyage, il mous a été été permis d'entrer dans l'autel du monastère, construit à côté du buisson ardent dans les temps anciens ; en enlevant nos chaussures, nous avons pu vénérer ce lieu sacré.

Le buisson ardentLe Buisson Ardent     

Nous avons commencé à escalader le mont Sinaï. Après avoir marché la première moitié, nous nous sommes retrouvés sur une large plate-forme entre les montagnes. Tout y était bien arrangé pour se détendre : des remorques pour les collations et des couvertures pour dormir au sommet. Nous avons pris des photos et avons continué à grimper. Certains ont marché, alors que j'ai failli ramper. Ma tête battait, mes yeux voyaient mal et mes jambes bougeaient automatiquement. « Les voici, mes péchés graves ! » cette pensée m'a traversé l'esprit. Pendant que tout le monde avançait, j'ai ralenti, je me suis assise sur une pierre et j'ai confessà mes amis que je ne pouvais pas faire un pas de plus. Ils se sont assis pour me tenir compagnie compagnie, et je ne me souviens pas comment je me suis endormie. Quand je me suis réveillée, j'ai vu que mes amis dormaient aussi. Se rapprocher du sommet sans le grimper - n'est-ce pas malheureux ?

Mais nous avons dû y retourner. Certains Arabes nous ont montré le chemin. Un chemin menant au monastère s'est ouvert devant nous. Il avait l'air si petit d'en haut. Le chemin était étroit et terriblement dangereux. Il se précipitait brusquement. Saint Jean Climaque a probablement vu ce chemin devant lui, décrivant son échelle vers le ciel, ou plutôt vers l'éternité. Bien qu'il ait eu l'ascension en tête, nous, nous descendions. La peur de tomber était si forte que parfois je voulais prendre l'air avec mes mains. Nous venions juste de descendre la montagne et nous nous sommes littéralement effondrés au monastère à cause de la fatigue.

Nous avons une amie religieuse. Sa première ascension sur le mont Sinaï a été rapide. Entourée de monialess du couvent de Gorny, et surtout de leurs prières, elle n'a pas remarqué comment elle a atteint le sommet. Par la suite, sa deuxième ascension a été complètement différente. Elle a commencé son voyage avec confiance avec une seule pensée : « C'est facile ! » - et s'est vite fatiguée. À mi-chemin, elle a perdu connaissance ! Lorsqu'elle est revenu à la raison, elle a vu un homme noir aux dents blanches avec un sourire d'une oreille à l'autre. Il lui a demandé en mauvais russe :

« Tu vas bien ? »

« Oui! », répondit-elle rapidement. Ses jambes pouvaient à peine se frayer un chemin vers le sommet. La question suivante se pose : quelle était la différence ? L'état intérieur de l'âme. La contrition de l'esprit des sœurs dans un sentiment de prière et de repentance et dans les paroles confiantes : « C'est facile ! ». Auparavant, les pèlerins montaient le mont Sinaï tout en récitant la prière de Jésus. Les moines se tenaient aux virages serrés du chemin et les pèlerins leur confessaient leurs péchés. Et l'ascension était plus facile.

     

Saint Jean Climaque a écrit son célèbre ouvrage lors de son higouménat  au monastère de sainte Catherine, contemplant devant lui à la fois au sens figuré et spirituellement ce long chemin de repentance, d'amélioration de la guerre spirituelle et de dépassement de soi-même. Tout indiquait qu'il n'y avait qu'un seul moyen de rencontrer Dieu : celui de se repentir et de voir ses péchés. Le chemin de la prière et de la foi. Alors l'échelle céleste deviendra surmontable.

La deuxième tentative

En me souvenant de mon expérience infructueuse, ou peut-être utile d'une telle ascension, lors du deuxième voyage, je me suis comportée différemment. Me connaissant, moi et mon caractère lâche, Père Igor m'a dit de diriger notre groupe, bien qu'il y ait eu ceux qui connaissaient déjà tout le chemin jusqu'au sommet. Sans écouter mes paroles  : « Oh, je ne peux pas ! Je ne connais pas le chemin », ou voyant mon visage tordu d'horreur, le prêtre s'est retourné et s'est éloigné. Un large chemin de pierre était devant moi au clair de lune. La lune pendait comme un énorme abat-jour en perles dans le ciel noir. Et nous avons grimpé. Je n'avais pas le choix : les gens se tenaient debout, me regardant dans l'attente, y compris ceux qui avaient déjà grimpé. La seule chose qui restait à faire était de les laisser tomber dans l'horreur. et réciter sans cesse la prière de Jésus a toujours été la seule force motrice de ma vie. Cependant, la responsabilité est un pouvoir terrible. Cela m'a conduit sans arrêt presque au sommet, malgré mes jambes qui étaient devenues engourdies. Mais dans de telles minutes et heures, la prière est spéciale - de tout votre cœur, ou peut-être par peur. En tournant à gauche après l'aire de repos familière, nous nous sommes retrouvés dans une obscurité impénétrable. Et, craignant de ne pas atteindre la destination et éclairant le chemin avec une lampe de poche, j'ai continué au hasard, là où nos pieds nous menaient. Et ils nous ont amenés à l'église même au sommet du mont Sinaï, où il y eut une rencontre entre Dieu et l'homme.

Et voici le sommet ! Nous étions morts sur nos pieds. Après quelques minutes, nous avons été soigneusement couverts de couvertures, en nous bordant dans les bords, et je me suis endormie.

Bientôt, les premières couleurs du soleil du matin illuminèrent l'horizon. L'aube commença à briller. L'aube, que chacun d'entre nous a vue des centaines de fois. Mais celle-là était spéciale. Nous l'avons rencontrée dans le Sinaï. C'était vendredi, jour de jeûne strict et de commémoration de l'ascension du Seigneur au Golgotha. Et la journée a commencé selon le calendrier de l'Église en l'honneur de sainte Marie d'Égypte.

On dit que tous les péchés seront pardonnés à celui qui rencontre le lever du soleil sur le mont Sinaï. Tout en comprenant l'absurdité de cette légende, nous nous souviendrons de la beauté de ce phénomène jusqu'à la fin de notre vie. La beauté du début d'un nouveau jour dans un endroit spécial, et comme le début d'une nouvelle vie - l'aube sur le lieu de rencontre de Dieu et de l'homme. 

Une vue imprenable s'est ouverte devant nous. Nous étions au point le plus élevé de la chaîne de montagnes, les montagnes s'étendant devant nous avec leurs sommets. Et s'il y avait de nombreuses périodes de destruction et de restauration en terre sainte en relation avec les guerres, alors qu'ici il y avait une beauté complètement intacte préservée sans intervention humaine, entourée d'une nature immaculée. Et, étonnamment, il n'y a pas de chant d'oiseaux, pas de buissons, pas d'herbe. Soleil brûlant le jour et vent perçant la nuit. Et le silence, le silence total, comme si cela nous rappelait que ce sera le mystère du siècle à venir.

Lever de soleil sur le mont SinaïLever de soleil sur le mont Sinaï     

Seules les falaises et les énormes rochers éparpillés au pied du mont Sinaï ressemblaient à la description dans l'Ancien Testament de la formidable présence de Dieu dans un orage, des éclairs, des nuages, des flammes et des tremblements de la terre dans cet endroit même où le peuple juif languissait par anticipation. Mais, peu importe à quel point le mont Sinaï était majestueux, encore plus exaltées étaient les paroles de Dieu Lui-même, qui par le tonnerre, la foudre et la fumée atteignaient les oreilles des gens. C'était le célèbre Décalogue : Les Dix Commandements de Dieu, dans chacun desquels la vérité éternelle fut révélée.

Que signifiait l'histoire séculaire des Indiens, des Égyptiens et d'autres peuples, avec toute leur sagesse et d'énormes temples et pyramides, en comparaison avec la Loi donnée à Moïse au Sinaï pour tous les siècles futurs ? Il jeta les bases de la vraie moralité et de la dignité humaine dans le monde. C'était l'anniversaire d'une nation différente de toutes les autres. Des vérités simples, mais profondes et éternelles sur le spirituel, sur Dieu, sur l'honneur de vos parents, sur la chasteté, sur la sainteté de la vie humaine, sur la pureté et la conscience - toutes ces vérités ont été approuvées au Sinaï. 

Le Décalogue a été proclamé par Dieu Lui-même avec une majesté si irrésistible et une simplicité si étonnante que les vérités qui y sont proclamées sont immédiatement devenues la propriété du peuple entier, dont la tâche était d'étendre cette loi à toute l'humanité. La loi donnée par Dieu au Sinaï établit non seulement les vraies opinions sur Dieu et l'attitude de l'humanité à son égard, mais place également les relations mutuelles entre les gens à un tout nouveau niveau. En l'honneur de ce grand événement, les Israélites établirent la fête de la Pentecôte, puisque cet événement eut lieu le cinquantième jour après le départ des Juifs d'Égypte.

C'est ici que nous nous souvenons des versets suivants de l'Ancien Testament : Ainsi dit le Seigneur : Le ciel est Mon trône, et la terre est Mon marchepied : où est la maison que vous me construisez ? et où est le lieu de mon repos ? (Is. 66:1).

Ici était Son temple non fait de mains d'homme, et ici devant Lui se trouvait un homme faible, comme un grain de sable devant l'univers. C'était Moïse. Bien qu'il n'ait guère pu parler aux gens, c'était un grand prophète, doté d'un pouvoir divin dans la direction du peuple juif et dans la gloire de ses miracles. Moïse, dont l'obéissance à Dieu dans ce monde en mutation l'a rendu grand devant toute l'humanité et son histoire.

Que peut ressentir une personne après s'être dépassé ? La joie. Et je ne me souvenais pas de mon ascension sur mes jambes qui s'engourdissait, de la peur de laisser tomber les gens, de la difficulté de la route et du froid nocturne. Je voulais courir en sautant, comme dans l'enfance, en oubliant les muscles endoloris, le long de ces pierres éclairées par le soleil - ce que j'ai fait, avec grand plaisir.

La Lumière Divine est un feu brûlant pour les pécheurs, mais pour ceux qui le cherchent, il purifie. Purifiant nos cœurs par repentance, Il déverse sur nous la Lumière de son Amour divin, nous accordant le calme et la paix. Ainsi, le Royaume des Cieux est créé de manière invisible en nous.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

ORTHOCHRISTIAN

jeudi 13 décembre 2012

Nous redresser de toute notre hauteur vers le Seigneur!

Jésus enseignait dans une des synagogues, le jour du sabbat. Et voici, il y avait là une femme possédée d'un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans; elle était courbée, et ne pouvait pas du tout se redresser. Lorsqu'il la vit, Jésus lui adressa la parole, et lui dit: Femme, tu es délivrée de ton infirmité. Et il lui imposa les mains. A l'instant elle se redressa, et glorifia Dieu. Mais le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat, dit à la foule: Il y a six jours pour travailler; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. Hypocrites! lui répondit le Seigneur, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache pas de la crèche son boeuf ou son âne, pour le mener boire?  Et cette femme, qui est une fille d'Abraham, et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de cette chaîne le jour du sabbat? Tandis qu'il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient confus, et la foule se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu'il faisait. (Evangile selon saint Luc 13:10-17)


Une femme qui pendant dix-huit ans ne pouvait pas se redresser, fut guérie par la puissance divine du Seigneur Sauveur. Cet incident, relaté par l'évangéliste Luc, nous rappelle la guérison miraculeuse qui a lieu avec toute personne qui rencontre le Christ sur le chemin de sa vie.

La vie de beaucoup d'entre nous dans ce monde est telle que, au fil des années, nous avons progressivement cédé sous le poids de la charge qui nous est confiée. C'est peut-être la charge des soucis terrestres, des expériences et des problèmes insolubles, ceci pourrait être la croix qui a été placée sur nos épaules: la maladie qui a nous a rendu visite, ou la part des épreuves qui nous est arrivée, ce  pourraientt être les péchés que nous ne pouvons affronter par manque de force. Nous plions sous le poids de tout cela.

Il nous semble parfois qu'il n'y a rien dans ce monde en dehors de la situation terrestre difficile dans laquelle nous nous trouvons. Jusques au jour où elle a été guérie par le Christ, la femme courbée n'a vu que le lopin de terre sous ses pieds. Exactement de la même façon, nous ne voyons pas ce qui est au-dessus de nous, ou même ce qui est au même niveau que nous, ne voyant que ce qui est sous nos pieds. Immergés dans les réalités terrestres et des soucis, nous oublions que, à côté de ce petit bout de terre qui nous est donné par tirage au sort, il existe quelque chose d'infiniment plus grand et plus beau: le monde entier avec ses étendues de terre et de mer, le ciel avec ses astres et les étoiles et, enfin, le Royaume des Cieux, auquel nous sommes tous appelés, car une demeure nous a été préparée à l'intérieur pour chacun de nous.

En venant à l'église, nous avons la possibilité d'entrer en contact avec cette autre réalité supérieure, dans notre expérience de vie propre. L'Eglise nous aide à nous redresser spirituellement, pour oublier le terrestre et nous souvenir du céleste, à nous détourner de la matière et de "l'ici», et à nous  tourner vers le spirituel et le «là».

En guérissant la femme courbée, le Seigneur Jésus-Christ montre ce qu'il attend de chacun de nous. Il attend que nous nous tenions devant Lui de toute notre hauteur, que nous grandissions, comme le dit l'apôtre Paul, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ (Éphésiens 4:13); que nous nous redressions, que nous déployions nos ailes, et que nous respirions profondément. Le Seigneur nous veut conscients de notre noble appel céleste: être enfants de Dieu, habitants de la cité céleste, la Jérusalem d'en Haut.

Il arrive souvent que les gens de foi courbent sous le poids de leurs propres péchés. Parfois, il arrive aussi qu'ils soient courbés vers la terre sous le poids de leur repentir pour les péchés qu'ils ont commis. Leur expérience de remords pour ce qu'ils ont fait ne leur donne pas la force de se corriger, elle ne les inspire pas à aller vers la lutte ascétique de l'auto-amélioration morale, vers l'accomplissement des commandements de Dieu, vers la vertu active, elle jette seulement dans un abattement encore plus grand que celui qu'ils ont connu avant de reconnaître leurs péchés.

Une erreur spirituelle est à l'origine d'une telle "repentance." Le Seigneur ne veut pas que nous ployions sous le poids de nos sentiments d'indignité personnelle. Lorsque nous abordons le Saint Calice nous confessons sincèrement et de tout cœur notre foi que le Seigneur est venu "pour sauver les pécheurs, dont [nous sommes] le premier." Si nous n'avons pas un tel sentiment, nous ne pouvons pas dignement participer à la communion, si nous considérons même qu'une seule personne est pire que nous, cela signifie que nous ne sommes pas encore mûrs pour une rencontre avec le Christ. Mais en nous reconnaissant comme pécheurs, et en voyant tout l'abîme de méchanceté qui est en nous, nous ne devrions donc pas céder au découragement et au désespoir. Il faut rappeler que, comme dit saint Isaac le Syrien, qu'aucun péché de l'homme - peu importe combien il est grave - ne peut subjuguer la miséricorde de Dieu. Tous nos péchés dans leur ensemble, selon les paroles de saint Isaac, sont comme une poignée de sable jeté dans l'océan de la miséricorde de Dieu, où elle se dissout et disparaît sans laisser de trace.

L'Eglise nous donne l'occasion de nous concentrer sur nous-mêmes, mais en Dieu; de réorienter notre attention de nous-mêmes, dans nos propres circonstances la vie, vers le Royaume des Cieux, dont nous pouvons devenir héritiers. Indépendamment de tous nos péchés et de notre incapacité à relever le niveau à partir duquel les chrétiens doivent vivre, indépendamment du fait que nous sommes incapables d'accomplir les commandements de Christ, qui, à ce qu'il nous semble, dépassent les forces humaines - indépendamment de l'ensemble de tout cela, nous avons encore la possibilité d'un renouveau spirituel continuel ici, dans l'Église, par la communion au Corps et au Sang du Christ, par la prière et par l'intermédiaire des offices divins.

L'Eglise nous donne de nouvelles forces pour que nous puissions grandir spirituellement, pour nous faire avancer de force en force, pour nous redresser plus en plus, devenir de moins en moins conscients de la terre et de nous tourner d'autant plus vers le ciel. Plus une personne s'approche de Dieu, plus elle perçoit son propre péché, et pourtant la perception de la proximité de Dieu augmente en même temps en lui. Et puis le repentir devient une joie, comme la récupération après une longue maladie, comme le fait de se redresser après plusieurs années passées déformés et tordus.

Marchons ensemble avec le Christ et ensemble, sur le droit chemin, n'arrêtons pas pour un seul jour, une heure ou une minute! Montons vers les demeures du Royaume céleste, où une place attend chacun de nous, si seulement nous pouvons nous montrer dignes de Dieu!


Version française Claude Lopez-Ginisty

vendredi 22 octobre 2021

Molly Sabourin: La Confession (R)

 


Je suis assise sur un banc de bois, attendant mon tour pour l'absolution. J'ai redouté ceci toute la journée, et maintenant avec seulement deux personnes en face de moi et le cœur chargé de bagages, j'aimerais que tout soit fini avant même que cela ait commencé. Nerveusement, je sors de ma poche, une demi-feuille de papier pliée, et je l'examine pour la centième fois. Ma propre écriture, à peine lisible, précise l'état réel de ma pathétique position.

Je suis une experte auto-proclamée en hypocrisie. Je sais quoi dire, comment faire basculer ma tête avec bienveillance, quand sourire, et où me tenir, la nuque inclinée, en signe de révérence. Chaque fois que je libère ma langue pour le commérage, ou avec jalousie dans une louange légitime, que j'exaspère mon enfant en assumant qu'il est en faute sans en comprendre les circonstances; quand je dépense de l'argent que nous n'avons pas à calmer mon propre stress, que j'évite les yeux pour échapper à la conversation, que j'évite le travail ennuyeux et monotone, ou que j'écoute distraitement afin de faire valoir mes propres opinions, je pousse ces actes d'égoïsme hors de vue, mais pas hors de l'esprit, jusqu'à ce que je sois prête à éclater sous leur poids.

Je suis relativement neuve à cet égard. Il y a dix ans j'étais très contente de me repentir devant Dieu au temps qui me convenait, et dans l'environnement de mon choix. L'idée d'annoncer officiellement mes fautes en face d'un témoin semblait sec et tout à fait inutile, comme de réciter à haute voix la liste d'épicerie de cette semaine à mon mari. Mon style de vie était relativement inoffensif, et je ne pouvais pas comprendre quel genre de péchés il serait utile de mentionner lors d'un tel événement solennel. De combien de façons pourrais-je éventuellement raconter la paresse?

Jamais auparavant, je n'avais eu l'occasion de m'asseoir, Les Béatitudes* à la main, afin de faire l'inventaire spirituel de mon âme. "Heureux les pauvres en esprit", ainsi commence le Sermon sur la Montagne. Bienheureux sont ceux qui reconnaissent leur dépendance complète du Christ, et la confiance n'est pas en leurs propres forces ou capacités. Comment ai-je prié authentiquement les paroles: "Que ta volonté soit faite?" Ai-je insisté pour cheminer selon mes propres plans, à la recherche de Dieu seul pour vérification? De quelles façons ce jour-là, cette semaine, ou même ce mois m'étais-je refusé quelque chose? Chaque question posée, mettait à jour les habitudes profondément enracinées barricadant ma volonté loin de la soumission et entravant ma croissance spirituelle.

L'homme à côté de moi se lève de notre banc partagé, et marche doucement vers une petite alcôve avec un tableau portant une croix et l'Evangile. Au-dessus, il y a des icônes du Christ, de la Mère de Dieu et des saints. Leurs visages austères, intolérants au mal et aux ravages qu'il sème dans les cœurs des hommes, tirent des confesseurs des méditations sur l'éternité généralement étouffées par les distractions terrestres. Notre prêtre sourit chaleureusement, entoure d'un bras les épaules de mon collègue paroissien et, ensemble, les têtes jointes en collaboration, ils commencent le travail de purification. La Grâce a inculqué le désir de rechercher la sainteté, et la réponse dans l'amour de ce jeune homme a été mise en avant dans son effort pour purger son âme des transgressions.

Je passe en revue dans ma tête la liste de blanchisserie des raisons pour lesquelles je suis assise ici, dans l'obscurité, un samedi soir. Je suis gênée de dévoiler mes mêmes mesquines et puériles tendances manipulatrices, et je souhaite, juste pour une fois, avoir un péché épique de passion à offrir, comme assassiner par amour, ou voler à cause de la faim. Ce sont cependant ces  comportements tranquilles, sans prétention, centrés sur moi, qui adhèrent comme de la colle, à mon personnage et ingénieusement me distraient de la voie du salut. Ce n'est que lorsque je suis le menton dans la fondrière, dans mes propres incohérences et misérablement gêné par ma faiblesse que je suis en mesure de me rendre, en désespoir de cause, à mon vrai but en tant que serviteur, pauvre en esprit, mais riche en miséricorde.

Mon tour est venu. C'est maintenant moi qui marche sur la pointe des pieds, portant mes péchés à la table. Je pense toujours a des façons d'être honnête au sujet de mes défauts, tout en permettant juste une touche de validité pour adoucir la présentation. Ma propre épaule sent l'étreinte chaleureuse de mon père spirituel, et mes yeux rencontrant le regard perçant du Christ et de ses saints, s'humectent de larmes avec étonnement devant cette foule sacrée réunie avec sollicitude bienveillante pour une brebis égarée. Me tenant ici, mon programme change brusquement. Je ne suis plus préoccupée par mon statut ou sa réputation. En face de Dieu, de Son témoin sacerdotal, et de Son église, je veux me retourner, révélant chaque grain de poussière qui trouble mon âme. Cette remise officielle d'un fardeau est un don au-delà de toute explication. L'Eglise, en reconnaissant combien peut être difficile un voyage sur la "route la moins fréquentée", met en place une oasis de fraîcheur à la disposition de nous tous, si nous acceptons seulement d'y venir et d'y boire.

Je m'agenouille, avec ma tête sous l'épitrakhelion et la main ferme de mon prêtre, alors qu'il récite la prière d'absolution tant attendue. Alors que je me relève, il donne sa bénédiction, et cette bénédiction finale:

"Maintenant, ne te préoccupe plus des péchés que tu as confessé, tu peux aller en paix."

Ma soif étanchée et ma force renouvelée, je pars.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


*Certains se préparent à la confession avec la lecture des Dix Commandements, d'autres avec la vision de la Bienheureuse Théodora, d'autres encore avec les Béatitudes...