"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

vendredi 11 avril 2014

Saint Eucher de Lyon: Eloge de la solitude (R)





Lettre Au saint seigneur Hilaire, prêtre de Lérins, à la fois bienheureux par le mérite et très glorieux dans le Christ.

Le beau geste d'Hilaire
Après avoir dit adieu, naguère, avec un grand courage, à ta maison et à tes proches, tu as pénétré déjà dans les retraites profondes de la mer immense. 

Mais tu as eu plus de vertu encore pour regagner la solitude que pour y venir la première fois ! En y sollicitant une place comme étranger d'abord, tu avais un maître et comme un guide de ta route. Tu retrouvais, en le suivant, un père pour remplacer les parents que tu avais quittés. Mais maintenant qu'il a été appelé à la dignité pontificale, tu as cru que tu devais l'accompagner, et ensuite ton amour du désert t’a ramené à la solitude amie. Tu nous donnes donc un exemple plus noble et plus grand. En venant au désert, tu paraissais te rendre auprès d'un frère. En y revenant, c'est ce frère même que tu abandonnes et quel frère ! Et de quelle dignité ! Et entouré par toi de quelle dilection ! Et attaché à toi-même par quelle tendresse singulière ! A l'amour d'un tel homme, tu ne pouvais rien préférer, si ce n'est peut-être l'amour du désert. Et certes, par cette préférence, tu n'as pas attesté que tu l'aimais peu, mais que tu aimais le désert un peu plus. Tu as donné la preuve de la grandeur de ton amour de la solitude en triomphant pour elle d'un très grand amour. Mais qu'est-ce donc en toi, que cet amour de la solitude, si on ne l'appelle l'amour de Dieu ? 

Tu as donc observé l'ordre de la charité prescrit par la Loi , en aimant Dieu avant tout et ton prochain ensuite. Quant à lui, comme je le conçois en ma pensée, plus attentif à la seule considération de ton progrès spirituel, je pense qu'il ne fut opposé ni à ton dessein ni à ton départ. Et malgré ce qu'il y avait d'inusité en tout cela pour les personnes qui lui sont attachées, il ne voulut pas moins, j'imagine, te renvoyer que tu ne voulais partir. Il t’ aime en effet et tu l'aimes à ton tour, mais en son amour il cherche ton bien, et si démonstrative et haute que soit sa charité à ton égard, sa cime s'étend jusqu'à ton profit. 

Tu avais déjà distribué aux pauvres toute ta fortune, pour n'être riche que dans le Christ. 

Tu possèdes la vertu d'un vieillard avec la jeunesse des années. On admire en toi l'esprit, l'éloquence. Mais plus que tout cela, ce que je place et ce que j'aime en toi en première ligne, c'est ce beau désir de la solitude. Aussi, comme tu me demandes souvent de répondre plus abondamment à tes lettres si étendues et si éloquentes, il faudra bien que toi, qui es si sage, tu supportes un instant ma sottise, pendant que j'essaierai de rappeler la vérité des grâces accordées par le Seigneur à cette solitude même que tu aimes tant . 

Le désert, temple de Dieu

J'appellerais volontiers le désert le temple sans limite de notre Dieu, car Celui que nous savons, avec certitude, habiter dans le silence, nous devons croire qu'Il se réjouit de la solitude. C'est là qu'Il S'est montré, le plus souvent, à Ses saints et, le lieu s'y prêtant, Il n'a pas dédaigné d'y rencontrer l'homme. C'est au désert que Moïse, son visage étant illuminé de gloire, voit Dieu; au désert qu'Élie tremblant voile sa face pour ne pas voir Dieu, et bien qu'Il parcoure tous les lieux comme son domaine et qu'Il ne soit absent nulle part, il est permis toutefois de penser qu'Il daigne visiter plus spécialement la solitude du désert et du ciel. Comme on demandait à quelqu'un, dit-on, en quel lieu il estimait que Dieu se trouvât, ce dernier répondit à son interlocuteur de le suivre hardiment où il le conduirait. Il vint alors, accompagné de l'autre, dans les solitudes d'un immense désert, et lui montrant ces vastes étendues, il lui dit : "Voici où est Dieu, car on peut bien dire qu'Il est plus particulièrement aux lieux où on Le trouve plus aisément." 

A l'origine des choses, quand Dieu faisait tout avec sagesse et distribuait les aptitudes utiles aux usages futurs, Il ne laissa sûrement pas cette partie de la terre dans l'inutilité et le déshonneur, mais en créant tout avec magnificence dans le présent, mais tout autant avec prévoyance pour l'avenir, Il prépara le désert pour les saints. Je crois qu'Il voulut ici l'abondance des fruits et là, en l'absence d'une nature plus indulgente, la fécondité de la sainteté, en sorte que les déserts en fussent fertilisés, et alors qu'Il "arrosait du haut des cieux les montagnes" (cf. Ps 103), Il décréta que les vallées abonderaient en récoltes et que les désavantages des lieux seraient compensés en ce que l'habitant enrichirait l'habitation restée stérile. 

Le paradis et le désert

Ce possesseur du paradis, qui fut aussi le transgresseur du précepte divin, alors qu'il habitait un lieu plein de charmes, se montra incapable d'observer la loi que Dieu lui avait fixée (Il s'agit d'Adam). Plus son séjour était agréable, plus il fut enclin à la chute. C'est pourquoi non seulement la mort le soumit à son empire, mais elle étendit jusqu'à nous son aiguillon. En sens inverse, qu'il aille au désert celui qui aime la vie, puisque l'habitant du paradis a rencontré la mort. Mais venons-en aux exemples ultérieurs qui prouvent la Faveur constante de Dieu pour le désert. 

Exemples de la Faveur de Dieu pour le désert

Moïse conduit son troupeau au désert. C'est alors qu'il voit de loin Dieu en un buisson embrasé par un feu qui ne consume pas. Non seulement il le voit, mais il l'entend. Le Seigneur lui commande d'ôter ses sandales, il déclare sacré le sol du désert : "Le lieu où tu es, lui dit-Il, est une terre sainte !" (Ex 3,1-6). Il révèle donc clairement la Gloire cachée de ce lieu. La sainteté de ce sol est confirmée par la sainteté du Témoignage divin. Et, à mon sens, il suggère secrètement et pareillement par ses paroles qu'en entrant au désert, il faut se délier des anciennes attaches et des soucis de la vie, pour avancer, affranchi des chaînes antérieures, en évitant de souiller ce lieu. 

C'est là que, pour la première fois, Moïse devient l'interprète des Conversations familières de Dieu, il entend ses Paroles et il Lui répond, il s'informe de ce qu'il devra dire et faire et il en est instruit, il s'entretient, par un échange mutuel et comme usuel de discours, avec le Seigneur du Ciel ! 

C'est là qu'il reprend sa verge, désormais douée du pouvoir des miracles. Il était entré au désert en pasteur de brebis, il en sort pasteur de peuples ! 

Mais voici que le peuple de Dieu doit être libéré d'Égypte et arraché aux oeuvres terrestres, que va-t-il arriver ? Ce peuple n'ira-t-il pas chercher Dieu dans les déserts et la solitude, afin de se rapprocher de Celui qui le délivrait de la servitude ? Il se portait donc au désert, rendu terrible au loin par son immensité, sous la conduite de Moïse : "Qu'elle est grande la multitude de ta douceur, ô Seigneur !" (Ps 30,20) Moïse était entré au désert et il y avait vu Dieu. Il y revient pour Le voir encore. C'était Dieu en effet qui choisissait la route de son peuple, et Il le conduisait au désert, en offrant aux voyageurs une colonne pour le jour et la nuit, tantôt rouge comme une flamme, tantôt blanche comme un nuage ! Il donnait ainsi à Ses serviteurs un signe, cette sorte de masse lactée qu'Il illuminait de feux alternés. Israël, à cette lumière, suivait les rayons rutilants de loin, en sorte que le Seigneur, conduisant son peuple dans la solitude désertique, lui montrait très justement la route en Lui fournissant sa clarté ! Et ne voilà-t-Il pas que, sur le chemin des déserts, les gouffres redoutables de la mer infranchissable s'ouvrent devant ce peuple ? 

Entre les flots redressés, les bataillons poussiéreux trouvent une route, sur les rivages rougissants, et contemplant les montagnes menaçantes des eaux suspendues, du fond de la vallée, le gardien du peuple traverse les étendues de la mer ! Et là ne s'arrête pas la puissance de l'oeuvre divine. Les eaux refluent en effet. Elles recouvrent le chemin qu'elles avaient ouvert et détruisent l'ennemi. La mer reprend toute sa place, afin de s'opposer, me semble-t-il, à tout retour d'Israël hors du désert. Dieu avait tracé la route parmi les flots, puis Il l'avait cachée dans la confusion des ondes, afin d'ouvrir un chemin dans la direction du désert et de le fermer en sens opposé. Tel fut le miracle de grâce accordé à ce peuple, en sa marche au désert. Mais il en obtint bien davantage, quand il y fut entré. Là, en effet, le Seigneur le restaura par un prodige inespéré, en fournissant à sa soif des eaux abondantes sorties d'un rocher et en tirant de masses pierreuses arides les ruisseaux d'une source, comme s'Il imposait, d'une main cachée, une nouvelle nature à des canaux cachés. Et il ne Lui suffit pas d'inonder la roche desséchée d'un fleuve nouveau, mais Il confère une douceur surnaturelle aux amertumes des eaux désagréables (cf. Ex 17,6). Il avait fait couler les unes, Il transforme les autres, Il ne fait pas un plus grand miracle en arrachant des eaux de la roche qu'en changeant les eaux en d'autres eaux ! Le peuple entier s'étonne de ressentir le Secours céleste aussi bien dans ces eaux qui existaient déjà qu'en celles qui n'existaient pas encore ! 

Là encore, ce peuple recueille sur le sol blanchissant un aliment venu du ciel (cf. Ex 16,14), et le Seigneur fait tomber des nuages, un pain qui ressemble à une pluie sèche ! Sur les tentes et dans les espaces qui les séparent dans le camp, la manne s'étend comme une neige et "l'homme peut manger le pain des anges" (cf. Ps 77,14). Mais comme "à chaque jour suffit sa peine" (cf. Mt 6,34), l'Indulgence divine ne fournit que la nourriture quotidienne et impose la loi de ne point penser au lendemain. C'est ainsi que jadis, quand les habitants du désert ne pouvaient trouver leur nourriture, le ciel la leur apportait ! 

Mais n'est-ce pas aussi au désert que les Hébreux reçurent la Loi et les Préceptes divins, quand ils eurent le bonheur de voir de près les signes inscrits par le Doigt de Dieu sur les Tables saintes ? Sortant de leur camp, ils vinrent au-devant du Seigneur, au pied de la montagne. Frappés de terreur, ils contemplèrent ce sommet du Sinaï qu'entourait de son effroi une majesté visible. Ils virent la montagne fumante d'une flamme formant barrière, puis recouverte en entier par la nuée la plus épaisse. Ils s'épouvantèrent des fulgurations éclatantes de la foudre et des roulements répétés du tonnerre mêlés aux bruits éclatants des trompettes. C'est alors que les fils d'Israël, habitant au désert, eurent l'honneur de voir le Trône de Dieu, d'entendre sa Voix. Ce fut par de tels miracles ou d'autres du même genre que cette nation fut maintenue, alors qu'elle se trouvait au désert : aliments inusités, breuvages inattendus, vêtements inusables, alors que, autour d'eux, tout demeurait dans son état habituel. Tout ce que la nature des lieux n'accordait pas à leurs besoins, la Magnificence éclatante de Dieu le leur fournissait. Il n'a rien exagéré celui de leurs saints qui a célébré tant de faveurs célestes en s'écriant : "Ce n'est pas à toute nation que le Seigneur en a fait autant." (Ps 148,20). 

Faveurs spéciales, dons inouïs, c'est par ces Grâces divines que ce peuple a été restauré au désert. En vérité tout cela nous est rapporté en figure de ce qui nous arrive. Les apparences de tous ces faits sont pleines de mystères cachés. Tous nous avons été en Moïse baptisés dans la nuée et la mer, tous nous avons mangé de la nourriture spirituelle et bu de la boisson spirituelle. Mais cela n'empêche pas que ces récits, en nous offrant la foi de l'avenir, conservent la vérité du réel. Toutefois, la gloire du désert ne serait pas amoindrie même si tous ces faits devaient être élevés au rang des signes sacrés. Ce ne serait pas une moindre grâce si le prodige des vêtements corporels soustraits à l'usure n'avait d'autre sens que d'annoncer la vie future; ce serait, en effet, une haute dignité du lieu, si la félicité du siècle à venir s'y trouvait préformée dans celle des habitants du désert . 

Et pourquoi les fils d'Israël ne sont-ils parvenus à la Terre promise qu'en passant par le séjour au désert ? Pourquoi, avant de posséder cette terre où coulaient le lait et le miel, ont-ils dû occuper ces étendues arides et incultes ? C'est une loi générale que le chemin vers la véritable patrie s'ouvre dans les demeures désertiques. Il faut qu'il habite une terre inhabitable, celui qui "veut voir les Biens du Seigneur dans la région des vivants" (Ps 26,13), il faut qu'il soit l'hôte de la première pour devenir le citoyen de la seconde (cf. Eph 2,19). 

Autres exemples, dans l'Ancien Testament

Mais laissons ces exemples : David, lui-même, ne put échapper aux embûches d'un roi hostile que par la fuite au désert (cf. I R 23). Devenu l'habitant des étendues arides de l'Idumée, il avait soif de Dieu, de tout coeur; il se montrait à Dieu comme "assoiffé au désert sans eau et sans route" (Ps 67,3 ) et méritait ainsi de contempler, comme un saint, et la Vertu et la Gloire de Dieu. 

Élie, à son tour, le plus grand des hommes du désert, ferma le ciel à la pluie, l'ouvrit aux flammes dévorantes, reçut sa nourriture par le ministère d'un oiseau, triompha des lois immuables de la mort, traversa le Jourdain entrouvert pour lui, monta emporté au ciel par un char de feu. (cf. 3 R 17-18 et 4 R 2). 

Et que dire ensuite d'Élisée, disciple de cette vie et héritier de cette puissance ? N'est-ce pas lui qui a brillé par l'éclat du miracle, quand il a fendu le torrent, fait nager le fer, ressuscité un mort, multiplié les vases d'huile, et qui, enfin, a bien montré qu'il possédait deux fois la puissance de son maître, puisque celui-ci avait, de son vivant, ressuscité un défunt, tandis qu'Élisée, déjà mort, a fait de même (cf. 4 R 2,6-4,3). 

Et voici encore les fils des prophètes : ils délaissaient les villes, gagnaient le Jourdain jailli d'une double source, élevaient leurs tentes dans les lieux secrets, groupées au bord du torrent (cf. 4 R 1-7). 

Toute la cohorte sainte veillait sur les rives du fleuve désert, elle était éparse sous des tentes et des habitations adaptées, et d'une vertu choisie, conservait l'esprit paternel. 

Exemples tirés du Nouveau Testament

Mais voici celui dont nul des fils de la femme n'a surpassé la grandeur ( Le Saint Prodrome et Baptiste Jean). N'est-ce pas dans le désert et clamant dans le désert qu'il a vécu ? 

C'est au désert qu'on nous le montre donnant le baptême, au désert qu'il prêche la pénitence, au désert qu'il fait la première mention du royaume des cieux. Il a, le premier, annoncé à ses auditeurs ces choses, au lieu même où il serait le plus facile pour chacun de les obtenir. Et il serait bien juste que cet habitant intrépide du désert fût envoyé comme un ange devant la Face du Seigneur, ouvrît la porte du royaume céleste, et en qualité de précurseur et de témoin, fût digne d'entendre la Voix du Père parlant du ciel, de toucher le Fils en Le baptisant, et de voir descendre le Saint Esprit. 

Et enfin le Seigneur Lui-même, notre Sauveur, à peine baptisé, comme le dit l'Écriture (cf. Mt 4,1), est conduit au désert par l'Esprit ! Et quel est donc cet Esprit ? Aucun doute que ce ne soit le Saint Esprit. Mais justement, que le Saint Esprit L'entraîne au désert, par là même Il le dicte, Il l'inspire en secret, et le désert devient une digne suggestion de l' Esprit Saint. A peine baigné dans le fleuve mystique, Jésus ne croit rien avoir de plus pressé que de se rendre au désert. Et cependant, Lui, Il avait sanctifié les eaux sanctifiantes elles-mêmes et Il n'avait eu à purifier aucun péché de l'homme, car Il n'avait pas commis le péché et ne craignait pas le péché. Et malgré cela, Il brûlait du désir du désert, et, voulant être en tout un exemple salutaire, Il désirait pour nous ce qui n'était pas digne de Lui ! Or, si le désert était agréable à Dieu en Celui qui était affranchi de nos erreurs, combien est-il plus nécessaire à l'homme soumis à tant d'égarements ! Si l'innocence le recherchait, combien plus le pécheur doit-il le désirer ! 

Et c'est là aussi, loin du vacarme des foules, que le Seigneur reçoit les ministères de la Puissance divine, c'est au désert, comme s'il était déjà remonté au ciel, que les anges lui apportent leur office ! (cf. Mt 4,11). 

C'est là qu'Il a repoussé les tentations insidieuses de l'ennemi antique. Là que le nouvel Adam a repoussé celui qui avait triomphé du premier Adam. Ô gloire magnifique du désert : le démon, vainqueur au paradis, est vaincu au désert ! 

C'est encore au désert que notre Sauveur, à l'aide de cinq pains et de deux poissons seulement, nourrit, rassasia, assouvit cinq mille hommes ! (cf. Mt 14). 

C'est toujours au désert que Jésus nourrit les siens. Jadis la manne fut le signe de la Bonté divine. Mais cette fois, on remporte des fragments. Ce fut un même miracle de faire tomber la nourriture sur des affamés et de la multiplier pour des convives. Grâce à ses Dons, les aliments l'emportèrent sur les besoins du banquet. Au désert, dis-je, au désert il faut que nous accordions le mérite de tant de miracles : la vertu aurait-elle dévoilé sa puissance, si le lieu avait eu l'abondance ? 

Et voici que Jésus, notre Seigneur, monte jusqu'aux sommets les plus reculés d'une montagne. Il n'emmène que trois témoins choisis avec lui. Et son visage se met à briller d'un éclat inaccoutumé ! Et c'est alors que le plus grand des apôtres, contemplant son Humanité publiquement transfigurée, crut pouvoir proclamer au désert sa Majesté, en s'écriant : "Il nous est bon d'être ici !" (Mc 9) Voulant signifier qu'il aimait la splendeur du prodige dans le mystère du désert ! 

Le même Jésus, notre Seigneur, comme il est écrit (Lc 5,16), se retirait en un lieu désert pour y prier. 

On doit donc désormais appeler le lieu de la prière celui qu'un Dieu, en priant Dieu, a déclaré et proclame destiné à cela et duquel, la prière se faisant humble pénètre mieux les cieux, à l'aide du cadre local, parce qu'il avait les honneurs du mystère. En y priant Lui-même, Jésus, en oraison, a montré où Il voulait que nous priions quand nous nous adressons à Lui. 

Exemples tirés de l'histoire récente de l'Église

Que dire maintenant de Jean et de Macaire et de beaucoup d'autres , dont la vie, écoulée dans les déserts, se déroulait dans les cieux, ceux-là ont approché le Seigneur autant qu'il était permis à l'homme. Ils ont été admis à l'accomplissement des œuvres divines autant qu'il était possible à des êtres de chair ! Leur esprit fixé vers les sommets pénétra dans les secrets célestes, et, avec l'aide de la grâce, ils furent élevés soit par des révélations cachées, soit par d'éclatants miracles, si haut qu'avec l'aide de la solitude ils parvinrent à ne plus toucher la terre que par le corps, alors que par l'esprit, ils possédaient déjà le ciel. 

Éloge du désert

Concluons donc que cette demeure du désert est, pour ainsi dire, le siège de la foi, l'arche de la vertu, le sanctuaire de la charité, le trésor de la piété, le tabernacle de la justice. Car de même que dans une grande maison, tous les objets précieux sont enfermés en des cachettes bien closes, ainsi cette richesse des saints cachés au désert, bien enfermée derrière ses barrières propres, est mise en dépôt, pour ainsi dire, dans l'arsenal fermé de la solitude, de crainte que le contact des fréquentations humaines ne la détériore. Et c'est bien à propos que le Seigneur a non seulement caché tous ces trésors en cette partie de la demeure humaine, mais sut également, quand il le fallait, les retirer de cette cachette ! 

Jadis, la divine Providence témoigna, à l'égard du désert, d'une souveraine et supérieure sollicitude. Mais de nos jours encore, elle n'est pas petite. Lorsqu'en effet les habitants de la solitude reçoivent de Dieu, avec une abondance inespérée, leur nourriture, n'est-ce pas comme si elle tombait du ciel ? A eux aussi la Munificence divine accorde la manne et le Seigneur ne déploie pas moins la force de son Bras pour leur fournir, par des voies cachées, leurs aliments ! Et lorsque les rochers transpercés, par la Grâce de Dieu, font couler les eaux du milieu des pierres, n'est-ce pas exactement ce que Moïse avait fait, en frappant le rocher pour en faire jaillir les eaux ? De même, pour les vêtements, voici qu'ils ne connaissent pas l'usure, chez les habitants du vaste désert, puisque la Providence divine les remplace gratuitement, quand il le faut, en sorte qu'ils demeurent intacts, en se succédant ! Le Seigneur a nourri les siens, autrefois, au désert, et Il le fait encore maintenant ; ceux-là, durant quarante ans, et ceux-ci, aussi longtemps qu'il y aura des années ! 

C'est donc avec raison que le saint, enflammé du Feu divin, quitte sa demeure pour celle du désert; qu'il le préfère à ses enfants, à ses proches, à ses parents, à la société de tous les siens. C'est avec raison qu'il dit adieu à une patrie aimée, pour donner le nom de patrie temporaire à celle-ci, d'où ne l'arracheront ni la crainte, ni le regret, ni la joie, ni la peine. C'est avec raison, pour tout dire, qu'elle remplace par lui toutes les affections. 

Les bienfaits du désert

Qui pourra dignement énumérer les bienfaits de la solitude et les avantages de la vertu de ses habitants ? Placés dans le monde, ils ne sont pour ainsi dire plus du monde ! Selon le mot de l'apôtre Paul, "errants dans les déserts, sur les montagnes, dans les cavernes et les grottes de la terre", c'est bien justement que le même apôtre déclare que le monde n'est pas digne d'eux (cf. Heb 11,38). 

Ils sont, en effet, étrangers au tumulte de la république humaine, séparés, tranquilles, silencieux, moins soustraits à la volonté qu'à la faculté même de pécher ! 

Chez les anciens, des hommes illustres de ce monde, fatigués du poids des affaires, se sont parfois réfugiés dans la philosophie comme dans leur demeure propre. Comme il est plus beau encore de se tourner vers les études de cette sagesse éclatante et plus magnifique de se plonger dans la liberté des solitudes et les secrets du désert, pour ne plus s'adonner qu'à cette philosophie, en s'y exerçant dans les déambulatoires du désert comme dans leurs gymnases particuliers ! Où donc, je le demande, la Pâque est-elle mieux observée que dans la demeure érémitique ? Mais observée surtout par les vertus, et spécialement par la continence - la continence, dis-je, qui est comme un désert du coeur. C'est au désert que Moïse a donné au jeûne quarante jours continus, et après lui, Élie, reculant l'un et l'autre les limites des forces humaines. Puis, le Seigneur voulut, à son tour, consacrer le même temps à l'abstinence, mais au désert ! Et nous ne trouvons pas que l'on ait pu remplir par le jeûne ces mêmes espaces de temps en d'autres lieux. On en vient à croire que le Seigneur a conféré à ces lieux mêmes une telle vigueur ! 

Où donc, je vous prie, est-il possible d'avoir plus de loisir pour goûter combien le Seigneur est suave ? Où donc une voie plus commode est-elle ouverte à qui tend à la perfection ? Où trouver un champ plus vaste pour les vertus ? Où le recueillement de l'esprit est-il plus facile pour qu'il puisse regarder autour de lui ? Où le coeur sera-t-il plus dégagé, dans ses intentions, pour s'efforcer d'adhérer à Dieu, que dans ces lieux écartés où non seulement il est aisé de trouver Dieu, mais encore de Le garder. 

Quoique, souvent, au désert, on rencontre des étendues de sable fin, nulle part cependant l'on ne saurait jeter plus solidement les fondements de notre maison évangélique ! Si l'on y réside dans le sable, ce n'est pas sur le sable qu'on y construit sa demeure. Nulle part mieux que là, cet édifice n'est puissamment établi sur le roc, pour durer, en sa masse indestructible, par une stabilité immuable, en sorte que ni les vents des tempêtes, par leurs assauts, ni les flots, par leurs attaques, ne puissent le renverser ! C'est que les habitants du désert se bâtissent de tels édifices, mais dans leurs coeurs ! Ils recherchent les sommets par les bas-fonds, les hauteurs par l'humilité. Ils dédaignent et oublient les choses terrestres pour l'espoir et le désir des célestes ! Ils repoussent, préférant être pauvres, les richesses, et veulent être pauvres, afin de devenir riches. Jour et nuit, dans le travail et les veilles, ils luttent, afin d'embrasser le principe de cette vie qui ne doit pas avoir de fin. Ainsi, le désert, en son sein maternel, abrite ces véritables avares d'éternité, très prodigues de ce qui passe, indifférents au présent, mais assurés de l'avenir. Et grâce à eux, ceux en qui les siècles passés trouvent leur fin, parviennent aux siècles sans fin. En ce lieu, brûlent les saintes lois de l'homme intérieur et les règles du siècle éternel, plus subtilement qu'ailleurs. Les sentences qui frappent les crimes et les forfaits humains perdent ici leur force. Il n'y est plus question de châtier les fautes capitales. Si le coeur n'est très pur, les lois indignes le rendent coupable. Le mouvement intérieur de l'âme met toute son étude à s'enfermer dans les limites de la justice. Le coeur, se jugeant lui-même, frappe jusqu'au principe des plus léger les pensées. Que pour d'autres, il soit mal d'avoir fait le mal, pour eux il est mal de n'avoir pas fait le bien ! Mais comment pourrais-je vénérer, par un hommage juste, toutes les institutions intimes du désert ? Il y a toutefois ceci que je ne puis passer sous silence, que la force de vertu qui se trouve en ses habitants est presque aussi connue qu'elle est cachée ! A mesure qu'ils se retirent plus loin du monde et de la société des humains, dans le désir d'être inconnus, il leur est impossible de dérober leur mérite ! Plus leur vie se tourne vers le dedans, plus leur gloire éclate au dehors, par une disposition spéciale de Dieu, à mon sens, car Il veut que l'habitant de sa solitude soit caché au siècle mais ne soit pas caché comme exemple ! Telle est la lumière qui resplendit à travers l'univers entier, placée sur le candélabre du désert, et répandant de là sa clarté la plus éclatante sur les membres enténébrés du monde ! Telle est la cité qui ne peut être cachée, parce qu'elle est bâtie sur la montagne du désert et qu'elle est l'image sur terre de la céleste Jérusalem ! Si donc on est dans les ténèbres, on doit s'approcher de cette lumière, afin d'y voir clair; si l'on est en péril, il faut se diriger vers cette cité, pour être à l'abri ! 

Hautes faveurs mystiques au désert

O combien douces, pour ceux qui ont soif de Dieu, ces solitudes écartées ! Qu'elles sont agréables à ceux qui cherchent le Christ, ces vastes étendues, où tout se tait ! Alors l'âme joyeuse est excitée par les stimulants du silence à monter vers son Dieu; alors elle se nourrit d'ineffables extases . Nul bruit n'intervient,nulle voix ne se fait entendre, si ce n'est celle qui parle avec son Dieu ! Et lorsque le son exquis de cette voix brise le silence de la solitude et tombe sur cette âme, un frémissement plus doux que le repos même et le saint tumulte de la plus délicate conversation vient rompre cet état de quiétude paisible. Alors les choeurs fervents vont frapper le ciel de leurs hymnes suaves et l'on parvient jusqu'aux cieux à la fois par les voix et par les prières ! 

C'est en vain que frémit, en tournant autour de ce bercail, l'adversaire, comme un loup autour des brebis enfermées dans la bergerie ! Le loup est arrêté par les murailles. De même les ennemis sont repoussés par l'étendue du désert. "Ce n'est pas en vain que veillent ceux qui gardent la cité !" (Ps 126,1). 

On est gardé là par le Christ combattant avec nous. Le peuple adoptif de Dieu est tout ensemble exposé dans l'immensité des espaces du désert et cependant clos à tous ses ennemis ! 

Les beaux espaces du désert sont visités par les choeurs des anges, dans la joie, et ils illuminent par de fréquentes visites les habitants de la solitude, comme par l'échelle de Jacob ! 

C'est là aussi que "l'Époux repose au milieu du jour." (Can 1,6). Les habitants du désert, blessés d'amour, Le contemplent en s'écriant : "Nous avons trouvé celui que notre coeur aime et nous ne le laisserons plus s'éloigner !" (Can 3,4) 

Et il ne faut pas croire, comme on le fait, qu'il est stérile et infructueux, le sol du désert, et que les rochers de la solitude brûlée soient privés de fécondité ! Là les germes se multiplient, et produisent au laboureur cent pour un. Il n'y arrive pas aisément que la semence tombe le long du chemin et soit enlevée par les oiseaux, ni qu'elle s'égare parmi les pierres, où ne trouvant pas de racines, elle sèche au lever du soleil, ni qu'elle s'échappe au milieu des épines et soit étouffée par les ronces quand elles poussent ! Le cultivateur recueillera ici une moisson abondante. Ces pierres produiront une récolte apte à engraisser les os eux-mêmes ! On y trouve le pain vivant qui est descendu du ciel. De ces rochers jaillissent des fontaines abondantes et des eaux vives qui suffisent non seulement à rassasier, mais encore à sauver. C'est là que se trouve le pré et le plaisir de l'homme intérieur. Ce désert inculte offre des agréments merveilleux, il est à la fois désert pour le corps et paradis pour l'âme ! 

En résumé, nulle terre ne peut se glorifier de sa fertilité, en comparaison du désert ! 

Est-il une terre riche en fruits ? En celle-ci, croît le froment qui "rassasie de sa graisse ceux qui en mangent" (Ps 148,14). En est-il une autre qui se réjouit de vignes chargées de raisins ? En celle-ci, se récolte surtout "le vin qui donne la vraie joie au coeur de l'homme " (Ps 103,15). Cette troisième l'emporte-t-elle par l'élevage des troupeaux ? C'est en celle-ci que paissent les plus saintes des brebis, celles dont il est dit : "Paix mes brebis !" (Jn 21,17). Cette autre se décore-t-elle de fleurs au printemps ? C'est surtout en celle-ci que brille "la fleur des champs et le lis des vallées" (Can 2,1). 

Enfin, en est-il une dernière qui soit exaltée pour ses métaux précieux et charmants, ou toute rutilante de son or ? En celle-ci, les divers éclats des pierres précieuses font rayonner leurs couleurs sous une vibrante lumière. Ainsi, sur tous les points, cette terre est supérieure à toutes les autres et dans tous les biens. C'est donc à juste titre, ô terre vénérable que tu as été ou habitée ou désirée par les saints. Tu as été fertile à leur profit, puisque tu remplaçais pour eux toutes les richesses. Tu exiges un cultivateur qui cultive sa terre et non la tienne. Tu es stérile pour les vices, à tes habitants, et féconde en vertus. Quiconque a recherché tes demeures y a trouvé Dieu. Quiconque t'a cultivée a rencontré le Christ. Celui qui t'habite jouit de son Seigneur habitant en son coeur ! C'est la même chose de te posséder et d'être possédé par Dieu. Celui qui ne se refuse pas à tes espaces devient le temple de Dieu. 

A la gloire de Lérins

Je dois, certes, mon respect à tous les lieux du désert que la retraite des justes a illuminés, mais j'aime et honore entre tous ma chère Lérins, qui reçoit dans son sein plein de miséricorde ceux qui lui viennent, au sortir des naufrages de ce monde orageux. Elle introduit affectueusement sous ses ombrages tous ceux qu'a dévorés l'ardente chaleur du siècle, pour qu'ils puissent reprendre haleine, en cet abri intime. Elle abonde en eaux vives, en ombrages verdoyants, en fleurs parfumées. Agréable aux yeux comme aux narines, elle s'offre à ceux qui l'habitent comme un vrai paradis. 

Elle était digne d'être établie dans les célestes disciplines, sous l'autorité d'Honorat. Elle méritait d'avoir un père si grand, pour de si grandes institutions, tout rayonnant de la vigueur et de l'aspect de l'esprit apostolique. Elle méritait, en le recevant, de briller d'un tel éclat. Elle est digne de nourrir les moines les plus éminents et de produire des prêtres que l'on envie. Maintenant, elle possède son successeur, qui se nomme Maxime, illustre par cela même qu'il a mérité d'être mis à sa place. Elle a eu Loup, au nom révéré, qui nous a rappelé ce loup de la tribu de Judas. Elle a possédé son frère, Vincent, une pierre précieuse, éclatante par son éclat intérieur. Elle possède encore le vénérable Caprais que sa gravité égale aux saints d'autrefois. Elle possède enfin ces pieux vieillards qui, en leurs cellules séparées, ont introduit dans nos Gaules les pères d'Égypte. 

Quels groupes de saints, ô bon Jésus, quelles assemblées ai-je vues en ces lieux ! Là, de précieux vases d'albâtre répandaient les parfums les plus suaves. Partout, soufflait l'odeur de la vraie vie ! Leur seul aspect extérieur révélait l'état intérieur des âmes ! Ils étaient étroitement serrés dans la charité, abaissés dans l'humilité, adoucis dans la piété, affermis dans l'espérance, modestes dans leur démarche, prompts à l'obéissance, silencieux en leur rencontre, sereins dans leurs visages ! A les voir, on dirait, dès l'abord, une troupe d'anges de la paix ! Ils ne désirent rien, ne regrettent rien, si ce n'est Celui qu'ils désirent encore en Le regrettant. Au temps même où ils recherchent la vie bienheureuse, ils en jouissent, et pendant qu'ils Le poursuivent, ils L'obtiennent ! Ainsi, veulent-ils être séparés des pécheurs ? 

Ils le sont. Mener une vie chaste ? Ils la mènent ! Consacrer toute leur vie à louer Dieu ? Ils l'y consacrent ! Se réjouir dans les assemblées des saints ? Ils s'y réjouissent ! Posséder le Christ ? Ils le possèdent ! Vivre de la vie du désert ? Ils en vivent manifestement ! De la sorte, par une Grâce très riche du Christ, un grand nombre des biens qu'ils désirent pour l'avenir leur sont accordés dans le présent. Ils ont déjà la réalité, alors qu'ils poursuivent l'espérance. Ils trouvent dans le travail même une magnifique récompense du travail parce qu'ils découvrent, en s'y livrant, presque tout ce qui doit en être le prix. Ton retour en leur société, très cher Hilaire, t’a apporté à toi, mais à eux aussi, le plus grand profit, puisqu'ils se réjouissent allégrement de ce retour même. 

Je te supplie, avec eux, de ne pas oublier de prier pour mes péchés; avec eux, dis-je, dont je ne sais si tu leur as apporté plus de joie qu'ils t’en donnent. Tu es maintenant le véritable Israël, tu contemples Dieu en ton coeur, délivré que tu es de l'Égypte, c'est-à-dire des ténèbres du siècle, ayant passé les eaux salutaires qui ont englouti tes ennemis, suivi au désert la colonne de feu, et tu expérimentes la douceur des breuvages amers d'autrefois transformés par la croix du Christ, cette eau qui jaillit vers la vie éternelle, tu la reçois du Christ. 

Tu nourris ton homme intérieur d'un pain venu d'en haut. Tu entends la Voix divine, qui t’annonce ton trône. Parce que tu es enfermé au désert avec Israël, tu entreras avec Jésus dans la Terre promise ! Adieu, dans le Christ, Jésus, notre Seigneur!

Saint Eucher, évêque de Lyon
(451-491)

Haïjin Pravoslave (CCCXXXI)


Le Nom dans ton cœur
Rayonne sur l'univers
Et le transfigure

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

jeudi 10 avril 2014

Haïjin Pravoslave (CCCXXX)


La Sainte Ecriture
Est le havre du salut
Accessible à l'âme

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

Saint Antoine d'Optino/ L'aide de Dieu (R)



[image]


Quelles que soient tes peines, elles sont comme de très petites étincelles, c'est-à-dire qu'en crachant simplement sur elles, tu les éteindras. Mais si tu attises la plus petite étincelle, une flamme en surgira qui détruira entièrement toute bonne condition d'une personne. Le fait d'attiser vient des pensées trop nombreuses. ( par exemple: "Mon cœur ploie sous une croix tellement lourde… La vie monastique est vraiment très amère… Mon cœur tout entier est déchiré en mille morceaux...)

Les pères ne sont pas les pères seulement lorsqu'ils tapotent sur la tête de leurs enfants ou bien qu'ils les gâtent, mais on les appelle aussi pères lorsqu'ils les instruisent et les punissent.

Si quelqu'un, pense de lui-même qu'il n'a nul besoin d'un guide, il s'éloignera très rapidement de la voie droite. Nous devons donc implorer le Seigneur Dieu avec larmes de nous accorder un sage instructeur. Selon la gravité de notre mal, un médecin qui est expérimenté et habile est nécessaire. Donc, celui qui est malade, ne doit pas tant chercher un hôpital grand et paisible qu'un médecin adroit.

Ton esprit ne doit pas devenir las, mais il doit se réchauffer par les lectures spirituelles, les pensées de l'éternité, et la prière, même si elle est brève. Dis au Seigneur: "Rassemble mes pensées éparses, ô Seigneur et humilie mon cœur par Ta crainte et aie pitié de moi!" Car sans l'aide divine, nous sommes impuissants, nous ne pouvons lutter contre les mouches, et encore moins contre les ennemis invisibles.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Living without Hypocrisy
Spiritual counsels of the Holy Elders of Optina 
Holy Trinity Monastery
Jordanville
NY/USA /2005

mercredi 9 avril 2014

Simona Georgieva: UN MIRACLE DU SEIGNEUR / UNE HISTOIRE VRAIE DE FOI


Fr. Stoyan
Père Stoyan


Père Stoyan, de l'église de la Sainte Trinité dans la ville bulgare de Dobrich, aide depuis plus de huit ans les gens qui connaissent des temps difficiles. En 2004, à son initiative un abri a été construit comme dépendance de l'église où il est recteur depuis 1997. 

Ici, les gens qui ont perdu tout espoir dans l'avenir peuvent trouver refuge. Le prêtre étend la main pour aider des dizaines de personnes dans le besoin; les mères célibataires et leurs enfants, les orphelins, les personnes âgées, et ceux qui sont tout simplement désespérés. 

Ils trouvent tous espoir après avoir rencontré ce chrétien. 

Cet homme de Dieu est célèbre pour sa miséricorde dans toute la Bulgarie. Son oncle, le Père Georgy, a été le premier de sa famille à devenir prêtre. Il était aussi le père spirituel de Stoyan. Stoyan a été élevé dans la foi, et se souvient dans son enfance comment son oncle transforma la maison de ses parents en église dans le village de Jeglartsy.

En 1962, Stoyan est entré au séminaire. Les premiers à devenir prêtres dans sa famille étaient ses deux frères, les jumeaux Marin et Nedyalko, puis le frère aîné ; même une de ses sœurs est diplômée du département de théologie. 

Père Stoyan ne conduit pas une grosse voiture et ne fait pas usage de son statut en tant que serviteur de Dieu pour améliorer sa position matérielle. Plus que cela, il a construit sept églises et un monastère, nourri les affamés, donné refuge aux pauvres, et réconforté les désespérés. 

En 2003, trois frères, musulmans, sont venus vers ce prêtre dans l'espoir de trouver de la nourriture et un toit sur leur tête. Un des frères se nommait Erkhan. Père Stoyan dit qu'il est un homme aimable et honnête. Les trois frères aidaient Père Stoyan de jour en jour, à la construction d'églises dans différents villages. 

Erkhan écoutait les instructions de Père Stoyan avec grande soif et de respect, et la bonté du prêtre eut une forte influence sur lui, en dépit de leurs religions différentes. Erkhan était musulman, mais plus il a passé de temps avec le chrétien Stoyan, plus il voyait l'effort du prêtre pour faire le bien, plus il voulait changer son point de vue religieux. Son épouse Tanya est chrétienne. Ils avaient été sans enfants pendant treize ans. Sa femme conçoit aisément, mais à chaque fois, à la fin de la grossesse, l'enfant mourait. C'est ce qui s'est passé à neuf reprises. 

Passant du temps avec le Père. Stoyan et d'autres prêtres, Erkhan les a vu servir des molebens, et il a commencé à aller secrètement à l'église et à prier pour Tanya et lui-même. Il a eu une crise dans sa foi musulmane au moment où sa femme enceinte de nouveau eut une autre fausse couche au cinquième mois de grossesse. 

En désespoir de cause, Erkhan demanda au Père Stoyan de le baptiser, mais il savait que sa mère, qui était contre son mariage avec Tanya, serait très peinée de cela. Néanmoins, il décida de franchir le pas.

Ses parents étaient de zélés musulmans - son père lui avait appris à lire le Coran, et et le portait toujours avec lui, racontant souvent des histoires tirées de lui à Erkhan. Néanmoins, il  fit la demande à la mère d'Erkhan pour l'autorisation de son fils de se faire baptiser. 

En 2009, Erkhan reçut la foi chrétienne avec le nom d'Emile Ivanov, et plus tard, Emmanuel. L'homme de Dieu Stoyan est devenu son instructeur spirituel. Que ce soit par la force de sa foi nouvelle ou pour le bien de son humilité et de son énorme désir, nous ne le savons pas; mais en 2010, un miracle s'est produit: l'épouse d'Emmanuel lui a donné un fils en bonne santé, qu'ils ont baptisé du nom d'Alexandre. C'est la naissance de l'enfant pour lequel il avait longtemps attendu et souffert qui lui a inspiré d'étudier au séminaire théologique, et de devenir encore plus convaincu de la puissance de la religion chrétienne. 

Le 27 Décembre 2012, Emmanuel a été ordonné diacre par le Métropolite Kirill de Varna. 


Maintenant le Père diacre est prêt à commencer le chemin vers le sacerdoce, bien que son ordination au diaconat ait été un événement très inattendu pour lui.  Cela a eu lieu de par la décision personnelle de métropolite Kirill. Avant cela, Emmanuel a servi comme sous-diacre et acolyte à l'autel. Maintenant en tant que diacre, il a le droit de lire certaines prières à l'église. Son fils premier-né Alexandre apprend aussi à lire : il dit le "Notre Père". 

Le baptême d'Erkhan n'est pas sans précédent dans ces régions. Il n'est pas le premier musulman qui a décidé de changer de religion après avoir appris à connaître le Père Stoyan. Nikolina, également musulmane, s'est trouvée un jour dans une situation sans espoir et est allée à la recherche du salut auprès du prêtre. Elle a reçu un espace de vie pour ses enfants, du travail pour elle-même, le soutien, l'amitié, et la sécurité du lendemain. Pour toute cette bonté, elle voulut se convertir à la foi chrétienne. Elena, l'épouse de Père Stoyan est devenue sa marraine. 

La biographie d'Erkhan est essentiellement l'histoire de la vertu chrétienne comme thème principal, et non pas un choc des religions. Indépendamment de la relation sceptique de nombreuses personnes à des traditions et à la religion [le christianisme orthodoxe] de leur pays, il y a encore des gens en Bulgarie qui se convertissent par conviction personnelle. C'est leur droit. 

Dans cette histoire, la chose importante est la volonté de certaines personnes d'aider les autres, indépendamment de la religion. Après tout, le Père Stoyan enseigne que Dieu crée les gens, ce ne sont pas les gens qui créent Dieu... Cela sonne comme une légende médiévale ou un conte de Noël, mais quelque part là-bas, dans le nord de la Bulgarie, loin de la corruption morale d'aujourd'hui, vit un homme qui construit les églises et des monastères, et qui donne aux gens de petits miracles, des miracles aussi grands ou petits dont ils ont besoin pour croire au Seigneur.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Haïjin Pravoslave (CCCXXIX)


Vivants et défunts
Nous cheminons tous ensemble
Dans l'Amour du Christ

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

mardi 8 avril 2014

Sur orthodoxie.com/ Le métropolite Hilarion de Volokolamsk à propos du Concile, de l'Ukraine et de l'unité des Chrétiens



Rédigé par Vladimir Golovanow le 5 Avril 2014 à 11:53 | 
"L'uniatisme" était et est un projet spécial de l'Église catholique romaine pour convertir les orthodoxes au catholicisme. Les "uniates" ont agi pendant des siècles contre l'Eglise orthodoxe, avec l'aide des autorités civiles, pour s'emparer d'églises et de monastères orthodoxes, convertir les croyants orthodoxes au catholicisme et opprimer le clergé orthodoxe de toutes les façons possibles. 

Interview du métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département de relations ecclésiastiques extérieures de l'Eglise orthodoxe russe, dans le "National Catholic Register." (traduction VG) 

Quelle est la position de l'Église orthodoxe russe sur la crise en Ukraine ? Et pourquoi un concile panorthodoxe prévu pour 2016? Le "National Catholic Register" a posé ces questions et d'autres le 2 avril à Mgr Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures de l'Eglise orthodoxe russe et membre permanent du Saint-Synode du Patriarcat de Moscou. Théologien reconnu, historien de l'Eglise et compositeur, le métropolite Hilarion nous a aussi fait part de ses réflexions sur l'état actuel des relations entre catholiques et orthodoxes. 

Quelle est l'importance pour l'Eglise orthodoxe du Concile panorthodoxe prévu pour 2016? Peut-on le considérer comme un évènement similaire à Vatican II dans l'histoire de l'Église catholique ? 

Le Concile panorthodoxe est important en ce qu'il sera le premier Concile, après l'ère des conciles œcuméniques, qui représentera toutes les Églises orthodoxes reconnues aujourd'hui. Pendant les 12 derniers siècles il y a eu des conciles de différents niveaux auxquels ont participé des représentants de différentes Eglises, mais celui-ci sera le premier Concile panorthodoxe de cette période. 

Ce Concile est le fruit d'un long travail effectué par les Églises orthodoxes locales depuis plus de 50 ans. Comparer avec Vatican II n'est pas vraiment approprié car leurs programmes sont tout à fait différents et nous n'envisageons pas d'introduire des réformes qui auraient un grand impact sur la vie de l'Orthodoxie. 

Le patriarche Kirill a déclaré que le Concile panorthodoxe devrait traiter de questions telles que l'expulsion des chrétiens du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, le culte de la consommation, la destruction des fondements moraux et la famille, le clonage et la GPA. Quelle est l'importance de ces questions pour vous et voudriez-vous voir aussi d'autres thèmes inclus dans l'ordre du jour du concile, par exemple l'unité avec l'Eglise catholique? 
Ces déclarations de Sa Sainteté le Patriarche Kirill reflètent la position de l'Eglise orthodoxe russe et il en résulte que l'ordre du jour du Concile panorthodoxe doit être complété par des thèmes importants pour la société d'aujourd'hui et qui demandent une réponse de l'orthodoxie mondiale. Mais il ya aussi une liste de 10 thèmes qui ont fait l'objet de documents rédigés par les Églises orthodoxes locales au cours des années de travaux préparatoires préconciliaires. Toutes les Eglises orthodoxes ont déjà atteint l'unanimité sur huit d'entre eux et, avec quelques améliorations, ces documents seront soumis au Concile. Parmi eux se trouve également le thème de la position de l'Église orthodoxe dans la poursuite du dialogue avec les autres confessions chrétiennes, y compris le catholicisme. 

Pourriez-vous expliquer plus en détail pourquoi ce concile est nécessaire et pourquoi maintenant? 

Le développement de mécanismes conciliaires au niveau panorthodoxe est souhaité par toutes les Eglises orthodoxes. Ce désir a motivé les Églises depuis le début pour participer ensemble à la préparation du concile, commencée en 1961 lors de la Conférence panorthodoxe de Rhodes. Maintenant que ce travail préparatoire est en voie d'achèvement, il est prévu de convoquer le concile en 2016, sauf circonstances imprévues. 

La politique de la Russie en Ukraine a provoqué des protestations sérieuses en Occident. Quelle est la position de l'Eglise orthodoxe? Pensez-vous que la politique Occidentale sur cette question est erronée? 

L'Eglise orthodoxe russe regroupe Russes, Ukrainiens, Biélorusses et des représentants de nombreuses autres nationalités. L'unité spirituelle de nos nations a résisté à l'épreuve du temps depuis des siècles. La crise politique actuelle en Ukraine ne peut guère changer quoi que ce soit à cet égard. La position de l'Eglise orthodoxe russe ne peut pas être conditionnée par une politique particulière car les fidèles de notre Église ont différentes opinions politiques et ils sont citoyens de plusieurs états. 

Plus nous sommes proches de Dieu, plus nous nous rapprochons les uns des autres. La foi en Christ et l'amour du Christ unissent et ne divisent pas les gens. Nous n'avons jamais divisé notre troupeau sur des critères nationaux. 

Le sang de nombreuses personnes innocentes versé en Février à Kiev est une tragédie pour l'Ukraine; la justice divine et humaine exige que cette catastrophe fasse l'objet d'une enquête complète immédiatement. Pourtant les politiciens européens n'ont pas une opinion commune sur cette question, tout comme sur bien d'autres questions concernant le destin ultérieur de l'Ukraine et du peuple ukrainien. Dans cette situation le rôle de l'Eglise n'est pas de prononcer de grands mots, mais de prier et de faire preuve de compassion. 

Certains affirment que l'Église orthodoxe et l'Etat russe sont trop proches l'un de l'autre. Dans quelle mesure est-ce vrai et en quoi ces relations peuvent-elles affecter la vie de l'Église et son intégrité (ou l'inverse), en particulier dans des domaines tels que la souveraineté de l'Ukraine ? 
L'Eglise orthodoxe russe et l'Etat russe entretiennent des relations mutuellement respectueuses, fondées sur les principes de coopération et de non-ingérence dans les affaires réciproques. Et des relations similaires sont entretenues par notre Église avec de nombreux autres Etats sur les territoires desquels elle exerce sa mission. L'Eglise est le corps du Christ qui vit selon les lois établies par Dieu et suit les valeurs spirituelles et morales manifestées dans la Révélation divine. Son ministère est axé sur la pastorale de son troupeau, la protection et la promotion des principes moraux traditionnels dans la vie privée et sociale et de l'éducation religieuse. 

L'Eglise orthodoxe russe et l'Etat ne s'ingèrent pas dans les affaires les uns des autres. Cela ne signifie pas, malgré tout, que l'Eglise peut rester indifférente à l'évolution de la situation en Ukraine. Kiev est le berceau de l'orthodoxie russe, son centre d'origine, car il est l'endroit d'où le christianisme oriental a commencé à se répandre sur tout le territoire historique de la Russie. L'Église orthodoxe ukrainienne, tout en étant totalement indépendante administrativement, fait partie intégrante de l'Eglise orthodoxe russe locale. C'est pourquoi la douleur des fidèles ukrainiens est notre propre douleur. Nous sommes profondément préoccupés par les manifestations d'agressivité perpétrées par des extrémistes à l'égard de nos frères et sœurs ukrainiens. En ces jours nous élevons des prières pour que la confrontation en Ukraine s'arrête au plus vite, pour que le peuple ukrainien puisse revienne à une vie paisible. 

Vous avez fait beaucoup en ce qui concerne le développement des relations entre Orthodoxes et Catholiques. Qu'espérez-vous dans l'avenir? Une rencontre entre le Pape et le Patriarche pourrait-t elle avoir lieu avec le Pape actuel François, ou était-t-elle plus probable avec le pape Benoît ? 
C'est vrai, je me suis beaucoup engagé dans le dialogue avec l'Eglise catholique, à la fois dans les années où j'ai dirigé le Secrétariat pour les relations interchrétiennes dans le département du Patriarcat de Moscou des relations ecclésiastiques extérieures et quand j'ai servi dans un pays catholique: comme d'évêque de Vienne et d'Autriche j'ai maintenu les relations avec les représentants de l'Eglise catholique en Autriche et en Hongrie. Maintenant, comme chef du Département des relations ecclésiastiques extérieures, je viens chaque année à Rome et j'y ai d'abord rencontré les papes Jean- Paul II et Benoît XVI et maintenant j'ai rencontré le Pape François à deux reprises. J'ai aussi régulièrement rencontré les dirigeants des différents dicastères de la Curie.

Aujourd'hui, Orthodoxes et Catholiques, nous rencontrons des problèmes similaires dans le monde et nos positions sur de nombreuses questions coïncident dans une large mesure. 

Le dialogue orthodoxe - catholique est conduit à différents niveaux: panorthodoxe, dans la "Commission mixte pour le dialogue théologique entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes", et bilatéral: le Patriarcat de Moscou mène un dialogue avec les conférences épiscopales catholiques dans certains pays. Le dialogue théologique se poursuit depuis 33 ans et ses résultats sont évidents, comme est aussi évidente l'existence de différences certaines dans nos doctrines. 

Cependant, la question la plus importante, mais pas la seule, qui divise Catholiques et Orthodoxes concerne le problème de la primauté dans l'Église universelle. La différence dans son interprétation a été l'une des causes qui ont mené à la division entre les Églises occidentale et orientale. En Occident, le pape de Rome a été reconnu comme le successeur de saint Pierre et le Siège de Rome occupait la première place parmi les trônes patriarcaux conformément aux décisions des Conciles Œcuméniques. Mais l'Église d'Orient considérait alors l'évêque de Rome comme «le premier parmi les égaux» ("primus inter pares") et ne lui a jamais attribué de pouvoirs particuliers par rapport à ceux des primats d'autres Eglises. 

Outre les différences strictement théologiques il y a ce qu'on appelle "les facteur non-théologiques de division." Il s'agit de la mémoire historique des controverses et des conflits du passé et de beaucoup de préjugés réciproques ainsi que, malheureusement, de certains problèmes qui ont surgi dans la période récente de l'histoire. 

Mais, malgré tout, Orthodoxes et Catholiques peuvent beaucoup travailler ensemble. Il y a une compréhension mutuelle entre l'Église russe et l'Église catholique romaine pour ce qui concerne l'éthique sociale et économique, la morale traditionnelle et d'autres problèmes de la société d'aujourd'hui. Nos positions sur la famille, la maternité, la crise de la population, les questions de bioéthique, les problèmes de l'euthanasie et de nombreuses autres questions coïncident pour l'essentiel. 

Ce consensus permet dès maintenant à nos Églises de témoigner ensemble du Christ face au monde séculier. Nous avons une expérience très positive de l'organisation d'actons communes entre Orthodoxes et Catholiques aussi bien dans le domaine de la protection des valeurs morales que dans celui de la coopération culturelle. 

Il existe aujourd'hui un réel intérêt des deux parties pour le développement fructueux du dialogue bilatéral entre les Orthodoxes russes et les Eglises catholiques. Concernant une rencontre des primats de nos Eglises, elle est tout à fait possible mais elle doit être soigneusement préparée. Nous n'avions pas exclu de pouvoir l'organiser avec le pape Benoît, mais nous n'avons pas eu le temps de le faire. Je ne vois pas pourquoi elle ne pourrait pas être organisée avec le pape François. 

Il m'a semblé dès l'automne dernier que les parties étaient prêtes à commencer sa préparation. Mais les événements en Ukraine nous ont considérablement rejetés en arrière; c'est essentiellement dû aux actions des gréco-catholiques, qui sont considérés par l'Église catholique romaine comme un «pont» entre l'Est et l'Ouest, alors que nous les voyons nous comme un sérieux obstacle au dialogue entre l'Orthodoxie et le Catholicisme. 

Ce n'est pas un secret que "l'uniatisme" était et est un projet spécial de l'Église catholique romaine pour convertir les orthodoxes au catholicisme. Les "uniates" ont agi pendant des siècles contre l'Eglise orthodoxe, avec l'aide des autorités civiles, pour s'emparer d'églises et de monastères orthodoxes, convertir les croyants orthodoxes au catholicisme et opprimer le clergé orthodoxe de toutes les façons possibles. Ce fut le cas dans la Principauté Polono-lithuanienne après l'Union de Brest de 1596 et ce fut le cas à la fin des années 1980 et le début des années 1990 dans l'ouest de l'Ukraine. 

Dans la confrontation actuelle, les gréco-catholiques ont immédiatement pris parti pour un côté et ils ont entamé une coopération active avec les groupes schismatiques orthodoxes: le chef de l'Eglise grecque-catholique ukrainienne et le chef du soi-disant Patriarcat de Kiev arpentaient les bureaux du département d'État des États-Unis, appelant les autorités américaines à intervenir dans la situation et à mettre de l'ordre en Ukraine. Les gréco-catholiques ont en fait lancé une croisade contre l'orthodoxie. 

Au Vatican, on nous dit qu'ils ne peuvent pas influer sur les actions des gréco-catholiques car ils sont autonomes; Et le Vatican est même réticent à se démarquer de ces actions. Dans ces circonstances il est devenu plus difficile de parler d'une rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou dans un proche avenir. Nous devons attendre que les blessures infligées récemment guérissent. Mais nous ne perdons pas espoir que les relations entre les orthodoxes et les catholiques se normalisent. 

Edward Pentin correspondant du "Registre" à Rome. 
"National Catholic Register"

« À la découverte de l’Orthodoxie »: une conférence de Jean-Claude Larchet le 10 avril à Arlon (Belgique)

Conference Arlon Orthodoxie

À l’invitation du CIEP-MOC Luxembourg, Jean-Claude Larchet donnera le jeudi 10 avril à Arlon (Belgique), une conférence intitulée « À la découverte de  l’Orthodoxie », qui présentera l’Église orthodoxe dans son histoire, ses institutions, sa foi et ses pratiques.
La conférence, qui sera suivie d’une discussion, se tienda de 19h30 à 21h30 dans les locaux de la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC), 1 rue Pietro Ferrero, Arlon (Entrée libre).Le CIEP (Centre d’Information et d’Education Populaire) est un organisme du Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) de Belgique qui a pour mission l’éducation permanente en milieu ouvrier.
Source - 

lundi 7 avril 2014

Bernard Le Caro: Les lettres spirituelles de Théophane le Reclus/ Podcast




Podcast ICI




Père Barnabas (Powell): Le corps n'est-il pas saint après la mort?





Tout est possible à Amsterdam. Un article de The Economist décrit récemment comment les morgues néerlandaises sont les pionnières d'un nouveau domaine dans les énergies alternatives, qui donne un nouveau sens à l'expression "puissance du peuple"*. 

Puisque la crémation des cadavres implique tellement d'énergie, les fours crématoires sont reliés aux réseaux d'électricité municipaux de crainte que cette précieuse ressource ne se perde. Certaines personnes meurent littéralement pour devenir des ressources [énergétiques] bon marché et renouvelables. Il y a juste un "hic". Les émissions de déchets issus du processus ne sont pas tout à fait assez vertes pour les sensibilités écologiques néerlandaises, aussi davantage de recherche est nécessaire pour développer une technologie véritablement propre à partir des cadavres. Cela peut sembler un scénario extrême, mais nous ne sommes pas loin d'en arriver à accepter une pratique autrefois considérée comme anathème.

J'ai entendu des raisons non éclairées s'opposer à la crémation, comme l'idée que Dieu ne sera pas en mesure de rassembler les cendres dispersées à la Résurrection. De telles absurdités remettent non seulement la puissance de Dieu en question, mais elles portent également atteinte à la mémoire des personnes tuées dans des incendies accidentels, ou lors des horreurs de la guerre.

Depuis que l'Eglise catholique a cessé d'interdire l'incinération en 1963, l'Eglise orthodoxe (avec le judaïsme orthodoxe) a du expliquer sa propre opposition non seulement au grand public, mais à ses propres fidèles aussi. L'insistance orthodoxe sur l'enterrement est fondée sur le respect du corps humain comme œuvre de Dieu. Le récit biblique de notre création à l'image de Dieu ne s'applique pas seulement à nos facultés rationnelles, mais aussi à notre être physique. La bonté du monde créé, et du corps, est prouvée lorsque le Christ se fait chair pour le racheter.

La notion d'une divinité incarnée était anathème pour les païens gréco-romains (ainsi que les Gnostiques et autres "dualistes" à la fois anciens et modernes), qui croyaient toutes les choses matérielles étaient intrinsèquement corrompues et illusoires, et que seul l'immatériel avait une valeur rédemptrice. Ils pratiquaient l'incinération comme un moyen de libérer la bonne âme du mauvais corps. La crémation signifiait détruire prison matérielle de l'âme, ce qui lui permetrait de s'échapper.

Au début, Chrétiens et Juifs, d'autre part, vénéraient les corps des défunts comme reflétant encore la sainteté de Dieu. Pour ceux qui célébraient la mort, l'ensevelissement et la résurrection du Christ, la crémation est devenue impensable. Ils traitaient leurs morts comme le Christ, les oignants d'épices parfumées, les enveloppant dans des linceuls et les déposant dans la terre. Les lieux des morts, les catacombes devinrent les lieux de rassemblement pour le culte.

Quand ils ont commencé à souffrir la persécution, les chrétiens emportaient les corps de leurs martyrs, baisant leurs os et faisant éventuellement des pèlerinages à leurs tombeaux. Les bâtiments de l'église sont apparus, les sanctuaires des martyrs y ont été incorporés en plaçant leurs os dans les pierres d'autel, pratique orthodoxe jusques à ce jour.

Peu de choses semblent plus macabres pour les esprits éclairés que de baiser les os des morts. Inversement, peu de choses auraient semblé plus anathème pour les premiers chrétiens que de brûler un corps, écrasant ses os et dispersant ses cendres ou les gardant dans un bocal.

La crémation, hors la loi comme profanation païenne par un édit impérial au cinquième siècle, est en train de devenir la méthode préférée d'élimination des corps, même parmi les chrétiens. Bien que n'étant pas délibérée, des rejetons de l'ancien dualisme imprègnent la mort moderne. J'ai eu une fois à informer une femme qui avait déjà les cendres de son mari dans une boîte que je ne pouvais pas l'enterrer. Elle ne pensait pas qu'un enterrement était nécessaire de toute façon, car il était déjà à la fête dans le ciel! Son âme était "lui", tandis que son corps était devenu négligeable.

Comme un de mes instructeurs du séminaire le dit en plaisantant un jour, "Nous vivons comme des hédonistes et mourons comme des platoniciens." Nous vivons comme si notre corps est l'essence même de notre être, mais tout à coup il ne devient rien quand nous mourons. Ce n'est pas mon intention d'offenser ceux qui ont eu des proches incinérés, mais de provoquer une réflexion approfondie de la façon dont nous voulons être traités quand nous mourons. Chaque méthode implique une croyance sur la signification du corps, soit c'est une icône divine, ou tout simplement une coquille vide.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

* Jeu de mot: power signifie puissance, pouvoir, mais aussi force motrice, dans le sens de puissance productrice d'énergie 

Haïjin Pravoslave (CCCXXVIII)


Nos amis défunts
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Dans la plénitude

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

dimanche 6 avril 2014

Archevêque Tikhon du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles: Elle s'efforçait de vivre une vie différente pour le salut, et dans la solitude


Bishop Tikhon and Mother Liudmila on the day of her tonsure as a nun
L'archevêque Tikhon et Mère Ludmila 
le jour de sa tonsure comme moniale

Quarante jours se sont écoulés depuis que la moniale Ludmila (Pryachnikova) et Vladimir Zaporojets ont été abattus dans la cathédrale du Sud de Sakhaline. On connaît peu le martyr Vladimir qui mendiait sur ​​le porche de la cathédrale du Sud de Sakhaline. Mais tout le monde connaissait et aimait la moniale Ludmila, qui accomplissait son obédience au comptoir des cierges. Aujourd'hui, le guide spirituel de Mère Ludmila, l'archevêque Tikhon du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles, se souvient : 


Vladyka, depuis combien de temps connaissiez-vous Mère Ludmila? 

Je connaissais Mère Ludmila depuis de nombreuses années; elle était l'assistante la plus proche de l'higoumène (Père supérieur) Philarète, qui servait dans la ville de Tomari dans notre diocèse. La Mère était son bras droit et son soutien. Notre connaissance, qui était de caractère très agréable, a duré 10 ans. 

Père Philarète nous a dit que vous avez suggéré à la Mère qu'elle devienne moniale. Pourquoi? Qu'avez-vous vu en elle?

Tout d'abord, j'ai vu qu'elle était une femme digne, la mère d'un moine; J'ai vu son esprit de prière profonde. Je voyais en elle, d'abord et avant tout, une personne qui cherchait le salut, la solitude, la vie monastique, pour une vie différente. Et pour cette raison, j'ai proposé qu'elle devienne moniale. En fait, selon l'heureuse expression de l'un des ascètes [podvizhniki (1)] de notre temps , "le monachisme n'est pas une récompense, mais un moyen de repentance." 

Pourquoi le Seigneur a-t-il préparé la Mère en particulier, pour cet exploit spirituel [podvig]? (2) 

Oui, la cathédrale était pleine de clergé pendant le service, mais à la veille de ces événements, il y avait peu de gens dans la cathédrale. Vraiment, le Seigneur choisit pour son salut ceux qui ont déjà été préparés pour le Royaume des Cieux. La Mère, apparemment, était déjà mûre pour les demeures célestes, de sorte que le Seigneur l'a choisie. 



Archbishop Tikhon (Dorovskэkh) of South Sakhalin and the Kurils
Archevêque Tikhon (Dorovskэkh) 
du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles 

Quelle est la signification spirituelle de cet événement, la leçon pour nous tous ? Qu'est-ce que le Seigneur dit à chacun d'entre nous qui se tenait, même à une certaine distance, en témoin de l'exploit spirituel [podvig] de Mère Liudmila et de Vladimir ? 

Je crois que le Seigneur prépare pour nous tous, en premier lieu, l'espoir du salut de notre âme, et donne à chacun de nous sa croix, afin que, la portant dignement, nous soyons en mesure de sauver notre trésor le plus précieux, notre âme. Et l'Orthodoxie est persécutée dans ce monde, notre foi est soumise à la moquerie. Lorsque le démon n'était pas en mesure de réfuter certaines choses, ces choses ont été raillées. Rappelez-vous l'histoire, remémorez-vous la période soviétique. Les croyants passaient pour des ignorants. 
Je me souviens d'un tel épisode de la vie de l'académicien Pavlov (3). Il était assis là, vieillard déjà sage de son expérience de la vie, et vient un jeune soldat de l'Armée rouge, qui ne savait probablement même pas lire, et il demanda à Ivan Petrovich, " Alors , papy, tu crois en Dieu?" Pavlov répondit: "Oui, fils!" " Oh!", poursuivit le soldat de l'Armée rouge, "Tu(4) n'es que ténèbres et ignorance, ignorance!" 

Alors là, même les universitaires se sont avérés être des ignorants. 

Bien sûr, il est facile de ridiculiser, de ridiculiser l'institution de la famille, comme ils le font maintenant, l'institution du mariage, l'établissement de relations entre l'homme et la femme, l'institution de l'éducation des enfants, la maternité, ou les principes moraux de la société. 

Tant que l'Orthodoxie condamne le mensonge de ce monde, notre religion sera l'objet de moquerie, de ricanement, de persécution et de violence de toutes sortes. 

Ce qui s'est passé le jour [de la fête] des nouveaux martyrs et confesseurs de Russie est, bien sûr, un acte important de néo-paganisme des forces sataniques, dans le but de nous effrayer, dans le but d'identifier leur position sans équivoque, de montrer, disent-ils, qu'ils ont le droit de juger et de disposer des vies humaines. 

Ceci, bien sûr, est faux. Je suis convaincu que nos gens orthodoxes sur Sakhaline n'ont pas été poussés par cela, sachant qu'un démon se tient derrière cet acte - un démon dont le but est de nous désunir. Car aucune des directives politiques, des visions du monde, ou des opinions religieuses ne peut nous séparer - c'est le péché qui nous sépare. 

Ce péché , qui est entré dans les médias, déverse constamment ses ordures, des choses pourries, et toute sorte de propagande en faveur de la luxure sur nous et sur nos jeunes. Parfois, les gens cèdent à ces stratagèmes. Dans ce cas, une personne devient dans une plus grande mesure la victime, et non l'auteur des actes qui ont été accomplis. 



Mother Liudmila prays to the right of Archbishop Tikhon. Photograph taken a few hours before her murder.

Mère Ludmila prie à droite de l'archevêque Tikhon.
la photo a été prise quelques heures avant son assassinat


Bien sûr, je suis très désolé, comme un être humain devrait l'être, pour la personne qui a commis ce crime dans notre cathédrale, le 9 février, parce qu'il a condamné son âme à la souffrance éternelle, et il ne s'est pas repenti même jusqu'à maintenant - c'est ce qui est si terrible. Il pense qu'il a fait une sorte de "bonne" chose. Mais bien sûr, c'est l'illusion, ce qui conduira à la perdition de son âme s'il ne se repent pas. 

Ceux qui professent des cultes néo-païens, des cultes sataniques, des cultes de satisfaction des sens, d'hédonisme - de jouissance de la vie - ces gens sont condamnés à une certaine dégradation morale. 

Nous avons tous besoin de nous réveiller, de revenir à nous-mêmes et de penser: comment vivons-nous? Pour quelle raison vivons-nous sur cette terre? Afin de prouver quelque chose à quelqu'un, ou bien, au contraire, afin de marcher par le chemin prédestiné par le Seigneur par la voie du salut de notre âme, par la voie de la paix, par le moyen d'acquérir l'amour dans notre coeurs? 

Rappelons-nous ceux qui étaient dans les camps, les martyrs et confesseurs de Russie, dont nous avons célébré la mémoire le 9 février. Ils étaient dans les prisons, en exil, tout autour d'eux c'était l'enfer, mais dans leur âme était le Paradis. 

Que Dieu daigne nous accorder d'imiter la façon dont ils vivaient, d'imiter leur accueil dans la joie de tous ceux qui se tournaient vers eux. 

La leçon est simple: il s'agit d'un appel à mettre nos âmes en bon ordre. 


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Notes:

(1) Un "combattant spirituel," celui qui entreprend un exploit difficile pour l'amour du Seigneur: se réfère généralement à des moines. 

(2) podvig - lutte, exploit spirituel/ascétique, quelque chose de difficile à entreprendre pour la cause du Seigneur, par exemple le jeûne, les veilles, etc.

(3) utilisé en russe comme un titre, un membre d'une académie majeure; ou un universitaire, un intellectuel. Pavlov a dirigé le département de physiologie à l'Académie médicale militaire. C'est la même Pavlov renommé du "chien de Pavlov," qui a remporté le prix Nobel pour son travail. 

(4) Le mot russe ty (ты) est utilisé ici - indiquant la familiarité et le manque de respect envers l'homme qui était plus âgé que lui.

Naissance au Ciel de Michel


Notre starosta* Michel [Balestra] est né au Ciel hier après-midi. Homme de grande foi, il a supporté avec courage beaucoup d'épreuves dans sa vie, et il est parti rejoindre la patrie céleste où l'attendent ses parents et tous nos défunts de la paroisse russe de Vevey: l'hypodiacre Victor, Vladyka Ambroise et tant d'autres… 
Au comptoir des cierges, avec sa présence discrète mais efficace, il était le premier à accueillir les paroissiens de l'église Sainte-Barbara de Vevey. Nous aurions aimé encore fêter cette Pâques qui arrive avec lui, mais malgré notre tristesse et la peine que nous avons, nous savons bien qu'il participera à la Pâques Lumineuse du Christ, dans la pleine Lumière du Royaume, et que nous ne serons pas séparés de lui dans cet Amour ineffable qu'il a rencontré maintenant.

Mémoire éternelle! Mémoire éternelle! Mémoire éternelle!


* [marguilier]

Haïjin Pravoslave (CCCXXVII)


Tu es au désert
Et tu laisses le silence
Te parler du Christ

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)