"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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lundi 18 février 2019

LES NOUVEAUX MARTYRS COMME NOUVEAUX TÉMOINS DE LA VÉRITÉ ÉTERNELLE


Aux pasteurs russes sur la façon dont nous pouvons participer à l'expérience des nouveaux martyrs
Ce qui se passait en Russie il y a 100 ans est souvent appelé "la petite apocalypse". Pourtant, c'est alors que les modèles de confession de la foi - les nouveaux martyrs et confesseurs de l'Église russe - nous ont été donnés. Mais comment les personnes modernes, faibles et "gâtées", peuvent-elles participer à leur expérience de fermeté dans la foi ?


    
"Est-ce que je témoigne du Christ par ma vie ?"

Evêque Benjamin [Veniamin (Likhomanov)], 
évêque de Rybinsk et Danilov


L'évêque Benjamin [Veniamin (Likhomanov)]de Rybinsk et Danilov :

Aujourd'hui, nous voyons un fossé entre les générations qui est probablement encore plus profond que celui imposé par les bolchéviks qui ont pris le pouvoir au début du XXe siècle. Alors, les gens conservèrent beaucoup de bonnes qualités par inertie. Mais aujourd'hui, alors que les derniers porteurs de la tradition royale russe pré-révolutionnaire s'éteignent et que l'héritage de l'expérience soviétique a été reconsidéré de façon critique, une sorte de vide est apparu.

Raison de plus pour nous d'en apprendre le plus possible sur la vie de ceux qui ont conservé la foi pour nous la transmettre en lisant les Vies des nouveaux martyrs de l'Église russe. Qu'est-ce qui les a aidés à résister et à s'accrocher à la confession de la foi ? Leurs œuvres et leurs lettres nous étonnent, surtout quand on compare cette vie exprimée en mots avec le style des documents falsifiés que les enquêteurs leur faisaient signer après les interrogatoires.

Quand les gens modernes, y compris ceux qui ne fréquentent pas l'Eglise, découvrent l'exploit des nouveaux martyrs - sous quelles épreuves et à quel prix ils ont gardé leur foi - beaucoup se convertissent au Christ.

Aujourd'hui, il n'y a pas de circonstances extrêmes dans lesquelles les nouveaux martyrs et les nouveaux confesseurs se sont déjà trouvés ; c'est pourquoi nos contemporains sont tièdes. J'ai vu le temps où les croyants vivaient encore sous la persécution, bien qu'ils n'aient pas été fusillés pour leur foi. L'esprit des confesseurs était très fort à l'époque, et les attitudes des gens envers l'Église, la vie et les uns les autres étaient différentes. Ils étaient prêts à défendre leur foi et à la transmettre à leurs enfants.

Aujourd'hui, nous sommes "comme des coqs en pâte", gâtés par de bonnes conditions de vie, comme l'aurait sûrement dit l'Archimandrite Paul [Pavel (Grouzdev)|. De nos jours, les églises sont ouvertes, l'Evangile et les écrits des saints Pères sont accessibles à tous ! Et est-ce que nous résistons à la pression extérieure, sans parler de nous restreindre nous-mêmes ?

Le travail ascétique est nécessaire pour notre salut - c'est ce que nos ancêtres nous disaient. Commencez à réformer votre âme dans les petits soucis qui vous ont été laissés pour que vous puissiez aimer vos ennemis, comme le Seigneur l'a enseigné (cf. Mt 5, 44). Le saint Nouveau hiéromartyr Vladimir (Bogoyavlensky) a fait le signe de croix sur ses bourreaux avant son martyre, en disant : "Que le Seigneur vous pardonne." Mais pardonnons-nous facilement les petites offense s ?

Il y a toujours une place pour le podvig [acte héroïque, un exploit ascétique en russe] dans notre vie, quelle que soit l'époque à laquelle nous vivons. Aujourd'hui, une majorité de notre société rejette les valeurs chrétiennes, comme à l'époque de l'impiété du XXe siècle. Bien qu'ils défendent une sorte d'"orthodoxie patriotique", ces "patriotes" s'élèveront contre vous dès que vous commencerez à vivre parmi eux selon les commandements de Dieu! C'est ici que commence notre confession de foi : sommes-nous prêts à faire preuve de détermination et à être avec le Christ et non avec "tous" ?

Ce n'est qu'alors que l'expérience des nouveaux martyrs et des nouveaux confesseurs deviendra pertinente pour nous. Elle concerne en particulier les jeunes. Chez les jeunes, où chacun essaie d'adopter un style de vie qui est la règle pour la majorité, la seule opposition à ces pseudo-valeurs signifie la confession de la foi.

Notre tâche principale est de rester fermes dans la foi, comme ce fut le cas avec les nouveaux martyrs et confesseurs de l'Église russe. Est-ce que je témoigne du Christ par ma vie ? Chacun de mes actes est capable d'inspirer quelqu'un à penser à Dieu et au salut de son âme dans l'éternité.

Les nouveaux martyrs et confesseurs de l'Église russe sont presque nos contemporains. Bien que nous ayons lu à propos des labeurs ascétiques des saints Serge de Radonège et Séraphim de Sarov, soyons francs et admettons que leurs labeurs ne sont pas pour nous, ils sont au-delà de nos forces.

Des actes de charité, par exemple, nous ont été donnés pour nous sacrifier, à l'imitation des nouveaux martyrs, quand nous devons faire des efforts et ne juger personne malgré toutes les insultes qu'on nous lance et prendre l'habitude de faire de bonnes œuvres. Les nouveaux martyrs nous aident à rester fermes dans notre foi, même dans la vie quotidienne.

"Les nouveaux martyrs et confesseurs sont des héros dont les jeunes peuvent suivre l'exemple."

Higoumène Lucas (Stepanov),

Higoumène Lucas (Stepanov), Chef du Département de théologie de l'Université d'Etat de Riazan Sergei Yesenin, higoumène du Monastère de la Sainte Transfiguration à Pronsk, la Métropole de Riazan :

Les jeunes sont fortement motivés pour trouver un sens à leur vie, ce qui se révèle surtout dans des épreuves très sévères, où il n'y a pas de nuances de gris. C'est pourquoi les jeunes aiment les sports extrêmes, les thrillers et les films d'horreur. Nous devrions simplement leur montrer que ce qui s'est passé dans notre pays était plus terrible que les fantasmes des sybarites d'Hollywood. Si nos jeunes n'ont pas perdu la capacité de distinguer le bien du mal, ils verront sûrement où est la vérité et où est la monstrueuse marâtre, une fois que nous leur aurons montré quelque chose de vrai.

De nos jours, les jeunes hommes et les jeunes femmes ont l'habitude de voir plutôt que d'entendre ou de lire quelque chose. Visiter les sites où nos compatriotes ont été martyrisés a un effet stupéfiant sur eux. Dans le cas extrême, il serait bon de regarder un bon film sur les nouveaux martyrs avec eux ou de les emmener dans un musée dédié à leur mémoire.

Et, surtout, si vous voulez que les autres commencent à ressentir quelque chose, vous devez le ressentir très fortement vous-même, comme l'a dit le compositeur hongrois Franz Liszt. Ainsi, si nous voulons que nos jeunes commencent à vénérer les nouveaux martyrs, nous avons besoin de pasteurs et d'enseignants désintéressés pour partager avec nos prédécesseurs leur expérience d'engagement dans la confession de la foi orthodoxe.

Nous devons faire comprendre aux jeunes qu'il peut y avoir des situations critiques dans la vie de chacun. Comment se comporteront-ils ? Quel exemple suivront-ils ? Les nouveaux martyrs et les nouveaux confesseurs sont les héros dont les jeunes peuvent suivre l'exemple. Et il aura un effet salutaire dans le climat d'hédonisme irresponsable et d'égoïsme que l'on encourage partout.

Le service militaire, la pratique de sports sérieux ou de l'un ou l'autre instrument de musique (qui n'est généralement pas facile), sont propices au développement du désintéressement. De même, le bénévolat ou les pèlerinages dans les monastères, où l'on peut travailler pendant les vacances, aident à surmonter l'égoïsme, à endurcir les âmes et à protéger les gens des effets corrompus de l'agression et de la luxure, qui sont si frénétiquement encouragés à la télévision, sur Internet et dans les jeux informatiques.

C'est pourquoi beaucoup d'enfants sont intimidés par leurs pairs de nos jours. Alors qu'à l'époque soviétique, ceux qui ne se conformaient pas à l'idéologie de l'État étaient attaqués, nous sommes aujourd'hui confrontés à la nouvelle idéologie de la consommation, qui est aussi impie et agressive que celle des Soviétiques. La dépravation est considérée comme la norme. Résister à ces choses, qui ont une influence néfaste sur nos âmes, c'est comme confesser la foi aux jeunes.

"Nous devons faire de notre mieux pour garder l'amour dans nos âmes"


Archiprêtre Valérian Krechetov

Archiprêtre Valérian Krechetov, recteur de l'Église de la Sainte Protection et de l'Église des nouveaux martyrs et confesseurs de l'Église russe à Akoulovo près de Moscou :

Les martyrs sont témoins de la Vérité. Les nouveaux martyrs sont les nouveaux témoins de la Vérité éternelle. Ce qui a été dit par Dieu incarné il y a 2 000 ans est encore vivant dans leur expérience aujourd'hui - ainsi la Vérité devient évidente et pertinente pour les autres.

Peu importe à quel point les propagandistes tentent de persuader les masses que la religion est obsolète, saint Nicolas (Velimirovitch) de Zitcha répondrait de cette façon à de telles attaques : "Comment la réalité peut-elle être contemporaine ou non contemporaine ? Car Dieu est la plus haute réalité, dominant tout ce qu'on appelle généralement la réalité." Et plus loin : "L'incrédulité signifie croire à la non réalité et à la chimère... Il ressort clairement des Saintes Écritures, de la Parole de Dieu, quel destin attend les pays avec un grand nombre de non-croyants. Il n'y a pas de paix... pour les méchants (Isaïe 57:21) - c'est leur destin, c'est ce qui a été écrit à leur sujet. Et ils ne pourront éviter la guerre que s'ils éradiquent l'impiété." C'était un extrait de son livre, La Guerre et la Bible. Il y écrit aussi qu'il n'y a pas de livre plus à jour sur la guerre, ses causes et son issue possible que la Bible et le livre de l'Apocalypse. Une guerre contre Dieu est emplie de misère.

Le christianisme, c'est la vie ! Comment cette vie peut-elle devenir "obsolète" pour quelqu'un ? Plus l'effet destructeur du péché se répand, plus nous avons besoin de cette vie. Le fait que des millions de personnes ont été tuées dans notre pays au cours du XXe siècle nous terrifie. Mais des meurtres sont commis de nos jours aussi, bien que d'autres méthodes soient utilisées. Le Seigneur nous a prévenus :  Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi. (cf. Matthieu 13, 24-30).

Aujourd'hui, les églises sont ouvertes, mais les gens sont trop paresseux pour aller aux offices religieux. Les problèmes et les soucis de ce monde absorbent complètement leur attention. Beaucoup n'honorent pas la mémoire des saints universels, et encore moins celle des nouveaux martyrs...

Quand, le jour de la fête des Nouveaux Martyrs et des Confesseurs de l'Église russe, je lis tous leurs noms - il y en a environ 2.000 [bien qu'une grande multitude de nouveaux martyrs, qu'ils aient été révélés ou non et connus de Dieu seul, aient été canonisés.-O. O.]-les gens ne comprennent pas pourquoi il est nécessaire de faire cela. La tiédeur est devenue dominante. Les nouveaux martyrs ont subi tant d'épreuves pour nous transmettre la foi orthodoxe ! Ne pouvons-nous pas leur rendre hommage une fois par an, le jour de leur fête ?

Aujourd'hui, les gens commencent à être rancuniers, à juger, à s'irriter, à s'envier, à être jaloux, à se sentir mal à l'aise... Ces gens peuvent-ils comprendre les nouveaux martyrs et leur esprit ? Les nouveaux martyrs ont pardonné et béni leurs bouchers, tandis que nous nous fâchons avec nos proches, et explosons de colère en étant dénoncés... Les martyrs ont résisté aux épreuves parce qu'ils étaient humbles.

Nous l'entendons à maintes reprises : "Ma souffrance n'est pas méritée." Bien sûr, elle n'est pas méritée parce que nous méritons plus de souffrance à cause de nos péchés, mais Dieu, dans Sa miséricorde et Son Amour sans fin, permet que des souffrances et des difficultés beaucoup moins graves nous arrivent.

Nous devrions au moins apprendre à souffrir pour nos péchés. La souffrance pour le Christ est le critère des saints et des nouveaux martyrs.

Nous ne pouvons tout endurer que si nous avons l'amour dans nos cœurs. Nous devons faire de notre mieux pour garder l'amour dans notre âme : l'amour est le fondement de notre vie dans l'éternité. Portez les fardeaux les uns des autres, et accomplissez ainsi la loi du Christ (Galates 6:2) : la seule chose que nous sommes appelés à faire est de porter les faiblesses les uns des autres pour acquérir l'amour.

Comme l'a dit un staretz du Mont Athos : "Gardez à l'esprit que le temps vient où seul l'amour pourra nous sauver. Apprenez à cultiver l'amour en vous-même : Seul l'amour est la vie. Le reste est péché, ce qui est pire que la mort. Nous périrons sans lui."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

vendredi 13 février 2015

Anastasia Verina: Entrevue avec l'higoumène Damascène [Orlovsky] sur les Nouveaux Martyrs de Russie (2/2)

Icon of the New Martyrs and Confessors of Russia.

Icône des nouveaux martyrs et confesseurs de Russie.


-Vous avez étudié l'histoire de la vie de nombreux nouveaux martyrs et confesseurs. Dites-nous, comment une personne devient sainte? D'autant plus que leur exemple est proche de notre réalité historique.

-Chaque personne orthodoxe essaie de vivre pieusement et accomplir les commandements de Christ, car il n'y a rien de plus fiable dans cette courte vie que la vie avec le Seigneur, et l'homme doit apprendre à temps à vivre la vie de l'Eglise, la vie en Christ. 

Si une personne pieuse se trouve dans une période de persécution, elle peut devenir digne de la couronne du martyre. Si une personne était spirituellement paresseuse et ne manifestait pas beaucoup de labeur ascétique, alors avant sa fin en martyr, il lui est donné l'occasion de se ressaisir spirituellement, et de montrer sa fidélité au Christ, ne serait-ce que pendant les derniers jours de sa vie.

-Qu'y a-t-il de particulier dans le "podvig" [exploit ascétique] du martyre et de la confession du Christ dans les conditions du XXe siècle?

-Il faut dire que, contrairement à la période chrétienne primitive, où le podvig du martyre était quelque chose de public, le martyre est devenu, au XXe siècle, quelque chose d'inconnu pour le grand public. Même en l'an 2000, la canonisation de tant de saints fut une révélation pour beaucoup de gens. C'est-à-dire, que c'était un exploit plus difficile encore; car, après tout, dans de telles conditions une personne a plus d'excuses pour apostasier-personne ne sait rien à ce sujet. Mais il s'est avéré qu'il y eut très peu d'apostats dans l'Eglise orthodoxe russe, et c'est pourquoi tant de saints se sont révélés.

-Quelle importance ont ces milliers de nouveaux saints russes pour le chrétien orthodoxe contemporain? Reconnaîtrons-nous suffisamment cette signification?

-Le premier point important est que nos martyrs des derniers temps, tout comme ceux des temps anciens, témoignent de la vérité. Le second est que les martyrs et confesseurs de l'Eglise orthodoxe russe sont pour nous des intercesseurs dans la prière. Le troisième est que les martyrs, leur vie, et leur podvig de confession sont des exemples pour nous; ils nous appellent à imiter leur podvig et nous prouvent que c'est possible. Les martyrs, et les saints en général, sont également des balises qui nous aident à ne pas nous perdre dans les vagues tumultueuses de la mer de la vie. En nous orientant par eux, nous pouvons voir ce qui est important et ce qui est sans importance; nous pouvons voir comment les martyrs ont considéré du point de vue de leur foi et de leur piété les problèmes auxquels est confrontés l'homme dans le monde moderne.

Ce sont là les points importants concernant les martyrs et confesseurs, une compréhension de ce qui se trouve à la surface. Mais il y a encore un autre point important. Imaginez un instant qu'il n'y avait pas eu ce podvig des martyrs et confesseurs du XXe siècle. Il n'y aurait pas eu d'orthodoxes qui étaient fidèles à la foi, tout le monde aurait succombé à l'impiété, dédaigné tous les idéaux chrétiens, et suivi les athées impies. 

Si cela s'était produit, alors ce serait notre propre histoire aujourd'hui, où en serions-nous, et serions-nous seulement [vivants]? Les martyrs et confesseurs nous ont montré le podvig de fidélité au Christ. C'est un témoignage de la vie et de la capacité de l'humanité elle-même.

S'il n'y avait pas eu de martyrs et confesseurs, il n'y aurait pas d'histoire, tout comme lorsque l'histoire a été interrompue par le déluge universel. S'il y a des martyrs de l'Eglise, cela signifie qu'il y a encore de la vie sur terre; cela signifie que la Parole de Dieu demeure toujours en nous, et nous conduit au salut et à la vie éternelle. Lorsque cela cessera d'être, alors le Seigneur apparaîtra pour le Jugement Dernier.

Néanmoins, nous sommes maintenant peu conscients de l'importance des martyrs, et donc nous ne manifestons pas la vertu chrétienne de reconnaissance. Nous sommes aveugles dans le sens où nous n'en voyons pas le danger pour notre existence dans le temps présent. Si nous voyions ce danger, nous nous hâterions en prière vers les martyrs, [qui sont] nos contemporains proches et notre famille; nous nous efforcerions de faire usage de leur expérience, de nous enrichir à travers elle. 

Eux, comme nous, ont vécu dans une ère de triomphe de l'impiété-seulement maintenant, le Seigneur, par leurs prières a accordé un peu de répit aux hommes.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

jeudi 12 février 2015

Anastasia Verina: Entrevue avec l'higoumène Damascène [Orlovsky] sur les Nouveaux Martyrs de Russie (1/2)



Igumen Damascene (Orlovsky).
Higoumène Damascène [Orlovsky]




L'Eglise orthodoxe russe a glorifié ceux qui ont souffert sous le joug communiste, les saints nouveaux martyrs et confesseurs de Russie. Leur fête est commémorée le dimanche le plus proche du 25 Janvier (calendrier julien). L'higoumène Damascène (Orlovsky) est membre de la commission synodale pour la canonisation des saints de l'Eglise orthodoxe russe, et Président de la Fondation pour le "Souvenir des martyrs et confesseurs de l'Église orthodoxe russe." Il est l'auteur d'une série de volumes intitulée Martyrs, Confesseurs et Pieux Ascètes de l'Eglise orthodoxe russe au XXème siècle. [1]


* * *
Les martyrs de la foi ont toujours eu une signification particulière pour l'Eglise du Christ; et ce n'est pas par hasard si la Liturgie doit être servie sur les reliques de martyrs. Qu'est-ce que les nouveaux martyrs et confesseurs signifient pour notre Église aujourd'hui?

-L'Eglise, selon les paroles du saint hiérarque, est construite sur le sang des martyrs, et ceci est vrai non seulement dans un sens connotatif, mais aussi littéralement. La Divine Liturgie est servie sur un antimension, dans lequel, selon une ancienne tradition, les reliques des martyrs sont cousues. L'Eglise orthodoxe russe a toujours emprunté des antimensia d'autres Eglises orthodoxes locales, malgré le fait qu'elle est plus grande en territoire et en nombre de membres que toutes les autres Eglises locales prises ensemble, même si elle est relativement jeune et n'est pas commémorée parmi les premières des patriarcats. Mais après la canonisation des nouveaux martyrs de l'année 2000, nous avons maintenant suffisamment de reliques de martyrs pour fournir des antimensia pour servir la Liturgie sur tous les autels jusques à la Parousie [seconde venue du Christ].

Une grande chose est vue de loin, et c'est quelque chose qui n'est pas entièrement reconnu par nos contemporains, mais au XXe siècle, plus de saints se sont montrés en Russie qu'au cours des 900 années précédentes de l'existence de l'Eglise russe. Il y a même plus de saints qui n'ont pas été canonisés par leur nom.

Selon les paroles de saint Syméon le Nouveau Théologien, celui qui ne veut pas s'unir dans l'amour et l'humilité d'esprit avec les derniers des saints ne s'unira jamais avec les saints antérieurs. Car, si une personne ne reconnaît pas ou n'accepte pas la sainteté de ceux qui sont si proches de lui, comment peut-il parvenir à la sainteté qui est si éloignée de lui?

L'expérience des Nouveaux Martyrs et Confesseurs est beaucoup plus proche de nous que l'expérience des anciens saints. Les conditions de vie et podvigs [exploits ascétiques] de saint Serge de Radonège, par exemple, ou même des saints plus proches de notre époque, comme saint Séraphim de Sarov, sont tellement différents de notre vie moderne qu'il est pratiquement impossible pour nous d'aborder leur expérience. 

Les saints glorifiés ["canonisés" par le Patriarcat de Moscou] en 2000 vivaient dans notre propre période historique, et nous pouvons entrer dans leur expérience. Il y a beaucoup de saints différents parmi eux: toutes les facettes de l'individu russe aux multiples facettes sont reflétées en eux, et chacun de nous peut trouver quelqu'un qui est proche de nous.

-A votre avis, comment pouvons-nous expliquer la chute de l'Empire et de la monarchie orthodoxe russe, ou la montée d'un gouvernement athée, sous lequel des persécutions terriblement cruelles  ont commencé dès le début?

Solovki concentration camp. The fishing net workshop. Archpastors and pastors of the Russian Orthodox Church.

Camp de concentration de Solovki
L'atelier des filets de pêche. 
Hiérarques et pasteurs de l'Eglise orthodoxe russe.

-Afin de comprendre pourquoi les martyrs apparaissent, nous devons comprendre que l'Eglise n'est pas de ce monde, et son chef est le Seigneur Lui-même. Ce monde, qui vit en tout temps dans toutes sortes de péché, et qui se trouve dans le mal, a toujours fait la guerre contre le Christ et son Église, et la fera toujours. Cela a été immuable depuis l'établissement de l'Église du Christ, et il en sera ainsi jusques à la fin. Parfois, cette guerre dégénère en une tentative ouverte de détruire l'Eglise et tous les disciples du Christ, alors une époque du martyre commence: une ère de confession de la foi et de fidélité au Christ.

Quant à l'état spirituel de la Russie avant la révolution et du peuple russe qui vivait alors, il pourrait difficilement être qualifié sans problème. Le système de domination de l'Etat avait atteint une impasse, qui ne pouvait se terminer que dans la révolution. La "monarchie orthodoxe " a été construite selon le modèle de l'Europe occidentale. En conséquence, elle a considéré le servage, qui a été introduit par des institutions non-chrétiennes, comme une chose normale, et elle n'aurait pas pu tenir plus longtemps. 

L'état moral et spirituel du peuple russe, y compris dans le cadre de la paysannerie, n'était pas aussi sain que beaucoup de nos contemporains voudraient le croire. Les croyants orthodoxes étaient déjà une minorité parmi l'aristocratie dirigeante du dix-neuvième siècle. 

Quant à la paysannerie, vers la fin du XIXe siècle, grâce aux réformes dans le domaine de l'éducation populaire, un "décapage" massif de l'éducation religieuse eut lieu avec le peuple. L'éducation populaire est devenu presque exclusivement l'apanage du ministère de l'Education, et elle est tombée dans les mains de bureaucrates non-religieux qui ont su créer dans le peuple un mode de pensée qui n'était pas du tout orthodoxe. 

En outre, l'Eglise orthodoxe avait l'interdiction totale d'éduquer et d'éclairer le peuple, et l'influence des écoles paroissiales de l'église avait été réduite à zéro par le début du XXe siècle. Ainsi, au début du XXe siècle, il y avait déjà deux générations d'enfants qui avaient été formés dans ces écoles, et qui se sont avérées être tout à fait prêtes à participer à une révolution athée, anti-religieuse.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

[1]Seul le premier volume de cette série a été publié en anglais: New confesseurs of Russia, Nijni-Novgorod province, (Platina, Saint Herman of Alaska Brotherhood: 1998)

mercredi 5 novembre 2014

Françoise LHOEST: Saint prêtre Vladimir Ambartsoumov martyrisé à Boutovo le 5 novembre 1937 (R)





Saint Vladimir est né à Saratov sur la Volga, le 20 septembre 1892. Son père, Ambartsoum Yégoriévitch, était originaire de la région de Bakou où il s’était illustré dans l’enseignement aux sourds-muets. Sa première femme était morte en couches, lui laissant trois petits enfants, et après sa mort il déménagea dans la colonie allemande de Sarepta près de Tsaritsyne [Volgograd] afin d’y chercher une éducatrice pour ses orphelins. Au temple luthérien, on lui recommanda Karoline Andréievna Knoblauch, qui consentit à élever les petits puis finit par l’épouser et lui donna trois autres enfants dont le plus jeune était Vladimir (Voldemar).
La famille était très active : Olga, la sœur de Karoline, dans la communauté luthérienne, Sarkis, le frère d’Ambartsoum, en Arménie.
Ambartsoum Yégoriévitch tenait une école pour les sourds-muets à Saratov, mais la charge financière se révéla trop lourde pour cet héroïque anargyre : il dut abandonner et peu avant 1900, il déménagea à Moscou où il enseigna à l’école allemande Saints-Pierre et Paul, auprès de l’église luthérienne. Plus tard, sa fille reprit l’enseignement pour les sourds-muets.
Le jeune Valdemar n’avait pas froid aux yeux, mais il aimait aussi la nature, les longues promenades dans la forêt, il connaissait tous les chants des oiseaux  et il était capable de les imiter tous.  Il jouait du violon et de l’harmonium, savait le grec, le latin, l’anglais et l’allemand. A l’école il se passionnait pour la physique, et surtout l’électricité. En 1911, il fut admis à l’Université de Moscou, mais en 1913, sur l’insistance de sa mère, il la quitta pour l’Université de Berlin qui passait pour la meilleure dans le domaine des sciences techniques. C’est à Berlin qu’il rencontra le Mouvement étudiant chrétien, qui avait pour but de prêcher la Parole de Dieu chez les étudiants et de lire l’Evangile en petits groupes.
Mais un jour, poussé par une intuition puissante, il fit en toute hâte ses bagages et sauta dans le dernier train pour Moscou. La guerre allait éclater. Il reprit ses études à l’Université de Moscou, se maria en 1916 avec Valentina Georgievna Alexéiéva et ils décidèrent tous deux de se consacrer à la prédication chrétienne. Ils eurent trois enfants : Evguéni (1917-1963), qui allait devenir prêtre et patriarche d’une très nombreuse famille orthodoxe, Victor, qui mourut en 1921, et Lydia (1922-2010) qui allait devenir la femme du père Gleb Kaleda et fonder eux aussi une grande famille orthodoxe.
Après un bref retour à Samara où il rencontra Vladimir Marcinkovski puis où il fut arrêté pour propagande religieuse, il revint, contraint et forcé, à Moscou. Valentina Georgievna, victime d’une intoxication alimentaire, se sentant mourir, demanda à son mari : « sois pour les enfants un père et une mère ; les temps sont durs, les chrétiens seront persécutés, mais Dieu vous donnera la force de tenir bon ». Et il trouva en la personne de Maria Alexéievna Joutchkova l’éducatrice de ses petits orphelins de 7 et 1 an. 
La bienheureuse Maria Ivanovna de Divéévo avait prédit à Vladimir qu’il serait prêtre, et Maria Alexéievna, sachant qu’un veuf remarié ne peut être ordonné, refusa de l’épouser.
Durant une grande partie des années 1920, il vécut dans la clandestinité comme prédicateur mais en 1926, Vladimir fut reçu dans l’Orthodoxie et le 11 décembre 1927, il fut ordonné prêtre par l’évêque d’Ijevsk Victor (Ostrovidov) puis transféré dans le diocèse de Moscou et affecté à l’église Saint-Vladimir, rue Vieille-des-Jardins. Il y concélébra quelque temps avec le prêtre Serge Bordelius (plus tard hiéromoine Théodore, qui mourut en détention dans les années 1930). Le père Gleb Kaleda dont il fut le premier père spirituel se souvenait que la prédication du père Vladimir était inspirée et particulièrement fervente les jours de fête.
En ce temps-là, le père Vladimir était proche du père Serge Métchov (saint martyr, le 6 janvier 1942), leurs églises sont d’alleurs toutes proches, (l’église luthérienne aussi) et de son marguillier le docteur Serge Alexéiévitch Nikitine qui après des années de goulag et d’exil deviendrait l’évêque Stéphane de Mojaïsk † 1963 (c’est lui qui a ordonné au sacerdoce le père Alexandre Men). Il aida puis remplaça, à l’église St Nicolas « de la cabane de paille » (près de l’Académie d’Agriculture Timiriazev), une autre très belle figure, un prêtre très soucieux de former des jeunes, entre autres par le chant liturgique (sa matouchka était pianiste), le père Vassili Nadéjdine, C’est la tuberculose qui emporta ce saint martyr au camp de Kem en 1930 ; on le fête le 19 février dans sa paroisse, reconstruite (c’est une église en bois), qui revit avec le même souci de la formation des jeunes. Un temps le père Mikhail Schick (martyr à Boutovo le 27 septembre 1937) célébrait avec eux.
Au printemps 1931, le père Vladimir fut placé hors cadre et il entra à l’institut d’Aviculture où son savoir de physicien fit merveille. Parallèlement, il célébrait en secret dans les maisons, confessait, travaillait avec la jeunesse et avec ses enfants spirituels, aidait efficacement les familles victimes des répressions, entre autres celle du père Vassili Nadéjdine (dont le 5e enfant était né après la mort de son père) et celle du père Serge Sidorov, déjà emprisonné (martyr de Boutovo le 27 septembre 1937).
Le 5 avril 1932, il fut arrêté par l’Oguépéou, dans l’affaire de la pseudo-organisation (inventée de toutes pièces par les bolchéviques) « contre-révolutionnaire et monarchique de la vraie église orthodoxe », mais lors de ses interrogatoires il ne cita aucun nom. Il fut condamné à 3 ans d’exil dans le Nord russe, mais sur demande de l’Académie des Sciences où il travaillait, la peine fut assortie d’un sursis.
Il continua alors d’inventer de nouveaux modèles de cages à poules, de nids et d’incubateurs pour les poussins, d’assembler, de souder, de fabriquer d’autres choses (même un encrier impossible à renverser pour ses enfants), et obtint plusieurs brevets d’inventeur. Souvent il était contraint d’habiter loin de ses enfants, mais il leur réservait du temps pour lire l’Evangile, faire de la physique et des mathématiques avec son fils, et apprendre à sa fille à chanter selon les tons et l’ordo, ce qui lui vint bien à point plus tard.
En août 1937, les arrestations en masse commencèrent et le NKVD vint chercher le père Vladimir dans la nuit du 8 au 9 septembre. Il fut interrogé à la prison des Boutyrki en septembre et octobre, mais là encore, il ne trahit personne.
Le 5 novembre 1937, il fut exécuté au polygone de Boutovo, mais longtemps encore on ne sut rien de son sort. Quand son fils Evguéni, devenu prêtre à Léningrad, demanda en 1956 des renseignements à la Prokuratura, on lui mentit. La vraie date, pour laquelle la famille avait tant prié, fut connue seulement en 1989.
Il y a maintenant à Boutovo, sur le territoire de ce polygone, une belle église neuve dédiée à tous les nouveaux martyrs et confesseurs de la terre russe. L’architecte en est Dimitri Mikhaïlovitch Schakovskoy (fils du père Mikhail Schick et de sa matouchka Natalia Schakovskaya.) Le recteur en est un des petits-fils de saint Vladimir, l’archiprêtre Kyrill Kaleda. Un autre de ses petits-fils, l’archiprêtre Ioann Kaleda, a succédé à son père comme aumônier de la prison des Boutyrki. Leur sœur, l’higoumène Youliania, a relevé de ses ruines le très beau monastère de la Conception, en plein centre de Moscou. (Un jour où les poules n’avaient pas pondu, à la campagne où le monastère a une dépendance, toutes les moniales ont prié saint Vladimir, qui n’a pas manqué d’intervenir promptement !). Les descendants du prêtre Evguéni Vladimirovitch Ambartsoumov, dans la région de Saint-Pétersbourg, sont particulièrement nombreux. Trois de ses fils ont été prêtres : Alexis, Dimitri (†2010, père de 11 enfants dont déjà deux prêtres) et Nicolas (†1986) ; sa fille Maria, épouse d’un prêtre moscovite, a 6 garçons et 6 filles. Saint Vladimir souhaitait douze descendants prêtres. La relève est assurée.
Saint prêtre martyr Vladimir, prie Dieu pour nous !

Françoise Lhoest

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Texte publié 
dans le Bulletin de la Crypte 
N° 407 de novembre 2012
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dimanche 6 avril 2014

Archevêque Tikhon du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles: Elle s'efforçait de vivre une vie différente pour le salut, et dans la solitude


Bishop Tikhon and Mother Liudmila on the day of her tonsure as a nun
L'archevêque Tikhon et Mère Ludmila 
le jour de sa tonsure comme moniale

Quarante jours se sont écoulés depuis que la moniale Ludmila (Pryachnikova) et Vladimir Zaporojets ont été abattus dans la cathédrale du Sud de Sakhaline. On connaît peu le martyr Vladimir qui mendiait sur ​​le porche de la cathédrale du Sud de Sakhaline. Mais tout le monde connaissait et aimait la moniale Ludmila, qui accomplissait son obédience au comptoir des cierges. Aujourd'hui, le guide spirituel de Mère Ludmila, l'archevêque Tikhon du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles, se souvient : 


Vladyka, depuis combien de temps connaissiez-vous Mère Ludmila? 

Je connaissais Mère Ludmila depuis de nombreuses années; elle était l'assistante la plus proche de l'higoumène (Père supérieur) Philarète, qui servait dans la ville de Tomari dans notre diocèse. La Mère était son bras droit et son soutien. Notre connaissance, qui était de caractère très agréable, a duré 10 ans. 

Père Philarète nous a dit que vous avez suggéré à la Mère qu'elle devienne moniale. Pourquoi? Qu'avez-vous vu en elle?

Tout d'abord, j'ai vu qu'elle était une femme digne, la mère d'un moine; J'ai vu son esprit de prière profonde. Je voyais en elle, d'abord et avant tout, une personne qui cherchait le salut, la solitude, la vie monastique, pour une vie différente. Et pour cette raison, j'ai proposé qu'elle devienne moniale. En fait, selon l'heureuse expression de l'un des ascètes [podvizhniki (1)] de notre temps , "le monachisme n'est pas une récompense, mais un moyen de repentance." 

Pourquoi le Seigneur a-t-il préparé la Mère en particulier, pour cet exploit spirituel [podvig]? (2) 

Oui, la cathédrale était pleine de clergé pendant le service, mais à la veille de ces événements, il y avait peu de gens dans la cathédrale. Vraiment, le Seigneur choisit pour son salut ceux qui ont déjà été préparés pour le Royaume des Cieux. La Mère, apparemment, était déjà mûre pour les demeures célestes, de sorte que le Seigneur l'a choisie. 



Archbishop Tikhon (Dorovskэkh) of South Sakhalin and the Kurils
Archevêque Tikhon (Dorovskэkh) 
du Sud de Sakhaline et des îles Kouriles 

Quelle est la signification spirituelle de cet événement, la leçon pour nous tous ? Qu'est-ce que le Seigneur dit à chacun d'entre nous qui se tenait, même à une certaine distance, en témoin de l'exploit spirituel [podvig] de Mère Liudmila et de Vladimir ? 

Je crois que le Seigneur prépare pour nous tous, en premier lieu, l'espoir du salut de notre âme, et donne à chacun de nous sa croix, afin que, la portant dignement, nous soyons en mesure de sauver notre trésor le plus précieux, notre âme. Et l'Orthodoxie est persécutée dans ce monde, notre foi est soumise à la moquerie. Lorsque le démon n'était pas en mesure de réfuter certaines choses, ces choses ont été raillées. Rappelez-vous l'histoire, remémorez-vous la période soviétique. Les croyants passaient pour des ignorants. 
Je me souviens d'un tel épisode de la vie de l'académicien Pavlov (3). Il était assis là, vieillard déjà sage de son expérience de la vie, et vient un jeune soldat de l'Armée rouge, qui ne savait probablement même pas lire, et il demanda à Ivan Petrovich, " Alors , papy, tu crois en Dieu?" Pavlov répondit: "Oui, fils!" " Oh!", poursuivit le soldat de l'Armée rouge, "Tu(4) n'es que ténèbres et ignorance, ignorance!" 

Alors là, même les universitaires se sont avérés être des ignorants. 

Bien sûr, il est facile de ridiculiser, de ridiculiser l'institution de la famille, comme ils le font maintenant, l'institution du mariage, l'établissement de relations entre l'homme et la femme, l'institution de l'éducation des enfants, la maternité, ou les principes moraux de la société. 

Tant que l'Orthodoxie condamne le mensonge de ce monde, notre religion sera l'objet de moquerie, de ricanement, de persécution et de violence de toutes sortes. 

Ce qui s'est passé le jour [de la fête] des nouveaux martyrs et confesseurs de Russie est, bien sûr, un acte important de néo-paganisme des forces sataniques, dans le but de nous effrayer, dans le but d'identifier leur position sans équivoque, de montrer, disent-ils, qu'ils ont le droit de juger et de disposer des vies humaines

Ceci, bien sûr, est faux. Je suis convaincu que nos gens orthodoxes sur Sakhaline n'ont pas été poussés par cela, sachant qu'un démon se tient derrière cet acte - un démon dont le but est de nous désunir. Car aucune des directives politiques, des visions du monde, ou des opinions religieuses ne peut nous séparer - c'est le péché qui nous sépare. 

Ce péché , qui est entré dans les médias, déverse constamment ses ordures, des choses pourries, et toute sorte de propagande en faveur de la luxure sur nous et sur nos jeunes. Parfois, les gens cèdent à ces stratagèmes. Dans ce cas, une personne devient dans une plus grande mesure la victime, et non l'auteur des actes qui ont été accomplis. 



Mother Liudmila prays to the right of Archbishop Tikhon. Photograph taken a few hours before her murder.

Mère Ludmila prie à droite de l'archevêque Tikhon.
la photo a été prise quelques heures avant son assassinat


Bien sûr, je suis très désolé, comme un être humain devrait l'être, pour la personne qui a commis ce crime dans notre cathédrale, le 9 février, parce qu'il a condamné son âme à la souffrance éternelle, et il ne s'est pas repenti même jusqu'à maintenant - c'est ce qui est si terrible. Il pense qu'il a fait une sorte de "bonne" chose. Mais bien sûr, c'est l'illusion, ce qui conduira à la perdition de son âme s'il ne se repent pas. 

Ceux qui professent des cultes néo-païens, des cultes sataniques, des cultes de satisfaction des sens, d'hédonisme - de jouissance de la vie - ces gens sont condamnés à une certaine dégradation morale. 

Nous avons tous besoin de nous réveiller, de revenir à nous-mêmes et de penser: comment vivons-nous? Pour quelle raison vivons-nous sur cette terre? Afin de prouver quelque chose à quelqu'un, ou bien, au contraire, afin de marcher par le chemin prédestiné par le Seigneur par la voie du salut de notre âme, par la voie de la paix, par le moyen d'acquérir l'amour dans notre coeurs? 

Rappelons-nous ceux qui étaient dans les camps, les martyrs et confesseurs de Russie, dont nous avons célébré la mémoire le 9 février. Ils étaient dans les prisons, en exil, tout autour d'eux c'était l'enfer, mais dans leur âme était le Paradis. 

Que Dieu daigne nous accorder d'imiter la façon dont ils vivaient, d'imiter leur accueil dans la joie de tous ceux qui se tournaient vers eux. 

La leçon est simple: il s'agit d'un appel à mettre nos âmes en bon ordre. 


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Notes:

(1) Un "combattant spirituel," celui qui entreprend un exploit difficile pour l'amour du Seigneur: se réfère généralement à des moines. 

(2) podvig - lutte, exploit spirituel/ascétique, quelque chose de difficile à entreprendre pour la cause du Seigneur, par exemple le jeûne, les veilles, etc.

(3) utilisé en russe comme un titre, un membre d'une académie majeure; ou un universitaire, un intellectuel. Pavlov a dirigé le département de physiologie à l'Académie médicale militaire. C'est la même Pavlov renommé du "chien de Pavlov," qui a remporté le prix Nobel pour son travail. 

(4) Le mot russe ty (ты) est utilisé ici - indiquant la familiarité et le manque de respect envers l'homme qui était plus âgé que lui.

vendredi 4 avril 2014

Les nouveaux martyrs des Sakalines


The walls of the cathedral. February 9, 2014
Sous les murs de la cathédrale/ 9 février 2014

Le dimanche 9 février, l'Eglise orthodoxe russe a célébré la mémoire des saints nouveaux martyrs et confesseurs de Russie, ceux qui ont trouvé la mort au cours de la période soviétique aux mains des athées, ou plus exactement des anti-théistes, des gens qui "sont en guerre contre Dieu." 

Tandis que les chrétiens orthodoxes, non seulement en Russie, mais dans le monde entier participaient à des offices et chantaient les louanges de ces justes d'un passé relativement récent, ils ne se doutaient pas que deux autres Russes orthodoxes en Extrême-Orient russe allaient mourir ce jour-là, d'une manière qui ne peut être appelé que martyre. 

Qui étaient ces deux martyrs, et qu'est-ce qui a motivé le jeune homme que tout le monde décrit comme un garçon russe ordinaire, impossible à distinguer de toute autre personne dans l'église, jusqu'à ce qu'il ouvre le feu sur les fidèles assemblés là ? 

Youjno-Sakhalinsk



Youjno-Sakhalinsk, ou Sakhalinsk du Sud, est la plus grande ville sur l'île de Sakhaline en Extrême-Orient russe. Le climat est très froid en hiver, avec des étés modérés et brumeux. Peuplée à l'origine par des prisonniers russes pendant l'époque tsariste, elle a été perdue au Japon après la guerre russo-japonaise de 1905, avec la partie sud de l'île. La défaite du Japon dans la Seconde Guerre mondiale l'a forcé à céder à nouveau le territoire à l'Union soviétique, et bien que la question de la propriété ait de nouveau surgi depuis l'effondrement de l' URSS, le territoire fait toujours partie de la Fédération de Russie. 

Il est riche en ressources naturelles, à savoir le pétrole et le gaz, mais bien que cela ait apporté la croissance économique, la majorité de la population est pauvre, et la région autour de la ville a le plus haut taux de criminalité juvénile de toute la Russie. 

L'Eglise orthodoxe russe est dans cette région, à l'origine habitée par les peuples autochtones d'Extrême-Orient, depuis la fin du 19ème siècle, quand l'Empire russe a commencé à y envoyer des missionnaires. 
Sakhaline était l'endroit où les prisonniers étaient envoyés, et les églises furent construites dans les villes et villages qui ont résulté de cette présence. Youjno-Sakhalinsk a également commencé son existence en tant que colonie de prisonniers en 1882, appelée Vladimirovka à l'époque.

La période soviétique a vu toutes les églises de Sakhaline détruites ou utilisées à d'autres fins profanes. Avec la chute du régime soviétique, l'Eglise orthodoxe russe a de nouveau commencé son travail de missionnaire sur l'île, à la fois pour les peuples autochtones, et pour la population russe. La première église construite au cours de cette période a été consacrée à sainte Xénia de Pétersbourg en 1989, et en 1990, le Métropolite Pitirim de Volokolamsk a consacré la fondation de la cathédrale de la Résurrection du Christ à Youjno- Sakhalinsk. 

La construction a été achevée et la cathédrale a été ouverte en 1995. Depuis, une dizaine d'églises ont été construites sur l'île, avec des écoles du dimanche et des centres d'éducation religieuse. 

Parce que la population russe de Sakhalinsk est largement transitoire, il n'était pas facile d'y faire revivre la vie orthodoxe. Vladyka Daniel (Dorokhov), maintenant Métropolite d'Arkhangelsk, a été envoyé à Sakhaline depuis la Laure de la Sainte Trinité-Saint Serge lorsque le nouveau diocèse de Sakhaline et des îles Kouriles fut formé, et la plupart des travaux eut lieu pendant son temps en tant qu'évêque de ce diocèse. En un temps relativement court, cependant, beaucoup a été fait pour établir la vie de l'église à Sakhaline. 

Bien que les gens de Sakhaline soient pour la plupart bien disposés envers l'Eglise orthodoxe, et que ses programmes sur l'île n'aient apporté que du bon, il y a certaines personnes qui n'aiment pas le fait que les gens se tournent vers Dieu. L'Ennemi de l'humanité est particulièrement mécontent de la construction d'églises et de l'éducation religieuse de ces gens presque oubliés. Cela a été exprimé avant même l'attaque du 9 février. 
En Août 2012, par exemple, les satanistes ont vandalisé la cathédrale et l'église dédiée à Saint-Innocent de Moscou, illuminateur de l'Alaska et du Kamtchatka. Pendant la nuit, ils ont profané les églises avec des phrases et des symboles sataniques. 

Bishop Tikhon of Yuzhno-Sakhalinsk and Kuril
Evêque Tikhon de Youjno-Sakalinsk et des Kouriles

L'évêque Tikhon de Youjno-Sakhalinsk et des Kouriles a commenté cet incident qui a secoué l'île alors. 
J'ai reçu les nouvelles de ce vandalisme avec douleur - douleur pour la maladie spirituelle et morale présente dans notre société. Ces actes blasphématoires témoignent de ce que, malheureusement, des attaques sont faites à nos valeurs morales et spirituelles fondamentales; [c'est] une attaque contre tout ce qui nous défendons. Bien sûr, je suis désolé pour ces personnes, et je suis triste de ce qu'ils font. Je suis convaincu qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. Que Dieu accorde qu'ils reviennent à la raison, et comprennent qu'ils ne peuvent pas faire tanguer le bateau dans lequel tous les peuples du monde sont assis. 

Le recteur de l'église, l'archiprêtre Victor Gorbach, a déclaré: 
Nous avons déjà vécu une guerre contre les églises. Au début du XXe siècle, notre peuple s'est détruit avec des slogans semblables à ceux-ci. Je suis triste pour ces gens. Après tout, on ne se moque pas de Dieu, et ils se détruisent. Dans l'Écriture sainte, il y a ces paroles: Si un homme pèche contre un autre homme, Dieu le jugera, mais s'il pèche contre l'Éternel, qui priera pour lui? (1 Samuel 2:25) Si les gens peuvent donner un sens à cela, et faire une évaluation correcte de ce qui s'est passé, notre société aura un avenir. 
Il y a eu d'autres attaques de vandalisme par les satanistes contre des églises sur Sakhaline depuis, mais cette haine satanique de l'Eglise orthodoxe est devenue particulièrement évidente ​​le dimanche de saints nouveaux martyrs et confesseurs de Russie, le 9 février 2014 quand un jeune homme du nom de Stepan Komarov, un néo-païen, est entré dans la cathédrale de la Résurrection du Christ à Youjno-Sakhalinsk et a commencé à tirer sur les gens. 

C'était un jour plein de grâce, beaucoup de personnes avaient assisté à la Liturgie ce matin-là pour recevoir la Communion et féliciter l'évêque Tikhon pour son élévation au rang épiscopal. Ils avaient servi un pannikhide pour les personnes tuées par les communistes pendant les années de persécution contre l'Eglise. 

Heureusement, la plupart des gens avaient déjà quitté l'église quand Komarov est entré. C'était comme lors des années révolutionnaire, quand les gens faisaient irruption dans les églises avec des fusils. On tira sur les icônes, et une balle frappa même l'autel dans le sanctuaire. C'est ainsi que la moniale Hilariona, qui sert également à la cathédrale, a décrit la scène. 
Six personnes furent grièvement blessées, et un certain nombre d'autres ont subi des blessures mineures. Cependant, tous ceux qui furent hospitalisés en sont sortis depuis. Il semble que l'ampleur de l'attaque ait été prise par deux personnes: la moniale Ludmila (Pryachnikova), et un homme nommé Vladimir Zaporojets. 

La moniale Hilariona, qui connaissait bien Mère Ludmila, décrit l'événement (1): "Matouchka se tenait derrière le comptoir de vente des cierges, et c'est là qu'elle est tombée. Je ne sais pas si elle a eu la possibilité de fuir quand la fusillade a commencé. La seule chose que je puis dire, c'est qu'elle a été l'une des premières à recevoir un coup: le comptoir des cierges se trouve à droite, juste que vous entrez dans la cathédrale. 
Je ne sais pas si elle a eu l'occasion d'échapper à son destin. Mais même si ce fut le cas, quand un homme fait irruption dans l'église avec un fusil, quelle est la première pensée d'une moniale? Sauver les gens. 
Sur le territoire de notre cathédrale il y a un centre éducatif-spirituel. Il y a une porte d'entrée là-bas, et l'écclésiarque de notre cathédrale et son assistant se trouvaient être là à l'époque. 
Dès qu'ils ont entendu les coups de feu, ils ont couru directement à la cathédrale. Un des novices, Alexis, a commencé à retirer les blessés, et ils étaient nombreux. Ceux qui n'avaient été que légèrement blessés ont été amenés en autobus au centre de traumatologie, mais ceux qui ne pouvaient pas marcher sans aide (ils étaient pour la plupart blessés aux jambes) ont été amenés rapidement dans l'église inférieure. Cet homme a sorti de nombreuses personnes au risque de sa propre mort. Il a fait beaucoup. 
Je suis arrivée lorsque le tireur avait été déjà arrêté. Vladyka était dans le bâtiment de l'administration diocésaine situé à quelque distance de la cathédrale, et n'a donc pas entendu les coups de feu… 

La moniale Ludmila

Nun Liudmila (Pryashnikova)
Moniale Ludmila

On a tiré sur le visage de la moniale Mère Ludmila (Pryachnikova). Ce fait témoigne de son courage et de son intrépidité face à ce danger soudain, car les experts légistes ont noté dans leur étonnement plus tard, la réponse instinctive est d'essayer de lever les mains pour se couvrir le visage, mais Mère Ludmila ne l'a pas fait. 
La moniale Hilariona décrit son caractère: "Matouchka était un exemple pour tous. On rencontre rarement une telle personne, magnanime, chaleureuse et aimante comme elle. Elle montrait son christianisme par son mode de vie. 
Nous n'avons pas beaucoup de moniales ici, mais Matouchka était l'une des meilleures. La lumière du Christ qu'elle portait en elle-même ne peut pas être décrite par des mots…
Je n'ai probablement jamais rencontré une telle personne, aussi gentille et aussi aimable dans ma vie. Elle était unique. La chose la plus incroyable pour moi, c'est ce parallèle: comme moniale, elle a quitté ce monde le jour des nouveaux martyrs et confesseurs de l'Église russe, et elle fut tonsurée dans la mantia en l'honneur de la nouvelle martyre Ludmila Petrova(2). Ceci est un fait très important. Je crois qu'elle est au Paradis - la scène du martyre et son mode de vie ne laissent aucun doute à cet égard…" 
Le Seigneur a probablement choisi la meilleure des moniales. Ceci est mon opinion subjective. Elle avait la qualité rare de ne jamais entrer en conflit avec personne. Je ne me souviens pas d'un seul exemple de dispute avec quiconque, pour essayer de prendre le dessus, ou d'essayer de se faire une place pour elle-même sous le soleil… Une telle chose n'a jamais été. Elle portait son obéissance pacifique, avec humilité et amour, et avec une telle dignité qu'elle était un exemple pour tous. C'était une vraie chrétienne. 

Vladimir Zaporojets 
L'autre personne tuée ce jour-là était Vladimir Zaporojets. On sait peu de choses de la vie de ce second héros. Les autres jours, les paroissiens le voyaient debout à l'extérieur de l'église comme beaucoup de gens de la rue qui demandent souvent l'aumône. Il était apparemment sans-abri, mais en fait, sa mère vit non loin de la cathédrale, et on ne sait pas pourquoi il ne vivait pas avec elle. 
Quand il a entendu les coups de feu, Vladimir a couru dans la cathédrale. Il a commencé à supplier le tireur d'arrêter, debout  face à lui. Pour cela, il a reçu quatre blessures par balle, d'abord dans les pieds, et enfin une blessure fatale au corps et à la tête. Comme l'ont dit des témoins oculaires, il a sauvé quatre personnes. Il a volontairement pris les balles à leur place, et on pourrait certainement dire que Vladimir Zaporojets a donné sa vie pour le bien des autres. 

Stepan Komarov 


Stepan Komarov


Le meurtrier, Stepan Komarov, est né en 1989, et il a été employé par une entreprise de sécurité. Il était un soi-disant "néo-païen", avec la haine de l'Eglise orthodoxe. Quand il est entré dans l'église, personne ne l'a remarqué même jusqu'à ce qu'il commence à tirer. 
L'auteur Serge Khoudiev (3) décrit cette personne et ce qui l'a conduit à cet acte: Le motif du tueur était suffisamment transparent: haine envers le christianisme et les chrétiens. Ses victimes ont été tuées (ou blessées), non pas parce qu'elles se trouvaient tout simplement  là, et non pas parce qu'elles l'avaient personnellement offensé, mais parce qu'elles étaient chrétiennes orthodoxes. 
Nous connaissons, et nous nous souvenons des Nouveaux Martyrs; nous savons que même maintenant, dans de nombreux pays du monde, les gens sont cruellement persécutés pour leur foi en Christ. Mais de nos jours en Russie, nous avons pris l'habitude de penser que l'Eglise est l'endroit le plus sûr sur terre. Les gens y viennent prier Dieu et c'est précisément ce qui a mis en colère Stepan Komarov au point d'assassiner. 
Komarov a apparemment été attiré par le néo-paganisme... Maintenant, on le dit soit athée, soit néo-païen, et il est vraiment difficile de donner un sens à sa vision du monde. Il semblerait qu'un homme qui est prêt à commettre un tel crime doit avoir une certaine pensée réfléchie et des motifs de souffrance [pour agir ainsi]. Il doit avoir une sorte de vision du monde, une certaine profondeur, une vue sur le monde mais corrompue; certaines profondeurs sataniques impérieuses. 

Cependant, il semble qu'il n'y ait pas de profondeur, c'est juste le vide… 

Sa page de réseau social contenait principalement des blagues vulgaires, des liens vers des sites d'athéisme scientifique, et des sites de néo-paganisme.

Le mépris pour les gens et l'incapacité de respecter qui que ce soit... Et en arrière-plan, la haine de l'Église. Non pas parce que l'homme avait des idéaux ou des convictions, que l'Église en quelque sorte entravait, mais tout simplement par haine… 

Oui, Stepan Komarov a agi seul, personne ne lui a donné un ordre. Les organisations anti-chrétiennes qui luttent contre l'Eglise d'une manière réfléchie et systématiquement, ont certainement existé; par exemple, le parti bolchevique ou la SS. Il en est même certaines qui existent aujourd'hui. Mais nous voyons la guerre contre l'Église non pas simplement comme l'action de certaines organisations de défense, mais comme un combat spirituel, sur ce qui est écrit dans les évangiles: "Car nous ne luttons pas contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes des ténèbres de ce monde, contre les esprits du mal dans les lieux célestes (Ephésiens 6:12 )." 
Il y a une conspiration mondiale contre l'Église, et il y a les états-majors d'où les commandes sont donnés, mais ces états-majors ne sont pas faits de personnes. Ils sont faits d'esprits mauvais. 
Nous sommes habitués au mot "esprit," ou "spirituel" comme signifiant quelque chose,  comme le gaz, à moitié réel, comme un nuage de brouillard qui pourrait se développer en une minute. Mais c'est une terrible erreur, le monde spirituel n'est pas moins réel que la matière, et il a un effet très réel sur ce qui se passe dans le monde. 
Les destins du monde, des pays, des peuples et des individus sont d'abord décidés à ce niveau spirituel. En dernière analyse, toutes les guerres et conflits dans le monde n'ont de sens que dans la mesure où ils sont pris en compte dans le processus de cette Grande Guerre: "Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole de leur témoignage; et ils n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort" (Apoc. 12:11)… 

Ceux qui gagnent cette guerre ne sont pas ceux qui tuent, mais ceux qui gardent leur foi en Dieu jusques à la fin. Et sur ​​la tombe de la moniale Ludmila, et sur ​​la tombe de Vladimir résonne invisible le chœur triomphant: "Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole de leur témoignage ; et ils n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort." 

L'histoire de nouveaux martyrs de Russie n'est pas terminée. Nous ne le savons pas, peut-être cela ne fait-il que commencer. Mais la mort sacrificielle de Mère Ludmila et celle de Vladimir, le jour même où l'Eglise orthodoxe russe dans le monde entier a célébré la mémoire des nouveaux martyrs et confesseurs de Russie, est un signe clair qu'il y a encore de telles personnes parmi nous. 


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

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NOTES:


(2) La nouvelle martyre Ludmila Petrova (26 février 1879- 27 septembre 1937) est né à Rostov, et a travaillé toute sa vie comme professeur d'artisanat. Le 15 novembre, elle a été arrêtée et accusée d'être "membre d'un groupe d'Église monarchiste anti-communiste" qui a organisé des collectes pour les objectifs du groupe. Elle a été condamnée à trois ans d'exil. En 1936, elle a de nouveau été arrêtée et accusée d'avoir eu une correspondance avec le Métropolite Joseph (Petrovy) et de lui avoir envoyé de l'aide. Elle a été condamnée à trois ans d'exil au Kazakhstan, où elle a été détenue dans un camp de prisonniers. Au Kazakhstan, elle a de nouveau été arrêtée pour activité contre-révolutionnaire, ce qu'elle a nié. Le 28 août 1937, elle a été condamnée à mort, et le 27 Septembre 1937, Ludmila Petrov a été exécutée près de la ville de Chimkent.