"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 26 avril 2026

DIMANCHE DES FEMMES MYRRHOPHORES




Aujourd’hui, nous commémorons les femmes myrrhophores : sainte Marie-Madeleine, Marie, épouse de Cléopas, Jeanne, Salomé, mère des fils de Zébédée, Susanne, Marie et Marthe, sœurs de Lazare, et Marie, mère de l’apôtre Jacques. Nous nous souvenons également du juste Joseph d’Arimathée et de Nicodème. Le troisième dimanche de Pâques, on commémore sainte Tamara de Géorgie, dont la fête est également célébrée le 14 mai (1er mai selon l’ancien calendrier).

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La lecture des Actes des Apôtres d’aujourd’hui relate la nomination des sept diacres (Actes 6, 1-7). Alors que la communauté chrétienne s’efforçait de faire preuve d’unité d’esprit et de volonté, des tensions internes avaient surgi. De nombreux Juifs de la diaspora exprimaient leur mécontentement. Certaines traductions les appellent « Grecs », d’autres « Hellénistes ». La culture et la langue de la Méditerranée orientale étaient grecques et ces Juifs avaient assimilé des éléments de cette culture, mais ils se sentaient désavantagés par le fossé culturel qui les séparait des Juifs palestiniens qui, vivant sur leur terre natale, parlaient l’hébreu ou l’araméen. Les veuves, qui dépendaient de la communauté pour leur subsistance, se sentaient négligées. Cela n’était peut-être pas délibéré, mais résultait probablement d’un manque de planification adéquate pour faire face au nombre sans cesse croissant de ceux qui croyaient au Seigneur.

Icône des apôtres


Les apôtres prirent donc des mesures pour résoudre ce problème avant qu’il ne porte atteinte de manière durable à l’harmonie de la communauté chrétienne. Leur proposition fut accueillie avec enthousiasme et les sept premiers diacres furent ordonnés. Étienne, premier martyr du Christ, et Philippe sont sans doute les plus connus. Prochore, le scribe, devint un compagnon de saint Jean le Théologien. Nicanor fut martyrisé par les Juifs le même jour qu’Étienne. Timon, qui devint évêque en Arabie, mourut également en martyr, tout comme Parmenas. Nicolas, le prosélyte d’Antioche, fut peut-être choisi pour satisfaire les Hellénistes, mais son nom ne figure pas dans la liste des saints. 


La lecture de l’Évangile (Marc 15, 43 – 16, 8) nous ramène au Vendredi saint, jour de la crucifixion du Christ. On nous dit que saint Joseph d’Arimathie était conseiller, ce qui signifie qu’il était un fonctionnaire occupant une charge officielle. Homme pieux et honorable, il reconnut le Christ comme Dieu incarné. Il prit donc l’initiative audacieuse de se rendre auprès du gouverneur romain, Ponce Pilate, et de demander le corps de Jésus afin de lui offrir une sépulture décente et digne. Des personnes ayant un statut social plus élevé que Joseph avaient été responsables de la crucifixion. En prenant cette initiative, Joseph risquait donc sa réputation et son statut, car il serait considéré comme l’ami et le disciple d’une personne condamnée à mort comme criminel de droit commun. Malgré cela, il était déterminé à faire ce qu’il savait être juste, quel qu’en soit le prix à payer sur le plan personnel. 

C’est une leçon pour nous tous. Nous devrions toujours chercher à faire ce qui est juste ; nous devrions être prêts à prendre position et à défendre la Vérité, même si cela nous vaut l’hostilité de ceux qui occupent des postes d’autorité dans ce monde.

Il y avait une certaine urgence à procéder à cette mise au tombeau, car le sabbat approchait. Les préparatifs furent donc effectués à la hâte et le tombeau fut fermé. 

Une fois le sabbat terminé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé se rendirent au tombeau avec de la myrrhe, des aromates et tout le nécessaire pour accomplir le rituel de préparation du corps, afin de le préserver de la décomposition. Alors qu’elles s’approchaient du lieu de sépulture, une pensée leur vint : « Mais comment allons-nous ouvrir le tombeau, puisqu’un gros rocher en barre l’entrée ? » Elles furent stupéfaites de trouver le tombeau déjà ouvert. 

L’Évangile de Marc nous dit que les femmes rencontrèrent un jeune homme vêtu de blanc, bien que Matthieu l’appelle un ange et que Luc et Jean, dans leurs Évangiles, mentionnent deux anges. Les femmes étaient stupéfaites et effrayées. Le Christ avait préparé les gens à accepter l’idée de la résurrection d’entre les morts. Ils en avaient vu des exemples : la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïn, ainsi que Lazare, le frère de Marie et Marthe, tous ressuscités d’entre les morts. Pourtant, les femmes étaient submergées par la peur et l’émotion.

L'Évangile ne précise pas si elles comprenaient la portée des événements extraordinaires dont elles étaient témoins, ni si elles avaient peur parce qu'elles étaient désorientées. L’ange dit aux femmes d’aller raconter ce qu’elles avaient vu aux disciples et à Pierre. Saint Pierre est spécifiquement mentionné parce qu’il avait renié le Christ. Dans son remords, il devait se demander s’il serait rejeté comme indigne. Ce message avait pour but de le rassurer et de lui faire savoir que son repentir l’avait sauvé, contrairement à Judas qui ne pouvait pas, ou ne voulait pas, se repentir.

Un thème commence à se dessiner. Servir le Christ d’abord, ensuite et toujours. Rien n’est plus important que cela. Dans le Synaxaire, nous trouvons ce qui suit : … après l’ensevelissement du Corps du Seigneur, Joseph fut jeté dans un cachot par les Juifs, mais il en fut délivré par la puissance divine et se rendit dans sa ville natale, Arimathée. Le Christ ressuscité lui apparut alors qu’il était encore enchaîné, et lui confirma d’une manière particulière le mystère de la Résurrection. Bien qu’il ait beaucoup souffert aux mains des Juifs, il ne voulut pourtant pas garder le silence sur ce mystère et osa le proclamer aux yeux de tous. 

De même, les femmes se rendirent au sépulcre par respect et par amour pour le Seigneur. Elles étaient nerveuses car elles rendaient hommage à la victime de la crucifixion, le châtiment le plus dégradant et le plus humiliant réservé aux pires criminels. Les femmes risquaient d’être raillées, voire maltraitées physiquement ou agressées, mais elles ne se laissèrent pas décourager. 

Tropaire Ron 2 

Lorsque Tu es descendu dans la mort, ô Vie immortelle, Tu as alors vaincu l’Hadès par l’éclat de Ta divinité ; et lorsque Tu as ressuscité les morts des profondeurs les plus abyssales, toutes les armées célestes ont crié à haute voix : « Ô Christ notre Dieu, Donateur de vie, gloire à Toi. » 

Dans l’ode 5 du Canon, nous lisons :

Célébrant la mémoire des pieuses myrrhophores et de tous Tes disciples, nous Te chantons, ô Christ, à la lumière de Ta résurrection.

Honorons comme il se doit le noble Joseph, qui a descendu le Corps du Seigneur de l’Arbre et l’ensevelit fidèlement.

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Sainte Tamara


Sainte Tamara était la fille du roi Georges III de Géorgie. Elle naquit en 1166. Le roi mourut en 1184 sans héritier mâle. La noblesse reconnut Tamara comme souveraine de Géorgie et elle fut intronisée à l’âge de dix-huit ans. Son mariage avec Davit-Soslan, fils du souverain ossète qui était descendant du roi Georges Ier, assura la dynastie des Bagration. La Géorgie était une nation chrétienne résistant à l’avancée de l’islam. En 1195, une campagne militaire contre la Géorgie fut planifiée par Abu Bakr d’Azerbaïdjan persan. La pieuse et noble Tamara, en plus de l’appel aux armes, sollicita l’aide de l’Église pour célébrer des vigiles et des liturgies en faveur de la défense du royaume. Elle ordonna également la distribution d’aumônes au peuple afin qu’il puisse quitter son travail quotidien pour prier. La reine exhorta les soldats à faire confiance à Dieu et à placer toute leur espérance dans la Croix du Christ et la Très Sainte Mère de Dieu.

Tamara elle-même veilla sans relâche devant l'icône de la Théotokos jusqu'à ce que parvienne la nouvelle de la victoire des forces géorgiennes. C'est ainsi que la pieuse reine conduisit la Géorgie à la victoire par la force de ses prières. C'est ainsi que la Géorgie devint un grand bastion du christianisme, défendant toute cette région contre l'agression turque. Tamara, qui alliait un mode de vie d'ascétisme strict à ses devoirs mondains, fonda de nombreuses églises et monastères sur les territoires géorgiens, en Terre Sainte, au Mont Athos, au Sinaï et dans bien d'autres lieux. Outre les généreuses dotations qu’elle accorda à l’Église, elle mit également à profit ses talents de couturière pour confectionner des vêtements liturgiques afin d’embellir le culte de Dieu. Épuisée par des années de labeur incessant, de jeûne et d’un leadership inspirant, la santé de Tamara finit par en pâtir. Sachant ainsi que sa vie terrestre touchait à sa fin, elle se tourna en prière vers l’icône du Christ et de la Sainte Croix : « Seigneur Jésus-Christ ! Maître tout-puissant du ciel et de la terre ! À Toi je remets la nation et le peuple qui m’ont été confiés et rachetés par Ton Précieux Sang, les enfants que Tu m’as accordés, et à Toi je remets mon âme, ô Seigneur ! »

Il convient d’ajouter une précision à ce qui précède. Le 1er mai 1911, jour où l’on célèbre sainte Tamara dans le calendrier des saints, fut annoncé le fiançailles de la princesse Tatiana, petite-fille du tsar Nicolas Ier de Russie, et du prince Konstantine Bagration-Mukhransky de Géorgie. Ils se marièrent et eurent deux enfants, un garçon et une fille. Malheureusement, Constantin fut tué pendant la Première Guerre mondiale. Plus tard, devenue veuve, en 1946, Tatiana fut tonsurée comme moniale et reçut le nom monastique de Tamara. (Sainte Tamara était une ancêtre de son défunt mari.) Finalement, en 1951, Matouchka Tamara devint higoumène du couvent du Mont des Oliviers à Jérusalem. 


Higoumène Tamara




Lors d'un pèlerinage à Jérusalem vers 1970, Marie, notre fondatrice, reçut un tchotki [chapelet] de couleur cerise de la part de l'higoumène Tamara. Il se trouve aujourd'hui dans la vitrine du hall du collège. L'higoumène, dame très gracieuse, s'éteignit le jour de la fête de la Dormition de la Mère de Dieu en 1979.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après


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