"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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mardi 11 août 2009

SAINT MELCHISEDEK, CATHOLICOS-PATRIARCHE DE TOUTE LA GEORGIE (11ème siècle))


Après la dormition du Catholicos Sviméon (Syméon), la charge de l'Église Géorgienne fut transmise au Catholicos Melchisédek Ier. Saint Melchisédek a conduit l'Église à partir de 1010 jusqu'à 1030 environ, pendant le règne des Rois Bagrat III, Giorgi I, et de Bagrat IV.

On croit que saint Melchisédek a été le premier Catholicos de Géorgie à être commémoré comme Catholicos-Patriarche.

Selon les sources historiques, le Catholicos Melchisédek était d'une noble lignée et avait été élève du roi Bagrat III.

Sous sa direction la Cathédrale Svetitskhoveli a été restaurée et décorée. Il a voyagé à Byzance pour recueillir des fonds pour ce projet, et alors qu'il était là, il a rendu visite à l'empereur Basile II ("le Tueur de Bulgares"). Saint Melchizedek est retourné dans sa mère patrie, avec de généreux dons et il a commencé le plus grand chantier du siècle: l'ornementation de la cathédrale de Svetitskhoveli avec de l'or, de l'argent, des perles et des pierres précieuses.

Saint Melchisédek a fait plusieurs voyages à Byzance au cours de sa vie, et les historiens pensent que lors de l'une de ces visites, les patriarches de l'Est ont approuvé le titre officiel de "Catholicos-Patriarche" pour le pasteur en chef de l'Église orthodoxe apostolique de Géorgie.

L'histoire a conservé le testament de Saint Melchisédek, dans lequel il a légué une longue liste d'objets sacrés, de monastères, et de villages à la cathédrale de Svetitskhoveli. Dans son testament, le pasteur en chef de l'Église géorgienne est dénommé "Catholicos-Patriarche." Melchisédek y révèle également l'endroit précis où il souhaitait être enterré.

Saint Melchisédek a été canonisé le 17 Octobre 2002. Fête le 1/14 octobre.

À l'instar de Noé, tu accordas à ta nation
une arche de sainteté,
et comme une fiancée du Christ,
tu ornas l'Église de joyaux.
Ô Saint Hiérarque Melchisédek,
rends-nous dignes de l'éternelle béatitude!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archiprêtre Zakaria Machitadze
THE LIVES OF THE GEORGIAN SAINTS
Saint Herman of Alaska Press
Platina, California, USA
2006

samedi 8 août 2009

Sainte Julie, Sainte Patronne de la Corse


Vie de Sainte JULIE,
Vierge et Martyre,
Patronne de la Corse
( † Vème siècle)
( Fêtée le 23 Mai/ 5 Juin)

Sainte Julie naquit à Carthage d'une famille patricienne. Lorsque la ville fut envahie par les vandales de Genséric, les habitants furent réduits en esclavage. Sainte Julie devint donc l'esclave d'un païen nommé Eusèbe, Syrien fixé en Afrique. Elle fut entièrement soumise à son maître terrestre, mais elle poursuivit l'ascèse chrétienne qu'elle pratiquait depuis son jeune âge.

Il advint que son maître, qui était négociant et voyageait en divers pays, se rendit en Gaule et fit escale en Corse en un lieu appelé aujourd'hui Cap-Corse.

Là, des païens célébraient une fête en l'honneur de leurs dieux et offraient un taureau en sacrifice. La sainte ne voulut pas participer à cette fête. Elle manifesta courageusement sa désapprobation.

Félix gouverneur de l'île, à qui fut rapporté sa conduite courageuse, alla trouver Eusèbe et lui proposa d'échanger cette vierge contre quatre esclaves. Eusèbe refusa en disant qu'il n'avait jamais pu la convaincre de renoncer à son Dieu, mais qu'elle le servait fidèlement, qu'elle représentait le plus précieux de ses biens, et qu'il ne saurait s'en défaire même pour toutes les richesses que possédait Félix.

Félix ne renonçant pas à son désir, invita Eusèbe, le fit enivrer et l'ayant endormi, s'empara de Sainte Julie. Il essaya de lui faire abjurer le Christ et vénérer les faux dieux en échange de son affranchissement. Elle refusa disant: "Je suis libre tant que je sers Jésus Christ et quelque chose qui puisse m'arriver, jamais je n'achèterai la liberté par une lâche apostasie."

Le gouverneur la fit souffleter, traîner par les cheveux jusqu'au lieu de son supplice où il la fit fouetter et attacher à une croix sur laquelle elle rendit l'esprit.

Lorsqu'elle mourut, comme cela fut le cas pour la sainte protomartyre de la Corse sainte Dévote, une colombe sortit de sa bouche et vola vers les cieux.

Eusèbe à son réveil ne fit rien contre Félix. Averti par des anges, des moines demeurant dans l'île de Gorgone ou Marguerite, allèrent en Corse pour prendre le précieux corps de la sainte martyre qui était encore sur la croix. Ils l'emportèrent donc avec eux et il devint l'ornement de leur monastère.

Au VIIIème siècle, Arize épouse de Didier, Roi des Lombards, fit bâtir à Brescia une église où les reliques de la sainte furent transférées ( †766).

C.L.-G.
(voir l'acathiste à sainte Julie ici)
+
Icône de sainte Julie
reproduite
avec la bénédiction
de Père Joachim
de Marseille

mercredi 5 août 2009

Saint Séraphim de Viritsa: Vie



Saint Séraphim de Viritsa (Basile Mouraviov dans le monde) est né en 1866 à Tchérémovsky, dans la province de Yaroslav. Ses parents, Nicolas et Chione étaient paysans. Quand il atteignit ses dix ans, son père mourut et il resta avec sa mère malade et sa sœur Olga.

Un voisin compatissant, l'amena avec lui à Saint Petersbourg et lui trouva un travail comme employé dans un magasin. Mais l'enfant avait le désir secret de devenir moine. Il alla donc un jour au monastère de Saint Alexandre Nevsky et il parla de sa vocation à un satretz. Ce dernier lui recommanda de rester dans le monde et de fonder une famille. Il retourna donc travailler au magasin, envoyant régulièrement de l'argent à sa famille.

A l'âge de vingt-quatre ans, il se maria avec Olga et eut deux enfants, Nicolas et Olga. Il s'établit à son compte comme fourreur. Il devint riche. Sa fille Olga mourut et les deux époux vécurent alors comme frères et sœurs. A l'âge de trente ans, il donna son argent à divers monastères et quand Nicolas fut grand, il décida d'un commun accord avec Olga qu'ils se sépareraient et iraient vivre la vie monastique. Avant d'accepter, avec son épouse de se séparer et d'entrer dans la vie monastique, il fit un jour un rêve que, plus tard, il lia à son père spirituel, le moine Barnabé de la skite de Gethsémani. Dans ce rêve, il était en pèlerinage pour rendre visite à un monastère de Saint Nicolas et en route, dont il perdit son chemin et s'aventura dans une forêt. Dans la forêt, un vieil homme lui a demandé des instructions pour aller vers ce même monastère; le vieil homme avait un sac sur le dos et une hache dans sa main. Il a réalisé que cet homme était Saint Séraphim de Sarov. Le vieil homme s'assit sous un arbre et fut très vite rejoint par le propre père spirituel de Basile, Barnabé. Dans cette vision, même si Basile put voir qu'il était assis entre les deux pères, il ne put pas entendre de la discussion qu'ils avaient.

À l'âge de cinquante-quatre ans, en 1920, lui et sa femme se sont discrètement séparés et sont entrés dans la vie monastique. Son épouse entra au monastère féminin de la Très Sainte Vierge Marie d'Iviron de Saint-Pétersbourg, et elle adopta le nom de "Christine" quand elle fut tonsurée moniale. Elle mourut en 1945. Il entra dans la Laure de Saint Alexandre Nevski comme un novice en Septembre 1920, et un mois plus tard, il fut tonsuré moine, prenant alors le nom de "Barnabé". Il fut ordonné diacre, peu après, et le 29 août 1921, Barnabas fut ordonné prêtre par le Métropolite Benjamin de Kazan.

Il fut rebaptisé "Séraphim" en 1927, en l'honneur de Saint Séraphim de Sarov, quand il prit le Grand Schème. Il devint le père spirituel de la Laure Saint Alexandre Nevski à Saint-Pétersbourg, où, comme staretz clairvoyant, il a également confessé des milliers de laïcs. Il a dit: "Je suis la salle de stockage où les épreuves des gens sont rassemblées." À l'imitation de son saint patron, il pria mille nuits sur un rocher devant une icône de Saint Séraphim de Sarov.
En 1927, l'évêque Alexis (Chimansky) vint le voir pour lui demander s'il voulait quitter la Russie. C'était le temps de lourdes persécutions. Avant que l'évêque n'ait pu dire un seul mot, saint Séraphim lui dit: "Beaucoup veulent maintenant quitter la Russie, mais il n'y a rien à craindre. On a besoin de vous ici. Vous deviendrez Patriarche et vous gouvernerez [l'Eglise] pendant vint-cinq ans."

Vinrent les persécutions généralisées...Les moines de la Laure furent arrêtés, exilés et envoyés au Goulag. Beaucoup furent exécutés. Depuis 1929, le staretz fut arrêté quatorze fois. Il continua à exercer son sacerdoce dans les camps où il encouragea se compagnons de captivité.
En 1933 il revint des camps et s'établit à Vyritsa.

Les fidèles commencèrent à venir le voir et à lui exposer leurs problèmes spirituels. Il fut inquiété à nouveau et faillit être arrêté, mais finalement on le laissa en paix.

En 1941 les Allemands envahirent la région, sans trop de mal pour les fidèles. Père Séraphim devint faible et un autre prêtre (Père Alexis Kibardine)dut venir servir dans l'église de la Mère de Dieu de Kazan.

En 1949, trop faible, il resta allité, mais le flot des visiteurs ne tarit pas.

Peu avant son natalice, la Très Sainte Génitrice de Dieu lui apparut et lui dit de recevoir la Sainte Communion tous les jours. Le père Alexis (Kibardine)lui apportait la Sainte Communion à deux heures du matin, mais un jour il s'endormit et n'arriva qu'à quatre heures du matin. Il s'excusa auprès du saint et remarqua une lumière qui l'entourait. Le père lui dit: "Père, ne t'en fais pas, les saints Anges m'ont déjà apporté la Communion!" Voyant son visage rayonnant, Père Alexis savait que c'était vrai.

Il demanda alors à Père Alexis d'aller avertir le Patriarche que dans deux semaines il irait rejoindre le Seigneur. Père Alexis alla informer le Patriarche. Le Patriarche se tourna vers les icônes et se signa. Quand il se retourna ses yeux étaient emplis de larmes qui coulaient le long de ses joues. "Je suis Patriarche depuis quatre ans. Il me reste vingt et un an. C'est ce que m'a dit le saint staretz!" Le Patriarche Alexis mourut en 1970, exactement comme saint Séraphim l'avait prédit.

Il reposa dans le Seigneur, le 21 mars/ 3 avril 1949. Dans les heures qui précédaient sa mort, il avait demandé que l'on lise les acathistes à la Très Sainte Mère de Dieu, à saint Séraphim de Sarov et à saint Nicolas. Une semaine après sa naissance au Ciel, une douce fragrance pouvait être sentie dans Vyritsa. Il fut enseveli dans l'attente de la résurrection au cimetière près de l'église de l'icône de Kazan de Vyritsa et sa tombe devint un lieu de pèlerinage.

l'Eglise de Russie le glorifia en août 2000. Il est fêté le 21 mars/3 avril.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
&
icône: source mentionnée ci-dessus

vendredi 3 juillet 2009

Naissance au Ciel du staretz Joseph de Vatopédi (Orthodoxie.com)


Joseph_vatopedi
Sur Orthodoxie.com
L’ancien Joseph de Vatopedi, l’une des plus grandes figures du monachisme athonite, est décédé le 1er juillet au matin. L’ancien Joseph de Vatopedi, né le 1er juillet 1921, est l’un des disciples de l’ancien Joseph l’Hésychaste du Mont Athos qui ont, après sa mort, répandu, par leur activité et leur rayonnement, son enseignement et sa pratique au Mont-Athos, puis dans toute la Grèce, à Chypre et jusqu'en Amérique du Nord. Il est l'auteur de nombreux livres, dont une présentation de la vie et de l'enseignement de son père spirituel, l'Ancien Joseph qui a été traduite et publiée en français. Le premier groupe de quatre disciples du futur l’ancien Joseph de Vatopedi, s’est créé à Paphos à Chypre. Parmi eux figuraient le père Éphrem, l’actuel higoumène du Vatopedi, et le père Athanase, l'actuel métropolite de Limassol.
Lire la suite ICI

lundi 29 juin 2009

SAINT KAIKHOSRO le Géorgien (1612) [16/29 juin]



La vie de Saint Kaikhosro le Géorgien a été transmise à notre siècle, dans les œuvres de l'archevêque Timothée (Gabashvili), célèbre figure de l'Eglise et historien du 18e siècle.

Dans un passage décrivant les fresques et les livres de la commémoration du monastère de la Sainte Croix à Jérusalem, l'évêque Timothée écrit que l'icône de Saint Kaikhosro le Géorgien fait partie des fresques sacrées.

Selon les livres de  commémoration du monastère de la Sainte Croix, Saint Kaikhosro le Géorgien a été torturé à mort par le shah Abbas I en 1612 pour sa pieuse vénération des saintes icônes.

Protecteur de toutes bonnes choses 
et guide de ceux qui te prient, 
ô saint martyr Kaikhosro, 
prie Dieu pour nous!


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archiprêtre Zakaria Machitadze
THE LIVES OF THE GEORGIAN SAINTS
Saint Herman of Alaska Press
Platina, California, USA 
2006


lundi 8 juin 2009

Vie du Fol-en-Christ Théophile de Kiev (Fêté le 28 octobre)


Il naquit dans la famille d’un prêtre de la région de Kiev, en 1788 et fut baptisé Thomas. Nourrisson, il refusait catégoriquement d’ingérer du lait et sa mère, femme très simple et fruste, pensa qu’il était une sorte de monstre. Elle fut dégoûtée de cet enfant au point de demander à un domestique de le jeter dans la rivière.
Il en réchappa par trois fois et cela ne fit que confirmer pour la pauvre femme que cet enfant était anormal. Son père, averti des agissements de son épouse, le confia alors à une nourrice sèche.
Quand il mourut peu après, Thomas fut ballotté de famille en famille. Il se trouva finalement chez un meunier aisé qui, connaissant l’épisode de la noyade manquée, voyait une bénédiction du Ciel dans la charge de cet enfant. Il n’avait pas de descendance et voulait faire de Thomas son héritier.
Mais la Providence en avait décidé autrement : Thomas se retrouva à nouveau orphelin alors qu’il n’avait pas encore trois ans. L’épouse du paysan, voulant se remarier, se débarrassa de l’enfant en le confiant au prêtre du village.
Il y vécut jusques à l’âge de sept ans, fuyant les jeux de son âge et se réfugiant à l’église. Il devint pieux, ne manquant aucun service religieux. Quand on le cherchait en dehors du temps de prière, on le retrouvait devant la porte du temple. Les autres enfants se moquaient de lui et le battaient. Il s’enfuyait pour pleurer dans les bois.
A sept ans, le prêtre lui apprit à lire mais, peu de temps après, il mourut et l’on renvoya l’enfant chez sa mère, pensant qu’à présent, elle serait plus douce avec son fils. Cependant, dès qu’elle le vit, s’emparant d’une hache, elle le frappa durement à l’épaule.
On se souvint alors qu’il avait un oncle prêtre et veuf qui vivait comme staretz dans un monastère de Kiev. On y emmena Thomas. Il y avait dans le monastère de Bratsky une école écclésiastique. Thomas y commença des études. Dès ce moment, il aima beaucoup les psaumes.
Sa mère étant atteinte d’une maladie incurable ouvrit les yeux sur son comportement et demanda pardon à son fils. Son fils pleura et pria pour elle et ils furent réconciliés avant qu’elle ne meure.
Son oncle mourut alors en paix. Elle pouvait donc mourir elle aussi à présent et quitter la terre des vivants où, depuis tant d’années, elle avait été une véritable étrangère, étrangère oui, mais non aux peines des hommes.
Thomas ne put continuer ses études. Il quitta l’école de Bratsky. Il pensait déjà devenir moine. En 1810, il alla à Tchiguirine comme lecteur, mais comme sa voix n’était pas assez belle, on le dirigea vers Oboukhov où il devint sacristain. Il n’y resta pas longtemps et retourna au monastère comme postulant.
Il eut diverses obédiences avant de devenir carillonneur. Il aimait monter au sommet du beffroi et y prier. Personne ne l’y importunait.
Il fut tonsuré moine le 11 décembre 1821, sous le nom de Théodoret, et devint hiérodiacre en 1822. Il entrait maintenant dans le Saint des Saints, durant la Divine Liturgie. Il ne possédait rien, distribuait tout ce qu’on lui donnait et restait parfois trois jours sans manger. En 1827, il fut ordonné hiéromoine et il redoubla son ascèse.
Il faut aussi nommé intendant, ce qui était une position importante mais trop en contact avec le monde extérieur. Il demanda vite à être déchargé de son fardeau et refusa toutes les obédiences qu’on lui donna. Il voulut se retirer dans une grotte de Saint Théodose, à Lesniky, mais cela lui fut refusé. C’est alors qu’il revêtit son comportement de folie pour le Christ. Le 9 décembre 1834, il prit le schème (grand habit) et devint Théophile.Le changement de nom est un nouveau baptême qui fait renoncer à l’identité passée pour accéder à une vie spirituelle plus ancrée dans le Ciel. Pour Théophile, ce fut la mort au monde et à ses usages. Il redoubla de folie pour le Christ. Ascète superbe, il ne voulait pas de l’admiration humaine pour ses exploits spirituels. Seul le Père le voyait dans le secret de son âme et cela lui suffisait.
Il était chaussé d’une botte et d’une pantoufle, son habit était rapiécé avec des haillons de couleurs différentes et, quelquefois, il attachait une vieille serviette autour de sa tête. Au réfectoire, il mélangeait tous les aliments avant de les ingérer car, expliquait-il, ainsi va la vie, le doux est mélangé à l’amer!
Il tricotait et tissait, ne restant jamais oisif. Il avait un carrosse : sur une charrette, il avait installé un lutrin dans le sens contraire de la marche. Il y avait mis un psautier qu’il connaissait par cœur et avait attelé un bœuf qui le traînait partout pendant qu’il lisait. Il laissait l’animal féroce avec tout le monde et doux comme un agneau avec lui aller où il le désirait. Il pénétra ainsi un jour dans le jardin de l’évêque et l’on trembla pour ses treilles, mais l’animal fit demi-tour dans une allée étroite et rien ne fut abîmé! Cet animal pointe son museau malicieux sur l’icône du saint à présent.
Il eut le don de guérison, de discernement des pensées et de prophétie. Quand il confessait les gens, il plaçait ses mains sur la tête de la personne confessée et disait lui-même les péchés, même ceux que le pénitent avait oubliés.
Un jour, le métropolite Philarète de Kiev se trouva sur la même route que Théophile. La route étant étroite, il ne pouvait passer. Ce dernier ne voulut pas céder le passage au hiérarque qui commença à perdre son calme. Théophile lui dit expressément que c’était lui, le métropolite, qui devait rebrousser chemin. Et aussitôt arriva un messager qui demandait au hiérarque de retourner à la Laure de Kiev parce qu’un artisan s’était tué en tombant d’un échafaudage.
Un paysan naïf et curieux de savoir comment le bienheureux en était arrivé à voir l’avenir vint vers lui. 
- Père, comment se fait-il que tu saches tout et que tu puisses prédire la vie des gens ? 
- Il n’y a rien de difficile à cela!
- Père, serait-ce aussi simple? 
- Très simple!
- Veux-tu faire la même chose?
- Bien sûr, Père, apprends-moi!
- Alors, prends un de tes cils et fais-y deux nœuds. Quand tu pourras faire cela, tu seras aussi sage que moi!
- Tu veux dire que c’est ainsi que tu as dû procéder ? 
- En effet, dit le staretz Théophile.
Le paysan naïf essaya de mettre en pratique ce conseil, mais quoiqu’il essayât, il ne put faire même un nœud dans le cil. 
- Ce fut aussi difficile pour moi pour atteindre ma présente condition, dit le bienheureux en quittant le paysan.
Il était constamment importuné. Quelquefois, des curieux l’approchaient ou des dames oisives de la bonne société. L’une d’entre elles lui demandant une bénédiction, il la fit attendre, alla essuyer ses mains sur un linge souillé et les lui donna à embrasser.Comme elle était choquée, il lui dit que son âme à elle sentait plus mauvais que les mains du pauvre Théophile.
Théophile fut persécuté par les siens. On n’aimait pas sa manière de servir à l’autel. Il supportait tout avec joie. Il disait alors à son syncelle : Ah Ivan ! il vaut mieux supporter l’injustice que de la commettre. Il disait aussi : Nous devons prier pour nos ennemis, ils sont en fait nos bienfaiteurs !
Ivan était un déserteur qui avait commis plusieurs crimes et que le bienheureux Théophile avait accepté comme fils spirituel. Un jour, ils se promenaient tous deux et le fol-en-Christ annonça un orage. Le ciel était clair et bleu. Il insista. Ivan le contredit.
- L’orage approche, dit le saint.
Ils furent alors attaqués par trois voyous avec des bâtons qui en voulaient à un argent qu’ils n’avaient pas. Il leur offrit de son panier un champignon. Ils furent vexés et le battirent cruellement. Ils battirent également Ivan. C’était l’orage prédit par le bienheureux staretz !
Les miracles du saint furent innombrables. Sa vie en fut parsemée.
Lorsqu’il parvint au terme de son pèlerinage terrestre, il se comporta d’une manière inhabituelle pour ses proches. Il mit un banc en travers de la porte de sa cellule et s’y étendit, disant à ceux qui passaient qu’il était étonné de ne pas avoir pensé plus tôt à se reposer ainsi.Il chargea Dimitri d’aller porter de l’encens et de la myrrhe au père Jean, à la grande église de la Laure de Kiev. Celui-ci vint voir l’ascète admirable. Quand il lui demanda pourquoi il lui avait envoyé l’encens et la myrrhe, il répondit que le mercredi, il y aurait un ensevelissement pour celui que Dieu appellerait.
- Peut-être moi, dit-il.
II l’emmena alors dans le beffroi de l’église pour lui montrer la longue boîte remplie de cierges qui devait lui servir de cercueil.
Il demanda ensuite par messager au hiéromoine Anatole de lui apporter les Saints Dons dans sa cellule, le mercredi 28 octobre. Il répéta plusieurs fois le message.
Il reçut ce jour-là les Saints Mystères du Corps et du Sang du Christ et il devint calme.
À Dimitri, il demanda de ne pas quitter sa cellule.
- Tu verras quelque chose d’extraordinaire! ajouta-t-il.
Il fit nettoyer sa cellule, encenser, allumer les lampades devant les icônes. Il s’allongea sur le banc, fit mettre deux cierges sur les montants de la porte, se fit remettre la croix de bénédiction qu’il utilisait habituellement pour ses visiteurs.
Il bénit ses syncelles, et envoya l’un deux demander au hiéromoine Anatole de faire sonner la cloche pour le trépas de Théophile.
Le hiéromoine fit donner les cloches puis, apprenant que c’était Théophile lui-même qui venait de le demander, il se précipita dans la cellule du staretz. Dimitri était resté avec le bienheureux.
Il pleurait en écoutant les derniers enseignements de son staretz et, soudain, il sentit un courant d’air frais sur son visage, comme un éclair passa.
Il vit, pétrifié, le plafond de la cellule qui s’élevait et le ciel bleu.
- Entre tes mains, je remets mon esprit, Seigneur ! dit alors le staretz et il mourut aussitôt.
Dimitri s’enfuit.
Quand ils revinrent tous dans la cellule, tout était comme avant.
De toute la région, les fidèles vinrent pour un dernier adieu. Des grappes de cierges brûlaient près de son cercueil. Son ensevelissement fut calme et paisible. Il y eut de la tristesse mais peu de larmes.
Les miracles continuèrent sur sa tombe, innombrables, comme lorsqu’il était en vie. Sa renommée franchit les frontières. Il apparut à un médecin grec de Jérusalem qui souffrait de la goutte et devait se déplacer en fauteuil roulant et, se présentant à lui, lui dit qu’il serait guéri s’il faisait le pèlerinage à Kiev, sur sa tombe. Le rêve se répéta deux fois encore. Ayant décidé de faire ce que le bienheureux Théophile avait dit, il put déjà se déplacer avec des béquilles. Après son pèlerinage, il était complètement guéri.
Une pieuse intercession populaire est attribuée au saint : on demande sa prière pour retrouver les objets perdus. Et on les retrouve !
Le saint staretz a été glorifié par le Patriarcat de Moscou et par l’Eglise Russe Hors-Frontières.
Il intercède à présent plus que jamais pour que tous les fidèles retrouvent le chemin royal du Christ afin de gagner son Royaume.

Saint & Bienheureux Père Théophile, prie Dieu pour nous!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après la version anglaise de sa vie publiée par Holy Trinity Monastery.
Jordanville. N.Y.
USA
Texte français publié en 2002 
dans 

La Vie des Fols-en-Christ


dimanche 31 mai 2009

Dernière letttre du Néomartyr de la Barbarie Nazie Alexandre


Chère Nelly!

Plus tôt que nous le pensions tous, je suis destiné à quitter ma vie terrestre. Vanya (Hans) et moi, avec nos amis avons travaillé contre le gouvernement allemand, nous avons été capturés et condamnés à mort. Je t'écris de la prison. Souvent, souvent, je pense à Gjatsk. Et pourquoi ne suis-je pas resté en Russie, alors?! Mais tout ici est la volonté de Dieu. Dans notre prochaine vie, la vie éternelle, nous allons nous retrouver une fois encore!

Pardonne-moi, chère Nelly! Et prie pour moi!
Ton Sacha,

Tout pour la Russie!

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Alexandre Schmorrel fut un des membres du mouvement La Rose Blanche qui combattit le nazisme en distribuant des tracts contre la barbarie nazie, et contre la Shoah en particulier. En juin 1942, avec d'autres membres de La Rose Blanche envoyés comme lui en Russie, témoin comme ses compagnons des traitements indignes infligés aux prisonniers et aux civils russes, il participa à l'élaboration d'un tract appelant tous les allemands à renverser le régime hitlérien. Alexandre distribuait ce tract en Autriche lorsque ses amis furent arrêtés et exécutés. Il fut arrêté le jour des funérailles de Hans et Sophie Scholl, frère et sœur membres du groupe. En prison, il montra un grand courage et un calme chrétien face à la mort qui l'attendait. Il fut décapité par les nazis le 13 juillet 1943 à l'âge de 26 ans. Ses reliques se trouvent à Munich où il est vénéré localement par l'Église Russe Hors Frontières.

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Icône:

mercredi 27 mai 2009

SAINT ABIBOS MARTYR DE NEKRESI (6ème siècle) [29 nov./12 déc.]


Saint Abibos (Habib) de Nekresi a été l'un des treize Pères syriens qui sont arrivés en Géorgie, au 6e siècle, sous la direction de Saint Ioane de Zedazeni.

Avec la bénédiction de son instructeur, saint Abibos a commencé son activité apostolique à Nekresi, village sis sur les collines de la région orientale de Kakheti. Pour ses actes vertueux, saint Abibos a rapidement été consacré évêque de son diocèse.

Selon la chronique de La vie de Kartli, Saint Abibos convertit non seulement les Géorgiens, mais aussi la plupart des tribus montagnardes, y compris les Daguestani-Didoiens, à la foi chrétienne orthodoxe. Abondant en zèle apostolique, Saint Abibos voyaga dans les villages de son diocèse, prêchant la vérité et demandant à tous de renforcer la vraie foi. Le temps où saint Abibos a servi comme évêque a coïncidé avec une période sombre d'occupation par l'état perse de l'Est de la Géorgie. Les Perses firent de grands efforts pour implanter leur foi (le culte du feu) et ils érigeaient partout des autels où le feu brûlait sans discontinuer.

Un jour, dans le village de Rekhi, le saint hiérarque, trouva un groupe d'adorateurs du feu, qui forçaient les fidèles géorgiens à vénérer le feu. Il versa de l'eau sur les flammes pour les éteindre. Les prêtres païens furieux lièrent saint Abibos, le battirent cruellemen, l'enfermèrent, et signalèrent l'incident au marzban. Le marzban ordonna que l'évêque lui soit immédiatement amené.

St. Abibos était un ami du saint thaumaturge Siméon le stylite du Mont Admirable. Saint Siméon reçut un signe de Dieu de l'imminence du martyre de Saint Abibos et, afin de le consoler, lui envoya une lettre, une eulogie (une bénédiction - probablement un morceau de prosphore ou un autre objet sacré) et un bâton. Alors qu'Abibos était escorté vers le marzban, dans le village de Ialdo, il rencontra un messager d'Antioche, qui lui présenta les cadeaux de saint Siméon. La lettre et les cadeaux réjouirent le saint hiérarque et lui donnèrent des forces pour son martyre. Ensuite, Saint Abibos fut approché par un groupe de chrétiens qui offrirent de l'aider à s'enfuir, mais il refusa poliment.

Arrivé à Mtskheta, le saint pria à la cathédrale de Svetitskhoveli, ensuite il demanda que les gardes lui permettent de rencontrer Saint Shio de Mgvime. Les Perses acceptèrent sa demande, et les frères spirituels se saluèrent avec amour et prièrent le Seigneur ensemble .

Saint  Abibos fut amené devant le redoutable marzban et il lui fut demandé comment il pouvait oser lever la main contre le dieu perse. Il a répondu avec grand sang.froid, en disant: "Je n'ai pas tué un quelconque dieu, mais j'ai éteins un feu. Le feu n'est pas un dieu, mais une partie de la nature, qui est créée par Dieu. Votre feu brûlait du bois, et un peu d'eau suffit à l'éteindre. L'eau s'est avérée être plus forte. Votre fureur m'étonne. N'est-il pas humiliant d'appeler   dieu quelque chose qui n'a pas d'âme?" Furieux de cette réponse, le marzban a ordonné  l'exécution du saint hiérarque

Les bourreaux battirent le bienheureux Abibos sans pitié et brisèrent son crâne à coups de pierres. Ensuite, ils traînèrent son corps à travers la ville, le jetèrent aux bêtes, et mirent près de lui un gardien pour veiller à ce que les chrétiens ne viennent pas le voler. Néanmoins, cette nuit-là, les prêtres et les moines de Rekhi vinrent, prirent le corps du saint martyr, et l'enterrèrent avec beaucoup d'honneur au monastère  de Samtavisi (situé à mi-chemin entre Gori et Mtskheta). Beaucoup de guérisons miraculeuses eurent lieu sur la tombe de Saint Abibos. Durant le règne du Prince Stepanoz de Kartli, les reliques incorrompues de Saint Abibos furent transférées de Samtavisi au monastère de Samtavro  Mtskheta, selon le décret du Catholicos Tabori. Elles furent enterrées sous l'autel saint de l'Église de Samtavro.

Réjouis-toi, ô Eglise Géorgienne, 
tu as fleuri avec le sang versé 
par le saint hiéromartyr Abibos, 
et tu as composé des hymnes 
pour quelqu'un qui est digne d'éloges.
 Tu glorifies Christ, Qui l'a couronné.
 Par son intercession, Seigneur Jésus-Christ, 
aie pitié de nos âmes!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archiprêtre Zakaria Machitadze
THE LIVES OF THE GEORGIAN SAINTS
Saint Herman of Alaska Press
Platina, California, USA
2006

mardi 26 mai 2009

Saints Martyrs Géorgiens d'Iviron tués par les Latins au Mont Athos (13è siècle) 13/26 mai


Les moines géorgiens ont commencé à s'installer sur le Mont Athos au milieu du 10e siècle, et un monastère géorgien, Iviron, y fut fondé peu de temps après.

À cette époque, les armées étrangères envahissaient constamment le Mont Athos. Au 13ème siècle, les Croisés donnèrent l'assaut à la région, et entre 1259 et 1306, l'armée privée du pape a dévasté le Mont Athos, à plusieurs reprises. Les moines des monastères de Vatopédi, de Zographou et du Protaton furent martyrisés pour la foi orthodoxe, et les moines du monastère d'Iviron connurent finalement  le même sort.

Au cours de cette période, les ascètes géorgiens et grecs œuvraient ensemble au monastère d'Iviron, et de nombreux jeunes ascètes de la nouvelle génération commencèrent à arriver de Géorgie.

Les Croisés exigèrent que les moines Iviron se convertissent au catholicisme et reconnaissent la primauté du pape romain. Mais les moines condamnèrent  leurs arguments fallacieux et anathématisèrent la doctrine des catholiques romains.

Selon le Patéricon de l'Athos, les moines d'Iviron ont été expulsés de force de leur monastère. Près de deux cents moines âgés ont été poussés comme des animaux sur un navire qui a ensuite été coulé dans les profondeurs de la mer. Les plus jeunes moines en bonne santé ont été expulsés vers l'Italie et vendus comme esclaves aux Juifs.

Certaines sources, disent que cette tragédie a eu lieu au cours de l'année 1259, tandis que d'autres rapportent que les moines géorgiens de la Sainte Montagne ont fait l'objet de persécutions des latins au cours de quatre ans, de 1276 à 1280.

O saints martyrs tués par les Latins
au monastère d'Iviron  sur le Mont Athos
nous saluons votre sainte lutte,
et vous supplions de nous protéger,
 et de nous aider à nous garder fermement la foi orthodoxe!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archiprêtre
Zakaria Machitadze
THE LIVES OF THE GEORGIAN SAINTS
Saint Herman of Alaska Press
Platina,
California, USA
2006

dimanche 24 mai 2009

Bienheureux Kristesia, appelé Kristepore (1771) 11/24 Mai


La famille du bienheureux Kristesia  était originaire d'Egrisi dans l'ouest de la Géorgie. Depuis sa jeunesse Kristesia aspirait tant au divin service qu'à la vie solitaire, mais il fut forcé par son maître de se marier, et par ce mariage, il engendra un fils. Plus tard, quand sa femme et ses  fils furent tous deux morts, son maître insista pour qu'il se marie à nouveau, mais le pieux Kristesia ne tint pas compte de l'ordre de son maître. 

En revanche, il en avisa son père spirituel, qui lui conseilla de quitter le monde et de voyager vers le désert de Davit-Gareji. Profondément inspiré par le conseil de son père spirituel, Kristesia abandonna ses biens et sa vie dans le monde et se retira dans le monastère de Saint Jean Baptiste dans le désert de Davit-Gareji. 

Le saint père passa de nombreuses années dans le service humble de l'Éternel. Il fut affecté à ramasser du bois pour le feu et à apporter de l'eau pour le monastère, et il effectua ces tâches avec une parfaite obéissance et humilité. Chaque jour, il parcourut plus de six kilomètres pour remplir une cruche d'eau et la porter ensuite  vers une petite cabane à proximité. Il accrochait la cruche à l'entrée pour la rendre visible de loin, et les voyageurs qui passaient avaient l'habitude de venir y étancher leur soif. Il s'occupait également d'un petit jardin potager pour nourrir les passants. Chaque samedi, il préparait les collybes (un plat de blé et de miel traditionnellement offert pour commémorer les défunts) et les divisait en trois parties: une partie pour commémorer la famille et les proches de ceux qui avaient donné le blé et le miel, la seconde, les pères défunts du monastère, et la dernière, pour tous les chrétiens orthodoxes défunts. 

Saint Kristesia était toujours perturbé de voir ses frères et sœurs en conflits les uns avec les autres, aussi quand il apprenaitt que deux personnes se disputaient, il allait les réconcilier. "Mes enfants!" disait-il, "Si vous ne tenez pas compte de mes paroles, je vous laisse dans la tristesse, et le diable, qui toujours résiste à la paix, se réjouira et vous enverra plus de tribulations encore. Je suis venu à vous affamé, et je vais vous quitter affamé! "Ses paroles réchauffaient les cœurs de ceux qu'il conseillait et les aidait à se réconcilier. 

Une chaude soirée, après les vêpres,  Saint Kristesia partit à pied vers un certain village. Il était parti au crépuscule, la nuit tomba et le ciel était sans lune et très sombre. Bientôt, il devint difficile d'aller plus loin, de sorte Saint Kristesia cessa de prier, et une lumière brillante apparut devant lui pour éclairer le chemin. La lumière divine le guida tout au long de la nuit, jusqu'à ce qu'il ait atteint le village de Sartitchala. 

La cellule de saint Kristesia  était pauvre et étroite. Il dormait sur un lit de planches de bois qu'il couvrait de peaux de mouton, et en guise d'oreiller, il reposait sa tête sur une pierre. Le pieux ascète portait un manteau en peau de mouton et des sandales d'écorce. Quoi qu'il reçût, il le donnait aux pauvres. Se fiant entièrement à Dieu, il ne se permettrait pas de se soucier du lendemain, il ne se donnait pas non plus la peine de stocker de la nourriture ou des fournitures pour les rudes mois d'hiver. 

Père Kristesia était déjà avancé en âge quand il fut tonsuré moine et reçut le nouveau nom de Kristepore (Christophe). Il reposa en paix, en 1771, à l'âge de quatre-vingts ans. 

O Saint-Père Kristepore, 
supplie le  ton bien-aimé Christ-Dieu 
d'avoir pitié de nos âmes!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archiprêtre Zakaria Machitadze
THE LIVES OF THE GEORGIAN SAINTS
Saint Herman of Alaska Press
Platina, California, USA
2006

mercredi 20 mai 2009

Cantilène de Sainte Eulalie ( 9ème siècle)


Bonne jeune fille fut Eulalie.
Bel avait le corps, belle l’âme.
Les ennemis de Dieu la voulurent vaincre,
Voulurent lui faire servir le Diable.
Elle n’écoute point les mauvais conseillers.
Qu’elle renie Dieu qui demeure au Ciel ?
Ni pour or, ni pour argent, ni pour parure,
Ni par menace ou prière royale.
Nulle chose ne la put faire plier
Pour qu’elle n’aime plus le service de Dieu.
Pour ce, fut présentée à Maximien
Qui était en ces temps roi des païens.
Il lui ordonna, mais peu lui chaut,
Qu’elle fuie le nom de chrétienne.
Elle rassemble ses forces,
Plutôt supporterait la torture
Que de perdre sa virginité.
Pour ce, mourut en grand honneur.
Dans le feu la jetèrent pour qu’elle brûle vite.
Mais faute n’avait pas, elle ne brûla donc point.
Le roi païen ne voulut point croire cela.
Avec une épée ordonne qu’on lui coupe le chef.
La damoiselle ne s’opposa pas à cette chose,
Elle veut quitter le siècle si le Christ l’ordonne.
Sous forme de colombe, elle s’envole vers le Ciel.
Implorons tous qu’elle daigne prier pour nous,
Que le Christ aie de nous mercy
Après la mort et nous laisse venir à Lui
Par Sa clémence.

Version française moderne Claude Lopez-Ginisty

Texte original (9ème siècle)

Buona pulcella fut Eulalia,
Bel auret corps, bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimi,
Voldrent la faire diaule servir.
Elle no'nt eskoltet les mals conselliers
Qu'elle Deo raneiet chi maent sus en ciel.
Ne por or ned argent ne paramenz,
Por manatce regiel ne preiement,
Niule cose non la pouret omque pleier,
La polle sempre non amast lo Deo menestier.
E por o fut presentede Maximiien,
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.
Il li enortet, dont lei nonque chielt,
Qued elle fuiet lo nom christiien
Ell'ent aduret lo suon element.
Melz sostendreiet les empedementz
Qu'elle perdesse sa virginitét.
Por os furet morte a grand honestét.
Enz enl fou la getterent, com arde tost.
Elle colpes non auret, por o nos coist.
A czo nos voldret concreidre li rex pagiens;
Ad une spede li roveret tolir lo chief.
La domnizelle celle kose non contredist:
Volt lo seule lazsier, si ruovet Krist.
In figure de colomb volat a ciel.
Tuit oram que por nos degnet preier
Qued auuisset de nos Christus mercit
Post la mort et a lui nos laist venir
Par souue clementia.

Icône de Sainte Eulalie:
Communauté orthodoxe de Barcelone