"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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jeudi 2 avril 2009

SAINT SERAPHIM DE SAROV: INSTRUCTIONS SPIRITUELLES: Fin



43 — Instructions à un higoumène sur la manière de diriger les frères

Se trouvant par hasard au monastère de Sarov, un higoumène, lorsqu’il rencontra le Père Séraphim, lui demanda conseil sur la manière de diriger les frères. Le Père Séraphim l’instruisit ainsi :

“Que l’higoumène devienne et reste toujours comme un mère sage envers ceux qui sont sous son obédience.


Une mère qui aime ses enfants ne vit pas pour sa propre satisfaction mais pour celle de ses enfants. Les infirmités de ses faibles enfants, elle les porte avec amour. Elle nettoie ceux qui se sont souillés, elle les lave paisiblement, les habille de nouveaux vêtements blancs et neufs, les chausse, les réchauffe, les nourrit, s’occupe d’eux, les réconforte et, en toutes occasions, s’efforce de pacifier leur esprit afin de ne pas entendre le moindre cri de leur part.

De tels enfants sont bien disposés à l’égard de leur mère. Ainsi, chaque higoumène doit vivre, non pour sa satisfaction personnelle, mais pour celle de ceux qui lui sont soumis. Il doit être condescendant à leurs faiblesses, porter avec amour les infirmités des infirmes ; soigner les maladies du péché par l’emplâtre de la miséricorde, relever avec douceur ceux qui sont tombés dans la transgression.

Il doit purifier et laver avec calme ceux qui ont été souillés par quelque vice en leur demandant de jeûner et prier au-delà de ce qui est requis pour les autres. Par l’enseignement et sa vie exemplaire, il doit les vêtir des habits de la vertu, veiller sur eux constamment ; les réconforter par tous les moyens et défendre sur tous les fronts leur paix et leur repos, afin que l’on n’entende jamais d’eux la moindre plainte ou murmure. Alors, ils s’efforceront avec zèle de procurer à l’higoumène la paix et le repos”.

Fin des Instructions Spirituelles
de notre Père parmi les Saints
Séraphim de Sarov

Version française Claude Lopez-Ginisty

Nous remercions Anne-Marie Jaillet, éditrice des Editions du Désert, qui nous encouragea en son temps à faire cette traduction dont une grande partie servit pour notre livre La Prière selon saint Séraphim de Sarov (La garde de la Jérusalem intérieure) publié aux Editions du Désert, 2003.

Nous remercions également notre ami Bernard Le Caro pour son aide précieuse. Il a relu le manuscrit, et en a corrigé certains passages. Il l'a comparé aux versions slaves (La vie, les labeurs ascétiques et la glorification de notre père saint et théophore Séraphim le thaumaturge, édition du Monastère athonite de Saint Pantéléimon, 1905), il a vérifié et corrigé d'après le texte grec les citations de saint Isaac le Syrien. Les trois citations de Saint Barsanuphe sont tirées de la traduction des moines de Solesme. Les extraits de l'Echelle Sainte de Saint Jean Climaque ainsi que les extraits du Psautier sont basés sur la traduction de Père Placide (Deseille)

Les « instructions spirituelles » de Saint Séraphim ont été recueillies, transcrites et éditées pour la première fois par le père Serge, qui fit sa profession monastique au désert de Sarov et fut ensuite hiéromoine de la Laure de la Trinité Saint-Serge, puis archimandrite du monastère de Serpoukhov. C’est à lui aussi que l’on doit la première biographie de saint Séraphim, rédigée en 1837.

Saint Philarète, métropolite de Moscou, a toujours profondément estimé le grand staretz de Sarov, et a relu lui-même et corrigé les manuscrits du père Serge, afin d’éviter les obstacles possibles à leur impression.

Le 2 août 1838, il écrivit à son vicaire, l’archimandrite Antoine : « Je vous envoie, Père, les enseignements ou directives spirituelles du Père Séraphim, qui ont été revus par moi-même. Je me suis permis de changer ou de compléter certaines expressions, en partie pour que la langue soit plus correcte, en partie pour éviter que les pensées exprimées de façon incomplète ou inhabituelle, soient mal comprises ou contradictoires. Regardez et dîtes-moi, si l’on peut penser que j’ai changé ou porté atteinte quelque part à la pensée du staretz ».

Les Instructions Spirituelles de saint Séraphim ont été éditées pour la première fois en 1839.

Fin & Gloire à notre Dieu!

samedi 3 octobre 2015

Saint Séraphim: Le chemin de la Foi (R)






Saint Séraphim est pour nous " un instructeur et un inspirateur de la vie chrétienne véritable. Ses Instructions Spirituelles tout comme sa célèbre Conversation avec Motovilov sur l’Acquisition du Saint Esprit, ne contiennent pas de nouveaux enseignements, mais redisent simplement dans notre époque moderne, l’enseignement chrétien ancien des pères [théophores] qu’il cite constamment : saint Basile le Grand, Grégoire le Théologien, Jean Chrysostome, Macaire le Grand, Denys l’Aréopagite, Ambroise de Milan, Isaac le Syrien, Syméon le Nouveau Théologien, les Pères de la Philocalie. Avec les Saintes Ecritures, les vies des saints et les offices de l’Eglise (tout ceci dans le contexte de la tradition vivante de la vie spirituelle de Sarov) sont ses sources et il transmet fidèlement leur enseignement : crainte de Dieu, attention spirituelle à soi, le fait de ne pas se fier aux impulsions de son propre cœur, mais de devenir tellement immergé dans la loi du Seigneur que l’on apprend « à nager dans la loi du Seigneur », accomplir son salut avec patience, humilité, repentance, pardon, acquérir l’Esprit de paix, le saint Esprit qui est la fin de tous nos labeurs spirituels, mettre Dieu avant toute chose avec Son Amour qui réchauffe nos cœurs froids et nous inspire de Le suivre, de Le connaître, et de L’aimer.
Cet enseignement n’est pas complexe, mais de nos jours, quand l’amour de beaucoup s’est refroidi et que le sel du christianisme disparaît, il est presque impossible à suivre. C’est seulement avec grande humilité de notre part (que nous pouvons apprendre de l’humilité du "pauvre Séraphim" comme il avait l’habitude de se nommer lui-même) que nous pouvons espérer recevoir et appliquer cet enseignement de la véritable vie spirituelle à nos pauvres vies de chrétiens.
Par les prières de notre saint père Séraphim, puissions-nous comprendre ses paroles et selon notre force les mettre en pratique pour le salut de nos âmes. " (Père Seraphim Rose, St Seraphim of Sarov, Sermon on Nativity 1978, publié par Orthodox Australia, Vol. III, N°1 (66), janvier-mars 1991, p. 28)
Fr. Seraphim in the St. Elias Skete, Noble Ridge, near the St. Herman of Alaska Monastery in Platina, Cal. In the background is Mt. St. Herman.
Père Seraphim (Rose)

L’auteur des lignes qui précèdent, moine orthodoxe américain, mourait en Californie, il y a une vingtaine d’années. Dans sa jeunesse, celui qui se nommait encore Eugene Rose avait connu la révolte contre Dieu et, en proie à la crise spirituelle de la jeunesse des années cinquante, ayant rejeté totalement l'image morte du « christianisme » de la société américaine, il s’était intéressé aux religions orientales non chrétiennes. 

Épicurien, esthète, grand amateur de gastronomie et de musique, il était très intelligent et parlait plusieurs langues dont le chinois (il traduisit en partie le Tao Te King de Lao Tsu). Par la pure Grâce de Dieu que les ignorants appellent hasard, il avait un jour fait la rencontre de l’Orthodoxie. Il assista à un office orthodoxe dans une langue qu’il ne connaissait pas encore (le slavon) et même s’il ne comprit rien à la cérémonie, il sut d’une manière indubitable qu’il était arrivé au terme de son errance et de sa quête spirituelle. Et soudain, Eugene Rose, promis à un grand avenir académique, à une carrière prometteuse dans l’université, abandonna tout pour le Christ. Il avait trouvé la perle de grand prix et il donna vraiment tout ce qu’il possédait, et tout son être pour l’acquérir. 

Saint Jean Maximovitch créa pour lui une école de théologie… Car il fut aussi son disciple. Il prit le prénom de Séraphim lorsqu’il devint moine et entreprit ses podvigs personnels à l’imitation de son saint patron de Sarov. Il apprit le russe et le slavon et se retira dans une solitude montagneuse de Californie avec un autre moine, le Père Herman. Avec la bénédiction de saint Jean Maximovitch, ils fondèrent la fraternité de Saint Germain d’Alaska, et Père Seraphim Rose fut véritablement digne de son saint patron. Il vécut dans l’inconfort, le froid et la dure ascèse du désert de Platina et atteignit une très haute stature spirituelle. 

Il mourut trop jeune et dès sa mort, des miracles abondèrent par sa sainte intercession. Après les longs offices monastiques à l’église, la règle de prière personnelle et la direction spirituelle, dans sa cabane inconfortable, dans le froid et les épreuves, il avait, jour après jour jusques à son natalice, le jour de sa naissance au Ciel, traduit en anglais les œuvres majeures de la littérature spirituelle, depuis les Instructions Spirituelles de saint Séraphim, jusques à la Vita Patrum de saint Grégoire de Tours. Il était véritablement devenu un staretz, prenant soin avec douceur, amour et humilité de l’âme de ses innombrables enfants spirituels, comme le faisait son saint patron lui-même. 

Il réussit, prodige extraordinaire en ces temps de divisions et de schismes qui déchirent l’Eglise du Christ, à rassembler autour de sa mémoire les différentes juridictions orthodoxes américaines à Platina, lors des célébrations pour le vingtième anniversaire de sa mort. Il est vénéré comme un saint jusques en Russie et ses œuvres sont traduites en une multitude de langues. Il a été digne de son saint patron et nous ne pouvons douter que l’ermite de Sarov ait été un exemple vivant et fécond qui a inspiré cet homme désespérément à la recherche du Dieu vivant. Que par la miséricorde de Dieu et la prière fervente de Sa Mère Toute Pure, saint Séraphim devienne aussi notre guide sur la Voie de l’ascèse !

Lisons la biographie de saint Séraphim, non comme un recueil de récits merveilleux, mais comme un chemin de vie céleste qui va nous permettre, par la précieuse aide spirituelle du thaumaturge béni de Sarov de nous diriger sûrement dès à présent vers la plénitude du Royaume de Dieu.

Claude Lopez-Ginisty

Une première version de ce texte a été publiée 
dans La Chronique de Saint Séraphim de Sarov
dans la revue Diakonia
Fraternité Orthodoxe-Tous les Saints de Belgique
Orthodoxe Broederschap van Alle Heiligen van Belgïe

mercredi 15 juillet 2009

La garde de la Jérusalem intérieure/ La prière selon saint Séraphim de Sarov (1)


Le Père Séraphim de Sarov est certainement le saint le plus universellement connu bien au delà des frontières de l’église orthodoxe russe. Sa popularité tient à ce que sa personnalité lumineuse et sa spiritualité authentique s’expriment en un langage simple et accessible à nos contemporains. Ses enseignements témoignent de la Voie Royale de l’Orthodoxie universelle : tout y est mesuré et conforme à l’ascèse et l’enseignement traditionnels, avec toujours cette grande sagesse qui fait que la lettre et l’esprit ne sont jamais confondus, que la règle de conduite spirituelle reste garde-fou et non carcan rigide, de même que les dogmes sont limites nécessaires au salut de l’homme, mais non prison.
La haute exigence qu’il eut pour lui-même, l’acribie ( justesse, respect strict d’une règle) qu’il s’appliqua, ne l’empêchèrent pas de pratiquer pour les autres l’économie divine. Saint Séraphim parle directement aux cœur des fidèles. La longue ascèse qui fut la sienne, sa descente en lui-même pour y éradiquer ce qui n’était pas de Dieu, son ascension aux plus hauts sommets de la prière, lui ont permis après de longues années de silence prégnant face à l’Absolu, de connaître le fonctionnement subtil de l’être humain dans toutes ses composantes, âme, corps et esprit.
Le merveilleux témoignage de celui qui fut guéri par lui, démontre avec éloquence que l’enseignement du saint Staretz de Sarov n’était pas seulement un bel édifice théologique, mais une prière vivante. En effet le texte sur l’Acquisition du Saint Esprit restitué par Nicolas Alexandrovitch Motovilov nous montre en saint Séraphim un homme très simple, familier, accessible, aux paroles doucement persuasives, qui, avec un respect infini et une humilité insigne « dévoile » à l’un de ses frères en humanité le plus grand des mystères chrétiens, celui de la présence quasi tangible de Dieu. Et à Nicolas Alexandrovitch, émerveillé par cette révélation extraordinaire, qui s’inquiète de savoir s’il pourra se remémorer d’une manière aussi claire et vivante qu’au moment même où il l’éprouve encore, la miséricorde de Dieu ainsi manifestée par la prière du staretz, le saint répond : « Je pense que le Seigneur vous aidera à la retenir à jamais dans votre mémoire sinon Sa Bonté n’aurait jamais condescendu à répondre à mon humble prière et Il n’aurait pas ainsi anticipé la requête du pauvre Séraphim ; ceci [est] d’autant plus[vrai]qu’il n’est pas donné à vous seulement de la comprendre, mais par vous ceci est [destiné] au monde entier afin que vous ayez confirmation de l’œuvre de Dieu et que cela soit utile aux autres. » ( Entretien avec Motovilov : Chapitre 7, La Paix et la Chaleur de la Grâce –sauf indication contraire, tous les textes cités dans cet ouvrage ont été traduits par l’auteur)
Apprendre à prier avec l’aide de saint Séraphim, fait de nous soudain des émules de Nicolas Alexandrovith Motovilov. Le saint Staretz lui-même a voulu que cette merveilleuse révélation nous parvienne et nous vivifie. Cela requiert donc que l’on s’engage dans cette Voie de la prière en demandant au saint sa bienveillante intercession pour qu’il nous aide à retrouver une foi profonde et un état d’esprit favorable à cette noble entreprise. Que sa sainte prière pallie donc notre tiédeur et notre peu de foi !
Saint Séraphim avait une expérience particulière de la prière et il avait indubitablement atteint la perfection dans ce domaine spirituel. Nous ne saurions donc avoir de maître plus approprié. Il connaissait toutes les facettes de la prière, celle d’Eglise et ses offices, celle de la Règle monastique, et surtout celle de la prière hésychaste de Jésus qu’il pratiqua en nouveau stylite mille jours et mille nuits sur un rocher au Désert de Sarov. Sa prière fit, à plusieurs reprises, se rejoindre le Ciel et la terre et les hôtes célestes le gratifièrent de nombreuses apparitions. Sa familiarité avec la Mère de Dieu et les saints était telle qu’il semblait frapper à l’huis du Paradis et y être introduit dès qu’il se mettait en prière. On le vit resplendissant de Lumière. On l’aperçut, élevé au-dessus du sol comme si le Ciel plutôt que notre terre exerçait son irrésistible attraction sur lui. Il voyait le passé comme présent, vivant à cette lisière du temps mystique où le monde sensible et l’au-delà se rejoignent dans la mémoire éternelle du Créateur. Pour qui vit, comme il le faisait, dans l’Aujourd’hui de Dieu, seule mesure divine du temps dans l’éternité, ce temps n’existe plus que comme tension vers l’avant, vers cet avenir de l’âme en Dieu dans le Jour sans déclin du Royaume. Le passé n’existe plus et le futur est l’éternel présent du Créateur. La clef de ce Royaume est la prière.
Il a durant sa belle vie longuement parlé de cette conversation intime avec Dieu qu’était sa prière. Ses Instructions Spirituelles, même si elles ne recouvrent pas le seul sujet de la prière, donnent une idée relativement complète de ce que recommandait saint Séraphim à ceux, laïcs ou religieux, qui lui demandaient comment prier. Ces enseignements, écrits en 1839, six ans après son bienheureux natalice (naissance au Ciel) par le hiéromoine Serge et révisés par le Métropolite Philarète pour des raisons de correction grammaticale et de clarté, furent publiées en 1841. Même si leur agencement n’est pas le fait de l’humble Séraphim, les thèmes abordés constituent clairement avec l’Entretien, l’essentiel de l’enseignement du Staretz de Sarov, une véritable anthologie sur la prière. Cependant d’autres sources, ses Vies en particulier, et diverses paroles de Père Séraphim conservées par la Tradition, confirment les enseignements des Instructions, les complètent, et mentionnent également certaines règles de prière donnée par le saint.
Comment saint Séraphim pria-t-il dans sa préparation au Désert de Sarov, avant véritablement de se mettre à enseigner les autres? Une vie anonyme précise : « qu’adhérant strictement à la règle de prière de saint Pacôme, prescrite par les Pères du Désert, saint Séraphim se levait vers minuit pour réciter le Mésonyktikon (Office de Minuit) et l’Orthros (Matines) et pour lire Prime. Avant dix heures du matin, il commençait à lire les offices de Tierce, Sexte et None et les Psaumes Typiques. A la fin de l’après-midi, il récitait les Vêpres et après son repas du soir, l’Apodypnon (Complies). Avant de se retirer pour dormir, il lisait les prières du coucher. En plus de cela, il récitait les Psaumes, d’abord selon la règle de saint Pacôme, puis plus tard selon une séquence qu’il avait établi lui-même et qu’il appelait « la règle personnelle de Séraphim ». Il lisait aussi l’Ecriture et plus particulièrement les Evangiles. Le reste du temps, il répétait continuellement la prière hésychaste du cœur dans le silence. ( Prepadobny Seraphim Sarovsky, p. 18, cité in : Constantine Cavarnos & Mary-Barbara Zeldin, Saint Seraphim of Sarov, Institute for Byzantine & Modern Greek Studies, USA,1980)

Claude Lopez-Ginisty,
La Garde de la Jérusalem Intérieure,
La prière selon Saint Séraphim de Sarov,
Editions du Désert,
2003
(épuisé)

samedi 2 juin 2012

Chronique de saint Seraphim de Sarov


Преподобный Серафим Саровский

Saint Séraphim est toujours présent. Il est le saint le plus connu avec saint Nectaire d’Egine dans l’Eglise Orthodoxe du Christ répandue aux extrémités de la terre. Il est un saint universel, car bien qu’il ait été un saint moine et qu’il n’ait pas véritablement vécu dans le monde, il répond par son enseignement aux questions que posent toutes les situations difficiles sur cette terre des vivants où bien souvent nous oublions que nous sommes en simple transit, attendant notre passage à la vraie Vie en Dieu. 
Notre vocation, car nous y avons tous été appelés à notre illumination au saint baptême, c’est de nous préparer à rejoindre les demeures du Père Céleste. Lorsqu’il montra la Lumière Incrée à Nicolas Motovilov, et qu’il lui enseigna merveilleusement le but de la vie chrétienne, il lui dit que ce n’était pas à lui seulement que ces choses divines avaient été révélées, mais, par lui au monde entier, afin que lui, Motovilov participe aussi à cette œuvre de Dieu en la révélant aux autres. 
Par ces paroles, le saint staretz de Sarov s’adresse à nous aussi, et chacune de ses paroles à Motovilov a une résonnance particulière et vraie en notre âme. Chacun peut en effet trouver en saint Séraphim un appui, une consolation, une guidance spirituelle et la certitude heureuse par ses écrits, sa vie et ses miracles que la foi orthodoxe est plénitude et qu’il ne tient qu’à nous de faire que nos âmes en soient les dignes écrins.
Le texte qui suit fut publié pour l’anniversaire du centenaire de la glorification de saint Séraphim. Puisse-t-il nous inciter à relire la vie du saint, ses Instructions Spirituelles, et son Entretien avec Motovilov, et nous mener sur la Voie tracée par l’ermite béni de Sarov. (C.L.-G.)

Plus de cent ans ont passé depuis ce grand jour où a finalement eu lieu la glorification par l’église de "notre joie", le merveilleux Père Séraphim, que le peuple russe considérait comme un saint de son vivant même.
Les gens se souviennent encore ces jours triomphants de juillet, lorsque l’ermitage isolé de Sarov temporaire- ment transformé en une ville très peuplée, et des milliers de pèlerins, même pas rassasiés par les longs offices de l’Eglise, chantèrent avec ravissement des hymnes litur- giques toute la nuit.
Le pieux Tsar-Martyr Nicolas II lui-même, avec toute son auguste famille, a conduit cette célébration véritablement nationale, et il n’est pas surprenant que, dans la nuit merveilleuse du 18 au 19 Juillet, personne dans la foule de plusieurs milliers qui s’était installée autour de l’ermitage ne pouvait dormir, tandis que le chant incluait même des chants de Pâques.
Tout cela, comme cela a été rappelé plus tard, fut l’accomplissement des paroles du staretz, qui avait dit à l’une des moniales de Diviyévo avant sa dormition : "Quelle grande joie il y aura ! Au milieu de l’été, ils vont chanter Pâques, ma joie ! Le tsar et sa famille viendront à nous ! "
[Plus de] cent septante ans ont passé depuis le bienheureux repos en Christ de ce grand ascète de notre temps. Une période de temps suffisamment longue pour que la mémoire d’un homme mortel qui a vécu il y a si longtemps tombe dans l’oubli. Combien de personnes sont nées et sont mortes pendant ce temps, et personne ne se souvient d’eux avec une parole aimable, sauf leurs parents, et même eux oublient souvent de prier pour les âmes des défunts. Mais cela se produit uniquement avec les personnes qui mettent toute la joie et le bonheur de leur vie dans les plaisirs de la terre, qui tout au long de leur vie terrestre brève ne pensent qu’à la façon de passer du temps plus confortablement et plus agréablement.
Ceux qui renoncent à eux-mêmes pour l’amour du Christ et prennent sur leurs épaules la Croix du Christ, qui ont accepté de se crucifier au monde, qui suppriment leur chair, cette esclave rebelle et volontaire, afin de vivre en Christ et pour le Christ, regardant tout comme poussière à cause du Christ, ces hommes vivent éternellement et leur mémoire demeure dans les siècles des siècles. "La mémoire du juste sera éternelle," - chante l’Eglise parlant de ces personnes-là, - et il ne doit pas être effrayé par l’annonce du malheur." La mémoire de ces hommes vertueux tels que Saint Séraphin, non seulement ne s’estompe pas avec le temps, mais elle devient plus forte et plus exaltée. Pour beaucoup d’entre nous : "Père Seraphim" est peut- être encore plus proche et plus précieux qu’il ne l’était à ses contemporains. Son image lumineuse brille devant nous comme un phare dans le Royaume céleste. Tandis que nous pensons à cela et le prions, nous pouvons sentir le reflet de la gloire majestueuse dont après son trépas, il a été revêtu par le Seigneur dans les demeures célestes.
Et ce n’est pas la moindre des surprises. Toute la vie de ce saint nous offre un exemple très instructif de l’ascétisme chrétien véritable, de la foi sincère et ardente, et de l’amour ardent pour Dieu et pour son prochain. Cette fougue est sa caractéristique la plus marquante, pour laquelle, dans le monachisme, il fut providentiellement donné le nom de Séraphim (Séraphim, qui signifie "feu"), est ce qui manque le plus à tous les chrétiens modernes, qui sont spirituellement détruits par leur tiédeur. "Je suis venu jeter un feu sur la terre", dit le Seigneur Jésus-Christ, "et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé" (Luc 12 :49). 
Les saints Pères comprennent ce "feu" comme l’incendie d’ardeur divine, le zèle ardent de plaire à Dieu, sans lequel la vie spirituelle authentique est impossible. C’est ce zèle ardent pour plaire à Dieu que Saint Séraphin avait en abondance, et Il le glorifia à un tel degré que lui, qui vivait à proche de notre temps, est devenu, dans son état spirituel, l’égal des grands Pères de l’antiquité chrétienne, et il a laissé une mémoire bénie de lui-même.
Célébrant le centenaire de la glorification de notre saint merveilleux, nous prions vers lui en particulier pour obtenir pour nous, contemporains chrétiens tièdes, ce zèle ardent pour plaire à Dieu. Pensons aussi au testament profondément émouvant qu’il a laissé aux religieuses de Diviyévo, et à travers elles - à nous tous : "Quand je serai parti, venez à mon tombeau, venez quand vous en avez le temps, le plus souvent sera le mieux. Tout ce que vous avez sur le cœur, tout ce qui vous causera de la peine, tout ce qui pourra vous arriver, venez à ma tombe me raconter tout cela, comme si j’étais en vie, et je vous entendrai, et votre peine passera ! Parlez-moi comme à une personne vivante, et je serai toujours en vie pour vous."
De nos jours, quand nous tous avons l’expérience de tant d’épreuves, quand nous vivons dans des temps terribles que prévoyait Saint Séraphin et qu’il avait prédits, il nous appartient plus que jamais de nous souvenir de son testament. Peu importe que nous soyons privés de la douce possibilité de nous prosterner sur la tombe de saint Séraphim, pour pleurer sur notre affliction ; ne nous laissons pas perturber par elle : le grand saint nous entendra néanmoins, aussi longtemps que nous lui demanderons son intercession avec une foi sincère et tendresse de cœur :
"Ô vénérable Séraphim, prie pour ceux qui, avec foi et amour vénèrent ta sainte mémoire !"

Version française Claude Lopez-Ginisty 
D’après l’extrait du texte : 
« A Righteous Man lives forever » 
publié par la paroisse 
de la Transfiguration de notre Seigneur 
à Baltimore
USA
(Texte publié dans la Revue 
DIACONIA 
d'Oct/ Nov/Dec 2010)


Преподобный Серафим Саровский кормит медведя

mercredi 4 mars 2009

SAINT SERAPHIM DE SAROV: INSTRUCTIONS SPIRITUELLES: 13



13 — De l’ennui et de l’acédie (l’abattement spirituel)

L’inséparable compagnon de l’esprit d’affliction est l’ennui. Selon les Pères, il attaque le moine vers midi et produit en lui une telle agitation que tant le lieu où il vit, que les frères qui vivent avec lui, lui deviennent insupportables. De même, pendant la lecture, s’élève en lui une sorte de dégoût, des bâillements répétés et une grande envie de manger. Une fois que le ventre a été satisfait, le démon de l’ennui insinue à ce moine l’idée de sortir de sa cellule et de parler à quelqu’un, lui suggérant que la seule manière de se sauver de l’ennui est de converser constamment avec les autres. Et le moine qui est vaincu par l’ennui est semblable à l’amarantacée du désert qui se meut, s’arrête un instant et puis est à nouveau à la merci du vent. Il est comme une volute de nuage poursuivie par le vent.

S’il ne peut inciter le moine à sortir de sa cellule, ce démon commence à distraire son intellect pendant la prière et la lecture. Ceci, lui dit la pensée, ne doit pas être comme cela, ceci ne doit pas être là, il faut y mettre bon ordre. Le démon fait tout ceci afin de rendre l’intellect oisif et improductif.

Cette maladie est guérie par la prière, l’abstinence de conversation oiseuse, le travail manuel adapté à ses forces, la lecture de la Parole de Dieu et la patience, car elle est née de la pusillanimité, de l’oisiveté et des paroles oiseuses (Saint Antioche, discours 26, S. Isaac le Syrien, 212).

Il est difficile pour quelqu’un qui vient de commencer la vie monastique d’éviter l’ennui car c’est la première chose qui s’attaque à lui. De ce fait, il faut avant tout se prémunir contre celui-ci par l’accomplissement strict et absolu de toutes les obédiences qui sont données à un novice. Quand tes activités se déroulent dans le bon ordre, l’ennui ne trouvera plus de place dans ton cœur. Seuls sont affligés par l’ennui ceux qui dans leurs affaires n’ont pas d’agencement ordonné. Ainsi l’obéissance est le meilleur traitement pour cette dangereuse maladie.

Quand l’ennui prend le dessus sur toi, dis-toi en accord avec les instructions de saint Isaac le Syrien : “Tu veux encore d’une vie impure et honteuse. Et si cette pensée te vient, qu’il est mal de se tuer dans les pratiques ascétiques, réponds : je me tue car je ne puis vivre d’une manière impure. Je mourrai ici afin de ne pas voir la mort véritable : celle de mon âme dans sa relation avec Dieu. Il vaut mieux pour moi mourir ici dans la pureté que de vivre une mauvaise vie dans le monde. J’ai préféré une telle mort à mes péchés. Je me tue parce que j’ai péché contre Dieu et je ne veux plus provoquer sa colère. Qu’est-ce que la vie pour moi si elle est éloignée de Dieu ? Je supporterai cette affliction afin de ne pas être privé de l’espérance céleste. Pourquoi Dieu se soucierait-il de ma vie si je vis dans le mal et que je provoque sa colère ?” (Homélie 22).

L’ennui est une chose et la langueur de l’esprit appelée abattement est tout autre. Il arrive quelquefois qu’un homme soit dans un tel état spirituel qu’il lui semble qu’il lui serait plus facile d’être annihilé ou d’être totalement sans conscience ou sans sentiment aucun que de rester plus longtemps dans cet état incommensurablement douloureux. On doit en sortir rapidement. "Garde-toi de l’esprit d’abattement, car il engendre tout mal" (Saint Barsanuphe le Grand, correspondance, réponse 13,500).

Saint Barsanuphe enseigne qu’il y a "l’abattement physique qui vient de l’épuisement, et il y a l’abattement qui vient du démon. Si on veut les reconnaître, voici comment : celui qui vient du démon se présente avant le moment où on a besoin de repos. Ainsi quelqu’un se met-il à un travail, avant qu’il en ait fait le tiers ou le quart, il accule l’homme à abandonner ce travail et à s’en aller. Il ne doit donc pas se laisser prendre, mais faire une prière, se remettre à son travail et s’y tenir. L’ennemi, voyant qu’il fait la prière pour cela, cesse de l’importuner, car il ne veut pas donner occasion de prier ". (Saint Barsanuphe le Grand, réponse 562,563, et 564).

"Quand il plaît à Dieu de plonger un homme dans de plus grandes afflictions", dit saint Isaac le Syrien, "Il lui permet de tomber entre les mains de la pusillanimité. Celle-ci produit sur lui une grande force d’abattement dans laquelle il ressent un étouffement de l’âme et ceci est un avant-goût de la géhenne. En conséquence de cela, l’esprit de délire vient sur lui et de lui sourdent des milliers de tentations : la confusion, la colère, le blasphème, le fait de se plaindre de son propre sort, les pensées dépravées, le désir de se déplacer d’un lieu à l’autre et ainsi de suite. Si tu demandes quelle en est la cause, je te répondrai : ta négligence parce que tu n’as pas pris le soin de trouver un remède à tout cela. Car il existe pour cela un traitement à l’aide duquel l’homme trouve rapidement le réconfort de l’âme. Et quel est-il ce traitement ? L’humilité de cœur. Il n’est nulle autre manière par laquelle un homme puisse abattre le mur de ces vices, tout au contraire, il découvrira que ceux-ci le dominent"(Saint Isaac le Syrien, homélie 79). 

L’abattement est quelquefois appelé par les saints Pères oisiveté, nonchalance ou indolence.

Version française Claude Lopez-Ginisty

dimanche 29 mars 2009

SAINT SERAPHIM DE SAROV: INSTRUCTIONS SPIRITUELLES: 39



39 — De la vie active et de la vie contemplative

L’homme est composé d’une âme et d’un corps et, par conséquent, le chemin de sa vie doit comporter l’activité du corps et de l’âme, l’action et la contemplation mentale.

La voie de la vie active consiste en jeûne, continence, veilles, génuflexions, prières et autres labeurs corporels qui constituent la voie étroite et douloureuse qui, selon la parole de Dieu, conduit à la vie éternelle (Mt 7, 14).

La voie de la vie contemplative consiste en l’élévation de l’intellect vers le Seigneur Dieu, l’attention du cœur, la prière mentale et, par de telles pratiques, en la contemplation des choses spirituelles.

Quiconque désire traverser la vie spirituelle doit commencer par la vie active et ensuite seulement arriver à la vie contemplative car, sans la vie active, il est impossible d’entrer dans la vie contemplative.

La vie active sert à nous purifier de nos passions pécheresses et elle nous élève au degré de la perfection active ; par cela même, elle établit pour nous le chemin vers la vie contemplative. Car seuls ceux qui ont été purifiés des passions et sont parfaits peuvent approcher cette vie, comme on peut le constater d’après les paroles de l’Ecriture Sainte : “Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu” (Mt 5, 8) et celles de saint Grégoire le Théologien dans son sermon sur la Sainte Pâques : “Seuls ceux qui se sont rendus les plus parfaits par leur expérience peuvent approcher sans danger la contemplation”.

On doit approcher la vie contemplative avec crainte et tremblement, avec contrition de cœur et humilité, avec une profonde connaissance des Saintes Ecritures et sous la direction d’un staretz expérimenté, si on peut le trouver, et non avec audace et de son propre chef. "Celui-ci tombe facilement dans l’erreur (…), parce qu’il est orgueilleux et impudent, et parce qu’il a cherché avec audace et arrogance ce qui est hors de sa portée, prématurément" dit saint Grégoire le Sinaïte dans la Philocalie (« Sur l’illusion spirituelle et de nombreux autres sujets »). De même : "Si quelqu’un s’imagine avec suffisance parvenir à ce qui est élevé, il a fait l’acquisition d’un désir satanique et non de la vérité. Celui-là, le diable le saisira aisément, comme son serviteur, dans ses filets".

Mais si on ne peut trouver d’instructeur capable de nous diriger dans la vie contemplative, dans ce cas, il faut se diriger par la Sainte Ecriture, car le Seigneur Lui-même nous enjoint d’apprendre de celle-ci, disant : “Sondez les Ecritures parce que vous pensez avoir en elle la vie éternelle” (Jn 5, 39).

De même, on doit s’empresser de lire les écrits des Pères et s’efforcer, autant que possible et selon sa force propre, d’accomplir ce qu’ils enseignent et, de cette manière, petit à petit, nous nous élevons de la vie active vers la perfection de la vie contemplative.

Car, dans les paroles de saint Grégoire le Théologien, dans son sermon sur la Sainte Pâques, l’action la meilleure est celle par laquelle nous atteignons la perfection et offrons à Dieu qui nous appelle, un sacrifice vivant, saint et toujours sanctifié en toute chose.

Il ne faut pas quitter la vie active même quand on a eu du succès en celle-ci et qu’on est déjà entré dans la vie contemplative, car celle-ci coopère avec la vie contemplative et l’élève.

En traversant la voie de la vie intérieure et contemplative, on ne doit pas se relâcher et la quitter parce que les gens, étant devenus attachés aux choses extérieures et sensibles, portent atteinte aux sentiments mêmes de notre cœur par l’adversité de leurs opinions et s’efforcent, par tous les moyens, de nous détourner du chemin intérieur en plaçant sous nos pas divers obstacles. Car selon l’opinion des Pères de l’Eglise (et du bienheureux Théodoret dans son Commentaire sur Le Cantique des Cantiques), la contemplation des choses spirituelles est préférable à la connaissance des choses sensibles.

Et ainsi, on ne doit pas vaciller devant les obstacles lorsque l’on traverse cette voie, en se fortifiant par la parole de Dieu : “Ne craignez pas ce qu’il craint et ne soyez pas effrayés : car Dieu est avec nous. Sanctifions le Seigneur Dieu Lui-même en mémoire vivante de son Nom divin et en accomplissement de sa volonté et c’est Lui que nous devons craindre” (Is 8, 12-13).

Version française Claude Lopez-Ginisty

dimanche 15 janvier 2017

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



2/15 janvier
30ème dimanche après la Pentecôte,
avant la Théophanie

Avant-fête de la Théophanie. Saint Sylvestre, pape de Rome (335) ; saint Théogène, évêque de Parios (vers 320) ; saint Sylvestre des Grottes de Kiev (XIIème s.) ; sainte Julienne de Mourom (1604) ; saint néomartyr Georges le Géorgien (1770) ; saint Séraphim de Sarov, thaumaturge (trépas 1833 et deuxième invention des reliques en 1991) ; saint martyr Basile (Petrov) (1942).

Saint Seraphim  de Sarov
et scènes de sa vie 
  
ST JEAN CHRYSOSTOME SUR LA THÉOPHANIE
M
ais pourquoi n'est-ce pas le jour de la naissance du Sauveur plutôt que celui de son baptême qui est appelé Épiphanie ? Car c'est en ce jour qu'Il fut baptisé et qu'Il sanctifia les eaux. Aussi, dans cette solennité, vers le milieu de la nuit, tous vont puiser de l'eau qu'ils mettent en réserve dans leurs maisons, pour la garder l'année entière, en mémoire de ce qu'à pareil jour, les eaux ont été sanctifiées. Et par un miracle évident, le temps n'a aucune influence sur la nature de cette eau, car après un an, quelquefois deux et même trois, elle demeure pure et fraîche, et malgré cet espace de temps, on ne la distingue pas de celle qui vient d'être prise à la source. Mais pour quelle cause ce jour est-il appelé manifestation ? Parce que Notre-Seigneur fut manifesté aux hommes, non le jour de Sa naissance, mais le jour de Son baptême, car jusque-là Il était à peu près inconnu. Qu'Il n'ait pas été généralement connu, et que la plupart ait ignoré qui Il était, c'est ce qui ressort de ces paroles de Jean-Baptiste  Il y a quelqu'un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. (Jean, I, 26.) Et faut-il s'étonner si les autres ne Le connaissaient pas quand Jean-Baptiste lui-même L'ignorait jusqu'à ce jour ? Et je ne Le connaissais pas moi-même, dit-il, mais Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : Celui sur qui vous verrez descendre et demeurer le Saint-Esprit, est Celui qui baptise dans le Saint-Esprit. (Jean, I, 33.)

Tropaire du dimanche, 5ème ton
Собезнача́льное Сло́во Oтцу́ и Ду́xoви, отъ Дѣ́вы ро́ждшeecя на спасéнie на́ше, воспои́мъ вѣ́рніи и поклони́мся, я́ко благоволи́ пло́тію взы́ти на крéстъ, и cмéрть претерпѣ́ти, и воскреси́ти умéршыя сла́внымъ воскресéніемъ Cвои́мъ.
Fidèles, chantons et adorons le Verbe coéternel au Père et à l’Esprit, né d’une Vierge pour notre salut : car il Lui a plu, en Sa chair, de monter sur la Croix, de subir la mort et de relever les défunts par Sa glorieuse Résurrection !


Tropaire de l'avant-fête de la Théophanie, ton 4
Гото́вися, Завуло́не, и красу́йся, Нефѳалíме, Iорда́не рѣко́, ста́ни, подими́, взыгра́я, крести́тися гряду́ща Влады́ку. Весели́ся, Ада́ме съ прама́терiю, не кры́ита себе́, я́коже въ раи́ пре́жде, и́бо, на́ги ви́дѣвъ вы́, яви́ся, да облече́тъ въ пе́рвую оде́жду: Христо́съ яви́ся, всю́ тва́рь хотя́ обнови́ти.
Prépare-toi, Zabulon ; dispose-toi, Nephtali[1]. Jourdain, arrête-toi, pour accueillir avec des transports de joie le Seigneur qui vient se faire baptiser. Réjouis-toi Adam avec notre première mère ; ne vous cachez plus comme jadis au paradis ; Celui qui vous voyait nus, apparaît pour vous revêtir de votre robe première. Le Christ est apparu, voulant renouveler toute la création.


Tropaire de saint Séraphim de Sarov, ton 4
Отъ ю́ности Христа́ возлюби́лъ еси́, блаже́нне, и, Тому́ Еди́ному рабо́тати пла́меннѣ вожделѣ́въ, непреста́нною моли́твою и трудо́мъ въ пусты́ни подвиза́лся еси́, умиле́ннымъ же се́рдцемъ любо́вь Христо́ву стяжа́въ, избра́нникъ возлю́бленъ Бо́жія Ма́тере яви́лся еси́. Сего́ ра́ди вопіе́мъ ти́: спаса́й на́съ моли́твами твои́ми, Серафи́ме, преподо́бне о́тче на́шъ.
Dès ta jeunesse, tu as aimé le Christ, ô Bienheureux, et désirant ardemment ne servir que Lui seul, dans la prière continuelle et dans les labeurs, tu as vécu en ascète au désert ; par l’humble componction de ton cœur ayant obtenu l’amour du Christ, tu es apparu comme l’élu bien-aimé de la Mère de Dieu. C’est pourquoi nous t’implorons : sauve-nous par tes prières, notre saint Père Séraphim !


Kondakion du dimanche, 5ème ton
Ko а́ду Спа́сe мо́й, coшéлъ ecи́, и врата́ сокруши́вый я́ко всеси́ленъ, умéршиxъ я́ко Созда́тель coвоскреcи́лъ ecи́, и cме́рти жáло сокруши́лъ ecи́, и Aда́мъ отъ кля́твы изба́вленъ бы́сть, Человѣколю́бче. Тѣ́мже вси́ зове́мъ : спаси́ на́съ, Го́споди.
Ô mon Sauveur, Tu es descendu aux enfers, brisant ses portes comme Tout-Puissant; et avec Toi, Créateur, Tu ressuscitas les morts, brisant l’aiguillon de la mort et libérant Adam de la malédiction, ô Ami des hommes ! Aussi, tous nous Te clamons : Seigneur, sauve-nous!

Kondakion de St Séraphim de Sarov, ton 2
Мíра красоту́ и я́же въ не́мъ тлѣ́нная оста́вивъ, преподо́бне, въ Саро́вскую оби́тель всели́лся еси́, и та́мо а́нгельски пожи́въ, мно́гимъ пу́ть бы́лъ еси́ ко спасе́нію, сего́ ра́ди и Христо́съ тебе́, о́тче Серафи́ме, просла́ви и да́ромъ исцѣле́ній и чуде́съ обогати́. Тѣ́мже вопіе́мъ ти́: ра́дуйся, Серафи́ме, преподо́бне о́тче на́шъ.
Ayant abandonné la beauté du monde et tout ce qui est en lui corruptible, ô Père saint, tu as été reçu dans le monastère de Sarov ; là, en vivant à la manière des anges, tu es devenu pour beaucoup un chemin de salut. C’est pourquoi le Christ t’a glorifié, ô Père saint, et t’a comblé du don de guérison et des miracles. Aussi te chantons-nous : réjouis-toi, notre saint Père Séraphim !

Kondakion de l'avant-fête de la Théophanie, ton 4
Во cтруя́xъ дне́cь Iopда́нcкиxъ бы́въ Го́сподь, Іоа́нну вoпіе́тъ : не yбо́йся кpecти́ти Mя́, cпacти́ бо пріидóxъ Aда́ма первозда́ннаго.
Étant descendu en ce jour dans les flots du Jourdain, le Seigneur crie à Jean : « Ne crains point de me baptiser, car Je suis venu sauver Adam, le premier père ».

INSTRUCTIONS SPIRITUELLES DE ST SÉRAPHIM DE SAROV SUR LE REPENTIR[2]

Celui qui veut être sauvé doit toujours avoir le cœur contrit et disposé au repentir, selon le Psalmiste : “Le sacrifice qui convient à Dieu, c’est un esprit brisé ; un cœur broyé et humilié, Dieu ne le méprise point” (Ps 50, 17).

Quel est l’état de contrition de l’esprit, dans laquelle l’homme peut aisément traverser sans danger les pièges habiles du diable orgueilleux, dont tout l’empressement consiste à troubler l’esprit humain pour y semer son ivraie, selon les paroles de l’Evangile : “Seigneur, n’as-tu pas semé du bon grain dans ton champ? D’où vient donc qu’il y ait de l’ivraie ? Il leur répondit, c’est un ennemi qui l’y a semée” (Mt XIII, 27-28) ?

Lorsque l‘homme s’efforce de garder en lui un cœur humble et des pensées qui ne soient pas agitées mais paisibles, alors tous les pièges de l’ennemi sont sans effet; car là où il y a la paix dans les pensées, là le Seigneur Dieu Lui-même réside — “Le lieu où Il réside, c’est la paix” (Ps 75, 3).

Le commencement de la repentance procède de la crainte de Dieu et de l’attention, comme le dit le saint martyr Boniface (Vie des Saints, 19 décembre) : “La crainte de Dieu est père de l’attention et l’attention est mère de la paix intérieure. Cette dernière donne naissance à la conscience qui fait que l’âme contemple sa propre laideur comme dans une eau pure et limpide. Ainsi naissent les débuts et les racines de la repentance”.

Durant toute notre vie, par nos transgressions, nous offensons la majesté de Dieu et pour cela nous devrions toujours nous humilier devant Lui, Le suppliant de nous accorder la rémission de nos dettes.

Un homme qui a reçu la grâce peut-il se relever après avoir chu? Il le peut, suivant ce que dit le Psalmiste : “On m’a poussé et ébranlé pour m’abattre, mais le Seigneur m’a secouru” (Ps 117, 13) car lorsque Nathan le prophète accusa David de son péché, ce dernier se repentit et reçut immédiatement le pardon (2 R 12, 13).

On peut citer en exemple l’anachorète qui, allant chercher de l’eau, tomba dans le péché avec une femme à la source et, retournant à sa cellule, reconnut sa transgression, puis recommença à mener une vie ascétique comme auparavant, ne prêtant pas attention aux conseils de l’ennemi qui lui représentait toute la gravité de son péché et voulait le détourner de la vie d’ascèse. Le Seigneur révéla l’incident à un certain Père et lui ordonna de glorifier le frère qui était tombé dans le péché, à cause d’une telle victoire sur le diable.

Lorsque nous nous repentons sincèrement pour nos péchés et nous adressons à notre Seigneur Jésus Christ de tout notre cœur, Il s’en réjouit, institue une fête et y appelle Ses puissances bien-aimées, leur montrant la drachme qu’Il a retrouvée, c’est-à-dire Son image royale et Sa ressemblance. Portant sur Ses épaules la brebis égarée, Il l’apporte à Son Père. Dans la demeure de tous ceux qui se réjouissent, Dieu installe l’âme de celui qui s’est repenti, en compagnie de ceux qui ne L’ont pas quitté.

Ainsi, ne manquons pas de nous adresser promptement à notre Maître miséricordieux et ne nous livrons pas à l’insouciance et au désespoir en raison de nos péchés graves et innombrables. Le désespoir constitue la joie la plus parfaite du diable. C’est un péché qui « mène à la mort », comme le dit l’Ecriture (1 Jn, V,16).

Le repentir pour le péché, entre autres, est constitué par le fait de ne plus le recommencer. De même qu’il y a un remède pour chaque maladie, il y a un repentir pour chaque péché. Ainsi, approche de la pénitence sans douter, et elle intercédera pour toi devant Dieu.


[1] Les tribus de Zabulon et de Nephtali – les fils de Jacob – se sont installées en Galilée, parmi les païens. C’est là où le Seigneur, après avoir été baptisé par Jean dans le Jourdain et que celui-ci eût été livré, se retira et commença à prêcher : « Le peuple de Zabulon et de Nephtali, de la contrée voisine de la mer, du pays au-delà du Jourdain, et de la Galilée des païens, ce peuple, assis dans les ténèbres, a vu une grande lumière » (Matth. 4,15).

[2] Version française Claude Lopez-Ginisty. www.orthodoxologie.blogspot.com