"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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lundi 7 novembre 2016

La Bible de l'Eglise primitive



300 ans avant la naissance du Christ, la Bible hébraïque, que les chrétiens considèrent comme l'Ancien Testament, a été traduite en Koiné grec. Le titre de cette traduction était appelé la Septante. C'est cette traduction qui a été utilisée par [saint]Paul, les Apôtres, et l'Eglise primitive. Elle est encore utilisée par l'Eglise orthodoxe aujourd'hui, cependant, malheureusement, elle est rejetée par la plupart des chrétiens modernes en faveur du texte massorétique.

Brève histoire de la Septante

Après qu'Alexandre le Grand ait conquis une grande partie du monde connu, la langue grecque devint la langue commune de la Méditerranée. Au fil du temps, les Juifs hors de Jérusalem cessèrent de comprendre l'hébreu, mais ne comprirent que le grec. Bientôt une traduction grecque de la Bible hébraïque fut commandée. elle fut traduite par 72 scribes en 72 jours, et appelée Septante [de "Septuagint", ce qui signifie "70" en latin] ou LXX en abrégé. La Septante fut approuvée par le Grand Prêtre et le Sanhédrin à Jérusalem comme traduction exacte des Écritures hébraïques.

Au temps du Christ, la Septante était la traduction utilisée dans toute la Méditerranée. Les Juifs, à Jérusalem et hors de Jérusalem, la connaissaient et la considéraient comme une Sainte Écriture. Il est évident que Jésus et les Apôtres étaient très familiarisés avec la Septante, car des 350 (environ) citations de l'Ancien Testament contenues dans le Nouveau Testament, 300 viennent de la Septante. Les apôtres utilisaient la Septante dans leurs voyages missionnaires. Les Juifs de langue grecque se convertissaient au christianisme, en partie, à cause de ce qu'ils lisaient dans la Septante.

Bref historique du texte massorétique

Les fidèles juifs n'aimaient pas que les chrétiens utilisent leurs Écritures pour convertir les juifs au christianisme. Ainsi, en réponse, les Juifs ont essentiellement rétabli le canon de l'Ancien Testament. Ils ont désapprouvé [l'utilisation de] la Septante et ont déclaré que les seules Ecritures véritables être écrites en hébreu. Ils retirèrent tous les livres qu'ils pensaient ne pas avoir d'abord été écrits en hébreu et ils ont intentionnellement changé des versets qui étaient en accord avec la doctrine chrétienne. Cela a créé un environnement où les juifs considéraient la Septante comme l'Ancien Testament “chrétien“ et plein de mensonges. Après tout, en raison de tous ces changements, les Écritures hébraïques ne ressemblaient plus exactement à la Septante.

La plupart d'entre nous ont eu l'expérience de la lecture d'un verset dans le Nouveau Testament, en regardant la note de bas de page, et en la comparant au vers de l'Ancien Testament qui y fait référence. Quand nous comparons le verset de l'AT au verset du NT, ils semblent à peine liés. C'est parce que la note de bas de page fait référence au texte correct, mais à la mauvaise traduction. 

Voici un exemple:

PSAUME 40: 6
Sacrifice et offrande tu n'as pas désiré; Tu as ouvert mes oreilles. (Massorétique)

Sacrifice et offrande tu n'as pas désiré; Mais tu as préparé un corps pour moi. (Septante)

ISAIE 7:14
La jeune femme sera enceinte et donnera naissance à un fils, et l'appellera Emmanuel. (Massorétique, ce qui est corrigé dans la plupart des Bibles protestantes)

La vierge sera enceinte et donnera naissance à un fils, et l'appellera Emmanuel. (Septante)

Il ya des centaines de ces différences qui n'ont pas beaucoup de sens, jusqu'à ce que vous les lisiez dans la Septante.

Cette nouvelle forme du canon hébraïque a été acceptée largement par le 2ème siècle. Entre le 6ème et le 11ème siècle, un groupe appelé les Massorètes devint le copiste prédominant de ce canon hébreu. De ce groupe viendra finalement ce que nous connaissons aujourd'hui comme le Texte Massorétique. Le texte Massorétique est la base de la majorité des traductions modernes de l'Ancien Testament depuis les années 1500.

L'erreur de Luther

Pourquoi beaucoup de chrétiens modernes utilisent-ils le texte massorétique pour l'Ancien Testament alors qu'il a été spécifiquement créé pour contrecarrer les chrétiens qui répandent le message de l'Évangile? La réponse peut être trouvée dans une bévue de Martin Luther dans les années 1500.

Au temps du Christ, la Septante était la traduction utilisée dans toute la Méditerranée. Jésus et les Apôtres connaissaient très bien la Septante, car des 350 (environ) citations de l'Ancien Testament contenues dans le Nouveau Testament, 300 sont de la Septante.

Il a voulu créer une traduction de l'Écriture en allemand, sa langue maternelle Cependant, il a supposé que la meilleure façon d'obtenir une traduction exacte de l'Ancien Testament était d'utiliser la Bible hébraïque que les Juifs de sa communauté lisaient. Il ne savait pas que l'Ancien Testament qu'ils connaissaient n'était pas le même que Paul et les Apôtres avaient lu. Il ne savait pas que la Septante avait existé plus de 1000 ans avant le Texte Massorétique altéré.

Cette version actuelle des Ecritures hébraïques ne contenait pas non plus tous les livres de l'Ancien Testament. Les livres qu'elles ne contiennent pas étaient appelés apocryphes. Pour les premiers chrétiens et les Juifs du temps de Jésus, ils étaient simplement appelés Écritures. Bien qu'il [Luther]n'ait pas retiré les soi-disants apocryphes de sa traduction, il les a déplacés à l'annexe de sa Bible. Plus tard les apocryphes quitteront l'annexe pour être complètement écartés.

Cette bévue de Luther a affecté la traduction biblique pendant les 500 dernières années. L'Eglise orthodoxe s'en est tenue à la Septante, comme traduction fidèle des Écritures hébraïques depuis les temps de Paul et des Apôtres.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
citant

mercredi 28 janvier 2015

Joel Kalvesmaki : Toute Écriture est inspirée de Dieu: La Foi Fidèle à la Septante (2 et fin)


Photographie d'un livre dont la couverture est noire et usée, sur la tranche il est indiqué HOLY BIBLE


Repenser l'Ancien Testament

La plupart des arguments des évangéliques pour le canon de l'Ancien Testament sont, au mieux, ad hoc. Nos dirigeants et nos enseignants donnent une image simple, vierge, de la transmission de l'Écriture, comme si le canon n’était qu’un volume relié en cuir avec des onglets de références. "Ce canon est vrai parce qu’il est évident, a une cohérence interne, et tous les témoignages originels judicieux sont d'accord avec nous," ainsi est formulé l'argument typique. Et quand, en ouverture du dossier de l'histoire, nous trouvons que ce n’est pas le cas, nous ajoutons une longue série d'exceptions à notre prétention initiale. Cela ne peut pas ne pas aller très loin. Avec une telle approche de l'Écriture, en essayant de les faire sortir de leur lieu d’apparition dans l'histoire, est-il étonnant que tant de chrétiens croyant en la Bible, ces chrétiens qui sont prêts à faire face de manière plus approfondie, et souvent plus honnêtement, au contexte historique, aient perdu leur foi en ces [exégètes] libéraux?

Que pouvons-nous apprendre?

Nous évangéliques avons besoin d'une forte dose d'humilité théologique. Lorsque nous examinons l'histoire, elle ne correspond pas toujours à nos attentes ou à notre expérience. Nous prêchons souvent sur l'importance de confesser nos péchés personnels et nos erreurs, mais nous appliquons rarement ce principe à notre démarche spirituelle entreprise avec d'autres églises et d'autres communions. Est-ce que l'humilité ne s’applique qu'à l'individu, ou également à des organismes entiers?
Certains d'entre nous, moi y compris, ont refusé le nom de chrétien aux églises qui ont des croyances et des pratiques qui sont plus proches des Pères qui ont contribué à nous donner le canon [de l’Ecriture]. Peut-être est-il temps de commencer à traiter avec plus de respect ces églises qui ont conservé les apocryphes, afin d'être fidèles à ce que les Apôtres leur ont remis.
Le silence et le calme sont de mise. Comme évangéliques, nous agissons souvent avec un zèle excessif et ignorant. Ne serait-il pas temps de nous arrêter, de faire une pause, et d'apprendre? Cela ne nous ferait pas de mal de lire la prière des Pères, dont certains étaient plus proches de Jésus et des apôtres dans le temps, la langue, la culture, et la doctrine.
Peut-être que nous devons écouter ce que les catholiques et les orthodoxes disent avant de les juger. La plupart de ce que nous apprenons sur ces organismes anciens provient de sources protestantes. Nous devons leur faire confiance pour raconter leur propre histoire.
Comme le dit Jésus, "Reconnaissez ce qui est à portée de votre vue, et ce qui est caché, vous deviendra visible. " (Evangile de Thomas 5)

Quoi? Jésus n'a jamais dit ça!

Comment le savez-vous? Qui a dit que l'Evangile de Thomas ne devrait pas être dans le [Canon du] Nouveau Testament? Nous allons examiner la réponse à cela, et examiner le canon du Nouveau Testament dans notre prochain essai, "N’ajoutez rien à Ses paroles".



Version française Claude Lopez-Ginisty




mardi 27 janvier 2015

Joel Kalvesmaki :Toute Écriture est inspirée de Dieu: La Foi Fidèle à la version des Septante (1)



Joel Kalvesmaki est rédacteur en études byzantines à Dumbarton Oaks, supervisant la production de publications byzantines phares de Dumbarton Oaks, sur papier et  numériques. Il est actif dans les sciences humaines numériques et sa recherche porte sur l'histoire intellectuelle de l'Antiquité tardive, avec un accent sur le symbolisme ancien du nombre et les écrits d’Évagre le Pontique.

"Toute Ecriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. (II Tim 3:16)

L'Église orthodoxe orientale a été la plus fidèle à l'Ancien Testament des Apôtres. [Ses clercs] utilisent encore la Septante et fondent habituellement leurs traductions de l'Ancien Testament sur elle. Sans avoir besoin de preuve objective de la véracité de cette traduction, ils ont tout simplement  maintenu ce que les Apôtres leur avaient donné. Leur approche du canon [de l’Ecriture] n'a pas été philosophique ou déductive, mais spirituelle, confiant que Dieu a établi l’Eglise et qu’Il veille maintenant sur elle.

En Occident, nous avons eu tendance à nous moquer de ce genre de foi enfantine, préférant ce qui est plus concret et objectif. Pourtant, il y a eu une justification frappante de simplicité de l'Orient en ce siècle qui est nôtre. Les Manuscrits de la mer Morte témoignent de la fiabilité générale de la Septante. Comme les divers passages de la Bible ont été traduits et publiés, les chercheurs ont réalisé que le rejet précédent de la Septante a été prématuré. Les passages de la loi de Qumran et des livres historiques ont découvert des preuves d’une recension textuelle hébraïque distincte, qui sous-tend la traduction de la Septante. Plus souvent que prévu, les anciens manuscrits de Qumran sont en désaccord avec le texte massorétique, et soutiennent souvent la Septante.

Il semble maintenant que, pour les chercheurs engagés sur ce travail à l'avenir, Qumran ait offert une nouvelle base pour une confiance renouvelée à la Septante au moins dans les livres historiques, ce qui devrait leur permettre d'accepter les meilleures lectures de cette version presque aussi facilement que si elles avaient été trouvées dans la version massorétique de l’hébreu. En d'autres termes, chaque lecture doit à l'avenir être jugée sur ses mérites, et non sur toute idée préconçue de supériorité de la version hébraïque, tout simplement parce qu'elle est en hébreu. (Allegro, 81)

Les érudits "qoumrâniens" n’ont pas exalté une tradition textuelle par rapport à une autre, mais ils ont rouvert la question de la traduction de l'Ancien Testament. La réponse à la direction de futures traductions, aujourd'hui, pourrait être déterminée de façon pivotante par des théologiens plutôt que par des érudits textuels. Allegro, et d'autres, plaident pour une traduction éclectique de l'Ancien Testament qui pourrait provoquer tout le monde et ne satisfaire personne. Toutefois, à l'avenir, nous pouvons en arriver à ne pas nous demander, "Quelle version semble la meilleure? " mais "Quelle version reflète le mieux le Christ?" La Septante a longtemps attendu la réponse à cette dernière question.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après