"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
Affichage des articles dont le libellé est Concile orthodoxe. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Concile orthodoxe. Afficher tous les articles

lundi 15 août 2016

Lettre de l’évêque Irénée de Batchka, à propos du Concile de Crête: “Pourquoi je n’ai pas signé le texte du Concile réuni en Crête”


Evêque Irénée de Batchka  (Patriarcat de Serbie)
Pourquoi je n’ai pas signé le texte du Concile réuni en Crête à propos des relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien.
A propos du “Saint et Grand Concile” achevé dernièrement à Kolymbari en Crête, avec des accents de triomphe mais de façon peu convaincante selon notre Eglise, et déjà non reconnu comme tel par les Eglises absentes, Concile mieux caractérisé par elles comme “Réunion de Crête”, [et ce] à cause de la contestation soulevée par de très nombreux évêques orthodoxes participants, – ont été publiés et continuent d’être publiés une grande quantité de commentaires, bienveillants ou très peu bienveillants, autant que possible objectifs ou subjectifs, véridiques ou qui altèrent plus ou moins franchement la vérité, spontanés ou commandés, intéressés ou désintéressés, apologétiques ou polémiques, théologiquement corrects ou théologiquement incohérents…
Dans la surproduction d’informations et de commentaires sur ce sujet, se trouve un thème parmi d’autres restés flous [jusqu’à présent], celui du refus de certains évêques de signer le texte litigieux proposé au Concile, même s’il fut quelque peu amélioré [au cours des séances]: “Les relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien”.

(p. 2) Puisqu’un défaut de clarté et une incertitude ont été évoqués sur la question [de savoir] si certains évêques déterminés auraient ou n’auraient pas signé et pourquoi, ceux-ci ont publié des déclarations dans lesquelles ils répondent à cette question et expliquent pourquoi – et justifient – leur refus de co-signer le texte en question. En ce qui concerne l’auteur de la présente, a circulé la nouvelle correcte selon laquelle j’étais l’un de ceux qui n’avaient pas signé; cependant restait inexpliqué pour beaucoup de frères comment et pourquoi – étant donné qu’il avait en effet lui-même, avec énergie et sans interruption depuis plusieurs décennies, pris part à la préparation du Synode et à l’effort d’élaboration et de correction des textes ratifiés pour la discussion conciliaire.
Avant de continuer à donner la réponse à laquelle je suis tenu, j’en profite pour faire remarquer en passant que, contrairement à ce qu’ont laissé entendre certaines publications “bien intentionnées”, je n’ai pas été le seul, sur les vingt cinq évêques Serbes présents au Concile, à ne pas signer mais que [c’est] la plus grande partie d’entre eux [qui] n’a pas signé. En dehors de ceux-ci, il y eut encore de nombreux autres évêques pour ne pas signer non plus.
Ce texte, par conséquent, est sans effet légal, pour autant que, conformément au principe d’unanimité en vigueur depuis 1961, il suffit qu’un seul évêque ne signe pas (alors que sa signature est exigée!) pour que le document soit sans validité ecclésiale.

L’une des raisons pour les quelles je n’ai pas signé le texte concernant “Les relations de l’Eglise Orthodoxe avec le reste du monde chrétien”, mais ce n’est cependant pas encore la plus grave, est le fait qui s’est avéré que les évêques membres du (3) Concile, avaient le droit à la parole mais pas le droit de vote. Dans le Concile, au lieu du principe apostolique et patristique, conservé depuis toujours, “un homme – une voix (vote)”, était en vigueur ce principe-ci : “une Eglise autocéphale – une voix (vote)”, ce qui signifie que seuls les Primats des Eglises votaient. Les conséquences évidentes pour tous de ce principe sont les suivantes:
-1 Le Concile n’apparait plus comme l’institution de l’Un et Unique Corps de l’Eglise, mais comme une sorte d’organe parlementaire d’Eglises qui sont indépendantes les unes des autres, chacune formant pour elle-même un tout complet;
-2 Le collège des Primats fonctionne dans la pratique comme une sorte de pape collectif, soit que nous acceptions de le reconnaitre honnêtement soit que nous ayons pris l’habitude de nous aveugler nous-mêmes [sur ce sujet], et
-3 le Concile, qu’il le veuille ou non, est abaissé [au niveau] d’une réunion de Présidents, ayant simplement [autour d’eux] une cour élargie, comme il a été très justement remarqué.

En conséquence, la seule différence entre un évêque orthodoxe et un observateur hétérodoxe au Concile consiste dans le fait que l’un a la possibilité de s’exprimer selon sa volonté et que l’autre au contraire est assis en silence: ni l’un ni l’autre ne décide rien. Dans cette situation, cependant, à quoi sert la signature de ceux qui [par ailleurs] n’ont pas le droit de voter les textes? Cherche-t-on à donner l’impression que le système conciliaire fonctionne alors qu’il est inactif – puisqu’il est annulé? Ou bien pour quelle autre raison? Je l’ignore, évidement, mais j’ai au moins la possibilité de ne pas signer ce qui n’exprime pas mes convictions.
(4) La raison la plus grave, cependant, pour laquelle je n’ai pas signé, c’est, selon moi, le contenu du texte pour le moins ecclésiologiquement ambigu et suspect, sur certains points s’approchant des frontières de l’hétérodoxie. Son caractère problématique ne se focalise pas seulement dans sa proposition plus discutable et qui a provoqué les plus nombreuses objections et réfutations des Pères conciliaires, selon laquelle l’Eglise Orthodoxe reconnait ( dans une variante ultérieure connait) “l’existence historique des autres Eglises et confessions chrétiennes” et laquelle a été remplacée, à l’instigation de l’Eglise de Grèce, par cette phrase que l’Eglise Orthodoxe accepte ” l’appellation historique des autres Eglises chrétiennes et confessions”. D’un côté, oui, la formulation hellénique se trouve [en effet] plus prudente et moins dangereuse en tant qu’elle évite judicieusement l’éventualité d’une équation entre “l’appellation historique” et le contenu ontologique de la définition Eglise; d’un autre côté, elle ne diffère pas de la première formulation en cela que [déjà] “l’existence historique” n’équivalait pas automatiquement à la reconnaissance de la nature ecclésiale et de l’hypostase des réalités ecclésiastiques visées sous ces dénominations ou, si vous préférez, de ces organismes ecclésio-morphes. Est simplement levée et exclue par une telle formulation la possibilité qu’une double interprétation [puisse être donnée à la formule] à savoir [aussi bien] la définition dogmatique orthodoxe selon l’akribie que l’autre expression, obscure et dans une certaine mesure amphibologique.
(5) Je déclare sincèrement et sans détour que j’ai eu l’intention de signer le texte tel qu’il était, dans ses deux versions, par conséquent malgré l’ambigüité sémantique de la version antérieure, pour autant seulement que le point présent devait constituer le “talon d’Achille” de son contenu dans son entier. Malheureusement, cependant, le texte est, depuis le début jusqu’à la fin – toujours selon mon opinion – difficile à amender et inacceptable, parce que c’est un mélange de choses qui ne peuvent pas se mélanger, des thèses purement orthodoxes avec des postures œcuméniques et de belle phrases élevées. Mais “le temps de raconter me manquerait ” si je tentais de justifier mon allégation par des citations.
Je pense personnellement que, dans ce cas précis, nous devions réserver le terme Eglise seulement au catholicisme romain (qui, étrangement, n’est pas mentionné dans le texte isolément, alors qu’il est jusqu’à satiété la référence du Conseil Œcuménique des Eglises) parce que la querelle dogmatique de plus d’un millénaire entre eux et nous n’a pas été tranchée jusqu’à présent au niveau d’un Concile Œcuménique, sinon uniquement dans les Conciles pseudo-œcuméniques de Lyon et de Ferrare-Florence. En principe, cependant, – au moins théoriquement – il est permis de nourrir l’espoir que l’un ou l’autre des futurs Conciles Œcuméniques s’occupera du thème de cette division de position et que se produira la levée des “pierres de scandale” que sont le Filioque et la primauté postérieure et hypertrophiée en même temps que la fameuse “infaillibilité” de l’évêque de Rome. Dans cette perspective (6) seule, il serait possible qu’il y ait une raison [de parler] d’Eglise de l’ancienne Rome, dont les différences dogmatiques, à savoir les déviations triadologiques et les innovations ecclésiologiques, ne sont nullement [encore] relativisées ni abandonnées ni, tant s’en faut, ignorées ou amnistiées. Il faut remarquer d’autre part que les communautés ecclésiastiques qui, avec la Réforme, sont issues de Rome par apostasie, se sont éloignées encore plus – et s’éloignent encore continuellement, hélas, jusqu’aujourd’hui de plus en plus – autant de l’Eglise de Rome que de notre Eglise.
Nous avions la possibilité, bien plus, nous avions le devoir, de faire ce qu’à fait le Deuxième Concile du Vatican (c’est à dessein que je ne remonte pas au type et au modèle des conciles orthodoxes du passé le plus ancien). Le concile en question a commencé par proclamer se foi que l’Eglise est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Dans la continuité de cette affirmation, il a donc montré que, chez ceux qui ne sont pas catholiques romains, on trouve, à la fois, plus ou moins d’éléments authentiques appartenant au christianisme primitif et, à la fois, des dérives et des manques. Il met l’accent particulièrement sur le fait que l’Eglise Orthodoxe, bien que ses membres soient des « frères séparés » (fratres separati, disiuncti), possède d’un côté les caractéristiques essentielles de l’Eglise (Eucharistie, mystères, prêtrise, succession apostolique…), et ensuite, principalement, qu’elle ne reconnait pas pleinement et suffisamment la primauté du Pape. Notre concile aussi aurait du s’exprimer d’une façon analogue: après le postulat de la confession fondamentale de la foi que l’Eglise Orthodoxe est l’Eglise Une, Sainte, (7) Catholique et Apostolique, confession inscrite expressément et sans périphrase au commencement du présent texte, il fallait que soit ajouté immédiatement et catégoriquement que les chrétiens qui ne sont pas orthodoxes possèdent, à la fois, des éléments sains, appartenant à la Tradition ancienne commune et, à la fois, des glissements extrêmement graves sur le plan de la foi et de la discipline et que, pour cette raison, ils n’ont pas de communion avec l’Eglise Orthodoxe.
Particulièrement à l’intention des catholiques romains, il fallait que soit clairement mis en relief que non seulement le dogme de la primauté papale hydrocéphale et infaillible, mais aussi l’adjonction du Filioque dans le Symbole de foi, constituent des empêchements indépassables à l’unité de l’Orient et de l’Occident, au même titre que les thèmes principaux du dialogue théologique inter-ecclésiastique. Si nous nous étions exprimés de cette manière, la nécessité de la phraséologie maigre et pas-exprimée-jusqu’au-bout (hemilektou) de « l’existence historique » des Eglises et des confessions non orthodoxes aurait été superflue ainsi que la nécessité de la dialectique sur les « dénominations historiques ».
Si, dans ces conditions également, certaines Eglises avaient été absentes du Concile, la recherche d’autres motifs de leur absence, aussi bien ecclésiastiques qu’extra-ecclésiastiques, aurait été légitime. Selon moi, les actes d’accusation publiés aujourd’hui contre les Eglises absentes du Concile, comme ayant soit disant refusé de participer sans raison ou bien intentionnellement, dans des buts étrangers et de manière préméditée, constituent un faux-fuyant sinon aussi une grande injustice. Afin de ne pas être mal compris et accusé pour la énième fois, “d’être passé à l’ennemi” (!) (8) ou de jouer à “l’avocat” qui s’invite lui-même des Pères et des frères qui, pour des causes raisonnables ou déraisonnables, étaient absents, je déclare que leur présence et leur contribution puissante et énergique aurait, au plus haut point, été utile pour l’Eglise.
J’ai, de cela, compréhension et perception, lorsque j’entends [sonner] la cloche du danger de nouveaux schismes, d’assemblées illégales qui manquent par conséquent de “fortifications”, de textes essentiellement indigents, inférieurs aux textes du Deuxième Concile de Vatican eux-mêmes, ou [même] en conséquence de tentatives inconsidérées et imprécises d’intervention dans les thèmes du mariage, du jeûne, du calendrier et d’autres institutions similaires.
Mais en même temps, je n’ai ni compréhension ni sympathie pour ceux qui disent “les fanatiques, les obscurantistes, les…, les… ne nous intéressent pas”. Au contraire, tous nous intéressent: et “les nôtres” et les “étrangers”, ceux qui sont proches et ceux qui sont loin. ” [Le plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité:] c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses” (Saint Matthieu, 23, 23), selon la Parole du Seigneur. Et s’il n’y avait que cela, la faiblesse de la conscience de notre frère, justement ou injustement scandalisé, ne remplirait-elle pas le sentiment pastoral de notre âme, la responsabilité humaine, la solidarité, la sympathie… “Notre piété n’est pas dans les mots mais dans les choses”. Si elle est aussi cherchée dans des mots, alors elle doit être recherchée exclusivement dans “les mots étrangers, les enseignements étrangers, c’est-à-dire dans les dogmes étrangers de la Sainte Trinité”.
(9) Les Pères de l’Eglise discernent deux sortes de langue théologique, la “parole dogmatique” et la “parole agonistique” (ou “parole de réfutation”), ils utilisent aussi souvent également une langue de-pensée-et-de-sentiment-amicaux (philophrosynis), une langue de-pensée-et-de-sentiment-subtils (avrophrosynis), de noblesse, d’affabilité, de délicatesse. Un exemple classique en est la manière dont s’exprime saint Marc d’Ephèse: dans le prologue du “Dialogue entre Latins et Grecs”, il parle une langue de-pensée-et-de-sentiment-amicaux (philophrosynis), touchant indirectement et avec discernement les différences dogmatiques, comme il est manifeste dans le Préambule introductif au Pape Eugène IV; dans la suite du dialogue, il poursuit dans un langage d’acribie et de clarté dogmatique, sans abandonner l’élévation de bienveillance et de douceur; [puis,] à la fin, après l’issue affligeante du concile d’unité, il fait appel [en dernier recours], pour des besoins de responsabilité pastorale, au jugement d’une langue polémique et réfutative.
Sous ce prisme, notre Concile, d’une manière correcte d’un côté, selon mon humble point de vue, s’est adressé aux observateurs hétérodoxes, par l’intermédiaire de son tout saint Président, avec des paroles fraternelles et cordiales en évitant en même temps, au nom du dialogue, la dure hauteur de la confrontation. Il aurait fallu cependant, – bien plus, c’était un devoir – rendre témoignage à son identité et à sa conscience ecclésiologique propres par le moyen du texte dont nous parlons, de la manière la plus nette, la plus fidèle et la plus exacte.
Cela, malheureusement, il n’a pas été possible de le faire, parce que la plupart des réunions préparatoires de Genève, malgré la désapprobation de beaucoup en ce qui concerne (10) ce texte et la critique la plus pertinente qui en fut faite, – pour des raisons qui furent honorée par le silence – n’a pas été ré-examiné en profondeur et dans toute son extension, malgré le désir [exprimé] et l’incitation des Premiers-délégués des Eglises autocéphales, mais il a été renvoyé, sans être essentiellement retouché, au Concile où, par manque de temps et d’accord, il a subi des changement qui relèvent seulement de l’ornementation, si l’on excepte la reformulation de l’Eglise de Grèce sur le point le plus contesté et porteur de malentendus.

Ne nous trompons pas et ne nous cachons pas ceci à nous-mêmes: ce texte problématique est la première et la principale cause du refus des quatre Patriarcats Orthodoxes de participer au Concile. Alors que l’Eglise de Serbie à éprouvé de l’embarras et a hésité jusqu’aux derniers instants en ce qui regarde sa participation, elle est venue finalement pour deux raisons: par amour pour son Eglise Mère martyre, l’Eglise de Constantinople, d’abord, et ensuite, dans l’espoir que les manques et les faiblesses de la période préparatoire seraient guéris et compensés par les travaux du Concile, c’est-à-dire dans l’espoir que, ce texte mis à part, le Concile se pencherait aussi sur les graves problèmes contemporains de notre Orient, comme les schismes, qu’ils soient d’inspiration nationaliste ou “zélote”, le manque de communication entre certaines Eglises et le comportement anti-canonique d’autres Eglises, l’autocéphalie qui est devenu le mal de tête de l’Eglise, et certains autres.
Cependant, rien de tel n’a eu lieu: et cela parce que la proposition de l’Eglise de Serbie, [à savoir que] les travaux conciliaires en Crête (11) soient considérés [seulement ] comme la première phase du processus conciliaire d’ensemble et que le parcours accompli par le Concile ne soit annoncé qu’ultérieurement, au moment opportun, après des discussions “sur toute la matière” et avec la participation de toutes les autres Eglises, [parce que cette proposition donc] a été rejetée, et que le Concile a limité lui-même son activité à quelques jours, en dissipant la plus grande part du peu de temps imparti dans l’analyse et quelques corrections des choses évoquées dans ce même texte, sans qu'[ait eu lieu] un échange d’opinions vivant, spontané et libre au sujet des questions brûlantes de l’Orthodoxie contemporaine.

L’occasion historique bénie, très malheureusement, s’est évanouie de la possibilité d’affronter la multitude de provocations et de tentations dans la vie de notre sainte Eglise et le commencement de leur solution; [s’est évanouie également] l’occasion d’un témoignage sur sa Tradition vivante et génératrice de vie, sur son unité, sa catholicité et sa conciliarité. Un miracle de Dieu, aurait été que Concile puisse recevoir en partage son héritage désirable pan-ecclésial en tant que Saint et Grand Concile! Nous craignons, au contraire, que ce Concile ne soit retenu dans l’histoire future de l’Eglise que comme le Concile de Crête, un concile régional des Eglises qui y participèrent, sans rayonnement et sans influence plus significatifs. Peut-être cela est-il malgré tout préférable au mutisme et à l’absence complets, [comme le serait de tomber] hors de l’histoire.

vendredi 17 juin 2016

Grand et saint Concile de Crête



Métropolite Hiérothée de NAFPAKTOS AND SAINT VLASSIOS à propos du Concile de Crête. Le texte entier (en anglais) est disponible ICI

[...]


Après ce qui vient d’être dit, je conclue que le Grand et Saint Concile, avec ces Eglises qui y participeront, devrait mentionner explicitement les Grand Conciles Œcuméniques dans son message. Le « mythe » non historique, non théologique et anti ecclésial selon lequel ce Concile est convoqué après 1.200 ans, ou qu’il est le premier concile après le schisme [catholique romain de 1054], doit cesser d’être répandu.
Avec beaucoup de respect, je prie et supplie les primats des Eglises orthodoxes, qui assisteront éventuellement [au Concile], en particulier Sa sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée, qui a œuvré pour amener les choses à ce point, de mentionner explicitement, que ce concile est une continuation des conciles de Photios le Grand, de saint Grégoire Palamas, de saint Marc d'Ephèse, des Grands Patriarches d'Orient, de leurs prédécesseurs, dont certains ont été martyrisés pour Dieu et l'Église. Sinon, il y aura une raison supplémentaire pour que ce concile soit discrédité aux yeux de l’Eglise comme étant contre Photios, contre [Saint Grégoire] Palamas, contre Marc [Eugénikos, (Saint Marc d’Ephèse)], et considéré comme un concile antiphilocalique!
Je pense que pendant les sessions du saint et grand concile, il y aura des membres de ce concile qui seront conscients de la voix des prophètes, des apôtres et des Pères, du sang des martyrs de la foi, des larmes et des luttes des ascètes, de la sueur des missionnaires, des prières des "pauvres en Christ", des attentes du peuple pieux. Ceux qui ne sont pas conscients de cela, ou qui ne le comprennent pas, seront pitoyables.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 5 juin 2016

RAPPEL: Une lecture utile à l'approche du Concile orthodoxe

 



 Jean-Claude Larchet, « L’Église, corps du Christ », volume 2, « Le relations entre les Églises »
Après un premier tome consacré à la nature et à la structure de l’Église selon la conception orthodoxe, l’auteur, dans ce deuxième tome étudie, dans leurs aspects problématiques, les rela­tions des Églises orthodoxes locales entre elles et avec les autres confessions chrétiennes.
Sont d’abord examinées la question, aujourd’hui très dé­bat­­­tue dans le cadre du dialogue œcuménique, de la pri­mauté du siège de Rome (p. 9-86), et celle, faisant l’objet d’un vif débat interne parmi les Églises locales orthodoxes, de la nature de la primauté du siège de Constantinople et de l’étendue de ses attributions (p. 87-117).
Sont ensuite étudiés les problèmes posés par l’organisation ecclésiale de la diaspora orthodoxe au XXe siècle ; à travers cette étude sont abordés certains aspects problématiques de la po­li­tique actuelle du patriarcat de Constantinople et du patriar­cat de Moscou (p. 119-144).
Sont enfin analysées les relations de l’Église orthodoxe avec les autres confessions chrétiennes. L’auteur évoque tout d’abord les relations avec les Églises orientales séparées, nestorienne et non-chalcédoniennes, puis présente de manière détaillée ce qui distingue l’Église orthodoxe de l’Église catholique-romaine d’une part et des confessions issues de la Réforme d’autre part (p. 150-168). Après avoir présenté les conditions d’une éventuelle réunion, il développe une réflexion sur la nature, le contenu et la forme du mouvement œcuménique (p. 168-184). Un long chapitre propose enfin une analyse historique et ecclésiologique des divers modes de réception des non-orthodoxes au sein de l’Église orthodoxe en relation avec une réflexion sur la nature et la validité des sacrements reçus en dehors de l’Église orthodoxe (p. 184-227).

Dans la suite du précédent, ce volume permet de mieux comprendre la conception orthodoxe de l’Église. Dégageant clairement les points de divergences entre l’Église orthodoxe et les autres confessions chrétiennes comme aussi entre certaines Églises orthodoxes locales, il permet à chacun de mieux se situer et constitue aussi un apport important non seulement au dialogue interchrétien mais au dialogue interorthodoxe dans une période où les tensions sont nombreuses et à l’approche d’un concile panorthodoxe qui s’annonce difficile.
 
Source : éditeur.

vendredi 20 mai 2016

Sur orthodoxie.com




Réflexions de l’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) au sujet du Concile panorthodoxe

Réflexions de l’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) au sujet du Concile panorthodoxe


*
« Le Christ est ressuscité !
J’adresse mes salutations à tous dans la joie de la Résurrection, tout en réfléchissant sur le saint et grand Concile durant les jours de la plus joyeuse des fêtes chrétiennes, qui emplit tout de sens universel. Il s’agit du message évangélique du salut de tous et de tout en Christ, qui contient en lui de façon concise l’annonce de l’unité conciliaire de l’Église. En même temps, au moment de la session en Assemblée de la hiérarchie de notre Église locale, je pense qu’il faut, par principe, que nous nous réjouissions tous du futur Concile panorthodoxe. On peut parfois lire et entendre dans les média – et aussi de la bouche des pasteurs et des théologiens de l’Église – que la tradition et la pratique de la convocation des Conciles dans l’Église orthodoxe, ou bien encore en Orient, est interrompue déjà depuis longtemps et que douze siècles se sont passés sans que nous ayons de conciles généraux (!). Historiquement, cela est inexact ! Notre Église est par nature conciliaire (catholique, universelle, englobant tout). Sa conciliarité (catholicité) ontologique, se manifeste historiquement en tant que synodalité, elle s’exprime précisément par les conciles. Avant tout, chacune de nos assemblées lors de la Liturgie est une Assemblée de toute l’Église « en un seul lieu », et sa réunion en un seul corps, en un Esprit divin (ἐπὶ τὸ αὐτό). Chaque Église locale (évêché, diocèse) est une Église dans sa plénitude, qui est en communion avec toutes les autres Églises de Dieu dans le monde. Il en résulte que sans communion conciliaire, l’unité de l’Église, en général, n’existe pas, pas même un instant. Les conciles locaux ou régionaux sont convoqués lorsqu’il en existe le besoin. Notre Église locale, en règle générale, tient un concile au moins une fois par an, et si nécessaire plus souvent. D’autres Églises locales tiennent aussi des conciles – les unes plus souvent, et les autres plus rarement. Qui plus est, lorsque des circonstances historiques importantes l’exigent, c’est-à-dire non à des intervalles réguliers, des grands conciles, exceptionnels, dans la Grâce, de toutes les Églises de Dieu dans le monde, sont convoqués. Ce sont les conciles généraux de l’Église qui s’appellent habituellement Conciles œcuméniques. Par conséquent, il n’est pas exact d’affirmer que dans l’Église orthodoxe, durant de longs siècles, il n’y a pas eu de conciles. Il est seulement exact qu’à l’époque plus récente, durant les siècles plus récents, nous n’avons pas eu de conciles panorthodoxes ou généraux. Cela peut se comprendre dans le contexte des événements historiques. Dans les temps plus anciens, seule la Russie était un pays orthodoxe libre, tandis que dans tous les autres, nous nous trouvions sous un asservissement qui a duré pendant des siècles. Sans les conditions de liberté et de paix, et sans bons moyens de communication entre les chrétiens orthodoxes dispersés dans « l’univers », dans le monde, il n’était pas possible de convoquer des grands conciles. À l’époque plus récente, alors qu’avaient déjà commencé les préparatifs pour un tel concile, au début du XXème siècle, la réunion au monastère athonite de Vatopédi [en 1930 ndt], a été particulièrement importante. À celle-ci, outre les représentants des autres Églises orthodoxes, les évêques de l’Église orthodoxe serbe ont prit une participation active, et le rôle du saint évêque Nicolas y a été immense. Plus tard, les plans pour que le nouveau concile général se tienne à Niš, à l’occasion du 1600ème anniversaire du premier concile œcuménique, ou à Jérusalem ou encore ailleurs, sont « tombés à l’eau », et la convocation du concile a été reportée sine die, principalement en raison des conditions prévalant dans l’Église russe à l’époque soviétique et, plus tard, en raison de conditions similaires dans la majorité des Églises locales, au temps des communistes et de leur pouvoir. Maintenant est venu le moment auquel l’Église peut organiser son concile, bien que les conditions, aujourd’hui aussi, ne soient pas idéales. Il n’y a pas, à vrai dire, de terreur politique et de persécutions grossières dans la majorité des pays orthodoxes, mais dans certains de ceux-ci il existe néanmoins des difficultés dans la vie de l’Église en raison des affrontements armés et, au Moyen Orient, des persécutions par des musulmans fanatiques. C’est la raison pour laquelle le Concile n’a pu être tenu à Constantinople, comme cela avait été prévu au départ. Nous sommes témoins que, sur la base des nouvelles médiatiques, il y a encore des actes terroristes à Ankara et à Constantinople. Les difficultés et les souffrances sont énormes en Syrie, en Irak, dans tout le Moyen Orient, où il y a aujourd’hui également beaucoup de chrétiens orthodoxes, mais aussi des chrétiens séparés de l’Église orthodoxe, qui lui sont toutefois proches et apparentés spirituellement. Les circonstances idéales, au demeurant, n’existent pas et nous ne pouvons les attendre. Mais les besoins et les défis existent et, pour cette raison, il a été décidé d’accélérer les préparatifs. Personnellement, s’il n’est pas immodeste de ma part que je le dise, je considère ce qui suit : si les préparatifs avaient duré deux ou trois ans de plus, le futur Concile serait plus réussi. Je le dis avec une certaine dose de hardiesse, peut-être non justifiée, car je participe depuis longtemps déjà au préparatifs conciliaires au nom de notre Église, avec le métropolite du Monténégro et du Littéral Mgr Amphiloque, et ce non pas comme un observateur qui suit tout ce qui se passe, mais de façon active, de l’intérieur. C’est ainsi que je considère que nous aurions pu avoir alors quelques thèmes importants à l’ordre du jour encore, tout d’abord la question de l’autocéphalie. Il en est de même pour la préparation des textes qui seront traités et soumis à la discussion au Concile et au sujet desquels des décisions seront prises. Cette préparation aurait pu être plus réussie parce certains des textes sont anciens de plusieurs décennies et la période préparatoire n’était pas suffisante pour qu’ils soient revus plus sérieusement et approfondis en fonction des défis spirituels actuels. Nous devons croire que notre manque tout humain de préparation, ou notre préparation insuffisante, ou encore nos désaccords sur certaines questions (il y en a), voire même les relations perturbées entre certaines Églises autocéphales, ne seront pas déterminants, mais que l’Esprit Saint élèvera tout cela depuis les espaces terrestres jusqu’à la cime des espaces célestes. Il édifie le Corps de l’Église et peut, par Son amour étendu et qui englobe tout, l’amour qui est du Père, et qui nous est accordé par le Fils et que nous vivons justement dans l’Esprit Saint, tout vivifier, transfigurer, manifester comme une fidèle icône du royaume de Dieu, malgré tout ce qui est humain et imparfait. Car le Concile est avant tout la Pentecôte, l’Esprit Saint avec nous. Sa force triomphera malgré toutes nos faiblesses et nos défauts. C’est la condition sine qua non préconciliaire, conciliaire et postconciliaire. Au demeurant, les Conciles sont convoqués dans ce but à travers toute l’histoire de l’Église. Ce ne sont pas des conférences ou des symposiums, mais des conciles qui résolvent les questions vitales de la vie de l’Église, en premier lieu, celles qui concernent l’unité de l’Église, à savoir une communion pleine et sans obstacle entre les Églises. C’est pourquoi je crois que la future réunion de toutes les Églises orthodoxes « ensemble et dans l’unanimité » témoignera l’unité entre nous. J’espère qu’elle présentera en outre un témoignage qui peut, à mon sens, être utile également aux chrétiens qui appartiennent à l’Église catholique-romaine, de même qu’aux chrétiens qui appartiennent aux communautés de la Réforme, aux Églises protestantes. En quoi vois-je cela ? De premier abord, il s’avérera que l’unité de l’Église est possible et réelle sans les excès et l’unilatéralité de la doctrine de la primauté de l’évêque de Rome sous la forme qu’elle a développée durant le deuxième millénaire de l’histoire chrétienne, c’est-à-dire sans l’absolutisation du primat romain, sans interprétation de la primauté d’honneur comme une primauté de pouvoir. Donc, que l’on ne peut justifier la nécessité de l’unité par une hypertrophie malsaine de la primauté. Car celle-ci a existé également durant les premiers siècles, mais elle était alors fondée sur l’amour, le service et le sacrifice. De même, les communautés issues de la Réforme, en rejetant le modèle d’unité romain, ont perdu l’unité entre elles, et, en même temps, l’unité avec l’Orient orthodoxe et l’Occident catholique. Il se peut que notre saint et grand Concile soit un témoignage utile, à eux, à tous, voire à nous-mêmes – un témoignage de l’unité de l’Église, et l’indicateur d’un équilibre indispensable entre primauté et conciliarité, primauté conçue comme sacrifice et comme service à l’unité de l’Église, et acceptation conciliaire et dans la Grâce de cette unité par les autres Églises. Peut-être serons-nous en mesure de montrer ce qu’est l’équilibre divino-humain, selon le Saint-Esprit et selon la sainte Trinité, dans l’existence et la vie de l’Église, un bon modèle de l’unité, qui est recherché parmi les Églises, bien qu’il ait été donné en fait à l’Église dès les temps apostoliques et a existé jusqu’au grand schisme entre Orient et Occident à la fin du premier millénaire. Or, l’Église orthodoxe le garde fidèlement aujourd’hui également. Tous les textes dans le présent volume, malgré leurs imperfections, sont précisément une tentative de présenter de tels efforts, et le recueil même est le fruit du souhait et du travail communs de tous les contributeurs qui ont participé à sa publication afin de témoigner ce qui nous a été donné dès le début et à jamais, la véritable catholicité et l’unité établie par Dieu de l’Église du Christ. Nous offrons les fruits de cette œuvre modeste à l’amour de toute la plénitude chrétienne de notre Église locale, ainsi qu’à tous les gens de bonne volonté. À Novi Sad, le 3/16 mai 2016 ».

mercredi 6 avril 2016

Le métropolite de Gori et Ateni André clarifie la position de l’Église orthodoxe de Géorgie à l’égard du Concile panorthodoxe

-->
Résultat de recherche d'images pour "icône du christ de roublev"

La position de l’Église orthodoxe de Géorgie à l’égard du futur Concile panorthodoxe et particulièrement du projet de texte concernant « les relations avec l’ensemble du monde chrétien » ont fait l’objet d’informations contradictoires, qui ont été publiées ici et .
Le métropolite de Gori et d’Ateni André a clarifié, dans une lettre datée du 27 mars 2016 et publiée le 1er avril sur le site grec Amen.gr, la position de l’Église orthodoxe de Géorgie, et ce à la suite d’un article du grand protopresbytre Georges Tsetsis (Patriarcat œcuménique) publié par le même site :
« Le 3 mars 2016, l’agence d’information grecque « AMEN.gr » a publié un article du grand protopresbytre Georges Tsetsis sous le titre « Un fait ou une provocation – la décision de l’Église de Géorgie ». Puisque je suis l’un des représentants géorgiens « pointilleux » [à la Synaxe des Primats 21-28.1.2016, ndt], je me considère obligé de procéder aux commentaires ci-dessous.
Pour commencer, je souhaite mentionner que la Représentation de l’Église de Géorgie s’est rendue à toutes les réunions préconciliaires et y a pris part dans un esprit de fraternité, d’unité et de coopération avec toutes les Églises-sœurs, dans un esprit de soutien au Patriarcat œcuménique, qui a travaillé plus que tous et a porté la charge principale de l’œuvre de préparation du Saint et Grand Concile. Passons maintenant à l’article. Dès le début, le père Georges déclare que les représentants géorgiens « les ont harcelé » à la Vème Consultation préconciliaire afin d’obtenir l’inclusion dans le texte « Relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien » d’un nombre non négligeable de nos positions. Pour donner une image plus claire, il convient d’abord de décrire le climat dans lequel se sont déroulés les travaux de la Commission spéciale inter-orthodoxe, qui a été convoquée en 2014 sur la décision des Primats orthodoxes. Le rédacteur de l’article en question se réfère précisément à cette question, lorsqu’il dit : « Il est vrai que le comportement opiniâtre et pointilleux des frères géorgiens lors des Conférences et des Commissions inter-orthodoxes exaspère et crée des impasses ».
1. C’est un fait connu qu’il a été donné mandat à la commission en question de revoir les textes de 1982 et 1986 et de les soumettre à la Vème réunion préconciliaire pour validation. Concrètement, il s’agissait de la révision des textes : « L’Église orthodoxe et le Mouvement œcuménique », « Les relations de l’Église orthodoxe envers l’ensemble du monde chrétien » et « La contribution de l’Église orthodoxe à la réalisation de la paix, de la justice, de la liberté, de la fraternité et de l’amour entre les peuples et à la suppression des discriminations raciales et autres» et de l’étude si nécessaire des textes : « Le problème du calendrier commun », « Les empêchements au mariage » et « L’importance du jeûne et son observation aujourd’hui ». Malgré la clarté du mandat, S.E. le Président, lors des réunions de la Commission spéciale à Chambésy, sur le motif que les textes sous révision avaient été adoptés par des organismes supérieurs à la Commission (c’est-à-dire par des Réunions panorthodoxes pré-concilaires ayant siégé au cours de différentes années) n’a pas permis aux Représentants des Églises de procéder à « des changements essentiels », chose avec laquelle nous ne pouvions être d’accord, car la Commission spéciale disposait de cette compétence. L’attitude susmentionnée du Président, à l’égard de tous les textes, n’a pas changé, malgré les réactions fortes des Représentants des différentes Églises. Toutefois, cette interdiction, pour des raisons inconnues, n’était pas valable pour les changements que le Président lui-même a proposés ou sur lesquels il était d’accord. C’est ainsi que furent fusionnés deux textes, que les paragraphes concernant l’évaluation des dialogues menés avec les différentes confessions ont été enlevés, et d’autres points importants encore ont été modifiés. Par conséquent, il ne restait rien d’autre à faire pour notre représentation, si ce n’était d’attendre la Vème Réunion préconciliaire, afin d’obtenir les changements que nous sollicitions. La seule exception était constituée par les textes : « La question du calendrier commun » et « Les empêchements au mariage », au sujet desquels la majorité absolue des Églises a déclaré sa position négative. Quant à l’Église de Géorgie, elle a refusé de les signer. Il nous a été répondu à cela par la Présidence que, puisque ces textes avaient déjà été entérinés par la IIIème Réunion préconciliaire en 1982, ils seraient renvoyés directement au Grand Concile sous leur forme initiale. L’Église de Géorgie était catégoriquement en désaccord avec cela et, par des lettres officielles, a demandé au Patriarcat œcuménique ou bien que ces deux sujets soient supprimés de la liste des thèmes du Saint et Grand Concile, ou bien qu’ils soient discutés davantage. Nous avons ainsi obtenu qu’à la Synaxe des Primats de 2016, le texte « Question du calendrier commun » soit supprimé de la liste des thèmes, tandis que le texte « Empêchements au mariage » serait soumis à une révision. En ce qui concerne ce dernier sujet, certaines autres Églises-sœurs avaient une position semblable à la nôtre.
2. Après la fin des travaux de la Commission spéciale inter-orthodoxe, l’Église de Géorgie, après avoir été informée par ses représentants des résultats de ladite Commission, a envoyé, de la part du Catholicos-Patriarche de Géorgie, une lettre à Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique, dans laquelle, entre autres, ont été exprimées les réflexions et observations ci-dessous sur les textes renvoyés à la Vème Réunion pré-concilaire pour y être revus et validés :
a) « Les textes préparés pour le Saint et Grand Concile doivent souligner clairement et incontestablement que l’Église orthodoxe est la seule Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, dans laquelle existent la succession apostolique, le véritable Baptême, la Divine Eucharistie et les autres Mystères de la Foi chrétienne ».
b) « Qu’il soit déclaré de la façon la plus nette que, selon sa nature ontologique, il est impossible que l’unité de l’Église soit rompue. Pour cette raison, l’Église orthodoxe mène toujours un dialogue avec les différentes Confessions, dans le but de leur retour au sein de l’Église ».
c) Le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers l’ensemble du monde chrétien », doit comporter l’évaluation des dialogues bilatéraux menés jusqu’à aujourd’hui avec les différentes Confessions chrétiennes, car c’est précisément à la compétence du Grand et Saint Concile qu’appartient la détermination de la stratégie de leur continuation ».
d) « Nous considérons inacceptable la soumission au Grand Concile, sous leur forme actuelle, des textes « Le problème du calendrier commun » et « les empêchements au mariage », car ceux-ci viennent en opposition à la Tradition canonique de l’Église orthodoxe ».
Il était également dit dans la Lettre que les textes qui ont déjà passé tous les stades de la préparation, doivent être publiés, afin de donner suffisamment de temps au plérôme de l’Église pour les étudier et exprimer son point de vue.
3. C’est en ayant de telles directives et dans une disposition constructive pour les travaux, que nous, représentants de l’Église de Géorgie, sommes allés à la Vème Réunion préconciliaire. Cependant, des surprises nous y ont attendu. Lorsque les travaux ont commencé, S.E. le Président a déclaré que, à son avis, la Réunion ne disposait pas de la compétence pour introduire des modifications dans les textes des Réunion préconciliaires de 1982 et de 1986, mais seulement pour apporter des modifications aux modifications (sic) que nous avions nous-mêmes apportées dans le cadre de la Commission spéciale inter-orthodoxe !
Lorsque nous en sommes arrivés à étudier le texte « Relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien », il a été enlevé aux représentants des très saintes Églises d’Antioche et de Géorgie le droit qui leur était assuré par le Règlement d’exprimer leurs vues, au motif que nous n’avions pas soumis de propositions écrites au sujet des changements souhaités aux textes. La participation paritaire des représentants des Églises d’Antioche et de Géorgie aux travaux des réunions a été mise aux voix de l’assemblée plénière de la Conférence. Nous nous sommes sentis très froissés. Finalement, ce droit nous a été « donné », mais nous ne pûmes toutefois l’exercer pour la révision du texte entier. Si notre position est appelée « comportement opiniâtre et pointilleux », comment appeler alors l’action du Président de la Commission spéciale qui, pendant sept heures ( !), s’est efforcé de « convaincre » les représentants des Églises au sujet d’un seul paragraphe afin qu’ils l’adoptent tel que celui-ci le voulait.
4. En vue de la session prévue de la Commission inter-orthodoxe pour la rédaction du règlement des travaux du Concile (Athènes, 15-19 décembre 2015), le chef du Département des Relations extérieurs de l’Église de Géorgie, le métropolite Gérasime, décrivant les événements affligeants qui se sont produits lors de la Vème Conférence préconciliaire, a écrit au Patriarcat œcuménique : « Malgré cela, les représentants de notre Église, mus par un esprit de coopération, ont signé la plupart des documents. Toutefois, l’Église de Géorgie n’a pas encore pris de décision conciliaire sur les textes figurant à l’ordre du jour du Saint et Grand Concile, car nous attendons qu’ils prennent leur forme finale. Peut-être, les autres Églises se trouvent dans la même situation. Pour cette raison, le Règlement du fonctionnement et de conduite des travaux du Saint et Grand Concile doit absolument prévoir la possibilité d’examen et de ratification des textes paragraphe par paragraphe.
Le métropolite, exprimant la position de notre Église au sujet du caractère obligatoire des décisions du futur Concile a souligné dans sa lettre encore une fois la nécessité de la publication des documents adoptés et a dit en outre que : « Pour le caractère obligatoire de leurs décisions, il était nécessaire, même pour les Conciles Œcuméniques, d’être en accord complet avec l’enseignement des saints Pères et d’être reçus par le Plérôme de l’Église ».
5. À la fin de son article, le père Georges Tsetsis déclare que l’Église de Géorgie « est captive des cercles fondamentalistes » et appelle les Églises qui « exercent quelque influence sur l’espace de l’Europe orientale (et que suivaient à la trace les frères géorgiens pendant toute la durée de la préparation du Grand Concile) » de l’influencer afin qu’elle change sa position.
Il est naturel qu’un prêtre d’âge avancé, qui a consacré la majeure partie de sa vie à la préparation du Saint et Grand Concile et aux dialogues, se sente importuné. De même que d’autres qui ont y ont excessivement travaillé. Pour cette raison, nous nous efforcerons de faire face aux accusations avec patience et les faire contrer par des faits.
En tout premier lieu, disons que nos critères sont théologiques. Nous ne trouvons pas « sous la captivité des cercles fondamentalistes », pas plus que certaines Églises n’exercent d’influences sur la nôtre. Aussi, c’est pour des raisons dogmatiques que notre Patriarche n’a pas signé le texte sur « Le Mystère du mariage et ses empêchements ». Comme on le sait le texte n’a pas non plus été signé par la représentation d’Antioche. Il convient de mentionner ici que le texte sur l’ « Empêchement au mariage » (tout commecelui sur la « Question du calendrier commun ») a été rejeté par le Saint-Synode de l’Église de Géorgie le 8 octobre 1998 déjà. Lors de la Synaxe des Primats à Genève (21-28 janvier 2016), nous avons signé le texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain», rejeté par nous lors de la Vème Conférence préconciliaire, pour la seule raison que les remarques dogmatiques que nous avions proposées avaient été prises en considération (la même chose a été faite par l’Église de Russie, qui avait ses propres propositions). Lors de la dernière Assemblée des évêques de l’Église de Géorgie, pendant laquelle ont été discutés les textes de l’ordre du jour du Saint et Grand Concile, le texte « Relations de l’Eglise orthodoxe envers l’ensemble du monde chrétien » a été l’objet d’une critique sévère unanime. Rappelons que lors de la dernière rencontre à Chambésy, le patriarche de Géorgie a dit très clairement dans son discours que « les décisions que nous avons prises aujourd’hui ici seront soumises au jugement de l’Assemblée de notre hiérarchie ».
Non seulement l’Église de Géorgie, mais celles aussi de Russie, de Chypre et de Grèce, comme on le sait, après la dernière Synaxe des Primats, on mis en discussion et pour évaluation les textes proposés pour le Grand Concile.
6. Nous avons publié la décision de notre Saint-Synode en géorgien et sa diffusion plus large n’est pas de notre responsabilité.
7. Le père Georges exprime son fort désagrément au sujet de la prise de décisions sur le principe de l’unanimité. Or, ce principe est en vigueur depuis des décennies au stade préparatoire du Grand Concile, et les Primats, par leur décision de 2014, l’ont étendu au Concile lui-même. Leur décision est-elle mise en question ?
8. L’adhésion de l’Église de Géorgie au COE, auquel participaient alors toutes les Églises orthodoxes, constituait à cette époque quasiment la seule opportunité pour l’Église, qui se trouvait derrière le rideau de fer, de communiquer avec les Églises orthodoxes-sœurs et le monde extérieur. C’est un fait que le présent patriarche Élie II, a été élu en 1979, pour cinq ans, président du COE. Comme on le sait, cet organisme a huit Présidents, tandis que le rôle décisif dans sa direction et ses orientations est joué par le Secrétaire Général.
Pour ce qui concerne la sortie de l’Église de Géorgie du COE, dans le même passage de la lettre du patriarche Élie II, auquel se réfère le père Georges, la raison dogmatique ressort clairement: « Étant donné que souvent les intérêts des Orthodoxes ne sont pas pris en compte, et puisque dernièrement il a été observé une tendance à attribuer à cela une sorte de caractère ecclésiologique, l’Église orthodoxe de Géorgie a considéré opportun de quitter le COE ».
9. Dans ce monde, les problèmes ne manqueront pas pour l’Église du Christ. Aujourd’hui également, il y a des Églises-sœurs qui vivent dans un environnement hostile. Par la Grâce de Dieu, cependant, dans l’histoire de la Géorgie actuelle, il n’y a pas de siège autour de la Maison Patriarcale par des dissidents armés [contrairement à ce qui est affirmé dans la lettre du protopresbytre Georges, ndt]. Une telle information ne peut être qualifiée autrement que comme fallacieuse. Ce n’est pas le cas, car le Catholicos Patriarche Élie II dispose de l’amour et d’une considération illimitée et générale.
10. Pour ce qui concerne l’aide humanitaire qu’a reçue la Géorgie au moyen du COE, nous sommes particulièrement reconnaissants à Sa Toute-Sainteté le Patriarche Bartholomée personnellement, qui se distingue par sa sagesse et sa charité, et à tous ceux des hommes qui ont assisté le peuple géorgien en ces années très difficiles. Ce rappel du soutien accordé est cependant déplacé et nous demandons à notre tour : depuis quand y aurait-il lieu de sacrifier les principes moraux à l’aide matérielle ?
11. On peut être attristé par le fait que le respectable protopresbytre parle du danger de « torpillage » du Concile par l’Église de Géorgie, et ne mentionne pas le fait que, précisément pour ne pas empêcher le Concile, l’Église [de Géorgie], dans une initiative de bonne volonté, a déclaré lors de la dernière Synaxe à Genève, qu’elle accepte le retrait de l’agenda du Grand Concile du sujet, d’importance majeure pour nous, des Diptyques, et le report des discussions à leur sujet dans un temps ultérieur au Concile, ce pour quoi elle a reçu des critiques.
12. Il est temps, dit le père Georges, que cesse le refrain selon lequel l’Église de Géorgie serait la seule qui défend vigoureusement la Foi orthodoxe. S’il existe réellement un tel refrain, nous serons les premiers à demander qu’il cesse.
* * *
Au moment où ces lignes sont écrites, l’Église de Géorgie se prépare pour la Crète, afin de prendre part au Saint et Grand Concile, et il est absolument normal qu’un examen en profondeur des textes ait lieu, que les remarques justifiées des théologiens orthodoxes et du troupeau ami de Dieu soient prises en considération. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé la publication, en temps opportun, des textes, ainsi que la participation au Saint et Grand Concile de clercs, moines et théologiens orthodoxes avec droit à la parole.
Nous croyons fermement que toutes les imperfections existantes seront corrigées. Mus par l’Esprit Saint, les participants au Saint et Grand Concile, exprimant la voix unanime de tous les membres de l’Église catholique, confesseront encore une fois à haute voix les vérités éternelles, auxquelles l’Église est fidèle depuis le jour de sa fondation. Amen. Le métropolite de Gori et d’Ateni André »