"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 5 mars 2018

Une vision de la Toute Pure Mère de Dieu, et le repos en Christ du staretz Nektarios (Vitalis)


La Très Sainte Mère de Dieu, 
qui prie le Seigneur 
pour le salut du monde 
   
Récemment, le staretz Nectaire (Vitalis) (qui repose aujourd'hui en Christ, voir ci-dessous), vit une jeune femme prier avec ferveur devant l'Icône du Christ dans la chapelle de saint Nectaire, à Kamariza, Lavrio.

Deux heures passèrent, et la femme continuait à prier. Le staretz Nectaire, même s'il était fatigué, attendait que la femme vêtue de noir termine sa prière pour fermer l'église. Il s'est approché d'elle et lui a dit:

"Ma fille, je suis fatigué et j'attends pour fermer l'église."

Elle a répondu: "Je prie l'icône de mon fils pour la Grèce, car elle se trouvera dans une situation très difficile."
   

Staretz Nectaire [Vitalis] (source)
   
Aujourd'hui,  8 février 2018, le staretz Nectaire [Vitalis] repose près du Seigneur.

Il est à noter que le bienheureux staretz Nectaire était récemment confronté à de graves problèmes de santé, mais malgré cela, jour et nuit, il donnait sa bénédiction et ses conseils aux centaines de fidèles qui venaient le voir.

Quand en 1965 il subit un accident vasculaire cérébral, sa situation fut désastreuse, mais saint Nectaire le Thaumaturge [d'Egine] lui accorda la guérison.

Dès qu'il s'est rétabli, il a déménagé à Lavro.

Peu de temps après, il vit de nouveau saint Nectaire dans son sommeil, qui lui demanda de construire sa «maison» à Kamariza, Lavro [lieu de pèlerinage célèbre du saint, où de nombreux miracles ont eu lieu], et qui l'informa qu'il l'aiderait.

En 1980, le saint staretz eut une conversation étonnante avec saint Nectaire, et pendant celle-ci, il fut guéri d'une maladie incurable...

Quelques jours plus tard, le directeur général de l'hôpital d'oncologie "St. Savas" l'informa de façon étonnante que son cancer avait disparu. A Kamariza, les cloches sonnèrent joyeusement à la joyeuse nouvelle du miracle.
   

Staretz Nektarios [Vitalis]
   
Un court éloge écrit par M. Manolis Melinos, qui a écrit plusieurs livres sur saint Nectaire, sa vie et ses miracles, et surtout a connu le staretz Nectaire:
   
STARETZ NECTAIRE
Le doux, le simple, le Père,
Le frère, le prochain,
Le consolateur, l'humble,
L'enfant parmi les enfants, le grand parmi les grands, 
Le staretz parmi les startsy, en d'autres termes, le staretz-enfant, repose en Christ aujourd'hui, 8 février 2018 à l'âge de 88 ans. 
Maintenant il est intercesseur pour nous au céleste Autel, avec saint Nectaire, auprès du Christ, le Grand Souverain Sacrificateur, qu'il n'a jamais abandonné!
Vous tous connaissez ma relation spirituelle avec lui depuis 33 ans, et je suis profondément reconnaissant à Dieu qui m'a rendu digne d'être près de lui et d'écrire sa biographie...
Maintenant, humainement, notre grande famille spirituelle est en deuil avec ma famille biologique, et je supplie Dieu, moi qui suis indigne,  de le rendre digne de continuer à prier en notre nom. 
Au moment opportun, je reviendrai pour écrire plus en détail, mais je suis obligé au moins d'écrire ceci.
Manolis Melinos,
orphelin d'un "père"
source)
   

Portrait du staretzNectaire [Vitalis] 
   
Que sa mémoire soit éternelle! 
Puisse-t-il avoir un paradis béni 
et puissions-nous avoir sa bénédiction!
  
Par les prières de nos saints Pères, 
Seigneur Jésus Christ notre Dieu, 
aie pitié de nous et sauve-nous! 
Amen!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 4 mars 2018

Archimandrite Kirill [Pavlov]: La douce Lumière de l'authenticité (8 et fin)




Mais tout de même, il est avec nous. Et nous sommes dans son bon coeur. Beaucoup, je sais, ne sont réchauffés que par la pensée qu'il y a une cellule à Peredelkino, qu'il y a ce lit de métal spécialement adapté pour les alités, qu'il y a ces matelas spéciaux qui procurent un confort relatif... Il existe et prie, se souvenant de nous, notre cher et gentil Kirill. 
Quand dans cette première année horrible après l'AVC il était en train de mourir comme plusieurs fois auparavant et qu'on parlait de trachéotomie, on nous proposa de l'emmener en Allemagne, pour un mieux, comme on le croyait, selon médecins et médecine. Sa Sainteté le Patriarche était prêt à aider. 
A sa demande, le père supérieur de la Laure vint à l'hôpital pour soulever la question de l'Allemagne. Seulement cette fois, le Père Kirill n'obéit pas. À peine vivant, épuisé par une pneumonie et des spasmes bronchiques torturants, il déclara tranquillement: "Je n'irai nulle part." 
Les médecins en Russie nous ont alors sauvés et nous ont sauvés bien d'autres fois avec l'aide de Dieu durant ces années. Si nous devions compter les noms de tous les travailleurs médicaux qui ont participé au traitement de Batiouchka, nous aurions une liste sérieuse, depuis les chercheurs et des chefs de département jusqu'aux simples infirmières et aux techniciens de laboratoire. Nous nous inclinons devant chacun d'eux, car ils l'ont aidé à vivre si longtemps.
·      * *
Les autres qui le connaissaient recueilliront des informations sur la vie de Père Kirill, mais pour l'instant nous conservons simplement dans nos coeurs le sentiment de gratitude pour cette lumière humble et douce de l'authenticité chrétienne qui rayonnait sur nous par la vie, le labeur ascétique (podvig) et le visage même de cet homme. 
Le chrétien n'accepte pas la perte humaine seulement comme une perte, et il n'y a aucune place dans son âme pour la peur ou la panique des animaux. C'est terrible de perdre le fil de la connexion spirituelle qui nous unit à ceux que nous aimons et qui ont donné leur vie pour nos âmes. Mais c'est à nous de décider si nous le perdons ou non.
* * *
Tu roules dans le tram ou le métro. Des gens partout, les foules habituelles de Moscou, de l'agitation... Mais dans ton sac à dos il y a un petit livre, le livre préféré de ton père spirituel, dont il ne s'est jamais séparé et qu'il savait presque par cœur. C'est ce qu'on appelle le Nouveau Testament. 
Tu l'ouvres à n'importe quelle page... "Nous qui sommes forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas, et ne pas nous complaire en nous-mêmes." ( Romains 15:1)  Et tu vois devant toi le visage de cet homme, dans l'âme duquel ton chagrin s'est noyé comme dans la mer. Et tu comprends que rien ne peut jamais cesser complètement tant qu'il y a une telle Parole parmi ceux qui vivent sur terre. Gloire à Dieu pour tout!... Comment pourrait-il en être autrement?

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après
Pravoslavie.ru

Funérailles de Père Kirill




Jean-Claude LARCHET: Recension/ Jean Boboc, « Le transhumanisme décrypté » – Dominique de Gramont, «Le christianisme est un transhumanisme »





Père Jean Boboc, Le transhumanisme décrypté. Métamorphose du bateau de Thésée, Apopsix, Paris, 2017, 463 p. ; Dominique de Gramont, Le christianisme est un transhumanisme, Paris, Éditions du Cerf, 2017, 365 p.

Le transhumanisme est à la mode et a donné lieu ces derniers temps à de nombreuses publications. Ses partisans bénéficient d’importants moyens médiatiques pour en faire la promotion, car le mouvement est intimement lié aux grandes entreprises mondiales du numérique (en particulier Google). La nouvelle idéologie, qui prend souvent la forme d’une pseudo-religion, suscite l’adhésion d’une population en quête d’amélioration et d’ « augmentation » (enhancement, comme on dit en anglais) de ses capacités physiques, psychiques et intellectuelles, et surtout en quête d’immortalité. Elle se nourrit du culte du corps, du désir d’une éternelle jeunesse, et de la recherche de performances en tout genre, mais aussi de la peur des infirmités de la vieillesse et de la mort. Ses promoteurs ont pour la plupart en vue la constitution d’un homme nouveau, dépassant l’homme actuel, voire se substituant à lui (d’où le nom de transhumanisme), réalisé au moyen des techniques nouvelles, en particulier biologiques (génétiques) et numériques (informatiques). Cette idéologie a aussi des détracteurs qui craignent de voir apparaître un être déshumanisé, soumis à la programmation et donc à la domination de ses concepteurs et voué à diverses dérives. Les chrétiens de tout bord, qui considèrent que la nature humaine, créée et donc définie par Dieu, est intangible, qui acceptent qu’elle puisse, en certains de ses défauts hérités de la chute originelle, être réparée et améliorée dans certaines limites, mais ont en vue pour elle un développement spirituel sans commune mesure avec le développement matériel visé par le transhumanisme, sont parmi les premiers opposants à celui-ci.

Dans son livre Le transhumanisme décrypté, le père Jean Boboc, qui est à la fois médecin et théologien, se livre à une vigoureuse critique de la nouvelle idéologie.

Dans les quatre premières parties de l’ouvrage, il en analyse tous les aspects: ses sources, son histoire, ses formes, ses buts, ses dangers.

Dans la cinquième et dernière partie, il suggère des moyens de résistance et des alternatives fondées sur la théologie, l’anthropologie et la spiritualité chrétiennes.

L’ouvrage est très bien documenté et envisage pratiquement tous les aspects de la question, y compris des aspects annexe comme celui du genre (gender).

Il constitue une mise en garde non seulement utile mais nécessaire face aux dangers du transhumanisme et à toutes les dérives qui se profilent dans les déclarations et projets de ses promoteurs.

Il est nécessaire que les chrétiens orthodoxes, qui disposent d’une tradition anthropologique qui est consciente de la vraie nature de l’homme et de sa dignité, et qui est soucieuse de son respect, soient en première ligne pour la défendre face à une idéologie et des techniques qui veulent la transformer avec des intentions principalement mercantiles, pour informer les autres citoyens des risques encourus, et pour exiger des États de prendre des mesures destinées à empêcher les dérives prévisibles en posant, par la loi, des limites strictes à certaines pratiques.

Ce livre accomplit bien cette tâche, mais on peut lui reprocher un travers habituel de son auteur, qui se rencontrent aussi dans les diverses émissions et conférences qu’il a faites sur les questions de bioéthique: une vision noire, profondément pessimiste, qui dramatise excessivement la situation et nous place déjà dans une atmosphère apocalyptique.

Il faut savoir raison garder et faire une distinction entre les faits réels et probables d’une part et ce qui relève de l’imaginaire d’autre part. Les écrits transhumanistes ont une apparence scientifique, mais relèvent souvent en réalité de la science-fiction, et s’apparentent dans bien des cas à des délires. Le transhumanisme se nourrit pour une bonne part de fantasmes et de faux espoirs, et comporte une forte dose d’illusion. On voit très bien, dans la réalité concrète où nous vivons, comment la nature déchue de l’homme reste, malgré les immenses progrès réalisés par les sciences et les techniques au cours de ces dernières décennies, soumise à la maladie, à la vieillesse et à ses infirmité, à la souffrance, à la corruption et à la mort. Ces progrès, mais aussi un meilleur suivi médical, ont permis une élévation de la durée moyenne de vie, mais une grande partie de la population âgée vit dans des conditions très dégradées et peu enviables. Les immenses ressources financières et intellectuelles mises en œuvre par les sciences et les technologies modernes sont efficaces pour créer des prothèses sophistiquées et ralentir le processus d’évolution de certaines maladies, mais restent quasiment impuissantes face aux accidents cardiaques et neuro-vasculaires imprévisibles, et aux maladies chroniques les plus graves et les plus meurtrières: cancers, maladie de Parkinson, diabète, maladie d’Alzheimer et démences (plus de 10 millions de nouveaux cas par an), sclérose en plaques, etc. Certaines de ces maladies sont d’ailleurs en forte expansion, en relation avec l’augmentation d’une population âgée, parmi lesquelles les démences, dont le nombre de victimes, selon un récent rapport de l’OMS, devrait tripler au cours des trente prochaines années. À noter d’ailleurs qu’en France, aux États-Unis et dans d’autres pays, l’espérance de vie a commencé à baisser… À noter aussi que certaines recherches et techniques (notamment sur le clonage) qui, il y a quelques années, étaient présentées par les médias comme allant révolutionner l’avenir et suscitaient les craintes de certains commentateurs, sont aujourd’hui abandonnées comme étant dépourvues d’intérêt… Il est clair que le vieillissement ne peut être aboli par une simple modification des « gênes du vieillissement », car le processus de dégradation de la matière affecte tous les êtres de l’univers, étant lié aux conditions d’existence temporelle de ce monde, et que la mort, qui affecte tous les êtres vivants, est une barrière qui ne pourra jamais être franchie par des moyens matériels humains.

Ce qui est important, dans une perspective chrétienne, c’est de montrer que la souffrance, les diverses infirmités et la mort ne peuvent en ce monde être réellement surmontées que par des moyens spirituels, et par la grâce que le Christ – qui les a lui-même transcendées pour nous par ses souffrances, sa mort sur la Croix et sa résurrection – donne pour ce faire à ceux qui s’unissent à Lui par les sacrements et la vie spirituelle, et que la mort elle même ne pourra être surmontée que la par la résurrection dont le Christ nous a également acquis la grâce. À cet égard, les considérations que l’on trouve dans la dernière partie du livre du Père Jean Boboc et qui n’occupent qu’une petite place auraient mérité d’être plus largement développées, pour montrer de manière positive et convaincante en quoi le christianisme constitue la véritable – et la seule – alternative au transhumanisme.

Le livre de Dominique de Gramont, par son titre, Le christianisme est un transhumanisme, semble a priori voué à ce projet. Ce titre (qui est un détournement du titre d’un essai célèbre de Sartre) est formidablement bien trouvé (et il est bien dommage qu’il soit d’emblée gâché sur la couverture par une illustration blasphématoire du plus mauvais goût, y compris esthétique).

L’auteur est catholique (comme l’indique dès le début la phrase de « saint Jean Paul II » mise en exergue, et dans le texte ses références au « magistère » et à des auteurs quasiment tous catholiques), mais, nous dit la 4e de couverture, il a obtenu un master en théologie à l’Institut Saint-Serge, ce qui met le lecteur en attente de quelques références orthodoxes, et justifie que nous parlions ici de son livre.

Dans une première partie, après avoir présenté quelques critiques chrétiennes récentes du transhumanisme, l’auteur fait une bonne présentation de la nouvelle idéologie dans ses prémisses, son histoire, ses représentants majeurs et ses divers composantes, bien que son étude soit moins approfondie que celle du père Jean Boboc.

Dans une deuxième partie, il montre bien ses limites et son caractère antihumaniste, lequel se manifeste aussi dans divers concomitants philosophiques et sociologiques (bien que dans ces domaines il s’écarte parfois nettement de son sujet et se borne quasiment à présenter un catalogue des opinions de divers auteurs, sa critique se limitant souvent à des remarques ironiques).

La troisième partie aborde enfin « le christianisme comme antireligion transhumaniste ». Le titre est maladroit, mais le projet global est le bon: ce qui est important c’est de montrer comment le christianisme est le seul véritable transhumanisme. Mais malheureusement l’auteur ne dispose pas, pour ce faire, des bons outils: après une réflexion assez confuse dans ses thèmes et ses références, c’est la théorie obsolète et passablement décriée (y compris dans les milieux catholiques) de Teilhard de Chardin qu’il présente comme norme majeure et finale. On éprouve donc une grosse déception par rapport aux espoirs que suscitait le titre de l’ouvrage.

En fait, ce n’est que dans le cadre dogmatique et spirituel, propre à la spiritualité orthodoxe, de la déification de l’homme – où l’humanité, se développe, croît, s’améliore, s’accomplit et trouve sa perfection dans une union à Dieu qui la transforme véritablement, faisant de l’homme « un dieu selon la grâce » selon l’expression des Pères orientaux – que le transhumanisme chrétien peut se réaliser, et permettre à l’homme de dépasser spirituellement les limitations liées à la matière, à l’espace et au temps – qui sont les conditions d’existence de ce monde –, de vaincre la mort et de vivre éternellement. Comme je l’ai montré dans un colloque récent, le transhumanisme n’est qu’un ersatz pauvre, une perversion et une caricature matérialistes de la doctrine chrétienne orthodoxe de la déification. C’est en promouvant celle-ci que l’on pourra le mieux s’y opposer.

Jean-Claude Larchet

samedi 3 mars 2018

Archimandrite Kirill [Pavlov]: La douce Lumière de l'authenticité (7)





Je me souviens maintenant des années de ses confessions à Peredelkino. Nos couloirs avaient des boîtes de bonbons, des paquets de livres, et de petites icônes littéralement empilés jusqu'au au plafond, car donner des cadeaux aux visiteurs était obligatoire. 

Batiouchka était submergé de joie quand il y avait quelque chose à donner à une personne. Et les chocolats - ils étaient dispersés partout! Au-delà de ceux qui venaient directement à lui, balayeurs, jardiniers, plombiers, gardes, policiers, électriciens, employés de résidence, tout le monde recevait non seulement des chocolats mais des questions sur leur santé et leurs affaires quotidiennes... 

Cet enthousiasme joyeux avec lequel Batiouchka vous tendait un régal allait toujours droit à votre coeur. Et le père Kirill ne resta jamais dans la solitude même pendant ses brèves promenades du soir; quelqu'un "le rejoignait" sans faute pour une discussion. 

"Comment va Batiouchka?" Les policiers, les balayeurs et les plombiers me demandaient avec des larmes dans les yeux  quand je revenais brièvement de l'hôpital à Peredelkino. Même maintenant, les lettres sans réponse sont en souffrance. Maintenant nous écrivons simplement les noms des expéditeurs et les donnons à l'autel pour la commémoration, mais auparavant, Batiouchka s'occupait scrupuleusement de chacune de ces lettres. 

Au bout d'un mois, il devait répondre à deux cents lettres ou plus, et s'il n'était pas capable de remplir cette "norme mensuelle", les quantités augmentaient naturellement. Mais aujourd'hui, moi-même, je ne ressens jamais ce besoin aigu de son attention sensible et attentive à mon âme. Et je me sens très désolée pour les autres. Ils pourraient ne pas recevoir même de leur famille la plus proche, même une fraction de la chaleur et de l'attention que Batiouchka donnait dans ses lettres. 

Et voici ce qui est remarquable: Ceux qu'il a le plus aimés et le plus soutenus sont les pécheurs, ceux qui sont pauvres en esprit, qu'il considère comme lui-même. Père Kirill était simplement heureux de rencontrer de telles âmes.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après
* * *

vendredi 2 mars 2018

Conférence

Conférence organisée par la "Fraternité des médecins orthodoxes"
sur le thème des perturbateurs endocriniens et leurs effets néfastes sur la santé

Samedi, le 3 mars 2018
 

Chers amis,

Vivre bien, vivre sain(t)... est-il encore possible de nos jours? C'est la question qui se pose une équipe de médecins de notre Fraternité "Saint Luc de Crimée". Pour y répondre nous vous invitons à un/une débat/conférence. Cette conference vise à éclaircir les notions de perturbateurs endocriniens et leurs l'influence sur le fonctionnement de notre corps, ce corps qui n'est autre que le réceptacle du Saint Esprit, un "acteur" incontournable dans l’œuvre du salut.

Les perturbateurs endocriniens, c'est un véritable fléau silencieux que les scientifiques observent partout où ils posent leur regard. L'intelligence des enfants décline, tandis qu'augmentent les troubles comportementaux. En cause... la pollution, et pas n'importe quelle pollution: PCB, retardateurs de flamme, pesticides, plastiques, cosmétiques, médicaments etc. Ces substances qui nous entourent, déjà connues pour être impliquées dans la puberté précoce ou dans la baisse de la fertilité, sont aussi à l'origine d'un dérèglement de la thyroïde.
Nos invitées, Dr. Mihaela Nica et Dr. Anca Dobrin, nous introduiront dans cette vaste thématique et nous donneront des repères pour se protéger contre ces ennemis invisibles, samedi, le 3 mars à l'Eglise Roumaine Sainte Geneviève et Sainte Parachève, adresse 33, rue Saint Sulpice 75006, Paris.

Venez nombreux, le sujet est passionnant et nous concerne tous!!!
A très bientôt,
Fraternité des médecins orthodoxes "Saint Luc de Crimée"
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Archimandrite Kirill [Pavlov]: La douce Lumière de l'authenticité (6)



De la catégorie de ses vertus habituelles et de son autodiscipline monastique, je me souviens d'un incident où il avait entièrement le droit de prendre une décision de façon indépendante dans une situation ou une autre, mais où il a appelé la Laure pour demander la bénédiction du père supérieur. 

Un jour, quand le père supérieur était absent, le Père Kirill se rendit à l'église de Peredelkino pour demander la permission au recteur. Quand le recteur s'est avéré absent et qu'il ne pouvait recevoir ni réponse positive ni négative, le Père Kirill a décidé de refuser l'événement proposé; et ceci indépendamment du respect avec lequel le supérieur de la Laure considérait le Père Kirill. 

Au cours des huit premiers mois après l'accident vasculaire cérébral, alors que sa vie était littéralement suspendue à un fil, les conversations sur la mort, au sujet de sa visite peut-être imminente devint une partie incontournable de notre vie hospitalière. Il fut un temps où nous devions demander à Batiouchka encore vivant où il voulait être enterré. N'est-il pas étrange de demander de telles choses à un moine obéissant? Et il nous a fait savoir que c'était vraiment une question étrange. "J'ai des supérieurs pour prendre cette décision", a répondu Batiouchka.

En 2009 est arrivé non seulement le quatre-vingt-quinzième anniversaire de Kirill, mais aussi la cinquante-cinquième année depuis sa tonsure dans le monachisme et son ordination au diaconat, puis au sacerdoce. Ce sont des chiffres sérieux. 

Nous devons également considérer que le sort des générations comme la sienne a été marqué par trop de lourdes épreuves. Un homme avec sa biographie, qui a vécu de telles années, ne peut qu'inspirer l'étonnement. 

Il y eut la collectivisation, ses amis et sa famille furent amenés à souffrir, sa jeunesse à demi affamée dans une atmosphère de dénonciations totalitaires et d'arrestations partout, la Seconde Guerre mondiale et les difficultés sans précédent des années d'après-guerre. Et ceci sans oublier de mentionner ce que c'était que d'étudier dans des écoles de théologie et de se sauver dans des monastères sous un gouvernement athée... 

Quelquefois je pense, qu'est-ce qui doit prévaloir dans le caractère d'un homme qui a traversé de telles épreuves et qui pourtant a préservé non seulement son humanité mais aussi son amour enfantin de la vie? Une forte volonté et une fermeté de caractère? Oui, ces deux choses étaient là, sans aucun doute. Foi et résolution? Elles étaient aussi là. Mais tout de même, il n'y a rien de plus ferme ou de plus fort qu'un cœur tendre, rempli de compassion pour le monde entier. 

Il ne se considérait pas comme un bienfaiteur de l'humanité; au contraire, il était heureux de sa possibilité de faire le bien. Il sentait qu'il en avait reçu le bénéfice. Il y a environ trois ans, déjà alité, il a dit: "Je remercie Dieu d'avoir pu servir les gens..."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

jeudi 1 mars 2018

Archimandrite Kirill [Pavlov]: La douce Lumière de l'authenticité (5)


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Souvent, on avait l'impression qu'il n'y avait pas du tout chez lui d'exploit ascétique (podvig). C'est dire s'il se comportait simplement et s'il était accessible. Il n'y a jamais eu un seul incident où il aurait refusé quelqu'un, s'excusant de la nécessité de lire la règle monastique. On pourrait supposer qu'il ne l'avait tout simplement pas faite. Mais en fait il avait lu sa règle après minuit. Quand je l'aidais à la lire, elle devenait beaucoup plus courte. C'était parce que je me fatiguais, et il était très attentif à l'épuisement des autres et ne se permettait pas de nous imposer un «fardeau difficile à supporter». Mais il aimait la règle cellulaire prescrite par la Laure comme une source de rosée vivifiante. En la lisant pour lui, je ne l'ai pas tellement aidé, mais je l'ai plutôt privé de ses précieux moments de consolation. Mais en sa présence on n'y pensait jamais; on croyait seulement que tout allait bien. Et ce qui arriverait, serait seulement bon, brillant, aimable, et sans fin... comme l'amour dans ses yeux radieux.
* * *
Avec lui, vous aviez toujours eu le droit de faire une erreur. Plus que cela, vous aviez droit à votre propre opinion. Le désaccord ne causait pas chez Père Kirill perplexité ou détresse (du moins, il n'a jamais montré aucune détresse). Il écoutait avec intérêt et respect un autre point de vue et, s'il devenait convaincu de sa validité, pouvait changer le sien. Père Kirill n'a jamais dominé personne et n'a jamais forcé quiconque à penser comme lui dans la vie. 

Après avoir écouté une demande, posé sans hâte des questions sur les détails de l'affaire, il offrait avec tact son option pour résoudre le problème, et le reste était notre droit de choisir. 

La vie elle-même révélerait les conséquences et si son conseil était le seul conseil sûr. Je ne cesse jamais d'être étonné de voir comment certains conseillers spirituels peuvent séparer un couple marié, envoyer à un monastère quelqu'un qui hésite encore dans sa décision, ou d'une manière ou d'une autre changer complètement et grossièrement un destin humain. 

Père Kirill traitait les gens avec le plus grand soin, pesait chaque mot, afin qu'il ne blessât jamais l'amour-propre d'autrui et ne blessât pas une âme infirme. Mais pour ce qui est des erreurs, non seulement il ne les signalait pas grossièrement, mais il donnait généralement l'impression que rien ne s'était passé. Il donnait aux gens l'occasion de comprendre par eux-mêmes leurs erreurs. 

Ce n'est pas par hasard que son extrait favori du «Patericon» était l'histoire de Pimène le Grand, qui ne faisait pas de reproches au frère qui s'était endormi au cliros pendant les offices, mais le laissait en paix. Sa capacité à préférer l'apprentissage à l'enseignement, l'obéissance à la direction nous a émerveillés au plus profond de nos âmes. 

C'est une autre question d'admettre que nous devrions nous-mêmes avoir deviné qu'il vaudrait mieux que nous soyons silencieux en sa présence plutôt que de partager nos opinions avec lui. Nous aurions reçu un bénéfice incomparablement plus grand.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 27 février 2018

Archimandrite Kirill [Pavlov]: La douce Lumière de l'authenticité (4)



Pour autant que je puisse en juger, il ne s'est jamais considéré comme un staretz. Mais il ne considérait pas non plus qu'il avait le droit de refuser quiconque serait venu vers lui. Cela a causé de gros problèmes - comment pourrait-on faire en sorte que les gens puissent avoir l'occasion de lui rendre visite dans sa cellule de Peredelkino et s'assurer en même temps qu'il ait au moins un peu de temps pour se reposer? 

"Que puis-je faire?" Disait-il à l'époque, "sinon d'écouter quelqu'un [qui veut me parler]? Et il les écoutait... Il y avait des moments où cela durait de midi à deux heures du matin... À l'heure du déjeuner j'allais en courant, oubliant d'enlever mon tablier, et lui demandais de venir au réfectoire, à nous dans le bâtiment voisin. Même s'il n'avait aucun désir de nourriture, il arrivait toujours à l'heure. De plus, il considérait qu'il était de son devoir de participer au lavage de la vaisselle ensuite. Sans la moindre ombre de sérieux morose, sans édification moralisatrice, mais heureusement, de bonne humeur, comme s'il allait de soi qu'il rincerait la montagne de nos plats et de nos tasses sales (les sœurs et moi avions réussi à cacher l'autre montagne avant qu'il puisse y arriver), puis irait recevoir plus de gens. Et ainsi, tous les jours. À la fin, tout cela a commencé à nous sembler normal. Eh bien oui, Batiouchka fait la vaisselle, qu'y a-t-il de si étrange?

N'ayant pas connu le Batiouchka comme les autres (à quarante, cinquante ou soixante ans), je fus autorisé à ne voir que cette vieillesse éclairée, rayonnant de joie et de paix, incapable de colère ou même la moindre irritation à cause du ridicule de quelqu'un d'autre... cela semblait lui venir facilement, gaiement, organiquement à sa propre nature. 

Mais à en juger par ses propres histoires, son chemin monastique était un chemin de contrôle de soi dur, continu et approfondi. Tout cela exigeait, quoique invisible, un travail colossal. 

Pas de compromis avec quoi que ce soit qui contredisait les commandements de l'Évangile. C'est une autre affaire que sa rigueur envers lui-même n'a jamais conduit à une sévérité ascétique à l'égard de ceux qui l'entouraient. 

Il avait vraiment un coeur très gentil et miséricordieux. Personne ne pouvait jamais l'accuser d'insensibilité ou de réticence, ou du comportement que les ascètes inexpérimentés justifient habituellement par leurs travaux ascétiques «exclusifs» et leur éloignement envers la vanité terrestre. 

J'ose penser que ce qui avait pris la première place dans cette ascèse personnelle n'était pas le nombre de prosternations et de chapelets de prière, mais le commandement de l'amour. Ne jamais offenser qui que ce soit, préserver la paix dans son cœur - c'était là le souci principal de Batiouchka, sa principale préoccupation à toute heure. 

Et après tout, combien de ceux qui venaient à lui étaient simplement psychologiquement malades, ce qui est a priori impossible à satisfaire. Mais le père Kirill écoutait docilement les millions de critiques qui lui étaient adressées, exigeait d'écouter encore et encore, de recevoir des confessions...

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après




Jean-Claude LARCHET: Recension/Bernard Le Caro, Saint Justin de Tchélié,




Bernard Le Caro, Saint Justin de Tchélié, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », éditions L’Âge d’Homme, Lausanne, 2018, 291 p.


La collection « Grands spirituels du xxe siècle » vient de publier la Vie très attendue de l’archimandrite Justin Popovitch, canonisé par l’Église serbe sous le nom de saint Justin de Tchélié (du nom du lieu où est situé le monastère où il passa la plus grande partie de son existence terrestre), et encore appelé « saint Justin le Jeune » ou « saint Justin le Nouveau » pour le distinguer du célèbre saint philosophe homonyme du IIe siècle.

Nul n’était plus qualifié que Bernard Le Caro pour écrire cette Vie: non seulement sa maîtrise du serbe, du russe et du grec lui donnait accès à tous les documents nécessaires, mais il avait été – bien avant J.-L. Palierne – le premier traducteur en français de textes du Père Justin, et surtout, lors d’une dizaines de rencontres, il put connaître intimement le saint et entendre de sa part des avis et des commentaires dont il nous fait partiellement part ici.

L’auteur a bénéficié de différents documents biographiques publiés depuis la mort de saint Justin, mais a cependant composé une biographie originale, à la fois mieux ordonnée et plus complète que les biographies existantes.

Cette Vie d’un saint contemporain fait apparaître de manière équilibrée, nuancée et juste les qualités de sa personne, de son activité ecclésiale, et de son œuvre immense dans les domaines de la théologie, de l’exégèse et de l’hagiographie, et laisse entrevoir la rigueur de son ascèse et la profondeur de sa vie spirituelle.

Outre ce vaste travail qui nous permet de disposer d’une biographie définitive – la meilleure existant à ce jour –, l’auteur s’est livré, pour composer la seconde partie du volume, à un important travail de traduction. Il a choisi de traduire surtout des textes relatifs à l’ecclésiologie. D’une part, c’est un domaine où le grand théologien se montrait particulièrement brillant (la partie ecclésiologique qui constitue le dernier volume de sa Dogmatique est généralement considérée comme la meilleure). D’autre part, une partie de ces textes – en particulier une partie substantielle de l’ouvrage intitulé L’Orthodoxie et l’œcuménisme traduit dans plusieurs pays orthodoxes mais encore totalement inédit en français – permet de dissiper quelques malentendus sur ses positions relativement à l’œcuménisme, tandis qu’une autre partie rejoint l’actualité relative au récent synode interorthodoxe de Crète.

L’ouvrage peut être commandé sur le site des éditions L’Âge d’Homme.

Jean-Claude Larchet





SOLIDARITE KOSOVO

Un havre de paix à Lipljan
L'église du Père Serdjan à Lipljan et les quelques bâtiments qui l'entourent sont le seul endroit où les quelques centaines de Serbes vivant encore dans cette ville de plus de 6000 habitants peuvent se retrouver librement. Solidarité Kosovo y finance des travaux d'aménagement.

L'église de Lipljan est entièrement entourée d'une haute clôture fermée par des barrières. À chaque entrée, un panneau en trois langues, serbe, albanais et anglais, indique : « Ce bâtiment est protégé par la loi, tout acte de vandalisme sera sévèrement puni. Les forces de la Kfor (OTAN) prendront les mesures qui s'imposeront pour arrêter toute attaque ». Le décor est planté...
Crédit photo: Solidarité Kosovo


Pour les moins de 500 Serbes qui vivent encore à Lipljan, l'intérieur de cette clôture est un havre : ils s'y retrouvent dans l'église pour prier et autour d'elle pour célébrer leurs fêtes. Les jeunes y viennent aussi prendre des cours de langues et d'informatique, dans la salle construite près de l’église, où se trouvent les seuls ordinateurs auxquels ils aient accès. Cela leur sert aussi de local où ils peuvent se retrouver en sécurité pour jouer aux cartes, pour discuter, parfois pour faire de la musique ou danser.

Vous le voyez : cette enceinte est fondamentale pour les Serbes de Lipljan, c'est pourquoi nous y finançons des travaux d'aménagement qui permettront aux fidèles du Père Serdjan de s'y sentir encore mieux. Le plus gros de ces travaux consiste en l'installation d'un chauffage central qui dessert l'église, le presbytère et la salle de langue et d'informatique.

Crédit photo: Solidarité Kosovo


Ainsi, nous permettons à ces Serbes isolés, minoritaires chez eux, de continuer à se retrouver ensemble dans des conditions pouvant leur faire oublier les difficultés immenses qu'ils rencontrent au quotidien. Nous permettrons aussi et plus encore à cette centaine de jeunes de continuer à se former dans de bonnes conditions pour devenir des adultes forts et libres, à même de faire face aux défis qui les attendent.



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