"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 6 janvier 2016

Le Père archimandrite Placide [Deseille], lumière de la spiritualité orthodoxe en France

Archimandrite Placide (Deseille): Un chrétien doit avoir un regard chrétien sur son évêque, et non pas un regard profane!
Père Placide



Interview du journaliste roumain Tudor Petcu avec Felicia Dumas, traductrice en roumain du père archimandrite Placide Deseille et sa fille spirituelle 

1.) Pour commencer, je voudrais vous demander de bien vouloir nous raconter dans quel contexte avez-vous rencontré le père Placide [Deseille] et nous dire quel impact spirituel cette rencontre a eu sur vous. 

FD : J’ai rencontré le père archimandrite Placide Deseille il y a 22 ans, au monastère féminin de la Protection de la Mère de Dieu de Solan, métochion du monastère de Simonos Petra, dont il est le fondateur. M’y conduisait mon futur mari, un Français méridional devenu orthodoxe peu de temps avant notre mariage. Le père Placide a célébré la Divine Liturgie et a fait un sermon si puissant, dont la profondeur spirituelle m’a bouleversée. J’ai voulu le connaître tout de suite après et mon émerveillement a continué : il m’a parlé avec beaucoup d’affection des quelques visites qu’il avait faites en Roumanie et des rencontres qu’il avait eues avec des grands pères spirituels de chez nous : les pères Cléopas Ilie, Païssie Olaru, Teofil Părăian et d’autres. À l’époque, j’avais été juste très heureuse de cette rencontre providentielle avec un moine orthodoxe français si attaché affectivement à notre espace orthodoxe roumain. Ultérieurement, j’allais découvrir la profondeur spirituelle du père archimandrite en lisant ses livres et en apprenant son pèlerinage vers l’Orthodoxie, guidé par les écrits des Saints Pères et par sa conviction profonde que c’est dans l’Orthodoxie que se trouve la Vérité de la foi prêchée par le Christ à travers les Apôtres. J’ai été profondément impressionnée par l’érudition du père, par l’esprit de paix et de sainteté qu’il rayonne, par l’humilité qui caractérise toute sa vie de moine athonite français. La rencontre avec le père Placide m’a fait comprendre qu’un vrai chrétien doit vivre de façon concrète tous les préceptes évangéliques non seulement pour plaire à Dieu, pour avoir le sentiment d’accomplir des règles extérieures imposées par l’Église, mais en priant pour que le Seigneur lui accorde de sentir leur bonne saveur, en faisant de l’augmentation de la grâce reçue au baptême le but suprême de son existence terrestre, comme gage du Royaume céleste. On ne peut pas être chrétiens seulement les dimanches et les jours de fête, seulement lorsqu’on va à l’église et le reste du temps, que chacun fasse son métier et qu’on se conduise comme s’il y avait une distinction bien cloisonnée entre une vie spirituelle privée et une vie laïque, sociale. Le chrétien orthodoxe est seulement un pèlerin durant cette vie terrestre, temporairement inséré dans les tissus complexes et compliqués de la vie sociale ; il est pèlerin vers le Royaume de Dieu. Ses bonnes actions, sa charité envers le prochain et le fait de ne pas haïr son ennemi doivent se voir avec joie et responsabilité lors de chaque instant de sa vie sur la terre. Il doit confesser le Christ à travers tout ce qu’il fait, dans la pratique de son quotidien et non pas en théorie. La rencontre avec le père archimandrite m’a fait sentir en vérité, de l’intérieur, la beauté et la saveur de l’Orthodoxie, m’a fait passer outre les règles contraignantes d’une Orthopraxie enracinée dans la pratique religieuse qui caractérise notre culture roumaine traditionnellement orthodoxe. Je fais référence ici à la distinction que faisait entre l’Orthodoxie l’Orthopraxie (comme mise en pratique mécanique de règles formelles et de rituels dont on ne comprend pas vraiment le sens) Mgr André Scrima, que j’ai eu la joie de connaître à Bucarest en 1998, au Collège de la Nouvelle Europe où il était l’invité du recteur, M. Andrei Pleșu. 


2.) Dans quelle mesure vous considérez qu’à travers sa pensée spirituelle, le père archimandrite Placide Deseille peut dynamiser la spiritualité orthodoxe contemporaine ? À quel point la personnalité du Père est-elle importante pour l’évolution de la spiritualité orthodoxe en France ? 

FD : Ce sont des questions provocatrices qui marquent deux aspects définitoires de l’impact que les écrits du père Placide ont en France et au-delà de ses frontières. Si par dynamisation on comprend une manière de faire sortir l’Orthodoxie d’une inertie théorique, d’une pratique et d’un vécu superficiels, vaguement religieux, réglementés de façon culturelle-traditionnelle, par la mise en évidence claire et ferme du véritable sens de la vie chrétienne dans le monde de nos jours et de la richesse inégalable de la spiritualité orthodoxe, alors oui, certainement que l’on peut parler de cela. Dans les cultures traditionnellement orthodoxes et dans les écrits des théologiens qui les caractérisent, on remarque souvent la tendance d’une théologie un peu académique, scientifique et savante ; plus le discours est prétentieux et plus il a des références bibliographiques d’exégèse (et pas forcément patristiques), plus il semble être apprécié par les autres chercheurs et spécialistes théologiens. La vie spirituelle, avec ses hauts et ses bas, avec ses épreuves et ses victoires, est traitée en général (et de façon presqu’exclusive) dans les travaux de quelques moines renommés pour leur rayonnement spirituel, pris comme modèles pour les lecteurs par les maisons d’éditions qui les publient. Le père archimandrite Placide Deseille n’a pas écrit de livres pour se fabriquer un CV impressionnant ou une liste de publications qui lui rapporte une promotion académique quelconque. Non, tous ses livres sont écrits pour le profit spirituel des lecteurs, dans le but de guider ceux-ci sur la voie de la vraie foi. C’est dans le même but que le père archimandrite a traduit du grec quelques écrits patristiques fondamentaux, que ses enfants spirituels et tous les chrétiens qui souhaitent se perfectionner spirituellement puissent lire en langue française. L’Échelle sainte de saint Jean Climaque, les Homélies spirituelles de saint Macaire le Grand, les Discours ascétiques de saint Isaac le Syrien sont des écrits fondamentaux qui font partie du canon de prière des moines athonites ainsi que des fidèles les plus fervents, désireux de se perfectionner spirituellement et d’acquérir la sainteté. En insistant sur le véritable but de la vie chrétienne, sur l’importance de garder la Tradition de l’Église (au niveau de la pratique liturgique, du jeûne et de la prière, du respect des Saints Sacrements, de l’importance de l’administration des Sacrements du Baptême et du Mariage), et par le fait de se rapporter en permanence à la pensée des Pères de l’Église, Géronda Placide propose à travers ses écrits un véritable guide spirituel à valeur de norme, ou bien, une boussole spirituelle pour l’Orthodoxie de France en spécial et pour l’Orthodoxie de l’Occident en général. 

L’une des particularités de la spiritualité orthodoxe de l’Hexagone est la coexistence de plusieurs juridictions canoniques sur un seul territoire géographique « national », situation qui est due à la (ré)implantation de l’Orthodoxie dans ce pays à travers plusieurs émigrations, russe, grecque, roumaine, serbe, etc. Dans la plupart des paroisses et des monastères, quelle que soit leur juridiction canonique, le père Placide est très connu et associé à l’esprit de la Tradition authentique de l’Église, de la patristique, de la rigueur et de la fermeté athonite, de la transmission fidèle et inaltérée de la Vérité de la foi. Ses écrits sont de véritables guides de pratique de la spiritualité orthodoxe, une seule dans l’Orthodoxie tant pour les moines que pour les fidèles (et Géronda insiste là-dessus dans son livre Le Monachisme orthodoxe. Les principes et la pratique), des normes et des phares d’orientation de ceux qui désirent faire des progrès spirituels, d’acquérir la sainteté et en gage, la vie éternelle. À cause de la coexistence de cette multitude de juridictions, apparaissent parfois des animosités et des conflits, des rivalités entre les membres des communautés traditionnellement orthodoxes de la diaspora et les autres, d’origine française, convertis à l’Orthodoxie, qui ne revendiquent pas forcément une appartenance « nationale » (terme dangereux dans l’Orthodoxie à cause des égarements phylétistes condamnés par l’Église) à l’une des Églises autocéphales dont ils dépendent administrativement et canoniquement. Le Père archimandrite Placide Deseille insiste sur l’universalité de l’Église Orthodoxe et sur l’importance fondamentale de la communion eucharistique entre les Églises locales, fondées autour de leur évêque. Et je cite ici un fragment de l’homélie pour le Dimanche de Tous les Saints de France, que j’ai traduit avec toutes les homélies du père l’année dernière aux éditions Doxologia de la Métropole de Moldavie et de Bucovine de Iasi : « Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui les différentes Églises locales présentes en France dépendent de différents patriarcats, souvent fort éloignés, en tout cas dont pas un seul ne se trouve sur le territoire de notre pays, ce n’est pas pour cela que l’Église de Dieu en France est divisée, car, en chaque lieu où actuellement la Divine Liturgie est célébrée chaque dimanche, c’est le Corps du Christ dans sa plénitude qui est rendu présent. Et quelle que soit l’appartenance juridictionnelle, canonique, de chacune de ces paroisses à un patriarcat plus ou moins lointain, cela n’a finalement qu’une importance très relative. Une paroisse orthodoxe qui se trouve à Marseille, à Nice ou à Poitiers peut bien dépendre du patriarcat de Constantinople, ou de Bucarest, ou de Moscou ; elle n’en est pas moins, avant tout, le Corps du Christ –qui n’est ni grec, ni roumain, ni russe-, présent à Marseille, à Nice ou à Poitiers. Et cette paroisse, si elle veut être authentiquement une Église, ne peut être réservée à des fidèles grecs, roumains ou russes, mais doit être ouverte à tous, sans distinction d’origine ou de nationalité. Sinon, elle ne sera qu’un groupe phylétiste, donc hérétique, ou un club folklorique, mais pas une Église »[1]


3.) Oui, justement, étant donné le fait que vous avez traduit une partie des livres du père Placide Deseille, je vous demanderais de nous dire quel a été l’impact de ces traductions dans le milieu théologique orthodoxe de Roumanie. 

FD : Je peux vous dire avec certitude quel impact cette activité de traduction a eu sur moi: un effet de transformation intérieure profonde sur le modèle de la vie spirituelle présent dans les livres traduits, dans la direction de la manifestation de la Joie de vivre dans l’Église du Sauveur Jésus-Christ, de la doxologie, de l’humilité, du bon sens et de la discrétion dans l’accomplissement de tout ce qui relève de la vie terrestre, sociale, et de la confession permanente, à travers tous les faits et gestes de charité à l’égard du prochain, de la véritable foi en Christ et de la filiation spirituelle à l’égard du père archimandrite. Quant à l’impact de ces traductions sur le milieu théologique orthodoxe roumain, je ne peux faire qu’une série d’appréciations plutôt subjectives. En plus de mes cours à la Faculté des Lettres, j’enseigne également le français à la Faculté de Théologie Orthodoxe « Dumitru Stăniloae » de Iași, où j’ai eu la joie de découvrir il y a trois ans parmi mes étudiants un jeune Français devenu orthodoxe habitant en Belgique. Comme je travaille beaucoup avec les étudiants en téhologie sur les écrits du père Placide, ce jeune a été intéressé, pour son propre profit spirituel, de rencontrer le père et j’ai été très agréablement surprise de le retrouver l’année dernière dans la cour du monastère Saint-Antoine-Le-Grand, avant l’office de l’agrypnie pour la Dormition de la Mère de Dieu. Certes, je crois qu’avant tout les étudiants en théologie sont intéressés par le côté inédit et insolite, de nouveauté presqu’exotique pour eux, de l’existence d’un monachisme orthodoxe vécu en France selon le typikon de la Sainte Montagne. Néanmoins, j’ai remarqué qu’ils deviennent petit à petit très impressionnés par la profondeur de la pensée et de la pratique monastique de vie spirituelle du père archimandrite. Leurs professeurs de Iași (surtout le père doyen), des hiérarques de notre Église roumaine ou d’autres théologiens du pays me parlent avec beaucoup de joie de la lecture des traductions des livres de Géronda. Je reçois des courriers électroniques de différents coins du pays, en tant qu’échos de la découverte –à travers la lecture des traductions- de la pensée du père, profondément et authentiquement ancrée dans la Tradition de l’Église et les écrits des Saints Pères. Bine sûr, dans les cultures traditionnellement orthodoxes, il y a aussi une certaine curiosité à l’égard du phénomène de la conversion à l’Orthodoxie, des parcours et des personnalités des convertis des pays occidentaux. Toutefois, les écrits du père apportent un souffle nouveau, de présentation extrêmement claire, rigoureuse et profonde de la joie de vivre en Christ, de la beauté confondante de la spiritualité orthodoxe, de ses dogmes vivants, par le fait d’insister sur la vie spirituelle, sur la richesse et les trésors spirituels de l’Église dans laquelle nous les Roumains sommes nés et que nous avons tendance à ne plus voir, à côté desquels nous passons assez souvent indifférents. J’ai insisté chaque fois dans les préfaces ou les introductions des traductions des livres de Géronda (j’en ai traduit quatre) sur ces particularités de ses écrits, et sur le fait que le père archimandrite Placide Deseille représente pour l’espace francophone ce que le père Sophrony Sakharov, avec lequel il a été ami et dont il garde la photographie dans sa cellule, représente pour l’espace anglophone. 


4.) Est-ce que vous considérez que l’on peut parler d’une unicité de la personnalité du père Placide Deseille et si oui, comment la caractérisiez-vous? 

FD : Profondément ancrée dans une humilité impressionnante et confondante pour l’homme contemporain en général et pour l’homme occidental en particulier, le père archimandrite n’aimerait pas qu’on parle d’une unicité qui le caractérise dans le sens d’une distinction superlativisatrice. Je crois qu’une position particulière lui est conférée toutefois par la vigueur de sa confession doxologique de moine athonite français, devenu orthodoxe après plus de vingt ans de vie monastique dans l’une des plus grandes et des plus traditionnelles (dans le sens de l’observance d’une règle de vie monachale rigoureuse) abbayes cisterciennes de France. La profondeur et la persévérance de son parcours spirituel, son pèlerinage aux sources comme il aime à nommer son entrée dans l’Orthodoxie, racontés dans le livre Propos d’un moine orthodoxe (le premier livre du père archimandrite que j’ai traduit en roumain pour les éditions Doxologia, avec la bénédiction de Mgr Théophane, le Métropolite de Moldavie et de Bucovine, que le père Placide aime beaucoup) lui confère une note à part, de singularité. Autrement, par tous ses écrits, par l’enracinement profond et vigoureux de sa pensée théologique dans la Tradition de l’Église et les écrits des Saints Pères, par l’authenticité de sa vie monastique vécue selon le typikon de la Sainte Montagne de l’Athos, le père archimandrite s’inscrit avec fermeté dans la tradition des grands moines athonites, des grands Gérondas, des véritables confesseurs à travers leur vécu monastique de la Vérité de la foi, tels : l’Ancien Joseph l’Hésychaste, les pères Joseph de Vatopédi (disciple du premier), Païssios du Mont Athos, Éphrem de Katounakia, Petroniu Tănase – notre compatriote, ami du père Placide, ou Géronda Aimilianos de Simonos Petra, son père spirituel. Le père archimandrite Placide Deseille est un moine théologien, comme tant d’autres grands moines théologiens de l’histoire de l’Église, de tradition et d’esprit athonite et dans l’acception donné au mot théologien par Évagre le Pontique: « Si tu pries vraiment, tu es théologien ». 


5.) Quel est le conseil spirituel du père archimandrite Placide Deseille qui vous a impressionné le plus et que vous aimeriez transmettre à votre tour à tous ceux qui veulent comprendre la spiritualité orthodoxe dans sa profondeur? 

FD : De garder fidèlement, inaltérée la Tradition de l’Église et la flamme de la foi toujours allumée. À un premier abord, ceci peut avoir l’air d’un conseil un peu trop banal voire même un peu anachronique, mais si l’on regarde attentivement vers ce qui se passe en Europe occidentale de nos jours, mais aussi chez nous, en Roumanie, on comprend vite qu’il en est tout autrement. Toutes les tentations auxquelles est confronté l’homme moderne, profondément attachées à l’accumulation des biens matériels et au soucis de ce monde, de s’assurer des conditions de vie des plus confortables, tendent à détourner son attention et à l’éloigner du véritable but de sa vie terrestre qui est celui de faire des progrès spirituels, de collaborer avec la grâce du Saint-Esprit afin d’obtenir la sainteté. Tant le père Placide Deseille que le père Sophrony Sakharov le disent très clairement dans leurs écrits: le but de la vie terrestre du chrétien est sa divinisation. Et ce but ne peut être atteint que par des renoncements et des efforts, que dans le sein de l’Église Une, catholique et apostolique, qu’en respectant l’esprit de la Tradition qui se transmet seulement dans et par l’Église, qu’en vivant une foi qui demande de plus en plus de nos jours à être des confesseurs. La Tradition de l’Église doit être strictement respecté à tous les égards, tant en ce qui concerne le typikon des offices (qui ne doivent pas être abrégés pour être plus agréables aux goûts de l’homme contemporain), l’administration des Sacrements (l’union dans le Sacrement du Mariage uniquement entre un homme et une femme), le respect des normes chrétiennes authentiques de vie, qui supposent par exemple, une ascèse corporelle avant le mariage, le fait de communier plus fréquemment mais après une préparation sérieuse et responsable. 

6.) Si vous voulez nous parlez un peu des monastères athonites français du père Placide Deseille, dont un est attaché, me semble-t-il, au monastère de Simonos Petra de la Sainte Montagne. 

FD : Les deux monastères fondés par le père archimandrite Placide Deseille en France, le monastère féminin de Solan (du département du Gard) et celui masculin situé dans le Vercors, sont des métochia, des dépendances du monastère de Simonos Petra du Mont Athos, le monastère de métanoïa ou de conversion de Géronda. L’épisode de son long cheminement vers L’Orthodoxie et de sa tonsure monastique à Simonos Petra est raconté dans le livre Propos d’un moine orthodoxe. Une fois entré dans la communauté monastique de Simonos Petra, l’higoumène de l’époque de ce monastère –Géronda Aimilianos- a considéré qu’il était beaucoup plus utile que le père archimandrite rentre en France pour y fonder des métochia de Simonos Petra où la vie monastique soit pratiquée en langue française, selon le typikon athonite. Et c’est ainsi qu’ont été fondés les deux monastères. La communauté des sœurs de Solan est l’une des plus nombreuses de France et se compose de seize moniales de neuf nationalités différentes: française, chypriote (comme la mère higoumène), brésilienne, suisse ou estonienne. Il y a même une sœur roumaine. La communauté des moines et moins nombreuse, comptant seulement sept pères, dont un d’origine allemande. Si l’église du monastère de la Protection de la Mère de Dieu de Solan est encore en construction, le katholikon du monastère Saint-Antoine-Le-Grand du Vercors est un véritable bijou, un chef-d’œuvre d’architecture byzantine, selon le modèle de ceux du Mont Athos. Peinte à l’intérieur par un grand iconographe russe contemporain, par affection pour le père archimandrite et la beauté de la vie monastique de sa communauté, l’église compose avec les dépendances monastiques –les cellules, le réfectoir –un petit Athos français. La régularité des offices, la prière incessante et le respect du typikon athonite confère à ce monastère un esprit de paix que le cœur et l’œil intérieur perçoivent immédiatement. Les sermons pleins de force et de profondeur spirituelle du père archimandrite, son visage toujours serein et radieux, son regard d’une clarté angélique derrière des grosses lunettes, ainsi que le zèle des célébrations des offices du doux père Denis (l’autre hiéromoine de la communauté) constituent pour moi l’image d’un coin de paradis, d’avant-gôut du Royaume, du Royaume des cieux dont peuvent faire l’expérience déjà ici-bas tous ceux qui franchissent avec foi le seuil du monastère. En plus de la beauté des offices, assurée en grande partie par la musique byzantine, ces deux monastères représentent de véritables oasis de communion fraternelle entre les fidèles des différentes juridictions qui les fréquentent, dont une grande partie se convertissent souvent au statut d’amis des monastères et enfants spirituels du père archimandrite. Et ainsi, laïques et moines, ils avances ensemble, sous la direction spirituelle sûre et douce de Géronda vers la Lumière sans déclin, s’efforçant chacun, selon ses forces, de mettre en pratique les conseils spirituels du père de faire « grandir en nous la vie divine, la grâce divine reçu au Baptême, que nous devons faire grandir sans cesse par la charité, par l’amour de Dieu et du prochain, par l’amour à l’égard de toute la créature »[2]
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Felicia Dumas est professeure des universités à Iasi, en Roumanie, traductrice en roumain de quatre livres du père archimandrite Placide Deseille et sa fille spirituelle. 

Tudor Petcu est journaliste et philosophe, intéressé par l’évolution de la spiritualité orthodoxe en Occident et particulièrement en France, par les écrits du père archimandrite Placide Deseille. 

Merci à tous deux de m'avoir confié ce texte pour Orthodoxologie. Pour les lecteurs roumains, le texte original est sous ce lien: „Pãrintele Placide Deseille: luminã a spiritualitãţii ortodoxe în Franţa” – dialog cu universitara şi traducãtoarea Felicia DUMAS | Convorbiri Literare

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NOTES:

[1] Părintele Placide Deseille, Cununa binecuvântată a anului creştin. Predici la duminicile şi sărbătorile anului liturgic [La Couronne bénie de l’année chrétienne. Homélies pour l’Année liturgique], traduction du français et introduction de Felicia Dumas, Iaşi, Editura Doxologia, 2015, p. 557. 


[2] Părintele Placide Deseille, Monahismul ortodox. Principiile de bază şi practica urmat de Tipiconul Mănăstirii „Sfântul Antonie cel Mare din Franţa” [Le Monachisme orthodoxe. Les principes et la pratique suivi du Typikon du monastère Saint-Antoine-Le-Grand], traduction roumaine et introduction de Felicia Dumas, Iaşi, Editura Doxologia, 2013, p. 10.


SOLIDARITE KOSOVO


Solidarité Kosovo achève avec succès son 11ème convoi de Noël

Pour Solidarité Kosovo, les premiers jours du mois de janvier signent traditionnellement la fin du convoi de Noël avec le retour en France de ses bénévoles. 2016 observe la coutume instituée depuis onze ans puisque ce dimanche 3 janvier, les huit membres de l’équipe ont rejoint leurs foyers au terme d’un périple humanitaire de plus de 4.500 kilomètres sur les routes sinueuses et verglacées des Balkans. 

L'équipe du convoi de Noël 2015 à son arrivée au monastère de Gracanica


En sept jours à peine, 15 tonnes de matériel humanitaire d'une valeur dépassant les 80.000 euros ont été distribuées. Le convoi de Noël 2015 a réussi à se frayer un chemin jusque dans les enclaves chrétiennes les plus reculées du Kosovo-Métochie afin de distribuer dans douze d’entre elles des vêtements chauds et du matériel scolaire récoltés en France.

Anastasia et Petar, les jumeaux du village de Vitina dans l'Est du Kosovo


Sur place, l’accueil réservé aux bénévoles de Solidarité Kosovo dans les monastères, les villages et les écoles a été des plus chaleureux. Parfois même, des spectacles de chants et de danses traditionnelles minutieusement organisés par les enfants ont introduit aux distributions humanitaires. Ces marques d’attention traduisent une nouvelle fois toute l’attente des Serbes du Kosovo-Métochie ainsi que la joie suscitée à l’occasion de la venue de leurs « amis de France » comme ils aiment à les nommer.


Les élèves de l'école de Bernjica font une démonstration de danse traditionnelle devant les bénévoles français émerveillés


Au lendemain du réveillon, c’est le cœur serré, émue par les chrétiens du Kosovo rencontrés ou retrouvés que l’équipe française a rebroussé chemin. L’émotion mêlée à la fatigue a rendu le départ particulièrement poignant. Dans l’esprit de chaque bénévole il y a avait le sourire d’un enfant, le mot doux d’un parent, le regard reconnaissant d’un aîné. Et ce sont les mots émouvants du père Serdjan, responsable du bureau humanitaire de Solidarité Kosovo à Gracanica, qui ont conclu le 38ème convoi humanitaire de Solidarité Kosovo.


Le père Serdjan, à droite, et Arnaud Gouillon, à gauche.


« Chers amis, vous avez consacré vos congés à venir nous apporter de l’aide ici, dans les enclaves chrétiennes du Kosovo-Métochie. Depuis onze ans, à travers votre traditionnel convoi de Noël, vous nous exprimez un don inestimable : votre fidèle soutien. Sachez qu’il me sert d’encrage pour ne pas vaciller dans les moments de turbulences qui agitent ce territoire depuis des décennies. Votre bienveillance me ressource, j’y puise des forces pour avancer. Au nom des Serbes du Kosovo, au nom des familles aidées, je vous remercie vous-même ainsi que vos donateurs. Puissent notre reconnaissance couronner vos efforts et votre générosité.»


A Orahovac, petite enclave du sud Kosovo, une mère et son enfant attendent de recevoir des vêtements chauds et des cadeaux de Noël


A l’aube d’une année qu’elle espère toujours plus solidaire, l’équipe de Solidarité Kosovo vous renouvelle ses meilleurs vœux et vous adresse ses plus chaleureux remerciements pour votre engagement à ses côtés.


Au monastère de Draganac, les moines nous aident à décharger les cartons



Après leur spectacle de danses folkloriques, les enfants reçoivent une récompense bien méritée : matériel scolaire, cartables, jouets et vêtements



L'équipe de "Solidarité Kosovo"

PS : les personnes souhaitant nous aider peuvent contribuer au développement de nos activités en nous faisant un don. Par chèque à l’ordre de « Solidarité Kosovo », BP 1777, 38220 Vizille ou par Internet en cliquant sur paypal :




PS2 : « Solidarité Kosovo » étant reconnu d’intérêt général, chaque don ouvre droit à une déduction fiscale à hauteur de 66% du montant du don. A titre d'exemple, un don de 100 € vous permet de déduire 66 € sur la somme de vos impôts à payer. Ainsi votre don ne vous coûte en réalité que 34 €.

mardi 5 janvier 2016

Saint Jean de Cronstadt: sur la Prière

St. John of Kronstadt.


Est-ce en vain que nous disons plusieurs fois par jour, le trois fois saint "Notre Père," et d'autres prières du matin et du soir? 

Ne sommes nous pas purifiés par elles de nos péchés et de nos impuretés? Ne sommes-nous pas délivrés des tentations, des malheurs, et des circonstances défavorables? 

Est-ce en vain que nous nous signons du signe de la Croix? Oh non! cela agit constamment en bien sur nous et sur ceux qui le font avec foi, surtout quand il s'agit de la bénédiction d'un prêtre. 

Louons donc, sans cesse, la miséricorde et la puissance de notre Seigneur Jésus-Christ, Qui nous entend et nous sauve, nous qui en sommes indignes, par Sa miséricorde, pour l'amour de Son saint Nom.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 
My Life in Christ (Ma Vie en Christ)
Holy Trinity Monastery 
New York 
1984

Rome célèbre à Zagreb la mémoire de ses "héros"!

Icône des saints néomartyrs serbes 
victimes de la barbarie latino-oustachie

Le 28 décembre 2015, à la cathédrale de Zagreb (Croatie), était célébrée une messe de Requiem à la mémoire du Poglavnik (Führer en croate) Ante Pavelic, complice d'Hitler, mort dans un couvent espagnol de franciscains avec la bénédiction personnelle que lui avait fait parvenir le bon pape Jean XXIII, ce 27 décembre 1959, veille de sa mort! 

La hiérarchie catholique romaine a cautionné la célébration de cet office dans la cathédrale de Zagreb sans problème. Le Vatican n'y a vu aucune objection... Il est vrai que lorsque l'on se prépare à Rome, à canoniser le répugnant cardinal Stepinac qui soutint son poglavnik dans sa croisade contre les orthodoxes et les juifs, et qui fournit des frères franciscains pour diriger des camps de concentration où l'on torturait et mettait à mort, il n'y a pas de raison sérieuse pour refuser d'honorer la mémoire pourrie du tortionnaire en chef de la croisade romaine.

Les pleureuses orthodoxes habituelles de nos contrées qui se lamentent sur la séparation d'avec cette église de Rome complice de ce génocide, n'ont pas relevé, ni protesté! 

Les milliers de morts serbes et juifs dont sont responsables les oustachis avec à leur tête Ante Pavelic, n'ont aucun intérêt pour eux!

Ils portent simplement leurs yeux ailleurs, et ils aiment tellement ce nouveau pape François qui donne l'ancêtre de Pavelic, Josaphat Kuntsévitch l'immonde assassin d'orthodoxes, comme modèle d'unité. Ils illustrent admirablement le proverbe chinois qui dit: quand on montre la lune, l'idiot regarde le doigt! 


Claude Lopez-Ginisty

Illustration tirée de l'excellent article suivant

Jean-Claude LARCHET/ Recension: Grégoire de Nysse, Éloge de Grégoire le Thaumaturge. Éloge de Basile.


Recension: Grégoire de Nysse, « Éloge de Grégoire le Thaumaturge. Éloge de Basile »

GregoireGrégoire de Nysse, Éloge de Grégoire le Thaumaturge. Éloge de Basile. Texte grec (GNO X, 1) : Günther Heil (Éloge de Grégoire), Otto Lendle (Éloge de Basile). Introduction, traduction, notes et index par Pierre Maraval, « Sources chrétiennes » n° 573, Cerf, Paris, 2015, 322 p.
Ce récent volume de la collection « Sources chrétiennes » présente, traduits par Pierre Maraval, deux « éloges » de saint Grégoire de Nysse.
L’ « éloge » est un genre littéraire ancien très codifié, dont le but est de présenter des personnages remarquables – dans le cadre du christianisme, des saints – sous l’angle presque exclusif de leurs vertus (c’est-à-dire en faisant peu de place aux éléments biographiques et historiques), comme des modèles à suivre et des exemples à imiter ; son but est donc l’édification morale ou spirituelle.
L’Éloge de Grégoire le Thaumaturge a vraisemblablement été prononcé à l’automne 379 dans la province du Pont, à l’occasion de la fête du saint, et a connu par la suite un succès considérable dans les milieux monastiques. L’Éloge de saint Basile – le frère de Grégoire de Nysse – probablement le 1er janvier 381 devant la communauté de Grégoire.
Pour Basile et Grégoire de Nysse, saint Grégoire le Thaumaturge (214 – ca 270) était un modèle qui leur tenait particulièrement à cœur. Il était, comme eux, un membre d’une riche famille, qui avait reçu une éducation supérieure, celle qui permettait alors d’accéder dans l’Empire aux plus hautes fonctions, mais, comme eux aussi, il avait renoncé à tous ces avantages pour adopter un mode de vie chrétienne parfaite, avant de devenir évêque.
Pour Grégoire de Nysse, son frère Basile de Césarée, qui avait suivi le même chemin, était pareillement un modèle, raison pour laquelle il lui a consacré un éloge semblable.
Dans les deux éloges, le modèle proposé est épiscopal, mais d’un genre particulier, celui de l’évêque-moine, que son choix d’une vie ascétique et solitaire a préparé à recevoir la charge épiscopale et à l’exercer avec l’excellence qu’elle requiert. Dans les deux éloges, Grégoire se sert de l’exégèse typologique, pour invoquer Moïse comme la figure annonciatrice et le modèle des deux saints dont la vie est analogue à celle de Moïse en ses trois stades : éducation, contemplation, direction du peuple. Comme Moïse, Grégoire le Thaumaturge et Basile ont choisi de renoncer à la carrière mondaine à laquelle les destinait leur naissance et leur culture profane, et ont vécu un temps dans la solitude et l’ascèse, se consacrant à la maîtrise des passions et à la contemplation que cette dernière rend possible. Tous deux, comme Moïse dans la nuée du Sinaï, ont connu par une révélation surnaturelle le fondement divin des dogmes qu’ils ont par la suite défendus et exposés, n’étant pas de simples docteurs instruits en théorie, mais des phares et des illuminateurs diffusant la lumière reçue d’en-haut dans l’expérience spirituelle d’une vie sainte. Leur activité épiscopale a été une longue succession de luttes pour guérir de leurs erreurs ceux qu’ils ont eu la responsabilité d’enseigner et pour défendre la vraie foi. Grégoire le Thaumaturge a lutté contre les païens idolâtres et Basile le Grand contre les hérétiques ariens. Cette lutte les a assimilés aux martyrs, car ils ont été exposés à l’hostilité et aux menaces de leurs ennemis. Leurs combats se sont accompagnés de miracles qui ont donné un caractère charismatique à leur activité épiscopale.
Dans ses éloges, saint Grégoire de Nysse souligne fortement le rôle de l’évêque comme didascale (enseignant), formateur des âmes pour en faire des réceptacles de Dieu, mais aussi comme défenseur de la foi, qui est un garant de l’orthodoxie à proportion de la connaissance dont Dieu l’a gratifié dans une expérience liée intimement à sa propre vie ascétique.
Selon saint Grégoire de Nysse, le modèle ainsi défini doit inspirer le choix de tout évêque. L’Éloge de Grégoire le Thaumaturge en donne un exemple avec l’élection sur le siège de Comane la Pontique d’Alexandre le Charbonnier, qui était un artisan sans éducation, mais avait choisi de vivre dans la pauvreté, l’humilité, la continence, le mépris du corps, la recherche de la vertu avant toute chose, ce qui lui permettait de proférer un discours plein de sagese et d’intelligence, même s’il n’était pas paré des fleurs de la rhétorique. Saint Grégoire de Nysse reviendra sur ce point dans sa Vie de Moïse, en observant que ce qui s’est passé autrefois avec Moïse se retrouve dans l’économie de l’Église : comme tous les chrétiens ne sont pas à même de pénétrer dans l’intelligence des mystères, « ils choisissent quelqu’un parmi eux qui soit apte à percevoir les choses divines et ils lui prêtent volontiers l’oreille ensuite, jugeant digne de foi tout ce qu’ils entendent de celui qui a été initié aux secrets divins ». Il ajoute que, malheureusement, on n’observe pas cela dans beaucoup d’Églises ; aussi, dans sa lettre aux prêtres de Nicomédie, qui devaient élire un nouvel évêque, il leur rappelle que leur choix doit porter sur celui qui « n’a d’yeux que pour les choses de Dieu et qui n’élève son regard vers aucune de celles dont on se préoccupe en cette vie ».
Le modèle épiscopal illustré par saint Grégoire le Thaumaturge et saint Basile le Grand, qui sait combiner les vertus de la vie monastique avec le souci d’une pastorale active n’était pas le plus répandu dans l’épiscopat de cette époque (les lois, depuis Constantin, avaient donné aux évêques un prestige social considérable), et beaucoup étaient souvent plus mondains que religieux. C’est pourquoi Grégoire de Nysse s’en est fait l’ardent promoteur.
Grégoire le Thaumaturge et Basile n’étaient cependant pas seulement des modèles pour les évêques : ils l’étaient également pour les moines. Ils illustraient par leur mode de vie les principales vertus monastiques – le mépris du monde, la pauvreté, la chasteté, l’humilité. Ils étaient aussi, par ces mêmes vertus et par leur charité, des modèles pour tous les chrétiens. « Sa vie vertueuse, en resplendissant pour nos âmes à la manière d’un phare, grâce à la commémoration, est une voie vers le bien », écrit Grégoire de Nysse à propos de saint Grégoire le Thaumaturge. Et il conclut l’éloge de saint Basile en rappelant que la vraie louange du saint consiste à imiter ses vertus.
Pierre Maraval, qui a réalisé comme d’habitude une excellente traduction, l’a introduite, en bon spécialiste de saint Grégoire de Nysse, par une introduction très complète sur l’histoire, la nature et le message de ces deux textes.
Jean-Claude Larchet

lundi 4 janvier 2016

Le continuel début de la vie spirituelle

“To Make a Beginning” I Start the True Life at Any Moment



Dans les textes des saints Pères nous rencontrons fréquemment l'exhortation: "il convient de commencer."

On ne doit pas seulement penser qu'il est bon de dire et bon de faire une telle chose, mais on devrait également ressentir le besoin de dire: "Je commence", à chaque instant. Non seulement nous devons penser et sentir cela au début d'une année, et pas seulement à certaines étapes de la vie, ni seulement au début de la semaine, mais à chaque instant de notre vie[spirituelle]. Certes, plus souvent on commence, mieux c'est.

Je crains, cependant, que nous ne sachions pas exactement ce que cela signifie, ou ce que quelqu'un veut vraiment dire quand il utilise cette expression.

Et donc, qu'est-ce que "commencer" signifie ici?

Les Pères de l'Eglise orthodoxe ressentent le besoin de commencer, c'est-à-dire de vivre d'une manière juste, à chaque instant, de commencer la vie spirituelle à chaque instant. Chaque jour, les saints ont fait un début et sans s'en rendre compte, ils ont atteint la destination finale. Par conséquent, tout en commençant, la personne semble être au début du processus, et pourtant ce faisant, elle constate qu'elle a atteint sa destination finale.

Je vais donner un exemple sans délai de façon à nous initier un peu au thème. Un petit enfant désire monter l'escalier qui mène à sa maison. Il lève son petit pied à la première marche et tente d'élever son autre pied aussi. Il ne parvient pas à le faire, et tombe. Le petit enfant essaie à nouveau, et il n'y parvient pas encore, il tente encore de le faire, et il tombe à nouveau. Il poursuit son effort, sans considérer qu'il a échoué une fois, deux fois... Cette réalité de l'échec ne le dérange pas du tout. La mère de l'enfant le regarde depuis le palier supérieur, sans qu'il la remarque. En voyant l'effort de son enfant, et le fait qu'il n'est pas du tout gêné par son échec, elle descend, prend l'enfant dans ses bras, et l'enfant monte l'escalier sans problème.

Nous pourrions dire que cela ressemble un peu à la tentative de l'homme de vivre la vie spirituelle. L'homme a besoin de montrer qu'il veut spirituellement progresser, et attirer Dieu, par ses efforts. Car, si l'homme ne fait pas ce qu'il peut, Dieu ne fera pas ce que nous, les humains choisissons de ne pas faire. L'homme est incapable de se créer une vie spirituelle. La vie spirituelle est plutôt un don de la Grâce incréée.

J'ose dire que nous comprenons mieux maintenant comment les saints, tout en faisant un début en continu, ont atteint leur destination finale.

lVersion française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 3 janvier 2016

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


21 décembre / 3 janvier
31ème dimanche après la Pentecôte
Dimanche avant la Nativité, des Pères de l’Ancien Testament

Sainte Julienne et ses compagnons, martyrs à Nicomédie (304) ;  saint Thémistocle de Myre en Lycie, martyr (251) ; saint Honorat, évêque de Toulouse (IIIème s.) ; saint Pierre, métropolite de Moscou (1326) ; sainte Julienne, princesse de Viazma (1406) ; saint Procope, fol en Christ de Viatka (1628) ; saint Philarète de Kiev (1857).
Lectures : Hébr. XI, 9-11, 17-23, 32-40 ; Matth. I, 1-25 ; St Pierre de Moscou: Hébr. VII, 26 – VIII, 2 ; Lc. VI, 17–23
LES PÈRES DE L’ANCIEN TESTAMENT
D
ans l’office des Pères sont glorifiés les saints de l’Ancien Testament, de la race desquels est issu, selon la chair, notre Seigneur. C’est pour cette raison qu’est lu ce dimanche l’évangile de la « généalogie » de Jésus-Christ. Par la même occasion sont également commémorés tous les saints vétéro-testamentaires qui vécurent dans la foi du Sauveur qui devait venir. Ceux-ci sont énumérés dans la lecture de l’épître de ce jour. L’office des Pères contient de nombreuses expressions profondes et belles, comme par exemple : « Que la Loi se réjouisse et fasse chœur avec les prophètes et les enfants (c’est-à-dire les trois enfants de la fournaise de Babylone) et qu’en ce jour elle exulte par avance pour la divine venue du Seigneur ; Abraham aussi se réjouit, car il voit le Seigneur prendre Sa chair de sa propre semence », « Le prophète, fermant jadis la bouche des fauves dans la fosse, montra divinement que, grâce à la venue du Christ, le monde passerait de la bestiale férocité à la paix divine» ou encore « L’ensemble des enseignements de la Loi révèle la Nativité du Christ dans la chair, manifestant que ceux qui annoncèrent la Grâce avant la Loi, avaient vécu au-dessus de la Loi par la foi ». Le tropaire du dimanche des Pères est dédié uniquement aux trois enfants et au prophète Daniel parce que : 1°) ils sont les pères les plus proches de la venue du Christ et 2°) la foi atteint son sommet en eux, comme en témoigne le début du tropaire. 

Tropaire du dimanche, ton 6
Áнгельскія си́лы на гро́бѣ Твое́мъ, и стрегу́щіи омертвѣ́ша : и стоя́ше Mapíя во гро́бѣ, и́щущи пречи́стаго Тѣ́ла Tвоего́. Плѣни́лъ еси́ а́дъ, не искуси́вся отъ него́ ; срѣ́тилъ еси́ дѣ́ву, да́руяй живо́тъ. Bоскреcы́й изъ ме́ртвыхъ Го́споди, сла́ва Tебѣ́.
Les puissances angéliques apparurent devant Ton sépulcre, et ceux qui le gardaient furent comme frappés de mort. Marie se tenait près du tombeau, cherchant Ton Corps immaculé. Tu as dépouillé l’enfer, sans être éprouvé par lui ; Tu es allé à la rencontre de la Vierge en donnant la vie. Ressuscité d’entre les morts, Seigneur, gloire à Toi !
Tropaire des saints Pères, ton 2
Вé́лія вѣ́ры исправле́нія, во исто́чницѣ пла́мене, я́ко на водѣ́ упокоéнія, святі́и о́троцы ра́доваxycя; и прoро́къ Данiи́лъ льво́мъ па́стырь я́ко овца́мъ явля́-шеся, тѣ́xъ моли́твами Христе́ Бо́же, спаси́ ду́ши на́ша. 
Qu’ils sont grandioses les exploits de la foi ! Par elle, les trois jeunes gens ont exulté dans la source des flammes comme auprès d’une source d’eau reposante, et l’on vit le prophète Daniel paître les lions comme des brebis. Par leurs supplications, ô Christ Dieu, sauve nos âmes.
Tropaire de l’avant-fête, ton 4
Гото́вися, Виѳлее́ме, отве́рзися всѣ́мъ, Еде́ме,  красу́йся, Евфра́фо, я́ко дре́во живота́ въ верте́пѣ процвѣте́ отъ Дѣ́вы:  ра́й бо О́ноя чре́во яви́ся мы́сленный,  въ не́мже Боже́ственный са́дъ,  отъ него́же я́дше, жи́ви бу́демъ,  не я́коже Ада́мъ у́мремъ.  Христо́съ ражда́ется пре́жде па́дшiй возста́вити о́бразъ.
Prépare-toi, Bethléem, car l’Éden est ouvert à tous. Apprête-toi, Ephrata[1], car, dans la grotte, l’Arbre de Vie a fleuri de la Vierge. Son sein est devenu un paradis spirituel, où pousse le plan divin. Si nous en mangeons, nous vivrons, nous ne mourrons pas comme Adam. Le Christ naît pour relever l’image de Dieu autrefois déchue.
Tropaire de saint Pierre de Moscou, ton 4
Я́же пре́жде безпло́дная, земле́, ны́нѣ весели́ся: се́ бо Христо́съ свѣти́льника въ тебѣ́ показа́,  я́вѣ сiя́юща въ мíрѣ  и исцѣлева́юща неду́ги и болѣ́зни на́ша. Сего́ ра́ди лику́й и весели́ся со дерзнове́нiемъ:  святи́тель бо е́сть Вы́шняго, сiя́ содѣ́ловаяй.
Terre naguère stérile, réjouis-toi maintenant ; car le Christ a montré en toi un luminaire, brillant fortement dans le monde et guérissant nos infirmités et maladies. Aussi, exulte et réjouis-toi avec confiance ; car le hiérarque du Très-haut accomplit tout cela.

Kondakion des saints Pères, ton 1
Beceли́ся Вифлее́мe, Eѵфpáѳо гото́вися : ce бо А́гницa па́стыря вели́каго во утро́бѣ нося́щи, е́же роди́ти тщи́тся, его́же зря́ще богоно́сіи отцы́ веселя́тся, cъ па́стырьми пою́ще Дѣ́ву доя́щую.
Réjouis-toi Bethléem, Ephrata prépare-toi, voici que l’Agnelle s’empresse d’enfanter le suprême Pasteur qu’elle porte dans son sein ; en la voyant, les pères théophores sont dans l’allégresse, chantant avec les pasteurs la Vierge qui allaite.
Kondakion de saint Pierre de Moscou, ton 8
Взбра́нному и ди́вному на́шея земли́ чудотво́рцу дне́сь любо́вiю къ тебѣ́ притека́емъ, пѣ́снь, бoгоно́се, плету́ще, я́кo имѣ́я дерзнове́нiе ко Гócподу, многоoбра́зныхъ изба́ви насъ oбстоя́нiй, да зове́мъ ти́: ра́дуйся утвержде́нiе гра́ду на́шему.

Accourons en ce jour avec amour auprès du glorieux et merveilleux thaumaturge de notre terre, te composant, ô théophore, un hyme, car tu as de la hardiesse envers le Seigneur ; délivre-nous des diverses tribulations, afin que nous te chantions : réjouis-toi affermissement de notre cité !
Kondakion de l'avant-fête, ton 3
Дѣ́ва дне́сь Превѣ́чное Сло́во въ верте́пѣ гряде́тъ роди́ти неизрече́нно;  лику́й, вселе́нная, услы́шавши,  просла́ви со А́нгелы и па́стырьми хотя́щаго яви́тися Отроча́ Мла́до, Превѣ́чнаго Бо́га.
La Vierge en ce jour s’en vient dans la grotte mettre au monde le Verbe d’avant les siècles. Ô monde, à cette nouvelle, chante et danse ; avec les anges et les pasteurs, glorifie Celui qui a voulu se faire voir petit enfant, le Dieu d’avant les siècles.
VIE DE SAINT PIERRE DE MOSCOU
Né en 1260 en Volhynie, au sein d'une famille de boyards, saint Pierre entra au monastère dès l'âge de douze ans. Prenant pour guide de sa conduite l'Échelle de saint Jean Climaque, il se fit aimer de tous pour son obéissance, sa douceur et son empressement à entreprendre les travaux qui rebutaient les autres frères. Après quelques années, il se retira près de la rivière Rata, afin de trouver la quiétude favorable à la prière et, après avoir été ordonné prêtre, il y fonda un petit monastère de la Transfiguration. Il peignait des icônes et fut à l'origine du style moscovite de l'iconographie russe. À la suite d'une visite dans ce monastère, le saint métropolite de Kiev, Maxime, grandement édifié par les vertus de Pierre, décida d'en faire son successeur à la tête de l'Église russe et, confirmé dans cette résolution par une apparition de la Sainte Mère de Dieu, il en fit la demande auprès du patriarche de Constantinople, dont il dépendait. En 1308, saint Pierre fut donc consacré métropolite de Kiev, dont le siège avait été transféré par saint Maxime à Vladimir depuis la dévastation de la ville par les Tatares. Son élection ayant été confirmée par un concile à Pereyaslavl Zalessky (1311), Pierre se heurta cependant immédiatement à l'opposition des princes russes, qui rivalisaient pour tenir sous leur influence le chef de l'Église. Pierre se comporta avec douceur et charité envers ses ennemis et s'attira ainsi leur respect. Doux et conciliant pour tout ce qui concernait sa personne, il n'en savait pas moins être strict quant à la foi et à la droiture des mœurs. Comme les Tatares s'étaient convertis à l'islam et poussaient les populations des territoires occupés à la conversion, saint Pierre entreprit des voyages à travers toute la Russie pour confirmer la foi, et il se rendit à la Horde d'Or pour demander au khan le respect du christianisme et des privilèges accordés aux clercs. Il n'hésita pas à mettre sa vie en péril pour réconcilier les princes et, prévoyant que la Russie devait retrouver son unité autour de la principauté de Moscou, alors cité sans grande importance, il y transféra son siège métropolitain et fit entamer la construction de la célèbre cathédrale de la Dormition au Kremlin. Dans la nuit du 21 décembre 1326, il remit son âme à Dieu pendant sa prière, après avoir distribué des aumônes aux pauvres et à ses clercs, et avoir envoyé sa bénédiction au prince Jean Kalita. Son corps fut enseveli dans la cathédrale de la Dormition, qui n'était pas encore terminée, en présence d'une grande foule. De nombreuses guérisons ne tardèrent pas à s'accomplir auprès de son tombeau et, dès l'année suivante (1327), son culte fut officiellement reconnu au cours d'un synode; il s'étendit bientôt à toute l'Église russe. À trois reprises (1382,1447 et 1479), on exhuma son corps qui fut trouvé intact. Sa translation officielle dans la cathédrale eut lieu le 24 août 1479, qui resta un jour mémorable pour les habitats de Moscou.

HOMÉLIE DE ST JEAN CHRYSOSTOME SUR L’ÉPÎTRE DE CE JOUR
Mais quelles sont les promesses de Dieu ? Isaac, en effet, et Jacob après lui, ont eu jusqu'à un certain point les promesses de la terre. Mais Noé, Enoch, Abel, quelles promesses virent-ils se réaliser? C'est donc de ces trois derniers que l'apôtre dit qu'ils n'ont rien reçu. Et si même on veut qu'Il leur attribue quelque récompense, n'en était-ce pas une que cette gloire dont Abel hérita, que cet enlèvement dont Enoch fut l'objet, que ce miracle par lequel Noé fut sauvé ? Mais tout ce bonheur, loin de remplir les engagements de Dieu, n'était qu'un faible salaire de leurs vertus, et comme un avant-goût des récompenses à venir. Dieu, en effet, dès l'origine du monde, se vit comme forcé, dans l'intérêt du genre humain, à se mettre à la portée des hommes, et à leur donner non seulement l'avenir, mais quelques biens présents. C'est dans le même dessein que Jésus-Christ disait à ses disciples : « Celui qui aura quitté maison, frères, sœurs, père et mère, recevra le centuple, et possédera la vie éternelle ». Et ailleurs : « Cherchez le Royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Voyez-vous comment Il nous donne ce faible surcroît, afin de ne pas nous décourager ? Ainsi les athlètes, pendant la durée de la lutte, reçoivent quelques rafraîchissements; mais ils ne jouissent d'une trêve absolue et d'un repos complet que plus tard, lorsqu'ils ne vivent plus sous le régime, et qu'ils ont enfin droit à toute jouissance. Dieu aussi donne un peu en ce monde; mais l'entier accomplissement de ses promesses est réservé à la vie future ; et saint Paul, pour nous enseigner cette vérité, s'est exprimé en ces termes : « Ces saints ne voyant et ne saluant que de loin les promesses divines ». Il nous fait entendre ici une réalisation mystérieuse de leurs vœux ; c'est-à-dire que ces saints ont reçu tout ce que Dieu leur annonçait pour l'avenir : la résurrection, le royaume des cieux et tous les biens que Jésus-Christ venant en ce monde nous a prêchés : voilà, selon l'apôtre, les vraies promesses. Tel est donc le sens de ce passage; ou peut-être signifie-t-il seulement que sans avoir encore reçu tout l'effet des promesses divines, du moins ils sont partis de ce monde avec la confiance et la certitude de les recueillir. Or, la foi seule a pu leur suggérer cette confiance, puisqu'ils ne virent que de loin, selon saint Paul, les réalités même terrestres, dont quatre générations d'hommes les séparaient. Car ce n'est qu'après ce nombre écoulé de générations, qu'ils sortirent enfin de l'Égypte. Mais ils saluaient ces espérances, dit-il, et ils se réjouissaient. Telle était leur intime persuasion de cet avenir, qu'ils le saluaient : métaphore empruntée aux navigateurs, qui aperçoivent de loin le port désiré, et qui avant même d'entrer dans les eaux d'une ville cherchée longtemps, appellent cette cité et l'ont déjà conquise dans leurs désirs.


[1] Ephrata : ancienne appellation de Bethléem