"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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dimanche 30 mars 2014

Moniale Magdalena (Nekrassova) : Une histoire incroyable de trahison et de repentance (6 et fin)




Depuis, cette phrase fait partie de l'histoire de notre famille. Cependant, je ne sais toujours pas pourquoi je n'ai pas été arrêtée, d'autant plus que des articles ont été publiés à la fin dans les journaux de Vologda sur "une certaine famille, venant d'un pays capitaliste, qui corrompt la jeunesse soviétique." Dans ces années-là, ces articles précédaient habituellement une arrestation.

J’ai peut-être été aidée par le fait que j'étais allée en Géorgie pendant deux mois, à l'insistance de ma mère, et avec la bénédiction de mon père spirituel, afin d'essayer d'obtenir un appartement pour notre famille, pour avoir souffert des répressions staliniennes. Mais il me fut interdit de retourner dans la province de Vologda, et afin de continuer à travailler dans l'Église, j'ai dû déménager en Estonie.

Une page du livre de Tchertkov,
Pourquoi c'est si Terrible.
Le texte se lit comme suit :
Le Dieu rusé a beaucoup de cachettes.
*
L'histoire ne s'arrête pas là, et, gloire à Dieu! Le fait est que, après presque un demi-siècle, Mère Magdalena a appris le sort de l'ancien prêtre. Elle devait se rendre à Riga pour un traitement médical, et elle a rencontré la fille du prêtre Séraphim, qui servait dans cette ville.
*
Cette jeune femme aimable m'a dit qu’avant que son père ne devienne prêtre (à l'époque soviétique), il était lecteur dans l'une des églises de Riga, et que dans la même église, il y avait un autre lecteur: Tchertkov. Comment est-ce arrivé? Tchertkov l’a raconté lui même au Père  Séraphim, et ce qui manquait [dans l’histoire] à été complété par les paroissiens plus âgés.

Il s'avère que, lorsque la vague de persécutions de Khrouchtchev s’arrêta, les autorités dirent adieu à ceux "sincèrement égarés, mais qui finalement avaient vu la lumière," ces misérables qui avaient voyagé dans tout le pays avec leurs conférences athées (et comme certains d'entre eux sont morts terriblement ! Que Dieu nous en préserve!) et les laissèrent  comme de vieux chiffons inutiles, dont on n’avait plus besoin.

Un jeune homme étrange a alors commencé à fréquenter les églises de Riga. Il n'avait pas l'air malade, pas du tout, simplement tourmenté. Pendant la Liturgie, il se tenait près du mur du narthex, ne se signant pas, et pleurant seulement. Lorsque l'Hymne des Chérubins commençait, quand le prêtre lisait la prière secrète concernant sa propre indignité, ce jeune homme commençait littéralement à trembler, et quittait l'église en larmes.

Cela dura un certain temps. Puis, comme Père Séraphim le dit à sa fille, cet homme est venu voir l'archevêque de Riga et lui a dit son nom: oui, c'était Tchertkov !

Il a raconté son histoire et … il s’est repenti. Il a demandé à ce que son sacerdoce soit restauré. L'archevêque a informé le patriarche Alexis (Simansky) à ce sujet, et il a reçu de lui la réponse suivante: Puisque cet homme a renoncé publiquement à sa foi et qu’il a renié le Christ, il doit donc se repentir publiquement. Ici, nous devons réfléchir pour savoir s’il aurait été possible pour Tchertkov de se repentir publiquement, pour des raisons purement techniques: il ne pouvait guère avoir eu une telle opportunité, et le gouvernement n'aurait guère répondu à son initiative pour lui fournir un moyen de ce faire. De toutes façons, Tchertkov ne devint pas prêtre, mais on peut espérer qu'il consacra le reste de sa vie au service sincère du Christ et de Son Église en tant que lecteur. En effet, on avait grand besoin de lecteurs à l'époque!

On dit que ce lecteur de l'Eglise est mort dans les années 1990, et qu’il est enterré dans le cimetière de Riga. Que le Royaume des Cieux lui soit accordé!
Pendant toutes ces longues années, pour moi ,cette histoire est restée en quelque sorte inachevée. Triste, tragique, intrigante, mais inachevée. D'une part, j'ai vu de mes propres yeux un chrétien apostat, mais d'autre part, j'ai également vu la grande miséricorde du Christ envers un homme repentant.

Tchertkov aurait facilement pu m’envoyer, moi et toute ma famille, en prison ou en exil, il aurait seulement été nécessaire de mettre le bon document sur ​​la table au bon moment. Il ne l'a pas fait. Lors de sa rencontre avec les militants athées, il ne se laissa pas aller à se moquer du sacrement de la Communion, ce qui implique qu'il y avait quelque chose qui lui permettait d’en appeler au Christ, de tendre la main vers Lui, et le Christ lui-même à cause de cela, pouvait prendre sa main et le sortir de là. Cela signifie que, après un demi-siècle, j’ai pu lire une histoire vivante de l’Evangile sur le salut de Pierre dans les profondeurs de la mer de Galilée, sur le repentir de Pierre! 

Les voies du Seigneur sont au-delà de notre compréhension, mais combien elles sont merveilleuses! Bien sûr, je prie pour cet homme.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

samedi 29 mars 2014

Moniale Magdalena (Nekrassova) : Une histoire incroyable de trahison et de repentance (5)



Pour une raison ou une autre, je lui ai donné des exemples tirés de la physique et des mathématiques. Je me souviens comment j'ai comparé le niveau spirituel de son public de ce jour-là avec les sauvages qui rient à l'insistance de quelqu'un qui dit que ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre, mais le contraire. Bon, ai-je dit, cela semble ridicule aux sauvages, mais comment lui, pourrait-il se permettre de prendre avantage de cela? A un moment, il m'a rappelé qu'il n'était pas le seul, et pas le premier à quitter l'Église, avant lui, il y avait eu le célèbre prêtre Alexandre Ossipov.

" Oh," lui ai-je dit, "c’est tellement vrai. Vous n'étiez pas le premier, et Ossipov  n’était pas le premier!"

" Que voulez-vous dire? Darmansky, n'était-ce pas après Ossipov?"

"Je ne parle pas de Darmansky!"

" Alors de qui? " Doulouman? Mais il était après!"

" Je ne parle pas de lui non plus!"

La présence de ces auditeurs maintenant silencieux derrière mon dos m’inhibait, et je  murmurais à mi-voix. Tchertkov n'a pas abandonné.

" Non, qui était le premier? Dites-moi ! "

Il n'était plus possible de ne pas répondre, et alors je le lui ai dit dans un murmure, en le regardant droit dans les yeux, "Judas ! "

Je n'oublierai jamais ces minutes. Il sursauta si fort qu'il renversa quelque chose sur la table. J’ai moi-même été terrifiée d’un coup aussi direct. La discussion était évidemment terminée. Certaines phrases vides de sens suivirent, et Tchertkov offrit de continuer notre discussion par correspondance. Il écrivit son adresse et il me la donna.

A ce moment, j'étais sûre que j'allais être arrêtée, avant même de pouvoir rentrer à la maison. A quoi servirait-il de lui donner mon adresse? Néanmoins, je l'ai écrite et la lui ai donnée, et nous avons commencé à nous séparer.
Nos jeunes fanatiques ont également disparu, et Tchertkov m'a aidé à trouver mon manteau et il m’a conduit à la porte. Je me souviens clairement du gel mordant à l'extérieur et des étoiles brillantes.

Enfin, après avoir tremblé et ne rencontrant personne, j'ai décidé de rentrer chez moi, sentant qu'un scandale allait arriver. Et il en fut ainsi. Lorsque tous les délais raisonnables pour mon retour avaient épuisé mes parents, ils ont appelé la Maison de la Culture. On leur a dit que la conférence était finie, et que le film qui avait été programmé après, avait été annulé. Plus tard nous avons appris que Tchertkov fut muté hors de la province de Vologda.

C'est vrai que notre famille fit des gorges chaudes de cette jeune femme qui travaillait dans l'administration diocésaine, elle parlait avec extase de la façon dont “ un ancien et beau pope “ [terme  moqueur pour parler d’un prêtre] donnait une conférence, et il parlait si bien, mais alors une idiote était venue et avait tout gâché." 


Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

vendredi 28 mars 2014

Moniale Magdalena (Nekrassova) : Une histoire incroyable de trahison et de repentance (4)




Après de longs applaudissements du public a commencé à se disperser. L’apparition inattendue du directeur, et le regard foudroyant dans ma direction me ramenèrent à la réalité. Je fus terrifiée, je pensais qu'ils allaient m'arrêter là, tout de suite, et ainsi je suis restée assise dans le box, en attente de mon sort. Mais personne n'est venu, et je commencé à me diriger vers la sortie dans le hall, quand une foule évidemment en colère, est venue à ma rencontre. Quelqu'un me lança crûment:

" Ils ont eu raison d'envoyer des gens de votre genre en prison!"

" Les voilà,  les ennemis!"

"Nous savons comment parler à des gens comme vous!"

Leur colère a grandi rapidement, ils se pressaient toujours plus proches de moi, et quelqu'un agitait son poing près de mon visage. La situation est devenue critique lorsque soudain, et d’une manière inattendue, Tchertkov lui-même est  apparu. La foule se fendit, et mon adversaire idéologique proposa courtoisement de continuer notre discussion, si je le voulais, dans le bureau du directeur. (Plus tard, j'ai appris que le corps principal d'auditeurs du public, était composé d'agitateurs envoyés par les usines locales, les entreprises, les écoles, et ainsi de suite, afin d'acquérir une expérience pratique dans la propagande antireligieuse.

 Alors, nous sommes entrés dans un bureau spacieux avec une douzaine d’athées militants les plus actifs se précipitant pour entrer après nous, et Tchertkov m'a invitée à m'asseoir à la table du directeur en face de lui. Il a commencé par exprimer sa compassion envers moi, jeune fille qui ruinait ma vie. Heureuse que la conversation prenne un caractère plus doux et plus ouvert, j'ai aussi sincèrement exprimé ma sympathie pour la catastrophe qu'il avait amenée sur lui-même. Il fut, bien sûr, très surpris par mes paroles. Je leur ai expliqué en disant que, après tout, il avait un jour rencontré la vérité face à face, vérité qu'il refusait maintenant de façon virulente, et qu'il verrait en effet Celui qu'il avait renié quand il quitterait cette vie, et que ce serait terrible alors!

Je voudrais dire ici que, après cela, notre "dispute" a pris un ton calme, complètement différent, sincère, et avec même un soupçon de respect de sa part, en tout cas , c'est comme ça que je m'en souviens ; et plus tard, les événements le confirmeraient.

Lui-même ne dit pas grand chose, mais je continuai à exprimer ma douleur de voir l’exemple vivant d'un homme qui avait renoncé à son sacerdoce. Je lui ai assuré qu'il n'avait jamais véritablement cru en Dieu. J’ai maintenant honte de me rappeler combien primaires étaient mes arguments, mais je parlais très ardemment et très sincèrement. 


Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après


jeudi 27 mars 2014

Moniale Magdalena (Nekrassova) : Une histoire incroyable de trahison et de repentance (3)


Couverture d'un livre anti religieux
par Alexis Tchertkov intitulé
Pourquoi C'est si terrible.


A ce moment, je me levai et je dis que je n'avais pas l'intention de me cacher. Cette fois, j'ai bien compris le nouveau "hum" indigné de la foule... Tchertkov fut momentanément surpris. Apparemment, il ne s'attendait pas à une telle audace d’une jeune fille, apparemment du monde. Alors, de façon inattendue pour nous deux, un match de catch verbal suivit. Oubliant sa blessure, il me demanda de lui montrer où il avait déformé les paroles de la Sainte Écriture.

"En affirmant que la Bible est pleine de contradiction", répondis-je," vous citez comme exemple deux phrases en plaisantant: "Œil pour œil, dent pour dent", et "Si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, tendez vers lui votre joue gauche pour qu'il puisse la frapper aussi. "

"Eh bien, ne se trouvent-elles pas dans le même livre?" m'a-t-il  interrompu.

" Vous savez très bien à qui la première phrase s’adressait, et combien de siècles plus tard le Christ a commandé - cette fois dans les Evangiles - qu'il devait  y avoir une relation différente entre les gens. Ayant obtenu un diplôme avec mention de l'Académie théologique, vous êtes bien  familiarisé avec des informations dont les gens ici n'ont aucune connaissance, et vous en profitez!"

"Néanmoins," objecta-t-il, " j'ai dit la vérité, et ces deux paroles peuvent être trouvées dans un seul et même livre."

Puis il m'a demandé de dire précisément où il se moquait des Evangiles.

" Quel rire éhonté vous avez eu, lorsque vous avez parlé de la résurrection de Lazare!"

" Eh bien, ce n’est pas moi qui ai ri, mais le public!"

" Bien sûr, parce que vous l’avez présenté de cette façon!"

Notre argumentation est devenue de plus en plus échauffée, et dans cette chaleur, je n'ai pas remarqué la façon dont une bonne demie heure s'était écoulée. Soudain, le directeur de cette institution bondit sur ​​scène, et annonçant qu’en Union soviétique, les conflits religieux étaient interdits, il exprima ses remerciements fervents à notre respecté camarade Tchertkov pour sa conférence très intéressante. 



Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après