"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 29 mars 2020

Jean-Marie GOBERT:L'inattendu du Grand Carême : une folie vivifiante!



Aujourd’hui, en ce mitan du mardi de la troisième semaine du Grand Carême entrent en application les mesures législatives communément nommées confinement. Point de surprises : depuis des semaines, les puissances médiatiques nous trimballaient de l’Empire du Milieu jusqu’à la cité des Doges, en une saga qui ne nous contait point quelque route de la soie, mais la circumnavigation invasive d’un nouveau barbare nommé coronavirus. Lequel s’invite sans y être convié, se présente avec l’entregent d’un simple malappris, proche parent de la grippe, alors qu’il n’hésite pas à envoyer d’aucuns ad patres, en prenant bien son temps, de surcroît, pour les asphyxier.  

Et la peur nous taraude, pour nos proches, pour nos aînés, pour nous-mêmes, et les législateurs s’échinent à contrer l’intrus, réduisent de façon drastique les déplacements de tout un chacun, dans l’espoir raisonnable de bouter la camarde de nos terres familières. Et, pour le coup, ce sont mes occupations ordinaires, et mon agenda, et mes projets qui se retrouvent tout tourneboulés… « C’est un truc de fou, ce qui est en train de se passer ! », m’écrivait, il y a quelques heures, une personne chère. Oui, un « Truc de fou !»  Tout ce que j’avais prévu est reporté, modifié, sous réserve d’ailleurs que ce maudit coronavirus ait la politesse de ne pas m’inscrire sur sa liste des trépassés ! Oui, c’est fou, tellement c’était inattendu !

Et cependant ma mémoire me rappelle cette forte supplique dite aux Grandes Vêpres, au moment de la Litie : « Nous te prions encore pour qu’à cette sainte église, à toute église, à toute ville et à toute contrée, soient épargnés la famine, la peste, le tremblement de terre, l’inondation, le glaive, l’invasion des ennemis, la guerre civile et la mort soudaine. » Ensemble de fléaux, parmi lesquels se trouve « la peste » l’épidémie, les morts qui s’accumulent, la population d’une paroisse ou d’une ville qui se retrouve décimée en quelques semaines, voire en quelques jours … Et si, en ce jour, nous ne faisions que renouer avec la condition millénaire de l’humanité ? Et si la folie se logeait aussi dans cette superbe de l’homo occidentalis qui, depuis la Renaissance en passant par la Révolution Française jusqu’au messianisme bolchevique, s’auto-idolâtre au travers des constructions qu’il s’est faites et qui se nomment Raison, Science, Technologie, Progrès … divinités tutélaires censées nous mettre à l’abri de fléaux ne pouvant plus faire peur qu’à des ignares engoncés dans leurs anachroniques arriérations… Oui, une fois de plus,  cette coriace et insubmersible mythologie de la « modernité »  révèle ce qu’elle est : un mensonge philosophique, une imposture spirituelle.

Mensonge philosophique. Mais, me direz-vous, l’idéologie du Progrès fut tout de même inventée par les « Philosophes » au « Siècle des Lumières » ? Oui, sauf que ce terme de « philosophes » est abusif et correspond plutôt à ce que nous nommerions « Intellectuels », terme qui n’existait pas alors. Si l’on cherche une tradition philosophique qui aide à vivre, qui soit un ars vitae, c’est du côté des Anciens qu’il convient de se tourner, des Stoïciens, par exemple, avec leurs enseignements sur le désir et sur la mort. Que nous disent-ils ? Que l’homme ne peut que désirer, mais que ce désir nous égare s’il a pour objet ce qui ne dépend pas de nous : or, l’ensemble des événements étrangers à ma volonté, voilà ce qui ne dépend pas de moi. L’épidémie, les guerres, tous ces genres de fléaux bien sûr, mais aussi la santé, l’estime qui m’est accordée, la durabilité de ma réussite, la reconnaissance sociale etc… voilà le vaste domaine qui, in fine, ne dépend pas de moi. Ces réflexions, ces méditations furent écrites la plupart du temps par des hommes ayant connu notoriété, puissance, honneurs … et goûté le fruit amer de leur fragilité, rien n’étant plus fluctuant que l’opinion qui les accorde ! La distinction entre « ce qui dépend de moi » et « ce qui ne dépend pas de moi » est une des clés de leur philosophie pratique, et il ne dépend que de nous de nous en servir aujourd’hui encore ; elle se révèlera excellent antidote contre l’emprise de cet imaginaire publicitaire sur nos âmes faisant accroire à chacun qu’il est un petit roi pour lequel tout est possible et qui a droit à tout. Des philosophies purement profanes suffisent donc à nous faire comprendre que ces manipulations de nos imaginaires ne relèvent pas de l’ordre de la technique, qu’il ne s’agit pas seulement de « techniques de vente » ou de « techniques de communication » mais d’une entreprise d’assujettissement spirituel.  Ce même stoïcisme nous invite encore à toujours garder en nous la « mémoire de la mort » - autrement dit d’avoir toujours comme « pensée de derrière la tête », une vive conscience de notre fragilité -  nullement par goût du morbide ou mépris de l’existence – d’autant que se souvenir de notre fragilité nous rend bien plus attentifs à ce qu’il y a de beauté aujourd’hui, en ce jour qu’il m’est donné de vivre - mais afin de nous prémunir contre toute tentation de démesure, contre toute inattention au présent : « Agir, parler, penser toujours, comme quelqu’un qui peut sur l’heure sortir de la vie » (Marc Aurèle, Pensées II, 11), « Que la mort soit devant tes yeux chaque jour et tu n’auras jamais aucune pensée basse ni aucun désir excessif. » (Epictète Manuel, §21)

Une saine réflexion suffit, par conséquent, à nous rendre attentifs à cette fragilité si profondément ancrée dans notre condition :  nous sommes assujettis à l’action sur nous des causes extérieures - Pascal écrira, parlant de l’homme : « Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour l’écraser » Pensées Brunschvicg 347 - et la mort s’invite à tout âge et à tout moment. La patristique saura butiner ces enseignements des Anciens et bien des conseils issus de l’ascétique grecque et romaine viendront nourrir une ascèse chrétienne, ce qu’illustre à l’évidence l’exercice de la « Mémoire de la mort ». Songeons à saint Isaac le Syrien lorsqu’il écrit : « Quand tu t’approches de ta couche, dis-lui : Ô ma couche, peut-être cette nuit seras-tu mon tombeau. J’ignore si au lieu du sommeil temporel ne va pas venir pour moi le sommeil éternel. » (Discours ascétiques 34,12) ou à saint Joseph l’Hésychaste nous rappelant que « La mort nous attend cachée quelque part. Un jour, une nuit, ce sera la dernière de notre vie. C’est pourquoi bienheureux celui qui nuit et jour se souvient de la mort et se prépare à la rencontrer. Car elle a l’habitude de venir joyeusement à la rencontre de ceux qui l’attendent, mais pour ceux qui ne l’attendent pas, elle est sévère et amère. » (Joseph l’Hésychaste Lettres spirituelles, Lausanne, Suisse, L’âge d’Homme 2005, pp.173-174)

« Se souvenir de la mort et se préparer à la rencontrer » … eh bien, c’est exactement à cela que nous invite cette concomitance de « notre » coronavirus et du grand Carême, et c’est à cela aussi que nous invite le Christ, lorsqu’Il nous met en garde contre les mirages des richesses de ce monde : « Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le vers consument (…) mais amassez-vous des trésors dans le ciel. » (Mt 6, 19-20) Seulement, le sens de l’ascétique chrétienne n’est pas du tout le même que celui des Grecs : le but, pour nous, n’est pas de devenir comme une citadelle résistant aux aléas du temps. Notre ascèse est dynamique, elle est un chemin de conversion, une marche difficile parce que le vieil homme en nous se laisse pas aisément dépouiller ; mais, parce que nous avons été baptisés, et sous la motion de l’Esprit-Saint, des forces peuvent nous être données pour suppléer à l’insuffisance de notre volonté, et nous pouvons parvenir à « revêtir le Christ », (Ga 3, 27).

La foi chrétienne ne peut être vivante sans ascèse :  le sens de notre vie, c’est de permettre au Christ de venir faire en nous Sa demeure, c’est de nous laisser déifier.  Nous ne pouvons revêtir le Christ, nous ne pouvons entrer dans la Lumière de Sa résurrection sans monter au Golgotha, il n’y a pas de Pâques sans la Croix, mais le but de l’ascèse, ce n’est pas la Croix, mais la Résurrection. Le Christ n’a pas souffert par goût de la souffrance, Il a souffert Sa Passion pour m’affranchir de mes passions, comme nous le chantons aux Laudes du Troisième Dimanche de Carême, le dimanche de la Croix. Peut-être est-ce de la Liturgie de ce dimanche là qu’il nous faut nous nourrir ; peut-être sont-ce les hymnes de ce jour-là qui doivent nous habiter, plus fortement encore, en ce temps d’épidémie.  Le dimanche de la Vénération de la Sainte Croix : dimanche magnifiquement résurrectionnel, bien que lové au cœur du grand Carême, bien qu’encore séparé de la Fête des fêtes par quatre longues semaines, mais déjà dimanche de jubilation, d’allégresse : les premières strophes de la première Ode de l’Orthros ne sont-elles pas celles du jour de Pâques ? « Jour de la résurrection ! Peuples, rayonnons de joie : c’est la Pâque, la Pâque du Seigneur ! De la mort à la vie, de la terre jusqu’au ciel, le Christ notre Dieu nous conduit : chantons la victoire du Seigneur. » Et la raison, les fondements de cet hymne jubilatoire en plein cœur du Carême, c’est la vénération de la Croix, Croix salutaire, Croix vivifiante : « Resplendis, vivifiante Croix du Seigneur (…) par toi furent séchées les larmes de nos yeux (…) par toi nous avons part à l’éternelle joie. (…) Voici que s’avance le nouvel arbre de vie ; accourez pour l’embrasser dans la joie et vers lui faites monter ce cri de votre foi : Précieuse Croix, tu es notre secours et notre protection, ton fruit nous procure l’immortalité, l’assurance du Paradis et la grâce du salut » (Lucernaire, t.5 des Grandes Vêpres du samedi de la vénération de la Croix). Oui, dans la foi orthodoxe, le fondement et le but de l’ascèse, si difficile soit-elle, sont résurrectionnels.

C’est à la lumière des textes liturgiques de ce dimanche là que nous pouvons entrer non point avec notre seul intellect, mais avec notre cœur, avec notre chair, dans le mystère de la Croix et de la Résurrection, dans cette antinomie mystique en laquelle fusionnent le scandale d’un Dieu méprisé, moqué, cloué et l’épiphanie de la Gloire de ce Dieu par la Croix : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas. »  (Jn 12, 31) Oui, c’est cette indissociabilité de la Croix et du Tombeau vide, qui fonde notre Joie et notre Espérance. Xristo\j a0nes/ti, Christ est ressuscité ! « La mort a été engloutie dans la victoire. Où est-elle, ô mort, ta victoire ? » (1 Co 15,55). En Christ mort et ressuscité, la puissance de la Mort, la puissance du Monde ont déjà été vaincues (Jn 16,33), la bataille essentielle a déjà été gagnée, mais l’Ennemi se manifeste encore, il ne sera pleinement et visiblement défait qu’avec la Parousie, lorsque « la Mort et l’Hadès seront jetés dans l’océan de feu » (Ap 20,14) Et nous, nous vivons en tension dans ce déjà et ce pas encore. Voilà pourquoi nous ne nous désolons pas « Comme ceux qui n’ont pas d’espérance » (1 Th 4,13), voilà pourquoi l’Espérance manifeste notre foi, une foi en laquelle nous avons la certitude que le Seigneur est avec nous jusqu’à la fin des temps (Mt 28,20), Sa présence aimante rend infondées nos inquiétudes pour les lendemains (Mt 6,34), et rien de ce qui nous advient ne s’abime dans Son oubli, pas même la perte d’un de nos cheveux ! (Lc 12,6).

Mais la foi n’est ni une drogue, ni une illusion, ni un antalgique. Certes, notre condition présente est passagère, nous ne sommes que des pèlerins, nous croyons que l’existence ne nous a pas été donnée seulement pour ce temps de pérégrination, mais pour vivre éternellement avec notre Créateur. Mais tout d’abord, nous sommes attachés à ce monde, non sans quelque légitimité d’ailleurs puisque sa beauté exprime la magnificence de son Créateur (Ps 8 et 18). Les temps d’afflictions, de maladies nous rendent attentifs à tout ce cantique murmuré par la Création (« La création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement » Rm 8,22) ce cantique que nous, malheureux résidents d’un pavillon des agités, avions cessé d’entendre. Les retrouvailles de nos fragilités font sourdre du tréfonds de nos âmes un hymne d’action de grâces pour tant de beautés, tant d’heures de joies, tant de visages bienveillants rencontrés, tant de bontés parsemées en nos vies. Mais ce même monde est aussi terre d’« épines et de chardons » (Gn 3,18), de mauvaises herbes si invasives que d’aucuns  réduisirent le temps présent à une « vallée de larmes. » (Ps 83,7) S’il n’est guère contestable que des formes de piété n’eurent que trop tendance, dans le passé, à verser dans la déploration tristounette, dans le pénitentiel et la souffrance, cela ne donne aucune légitimité à cet égarement symétrique et opposé, qui est un des travers de notre temps, égarement qui en vient à ne plus admettre ni comprendre que la souffrance fait partie de l’ascèse. Saint Joseph l’Hésychaste écrit qu’ « On ne fait pas des moines avec des lits de plumes ! » (Op.cit. p 30) : il parlait certes des moines en écrivant cela, mais cela vaut pour tout chrétien ! Aucun Père n’a jamais enseigné que nous puissions devenir enfants de Dieu sans épreuves et sans souffrances ! Citons, parmi bien d’autres, Saint Isaac le Syrien : « Il n’est pas possible quand nous marchons sur le chemin de la justice, que nous ne rencontrions pas de contrariétés, que notre corps ne soit pas éprouvé par la maladie et la fatigue, et que nous ne passions pas par diverses vicissitudes, si nous voulons vivre selon la vertu. (…) La voie de Dieu est une croix quotidienne. Personne ne peut monter confortablement au ciel ». (Discours ascétiques 4, 3-4) Serait-ce une attirance morbide pour je ne sais quoi de mortifère que d’oser redire cela ? Nullement !  Nous ne sommes pas invités à gambader après souffrances et épreuves ! Ces personnes-là ne sont pas très bien élevées, elles se mettent à table sans y avoir été invitées et elles ne se pressent pas pour repartir. L’actualité le rappelle aux étourdis !  Et leur présence dans nos vies a du sens.

Que ces maux nous affligent, qu’ils nous fassent peur est profondément humain. Le Christ, pleinement Dieu et pleinement homme, a pleuré ; Il a, en assumant notre humanité, fondu en larmes devant le tombeau de son ami Lazare qu’Il allait, en Sa pleine divinité, ressusciter. (Jn 11, 35). Le Christ, vrai Dieu et vrai homme a pleinement vécu la répulsion que nous ressentons devant la mort, jusqu’à connaitre une peur qui s’abime en angoisse : « Sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre. » (Lc 22, 44) Le Christ, né du Père avant tous les siècles, le Christ pantocrator, le Christ par qui tout a été fait, le Christ-Dieu qui a librement consenti à Sa Passion, ce Christ pleinement homme est descendu habiter notre peur, incarner notre angoisse et notre solitude devant la mort. Oh Seigneur ! Merci d’avoir insufflé à saint Luc ce verset en lequel il nous dit la plénitude de Ton incarnation ! Merci, d’avoir assumé notre condition jusque dans cette peur de cette mort qui est la suite de la faute ancestrale.

La foi n’est pas un discours édifiant ! Après que Socrate a absorbé la cigüe, nous le voyons, lui, deviser avec ses amis, les consoler, les rassurer, leur demander de payer à Asclépios l’achat d’un coq dont il reste redevable … (Phédon 116-118) Voilà un récit édifiant ! … Au Golgotha, nous n’avons pas à faire à un discours, nous ne sommes pas dans l’édifiant, nous sommes dans l’affrontement cosmique entre la Vie et La manifestation de la Puissance des Ténèbres. Le Vainqueur de la Mort a lui-même, dans son humanité, peur de cette pâque, il a peur du trépas. Alors, il n’est pas scandaleux que, moi aussi je puisse à la fois entendre en ma misérable faiblesse le « N’aie pas peur, petit troupeau » (Lc 12,32), « N’aie pas peur car Je suis avec toi » (Is 41,10) et connaître la peur. Parce que le Christ a volontairement assumé notre solitude, notre peur et même notre angoisse, nous savons dans notre foi que, quoi qu’il advienne, nous ne mourrons pas seul, même si aucun visage aimé n’est à nos côtés à ce moment-là, même si notre Geronda ne peut venir nous assister, nous ne serons pas seul : le Christ sera avec nous et en nous et des anges nous réconforteront. (Lc 22,43) Mais … nous connaissons la peur, et ces images suscitent en nous de l’effroi !

Cette peur, nous la ressentons de façon d’autant plus vive qu’elle s’enchâsse dans une appréhension plus large encore : celle de n’être peut-être pas très éloignés de la Parousie. Certes, plusieurs générations de chrétiens ont déjà eu, à tort, la certitude de vivre la fin des temps, et il se peut que nous soyons dans la même illusion. Certes, les épidémies, les désordres, les guerres, les invasions n’ont rien de propre à notre temps qui n’est décidément pas ce monde lumineux et joyeux vaticiné par nos Saint Just et autres Condorcet ! En matière d’épidémie, notre Coronavirus n’est peut-être qu’un ennemi somme toute médiocre comparativement à tel de ses prédécesseurs, responsable par exemple des « grippes espagnoles » ; mais cette appréhension, peut-être illusoire, d’une fin de ce temps qui pourrait être proche s’ancre, de façon plus profonde, dans l’impression d’avoir à faire à un combat spirituel, à un antagonisme cosmique, frontal entre une Humanité clamant son Autonomie, sa Rationalité, sa soi-disant toute puissance et son Créateur … réputé inexistant. Lorsque nous lisons le magnifique livre de l’Apocalypse, nous sommes particulièrement frappés par ce qui est dit, de façon volontairement répétitive, de l’attitude des hommes, de leur entêtement, de leur obstination, à mesure que les fléaux s’échappent « des coupes en or remplies de la colère de Dieu ».  (Ap 15, 7) Que font ces hommes lorsque s’égrènent ces signes d’un Jugement ? : « Loin de se repentir en rendant gloire à Dieu, ils blasphémèrent le nom de Dieu qui détenait en son pouvoir de tels fléaux. » (Ap 16,9) et plus loin : « Loin de se repentir de leurs agissements, les hommes blasphémèrent le Dieu du ciel sous le coup des douleurs et des plaies. » (Ap 16,11 et plus loin Ap 16,21). Cet entêtement, cet acharnement dans la hargne de Dieu n’est-il pas au cœur de l’esprit de ce temps ?

Après le coronavirus, il n’y aura pas de retour au statu quo ante, à ce qui prévalait auparavant, nous a-t-il été dit, non sans quelque emphase d’ailleurs. Mais qu’est-ce qui est alors évoqué ? S’il s’agit d’orientations monétaires ou de politiques économiques, c’est fort possible. S’il s’agit de changements profonds dans nos manières de vivre, il est permis de se montrer dubitatif. Une conversion semble improbable. Bien sûr, ce râleur de Jonas espérait bien que Ninive ne se convertirait pas, et il n’assura, de mauvaise grâce, qu’un service minimum pour appeler les Ninivites à vivre autrement … et ces habitants se convertirent ! Rien n’est impossible à Dieu ! Mais comme elles sont solidement campées sur leurs pattes ces deux bêtes de l’Apocalypse auxquelles le Dragon a transmis son pouvoir, celle de la mer et, plus encore, celle de la terre. (Ap 13) La bête de la mer symbolise le Pouvoir institutionnel en tant qu’il recherche l’universalité entière, géographique, ce que nous pourrions nommer l’impérialisme, et spirituelle c’est-à-dire sans distinction claire entre le temporel et le spirituel, de sorte qu’il « mène campagne contre les Saints afin, de les vaincre. (Ap 13,7) Celle de la terre est au service de ce premier Pouvoir, et ce redoutable monstre de la terre fait que les hommes entrent en illusion et vouent un culte au Pouvoir qu’ils idolâtrent, consentant ainsi, en quelque sorte à leur propre asservissement. Nul doute qu’une telle bête de la terre a ses entrées dans les services de propagande, de communication, qu’elle a tous ses diplômes en idéologie et autres éléments de langage. Peu nous chaut de savoir que saint Jean était censé traiter du pouvoir romain en mettant en scène ces figures. Eu égard à la profondeur de vue de cet Evangéliste, nous pouvons supposer sans grand risque qu’il avait su discerner dans Rome un enjeu intemporel, spirituel : la confrontation de la Superbe humaine avec la kénose de Dieu. Cette maîtresse es-imaginaire qu’est la bête de la terre a, entre temps, su s’instruire et s’adapter. Elle parle couramment le mondialisme multiculturel, excelle à organiser les grandes Liturgies du Marché qu’elle agrémente par des mises en scènes sous-traitées à des minorités libertaires. Elle a, en particulier, acquis avec brio une maîtrise de l’Ecran total, de sorte que la foule de ses fidèles prend les images et les spectacles qu’elle a mis en scène pour la réalité même, tandis que l’existence de la réalité réelle, si je puis dire, se retrouve niée et doit être tue sous peine d’ostracisme.

L’après-coronavirus sera-t-il dégrisé des alcools de la croissance, du salut par la technologie, du mondialisme et autres post-modernités ? Cessera-t-il de vénérer la démesure, d’anéantir plantes, sols et animaux ? S’il n’en est rien, si la bête de la terre continue à mener la danse, alors oui, elle pourrait bien déchainer avec frénésie toute la panoplie de ses maléfices, sachant que sa puissance va bientôt être définitivement vaincue et anéantie. Il nous faudrait alors, quelles que soient nos peurs, nous ancrer, nous enter résolument en Christ. Quel que soit le temps de la Parousie, quels que soient les effondrements de toutes les impostures humaines qui la précéderont, ce à quoi nous sommes invités, c’est à l’achèvement, à la plénitude de ces Liturgies que nous avons déjà célébrées ensemble, en ce monde et en Jésus-Christ, ainsi qu’avec toutes les Puissances Angéliques et tous les saints. Ce à quoi nous sommes invités, c’est à rejoindre cette foule immense dont saint Jean eut la vision, cette foule qui, avec les vingt-quatre Vieillards et les quatre Vivants, ne cesse de chanter et de clamer : Alleluia ! ». Oui, ce à quoi nous sommes invités, c’est d’habiter la demeure commune de Dieu et des hommes lorsque le Christ lui-même viendra essuyer toutes larmes de nos yeux. (Ap 20)

Ce vendredi 20 mars A.D. 2020 

Vendredi de la troisième semaine de Carême 

Jean-Marie Gobert




samedi 28 mars 2020

Sainte Corona invoquée contre les épidémies.

Martyr de saint Victor 
En haut à gauche, martyr de sainte Corona
Ci-dessous les deux martyrs


Depuis quelques semaines, une sainte du IIème siècle redevient d’actualité. Son nom en occident sainte Corona, fait que de nombreux fidèles demandent son intercession dans leur lutte spirituelle contre la pandémie du Coronavirus. Compagne de martyre de saint Victor, ses reliques se trouvent à Anzu en Italie, et en Autriche et en Bavière où des églises lui furent consacrées. Dans ces pays, elle fut particulièrement invoquée lors d’épidémies. De là vient le regain d’intérêt pour son intercession. Quant à sa vénération actuelle, elle s'explique aussi par la parétymologie [*]Son chef ainsi que celui de saint Victor se trouvaient jadis dans la cathédrale de Dijon, jusqu’à la Révolution Française. Par les actes impies des révolutionnaires,  sombres partisans des Lumières, premiers bolchéviques de l’histoire européenne, les reliques  des saints disparurent.

Saint Victor



Icône grecque de sainte Corona/ Stéphanie 

En Syrie, vers le fin du  IIème siècle (circa 170 A.D.), les saints Victor et Corona (Stephanie, Stephanis ou Stéphanide  d’après le grec; Quelquefois nommée Couronne en français) furent martyrisés à Damas, sous le règne d’Antonin. Saint Victor, né en Italie, chrétien lui-même refusa de persécuter les chrétiens, fut arrêté et fut lourdement torturé pour refuser de renoncer à sa foi, on lui coupa les doigts, on lui arracha les yeux et il fut finalement décapité. Sainte Corona, chrétienne elle aussi et épouse d'un soldat ami de Victor impressionnée par le grand courage de Victor cria à haute voix son admiration pour le soldat du Christ et déclara qu'elle voyait deux couronnes préparées, une pour lui et une pour elle-même. Elle fut également martyrisée. Les bourreaux  l’attachèrent par les pieds à deux palmiers qui avaient été courbés ; lorsqu'ils furent relâchés, elle fut déchirée.

Apolytikion des martyrs Victor et Corona
Ton 4
Par des chants de louange et par des hymnes, célébrons les athlètes inébranlables du Christ : * les divins Victor et Vincent, et la noble Corona, avec Menas le très glorieux. * Après avoir écrasé l'ennemi à diverses époques et dans divers pays, ils se réjouissent ensemble, glorifiés dans les cieux. * Par les prières de Tes grands martyrs, ô Christ Sauveur aie pitié de tous.

Kondakion des Martyrs Victor et Stéphanie
Ton 8
Comme pieux athlètes et martyrs qui luttèrent pour la foi, l'Église honore et glorifie ce jour les pieux exploits et le martyre de Ménas le vainqueur, du noble Victor, du courageux Vincent et de la vaillante Corona, et elle clame et glorifie avec amour le Christ, l'Ami de l'homme.

Les martyrs Victor et Corona sont fêtés le 11/24 novembre dans l'Eglise orthodoxe

Version française C.L.-G. d'après diverses sources 

NOTE: 

[*] Cf. l'extrait de l'interview accordée au site RELIGIOSCOPE lors de la parution de mon livre Le Secours des Saints, Dictionnaire des intercessions orthodoxes Editions XENIA, 2007

Religioscope – Quelles sont les raisons qui conduisent à associer à l’intercession d’un saint particulier un soulagement par rapport à un type de problème spécifique? Nous pouvons supposer que cela est généralement lié à des circonstances ou expériences de la vie du personnage…

Claude Lopez-Ginisty – Il est difficile de répondre d’une manière tranchée. Quelquefois c’est effectivement quelque chose dans la vie ou le type de martyre subi par le saint qui déterminent son intercession, mais tous les céphalophores (ceux qui eurent la tête tranchée) ne sont pas invoqués pour les maux de tête. Quelquefois c’est la parétymologie ( qui voudrait établir un lien entre le nom du saint et l’intercession qui le concerne), mais elle n’est pas non plus déterminante… Ainsi saint Blaise de Sébaste est invoqué traditionnellement dans le monde pour les maux de gorge, en Allemagne, parce que son nom est proche du mot qui signifie vessie, il est invoqué pour les maladies qui affectent cet organe. Dans la tradition populaire slave, le prophète Nahum est invoqué pour ouvrir l’esprit… parce que na oum signifie pour l’esprit dans ces langues.

Il est fort probable que pour la plupart des intercessions, quelqu’un a d’abord fait appel à un saint pour un « problème » particulier, et qu’ayant été exaucé, il en ait répandu la nouvelle et qu’ainsi de proche en proche, le saint ait été « spécialisé »!!! Mais la miséricorde de Dieu est grande et le lien que l’on peut avoir avec les saints n’est pas un lien artificiel ou intellectuel, il est une relation vraie. Les amitiés des saints sont fortes et fidèles et leur fréquentation nous apprend que l’on peut leur demander d’intercéder pour tous nos maux… Les saints savaient sur terre, que le Christ était présent dans chacun de leurs frères, ils les aimaient de l’Amour que le Christ leur avait à eux-mêmes manifesté. Auprès du Christ, ils témoignent encore de leur amour pour Lui en poursuivant leur œuvre sur terre. «Tous les Pères qui se sont endormis avant nous nous soutiennent par leur prière.Ils ont le souci du salut des hommes et aident par leur intercession auprès de Dieu », dit Origène.

vendredi 27 mars 2020

Des vigiles nocturnes et des processions auront lieu dans tous les monastères du Mont Athos pour la délivrance du coronavirus


La Sainte-Communauté a appelé tous les monastères du Mont Athos à faire face, par des vigiles à  la Mère de Dieu et des processions, à la pandémie, et à se tenir aux côtés des hommes éprouvés. Selon les informations de l’agence Orthodoxia, la Sainte Communauté du Mont Athos s’est réunie jeudi dernier et a décidé d’envoyer une lettre à tous les monastères athonites pour leur communiquer sa décision de faire face au coronavirus par une prière renforcée, par des processions et des vigiles nocturnes. Les représentants des vingt monastères du Mont Athos expriment ainsi leur compassion aux personnes éprouvées, priant pour celles-ci avec douleur la Mère de Dieu afin qu’elle les protège en ces moments difficiles. Les décisions de la Sainte-Communauté sont les suivantes : 1) Une vigile nocturne (agrypnie) à la Mère de Dieu et à saint Charalampos (voir ici sa vie et ici l’acathiste au saint, ndt)  sera célébrée dans la nuit du vendredi au samedi de la 4ème semaine du Grand Carême (c’est-à-dire du 27 au 28 mars), dans tous les monastères et leurs dépendances ainsi que dans l’église du Protaton, 2) Des processions auront lieu avec les saintes reliques et les icônes miraculeuses, au gré et selon l’ordo de chaque monastère.
La Sainte Communauté, de cette façon soutient les médecins, le personnel médical et les bénévoles et tous ceux qui travaillent pour leurs semblables, ainsi que les dirigeants qui, en ce moment, doivent prendre des décisions pour l’épreuve temporaire qui s’abat sur l’humanité. Dans sa lettre, la Sainte Communauté exprime l’affliction des Pères athonites pour toute interdiction générale du culte chrétien orthodoxe, particulièrement pendant la période de la pandémie. La Sainte Communauté termine sa lettre en soulignant la nécessité d’intensifier les prières et la vie sacramentelle pendant la période du Grand Carême et appelle tout le peuple à se tourner dans le repentir, de toute son âme et de tout son esprit vers le Seigneur, la Source de vie et le vainqueur de la mort.
citant

Métropolite Athanase de Limassol, interrogé par Alexandra Nikiforova : "AIMEZ LE CHRIST !"


Ici, à Chypre, on ne l'appelle pas "Votre Éminence" ou "Métropolite", mais "Géronda [staretz]". L'esprit de Vladyka est calme et joyeux. Le lundi lumineux, il a servi dans le monastère de Saint-Georges-Alaman : il a traversé l'église sans se faire remarquer, s'est tenu à sa place, a chanté le canon pascal, est entré au sanctuaire, a servi la Liturgie, a béni tout le monde, a bu du café dans la maison d'hôtes avec les gens et est parti, tout aussi imperceptiblement. Le lundi suivant le dimanche de la Saint-Thomas, il était au monastère de Saint-Héraclès tôt le matin pour confesser les moniales, puis les enfants et les paroissiens sont allés le voir. Je me suis également approché du staretz. J'avais beaucoup de questions en tête sur la façon de vivre la vie spirituelle dans une métropole, mais j'ai vite compris que pour chaque question, il avait une réponse simple : "Aimer le Christ".

Nous présentons cette conversation informelle sans montage afin de montrer le style de communication quotidien du Métropolite Athanase.

Métropolite Athanase de Limassol
  
Ce n'est pas l'endroit où vous vivez qui importe,
mais comment vous vivez!

-Merci Géronda, d’embrasser non seulement vos enfants spirituels à Chypre avec votre amour, mais aussi nous, les Russes. Nous vous aimons beaucoup !

-Pour moi, il n'y a ni Russes ni Chypriotes ; nous sommes tous frères.

-La vie est trépidante à Moscou ; nous courons tous dans tous les sens, et même l'Église ne fait que partie de notre emploi du temps. Nous n'avons pas grand-chose pour l'âme. Vos enfants dans le monde vivent une véritable vie spirituelle. On dit que vous avez apporté l'esprit des anciens athonites sur l'île et que c'est grâce à lui que vous avez renouvelé les monastères de Machairas, de Saint-Héraclès et de Mésopotamie, et que vous avez attiré des étudiants en commençant à converser avec eux il y a une quinzaine d'années à l'université. Quelle expérience avez-vous apportée de la Sainte Montagne ?

-Mon enfant, je n'ai rien fait de spécial. Le Seigneur répand son œuvre. Nous sommes des serviteurs sans valeur, nous n'avons rien fait d'utile.On n'a pas besoin de parler de ce que l’on fait à haute voix. Dieu peut tout faire sans nous. Les Pères athonites, les saints de nos jours, ne voyaient pas de différence à propos du lieu où un homme vit, mais dans la façon dont il vit.

Peu importe que je vive sur la Sainte Montagne, en Russie, à Chypre ou en Amérique. Ce qui compte, c'est la façon dont je vis ! Je peux aussi vivre négligemment sur la Sainte Montagne! Et ne pas réussir. Ou bien je peux vivre à New York et devenir un saint, ou bien je peux vivre à Moscou et devenir un saint. Je peux vivre dans le monastère de Machairas[1] et rester un pécheur. Le style de vie et l'Église comptent. C'est l'Arche du salut. La Sainte Montagne est très précieuse parce qu'elle appartient à l'Église. Les monastères sont précieux parce qu'ils font partie de l'Église. L'Église nous sauve. Partout où l'Église orthodoxe est présente, il y a les Saints Sacrements ; partout où il y a des podvigs chrétiens [exploits spirituels, ascèse spirituelle et des pères spirituels qui nous aident à vivre la vie spirituelle, il y a le salut de l'homme.

L'Église est l'Arche du salut. Ce n'est pas un monastère. Pas la Sainte Montagne. Pas le désert. L'Église ! L'Église sauve le désert et la ville. L'Église sauve chaque personne.

En fait, il n'y a pas de différence entre un moine et un laïc. Extérieurement, oui, il y en a une, mais elle est seulement extérieure. Un moine et une personne mariée ont des conditions de vie différentes, mais en fait leur chemin est unique, car le Christ désire notre cœur - à la fois le cœur d'un moine et le cœur d'un laïc ; à la fois le clerc et la personne simple ; à la fois le marié et le célibataire. Tous doivent aimer le Christ. Quiconque aime le Christ est fiancé à Lui dans son cœur. Peu importe où il se trouve ou qui il est. Bien sûr, c'est plus facile pour les moines - ils ont le silence, l'obéissance, la liberté de se soucier des autres...

-Les offices, la prière...

-Les offices, la prière - et c'est d'une grande aide. Mais l'Église donne les Saints Sacrements à tous et les sauve tous. L'Église nous sauve - un lieu ou les conditions de notre vie ne nous sauvent pas.

Le Christ nous a-t-il pas  dit : "Réjouissez-vous" ?

-Vous et vos enfants spirituels étonnez toujours avec votre esprit calme et joyeux. D'où vient-il ?

-Du Christ [rires]. Le Christ ne nous a-t-il pas dit : "Réjouissez-vous toujours !"? "Réjouissez-vous", a-t-Il dit aux  femmes myrrophores quand Il est ressuscité. Réjouissez-vous ! Le Christ est la joie, la paix intérieure, l'Amour. Si nous ne ressentions pas la joie et la paix avec le Christ, alors qui serait jamais joyeux ?

-Mais tous les chrétiens ne sont pas joyeux !

-Je ne sais pas si tous le sont ou pas. Mais comment pourrions-nous ne pas être joyeux ? La joie, mon enfant, c'est la présence du Christ en l’homme. Par conséquent, nous devrions être pleins de joie et de louange pour Dieu et remercier le Christ pour Son amour et Sa présence dans nos vies.

-Peut-il vraiment y avoir une "obligation" ici ? L'amour est toujours naturel et vient du cœur de l'homme !

-Vivre avec le Christ et l'Église fait exactement cela ! Nous le savons par expérience. Nous le ressentons. Nous n'avons pas besoin de le forcer. Cet amour nous est donné comme un don, mais comme une conséquence naturelle. C'est ainsi qu'étaient tous nos Pères ! Les saints de notre époque – le staretz Païssios, le père Ephraïm, le staretz Joseph [l’Hésychaste], le père Charalampos, le staretz Porphyre - étaient tous des gens joyeux ! Pleins de paix intérieure et d'amour !

Sinon, malheur à nous ! Le Christ est lumière, espoir et joie.

Je ne dis pas "Seigneur, où es-tu ?" mais "Seigneur, au secours !"

Métropolite Athanase de Limassol

-Géronda, comment préserver cet esprit de paix et cette confiance en Dieu dans des épreuves graves et soudaines, comme la mort d'un enfant ou une maladie incurable ? Il y a eu un accident d'avion à Moscou où des gens sont morts...

-Un accident d'avion ? Je n'en ai pas entendu parler.

-Oui, une quarantaine de personnes sont mortes !

-C'est terrible ! Mais nous devons prier, Alexandra ! Prier ! La prière donne toutes bonnes choses à l'âme humaine. Priez. Quand un homme prie, il a la paix dans son âme. Il est naturel que nous soyons affligés et inquiets dans les moments difficiles. Mais nous ne perdons pas la paix dans notre âme, elle reste en nous. Nous faisons face à tout avec patience et prière. La prière nous donne la force d'avoir la paix intérieure.

-Mais pour prier, il faut avant tout avoir confiance en Dieu !

-La prière est toute notre vie. Je ne peux pas prier selon un horaire : matin, après-midi et soir, mais toute la journée, toute la nuit, toute ma vie.

-Oui, il y a une différence ici. Nous ouvrons le livre de prières généralement après minuit, quand nous avons fini nos tâches...

- Priez toute la journée ! Une vie entière de prière ! Pour que Dieu vive en nous toute notre vie, que le Seigneur soit avec nous dans nos cœurs et dans nos esprits. Ce qui est nécessaire, ce n'est pas seulement de prononcer les mots des prières, mais d'avoir le Christ dans nos cœurs. Quel que soit le travail que je fais tout au long de la journée, que ce soit pour obéir, cuisiner, nettoyer, m'asseoir dans mon bureau, conduire une voiture, le Christ devrait toujours être avec moi, dans mon cœur, afin de ne pas L'oublier dans ma vie. Il est inutile de dire nos prières si c'est tout ce que nous faisons ! Je peux avoir la présence du Christ en moi et la mémoire de Dieu sans paroles.

-Géronda, Vous avez le Christ dans votre cœur. Cela signifie-t-il que lorsque quelque chose de terrible arrive, vous ne dites pas, comme nous le faisons : "Seigneur, où es-tu ?"

-Non, je dis : "Seigneur, aie pitié de nous et aide-nous."

-Vous ne voulez pas que Dieu vous explique comment cela a pu arriver ?

-Quelle explication ? Ne sais-je même pas que tout cela est la conséquence du péché ancestral ? La chute de l'homme a apporté la mort dans le monde. Elle a apporté le mal. Elle a apporté la tristesse et le chagrin. Le mal qui se produit a été apporté par le péché, par la chute de l'homme. C'est notre réalité, nous y vivons.

-Et les péchés que nous commettons, sont-ils aussi une cause de désastres et de catastrophes ?

-Oui. Tout d'abord la chute de l'homme, mais aussi nos propres péchés, notre mal. Ce n'est pas la faute de Dieu. Il n'est pas responsable du mal qui se produit autour de nous. La culpabilité réside dans l'abus de la liberté et dans l'état de l'humanité après le péché. Autrement dit, tout ce qui se passe autour de nous est tout à fait naturel pour le monde dans son état après la chute. C'est ainsi que la vie s'organise.

Avoir le Christ dans notre cœur

-D'accord Géronda, j'ai compris que si nous avons le Christ dans notre cœur, il nous sera plus facile de supporter tout ce qui se passe autour de nous tout en préservant la paix en nous-mêmes. Mais comment pouvons-nous avoir le Christ constamment dans nos cœurs tout en vivant dans le monde ?

-Comme une mère - où qu'elle soit, elle se souvient de son enfant. Elle ne l'appelle peut-être pas par son nom - Georges, Alexandre ou Constantin - mais ses enfants - ils sont dans son cœur. Et son esprit est avec ses enfants. Elle ne les oublie jamais. C'est la même chose et même plus avec le Christ ! Il devrait être dans nos cœurs. Et où que nous allions, le Christ ira avec nous.

-Le staretz Germain de Stavrovouni [2] écrit que Dieu entend la prière qui vient d'un cœur pur. Est-il possible pour nous d'avoir un cœur pur ?

-Il s'agit là d'une autre grande mesure spirituelle. Nous sommes impurs. Nous disons simplement : "Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi", et c'est une guérison pour nous. Ce que dit le saint staretz Germain est pour les personnes en bonne santé. Nous sommes malades. Et comme tout homme malade prend des médicaments pour guérir, nous aussi. Chaque fois que nous disons : "Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi", nous prenons des médicaments.

-Vous voulez dire que si nous en prenons constamment, c'est-à-dire si nous répétons les mots de la prière, alors quelque chose va changer en nous ?

-Bien sûr ! Mais il va sans dire que nous invoquons le Nom de Dieu dans l'humilité et la repentance.

-Nous n'avons pas d'humilité !

-D'accord, alors offrons à Dieu le peu que nous avons ! Et qu'avons-nous ? Une langue et une bouche qui peuvent dire : "Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi." Ce que j'ai, je le donne. Le Seigneur ajoutera le reste.

La prière rend le sens de la vie

-Un problème majeur pour l'homme moderne vivant à Moscou est la perte de sens : Nous ne savons pas où nous allons, pourquoi nous vivons - l'homme est perdu ! Que pouvons-nous faire ?

-Nous sommes tous des gens perdus [rires], pas seulement ceux qui vivent à Moscou !

-Mais nos grands-mères n'avaient pas ça !

-Elles vivaient avec un rythme différent. Elles avaient le temps et elles pensaient à Dieu. Le mode de vie moderne nous a pris du temps. Nous courons toute la journée et nous travaillons toute la nuit. Nous sommes constamment au téléphone. Avant, il faisait nuit et les gens fermaient leurs portes et étaient chez eux en toute tranquillité. Nous devons sauver nos âmes sur la base des conditions dans lesquelles le monde moderne nous a placés, en construisant nos vies spirituelles dans ces rythmes de la ville, en invoquant le nom du Christ.

-C'est-à-dire, encore une fois, la prière ?

-Bien sûr, la prière. C'est notre lien avec le Seigneur, la mémoire de Dieu. C'est très important de se souvenir de Dieu partout et toujours !

-C'est une grande vocation !

-Essayez ! C'est facile !

Ce n'est pas le professeur qui est coupable, mais le disciple

-Quel exemple de vie spirituelle les startsy que vous connaissez vous ont-ils montré ?

-Les startsy vivaient dans le monachisme, dans des conditions monastiques, mais ils étaient les pères spirituels de nombreux laïcs. Le staretz Païssios recevait des gens toute la journée. Ils vivaient dans le désert mais étaient en contact permanent avec le monde. C'était la même chose pour saint Séraphim de Sarov ! Les saints Apôtres ! Les saints Apôtres ont conservé le calme intérieur et la prière, bien qu'ils aient éré dans le monde, communiquant à la fois avec les païens et les chrétiens - avec tout le monde ! Avaient-ils le temps de se taire ? Non, mais le silence vivait dans leur cœur ! Le Christ remplissait leurs cœurs et ils servaient les besoins des gens et l'Amour du Christ. C'est la même chose dans un monastère : vous voyez comment les moines ont beaucoup d'obédiences et beaucoup de travail ; ils n'ont pas le temps d'être dans un silence constant. Mais nous ne sommes pas des yogis. Notre salut n'est pas dans la contemplation, mais dans les podvigs [exploits spirituels, acsèse]. Quand je sers mon frère, quand je sers ma famille, quand le Christ est dans mon esprit et dans mon cœur, toujours et partout, c'est là mon salut !

La fête patronale du monastère de St. George l'Alaman

-Et si quelqu'un n'avait pas un bon père spirituel qui lui expliquerait tout cela ?

-Le problème n'est pas que nous n'avons pas de bons pères spirituels, mais que nous ne sommes pas de bons disciples. Un père spirituel vous répète les paroles de l'Evangile. Et quand quelque chose ne va pas, c'est le disciple qui est à blâmer, pas le professeur. J'ai connu les saints Porphyre, Païssios, Joseph, Ephraïm de Katounakia, Papa Charalampos, Jacques d'Eubée, Sophrony d'Essex et Philothée (Zervakos). Ils ne se ressemblaient pas extérieurement, mais ils étaient unis par essence : des hommes de Dieu. Le Christ vivait dans leur cœur. Le Seigneur m'a honoré : J'ai connu de bons professeurs. Mais je ne suis resté qu'un élève de première année ! Et ce ne sont pas les enseignants qui sont à blâmer, mais nous-mêmes.

Je n'aime pas la prise de courant. J'aime la Lumière !

-Géronda, la chose principale qu'ils vous ont apprise, c'est la prière ?

-La chose principale, Alexandra, c'est le Christ. Pas la prière, pas l'ascétisme. Mais pour que le Christ soit dans nos cœurs, la prière est un moyen, c'est comme une prise de courant. L'ascèse, les veillées, le jeûne, c'est la même chose. Ils sont tous comme des prises: Branché dans la prise, la lumière s'allume. Mais pas sans la prise ! Mais je n'aime pas la prise. J'aime la Lumière.

Postface : "Nous prions pour l'Ukraine jour et nuit"

J'étais déjà parti, mais à mi-chemin, j'ai fait demi-tour ! Sachant combien le Métropolite Athanase aime l'Ukraine et Vladyka Onuphre, je lui ai demandé de dire deux mots pour les fidèles d'Ukraine, et il a accepté avec plaisir :

-Je veux dire à nos chers frères, chrétiens orthodoxes, qui sont dans l'Église ukrainienne, que nous les aimons, que nous avons de l'empathie pour eux, que nous prions pour eux, que nous pensons à eux jour et nuit, que nous souffrons avec eux dans les grandes épreuves qu'ils traversent. Ils doivent savoir que dans cette grande tentation, il faut beaucoup de prière et de patience, et la tentation passera. Plus les circonstances sont difficiles, plus l'heure est proche où le Seigneur nous donnera une issue à la situation qui semble aujourd'hui sans espoir. Par la décision du Saint Synode et la bouche de l'archevêque Chrysostomos, l'Église de Chypre a exprimé son soutien à l'Église d'Ukraine et a reconnu l'Église canonique dirigée par le Métropolite Onuphre. Par cette décision, nous avons voulu aider, comme nous le pouvions, à surmonter la situation difficile qui existe aujourd'hui dans l'Église d'Ukraine. Nous prions avec ferveur car il est difficile de trouver une solution humaine dans ces conditions ; mais le Seigneur est au-dessus de toutes les circonstances humaines. Que nos frères, les chrétiens d'Ukraine, aient de l'espoir et restent unis à leur Église canonique, aiment le Christ et l'Église, et restent fidèles à leur Église et à leur Métropolite Onuphre. Que Dieu vous aide à tout surmonter !

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Prions pour Jean-Michel et ses compagnons de quarantaine!



Message reçu ce jour de Jean Michel du blog orthodoxe Saint Materne (http://stmaterne.blogspot.com/): il est -par précaution- mis quarantaine. Il est en mer actuellement...

Prions pour Jean-Michel 
et ses compagnons de quarantaine

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jeudi 26 mars 2020

À CONSTANTINOPLE, "ON M'A TOUJOURS DIT QUE NOUS NE SOMMES PAS ICI POUR FAIRE DU TRAVAIL MISSIONNAIRE" - ÉVÊQUE DE L'ARCHEVÊCHÉ D'EUROPE OCCIDENTALE

Vladyka Jean de Doubna
Photo : sobor.by


Paris, le 25 mars 2020
  

Son Éminence le Métropolite Jean de Doubna,  hiérarque dirigeant de l'Archidiocèse des Églises russes d'Europe occidentale, ne pouvait pas accepter la dissolution de l'Exarchat par le Patriarcat de Constantinople à la fin de 2018, car cela aurait signifié l'abandon de l'histoire pan-orthodoxe du travail missionnaire de l'Archidiocèse en faveur d'une adhésion aux Métropoles grecques axées simplement sur le service des Grecs de la diaspora, comme il l'a expliqué dans une récente interview.

Dans une récente interview publiée dans la traduction russe de Sobor.by, le Métropolite Jean a donné un aperçu de la décision de l'Archidiocèse de retourner au Patriarcat de Moscou après que son statut d'exarchat ait été soudainement retiré par Constantinople dans une récente interview publiée dans la traduction russe de Sobor.by.

En retraçant l'histoire de l'archidiocèse dans les années qui ont suivi la révolution russe, le Métropolite a noté que bien qu'il ait commencé dans le but de servir la diaspora russe en Europe occidentale, "en observant la vie des orthodoxes russes, de nombreuses nouvelles personnes de différentes nationalités qui professaient auparavant une religion différente ont rejoint nos communautés".

"Nous pouvons donc dire que nos paroisses sont devenues missionnaires sur tout le territoire européen", a-t-il ajouté.

Et plus encore :

C'est la mission de notre Église de rassembler les orthodoxes. Nous sommes très ouverts sur la langue : Nous avons des paroisses utilisant le français, des paroisses utilisant le russe, et des paroisses qui utilisent 3 ou 4 langues. Nous avons des communautés qui vivent selon l'ancien calendrier, et il y a celles qui vivent selon le nouveau calendrier. Et quand nous nous unissons lors des réunions du clergé, cela nous donne une atmosphère très joyeuse, une atmosphère de mission : Nous sommes ici pour témoigner que l'Église orthodoxe est une Église ouverte, une Église vivante, une Église capable de recevoir tous ceux qui veulent vivre dans l'Esprit, dans la Tradition orthodoxe, et participer à la Liturgie orthodoxe.

Interrogé sur ce qui, selon lui, a poussé le patriarche Bartholomée de Constantinople à ordonner soudainement et inopinément la dissolution de l'archevêché, avec ses paroisses, pour s'installer dans les métropoles grecques correspondantes dans toute l'Europe, Le Métropolite Jean a répondu qu'il se posait toujours cette question.

"Nous n'avons toujours pas de réponse claire", a-t-il déclaré.

On leur a seulement dit que les métropolites de tradition grecque de Constantinople à travers l'Europe ne voulaient pas que l'archidiocèse se chevauche sur leur territoire, et donc que les paroisses de tradition russe devaient passer sous les évêques grecs, a expliqué le hiérarque de l'archidiocèse.

"Il nous a été extrêmement difficile d'accepter que l'archidiocèse disparaisse et que sa mission soit dissoute. Chaque paroisse séparée aurait dû faire partie d'une métropole dont l'esprit ne correspond pas au nôtre", a expliqué le Métropolite Jean .

Cette différence d'esprit lui a été explicitement expliquée à de nombreuses reprises au fil des ans, a-t-il témoigné : "Je dois vous dire que lorsque j'ai visité la résidence du Patriarche de Constantinople à Istanbul, on m'a toujours dit que nous ne sommes pas ici pour faire un travail missionnaire : Nous sommes ici pour nous occuper des chrétiens de tradition grecque."

"C'était leur leitmotiv, et il n'était pas question de mission", a-t-il ajouté.

En revanche, "Dès le début, l'archidiocèse a eu une vocation missionnaire, et nous avons voulu la suivre. Et c'est pourquoi nous ne voulions pas détruire notre archidiocèse légalement. Nous voulions préserver son intégrité, et elle le reste aujourd'hui", a affirmé le hiérarque du Patriarcat de Moscou.

"Il y a eu un rejet de l'Archidiocèse avec son ouverture et ses aspirations missionnaires, et un désir d'inclure nos paroisses dans les métropoles du Patriarcat de Constantinople. Mais cela détruirait l'esprit de l'Archidiocèse - l'esprit de coopération et de liberté", a poursuivi le Métropolite Jean.

Il note également que de nombreux membres de l'archidiocèse désapprouvent les actions de Constantinople en Ukraine, et qu'il estime lui-même que Constantinople a très mal agi, introduisant la division d'une manière hasardeuse.

Il n'y a pas moyen de sortir de la situation actuelle, pense le Métropolite Jean, à moins que le patriarche Bartholomée ne reconnaisse que ses prérogatives n'existent que dans une atmosphère de synodalité.

ORTHOCHRISTIAN a déjà rapporté que le Métropolite Jean a "ré-ordonné" deux prêtres issus des schismatiques ukrainiens, car ils n'ont reçu aucune ordination canonique en dehors de l'Eglise.

Version française CLaude Lopez-Ginisty
d'après