"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 23 mai 2018

Sur le blog de Laurence Guillon

Pierres précieuses, licorne et serpent des prés.



J’ai relu le récit de l’Anglais sur Ivan le Terrible, il en montre des aspects effrayants, mais fait en fin de compte un bilan de son règne qui n’est pas négatif, il va même jusqu’à dire que s’il n’avait pas été aussi féroce, il n’aurait pas régné si longtemps ni obtenu de tels résultats, sur le plan de l’extension, de la consolidation et de l’organisation de son royaume, de la consolidation de la foi orthodoxe, et il souligne qu’il fut aussi un grand bâtisseur. Après sa mort, Boris Godounov, que l’Anglais aimait bien, prend assez vite le même chemin, devant les complots incessants, et craint en permanence pour sa vie. Il semble bien qu’il ait fait assassiner le tsarévtich Dmitri, et aussi empoisonné sa mère.  Il a dû être entraîné à cela par l’exercice du pouvoir et ses terribles dangers, alors qu’au départ, c’était un homme mesuré et plutôt pacifique.

C’est un peu ce que je montre dans Parthène, mais mon tsar est sûrement assez adouci par rapport au modèle. Le supplice du mage anglais est une chose assez difficile à lire, et je ne pense pas qu’il l’ait inventé. Je dirais qu’il n’aime ni la Russie ni les Russes et ne les comprend pas, mais son témoignage semble essayer de donner une idée exacte de ce qu’il voyait. Bien sûr, on sélectionne forcément ce qui nous frappe en fonction de nos affinités et de notre réceptivité particulière, mais quand on affirme que tout cela est de la propagande de l’époque, pour noircir le tsar, je ne le crois pas. D'autant plus qu’il lui concède une position difficile et dangereuse et de grandes réalisations. 

Le mage anglais était un aventurier et un triste personnage, un intrigant, ce qui m'étonne, c'est comment, par cupidité, des gens peuvent en arriver à croire qu'ils vont impunément manipuler des fauves comme le tsar Ivan. C'est dangereux, je ne m'y risquerais vraiment pas. Son dernier mot, quand il mourut après d'abominables tortures, fut: "Dieu..."

L'amitié de sir Jerome avec Boris Goudounov est touchante et pourrait, elle aussi, faire l’objet d’un roman.  L’Anglais avoue avoir gardé toutes ses lettres, ce qui n’est pas anodin. Boris avait fait expédier ses richesses personnelles (pas celles de l’état) aux Solovki, pour les envoyer éventuellement en Angleterre si cela tournait mal pour lui. Mais il avait hésité, et ses plans avaient été plus ou moins découverts. La noblesse avait commencé à soupçonner sir Jerome Horsey, dont elle enviait les liens privilégiés avec le régent, et à intriguer contre lui.

« Quelques uns de mes vieux amis m’envoyèrent en secret, par une vieille mendiante, la nouvelle qu’il y avait eu des changements et que je devais être sur mes gardes. On m’envoya chercher. Je remis le document de la reine au tsar (Féodor Ivanovitch), il le transmit à Andreï Chelkalov, principal fonctionnaire des ambassades, mon ennemi par la grâce de sir Jerome Baus. Le tsar faible d’esprit commença à pleurer, à se signer, disant qu’il n’avait jamais donné prétexte à offense, visiblement, quelque chose l’alarmait. On m’éloigna rapidement de lui.

Le prince régent n’y était pas, et je n’entendis pas parler de lui jusqu'à ce qu’un soir, il envoyât un noble me dire de venir le rencontrer à cheval, dans un endroit déterminé, sous les murs de Moscou. Ayant ordonné à tous de s’éloigner, il m’embrassa, selon leur coutume, et me dit avec des larmes que pour des raisons sérieuses, il ne pouvait me manifester (ouvertement), les mêmes bonnes dispositions. Je lui dis que j’en étais d’autant plus blessé que ma conscience en témoignait : je ne lui avais donné aucun prétexte à offense, je lui avais toujours été fidèle, dévoué et honnête.  « Alors que souffrent pour cela les âmes de ceux qui ont voulu nous brouiller ». Il parla de diverses choses qu’on ne peut coucher sur le papier. Prenant congé, il m’assura qu’il ne laisserait pas toucher un cheveu de ma tête, c’était juste une phrase creuse… »

Quand Boris "embrasse" sir Jerome "selon leur coutume", il ne s'agit pas de l'insupportable et récent bisou français systématique, mais de prendre la personne dans ses bras, de l'embrasser au sens premier du terme, et de la serrer trois fois contre son épaule, trois fois, parce que la Trinité, c'est un geste d'affection solennel et chargé de sens, qui se pratique toujours.

Voici d’autre part la courte description qu’il donne du tsar Ivan, à la fin du bilan de son règne : «Il était d’un extérieur agréable, avec de beaux traits du visage, un grand front, une voix impérieuse, un vrai scythe, rusé, cruel, sanguinaire, impitoyable, il dirigeait lui-même, selon sa volonté et sa compréhension des choses, les affaires du royaume, aussi bien intérieures qu’extérieures. »

Il raconte qu’au moment d’une famine qui jetait un grand nombre de nécessiteux dans les rues de Moscou, le tsar Ivan avait donné l’ordre de les secourir. Mais ceux qui feignaient la misère pour soutirer de l'argent (comme il y en a encore de nos jours, dit-on),  il avait décrété de les abattre d’un coup sur la tête…
C’est sûr, ça calme…

Pour finir, je traduis la scène extraordinaire des pierres précieuses :
On portait chaque soir le tsar dans son trésor. Un jour le tsarévitch (Fiodor Ivanovitch) me fit signe de les suivre. Je me tenais au milieu d’autres courtisans et je l’entendais parler de quelques pierres précieuses, et en expliquer les vertus au tsarévitch et aux boyards (et leurs propriétés). Et je demande la permission de faire ici une petite incise, exposant cela pour en garder personnellement le souvenir.

« L'aimant, comme vous le savez, a de grandes propriétés secrètes, sans lesquelles on ne peut voguer sur les mers qui entourent la terre, et sans lesquelles on ne peut reconnaître ni les côtés ni les limites de la terre. Le tombeau du prophète perse Mahomet, qui est d’acier, flotte miraculeusement au dessus de la terre, dans leur mausolée à Derbent. » Il ordonna à ses serviteurs de lui apporter une chainette d’épingles et les touchant avec l’aimant, les suspendit les unes aux autres...

« Voici le magnifique corail et la magnifique turquoise, que vous voyez, prenez-les dans vos mains ; leur couleur naturelle est éclatante et maintenant, posez-les sur ma paume. Je suis empoisonné par la maladie ; vous voyez comme elles montrent leur propriété, en ternissant leur pure couleur ; elles prédisent ma mort ».

«Apportez mon sceptre impérial, fait de la corne d’une licorne, avec de splendides diamants, des rubis, des saphirs, des émeraudes et autres pierres de grand prix ; ce sceptre m’a coûté 70 milles marks, quand je l’ai acheté à David Hauer, qui l’avait obtenu auprès d’un richard d’Augsburg. Trouvez-moi quelques araignées ».  Il ordonna à son guérisseur Johann Eyloff de tracer un cercle sur la table ;  y jetant les araignées, il vit que quelques unes s’enfuirent, d’autres moururent.  « C’est trop tard, il ne me protègera plus désormais ».

« Regardez ces pierres précieuses. Cette pierre est la plus chère de toutes, et de très rare origine. Je ne m’en suis jamais servi, elle dompte la colère et la luxure et conserve la retenue et la vertu ; une petite parcelle réduite en poudre peut empoisonner non seulement un homme mais même un cheval ».

Ensuite, il montra un rubis. « Oh ! Celui-ci convient mieux que tout pour le cœur, le cerveau, les forces et la mémoire de l’homme, il purifie le sang épaissi et gâté ».
Ensuite, il montra une émeraude. « Celle-ci  provient de l’arc-en-ciel, c’est l’ennemi de l’impureté. Essayez-la ; si un homme et une femme sont unis par le désir, en ayant une émeraude avec eux, elle se fendra ».

« J’aime particulièrement le saphir, il conserve et renforce la virilité, réjouit le cœur, il est agréable à tous les sentiments vitaux, au plus haut point utile aux yeux, il purifie le regard, éloigne les afflux de sang vers lui, fortifie les muscles et les nerfs ».

Puis il prit de l’onyx dans sa main. « Toutes ces pierres sont de merveilleux dons de Dieu, elles ont une origine mystérieuse, mais pourtant, elles se révèlent pour que l’homme puisse les utiliser et les contempler ; elles sont les amies de la beauté et de la vertu et les ennemies du vice. Je me sens mal ; emmenez-moi d’ici jusqu’à la prochaine fois ».

Et cela n’est pas tiré d’un roman ou d’un conte, c’est ce qu’a vu sir Jerome Horsey. Ce scythe rusé, cruel, impitoyable avait une dimension poétique qu'il partageait à mon avis, avec tout son peuple, avec peut-être les pires forbans de son opritchnina, et qui rendait chaque Russe susceptible, comme le brigand Koudeïar de la chanson, de partir un jour faire son salut dans un ermitage de la taïga. En dépit des atrocités, les gens baignaient dans la beauté, dans une dimension épique et tragique qui sublimait leur vie et les rendait capables de grandes actions, de dévouement héroïque, de passion amoureuse absolue, ou d'exploits spirituels. C'était sans doute le cas dans toute l'Europe médiévale, mais déjà, le sympathique sir Jerome a pris avec cela les distances de la Renaissance.

 Même les notations sur le tsarévitch, plus tard le tsar Feodor, me touchent, ce discret tsarévitch qui fait signe à l’Anglais de les suivre, ou fond en larmes devant lui, car il sent des intrigues et se fait sans doute du souci pour lui, c’est bien mon tsarévitch Féodor, celui pour lequel j’ai toujours eu de la tendresse.  

Ce soir, Georgette m'a ramené un serpent. Je ne sais pas si il était mort ou faisait semblant, je l'ai mis dehors, dans les groseillers. Je pensais à l'injure russe: змея подколодная, serpent des prés... cela veut dire que j'ai des serpents, dans mes taillis. 


mardi 22 mai 2018

Géronda Ephrem: Dieu permet les tentations...



Geronda Ephrem


Dieu permet les tentations afin qu'elles nous réveillent et que nous nous souvenions de Lui. Quand nous L'invoquons, Il agit comme s'Il ne nous entendait pas, de sorte que nous multiplions nos suppliques et crions Son saint Nom, dans la crainte des différentes passions. Puis, par la douleur des prières, notre cœur est sanctifié, et par l'expérience, nous apprenons la faiblesse de notre nature maladroite. Et c'est ainsi que nous réalisons dans la pratique que sans l'aide de Dieu, nous ne pouvons rien faire.

Cette expérience profonde s'acquiert avec le sang du cœur et reste indélébile ; elle devient un fondement pour le restant de la vie. La grâce de Dieu part et revient, mais l'expérience ne part jamais, parce qu'elle a été gravée dans le cœur. Et peu importe le nombre de fois que Satan flate le cœur, il indique ce qui est écrit de façon indélébile dans ses profondeurs, à savoir que sans Dieu, il est impossible de faire quoi que ce soit.

S'il n'y avait pas de tentations, l'orgueil et d'autres passions nous auraient transformés en autant d'autres Lucifers. Mais notre bon Père, Dieu, permet aux afflictions de nous survenir afin que nous soyons gardés par l'humilité, ce qui allégera le fardeau de nos péchés.

Lorsque nous sommes encore dans notre jeunesse, nous devons être tentés, car la jeunesse peut facilement dérailler. Avec le temps, la guerre cessera et la paix souhaitée surviendra. Il suffit d'avoir du courage et de la patience. Ne désespérez pas, peu importe à quel point les passions peuvent vous combattre. Dieu aime celui qui est attaqué et se défend. Soyez courageux, et priez aussi pour moi, l'indolent, l'impur, l'indigne, l'indigne, l'abomination ! 

Staretz Ephraim
"Counsels from the Holy Mountain"
sur

lundi 21 mai 2018

Sur le blog de Maxime! Suggestions pour la recherche d'un Père spirituel


1. Alors, quel genre de père spirituel devriez-vous rechercher? Commençons par déterminer son apparence spirituelle idéale. La description d'une telle personne peut être trouvée dans les écrits du moine Syméon le Nouveau Théologien. Présentant de très hautes exigences au père spirituel, il écrit: «Il est impossible de renaître, c'est-à-dire de recevoir la grâce du Saint-Esprit pour celui qui n'a pas de père spirituel né de nouveau. Et comme un père charnel donne naissance à des enfants de chair, le père spirituel de ceux qui veulent être ses enfants rend les enfants spirituels. Mais celui qui n'est pas encore né, ou qui est né, mais qui est encore un enfant, c'est-à-dire qui n'a pas encore atteint la perfection, comment peut-il être le père des autres?
Rappelez-vous les paroles de saint Syméon le nouveau théologien: «Celui qui cherche un père spirituel devrait chercher une personne qui est déjà née spirituellement et qui connaît son Dieu et Père, de telle sorte que cette personne puisse vous donner une naissance spirituelle aussi et faire de vous un vrai fils de Dieu. »

2. Vous pouvez prendre connaissance des hautes vertus d'un mentor dans les écrits de nombreux saints pères. Est-ce que cela signifie que vous devriez rechercher un tel père spirituel ?
Gardez à l'esprit les paroles des Saints Pères sur la perfection spirituelle, la transmission de maître ayant autorité à disciple,
Rappelez-vous, non seulement que les anciens guident la vie spirituelle de leur troupeau, et doivent les transporter presque littéralement eux-mêmes sur le chemin du salut. Pour cela, bien sûr, il est nécessaire d'être spirituellement parfait.
Vous devez donc comprendre qu'un père spirituel parfait est une personne qui mène une vie sainte. Cependant, vous devriez partir de la vraie vie et vous ne devriez pas rêver. C'est pourquoi je voudrais vous conseiller de ne pas faire de demandes excessives à un père spirituel. Choisissez parmi les candidats qui sont autour de vous.


3. Pour revenir au XIX°s. Mgr Pierre (Ekaterinovski) a écrit qu'il était difficile à son époque de trouver un bon guide dans la vie spirituelle. Cette déclaration est tout à fait valable encore de nos jours. Mgr Pierre pensait qu'il n'y a pas besoin de chercher un père spirituel qui a atteint la sainteté. Il suffirait que ce soit une personne pieuse, juste, avisée et expérimentée de sorte qu'il ait pu gagner la confiance des fidèles. En outre, il devrait avoir le désir et la possibilité de guider des enfants spirituels. « S'il n'y a pas une telle personne, alors nous devons prier Dieu qu'Il nous en envoie une », dit Mgr Pierre. 

4. Gardez à l'esprit que vous pouvez rencontrer un faux guide sur votre chemin. St. Théophane avertit que telle personne, considérée comme un Ancien, s'avère souvent être un ancien seulement « à cause de ses cheveux gris ». Cela peut être soit évident pour tout le monde, soit peut-être caché profondément sous son apparence sans reproche. C'est pourquoi il y a toujours une possibilité de rejoindre un faux guide au lieu de parvenir à un vrai et rencontrer le mal et la mort au lieu de l'aide et du salut. 

5. Saint Ignace (Bryanchaninov) ne conseillait pas de se précipiter pour soumettre son âme à l'obéissance complète aux «anciens» connus et inconnus. Il croyait que les grandes vertus d'un mentor spirituel sont la simplicité, l'adhésion constante à l'enseignement de l'Église et l'absence de ses propres idées dans le domaine de la vie spirituelle. Regardez de plus près autour de vous : est-ce que l'un des prêtres que vous connaissez a de telles qualités? Si vous trouvez un berger semblable parmi eux, je vous en prie, avant de le choisir comme votre mentor, découvrez s'il a la qualité en plus dont le confesseur a besoin. Vous demandez, quoi?  « L'amour du Père, qui est une caractéristique d'un vrai père spirituel.»

Comment pouvons-nous distinguer un faux mentor d'un vrai ? Selon saint Syméon le Nouveau Théologien, une caractéristique spécifique d'un vrai père spirituel est  donc son amour paternel. Saint Païssios l'Athonite dittaussi : « La preuve de la condition spirituelle d'un authentique père est qu'il est plutôt dur envers lui-même, tout en étant très indulgent envers les autres. En outre, il n'utilise jamais les canons de l'Église contre les autres ! 

6. Si des doutes concernant la spiritualité du père choisi apparaissent dans votre esprit, il vaudrait mieux que vous ne coopériez pas étroitement avec lui tant que la situation n’est pas encore claire. Vous ne devriez pas faire d'expériences risquées sur votre chemin vers le salut, car elles peuvent vous causer des dommages spirituels permanents. 

7. Nous sommes entourés de pères spirituels différents. Ils sont différents par le caractère, l’expérience et le niveau de perfection spirituelle. Comment être en mesure de comprendre qui parmi eux vous devriez choisir pour père spirituel ? En cherchant un guide, gardez cette règle essentielle : faites attention non pas à son esprit, à son caractère et à son éducation, mais à sa foi et à son ferme engagement envers l'enseignement de l'Église.

 (version française par Maxime le minime
 d'un extrait de la source )

dimanche 20 mai 2018

Miracle de St. Ephrem


Comme l'a raconté S. K., une habitante de Kalamata en 2008 :
"J'avais l'impression d'avoir un rhume, mais je ne suis pas allée chez le médecin.

Parce que ma situation est devenue dangereuse, cependant, au lieu de s'améliorer, j'ai finalement décidé d'y aller. Quand j'y suis allée, j'étais très essoufflée, et il a décidé de faire un scanner des poumons. Quand il l'a lu, il a dit qu'il y avait un problème sérieux, et c'est à partir de cet instant que le drame a commencé.

Il l'a envoyé à l'hôpital "Sotiria", où ils ont fait une bronchoscopie et parce qu'ils ont diagnostiqué un cancer du poumon avancé, ils ont immédiatement commencé la chimiothérapie, parce qu'ils ne me donnaient que vingt jours à vivre. Nous devenions fous à l'époque, mais par chance, mon mari m'a immédiatement emmené au monastère de saint Ephrem à Nea Makri, où nous avons vénéré avec foi et respect les reliques du saint, et nous avons supplié la Toute Sainte Mère de Dieu et le saint de me guérir, parce que j'avais aussi une fille handicapée qui avait besoin de moi.

Ce soir-là, nous sommes rentrés chez nous, et le lendemain matin, j'éprouvais un terrible essoufflement et une douleur insupportable dans la poitrine qui avait gagné mon côté. Je suis allée à la salle de bain, sans réveiller mon mari, et je m'appuyai sur les toilettes parce que j'avais tellement mal. Mes yeux sont tombés sur l'eau bénite du monastère de saint Ephrem. Avec difficulté, je me suis fait le signe de la croix et j'en ai bu. 

Immédiatement, j'ai commencé à gémir et à tousser et de ma bouche est sorti quelque chose comme du foie avec du sang autour. Immédiatement aussi, mon essoufflement et ma douleur ont disparu et j'ai respiré avec soulagement. Je pensais avec joie que la grâce du saint enlevait le cancer, et je bus à nouveau l'eau bénite et je me signai. 

Lorsque j'ai fait une autre tomodensitométrie, mon médecin m'a confirmé que, ô  merveille ! le cancer avait effectivement disparu.

Dès lors, je fais les tests occasionnels que mes médecins prescrivent et ils reviennent tous propres. C'est pourquoi je glorifie la Toute Sainte Mère de Dieu et saint Ephrem, qui m'ont si rapidement accordé la santé.

En remerciement, mon mari a construit une petite chapelle à Saint Ephraïm à N. Messenias.

Version française Claude Lopez-Ginisty 
d'après

*

ACATHISTE A SAINT EPHREM

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samedi 19 mai 2018

Saint Jean Maximovitch: Le mot anathème et sa signification



Le mot grec "anathème" [ανάθημα] se compose de deux mots : "ana", qui est une préposition indiquant le mouvement vers le haut et "thema", qui signifie une partie séparée de quelque chose. Dans la terminologie militaire, "thema" signifiait un détachement ; dans le gouvernement civil, "thema" signifiait une province. Nous utilisons actuellement le mot "thème", dérivé de "thema", pour désigner un sujet spécifique d'une œuvre écrite et intellectuelle.

"Anathème" signifie littéralement l'élévation de quelque chose de séparé. Dans l'Ancien Testament, cette expression était utilisée à la fois par rapport à ce qui était aliéné par le péché et par rapport à ce qui était dédié à Dieu.

Dans le Nouveau Testament, ce qu'écrit l'Apôtre Paul, il est utilisé une seule fois en conjonction avec "maranatha", ce qui signifie la venue du Seigneur. La combinaison de ces mots signifie la séparation jusqu'à la venue du Seigneur ; en d'autres termes - être livré à Lui (1 Co 16:22).

L'apôtre Paul utilise "anathème" dans un autre lieu sans l'addition de "maranatha" (Gal 1,8-9). Ici, "anathème" est proclamé contre la déformation de l'Évangile du Christ tel qu'il a été prêché par l'Apôtre, quel qu'en soit l'auteur, qu'il s'agisse de l'Apôtre lui-même ou d'un ange du Ciel. Dans cette même expression, il y a aussi implicite : "Que le Seigneur lui-même juge", car qui d'autre peut juger les anges ?

Saint Jean le Théologien dans l'Apocalypse (22:3) dit que dans la Nouvelle Jérusalem il n'y aura pas d'anathème ; ceci peut être compris de deux manières, en donnant au mot anathème les deux significations : 1) il n'y aura pas d'élévation jusqu'au jugement de Dieu, car ce jugement a déjà été accompli ; 2) il n'y aura pas de dévouement spécial à Dieu, car toutes choses seront les choses saintes de Dieu, tout comme la lumière de Dieu éclaire tout le monde (Ap 21:23).

Dans les actes des Conciles et dans le cours ultérieur de l'Église du Nouveau Testament du Christ, le mot "anathème" en est venu à signifier la séparation complète de l'Église. "L'Église catholique et apostolique anathème," "qu'il soit anathème"; "qu'il soit anathème", signifie un retranchement complet de l'Église. Alors que dans les cas de "séparation de la communion de l'Église" et d'autres épitimies ou pénitences imposées à une personne, la personne restait membre de l'Église, même si sa participation à sa vie remplie de Grâce était limitée, ceux qui étaient livrés à l'anathème étaient ainsi complètement arrachés à Elle jusqu'à leur repentir. Réalisant qu'Elle (l'Eglise) est incapable de faire quoi que ce soit pour leur salut, vu leur entêtement et la dureté de leur cœur, l'Eglise terrestre les élève jusqu'au jugement de Dieu.

Ce jugement est miséricordieux pour les pécheurs repentants, mais redoutable pour les ennemis obstinés de Dieu. "C'est une chose effrayante de tomber entre les mains du Dieu vivant... car notre Dieu est un feu consumant" (Hébreux 10:31 ; 12:29).

L'anathème n'est pas la damnation finale : jusqu'à ce que la mort, la repentance est possible. L"Anatheme" n'est pas effrayant parce que l'Église ne souhaite pas le mal à quelqu'un d ou que Dieu cherche sa damnation. Ils désirent que tous soient sauvés. Mais il est effrayant de se tenir devant la présence de Dieu dans l'état de mal endurci : rien ne Lui est caché.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Orthodox Life, 
Holy Trinity Monastery
Jordanville, N.Y.
vol. 27, mars-avril 1977, 
pp. 18-19.

Le courage et la lâcheté


Saint Ambroise de Milan

*


Le courage d'un petit nombre 
Est infiniment plus estimable 
Que la lâcheté de la multitude. 
*
Saint Ambroise de Milan 
(lettre 72)

* 

vendredi 18 mai 2018

Père Andrew Phillips: Trois types de clergé et leurs tentations (3/3-Fin)



Ceux qui sont détachés du monde

Tous les évêques et les prêtres ne doivent pas être du monde. Si nous prenons l'exemple du plus grand saint de la diaspora, saint Jean de Changhaï, nous savons qu'il n'était pas mondain, étant sans aucun attachement aux choses de ce monde. Une telle insouciance peut signifier pour les évêques qu'ils sont irréalistes ou incompétents - c'est pourquoi la plupart des moines ne peuvent être ni prêtres de paroisse, ni évêques. Toutefois, ce n'est pas toujours le cas. C'est parce que ceux qui ne sont pas du monde peuvent déléguer aux bonnes personnes, ce qui est vital. 

S'il s'agit de prêtres mariés, ils peuvent être soutenus par une bonne épouse. Beaucoup de prêtres qui ne sont pas mariés dans le monde dépendent ainsi de leur femme. Le fait de n'être pas du monde semble donc être essentiel et pourtant, la description d'un évêque ou d'un prêtre comme "n'étant pas de ce monde " peut être l'une des pires insultes. Pourquoi ?

C'est parce qu'il y a ceux qui prétendent faussement n'être pas du monde, ceux qui prétendent ne pas être de ce monde, les trompeurs. Ils se transforment en gourous, aux cheveux longs et à la barbe longue, imitant de vrais pasteurs. 

Nous avons vu leurs affectations, qui ne trompent que les novices ou les naïfs. En fait, ces personnes ne sont pas du tout sans attaches avec le monde, mais elles sont attachées à leurs propres personnes. Leur désir et leur capacité ne sont pas de gagner de l'argent ou du pouvoir, dans le sens d'obtenir le pouvoir de l'Église, mais de gagner du pouvoir sur les âmes humaines. 

Parfois, en utilisant le pouvoir de l'hypnotisme pour créer une dépendance envers eux-mêmes, de tels escrocs sont connus sous le nom de faux startsy. Manquant d'expérience spirituelle et donc de discernement, ils veulent contrôler [les âmes des fidèles] et, se trompant eux-mêmes, ils donnent des conseils qui induisent en erreur, ce qui mène à la catastrophe, à la perte de la foi, ou même au suicide.

Conclusion

Bien sûr, la séparation des tendances évoquées ci-dessus est très rare. En réalité, les meilleurs clercs ont des mélanges de ces trois qualités, étant de bons administrateurs, éduqués et non mondains, comme saint Jean. 

Seuls quelques-uns tombent dans les tentations qui excluent ces qualités. Néanmoins, il faut résister aux tentations. Nous avons vu trop de chutes.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
version italienne

jeudi 17 mai 2018

Père Andrew Phillips: Trois types de clergé et leurs tentations (2/3)



L'intellectuel

Chaque évêque et chaque prêtre doit être éduqué. Les Pères de l'Église étaient très instruits. En fait, on pourrait en un sens les appeler des intellectuels. 

Si nous prenons l'exemple du plus grand saint de la diaspora, saint Jean de Changhai, nous savons qu'il était bien éduqué et qu'il a écrit plusieurs ouvrages théologiques. Cependant, sa théologie, comme celle des Pères, a été inspirée par sa prière et non par son cerveau. 

Dans l'Église, le cerveau n'est qu'un outil utilisé pour exprimer le Saint-Esprit, il n'est pas une fin en soi. Il est embarrassant de rencontrer un évêque ou un prêtre qui n'a pas de connaissance de base de l'Église, des offices, de la vie des saints, des Pères et des Saintes Écritures. Cependant, la description d'un évêque ou d'un prêtre comme " juste un intellectuel " peut être l'une des pires insultes. Pourquoi ?

C'est parce que ceux qui se cantonnent à l'intellectualisme, en en faisant une fin en soi, sont inévitablement de mauvais pasteurs, meilleurs avec les livres qu'avec les gens. 

Si les évêques n'aiment pas leurs prêtres et leurs troupeaux, ils les insultent et les condamnent, refusant de passer du temps avec eux ; si les prêtres n'aiment pas leur troupeau, ils se moquent d'eux et les fuient. 

S'ils sont évêques, ils peuvent détruire l'Église, si on leur permet de le faire, en traitant leur troupeau comme une foule. 

Ils n'aiment pas écouter les confessions parce qu'ils n'aiment pas les gens. Beaucoup de ces fiers intellectuels, généralement très vaniteux jusqu'au narcissisme, sont poussés par une idéologie ou une pathologie privée ou bien les deux ; faire de l'Église une idéologie ou une pathologie est toujours fatal parce qu'il s'agit de cesser d'être pasteur, de cesser d'aimer les autres. C'est la mort spirituelle.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
version italienne


mercredi 16 mai 2018

Père Andrew Phillips: Trois types de clergé et leurs tentations (1/3)



Introduction

Au fil des décennies, nous nous rendons compte que nous avons rencontré plusieurs dizaines d'évêques orthodoxes et plusieurs centaines de prêtres orthodoxes, de générations et de nationalités différentes. Parmi eux, nous pouvons commencer à voir trois typologies différentes, trois tendances. Toutes ces choses sont bonnes en soi, mais toutes ont leurs tentations. Qu'est-ce que c'est ?

L'Administrateur

Tout évêque et tout prêtre doit, entre autres, être administrateur. Si nous prenons l'exemple du plus beau saint de la diaspora, saint Jean de Shanghai, nous savons qu'il était un bon administrateur (pas du tout un imbécile pour le Christ, comme certains l'ont imaginé), qu'il passait beaucoup de temps à répondre à des lettres presque tous les jours, à faire face à des difficultés financières et autres, notamment dans ses cathédrales de Shanghai et de San Francisco, et à des questions pastorales, à s'occuper de l'administration. Mais il ne s'est jamais limité à l'administration, devenant bureaucrate, oubliant l'être humain, laissant de côté d'autres qualités nécessaires, ce qui en fait une fin en soi. La description d'un évêque ou d'un prêtre comme " juste un administrateur " ou, dans le jargon d'aujourd'hui, " un gestionnaire efficace ", peut être l'une des pires insultes. Pourquoi ?

C'est parce qu'ils tombent inévitablement dans la double tentation de l'argent et du pouvoir. Ils deviennent fonctionnaires, comme tant de personnes nommées par l'État avant la Révolution en Russie et dans les Églises d'État aujourd'hui, en Grèce et en Roumanie. Leur allégeance est donc plus avec l'État qu'avec l'Église, avec ce monde, et non l'autre monde. Au pire, ceux qui aiment l'argent plus que Dieu deviennent des simoniacs et ceux qui aiment le pouvoir plus que Dieu s'allient à l'appareil d'État national local - comme le fameux "Patriarche de Kiev", Filaret, qui, en tant qu'espion communiste, s'est construit un palais et appelle aujourd'hui au génocide du peuple ukrainien. De tels mercenaires finissent par perdre leur foi, ne croyant en rien du tout - si jamais ils l'ont fait.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
version italienne

lundi 14 mai 2018

Jean-Claude Larchet: Recension: Guillaume Cuchet, « Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement »


Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement, Éditions du Seuil, Paris, 2018, 276 p.
De nombreux auteurs ont constaté, depuis un demi-siècle, la décadence spectaculaire du catholicisme en France et plus largement en Europe et s’en sont inquiété : Louis Bouyer dans La décomposition du catholicisme (1968), Serge Bonnet, À hue et à dia. Les avatars du cléricalisme sous la VeRépublique (1973), Michel de Certeau et Jean-Marie Domenach, Le christianisme éclaté (1974), Paul Vigneron, Une histoire des crises du clergé français contemporain(1976), Jean Delumeau, Le christianisme va-t-il mourir ? (1977), Émile Poulat, L’Ère postchrétienne (1994), Mgr Simon, Vers une France païenne ?(1999), Denis Pelletier, La crise catholique (2002), Daniele Hervieu-Léger, Catholicisme, la fin d’un monde (2003), Yves-Marie Hilaire, Les Églises vont-elle disparaître ? (2004), Denis Pelletier, La crise catholique. Religion, société, politique en France (1965-1978) (2005), Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, Le mystère français (2013), Yvon Tranvouez, La décomposition des chrétientés occidentales (2013).
Dans ce livre – qui détourne le titre du livre de Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, mais pour annoncer l’inversion du processus dont il analysait les commencements – Guillaume Cuchet, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Paris-Est Créteil, spécialisé dans l'histoire du catholicisme, se propose de définir le moment où a commencé cette décadence et de déterminer les raisons de celle-ci. L’un des principaux outils scientifiques qu’il utilise est l’analyse statistique. L’un des critères objectifs qu’il considère, est le taux de pratique dominicale régulière, passée, dans la population française, de 27% en 1952 à 1,8% en 2017. On peut contester ce critère, car, soulignait un article récent de La Croix, on peut être catholique « pratiquant » en ayant d’autres engagements, et il est vrai qu’à défaut d’une telle pratique dominicale, une culture chrétienne peut subsister un certain temps, mais la perte de contact avec la vie liturgique ne peut que l’affaiblir progressivement et la conduire à sa disparition.
Le premier tiers du livre définit l’adhésion au catholicisme telle qu’elle ressort d’une masse de données statistiques établies par le clergé entre 1945 et 1965, et en particulier des statistiques soigneusement et régulièrement établies sur une période plus large (1880-1965) par le chanoine Boulard, sociologue et auteur de quatre volumes de Matériaux pour l’histoire religieuse du peuple français, XIXe-XXe siècle.
Selon G. Cuchet, c’est dans les années 60, plus précisément en 1965, que peut être datée la rupture qui a inauguré le processus de décadence du catholicisme en France. Cette rupture coïncide avec le concile Vatican II, ce qui est paradoxal, car ce concile était conçu, par ceux qui l’ont organisé, comme un aggiornamento devant vivifier le catholicisme confronté au monde moderne. Mais, souligne l’auteur qui a examiné diverses hypothèses, « on ne voit pas quel autre événement aurait pu engendrer une telle réaction. Par sa seule existence, dans la mesure où il rendait soudainement envisageable la réforme des anciennes normes, le concile a suffi à les ébranler, d’autant que la réforme liturgique qui concernait la partie la plus visible de la religion pour le grand nombre, a commencé à s’appliquer dès 1964. »
Dans la deuxième moitié de son livre, l’auteur analyse de manière précise les causes, liées au concile, de la rupture et du processus de décadence qui, globalement, continue de nos jours.
Le concile a engendré une perte de repères chez les fidèles. Le texte concilaire Dignitatis humanae, publié en 1965, sur la liberté religieuse, est apparu « comme une sorte d’autorisation officieuse à s’en remettre désormais à son propre jugement en matière de croyances, de comportements et de pratique, qui contrastait fortement avec le régime antérieur », ce qui suscitait chez le père Louis Bouyer cette remarque chagrine : « Chacun ne croit plus, ne pratique plus que ce qui lui chante. »
Dans le domaine de la piété, note Cruchet, des aspects de la réforme liturgique qui pouvaient paraître secondaires, mais qui ne l’étaient pas du tout sur le plan psychologique et anthropologique, comme l’abandon du latin, la communion dans la main, la relativisation des anciennes obligations, ont joué un rôle important. De même que les critiques de la communion solennelle qui se sont multipliées à partir de 1960 et surtout de 1965, ainsi que la nouvelle pastorale du baptême (à partir de 1966) et du mariage (en 1969-1970), qui avait tendance à hausser le niveau d’accès aux sacrements en exigeant des candidats davantage de préparation et d’investissement personnel.
Dans le domaine des croyances, c’est le fait même du changement de discours qui a compté. La variation de l’enseignement officiel rendait sceptiques les humbles, qui en déduisaient que, si l’institution s’était « trompée » hier en donnant pour immuable ce qui avait cessé de l’être, on ne pouvait pas être assuré qu’il n’en irait pas de même à l’avenir. Toute une série de« vérités » anciennes sont tombées brutalement dans l’oubli, comme si le clergé lui-même avait cessé d’y croire ou ne savait plus qu’en dire, après en avoir si longtemps parlé comme de quelque chose d’essentiel.
Un autre domaine dans lequel la conjoncture a pu déstabiliser les fidèles, note l’auteur, « est celui de l’image de l’Église, de sa structure hiérarchique et du sacerdoce. La “crise catholique” des années 1965-1978 fut d’abord une crise du clergé et des militants catholiques. L’abandon de la soutane (dès 1962) et de l’habit religieux, la politisation (à gauche) du clergé, les départs de prêtres, de religieux et de religieuses, parfois suivis de leur mariage, sont apparus à beaucoup comme une véritable “trahison des clercs”, sans équivalent depuis les “déprêtrisations” de la Révolution, qui a eu les mêmes effets déstabilisants. »
Par ailleurs, « le concile a ouvert la voie à ce qu’on pourrait appeler “une sortie collective de la pratique obligatoire sous peine de péché mortel”, laquelle occupait une place centrale dans l’ancien catholicisme. […] Cette ancienne culture de la pratique obligatoire s’exprimait principalement dans le domaine des “commandements de l’Église” que les enfants apprenaient par cœur au catéchisme et dont il convenait de vérifier, lors de l’ examen de conscience préparatoire à la confession, si on les avait bien respectés », et qui incluaient notamment le devoir de sanctifier les dimanches et jours de fêtes, de confesser ses péchés et de communier au moins une fois par an, de jeûner les vendredi, aux veilles de grandes fêtes et aux périodes carémiques dites des « Quatre Temps ». Toutes ces exigences ont été assouplies, au point de disparaître, sauf la communion qui devenait systématique et se faisait sans aucune préparation, la confession et le jeûne ayant pratiquement disparu. L’assouplissement du jeûne eucharistique s’était cependant accompli en plusieurs étapes préalables: en 1953, Pie XII avait décidé, tout en maintenant l’obligation du jeûne depuis minuit avant la communion, que la prise d’eau ne le romprait plus désormais; en 1957, le motu proprio Sacram communionem réduisait le jeûne à trois heures pour la nourriture solide et une heure pour les liquides ; en 1964, Paul VI décréta qu’il suffirait dorénavant d’une heure dans les deux cas, ce qui signifiant concrètement la disparition du jeûne eucharistique, puisqu’une heure est le temps de déplacement jusqu’à l’église et le temps de la messe qui précède la communion.
Pendant cette période conciliaire et post-conciliaire, « il est frappant, note l’auteur, de voir à quel point le clergé a désinstallé volontairement l’ancien système de normes qu’il s’était donné tant de mal à mettre en place », créant inévitablement dans le peuple le sentiment qu’on lui « changeait la religion », et provoquant, dans une partie de celui-ci, une impression de relativisme généralisé.
L’auteur consacre deux chapitres entiers à des causes de décadence qui lui paraissent fondamentales: la crise du sacrement de pénitence et la crise de la prédication des fins dernières.
1) Selon G. Cuchet, « la crise de la confession est un des aspects les plus révélateurs et les plus saisissants de la “crise catholique” des années 1965-1978. » « La chute de la confession constitue en soi un fait sociologique et spirituel majeur dont il est probable qu’historiens et sociologues n’ont pas pris toute la mesure. Rien moins, en somme, que la foudroyante mutation par abandon massif, en l’espace de quelques années seulement, d’une pratique qui a profondément façonné les mentalités catholiques dans la longue durée. » En 1952, 51% des adultes catholiques déclaraient se confesser au moins une fois par an (à Pâques comme il était d’obligation depuis le canon 21 du concile Latran IV de 1215); en 1974, ils n’étaient plus que 29%, et en 1983, 14%. Selon l’auteur, le point de rupture se situe vers 1965-1966, quand la confession a cessé d’être présentée comme le « sacrement de pénitence » pour être présentée comme le « sacrement de réconciliation ». Cela allait de pair:
— avec la fin de la « pratique obligatoire » déjà évoquée, et avec une dépénalisation de l’abstention de la pratique religieuse, considérée auparavant comme un péché parce qu’en rupture avec les commandements de l’Église présentés comme des devoirs impérieux dont il fallait s’acquitter;
— avec une perte du sens du péché dans la conscience de beaucoup de fidèles, mais aussi chez les clercs qui craignaient désormais d’évoquer cette notion, tout comme celle des fins dernières. L’auteur note à ce propos : « Le clergé a cessé assez brutalement de parler de tous ces sujets délicats, comme s’il avait arrêté d’y croire lui-même, en même temps que triomphait dans le discours une vision de Dieu de type rousseauiste : le « Dieu Amour » (et non plus seulement « d’amour ») des années 1960-1970. » « “Les curés ont goudronné la route du ciel”, résumait, au début des années 1970, une vieille paysanne bretonne dans un entretien avec le sociologue Fanch Élégoët. Jadis étroite et escarpée, c’était désormais une autoroute empruntée par tout le monde, ou presque. Moyennant quoi, s’il n’y avait plus de péché ni d’enfer, du moins de péché un peu sérieux susceptible de vous priver du ciel, l’utilité de la confession, dans sa définition traditionnelle, était effectivement moins évidente »;
— avec une déconnexion entre confession et communion. « Dans l’ancien système, on se confessait plus qu’on ne communiait et la confession était d’abord perçue comme une sorte de rituel de purification conditionnant l’accès à l’eucharistie ». Le développement de la communion fréquente, accompagné de la perte du sens du péché, et l’idée d’une partie du clergé, influencé par la psychanalyse, selon laquelle il fallait déculpabiliser les fidèles et les « libérer du confessionnal », a eu pour effet que les fidèles étaient désormais invités à communier sans avoir à se confesser. La communion s’est alors banalisée, tandis que la possibilité même de se confesser n’existait pratiquement plus, les confessions individuelles régulières étant remplacées, à partir de 1974, par des « cérémonies pénitentielles » célébrées une fois par an, avant Pâques ; dans ces rassemblements, les fidèles ne confessaient plus rien (l’auteur les qualifie de « formes de pénitence sans confession ») mais recevaient une absolution collective après avoir écouté un vague discours où la notion de péché était le plus souvent contournée. Et lorsque la possibilité de ses confesser subsistait dans certaines paroisses ou était par la suite restaurée, « les fidèles ne savaient plus très bien comment se confesser , ni même s’il était toujours utile de le faire ».
2) Le dernier chapitre est consacré à une cause de décadence qui paraît également fondamentale à l’auteur: la crise de la prédication des « fins dernières », l’auteur se demandant, dans le titre du chapitre, si cela ne signifie pas au fond « la fin du salut ». L’auteur note que dans les anciens catéchismes et les traités de théologie, une place importante était accordée à la mort, au jugement, et aux deux destinations finales de l’au-delà, l’enfer et le paradis. Inquiets, dès le mois de décembre 1966, de les voir disparaître de l’enseignement et de la prédication, les évêques de France, notaient: « Le péché originel […], ainsi que les fins dernières et le Jugement, sont des points de la doctrine catholique directement liés au salut en Jésus-Christ et dont la présentation aux fidèles fait effectivement difficulté à beaucoup de prêtres chargés de les enseigner. On se tait faute de savoir comment en parler. » Peu de temps avant, le cardinal Ottaviani, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait constaté que le péché originel avait à peu près totalement disparu de la prédication courante. G. Cuchet remarque qu’il ne s’agissait pas seulement d’un problème de présentation du dogme, d’ordre pastoral et pédagogique, mais qu’ « en réalité, il s’agissait bien d’un problème de foi et de doctrine, et d’un malaise partagé entre le clergé et les fidèles. Tout se passait en fait comme si, assez soudainement, au terme de tout un travail de préparation souterrain, des pans entiers de l’ancienne doctrine considérés jusque-là comme essentiels, tels le jugement, l’enfer, le purgatoire, le démon, étaient devenus incroyables pour les fidèles et impensables pour les théologiens. » L’auteur situe cette crise (bien qu’elle ait depuis un certain temps connu des signes avant-coureurs) dans les années 60, tout comme la crise de la confession, en remarquant qu’elle a un rapport étroit avec celle-ci : « L’effondrement de la pratique de la confession obéit à une chronologie identique, en particulier la quasi-disparition en quelques années, voire en quelques mois, du groupe si consistant autrefois de ceux qui se confessaient fréquemment. Le rapport est direct, s’il n’est pas exclusif, avec l’effacement de la notion de péché mortel (au sens de péché susceptible de vous valoir la damnation). » Mais cela avait aussi des incidences sur d’autres sacrement liés aux « fins dernières ». Dans le nouveau rituel du baptême, les exorcismes étaient considérablement réduits (car il ne paraissait pas souhaitable d’insister sur le rôle de Satan auquel une partie du clergé ne croyait plus et qui semblait appartenir à une mythologie dont il fallait libérer les fidèles jugés naïfs); il y avait aussi « une nette sourdine mise sur le péché originel, dont [le baptême] était censé délivrer pour assurer la vie éternelle ».
En ce qui concerne le baptême toujours, une autre réforme allait engendrer la désaffection de beaucoup de fidèles: à partir de décembre 1965, « une nouvelle pastorale du baptême, dont le souci prioritaire était jusque-là de faire baptiser les enfants le plus tôt possible, tend au contraire à en retarder l’échéance, de manière à impliquer davantage les parents dans la préparation ». Il faudrait ajouter qu’un certain nombre de clercs allaient jusqu’à décourager le baptême des enfants, au prétexte qu’il doit s’agir d’un acte libre, volontaire et pleinement conscient, et préconisaient d’attendre le moment de l’adolescence pour le proposer.
La conception même des conditions du salut s’est trouvée modifiée par tous ces facteurs. « L’ancienne ecclésiologie concentrique, avec ses cercles de probabilité décroissante du salut, n’était plus du tout de mise. Vatican II a été, de ce point de vue, le théâtre d’une sorte de nuit du 4 août dans l’au-delà qui a mis fin aux privilèges des catholiques quant au salut. Désormais, l’Église ne se concevrait plus que comme l’instrument d’un salut pour tous, sans discrimination ni privilège, même si les fidèles qu’on avait formés jusque-là dans une tout autre théologie risquaient de s’en trouver un peu déstabilisés et de s’interroger, dans ces conditions, sur les bénéfices réels de l’affiliation. »
Approchant de sa conclusion, l’auteur souligne encore les effets catastrophiques de la crise des années 60 sur la conscience dogmatique des fidèles, qui s’est en quelque sorte protestantisée: « La consécration de la liberté de conscience par le concile a souvent été interprétée dans l’Église, de manière imprévue au départ, comme une liberté nouvelle de la conscience catholique, l’autorisant implicitement à faire le tri dans les dogmes et les pratiques d’obligation. La notion même de dogme (comme croyance obligeant en conscience) est alors devenue problématique. Cette décision majeure du concile, couplée à la notion de “hiérarchie” des vérités, paraît avoir fonctionné dans l’esprit de beaucoup comme une sorte de dépénalisation officielle du “bricolage croyant” qui contrastait grandement avec le régime antérieur, où les vérités de la foi étaient à prendre en bloc et sans droit d’inventaire. Il était à prévoir que les plus désagréables d’entre elles, ou les plus contre-intuitives pour le sens commun, en feraient les frais, ce qui n’a pas manqué en effet de se produire. »
Quels que soient les facteurs externes qui aient pu jouer dans l’effondrement du catholicisme (la mentalité moderne, la pression sociale, etc…), les facteurs internes paraissent déterminants à l’auteur de ce livre.
Le catholicisme lui-même porte une lourde responsabilité dans la déchristianisation de la France (et plus largement de l’Europe, car une analyse faite pour d’autres pays aboutirait à des conclusion identiques). L’aggiornmento réalisé par le concile Vatican II qui se proposait d’affronter les défis du monde moderne, n’a fait que s’accommoder à celui-ci. Pensant l’attirer, il s’est mis à sa remorque. Voulant se faire entendre de son siècle, le catholicisme s’est sécularisé. Craignant d’affirmer son identité, il s’est relativisé, au point qu’un grand nombre de fidèles ne trouvaient plus en lui les repères auxquels il étaient habitués ou qu’ils attendaient, et ne voyaient plus l’intérêt d’aller chercher en lui ce que le monde leur offrait déjà de manière moins contournée.
Les autorités catholiques cherchent à minimiser l’effondrement que décrit ce livre par divers arguments (un grand nombre de français restent catholiques et font baptiser leurs enfants; la pratique religieuse se mesure à d’autres engagements que l’assistance à la messe; la qualité a remplacé la quantité, etc.). Mais elles peinent à convaincre. Jean-Paul II est souvent présenté comme ayant opéré un redressement par rapport aux excès qui ont suivi le concile Vatican II, mais on doit constater que la pratique dominicale est passée en France de 14% au moment de son élection à 5% au moment de son décès en 2005. S’il est vrai que des communautés vivantes existant dans les villes peuvent faire illusion (comme pouvaient faire illusion les rares églises ouvertes sous la période communiste dans les pays de l’Est, bondées en raison de la fermeture des autres), de même que les rassemblement spectaculaires de jeunes lors des JMJ, les campagnes françaises montrent la réalité d’une désertification dramatique: multiplication des églises désaffectées (c’est-à-dire ne servant plus concrètement de lieu de culte), prêtres ayant la charge de 20, voire 30 paroisses, célébrant chaque dimanche une messe « régionale » pour un petit groupe de fidèles en majorité âgés et venus parfois de plusieurs dizaines de kilomètres, disparition des enterrements célébrés par des prêtres faute de célébrants disponibles, absence de contacts entre les prêtres et les fidèles en raison de leur éloignement mutuel et de l’indisponibilité des premiers, plus occupés par des réunions que par les visites pastorales…
La triste évolution de l’Église catholique post-conciliaire telle qu’elle est décrite dans le livre de G. Cuchet, devrait servir de mise en garde aux prélats orthodoxes qui ont rêvé et rêvent encore de convoquer pour l’Église orthodoxe un « grand concile » semblable à celui par lequel l’Église catholique a voulu faire son aggiornamento, mais qui a eu comme principal effet de provoquer son délitement interne et l’hémorragie dramatique d’un grand nombre de ses fidèles.
Jean-Claude Larchet

dimanche 13 mai 2018

Père Barnabas Powell: Jésus nous enseigne à aimer toutes les races


Pour les chrétiens orthodoxes, l'Évangile de [...] dimanche [dernier] parle d'une Samaritaine qui va chercher de l'eau dans un puits. Là, elle rencontre le Christ, Qui lui offre l'Eau Vivante de l'Esprit.

Ce passage est lu pendant la saison pascale -- les 40 jours de Pâques à l'Ascension -- parce que Pâques était historiquement l'époque où les baptêmes étaient faits, de sorte que les nouveaux convertis venaient d'avoir leur propre rencontre personnelle avec le Christ dans les eaux curatives de ce mystère.

En plus de ce thème, je penserai à un autre quand il s'agit du dimanche de la Samaritaine : celui de l'animosité raciale et de la réconciliation.

Pour les Juifs tels que le Christ, les Samaritains étaient à bien des égards pires que les païens (le sentiment était certainement réciproque). Les autres peuples environnants étaient suffisamment différents pour être considérés comme incapables de mieux connaître la Loi, mais les Samaritains et leurs prétentions d'être les seuls et authentiques gardiens de la loi touchaient de très près les Juifs.

Rien ne nous ennuie et nous dérange autant que ceux qui sont si semblables à nous que leurs différences reflètent notre propre identité. Quand on est séparés, ce que vous faites vous concerne. Mais remplacez la séparation par l'intégration, et soudain je me vois reflété en vous, ce qui peut être inconfortable.

La conversion de la Samaritaine, et celle de son village, est donc plus que la conversion de quelques "étrangers" aléatoires. Elle offre un aperçu de la réconciliation - un processus où les différences ne sont pas abolies, mais où les divisions qui peuvent en résulter sont surmontées.

Révérend Moses Berry, 
Photo : monomakhos.com

C'est un message puissant et parfois perdu de l'Evangile. J'ai été récemment renouvelé en l'appréciant par une retraite à laquelle j'ai assisté présidée par le Révérend Moses Berry, un prêtre afro-américain de l'Église orthodoxe en Amérique.

Conférencier dynamique avec une incroyable histoire de conversion, Père Moses sert une paroisse qu'il a fondée sur les terres agricoles du Missouri que sa famille possède depuis 1871, peu de temps après avoir été libéré de l'esclavage. C'est là qu'il a également créé le Musée d'histoire afro-américaine d'Ozarks, composé en grande partie d'objets de famille, dont beaucoup lui appartiennent.

Le plus étonnant pour moi était la manille en fer, avec des boules et des chaînes, que son arrière-grand-père a été forcé de porter en tant qu'esclave en transit. À mon grand étonnement, en parlant de cet artefact, Père Moses l'a mis pour montrer comment il était porté.

Jamais dans ma vie l'impact du passé d'esclavagiste de l'Amérique n'est devenu aussi réel pour moi que lorsque j'ai vu un prêtre afro-américain orthodoxe, vêtu d'une tenue cléricale, enfiler les fers d'esclave de son ancêtre. Et jamais ma soif de réconciliation en Christ n'a été aussi forte.

Ce qui a aussi rendu la présentation de Père Moses percutante, c'est l'absence de condamnation ou de culpabilisation des gens de ma "couleur". C'était un frère qui parlait à ses autres frères en Christ.

Je prie pour Père Moses et son ministère, pour que Dieu élève les autres de sa communauté pour qu'ils deviennent membres du clergé dans son église. Et je prie qu'en Christ, nous ne fassions qu'un.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après