"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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lundi 10 février 2014

Sur orthodoxie.com: Le métropolite de Volokolamsk, au sujet des déclarations du métropolite de Prousse (Patriarcat œcuménique) Elpidophore : « J’espère qu’il s’agit seulement d’une opinion personnelle »



Nous publions ci-dessous l’interview donnée par le président du département des affaires ecclésiastiques de l’Église orthodoxe russe, le métropolite Hilarion, au sujet des récentes déclarations des métropolites de Chalcédoine Athanase et de Prousse Elpidophore (Patriarcat oecuménique) :
Votre Éminence, à la fin de l’année dernière, une agence d’information grecque a publié l’interview d’un hiérarque du Patriarcat de Constantinople, le métropolite de Chalcédoine Athanase, dans laquelle il accusait le Patriarcat de Moscou, entre autres, de saboter le concile panorthodoxe. Et un autre hiérarque de la même Église, le métropolite de Prousse Elpidophore, dans un article publié récemment sous le titre « Le premier sans égaux », affirme que l’Église russe «encore une fois, a choisi de s’isoler… de la communion des Églises orthodoxes ». Comment commentez-vous ces accusations ?
Y a-t-il encore une autre Église orthodoxe locale qui a entretenu des contacts aussi intensifs avec les autres Églises locales que l’Église russe ? Sa Sainteté le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille, au cours de la seule année passée, a célébré des offices communs et eu des conversations fraternelles avec les primats de treize Églises orthodoxes locales (c’est-à-dire avec toutes, à une seule exception) et ce, avec certains d’entre eux, à plusieurs reprises. Des échanges de délégations se produisent fort activement au niveau des hiérarques, des théologiens, des clercs et des laïcs. Si l’on parle encore des contacts panorthodoxes, le concile panorthodoxe est en préparation depuis plus de cinquante ans, et l’Église orthodoxe russe, a dès le début et jusqu’à ce jour, pris une part dynamique et active à ses travaux préparatoires. Qui plus est, le Patriarcat de Moscou, en attribuant au futur concile une grande importance, étudie attentivement tous les thèmes qui y sont soulevés. Quant aux méthodes des travaux préparatifs, qui ont été utilisées au niveau panorthodoxe jusqu’à maintenant, elles se sont avérées insuffisamment efficaces ; c’est là une autre chose. C’est pourquoi la préparation a tant traîné. Je pense que pour activer le processus panorthodoxe, il est avant tout nécessaire de créer un organe panorthodoxe efficace, apte à mener cette entreprise jusqu’à la fin. Si un but si important se présente à nous, il faut alors que nous nous réunissions, pour les travaux préparatoires, non pas une fois en quelques années, mais disons, sur une base mensuelle.
Le thème du concile panorthodoxe est-il discuté au niveau des primats des Églises orthodoxes ?
Le thème du concile est immanquablement présent dans les questions que Sa Sainteté le patriarche Cyrille soulève dans ses conversations avec les primats des Églises orthodoxes au cours de toutes ces dernières années. En partie, ce thème a été discuté activement lors des rencontres des primats au cours des fêtes du 1025e anniversaire du baptême de la Russie à la fin du mois de juillet 2013. Dans la conversation de leurs saintetés les patriarches Bartholomée de Constantinople et Cyrille de Moscou et de toute la Russie, qui s’est déroulée au Monténégro au début d’octobre, beaucoup d’attention a été donnée à la question de la préparation du concile panorthodoxe. Le même thème a été central dans les entretiens du primat de l’Église orthodoxe russe avec Sa Béatitude le patriarche d’Antioche Jean au cours de la visite de courtoisie que ce dernier a effectuée sur le territoire du Patriarcat de Moscou. Récemment, Sa Sainteté le patriarche de Constantinople Bartholomée a envoyé aux primats des Églises locales orthodoxes une invitation à la réunion (synaxe) des primats, dont l’un des thèmes principaux doit être la préparation du concile panorthodoxe.
Comment commentez-vous les reproches du métropolite Athanase à l’adresse du Patriarcat de Moscou quant à « des tendances hégémoniques avec le soutien de l’État et de satellites (Tchéquie, Pologne etc.) » ?
Il est difficile de commenter cette affirmation étant donné qu’elle n’est étayée par aucun argument. La coopération de l’Église orthodoxe russe avec les structures gouvernementales de Russie, d’Ukraine, de Biélorusse et des autres pays dont elle a la charge, est réalisée dans les domaines du travail social, de l’éducation culturelle et spirituelle des générations montantes, de la desserte pastorale des militaires et des prisonniers, de la conservation des monuments historiques etc. C’est de Byzance que nous avons reçu la tradition de la coopération de l’Église et de l’État, de l’aspiration à la « symphonie » des autorités ecclésiale et gouvernementale. En ce qui concerne les relations avec les Églises locales orthodoxes sœurs, l’Église russe les soutient de manière absolument indépendante, défendant avec conséquence le droit de chaque Église autocéphale, indépendamment de sa taille, à son auto-administration interne complète. Il faut ajouter à cela que la terminologie adoptée sans fondement par Mgr Athanase dans son appréciation des relations inter-orthodoxes, appartient entièrement au dictionnaire politique de l’époque de la « guerre froide ». Or, dans le monde politique également, des sérieux changements se sont produits : le bloc des pays du Traité de Varsovie, de même que la division de l’Europe en deux camps hostiles, ce qui n’existe plus depuis longtemps.
À quel point est justifiée l’appréciation donnée par le métropolite Athanase sur le système administratif orthodoxe, le qualifiant de « tendant au protestantisme » ?
Pourquoi sommes-nous astreints à penser exclusivement dans le cadre d’une opposition binaire « catholicisme-protestantisme » ? Le système existant d’administration et de direction de l’Église orthodoxe correspond à l’ecclésiologie orthodoxe et permet d’éviter les extrêmes, tant du système catholique (papisme) que du système protestant. À mon avis, il nous faudrait réfléchir non pas à un système d’administration dans l’orthodoxie mondiale, mais sur ce que doit être notre réaction commune aux problèmes essentiels : en partie, à la menace qui pèse sur la présence chrétienne en Syrie et dans la région du Moyen-Orient, à la nécessité de la consolidation des efforts dans la lutte pour les normes morales évangéliques. L’autonomie administrative des Églises autocéphales ne gêne en rien cela.
Comment commenteriez-vous l’affirmation dans l’article susmentionné du métropolite Elpidophore, selon laquelle le premier parmi les primats des Églises orthodoxes autocéphales dispose de pouvoirs exceptionnels, le faisant « premier sans égaux » (« primus sine paribus »), l’Église étant « toujours en-hypostasiée dans la personne », et le primat ne recevant de personne sa primauté, mais étant au contraire sa source ?
Cette opinion, à mon avis, se démarque de la tradition orthodoxe séculaire. Elle ignore les résultats d’une polémique presque millénaire avec l’Occident latin, et s’approche de façon maximale d’un type d’ecclésiologique papiste. Sans parler des grands problèmes dans les relations inter-orthodoxes que peuvent engendrer de telles affirmations, je dirais que de tels propos créent des obstacles sérieux au développement ultérieur du dialogue orthodoxe-catholique : la position du côté orthodoxe est présentée de telle façon par le métropolite de Prousse qu’il ne resterait soi-disant presqu’aucune différence entre les doctrines orthodoxe et catholique-romaine sur l’Église. J’espère qu’il s’agit seulement d’une opinion personnelle de Mgr Elpidophore, et non pas de la position commune de la hiérarchie de l’Église de Constantinople.
Source: Patriarcat de Moscou, traduit du russe pour Orthodoxie.com

jeudi 6 février 2014

Sur Parlons d'Orthodoxie: Constantinople et Moscou après la révolution bolchévique...

Les relations entre le Saint patriarche  Tikhon et le patriarcat de Constantinople


Nos lecteurs seront surpris d’apprendre que Constantinople a collaboré avec le régime soviétique dès son instauration, quitte à sacrifier le saint patriarche Tikhon. Les relations entre les deux patriarcats sont jusqu’à présent restées difficiles. 


*** Par Dimitri Safonov Le patriarche Tikhon a dû, en juin 1924, faire face à des dangers suscités par la politique du patriarcat de Constantinople. Le patriarche de Constantinople est traditionnellement considéré comme étant le primus inter pares. Il n’en découle cependant pas qu’il dispose de droits particuliers en ce qui concerne les Eglises orthodoxes locales. Au début des années 1920 la politique conduite par les patriarches de Constantinople a changé du tout au tout s’écartant de plus en plus de la tradition orthodoxe. Cela s’est manifesté d’une manière évidente sous le règne du patriarche Meletios IV (Metaxakis), 1921-1924. Son objectif était d’introduire des changements radicaux, similaires à ceux que préconisaient les « rénovationnistes » en Russie soviétique dans la vie de l’Eglise.. Meletios IV s’ingérait d’une manière brutale dans la juridiction du patriarcat de Moscou. En violation des canons il octroya l’autocéphalie à des parties constituantes de l’Eglise russe se situant en Finlande, en Pologne et en Estonie. [En mai-juillet 1923 le patriarche Meletios a réuni à Constantinople son « Concile panorthodoxe ». A peine une dizaine de personnes y assistaient. Aucune d’entre eux ne représentait d’une manière officielle quelque patriarcat que ce soit. « Le Concile » introduisit le calendrier grégorien et abrogea le calendrier julien. Il y fut décidé d’amender le calendrier pascal établi d’une manière immuable par une décision du Premier Concile œcuménique. Les clercs se virent autorisé à arborer une coupe de cheveux, le port obligatoire de la soutane passa aux oubliettes, les mariages non canoniques autorisés ainsi que le deuxième mariage des prêtres. Le « Concile » a par ces décisions enfreint l’ordre et l’unité qui prévalaient au sein des Eglises autocéphales. Le renforcement en Russie de l’église rénovationniste dite « vivante » a grandement contribué au succès de la politique conduite par Meletios. Les réformes modernistes des rénovationnistes étaient similaires à tout ce que préconisait Meletios. Lorsqu’il devint patriarche d’Alexandrie (1926) le synode de « l’église vivante » écrivit à Meletios : « Notre saint synode vous adresse ses vœux les plus sincères et se souvient avec reconnaissance du soutien moral que Votre Béatitude nous a accordé lorsque vous étiez patriarche de Constantinople nous reconnaissant en tant que seul et unique organe dirigeant légitime de l’Eglise orthodoxe russe ». Les successeurs de Meletios, Grégoire VII et Constantin VI, restèrent en communion avec « l’église vivante » Grégoire VII alla jusqu’à appeler le patriarche Tikhon à abdiquer. Ce patriarche insistait auprès des archevêques russes Anastase et Alexandre séjournant alors à Constantinople pour qu’ils cessent d’intervenir contre le pouvoir des soviets en Russie et de commémorer le patriarche Tikhon. Il les exhortait à reconnaître la légitimité du pouvoir bolchevik. N’ayant pas été suivi il ordonna une enquête, puis interdit les deux archevêques a divinis. Grégoire VII s’adressa au patriarche Dimitri de Serbie le priant d’interdire le Synode des évêques russes à Sremski Karlovici. Il se heurta à un refus du patriarche serbe. En été 1924 le synode rénovationniste dit « Evdokimov » soutenu par la GPU faisait courir la rumeur que le patriarche de Constantinople avait démis le patriarche Tikhon et l’avait même interdit a divinis (Izvestia, N° 124, 1 juin 1924). La GPU souhaitait faire valoir le prestige dont bénéficiait le patriarche de Constantinople pour renforcer les rénovationnistes et en faire le foyer de l’église russe. Et, en même temps, persuader le patriarche Tikhon de se retirer. La police politique mettait en œuvre tous ses moyens pour que ce soient précisément les rénovationnistes qui apparaissent être l’église légitime aux yeux du patriarche de Constantinople. Il convient cependant de rappeler que le patriarche de Constantinople, certes premier dans les dyptiques, ne dispose d’aucun pouvoir sur le patriarche de Russie. La 2e Règle du II Concile œcuménique interdit aux évêques de s’ingérer dans la vie des autres diocèses. Quoi qu’il en soit la GPU, de concert avec les rénovationnistes, comptait se servir du patriarche de Constantinople pour se débarrasser du patriarche Tikhon. Le 17 avril 1924 le synode du patriarcat de Constantinople décida d’envoyer une mission en Russie afin qu’elle y étudie la situation de l’Eglise. Il découlait du texte de la décision que Constantinople considérait « l’église vivante » comme seule légitime. La GPU soutenait au sein de l’église son agent, le prêtre Krasnitzky et, en même temps s’efforçait de discréditer le patriarche Tikhon. La commission du patriarcat de Constantinople fut installée le 30 avril. Le 6 mai 1924 Grégoire VII intervenant à une réunion du synode appela le patriarche Tikhon à renoncer à ses fonctions et à ne plus gouverner l’Eglise russe. Le Synode chargea la commission « de s’appuyer dans son travail sur les tendances au sein de l’église qui sont fidèles au gouvernement de l’URSS », c’est-à-dire sur les rénovationnistes. Le Synode de Constantinople se prononça en même temps pour l’abrogation du patriarcat en Russie. Cependant, les Eglises orthodoxes locales n’accordèrent pas toutes leur soutien aux rénovationnistes. Une délégation du patriarcat de Jérusalem se rendit en Russie en février 1924. Elle était conduite par Constantin Grigoriardi qui se fit une idée objective de la situation en Russie soviétique et qui se prononça sans réserve en faveur du patriarche Tikhon, légitimement élu. Il condamne le rénovationnisme en tant que tel. Les documents cités sont conservés dans les archives d’Emelian Yaroslavsky (Mineï Goubelman de son vrai nom), président de la commission antireligieuse du Comité Central. Le pouvoir soviétique œuvrait à renforcer le prestige des rénovationnistes aux yeux de l’opinion mondiale et voulait faire croire qu’ils bénéficiaient du soutien de l’orthodoxie universelle. Le 6 juin 1924 Basile Dimopoulo, représentant du patriarcat de Constantinople en URSS, fit parvenir au patriarche Tikhon des extraits du procès-verbal de la réunion du synode de Constantinople. Ce texte appelait le patriarche Tikhon à renoncer à ses fonctions. Le 18 juin, comme il s’en suit des messages des métropolites Pierre et Séraphin, le patriarche Tikhon adresse une lettre à Grégoire VII. Il y souligne la non canonicité de l’ingérence du patriarcat de Constantinople dans la vie de l’Eglise russe. Il est dit dans cette lettre : «Le peuple n’est pas avec les schismatiques mais avec son patriarche orthodoxe légitime. Le renoncement au patriarcat ne ferait que le jeu des rénovationnistes schismatiques ». Après la réception de cette lettre Grégoire VII rompt tout contact avec le saint patriarche Tikhon et ne communique qu’avec les rénovationnistes. Sous l’influence des représentants des soviets à l’étranger d’autres patriarches orientaux suivent l’exemple donné par Grégoire VII. Les soviets réussissent donc à isoler du monde extérieur l’Eglise russe canonique ce qui représente une menace pour l’orthodoxie universelle. Le patriarcat de Constantinople projette la tenue en 1925 d’un Concile panorthodoxe. Ce devait être une assemblée rénovationniste illégitime. Le 10 juin 1924 une assemblée préconciliaire rénovationniste se réunit à Moscou et décide d’abroger le patriarcat en tant que tel. Un compte-rendu consacré à cette assemblée est établi par le pouvoir. Il y est dit : « 156 popes, 83 évêques, 84 laïcs ont pris part à cette assemblée. 126 agents secrets de la GPU ont été missionnés pour prendre part à l’assemblée » C’est-à-dire près de 40% des participants. 
Traduction Nikita Krivochéine 

Les relations entre le Saint patriarche  Tikhon et le patriarcat de Constantinople