"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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jeudi 24 octobre 2019

Archiprêtre Andrew Phillips: CONFESSION ET COMMUNION : UN FAUX PROBLÈME

Photo : http://www.pravoslavie.ru/

    
Est-ce que la Confession est obligatoire avant chaque Communion ou est-ce que vous communiez quand vous le voulez et avez la Confession quand vous le voulez ?

Telle est la fausse question que j'ai entendue pour la première fois il y a plus de quarante ans, à laquelle toute réponse doit également être fausse, car les fausses questions ne peuvent avoir que de fausses réponses. Quelle est la réalité ?

La confession et la communion sont deux sacrements différents. Ainsi, vous pouvez avoir la confession et ne pas communier et vous pouvez, dans certaines circonstances, communier sans confession. En d'autres termes, vous pouvez vous confesser très souvent et communier moins souvent. C'est le contraire de la haine apparente du modernisme pour la confession et l'amour de la communion obligatoire - qui ne fait pas partie de l'Église. L'impression donnée est que le modernisme ne croit pas que ses adeptes ont des péchés et qu'ils n'ont donc à se repentir de rien. Si tel est le cas, alors c'est de l'orgueil spirituel. Bien sûr, cette impression est peut-être fausse, mais c'est celle qui est donnée. Après tout, un médecin ne prescrit pas de médicaments s'il ne peut pas d'abord poser un diagnostic, et la confession est précisément un diagnostic.

Si nous parlons d'orthodoxes nominaux qui ne communient qu'occasionnellement, peut-être une ou deux fois par an ou une ou deux fois tous les dix ou vingt ans, alors la confession avant chaque communion est la règle.

Qu'en est-il de la Communion quand vous voulez et de la Confession quand vous voulez ? Cette déclaration est un acte de consumérisme qui traite l'Église comme un supermarché et trouve ses racines dans la mentalité anti-sacramentelle et donc antisacerdotale protestante qui se cache derrière le consumérisme : " Faites ce que vous voulez quand vous le voulez ". 

Il n'est pas étonnant que cette mentalité soit celle de certains convertis non éduqués, précisément d'origine protestante, qui communient toujours sans confession et méprisent même le berceau orthodoxe qui ne communie pas à chaque liturgie. Le résultat est que les orthodoxes du berceau* n'assistent plus aux offices des convertis, à cause de l'hostilité qu'ils ressentent à leur égard. Et c'est dommage, car cela signifie que les convertis non éduqués ne peuvent plus rencontrer quelqu'un dont ils peuvent apprendre quelques chose, avec pour résultat que les ghettos de convertis ne font que se renforcer.

Quel est donc l'idéal ? C'est communier, volontairement, selon ses besoins spirituels personnels, quand on en a spirituellement besoin (et non pas quand on le veut - "vouloir" est la parole des consuméristes) et se confesser à l'avance parce qu'on a besoin de la confession avant la communion. Si nous ne ressentons pas le besoin de la confession, cela suggère que nous n'avons pas besoin de la communion. En termes simples, si une poubelle pleine ne sait pas qu'elle a besoin d'être vidée (Confession), alors elle n'a pas besoin d'être remplie (Communion).

Il y a des exceptions à cette règle. Tout d'abord, dans la vie paroissiale, par exemple pendant la Semaine Pascale ou la Semaine Lumineuse ou à d'autres moments comme avant la Nativité ou la Théophanie, quand il peut y avoir des Liturgies sur plusieurs jours consécutifs et simplement nous pouvons ne pas ressentir le besoin de Confession deux jours ou plus de suite parce que les fidèles cherchent à vivre une vie tranquille et pieuse "en toute piété et honnêteté". La deuxième exception est dans la vie monastique ou parmi ceux qui vivent une vie monastique dans le monde et qui peuvent communier plus régulièrement mais qui ne se confessent que quelques jours ou même quelques semaines, selon les directives de leur père spirituel.

La préparation avant la communion suppose non seulement la confession, mais aussi que les jours de jeûne de la semaine précédant la communion et l'abstinence due soient observés, ainsi que le jeûne à partir de minuit, que les fidèles assistent à la vigile (ou vêpres et matines) avant la Liturgie et qu'ils lisent également la règle avant la communion.

Le modernisme qui a plus ou moins abandonné le sacrement de la Confession (s'il l'a connu) dira qu'il n'a pas besoin de la Confession fréquemment parce que les 'premiers chrétiens' communiaient chaque jour. C'est un orgueil spirituel dangereux. 

Les modernistes affirment-ils sérieusement qu'ils vivent au niveau spirituel des orthodoxes des premiers siècles, qui ont fait face chaque jour au martyre possible ? 

Regardons la réalité en face. Ceux qui, dans les groupes modernistes, veulent la communion hebdomadaire ou même quotidienne (impossible pour les filles et les femmes qui ont leurs règles) ne font que copier les hétérodoxes, pour qui, en tout cas, il n'y a pas de Corps et de Sang du Christ, mais seulement des hosties avec ou sans vin. Et ce qui n'est pas consommé parmi eux, ils le jettent. Un tel modernisme n'est pas orthodoxe et devrait apprendre ce que l'apôtre Paul dit et trembler :

C'est pourquoi quiconque mangera ce pain et boira cette coupe du Seigneur indignement, sera coupable du Corps et du Sang du Seigneur. Mais qu'un homme s'examine lui-même, et qu'il mange de ce pain et boive de cette coupe. Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit condamnation pour lui-même, sans discerner le Corps du Seigneur. C'est pourquoi beaucoup d'entre vous sont infirmes et malades et qu'un grand nombre sont morts (1 Co 11, 27-30).

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après



NOTE:
Cradle Orthodox [ou cradle-born Orthodox]: Littéralement orthodoxes du berceau, c-à-d Ceux qui sont nés orthodoxes!

mercredi 3 mai 2017

Sur parlons d'Orthodoxie: La communion sans confession : interview du métropolite Kallistos (Ware)


Nous vous proposons de découvrir l’activité pastorale de Mgr Kallistos, évêque métropolite de l’Église de Constantinople et professeur à Oxford. Cet entretien concerne un des problèmes actuels, celui de la préparation à la communion et de ses rapports à la confession, il met au jour des différences entre les pratiques grecque et russe.

En 2012, à Moscou s’est tenue une conférence pastorale du type table ronde où ont été traitées les questions du jeûne, du cycle de prières et de la confession avant la communion. Dans l’Église orthodoxe russe s’est instaurée la tradition de se préparer à la communion par un jeûne de trois jours, la lecture des trois canons et du cycle de prières préparatoires à la communion et de se confesser.

Pensez-vous que l’on puisse alléger cette préparation à la communion ?

Mgr Kallistos — Nous devons tenir compte des traditions de chaque Église locale et ne pas modifier les exigences inconsidérément. La question que vous soulevez est importante, surtout pour nous qui vivons en Occident où les orthodoxes grecs vivent aux côtés d’orthodoxes russes, et parfois dans une même paroisse, comme c’est le cas, par exemple, à Oxford.

Personnellement je suis partisan d’une communion fréquente. Fréquente, mais sans légèreté ou désinvolture, elle doit toujours être minutieusement préparée. Mais quelle doit être la préparation convenable ?

D’abord, en ce qui concerne la confession. Dans la tradition byzantine et grecque actuelle on n’a jamais exigé que les chrétiens se confessent avant chaque communion. La confession et la communion sont considérées comme des sacrements indépendants. Je n’ai pas connaissance que des Conciles œcuméniques aient adopté des canons concernant une confession obligatoire avant de communier.

C’est devenu une habitude dans les Églises roumaine et slaves. Je préfère la pratique grecque : chaque chrétien doit régulièrement se confesser, mais pas nécessairement chaque fois qu’il communie. C’est à Oxford la pratique des Grecs et des Russes. Je souhaiterais que l’on considère la confession comme un sacrement indépendant, et non comme un élément de la préparation à la communion. Je comprends les difficultés pastorales rencontrées en Russie où nombreux sont ceux qui souhaitent communier et où les prêtres n’ont pas le temps d’entendre toutes les confessions. Je pense qu’il serait mieux de ne pas se confesser si souvent et que la confession soit effectivement un sacrement sérieux, que le repentant ait vraiment le temps d’ouvrir son cœur et le prêtre de suivre le processus, ce qui est impossible s’il y a une queue d’une centaine de personnes qui attendent leur tour.

Mais alors se pose la question, comment puis-je me préparer à la sainte Communion si depuis ma dernière confession j’ai commis des péchés. Même s’ils n’ont pas la gravité d’un meurtre ou d’un adultère, mais de petits péchés de tous les jours, qui sont tous des péchés.

Mgr Kallistos — Vous avez tout à fait raison : nous sommes tous pécheurs, nous commettons des péchés tous les jours, toutes les heures. Mais nous devons clairement distinguer les péchés graves, qui doivent nécessairement être confessés, de ceux qui sont moins sérieux. Bien sûr, une telle distinction n’a pas de fondement, devant Dieu chaque péché est grave mais malgré tout nous devons faire cette distinction. Si quelqu’un a commis un adultère, il doit obligatoirement s’en confesser et, certainement, faire pénitence. D’un autre côté, si nous avons péché en pensée, ce ne peut être un obstacle à la communion. Si nous nous sommes durement querellés avec un ami, nous devons nous en repentir avant de communier. Mais si la querelle a été d’un instant et que nous nous sommes réconciliés, nous pouvons, me semble-t-il, communier sans nous confesser.

Revenons, si vous le voulez bien, au jeûne préparatoire à la communion?

Mgr Kallistos — Le jeûne préparatoire de trois jours ou d’une semaine est aussi une habitude locale russe. Les canons conciliaires mentionnent les jeûnes du mercredi et du vendredi et des quatre périodes de jeûne qui marquent l’année. Mais il n’y a rien dans ces canons qui concernent la nécessité de jeûner trois jours ou une semaine avant de communier.

Je pense que dans les Églises où la communion est peu fréquente il serait néfaste de modifier les habitudes et d’exiger que les croyants communient tous les dimanches. Mais il me semble que ne communier que trois ou quatre fois l’an est trop peu. Dans la pratique il est très bien de communier chaque dimanche.

C’est pourquoi je dis : observez les jeûnes du mercredi et du vendredi, jeûnez aussi le samedi soir, confessez-vous au moins une fois par mois et communiez aussi souvent que possible. C’est la pratique que je conseille à ceux que prépare à entrer dans l’Église orthodoxe.

Si quelqu’un ne communie qu’une fois par mois, ou moins fréquemment, je dis que c’est trop rarement. Si nous regardons la pratique de l’Église primitive et l’enseignement des Pères, nous voyons qu’ils témoignent d’une communion fréquente.

De nombreux chrétiens confessent chaque fois les mêmes péchés, dimanche après dimanche. Comment peut-on promettre en confession de ne plus pécher ainsi, alors que l’on sait que l’on va recommencer de commettre ces « petits péchés de tous les jours » ?

Mgr Kallistos — Aller trop souvent à confesse peut relever de la superstition. Il faut se souvenir que la communion est une grâce, et le diable ne veut pas que nous recevions la grâce, c’est pourquoi il fait tout ce qu’il peut pour que nous cessions de communier. Quand il arrive qu’une idée pécheresse nous envahit, cela peut arriver pendant la divine Liturgie, nous devons nous en repentir en notre fors intérieur, ne pas nous soumettre à cette tentation du diable et demander la sainte Communion.

La confession ne doit pas être trop fréquente. Il faut la pratiquer avec responsabilité. Y avoir recours trop souvent la déprécie.

Nous devons comprendre que nous avons effectivement besoin de confesser encore et encore les mêmes péchés. Il ne faut pas renoncer à la confession parce que nous commettons toujours les mêmes péchés. Nous devons lutter, continuellement nous dépasser. La grâce divine opère en nous une conversion. Il se peut que nous ne la remarquions pas, mais elle se produit. Par nos efforts quotidiens, la grâce divine, la confession et surtout la communion aux saints Dons, nous allons de l’avant, paisiblement et lentement.

Traduction PO: extraits d'une longue interview accordée par Monseigneur Kalistos (Ware)
Texte intégral en russe 
source en français