"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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jeudi 12 janvier 2017

Sur orthodoxie.com: La Commission spéciale de la Sainte Communauté du Mont Athos demande que soient apportées des modifications au texte du Concile de Crète intitulé « les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »


« À la Sainte Montagne, le 13/26.11.2016

Nous nous adressons à Votre Révérence, fraternellement dans le Seigneur,

Considérant qu’il « convenait que les documents officiels finaux du Concile fussent examinés sobrement, leurs éléments positifs, appréciés, et que les imprécisions éventuelles contenues dans ceux-ci, nécessitant des clarifications, fussent de même relevées », la Sainte Synaxe Double référencée 203/23.9.2016 nous a confié l’étude et l’évaluation des textes finaux du Saint et Grand Concile qui s’est tenu en Crète (du 16 au 27 juin 2016), avec la rédaction d’un texte à leur sujet.

Ayant conscience de notre faiblesse, de la difficulté du travail qui nous a été remis, mais aussi du poids que représente la responsabilité devant la tradition de confession [de foi] athonite plus que millénaire, mais aussi récente, nous implorons avec insistance les intercessions de la Protectrice de notre saint Lieu, la Souveraine Mère de Dieu et des vénérables Pères athonites, sachant que la fondation de toute position théologique doit jaillir de l’expérience, dans le Saint-Esprit, de la Tradition apostolique de l’Église, comme en disposaient les Pères saints et théophores et pour laquelle nous-mêmes luttons, par la grâce de Dieu, afin d’y participer.

Le lien indissoluble de la sainteté et de l’expression authentique de la Tradition de l’Église, lequel existe uniquement chez les saints Pères, est la seule approche du cheminement dans le Saint-Esprit de l’Église orthodoxe militante dans le monde, mais aussi du salut en Christ de chacun de ses membres. Il en ressort que nous ne pouvons pas ne pas prendre en considération tout ce qui a été dit et écrit à ce sujet, par les Athonites et les non-Athonites, par les plus récents et les plus anciens, par les saints reconnus et les figures sanctifiées de l’Église orthodoxe.

Les huit textes finaux du Saint et Grand Concile qui a été tenu en Crète, publiés sur sa page internet[1] sont appelés « documents officiels » et sont, dans l’ordre, les suivants :

1. Encyclique du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe
2. Message du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe
3. L’importance du jeûne et son observance aujourd’hui
4. Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien
5. L’autonomie et la manière de la proclamer
6. La diaspora orthodoxe
7. Le sacrement du mariage et ses empêchements
8. La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain

La présentation détaillée de ceux-ci dépasse le cadre de la mission qui nous est confiée, mais aussi les possibilités de notre commission, aussi nous limiterons-nous à des observations partielles dans l’esprit de la décision de la Synaxe Double n°203/23.9.2016.

I. La Sainte Montagne suit avec amour et attention l’inquiétude de pieux chrétiens relativement au Saint et Grand Concile et aux documents conciliaires. La Sainte Communauté ne souhaiterait pas rester sourde aux demandes de nos frères moines athonites et des fidèles dans le monde. Elle s’efforce en effet en premier lieu de professer la vérité concernant le dogme et l’ethos et, ensuite, de parler avec hardiesse, lorsque la Foi et les commandements évangéliques sont en danger. Elle parle ou reste silencieuse, avec discernement, de telle façon que l’Église soit édifiée et que le peuple de Dieu soit affermi.

Ayant en vue l’unité de l’Église qu’elle comprend comme unité de la Foi et vie en Christ dans le Saint-Esprit, la Sainte Communauté du Mont Athos a parlé avec discernement et hardiesse de la nécessité de modifier les textes préconciliaires du Saint et Grand Concile par sa lettre du 12/25 mai 2016 à Sa Toute-Sainteté Mgr Bartholomée, laquelle a été communiquée aux Primats des autres Patriarcats et Églises autocéphales. Elle demandait par celle-ci des modifications concrètes des textes préconciliaires, comme l’ont fait au demeurant la quasi-totalité des Églises orthodoxes.  

La parole conciliaire authentique « selon les théologies inspirées des Pères et le pieux esprit de l’Église[2] » est une parole de salut. Elle fait la distinction entre l’esprit divino-humain et l’esprit anthropocentrique (humaniste) des hommes, celui des religions et des Confessions chrétiennes qui se trouvent en dehors de l’Église. Elle sert le besoin le plus profond de l’homme pour la  connaissance du véritable Dieu et le destin de l’existence humaine. L’homme contemporain qui navigue et se perd dans le tumulte, les soucis et les impasses, a besoin, en premier lieu de « la vérité de la vie nouvelle divino-humaine en Christ[3] », laquelle existe seulement dans l’Église orthodoxe, étant donné qu’elle seule constitue la communion des Saints et offre la communion dans le Saint-Esprit avec le seul Saint, le Dieu dans la Trinité.

La Sainte Communauté a demandé la modification des textes préconciliaires, afin que fût donné au monde une parole conciliaire de l’Église orthodoxe exempte des éléments qui ne sauvent pas, mais emmurent dans le siècle présent. Pour ce faire, la Sainte Communauté s’est alignée sur une longue tradition de confession de la Foi, de la conscience qu’a d’elle-même l’Église, et de l’ecclésiologie orthodoxe, mais aussi sur le soutien expérimenté du Patriarcat œcuménique dans le port de sa croix.

1. La demande de la Sainte Communauté était que les hétérodoxes ne fussent point reconnus comme Église, car seule l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique[4].
2. Elle a également demandé qu’il soit souligné que les dialogues avec les hétérodoxes ont pour but le retour de ces derniers dans l’Orthodoxie et à l’unité de l’Église dans le Saint-Esprit.
3. Conformément à l’esprit et à la lettre de ses textes précédents à caractère de confession, la Sainte Communauté a demandé au Saint et Grand Concile de tenir compte de ses objections justifiées à la participation des Églises orthodoxes au « Conseil œcuménique des Églises » (COE), ainsi que de son opposition aux prières communes, interdites par les saints canons, les baisers liturgiques [cf. le baiser de paix avec les hétérodoxes au cours de la Liturgie, ndt], et tout ce qui donne l’impression que « nous sommes la même chose » [avec les hétérodoxes, ndt].
4. Une autre demande fondamentale de la Sainte Communauté du Mont Athos était aussi que fût formulée avec netteté que la conscience ecclésiale reconnaît comme « juge ultime » au sujet des questions de foi, la conscience du plérôme de l’Église[5], parfois exprimée par ses membres isolés et confirmée finalement par la décision conciliaire des évêques orthodoxes.
5. Enfin était demandé qu’il fût fait référence aux Grands Conciles de l’Église orthodoxe qui ont eu lieu après le VIIe Concile œcuménique, sous Photius le Grand (879-880), Saint Grégoire Palamas (1341-1351), et à Constantinople (1282-1284 et 1484), lesquels ont annulé les pseudo-conciles unionistes de Lyon et de Florence. Cette référence a été considérée nécessaire par la Sainte Communauté, étant donné que par leur enseignement, les différences dogmatiques et ecclésiologiques avec les hétérodoxes (sur le Filioque, la grâce créée, la primauté papale, etc) sont tirées pleinement au clair, et des bases saines sont ainsi posées aux dialogues théologiques bilatéraux.
6. Dans le texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », nous avons proposé, en tant qu’Athonites et héritiers de la tradition ascétique hésychaste, une référence très développée à l’enseignement orthodoxe sur l’ascèse en Christ, la prière du cœur et la déification de l’homme, tel qu’il a été formulé, principalement, par saint Grégoire Palamas, et qui est réalisé uniquement dans l’Église, par la grâce de Dieu, et non indépendamment de l’Église, à savoir par les différentes techniques psychosomatiques erronées que l’on rencontre dans les courants mystiques, anciens et nouveaux.

II. Le Saint et Grand Concile s’est finalement réuni dans les circonstances et dans la composition que l’on connaît et a mené à terme ses travaux, avec des discussions théologiques difficiles et nombreuses, ce qui est habituel lors des conciles.

Au nombre des points positifs du Concile, il faut relever le fait que Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique a dirigé les débats de manière exemplaire et a permis, dans le cadre du règlement, la libre expression des points de vue théologiques.

C’est également un fait que la plupart des évêques, bien que sous la forme de délégations, sont venus au Saint et Grand Concile pour confirmer la conscience qu’à d’elle-même l’Église une, sainte, catholique et apostolique et non pour approuver une quelconque ligne œcuméniste.

Nous ne pouvons pas non plus ignorer la remarquable tentative des Primats et des hiérarques conciliaires d’améliorer les textes. Nous devons particulièrement louer les efforts théologiques de certains évêques pour supprimer certains concepts et termes théologiques ambigus et ajouter des propositions nécessaires, dans le but d’éviter les connotations œcuménistes des textes.

Dans un souci d’objectivité et de vérité, nous mentionnerons certaines modifications fondamentales qui ont été faites dans la bonne direction :

1. Dans un certain nombre des textes a été ajouté, en ce qui concerne les non-orthodoxes, la précision « hétérodoxe » afin qu’apparaisse leur déviation de la foi apostolique orthodoxe et le fait qu’ils ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe[6]. Dans le paragraphe 21 du document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », il est dit clairement que « les Églises et confessions non orthodoxes ont dévié [et non pas « se sont éloignées » selon la traduction française officielle, ndt] de la vraie foi de l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Dans le paragraphe 9 du même document a été ajoutée la disposition suivante : « Il importe que les dialogues théologiques bilatéraux et multilatéraux fassent l’objet d’une évaluation panorthodoxe périodique ». Dans le paragraphe 23 a été inclu l’uniatisme dans les « actes de prosélytisme » et « autres actions provocantes d’antagonisme confessionnel ».

2. Dans le premier paragraphe du chapitre II du texte préconciliaire « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » a été biffée la référence personnaliste à l’homme « en tant que membre de la communion des personnes reflétant par la grâce, à travers l’unité du genre humain, la vie en la Sainte Trinité et la communion des Trois Personnes »[7].

3. En ce qui concerne la question des mariages mixtes, il est mentionné que « Le mariage entre des orthodoxes et des non-orthodoxes est empêché selon l’acribie canonique (canon 72 du Concile Quinisexte in Trullo[8]) ». Il a néanmoins été donné la possibilité « d’appliquer l’économie ecclésiale… par le Saint-Synode de chaque Église orthodoxe autocéphale[9] ».

III. Néanmoins, après qu’un certain temps se soit passé depuis la convocation du Saint et Grand Concile, nous devons observer avec circonspection et modération certains points du texte « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » qui, étant ambigus, attendent une formulation plus correcte, afin que soit manifestée la vérité, et que soit donnée satisfaction aux fidèles qui, avec amour et anxiété, attendent notre parole, et aussi que soient évitées les discordes et les situations qui nuisent à l’Église et gênent l’édification du peuple de Dieu.

1. Dans le paragraphe 6, ou il est fait référence aux Églises chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe, il ne suffit que soit entendue tacitement, mais que soit différenciée expressément, leur hétérodoxie par rapport à la vérité apostolique, la foi et la tradition des Conciles œcuméniques. Ainsi est délimitée l’Église par rapport aux hérésies qui usurpent la vérité apostolique. La formulation « Églises chrétiennes hétérodoxes » donne de la place à la théorie anti-orthodoxe selon laquelle les orthodoxes et les catholiques romains « se trouvent dans la situation non pas d’un schisme accompli, mais d’interruption de la communion ecclésiale (absence de communion[10]). Cette théorie englobe les orthodoxes et les catholiques romains dans l’Église Une, et perçoit l’hétérodoxie comme une formulation différente de la foi apostolique elle-même ! Par ailleurs, on connaît le refus constant des catholiques romains de reconnaître l’Église orthodoxe comme Église pleine et réelle, car elle n’est pas unie au Pape et de ce fait est privée de la plénitude de la grâce (Encyclique papale Dominus Jesus, 2000).  

2. Il manque les dispositions qui écarteraient les actes et déclarations qui présentent les hétérodoxes comme disposant d’un baptême et d’un sacerdoce authentiques et leur « Église » comme ayant la grâce salvatrice. Par conséquent, le paragraphe 23 est absolument incomplet, affirmant que le dialogue doit être accompagné « d’actes de compréhension et d’amour mutuels qui expriment “la joie ineffable” » de l’Évangile [selon la traduction française officielle, incomplète : « des actions qui expriment « la joie ineffable de l’Évangile », ndt]. En ce qui concerne la participation des Églises orthodoxes au Conseil œcuménique des Églises (pour laquelle le Mont Athos a déjà déclaré son désaccord), la déclaration du texte conciliaire est, d’une part, positive, à savoir que les Églises orthodoxes « contribuent (on entend par cela « seulement ») par tous les moyens dont elles disposent à la promotion de la coexistence pacifique et de la coopération portant sur les principaux enjeux socio-politiques » (paragraphe 17), mais néanmoins la participation des Églises orthodoxes au COE se base sur la « Déclaration de Toronto » (1950), qui est un texte théologiquement inacceptable. La question se pose alors sérieusement de savoir si, dans la suite du texte, la « Déclaration de Toronto » est entérinée conciliairement comme texte statutaire de référence de l’Église orthodoxe ! En outre est réaffirmée dans le texte la participation des orthodoxes au COE, tandis qu’il manque l’observation nécessaire selon laquelle « les prières communes interconfessionnelles » sont interdites. De même, ne sont pas rejetés les points de vue du COE sur l’Église et sur le Baptême qui ont été adoptées en commun (y compris par les participants orthodoxes[11]).

3. Conformément au texte, les dialogues qui ne parviennent pas à un accord ne sont pas interrompus, mais au contraire, après que l’on a enregistré le désaccord théologique, sont poursuivis (paragraphe 11). Incontestablement, il est juste qu’un dialogue soit mené à terme malgré les difficultés. Toutefois, la poursuite ou l’interruption d’un dialogue n’est pas seulement une question pratique, mais elle a une signification ecclésiologique et sotériologique. Les dialogues infructueux contribuent à émousser la sensibilité dogmatique des théologiens orthodoxes qui y participent ainsi que celle du plérôme orthodoxe. Par conséquent, que signifie « les dialogues continuent » ? En ce qui concerne le thème majeur de l’uniatisme, par exemple. Suffit-il de la simple et louable mention de « l’uniatisme » (paragraphe 23) parmi les formes d’antagonisme confessionnel, alors qu’il est le problème ecclésiologique par excellence qui devait être résolu avant le début du dialogue théologique en 1980 ? En outre, comment sera interprété le problème de l’uniatisme, comme un antagonisme pratique ou comme une aberration théologique ?

4. Les paragraphes 4, 5 et 6, entérinent la participation de l’Église orthodoxe aux dialogues inter-chrétiens et au dialogue œcuménique, et confirment que « la participation orthodoxe au Mouvement pour le rétablissement de l’unité avec les autres chrétiens dans l’Église une, sainte, catholique et apostolique… constitue l’expression conséquente de la foi et tradition apostolique dans des conditions historiques nouvelles » (paragraphe 4). Cette formulation signifie que l’Église orthodoxe ne reconnaît pas les hétérodoxes comme Églises, malgré cette appellation comme « moyen d’échanges et de communication », mais qu’elle attend avec conséquence, conformément à sa foi apostolique et à sa tradition, leur retour en son sein. Malgré tout, une formulation claire qui déclarerait l’unicité de l’Église, comme celle-ci a souvent été soulignée par des théologiens orthodoxes, par la Sainte Montagne[12], et par Sa Toute-Sainteté le patriarche Bartholomée en la sainte église du Protaton[13] conforterait l’Église orthodoxe en tout lieu ainsi que le plérôme orthodoxe.

5. Après la proclamation juste, dans le quatrième texte conciliaire, selon laquelle « l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique[14]… » et la confirmation expresse de l’encyclique que « les dialogues engagés par l’Église orthodoxe n’ont jamais signifié, ne signifient pas et ne signifieront jamais faire des compromis d’aucune sorte en matière de foi[15] », les accords théologiques tels que ceux de la Commission mixte orthodoxes – antichalcédoniens sur la christologie (1989-1990) et de la Commission mixte sur l’ecclésiologie, entre orthodoxes et catholiques romains, à Balamand (1993), ne peuvent être valides, car manifestement, ils constituent des « compromis en matière de foi ».

4. Aujourd’hui, la préservation de l’unité de l’Église est une revendication poignante. On entend à la Sainte Montagne et en d’autres lieux des protestations et, malheureusement, elles se développent jusqu’à des tendances schismatiques. Indubitablement, les ambiguïtés dans les textes conciliaires, dont l’imprécision crée les conditions préalables à leur interprétation œcuméniste et mène, par conséquent, à une crise de l’unité de l’Église. Il est de même difficile, au titre des dialogues théologiques en cours, de faire ressortir « les acquis » des décennies passées. Les textes du Concile doivent dépasser la partialité qui est due au fait qu’ils ont ignoré la tradition théologique forte qu’ont tracée les Pères théophores contemporains et les distingués théologiens, qui ont perçu le cheminement des dialogues œcuméniques comme une déviation œcuméniste. Ce ne sont pas seulement des voix « zélotes », comme on le dit, mais aussi des voix saines qui réclament la parole de vérité pour être convaincues et trouver le calme intérieur.

Toutefois la tendance qui prône « l’interruption de la commémoration » [de la hiérarchie, ndt] n’est pas justifiée dans le cas  présent. Les textes du Saint et Grand Concile ont leurs carences et leurs imperfections. Néanmoins, une déclaration d’union comme à Lyon ou à Florence, n’a pas été signée, et aucun évêque orthodoxe n’a adhéré à une hérésie jugée par l’Église, ni  proclamé « en public » les enseignements hérétiques des hétérodoxes. Un empressement irréfléchi à interrompre la commémoration [de la hiérarchie, ndt] ne réjouirait que les ennemis de l’Église[16].

Nous reconnaissons que Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Mgr Bartholomée a montré un intérêt sans limite à ce que fût exprimée une ecclésiologie orthodoxe pure par le Concile. Nous connaissons la situation martyre de l’Église de Constantinople qui occupe le premier trône, et celle des anciens Patriarcats. Nous espérons néanmoins dans la grâce toute-puissante du Très-saint Esprit. Nos hiérarques, le saint clergé et le pieux peuple n’ont pas perdu la règle de Foi. Nous escomptons avec espoir la révision théologique ultérieure et la formulation plus authentique des textes conciliaires, de telle façon qu’ils correspondent à l’accomplissement de la mission salvatrice de l’Église dans le monde contemporain, conformément à la déclaration des saints Pères du VIIe Concile œcuménique :  « Ainsi que les prophètes ont vu, que les apôtres ont enseigné, que l'Église a reçu la tradition, que les docteurs ont défini, que l'univers a unanimement consenti, que la grâce a resplendi, que la vérité a éclaté… »  Que tous, clercs et laïcs «  pensions ainsi, parlions, prêchions ainsi, honorant le Christ, notre vrai Dieu » !

Soumettant cela en résumé à la considération de Votre Révérence, et priant notre Seigneur Jésus-Christ pour qu’Il éclaire nos hiérarques, lesquels portent le très lourd fardeau de la responsabilité, nous restons vôtre, avec beaucoup d’amour fraternel,

Les membres de la commission :
Hiéromoine Chrysostome de Koutloumousiou
Archimandrite Joseph de Xiropotamou
Archimandrite Élisée de Simonos Petras
Archimandrite Tykhon de Stavronikita
Hiéromoine Luc de Grigoriou






[1] https://www.holycouncil.org/documents.
[2] Synodicon de l’Orthodoxie, Triode, Dimanche de l’Orthodoxie.
[3] Encyclique du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, III-8.
[4] « L’Église n’est pas seulement Une, mais Unique. Il ne peut y avoir plusieurs corps dans le Seigneur Jésus-Christ. De la même façon, il est impossible qu’existent en Lui plusieurs Églises. Dans Son corps divino-humain, l’Église est Une et Unique, de même que le Dieu-homme, le Christ, est un et unique » (St Justin Popović, Dogmatique de l’Église orthodoxe, cité d’après Orthodoxos Typos, 29.6.2007).
[5] « Chez nous des innovations n'ont pu être introduites ni par les Patriarches, ni par les Conciles; car chez nous la sauvegarde de la religion réside dans le corps entier de l'Église, c'est-à-dire dans le peuple lui-même qui veut que son dogme religieux reste éternellement immuable et conforme à celui de ses Pères » (Encyclique des quatre patriarches orientaux, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, mai 1848).
[6] Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien §6.
[7] « La proposition entière de l’Église de Grèce au sujet de l’ontologie de la personne et la communion des personnes a été adoptée par le Saint et Grand Concile ». La phrase entière qui concerne la communion des personnes qui reflètent selon la grâce, par l’unité du genre humain, la vie de la Sainte Trinité et la communion des personnes divines, a été entièrement biffée. Il est simplement resté dans certains points le terme « personne humaine », en vue d’une discussion ultérieure » (Métropolite de Naupacte Hiérothée, Les décisions de la hiérarchie de l’Église de Grèce au sujet du « Saint et Grand Concile » et leur aboutissement, pp. 20-21, septembre 2016, https://aktines.blogspot.nl/2016/09/blog-post 197.html.
[8] Le sacrement du mariage et ses empêchements, 5.i.
[9] Ibid., 5.ii
[10] Episkepsis n° 755 (31.10.2013).
[11] Cf. à ce sujet, le document de la Commission de la Sainte Communauté du Mont Athos sur les questions dogmatiques, « Mémoire au sujet de la participation de l’Église orthodoxe au Conseil Œcuménique des Églises », 18.2.2007.
[12] « Seule notre Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Credo, les autres “Églises” hétérodoxes se trouvent dans l’hérésie et l’illusion » (Lettre à Sa Toute-Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée, 1/14 novembre 1995).
[13] « L’Église orthodoxe est seule l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique » (21 octobre 2008).
[14] Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien, §1.
[15] Encyclique du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, VII, 20.
[16] Cf. 15ème canon du Concile Prime-Second, Pedalion, p. 292.

dimanche 18 décembre 2016

Sur Orthodoxie.com: Lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie au sujet du Concile de Crète

Entre "l'autocongratulation" effrénée de certains participants et la critique mesurée d'autres participants, les fidèles vont finir par penser que les Pères du Concile n'ont pas tous assisté au même événement. C.L.-G.



Nous publions ci-dessous in extenso la lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie (Église orthodoxe de Grèce), laquelle a été envoyée aux prêtres de son diocèse le 12 décembre 2016.
« Chers Frères prêtres et concélébrants,
Du 19 au 26 juin a eu lieu à Kolymbari, en Crète, le Saint et Grand Concile panorthodoxe, ainsi qu’il a été appelé. Je connais votre intérêt pour ce qui s’est passé lors de ce Concile, puisque vous me l’avez demandé au cours d’entretiens privés. Or, je vous avais dit que je vous répondrai à tous par une réponse générale. C’est ce que je fais maintenant, ce qui est mon devoir et mon obligation en tant que votre évêque.

1. En premier lieu, je dois dire ce que vous savez, c’est-à-dire que notre Église s’exprime conciliairement (synodika). Et vous-mêmes, avec votre troupeau, les chrétiens laïcs, vous constituez une Assemblée (synodos), et laquelle ! C’est la divine Liturgie qui est appelée « assemblée » (synodos) puisqu’elle est l’œuvre du peuple (leitos). Vous savez que sans l’élément laïc, vous ne pouvez célébrer la divine Liturgie. Cette Assemblée, la divine Liturgie est réellement « grande et sainte ». « Sainte », car en elle, par votre propre prière – celle du prêtre – qu’accompagnent les chrétiens fidèles pendant l’hymne « Nous Te chantons… », vient le Saint-Esprit, non seulement sur les Dons qui se trouvent sur le saint Autel, pour les transformer en le Corps et le Sang du Christ, mais aussi sur toute l’Assemblée des fidèles. C’est ainsi qu’il est dit dans la prière de la Consécration : « Envoie Ton Esprit Saint sur nous et sur les Dons ici offerts ». Et la divine Liturgie est une « Grande » Assemblée parce que malgré le fait que dans nos villages, il peut se produire que celle-ci ne soit constituée que de cinq femmes âgées, « des milliers d’archanges et des myriades d’anges… » sont présents à l’office, comme nous le disons dans la prière correspondante. Ainsi, l’Église convoque toujours des assemblées et elle a beaucoup tardé, ces dernières années, à se rassembler en Concile. Aussi, nous nous sommes fortement réjouis lorsque nous avons entendu que notre patriarche œcuménique Bartholomée convoquait un Concile panorthodoxe. Un Concile a eu lieu, auquel notre Église de Grèce a été représentée par notre Archevêque avec environ 25 évêques, une sainte délégation de toute la hiérarchie de l’Église de Grèce, que nous avons accompagnée par notre prière et notre anxiété. Beaucoup a été dit, positivement et négativement, et je vais exposer ici mon propre point de vue sur ce qui a été dit et écrit à ce Concile, et ce librement et en bonne conscience, en tant qu’évêque de l’Église de Grèce.

2. Frères dans le sacerdoce, comme nous le savons par l’histoire des Conciles de notre Église, un Concile se rassemble pour condamner une hérésie et naturellement pour régler différentes questions d’ordre et de cheminement de notre Église. Mais, principalement, notre Église se préoccupe particulièrement de la foi de ses enfants, qu’elle formule clairement dans ses Conciles, dissociant celle-ci de l’erreur et de l’hérésie. On entend parler déjà depuis de nombreuses années de l’hérésie de l’œcuménisme, une construction religieuse qui veut l’unité de tous, en dépit des différences dogmatiques. Les racines de cette hérésie se trouve dans le syncrétisme de l’Ancien Testament, qui a été combattu passionnément par ses prophètes. Oui ! Les combats des prophètes de l’Ancien Testament sont des combats contre l’œcuménisme. Par cette hérésie, que ses connaisseurs appellent à juste titre « pan-hérésie », ont été influencés nombre de nos orthodoxes. Ils disent en effet qu’il existe des clercs de haut degré qui sont enthousiastes des mouvements oecuménistes et qui les soutiennent dans leurs paroles. Un immense nombre de nos chrétiens sont scandalisés par les slogans oecuménistes qu’ils entendent. Le papisme constitue aussi une hérésie. Puisque, en raison de nos clercs et laïcs philo-oecuménistes et philopapistes, il y a une confusion dans le monde orthodoxe, il aurait fallu – c’est que nous attendions – que le Concile de Kolymbari en Crète, avec son autorité, éclaircisse les choses et parle clairement de ces deux hérésies de notre époque et en préserve les fidèles. Il ne l’a pas fait, malgré le fait que de nombreux clercs et laïcs l’avaient demandé avant le Concile, et ce avec beaucoup d’insistance et de supplications. Naturellement, les fidèles orthodoxes savent que le papisme est une hérésie, parce que nous avons à son sujet les témoignages des saints Pères et surtout celui de l’illustre Père, saint Grégoire Palamas. Les fidèles savent également que l’œcuménisme est une pan-hérésie. Aussi, en raison du danger menaçant et afin que le peuple fidèle en fût préservé, nous aurions attendu la condamnation du papisme et de l’œcuménisme par le Concile. Or nous ne l’avons pas vu.

3. Mais, paradoxalement, il semble que le Concile de Crète n’a condamné aucune hérésie, ni qu’il ait parlé d’hérésies, qu’il qualifie « d’Églises ». Ici, mes très pieux prêtres, je m’arrêterai pour procéder à une clarification du terme « Église ». Il s’agit d’un mot qui signifie en général le rassemblement, la réunion, l’assemblée des personnes. Ce mot a été utilisé dans l’antiquité. C’est ainsi que les anciens parlaient de « l’ecclesia du peuple ». Dès le début, le christianisme pour manifester sa foi et exprimer ce qu’il faisait, a accepté sans crainte et librement des expressions séculières et politiques, tels que les mots « « royauté », « force » que nous entendons dans l’office divin (« Car à Toi appartient la force, à Toi conviennent la royauté, la puissance et la gloire… »). Pour ce qui concerne notre relation avec Dieu, nous l’exprimons par le mot « foi », et encore mieux par le mot « Église ». Non pas par le mot « religion ». Lorsque nous disons « foi », nous comprenons toute notre vie, toute notre relation avec Dieu. Nous comprenons toute notre famille sacrée que nous appelons « Église ». Lorsque Jacques, le frère de Dieu, dit que « la prière de la foi sauvera le malade » (Jc 5,15), il n’a pas en vue la prière qui est faite avec foi, mais la prière que fait l’Église (c’est elle qui est appelée « foi »), raison pour laquelle elle a la force de sauver. Lorsque l’Église prie lors d’un sacrement, elle est entendue dans tous les cas, bien que le prêtre qui le célèbre soit pécheur. C’est la même chose qu’expriment les mots « Que tous se délectent du banquet de la foi » [discours pascal de St Jean Chrysostome, ndt], c’est-à-dire le « banquet » de l’Église, qui est la divine Eucharistie. Mais l’expression « Église » est encore plus profonde et plus sacrée pour manifester la Famille de Dieu. Pères et Frères, le Fils de Dieu, s’est engendré et est venu dans le monde pour créer Sa famille, laquelle est l’Église. Celle-ci est un Mystère et ne peut être limitée par des définitions. Nous concevons cependant et goûtons ce mystère de l’Église (chacun en fonction de sa pureté) dans la divine Liturgie. C’est la raison pour laquelle St Ignace le Théophore dit que l’Église est « l’Autel », c’est-à-dire la sainte Table sur laquelle est célébrée la divine Liturgie. Puisque la divine Liturgie est l’Église, ceux qui ne participent pas à la Divine Eucharistie ne peuvent y participer. Et puisque nous ne pouvons pas communier avec les catholiques, les protestants et les autres chrétiens hétérodoxes, ceux-ci ne sont pas attitrés à être qualifiés du terme sacré « d’Église ». Ils ne constituent simplement que des communautés religieuses. Cependant, le Concile de Crète les a appelé « Églises ». Naturellement, comme nous l’on dit lors de l’Assemblée [des évêques de l’Église de Grèce, ndt] qui a siégé en novembre, les Pères hiérarques de notre Église de Grèce ayant participé au Concile, le terme « Église » qui a été appliqué aux hétérodoxes, n’a pas été utilisé dans son sens principal, dogmatique mais, abusivement, dans le sens de communauté religieuse. Oui, mais dans nos textes et expressions théologiques, nous avons une autre conception de « l’Église », celle que nous avons présentée ci-dessus. Et puisqu’il s’agit donc de textes du Saint et Grand Concile, il convient que nous soyons très précis dans nos expressions. Après nous, d’autres et d’autres viendront et trouveront « prête » l’utilisation de l’expression « Église » pour les hérétiques et ceux qui sont le plus libéraux à leur égard, avec la justification au demeurant correcte que l’expression a été utilisée précédemment par un Concile. C’est pourquoi des théologiens solides se sont dressés contre cette expression, selon laquelle les hétérodoxes sont appelées « Églises », et l’ont considérée comme très erronée, surtout pour un texte conciliaire.

4. Mais nous, les évêques [de l’Église de Grèce], lors de notre Assemblée de mai de cette année, n’avions pas formulé cette expression erronée. Pourquoi notre texte a-t-il donc été modifié ? Notre texte, suivant la décision de l’Assemblée de mai, disposait : « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cette proposition était on ne peut plus orthodoxe. Elle a été acceptée par toute notre hiérarchie et c’est cette proposition que devait soutenir notre délégation, sans modification, devant le Concile. Or, la proposition a été modifiée comme suit : « l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Cette phrase est erronée pour la raison que nous avons indiquée, à savoir que les hétérodoxes y sont appelés « Églises ». L’expression « Églises hétérodoxes » signifie « hérétiques ». Et puisque ces « églises » sont hérétiques, comment les appelons-nous « sœurs » ? Mais l’esprit théologique aguerri du bon Pasteur de notre bien-aimée Patrie, S.E. le métropolite de Naupacte Mgr Hiérothée, qualifie clairement cette expression «d’anti-orthodoxe » ! Je m’efforcerai, Pères, de vous expliquer simplement le contenu anti-orthodoxe de l’expression « Églises hétérodoxes » sur la base de l’interprétation du métropolite de Naupacte : il s’agit d’une expression contradictoire. L’Église dispose de toute la vérité et ne peut faire erreur. Si elle est dans l’erreur, elle ne peut être l’Église. L’hérésie est une erreur. Dire « Églises hétérodoxes », c’est mettre ensemble ces deux opposés, cela signifie que nous acceptons l’erreur dans l’Église et la vérité dans l’hérésie ! C’est grotesque ! Oui, c’est ce que signifie l’expression « Églises hétérodoxes ». Je reconnais cependant que la délégation de notre hiérarchie, en utilisant l’expression « Églises hétérodoxes », de même que le Concile de Crète adoptant celle-ci, ne voulait pas exprimer l’enseignement erroné susmentionné, mais nous savons tous que, dans les textes conciliaires doit exister l’exactitude et la clarté. Il n’est pas permis dans des textes conciliaires d’utiliser de telles expressions erronées. Ceci, selon le rapport du métropolite de Naupacte connaît un précédent historique. Dans la « Confession de Loukaris », qui a été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris, il est dit que l’Église dans son cheminement peut tomber dans l’erreur et, au lieu de la vérité, dire le mensonge. Le patriarche formule littéralement la proposition suivante : « Il est vrai et certain que, dans son cheminement, l’Église peut errer et, au lieu de la vérité, choisir le mensonge ». Le sens de l’erreur de cette proposition de Cyrille Loukaris est formulée exactement par l’expression « Églises hétérodoxes » du texte du Concile de Crète, après l’altération de la première expression très orthodoxe de notre hiérarchie. Or, le Concile de Constantinople de 1638 a anathématisé le patriarche Cyrille Loukaris pour son expression anti-orthodoxe susmentionnée, selon laquelle l’Église peut être dans l’erreur. Toujours est-il que l’expression erronée « Églises hétérodoxes » restera maintenant, si le Concile de Crète est reconnu, en tant qu’écrite officiellement dans son texte et sera utilisée bel et bien et très librement comme permise et valide. Comme cela nous est connu, le mot « Église » a été attribué au XXème siècle pour la première fois à des chrétiens qui se trouvent hors d’elle, et ce par la proclamation du Patriarcat œcuménique de 1920. S.E. le métropolite de Naupacte, dans sont texte à la hiérarchie de novembre de cette année se plaint à juste titre que la nouvelle proposition avec l’expression erronée n’a pas été étudiée par la délégation de notre hiérarchie, mais a été faite « pendant la nuit du vendredi au samedi », mentionnant que le rédacteur de la proposition « ne connaît pas la dogmatique de l’Église orthodoxe catholique », et qualifiant la phrase controversée de « diplomatique et non théologique ». C’est une phrase qui facilite l’hérésie et la pan-hérésie de l’œcuménisme, disons-nous.

5. Dans le texte final de la délégation de notre hiérarchie, comme cela a été de nouveau relevé par S.E. le métropolite de Naupacte, il y a une autre faute sérieuse, dogmatique et ecclésiologique. Il est écrit dans le texte : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. Cependant, l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Le métropolite de Naupacte considère à nouveau la première phrase du texte « impie et anti-orthodoxe ». Effectivement ! Cette phrase est telle parce qu’elle exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et visible. Lorsque Luther et, avec lui, Calvin et Zwingli, se sont détachés de Rome, ils ont développé la théorie sur l’Église invisible et visible, afin que l’on ne pense pas qu’ils étaient en dehors de l’Église. L’Église invisible, à laquelle ils pensaient appartenir, était selon eux unie, tandis que les Églises visibles sur terre (ils avaient d’abord appartenu à l’une d’entre elles – celle de Rome –) étaient divisées et s’efforçaient de trouver leur unité. Notre théologien Lossky, dénonçant cette ecclésiologie protestante, qui divise l’Église en visible et invisible, la met en parallèle avec l’hérésie de Nestorius, qui a divisé la nature divine et humaine dans la Personne du Christ. De cette théorie des Protestants sur l’Église visible et invisible, qui est sous-jacente dans l’expression du texte conciliaire que nous jugeons, « partent – dit le métropolite de Naupacte – d’autres théories, comme celle des branches, la théologie baptismale et le principe d’inclusivité ». Aussi, nous devons faire très attention. L’expression du Concile «D’après la nature ontologique de l’Église… » est bizarre. Je vais maintenant examiner le sujet d’un autre angle, Pères, pour que vous compreniez l’erreur de l’expression. Je vous le demande, mes frères concélébrants : Pourquoi appelons-nous le miracle de la Divine Eucharistie « changement » des saints Dons et non « transsubstantiation » ? Parce que l’expression « transsubstantiation » rappelle la théorie de Platon et d’Aristote sur les idées, les archétypes, qui selon eux sont la substance des choses terrestres. Ainsi, le terme «transsubstantiation » pour exprimer la Divine Eucharistie manifeste que sont changés non pas le pain et le vin lui-mêmes, mais leurs archétypes dans le monde d’en-haut, les idées. C’est pourquoi, je le répète, le miracle de la Divine Liturgie, est appelé par nous « changement » et non « transsubstantiation ». De même maintenant, l’expression « unité ontologique de l’Église » nous renvoie en quelque sorte à cette théorie de Platon et d’Aristote. Pour cette raison, il ne faut pas l’appliquer à l’Église, afin que l’on ne nous critique pas, par cette expression, de « protestantiser », que l’on ne nous accuse pas de vouloir soi-disant déclarer ainsi la véritable unité de l’Église invisible en opposition à celle qui est visible sur terre. C’est à cela que se réfère le mot « cependant » qui suit.

6. Je ne vous ai pas parlé, mes Pères, de tous les sujets du Concile de Crète, mais d’un seul seulement, le plus sérieux peut-être, parce qu’il est ecclésiologique. Au sujet de ce texte du Concile qui concerne le thème que j’ai exposé, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste [et non « l’ensemble » selon la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien, l’érudit métropolite de Naupacte dit précisément dans son exposé à l’Assemblée de la hiérarchie de l’Église de Grèce au mois de novembre de cette année : « Ce que je puis dire est que ce texte n’est non seulement pas théologique, mais aussi qu’il n’est pas clair, n’a pas de perspectives et de bases claires, qu’il est diplomatique. Comme cela a été écrit, il se distingue par une ambiguïté diplomatique créatrice. Et comme texte diplomatique, il ne satisfait ni les Orthodoxes, ni les hétérodoxes (…) Le texte soulève de nombreux problèmes, malgré certaines bonnes formulations générales. C’est ainsi que lorsque seront publiés les Actes du Concile, où sont reflétés les points de vue réels de ceux qui ont décidé les textes et les ont signés, il apparaîtra clairement que la théorie des branches a dominé au Concile, la théologie baptismale, et principalement le principe d’inclusivité, c’est-à-dire le glissement depuis le principe d’exclusion au principe d’inclusion (…) Beaucoup ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et n’est pas finalisé, puisqu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, et encore pendant la sainte Liturgie ! » Ces passages émanant de S.E. Mgr Hiérothée sont très significatifs et il faut les prendre sérieusement en compte et ne pas les négliger.

7. Nombreux sont ceux qui demandent : Reconnaîtrons-nous ce Concile ? Cela sera décidé par tous les les hiérarques de notre Église de Grèce. Notre archevêque Jérôme, accorde toujours la liberté de parole pour chaque point de vue qui s’exprime et il accepte toutes les positions. Nous l’en remercions. Mais nous savons, par l’histoire des Conciles, que beaucoup de sessions avaient lieu lors des Conciles œcuméniques lesquelles duraient des années. L’Église de Roumanie a décidé que les textes du Concile de Kolymbari en Crète peuvent être modifiés sur certains points, être développés par un futur saint et grand Concile de notre Église, être parachevés, et permettre ainsi un accord panorthodoxe. Parce que maintenant, au Concile de Crète, quatre Patriarcats n’ont pas participé, à savoir Antioche, Russie, Bulgarie et Géorgie. Ceci se produisait dans l’histoire des Conciles, nous le répétons. Il y avait beaucoup de sessions qui duraient des années. Et ces sessions étaient par la suite considérées comme un seul Concile.

8. Peut-être, Pères, ce que je vous ai dit peut paraître pour vous des points de détails, cela peut vous sembler quelque peu étrange, et vous pouvez peut-être m’accuser d’attribuer de l’importance aux mots et aux expressions. Cependant, mes Pères, notre foi orthodoxe s’exprime avec la précision des mots, qui sont chargés d’un profond sens théologique. Et comme nous le savons, notre Église a livré de grandes luttes pour la formulation correcte des dogmes de notre foi. Nous avons besoin de beaucoup de prière et de réflexion. Non d’actes précipités. J’attendrai, chers concélébrants et frères, vos questions, objections et désaccords sur ce qui a été dit, et nous parlerons à nouveau du Concile de Kolymbari en Crète. Priez pour moi.

Avec mes meilleurs souhaits et l’amour en Christ,
+ Le métropolite de Gortyne et de Megalopolis Jérémie »

vendredi 2 décembre 2016

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe sur le texte « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »


En date du 29 novembre, l’Église orthodoxe de Bulgarie a arrêté sa position sur le Concile de Crète et en particulier le texte de ce Concile intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste [et non pas « l’ensemble » comme il est dit dans la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien ». Nous publions ci-dessous le texte intégral du document du Saint-Synode :

« Prise de position du Saint-Synode [de l’Église orthodoxe bulgare] concernant le Concile de Crète (2016) et le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’.
Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie, lors de sa session du 15 novembre (protocole N°22), siégeant au complet, a examiné le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’ adopté par le Concile ayant eu lieu en juin de cette année en Crète, a pris la position suivante :
Lors de la session du 1er juin 2016, protocole N°12, le Saint-Synode, siégeant au complet, décida de proposer le report du Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe, afin que la préparation à sa réalisation fût continuée. Dans le cas contraire, le Saint-Synode avait décidé que l’Église orthodoxe bulgare n’y participerait point.
Par la suite, les Saint-Synodes d’autres Églises orthodoxes locales participant à l’organisation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont intervenus avec des propositions semblables. Puis quatre Églises locales autocéphales ont déclaré leur non-participation (dans l’ordre chronologique) : l’Église orthodoxe bulgare (décision du 1er juin de cette année), le Patriarcat d’Antioche (décision du 6 juin de cette année), l’Église orthodoxe de Géorgie (décision du 10 juin de cette année), l’Église orthodoxe russe (décision du 13 juin de cette année). Du 16 au 27 juin de cette année, en l’Académie orthodoxe de Crète, République de Grèce, a été réalisé le Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe planifié, mais sans la participation de quatre Églises locales, et en l’absence de l’Église autocéphale orthodoxe en Amérique (OCA) reconnue comme telle par l’Église orthodoxe de Bulgarie et dont la participation, dès le début, n’a pas été prévue, pas même en tant qu’hôte. Au Concile étaient présents les représentants des médias et les invités de communautés religieuses hétérodoxes (catholique-romaine, anglicanes et d’autres).
Le Concile réalisé en Crète, a voté et adopté avec certaines modifications six documents préconciliaires, et également son « Encyclique » ainsi que son « Message ». 33 évêques participant au Concile n’on pas signé le document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », et certains des hiérarques non signataires (parmi eux des théologiens orthodoxes faisant autorité) ont publié des explications de leur position. Par sa lettre, protocole № 798 du 14.07.2016 (Référence de la réception à la chancellerie du Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie : N°498 du 20.09.2016), S.S. le patriarche œcuménique Bartholomée a expédié au Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie les documents votés et adoptés par le Concile. Après une traduction spécialisée, effectuée par un traducteur autorisé dans le but donné, les métropolites diocésains [de l’Église orthodoxe bulgare] ont reçu lesdits documents.
La première conclusion importante est que, par rapport à leur rédaction préconciliaire, les documents votés et adoptés par le Concile de Crète ont subi des certaines modifications, mais celles-ci ne sont pas essentielles et elles sont insuffisantes pour que lesdits documents soient adoptés de façon panorthodoxe.
I. Sur le document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ».
1. En ce qui concerne le texte du point 4, on peut dire que l’Église orthodoxe sous « l’union de tous » a toujours compris la réunion à elle ou le retour dans son sein, par le saint Baptême, la sainte Chrismation et la Pénitence de tous ceux qui errent selon les éléments de ce monde, et qui se sont séparés d’elle par l’hérésie et le schisme, conformément aux règles canoniques de l’Église. L’Église une, sainte, catholique et apostolique n’a jamais perdu l’union dans la foi et la communion dans le Saint-Esprit, et ne peut accepter l’expression « rétablissement de l’unité » avec « les autres chrétiens », étant donné que ladite unité existe immuablement dans le Corps du Christ et que seuls l’unité et l’unicité constituent les propriétés essentielles de l’Église. De même que l’Église orthodoxe ne peut adopter également les différents enseignements et conceptions, sur lesquels les hétérodoxes fondent ladite unité. De telles théories sur l’existence d’une quelconque « unité » apparente de toutes les confessions chrétiennes comme, par exemple, l’enseignement sur « l’église invisible », la « théorie des branches », « la théologie baptismale » ou « l’égalité des dénominations ». Toutes ces théories peuvent êtres reliées avec l’enseignement scolastique sur la grâce créée du Saint-Esprit, qui a été conciliairement condamné par la Sainte Église. Si au contraire on accepte une telle doctrine, l’existence de la grâce Divine dans les différentes confessions chrétiennes, se différenciant dans différentes dénominations qualitativement et quantitativement, peut alors être fondée. Conformément à cette théorie hétérodoxe, il est admis que pour autant que des actes liturgiques soient accomplis dans une communauté chrétienne, ils peuvent de différentes façons produire la vie dans la grâce, qui varie en fonction de l’état de chaque confession. Cette théorie théologique affirme que soi-disant les actes liturgiques peuvent donner l’accès au salut des chrétiens des communautés correspondantes, auxquelles ils appartiennent. En raison de cette existence supposée de la grâce dans chaque dénomination chrétienne, il conviendrait d’entreprendre les efforts communs afin que soit atteinte la plénitude de l’unité en Christ (cf. décret du l’œcuménisme du Concile Vatican II).
2. En ce qui concerne la recherche « l’unité perdue de tous les Chrétiens », exprimée et confirmée par le point 5, nous considérons que cela est inacceptable et inadmissible, étant donné que l’Église orthodoxe n’a jamais perdu son unité interne, malgré les hérésies et les schismes qui constituent un détachement du Corps de l’Église, par lequel le Corps mentionné ne perd pas son intégrité ontologique initiale, qui est renfermée dans l’indivisibilité ontologique de l’Hypostase du Christ.
3. Dans les points 6, 16 et 20 est reconnue « l’appellation historique » «des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », malgré le fait que dans le point 1 du document est affirmé autre chose, à savoir qu’aucune communauté hérétique ou schismatique ne peut être appelée « église ». L’existence d’une pluralité d’églises est inadmissible, conformément aux dogmes et aux canons de l’Église orthodoxe. En outre, on part initialement du principe, dans le point 2, que « L’Église orthodoxe assoit l’unité de l’Église sur le fait qu’elle a été fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cette unité s’exprime à travers la succession apostolique et la tradition patristique, et elle a été vécue jusqu’à ce jour en son sein ».
L’addition de l’expression « appellation historique », ainsi que l’explication selon laquelle les confessions hétérodoxes ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe, n’ôte pas le caractère problématique et erroné du texte donné. Dans le passage mentionné au point 6 du document, sont juxtaposées des réalités contradictoires. Est-ce que l’appellation « orthodoxe » rapportée à l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique et qui constitue une appellation historiquement confirmée, diminue sa réalité et sa signification ? Toute appellation juste, surgissant dans l’histoire, reflète une essence définie, une réalité existante. Dans le cas contraire, elle est un concept sans ampleur réelle, simplement quelque nom sans objet réel, qui l’exprimerait ou la refléterait. Un tel nom sans objet réel constitue une fiction.
Dans une telle configuration, il fallait alors mentionner dans le document conciliaire que « l’appellation historique » des « églises », appliqué aux communautés s’étant détachées de l’Église orthodoxe, est une appellation fictive, sans référence réelle à la réalité. Si nous n’émettons pas la réserve en question, l’appellation historique « Églises hétérodoxes » aura une référence historique réelle, à laquelle elle se rapporte. C’est-à-dire que nous reconnaissons l’existence réelle des autres Églises, distinctes de l’orthodoxe, ce qui entre en contradiction évidente avec le point 1 et les paroles initiales du point 6 du document (L’Église Une et Unique).
4. L’affirmation contenue dans le paragraphe 12 selon laquelle « au cours des dialogues théologiques, le but poursuivi par tous est le même : le rétablissement de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour » est trop simpliste et non exhaustive des dimensions du processus. L’unité suppose l’identité de la foi, l’unanimité et l’unité d’action dans toutes les définitions dogmatiques et les règles ecclésiales, confirmées par les Conciles œcuméniques, de même que dans la tradition liturgique et la vie sacramentelle dans le Saint-Esprit. La façon de réaliser cette unité repose sur la pénitence, la confession de la foi orthodoxe et le Baptême.
5. Dans le point 20, il est indiqué que « Les perspectives des dialogues théologiques engagés par l’Église orthodoxe avec les autres chrétiens sont toujours déterminées sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà constituée », mais il serait plus exact de remplacer l’expression « de la tradition ecclésiastique déjà constituée », par « la tradition de l’Église orthodoxe ».
6. L’impression générale du document donné est la suivante : il contient de nombreuses expressions ambiguës et de termes ecclésiologiques impropres. C’est également un fait important que le but fondamental des dialogues théologiques accomplis avec les confessions hétérodoxes ne soit pas mis en évidence dans le document de façon fondée et exhaustive, à savoir le retour des hétérodoxes selon l’ordre canonique dans le sein de l’Église orthodoxe. De même, les fondements et principes essentiels des dialogues donnés ne sont pas manifestement pas formulés. Au lieu de cela, dans le point 16 et suivants, l’organisation non gouvernementale « Conseil œcuménique des Églises » à laquelle, Dieu soit loué, l’Église orthodoxe bulgare ne participe plus depuis longtemps, est légitimée.
7. Contrairement à l’objectif principal que nous avons mentionné plus haut dans le point 6 du document (points 9, 10, 11, 12, 13, 14 и 15), la méthodologie de conduite des différents dialogues est réglementée de façon cohérente et exhaustive.
8. Le texte du point 22 présuppose l’infaillibilité du Concile qui s’est réuni en Crète et l’attitude non critique envers celui-ci, étant donné que dans le point concerné, il est affirmé que « la préservation de la foi orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue l’autorité suprême en matière de foi et des règles canoniques ». Mais on pourrait mentionner des périodes entières de l’histoire ecclésiastique qui montrent que le critère définitif de confirmation des Conciles œcuméniques est la conscience dogmatique vigilante de tout le plérôme orthodoxe. Le système des Conciles œcuménique et panorthodoxes ne peut assurer automatiquement et mécaniquement la justesse de la foi confessée par les chrétiens orthodoxes.
II. Conclusion principale
Le Concile qui s’est déroulé en Crète n’est ni grand, ni saint, ni panorthodoxe.
1. Et ce, tant en raison de la non participation d’un certain nombre d’Églises locales autocéphales, que des fautes organisationnelles et théologiques qui y ont été permises. Malgré cela, nous respectons et estimons les efforts de tous les organisateurs et participants à sa réalisation.
2. L’examen attentif des documents adoptés au Concile de Crète nous amène à la conclusion que certains d’entre eux contiennent des affirmations non conformes à l’enseignement ecclésial orthodoxe, à la tradition dogmatique et canonique de l’Église, à l’esprit et à la lettre des Conciles œcuméniques et locaux.
3. Les documents adoptés en Crète sont sujets à une nouvelle discussion théologique dans le but de les rectifier, rédiger à nouveau et corriger, ou de les remplacer par d’autres (nouveaux documents) dans l’esprit et la tradition de l’Église.
L’Église orthodoxe bulgare constitue une partie indissociable, un membre vivant de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. En tant que partie du corps du Christ, sur le territoire local de la Bulgarie et des diocèses bulgares à l’étranger, l’Église orthodoxe de Bulgarie continuera à l’avenir également à rester en communion eucharistique fraternelle, en communion spirituelle, dogmatique et canonique avec toutes les autres Églises orthodoxes locales – tant avec celles qui ont participé au Concile de Crète que celles qui ses sont abstenues. L’Église n’est pas une organisation séculière, mais un organisme divino-humain. Elle ne doit pas être sujette dans sa vie conciliaire à l’influence des intérêts politiques et séculiers et aux divisions en résultant. Son chef est le Seigneur Jésus-Christ, qui est « la voie, la vérité, et la vie ».
Les principes d’autocéphalie et de conciliarité de la vie ecclésiale non seulement ne se contredisent pas, mais se complètent mutuellement, découlant l’un de l’autre et se trouvant entre eux en pleine unité ».

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