"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

jeudi 14 janvier 2021

Moine Grégoire [Zoumis]: le Bienheureux Staretz Grégoire de Docheiariou




Le bienheureux staretz Grégoire de Docheiariou prend la parole .

C'est une question que le Diable ne peut que transmettre, pas semer. Des choses auxquelles vous ne penserez jamais. Mais ici, il faut du courage, pas de l'audace. Ne prenez pas cette vie avec audace mais avec courage.

Quel courage? Celui dont parle l'Évangile de Marc. Marc ne met pas de roses, il ne met pas de fleurs dans son discours. "Vous avez osé aller voir Pilate et demander le corps de Jésus." Joseph et Nicodème l'accompagnèrent. "Vous avez osé." Ce courage est nécessaire.

Et cette autre chose qui a rempli l'Église des Saints et Martyrs est l'élément enthousiaste. On nous dit à maintes reprises que c'est de l'excitation. Sans l'élément enthousiaste, nous ne pouvons pas passer à ce que physiquement, avec notre force, nous ne pouvons pas réaliser. C'est du courage et de l'enthousiasme.

Bien sûr, quand je passerai sous le joug du Christ, je verrai qu'il a des difficultés, mais Celui Qui nous a appelés ne nous quittera pas. Il sera toujours avec nous. Personne n'est venu seul au monastère. Dieu l'a appelé. C'est un appel, ce n'est pas notre choix. Et vous qui êtes ici, les pèlerins, ce n'est pas votre choix. Vous êtes venu parce que vous demandez quelque chose. Que Dieu nous aide à pouvoir vous le donner.

Nous sommes pauvres, mais de notre pauvreté vous pouvez obtenir quelque chose. Même un chiffon de notre rasson. Gardez-le là où vous êtes et un jour il parlera à votre âme.

Un chiffon, prenez un fil de la soutane trouée du moine. Pas comme nous le sommes aujourd'hui, comme nous le serons demain quand nous allons travailler. Et gardez-le et cela vous aidera.

Mais est-ce un phylactère? Est-ce une amulette?

Non. Rien de tout cela ne l'est.

C'est un petit signe, pour ainsi dire, un signe. Un petit point, comme les bouées que l'on met dans la mer pour trouver les filets. C'est une petite bouée qui vous montrera dans la mer de la vie ce que vous devez faire, où vous trouverez les filets de votre vie pour les soulever et les pêcher.

Par ce chiffon vous l'obtiendrez…

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après


https://gr.pravoslavie.ru/124972.html

mercredi 13 janvier 2021

Irina Krikheli: COMMENT MON FILS A PARLÉ: À l'occasion du 8e anniversaire de la glorification du staretz Gabriel (Ourgebadzé)

Lors de la découverte des reliques du moine ancien Gabriel (Urgebadze).  Photo: Fridona Gegeshidze / Pravoslavie.Ru

Lors de l'Invention des reliques du moine et staretz Gabriel (Ourgebadzé). Photo: Fridona Gegeshidze / Pravoslavie.Ru


La vénération du staretz Gabriel (Ourgebadzé) en Géorgie a commencé bien avant sa glorification. Les gens allaient sans cesse à la tombe de l'ascète, apportant leurs ennuis, et le bon staretz ne laissait personne sans aide.


Nous avons également beaucoup entendu parler du Père Gabriel, mais nous n'avons eu la chance de visiter sa tombe que lorsque nous avons commencé à avoir des problèmes. Notre petit fils tant attendu n'avait pas commencé à parler depuis longtemps. Nous y sommes allés avec un ami qui n'était pas là pour la première fois.


Tout d'abord, mon garçon, alors âgé de quatre ans, a reçu la Sainte Communion lors du service patriarcal de l'église de Svetitskhoveli, puis nous sommes allés au monastère de Samtavro, où reposaient les reliques du Père Gabriel, qui n'avait pas encore été glorifié parmi les saints. Sur la tombe, comme toujours, il y avait du monde. 


Un vieil homme brillant nous regardait depuis sa grande photo. Ses yeux semblaient vous transpercer de part en part, et il était difficile de détourner le regard de cet amour. Nous avons prié, nous avons été oints d'huile de la lampade et Mère Paraskeva, la préposée de cellule du Père Gabriel, a signé mon garçon avec le sang du staretz. Nous sommes rentrés chez nous joyeux, de bonne humeur, et le lendemain, avec surprise et joie, j'ai découvert que mon fils, qui n'avait prononcé que dix mots à l'âge de quatre ans, essayait de parler, et, de plus, que sa bouche ne se fermait pas!


Bien sûr, une grande partie de ce qu'il essayait de dire était incompréhensible, il avait, comme on dit, encore "de la bouillie dans la bouche», mais il avait un grand enthousiasme, et c'était un vrai miracle! C'était aussi étonnant que lui, auparavant timide et sans contact avec les enfants, voulait maintenant communiquer et courut joyeusement vers les enfants!


La glorification du staretz s'est transformée en une célébration grandiose. Un triomphe de l'Orthodoxie! Ensuite, nous sommes souvent venus à la tombe avec nos chagrins et nos problèmes, et après la glorification du staretz et des reliques du saint dans l'église, et on n'est jamais parti sans aide, après avoir visité les reliques, on est devenu chaleureux et joyeux dans l'âme, la paix tant attendue a régné. Et si vous mettiez du sable de la tombe du cher Père Gabriel sur un point douloureux, vous vous leviez le matin - cela ne faisait plus mal!


Des gens de toute la Géorgie se sont dépêchés de vénérer les reliques du saint, qui séjournait depuis de nombreux jours et nuits dans le temple principal de Sameba (Trinité) à Tbilissi. La chaîne du Patriarcat diffusait jour et nuit comment des gens dans un flot incessant, debout dans d'immenses files d'attente, se dépêchaient de s'incliner devant les reliques de ce merveilleux ascète. L'État a dû mobiliser une armée pour maintenir l'ordre, car il y avait beaucoup de gens. Il semblait que toute la Géorgie faisait la queue aux reliques du saint!


Un tel culte populaire n'existe pas depuis longtemps! Même ceux qui ne sont jamais allés à l'Eglise voulaient voir les reliques. C'était leur première visite - et peut-être pas la dernière! Quelque part il y avait des guerres, des tempêtes tonnaient, et le staretz semblait avoir mis la Géorgie à l'abri de tous les troubles, rallié l'amour fraternel du Christ, l'amour avec qu'il accordait si généreusement à tous ceux qui venaient à lui de son vivant.


Le père Gabriel n'a pas non plus laissé ses enfants sans aide ici. Une de mes amies faisait la queue avec sa sœur. Déjà à l'entrée du temple, les gens se pressaient si fort qu'il était impossible de respirer. À ce moment-là, elle pria le staretz, et s'écria directement: "Père Gabriel, à l'aide!" Immédiatement après cela, tout à coup, comme venant de sous terre, un soldat est apparu à proximité, qui les a littéralement entraînés tous les deux dans le temple. La sœur d'un ami ne se sentait pas bien ce jour-là, mais après avoir visité les reliques, le mal a disparu comme par enchantement.


Les conjoints sans enfants de Saint-Pétersbourg, ayant appris à la télévision l'invention des reliques, sont venus à Tbilissi, ont vénéré les reliques de l'homme juste, et un an plus tard, ils sont revenus - déjà avec un bébé.


Qui sait s'il y aura jamais une répétition d'une telle adoration nationale en Géorgie?... Une telle impulsion unie pour vénérer devant les reliques du juste, du confesseur et du bienheureux.


Récemment, j'ai eu une situation difficile dans ma vie. Il y a eu un long litige qui a dû être porté devant les tribunaux. Les audiences, qui auraient dû être nombreuses, étaient payantes et coûteuses, insupportables pour moi. De plus, ma mère est clouée au lit à la maison et il me serait très difficile d'aller aux audiences du tribunal.


En priant dans l'église, j'ai vu une icône du Père Gabriel qui y était récemment apparue. En m'approchant, décidant de prier et d'allumer un cierge, je ne pouvais pas m'éloigner de l'icône: le saint me regardait comme vivant, regardait et souriait. Une telle chaleur, une telle consolation vinrent de l'icône! J'ai senti que le Père Gabriel semblait prendre ma tête dans les paumes de ses mains et qu'il était avec moi dans mes peines. Les larmes coulaient à flots.


Bientôt, j'ai appris que mon cas était réglé. Tout à la fois, sans un seul essai! C'était incroyable! Je ne pouvais pas croire que c'était vrai, que ce n'était pas un rêve. Je sais qui m'a entendu et a aidé alors, par qui l' intercession du Seigneur, connaissant ma situation difficile, m'a délivré du châtiment à venir!


Remercions Dieu que de tels martyrs, de tels confesseurs et et de tels hommes justes aient vécu sur notre terre, y aient vécu assez récemment! Que nous puissions nous tourner vers eux et être sûrs que dans nos moments difficiles nous avons de tels défenseurs devant Dieu.


Le staretz disait souvent: "Ma croix est la Géorgie et la moitié de la Russie." Nous croyons que même maintenant, il prie pour nous, pour nos peuples fraternels, devant le Seigneur.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 12 janvier 2021

Métropolite Athanase de Limassol: "Illuminer" votre maison avec l'énergie du Saint-Esprit

 

Une maison sans lampade allumée devant des icônes est froide et sombre, mais lorsque vous avez une lampade allumée devant vos icônes, vous vous donnez un rappel physique de l'énergie du Saint-Esprit dans la maison.

Nous devons «illuminer» ainsi nos maisons, pour avoir l'énergie du Saint-Esprit en elles, avec des icônes saintes, des lampades, de l'eau bénite, de l'encens et nos prières.

Dans une maison où il y a des blasphèmes et des cris, il est naturel qu'elle ait une énergie opposée à celle de l'énergie du Saint-Esprit.

S'il y a une personne dans cette maison, qui prend soin de résister à l'énergie de Satan, cette personne priera dans la maison, aura des icônes, prendra soin d'asperger la maison d'eau bénite, alors la Grâce de Dieu vaincra le présence du Diable.

Nous devons acquérir la sainte habitude de recevoir la Grâce sanctifiante des mystères de l'Église. 

Dans nos maisons, nous devons avoir de l'eau bénite, de l'antidoron séché, et chaque matin, tous les matins, nous devons avant de partir travailler, consacrer une minute à la prière, à consommer l'antidoron, à boire notre eau bénite, et vous savez quoi - nos vies entières vont changer ainsi que la vie future de nos familles faisant ainsi de nos maisons une petite église.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

lundi 11 janvier 2021

LE PATRIARCHE BARTHOLOMEE FERME LES YEUX SUR LE SCHISME QU'IL A CRÉÉ, ET ACCUSE LE PATRIARCHE CYRILLE DE PRÉTENTIONS PAPALES

 Photo: rua.gr

On croit rêver!

Istanbul, le 5 janvier 2021

Selon le patriarche Bartholomée de Constantinople, il n'y a pas de schisme au sein de l'Église orthodoxe aujourd'hui. Et bien qu'il soit souvent accusé de néopapisme, c'est en fait le Patriarche de Moscou qui nourrit des prétentions papales, a déclaré le primat de Constantinople dans une interview à To Vima publiée [le 4 janvier].

Le 15 octobre 2018, le Saint Synode de l'Église orthodoxe russe a pris la mesure douloureuse mais nécessaire décision de rompre la communion eucharistique avec le Patriarcat de Constantinople après que ce dernier ait unilatéralement envahi le territoire de l'Église ukrainienne, ait reçu des schismatiques défroqués et anathématisés pour les remettre en communion sans aucune procédure régulière ni raison justifiable, et a annoncé son intention de créer une Église locale sur le territoire de l'Église ukrainienne, ce qu'il a fait deux mois plus tard.

Cependant, le patriarche Bartholomée ferme simplement les yeux sur cette réalité, en prétendant qu'elle n'existe pas.

"Il n'y a pas de schisme dans l'Orthodoxie", a-t-il déclaré à Vimas.

Et se tournant vers l'autojustification, il a poursuivi : "Je ne peux pas laisser l'ecclésiologie orthodoxe être modifiée sur l'autel des intérêts inférieurs. Je n'ai pas le droit de faire un pas en arrière. La parole de vérité est "plus tranchante que n'importe quel couteau." Elle est attestée par l'histoire, les sources, les documents, les faits".

Rappelez-vous que le Patriarche Cyrille a proposé au patriarche Bartholomée qu'une étude approfondie des documents pertinents entourant le transfert de la métropole de Kiev de Constantinople à l'Église russe en 1686 soit entreprise, mais le patriarche Bartholomée a refusé. Les études de l'Histoire et des documents peuvent être lues ici et ici.

D'innombrables hiérarques ont également proposé que toute la question ukrainienne soit prise en charge par un concile pan-orthodoxe, mais là encore, le patriarche Bartholomée a continuellement refusé, bien qu'on ne sache pas très bien ce qu'il risque de perdre si sa position est aussi solide.

De plus, la parole de vérité est "altérée par l'argent, l'intimidation, la propagande et les rêves chimériques", a poursuivi le patriarche dans son interview.

Il y a deux jours à peine, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a reconnu que les États-Unis faisaient pression sur les Églises pour qu'elles acceptent les actions de Constantinople et reconnaissent la schismatique "église orthodoxe d'Ukraine".

Bien que Constantinople revendique pour lui-même le droit d'agir unilatéralement au sein de l'Église, lorsqu'on l'interroge sur les tendances papales qui lui sont attribuées, le patriarche Bartholomée a simplement répondu qu'elles n'existaient pas. "Est-ce du papisme que d'assumer les responsabilités de mon ministère ?" a-t-il demandé.

Il a également soutenu que la véritable motivation derrière la position de l'Église russe selon laquelle les schismatiques anathématisés et non ordonnés ne peuvent pas être amalgamés dans une nouvelle Église où une Église canonique et universellement reconnue existe déjà est le désir de "retirer ces responsabilités uniques du trône de Constantinople et de les transférer à d'autres mains."

Cependant, le patriarche Bartholomée ne peut pas nier ces responsabilités qu'il croit avoir héritées de ses prédécesseurs, comme il l'a dit à Vimas.

Et alors que les synodes, les primats et les hiérarques de toutes les Églises locales ont parlé du lamentable néopapisme de Constantinople, le patriarche Bartholomée révèle un manque tragique de conscience de soi et lance la même accusation au Patriarche Cyrille. En se référant au Primat russe, il demande : "Qui, alors, se comporte comme le "pape de l'Orthodoxie" ? Celui qui reste fidèle à sa tradition ou celui qui revendique pour lui-même une position qu'il n'a jamais eue et n'acquerra jamais" ?

Dans une récente interview, Son Éminence le Métropolite Hilarion (Alfeyev) de Volokolamsk, chef du département des relations extérieures de l'Église du Patriarcat de Moscou, a clairement expliqué que l'Église russe ne souhaite pas détenir le titre de primauté dans l'Église orthodoxe.

En fait, l'Église russe est la seule Église locale qui reconnaît officiellement au niveau synodal la primauté du patriarche de Constantinople au sein de l'Église orthodoxe.

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

ORTHOCHRISTIAN

Dans son interview à l’hebdomadaire « Pečat » l’évêque de Bačka Irénée a abordé les problèmes contemporains de l’orthodoxie

Dans son interview à l’hebdomadaire « Pečat » l’évêque de Bačka Irénée a abordé les problèmes contemporains de l’orthodoxie

Source du texte Orthodoxie.com

Nous publions ci-après des extraits de l’interview annuelle accordée par l’évêque de Bačka Irénée à l’hebdomadaire serbe Pečat, dans lesquels il exprime son opinion sur le schisme en Ukraine, la primauté dans l’Église, l’ingérence de l’administration des États-Unis dans les affaires internes de l’Église orthodoxe, la prochaine élection du patriarche de l’Église orthodoxe serbe et les défis auxquels fera face celui-ci.

– La position de l’Église orthodoxe serbe a toujours été complexe et prédestinée à la lutte avec les difficultés et les épreuves, tant séculières que spirituelles. Parmi celles-ci, préoccupantes depuis longtemps déjà pour l’avenir de l’orthodoxie, on parle souvent de l’introduction du néo-papisme, soutenu par le Patriarcat œcuménique et le patriarche Bartholomée. L’Église orthodoxe serbe a pris une position de principe fondée sur la tradition canonique, lorsqu’il est question du schisme en Ukraine. L’Église orthodoxe russe, dans ce sens, a grandement apprécié la position de principe de l’Église orthodoxe serbe et du patriarche Irénée de bienheureuse mémoire. Cependant, les Églises locales hellénophones (pas toutes), dont, récemment, celle de Chypre, se sont alignées sur la position pour le moins problématique du patriarche de Constantinople Bartholomée. Comment évaluez-vous le développement futur de l’événement qui a fortement ébranlé les orthodoxes dans le monde ?

– Le problème du « néo-papisme » que vous mentionnez existe malheureusement. Nous avons l’évolution suivante : le Patriarcat de Constantinople, à savoir l’Église mère de l’Église orthodoxe serbe – un fait que nous n’avons pas le droit d’oublier et que nous n’oublierons jamais – a accompli une intrusion non canonique dans la juridiction de l’Église orthodoxe russe et a « réhabilité » des communautés schismatiques en Ukraine, il n’a pas aboli, ni atténué les schismes en Ukraine mais, au contraire, les a approfondis et prolongés. Les schismes existants, depuis le sol de l’Ukraine, ont été transférés au monde orthodoxe entier. On en est arrivé à l’interruption de la communion liturgique et canonique du Patriarcat de Moscou avec le Patriarcat de Constantinople et ceux des primats et des évêques des Églises qui reconnaissent le schismatique impénitent Épiphane – plus exactement le citoyen Doumenko – en tant que métropolite légitime de Kiev et primat « autocéphale » (!) de l’Église en Ukraine, où vit et œuvre le remarquable métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Onuphre, reconnu par toutes les Églises orthodoxes, autour duquel sont rassemblés environ cent évêques canoniques avec plus de 15000 prêtres et moines, et des dizaines de millions de fidèles. Cependant, la reconnaissance non conciliaire, unilatérale, des groupuscules schismatiques, a non pas seulement provoqué un schisme entre les Églises [locales orthodoxes ndt], mais des divisions et des tensions à l’intérieur de celles-ci, ce dont témoignent les polémiques entre évêques et théologiens en Grèce et à Chypre. Dans le chaos spirituel et canonique qui s’est nouvellement créé, l’Église orthodoxe serbe soutient, comme vous l’avez à juste titre souligné, une position de principe de fidélité inconditionnelle à l’ordre canonique séculaire de l’Église orthodoxe, que personne n’a le droit de manipuler. Que certains interprètent cette position de principe comme l’alignement des uns contre les autres, c’est là le problème de leur conscience et de leur conception de l’Église. Nous ne sommes contre personne, encore moins contre le glorieux patriarcat martyr [Constantinople, ndt] qui, en 1219, a accordé le statut autocéphale à notre Église et qui, en saint Sava, a reconnu la personnalité digne d’être le premier archevêque serbe autocéphale, mais nous sommes opposés aux agissements qui menacent ou détruisent l’unité de l’Église orthodoxe et remettent en question la crédibilité de l’orthodoxie chez les catholiques-romains et les chrétiens hétérodoxes en général. Il est difficile de prévoir comment les choses vont se développer à l’avenir, mais si je juge sur la base de précédents dans l’histoire de l’Église, j’espère que dans un avenir plus ou moins rapproché, la crise sera surmontée. Que Dieu fasse que cela se produise le plus rapidement possible !

– Au Concile de Crète déjà, vous avez souligné les travers que sont les tentatives actuelles pour que l’orthodoxie reçoive une sorte de « pape oriental », et vous avez publié un texte sur vos désaccords avec une telle approche. Quelle position ecclésiologique doit être adoptée à notre époque pour éviter les tentations de centralisation, mais aussi d’anarchie ?

Je pourrais répondre d’une façon très étendue à cette brève question, au point que la réponse occuperait un numéro entier de la revue « Pečat ». Si l’on rassemblait tout ce qui a été écrit à ce sujet, ce seraient des tomes entiers, et non pas seulement un livre. Mais ici, compte tenu de l’espace à ma disposition, je me limiterai à l’essentiel. En quoi se distinguent les ecclésiologies orthodoxe et catholique-romaine, alors que l’une et l’autre reconnaissent l’existence d’une primauté dans l’Église ? L’Église catholique-romaine accepte la primauté de l’évêque de Rome, le pape, en tant que primauté de juridiction, en tant qu’autorité suprême dans la prise de décision qui concerne l’Église dans son intégralité. Le pape est pratiquement au-dessus du concile des évêques : même si tous les évêques catholiques romains étaient réunis et décidaient quelque chose, le pape aurait la possibilité de principe d’opposer son veto et de prendre lui-même la décision. Nous pouvons représenter schématiquement la structure de l’Église catholique-romaine comme une pyramide au pied de laquelle se trouvent les fidèles, au-dessus d’eux les prêtres, au-dessus de ceux-ci les évêques, et à son sommet même se trouve le pape. Cette structure a trouvé son expression dans l’adage connu « Roma locuta, causa finita ». À vrai dire, la structure « pyramidale » de l’Église catholique-romaine a été considérablement atténuée, mais néanmoins non abolie, au concile de Vatican II (1961-1965) de telle façon que soit accepté l’enseignement de la Sainte Écriture et des saints Pères de l’Église, préservé et cultivé dans sa continuité dans l’orthodoxie, selon lequel l’Église est constituée par le peuple de Dieu, qui comprend tous ses membres sans distinction, les évêques, les moines, les laïcs… Contrairement à la structure de l’Église romaine, l’Église orthodoxe ne ressemble pas à une pyramide. L’image qui lui conviendrait est celle d’une grande maison avec beaucoup d’appartements et de membres de la famille, où chacun a sa fonction spécifique. Les évêques accomplissent un service particulier. Ils règlent les questions concernant toute l’Église lors des conciles, étant entendu qu’aucun d’entre eux, voire celui qui préside, n’est au-dessus du concile. Toutes les décisions sont prises ou à l’unanimité ou à la majorité des voix. Le président n’a pas le droit de veto et peut être mis en minorité, mais cela ne lui enlève pas sa dignité de premier parmi les évêques. Sa primauté n’est pas celle du pouvoir, mais de l’honneur. Il est effectivement le premier, mais non hors ou au-dessus du concile, il est le premier dans le concile, « le premier parmi les égaux » (« primus inter pares ») et en aucun cas le « premier sans égaux » (« primus sine paribus), ce à quoi prétend déjà depuis des siècles l’évêque de « l’ancienne » Rome, et depuis peu l’évêque de la « Nouvelle Rome », à savoir Constantinople, aujourd’hui Istanbul. Les deux prétentions sont inacceptables pour le concept orthodoxe de la nature et de l’organisation de l’Église. Selon le 28ème canon du IVème Concile œcuménique, l’évêque de la Nouvelle Rome a obtenu le même « privilège d’honneur » dont disposait l’évêque de Rome dans l’unique Église d’alors. Toutefois, dans l’énumération ou les diptyques, il se trouvait à la deuxième place, après l’évêque de Rome, car la primauté romaine est plus ancienne et remonte à l’époque apostolique. Les canons n’attribuent à aucun d’eux la primauté de pouvoir. Un tel concept, en général, n’existe pas dans les canons de l’Église. En bref, c’est la conciliarité et non la monarchie qui caractérisent l’Église. La relation entre le premier évêque selon l’honneur et le concile des évêques est en même temps dynamique, mais la seule chose possible est la suivante : ni le premier ne peut décider seul, sans le concile, ni le concile seul, sans le premier évêque, comme le dispose le 34ème canon apostolique. L’équilibre divino-humain et l’harmonie caractérisent non seulement la personne du Christ, mais aussi Son corps, l’Église de Dieu. Ma modeste réponse finale à votre question est que : la conciliarité est le seul passage possible du grand navire historique qui s’appelle l’Église entre la Scylla de la centralisation et la Charybde de l’anarchie.

– Il y a les problèmes du schisme et de l’affaiblissement lié à celui-ci, qui sur la scène mondiale, par l’ingérence de forces étrangères, avant tout occidentales, ont porté un coup historique sévère à toute l’orthodoxie. Le processus continu de nouvelles Églises indépendantes non canoniques n’est pas interrompu après la création de la soi-disant Église orthodoxe d’Ukraine. L’Église orthodoxe serbe est également menacée, particulièrement son archevêché d’Ohrid et son diocèse métropolitain du Monténégro et du Littoral. Pouvons-nous dire, lorsqu’il s’agit de la métropole du Monténégro et du Littoral que le danger susmentionné définitivement écarté et que nous pouvons dans ce sens regarder l’avenir sereinement ?

– Les circonstances sont telles que « le langage diplomatique » et les euphémismes sont peu utiles. Il est certes plus agréable et en tout cas plus élégant d’utiliser des expressions plus subtiles, mais lorsque l’on fait face à une diplomatie « bulldozer », cela perd son sens. À quoi cela ressemble en pratique, l’exemple qui suit le montre. Le président du Synode de l’une des principales Églises orthodoxes, tout comme son épiscopat, son clergé, ses moines et son peuple, n’ont montré aucun enthousiasme au sujet de la décision de leur Église-mère, le Patriarcat de Constantinople, à l’occasion de la crise ecclésiastique en Ukraine, ni pour les décisions prises et appliquées pour soi-disant surmonter la crise et rétablir l’unité de l’orthodoxie dans ce pays (comme cela est connu de tous, les décisions irréfléchies et les mesures non canoniques n’ont pas seulement permis de surmonter le schisme en Ukraine, mais l’ont encore approfondi, pour finalement provoquer le schisme entre les Églises orthodoxes locales, et aussi au sein de certaines d’entre elles). Mais l’ennemi ne dort jamais… Après environ une année de silence de l’éminent archevêque et de la hiérarchie de son Église locale, entre en scène M. Brownback, ambassadeur des États-Unis, qui surveille la situation des libertés religieuses non seulement sur le territoire de son pays, mais sur tous les autres méridiens. Après quelques sept ou huit de ses visites à l’archevêque et de ses discussions avec lui, je suppose au sujet de questions théologiques, particulièrement la problématique du domaine du droit canon, nous avons un renversement copernicien dans la position de l’archevêque et de son synode. Le résultat ? La reconnaissance instantanée de la structure schismatique en Ukraine en tant que véritable Église, sans prendre en compte les considérations contraires des éminents canonistes et théologiens de l’Église concernée ! Des scènes semblables se sont déroulées lors des rencontres des fonctionnaires américains avec les primats et les hauts représentants de certaines autres Églises orthodoxes. Les fonctionnaires en question, au demeurant, ouvertement et publiquement, au nom de leur État véritablement grand et puissant, se mêlent des affaires religieuses et des problèmes canoniques des Églises orthodoxes locales, bien qu’une telle activité ne soit pas conforme à l’esprit et à la lettre de la constitution démocratique de leur propre pays. Par ces paroles, je ne souhaite pas insinuer quoi que ce soit, ni tirer des conclusions infondées, ni traiter avec indulgence les représentants de l’Église qui, selon moi, considèrent de façon insuffisamment responsable tous les dangers et les épreuves concernant l’unité de l’Église. Je ne fais que transmettre ce que je lis, vois et entends. Je souhaite servir la vérité autant que je le peux, sans colère ni partialité. Quant au statut de notre Archevêché autonome d’Ohrid et de notre diocèse métropolitain du Monténégro et du Littoral, je crois qu’il demeurera tel qu’il est et comme il est défini dans le tomos constantinopolitain de 1922, ce qui est scellé par un consensus panorthodoxe. Le prix de l’unité de notre Église locale est élevé, très élevé. Nous ne saurions oublier la souffrance et la patience digne de Job de l’archevêque d’Ohrid Jean pour l’unité de l’Église, ni la lutte et la même patience du métropolite Amphiloque récemment décédé, pour l’Église orthodoxe serbe et sa liberté.

– Depuis longtemps, vous vous êtes déterminé clairement : Nous ne sommes pas pour Moscou, mais pour l’observance de l’ordre canonique séculaire et nous ne sommes pas contre Constantinople, mais contre toute initiative qui provoquerait à coup sûr des bouleversements et des divisions encore plus graves que ceux que nous avons déjà. Actuellement, dans une partie du public, on souligne souvent votre « proximité et vos relations particulièrement bonnes avec l’Église russe ». Comment commentez-vous cela ?

– Je pense que tout commentaire serait superflu mais, puisque vous me le demandez directement, je répondrai directement. Je ressens une véritable et pleine proximité ainsi qu’une intimité mutuelle avec toutes les Églises orthodoxes. Il me semble que la possibilité même d’une plus grande « proximité » avec une Église et une moins grande « proximité » avec une autre, qui partage la même foi, révèle le fait que les gens qui pensent et ressentent les choses de cette façon, saisissent fort faiblement la vérité de l’unité et de la conciliarité de l’Église.

– Abordons le moment où sera élu le nouveau patriarche serbe. On en débat sur la place publique, il y a beaucoup d’hypothèses, parfois de spéculations mal intentionnées sur le nom des évêques qui sont « les candidats les plus probables ». Souvent, votre nom est mentionné. Attendez-vous que, dans cet événement important pour l’Église et les fidèles, mais aussi pour notre pays en général, tout se passe sans secousses et pressions, selon les principes canoniques et la pratique ecclésiale établie ?

– Toute spéculation autour de l’élection du successeur au trône de saint Sava est l’expression ou bien d’un bas niveau et de courtes vues, ou bien d’une attitude mal intentionnée envers notre Église et notre peuple. Le fait de tout monter en spectacle ainsi que la « téléréalité » dans notre vie n’ont pas non plus épargné notre Église. Certaines personnes appartenant aux cercles ecclésiastiques, ou plutôt para-ecclésiastiques, ont contribué à un tel phénomène. Par ailleurs, dans la mer du journalisme du mensonge et de la propagande, on peut trouver des amalgames dans lesquels on reconnaît différents intérêts des structures politiques et idéologiques, non pas seulement de ce pays. L’Église serbe, déjà depuis saint Sava, en se confiant pleinement dans le Seigneur Dieu, a surmonté de telles épreuves, pressions et tentatives d’influencer sa mission. Il en est de même maintenant. Les pressions que vous mentionnez n’influenceront pas, j’en suis certain, nos hiérarques qui eux seuls décident. Dans la prière au Seigneur et à saint Sava, comme cela a été le cas jusqu’à maintenant, en conformité avec les saints canons, les statuts de l’Église orthodoxe serbe et les décisions de la sainte assemblée des évêques, nous élirons notre prochain primat. Nos évêques sont prêts « à toute bonne œuvre dans le Christ Jésus », de telle façon que la sainte assemblée des évêques, comme jusqu’à maintenant, reconnaîtra les personnalités qui pourraient mener l’Église à l’avenir, conciliairement, c’est-à-dire à la fois personnellement et conciliairement. Pour ce qui concerne les spéculations sur le « candidat le plus évident », ou « les candidats les plus évidents », je ne me perdrai pas en paroles et commentaires insensés. L’Esprit Saint, qui guide l’assemblée des évêques, nous donnera infailliblement un nouveau patriarche. Ces choses sont claires et toutes réflexions et conjectures à ce sujet ne servent à rien.

– Hormis les questions ouvertes susmentionnées et les problèmes sérieux dans l’orthodoxie, quels seraient, selon vous, les défis et les épreuves auxquels fera face le futur patriarche serbe ? 

– Il n’est pas facile de répondre à cette question. Nous avons déjà abordé les problèmes dans l’orthodoxie mondiale et nous les avons quelque peu éclaircis dans le cadre de l’interview. Sur le plan interne, outre la coopération avec la Serbie en tant qu’État, pour ce qui concerne la préservation, dans le cadre de la Serbie, de la Vieille Serbie (Kosovo et Métochie) et des grands sanctuaires qui s’y trouvent, le principal sera, à tout le moins c’est ce qu’il me semble, de prendre soin de la vie spirituelle et des valeurs spirituelles de nos diocèses dans « la région » – peu importe ce que cela signifie – et dans la diaspora, dans le monde entier, mais aussi dans notre Église dans son ensemble.

dimanche 10 janvier 2021

Pandémie: Le livre de Jean-Claude LARCHET

« Petite théologie pour les temps de pandémie », un livre de J.-C. Larchet

Rappel:

Le dernier ouvrage de Jean-Claude Larchet est essentiel pour comprendre tous les aspects de la Pandémie, et l'aspect spirituel en particulier, le seul qui devrait vraiment nous importer. C'est une lecture particulièrement utile pour avoir une compréhension complète  de la crise tragique que nous traversons.


Dans son dernier livre, Jean-Claude Larchet propose une passionnante réflexion théologique et spirituelle sur la pandémie et ses conséquences 

 La pandémie causée par le COVID-19 a surpris, désorienté et désorganisé dans toutes leurs structures tous les pays du monde. 

Les religions n’ont pas échappé à l’ébranlement subi par toutes les sociétés. Leur mode de fonctionnement habituel, impliquant à des degrés divers la vie communautaire et relationnelle, a été perturbé par les mesures de confinement imposées progressivement par tous les États, mais aussi par les mesures de distanciation qui ont subsisté par la suite. Le christianisme a payé un lourd tribu : il a dû d’abord fermer ses églises, puis, lors de leur réouverture, réduire le nombre de participants aux offices et à la communion eucharistique, et modifier la façon dont sont dispensés les sacrements et vénérés ses objets sacrés. Ces changements, mettant en cause des pratiques traditionnelles plus que millénaires, ont suscité d’importants débats, qui ont parfois touché des points essentiels de la foi. 

En amont, de grandes questions théologiques et spirituelles ont surgi. 

— Quelle est l’origine profonde de la pandémie : n’est-elle pas un châtiment de Dieu pour les péchés des hommes, ou du moins ne leur est-elle pas envoyée comme un avertissement ou un signe ? 

— Quelle autorité peut-on reconnaître à la science et à la médecins, qui, en l’occurrence, se sont souvent révélées ignorantes, hésitantes et impuissantes, et qui pourtant ont dicté leurs règles à la société jusqu’à la paralyser ? 

— Jusqu’à quel point peut-on tolérer une politique hygiéniste qui entend régir de manière totalitaire la vie interne des religions et la vie privée des croyants ? 

— Le christianisme a-t-il fait l’objet d’une discrimination ? 

— Comment, à l’avenir, éviter l’impréparation des États et les excès du confinement qui en ont résulté ? 

— Quels sont les moyens spirituels d’affronter la pandémie et d’atténuer l’anxiété que sa menace génère, dans un contexte qui a rendu les hommes plus conscients de leur fragilité, de leur contingence, leur a rendu plus proche la perspective de la mort, fortement occultée par nos sociétés modernes, et dès lors a posé à nouveau, de manière aiguë, la question du sens de la vie. 

— Comment, dans le cadre des mesures de confinement total ou partiel, continuer à mener une vie liturgique ? Quelle est la valeur des participations à distance par le biais des médias modernes ? 

— Comment, dans un contexte de déconfinement où les contacts physiques et les partages sont proscrits ou limités, et où la distanciation est imposée, continuer à dispenser les sacrements qui impliquent par principe contact et partage ? 

— Peut-on, par le moyen traditionnel dont est distribué la communion, être contaminé par la maladie ? 

— Et peut-on alors, dans le doute, utiliser des moyens alternatifs qui bouleversent une tradition millénaire ? 

— L’eucharistie elle-même, qui garde les qualités du pain et du vin, peut-elle en cela contenir et véhiculer des microbes, ou en est-elle préservée par le fait qu’elle est en substance le Corps et le Sang du Christ ? 

— Comment vaincre le virus de la peur, qui, dans la société comme dans les âmes, a été plus contagieux et a fait plus de ravages que le coronavirus lui-même ? 

Et donc comment traverser paisiblement, voire avec un certain profit spirituel, cette période de crise ? 

Ce livre aborde toutes ces questions et tous ces débats sur la base d’une large documentation internationale, qui inclut les réflexions des historiens, des médecins, des théologiens, et des responsables religieux. Il apporte des éclaircissements permettant d’affronter plus sûrement et plus sereinement non seulement la pandémie présente et ses séquelles sur les âmes, mais encore les pandémies qui, de l’avis de tous les spécialistes, ne manqueront pas de se multiplier à l’avenir. 

 Jean-Claude Larchet, « Petite théologie pour les temps de pandémie », Éditions des Syrtes, 2020, 278 pages, 15 euros. En librairie le 7 janvier. Disponible dès maintenant sur le site de l’éditeur.

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Table des Matières









 

Saint Théodoret de Cyr: le cheval malade et l'eau sanctifiée

 

St. Aphraate le Sage persan


Un certain cheval de bonne race et dressé pour être une excellente monture était particulièrement cher à l'empereur [Valens]. Au grand désarroi de l'empereur, il attrapa une maladie: sa sécrétion d'urine était bloquée. 


Ceux qui étaient formés à la compétence médicale furent appelés à s'en occuper; mais à la détresse de l'empereur et au chagrin de l'homme chargé du soin des chevaux, leur habileté fut sans résultat. 


Étant pieux et fort dans la foi,le palefrenier se rendit à midi dans la demeure du grand Aphraate [le Persan]. 


Après avoir mentionné la maladie et déclaré sa foi, il le supplia de dissiper la plainte par la prière. Sans tarder un instant mais implorant aussitôt Dieu, celui-ci ordonna de tirer de l'eau du puits, et en faisant le signe de la croix du salut donna des instructions pour qu'elle soit donnée au cheval, qui, contrairement à son habitude, la but. Puis consacrant l'huile par l'invocation de la bénédiction divine, il oignit le ventre du cheval: au contact de sa main, la maladie disparut aussitôt et aussitôt une sécrétion naturelle eut lieu. 


Avec grande joie, l'homme prit le cheval et courut vers l'écurie. Le soir, l'empereur, qui avait l'habitude de visiter l'écurie à ce moment-là, vint demander comment allait le cheval. 


Quand l'homme parla de sa bonne santé et conduisit le cheval à l'extérieur, vigoureux, cabré, hennissant et tenant fièrement son cou, il s'enquit de la cause de la santé recouvrée. 


Après avoir échappé à la réponse à plusieurs reprises - car il craignait d'indiquer le médecin, connaissant l'hostilité du questionneur - il fut finalement contraint de dire la vérité et lui dit la manière de le guérison. 


L'empereur fut étonné et convint que l'homme était remarquable. 


Cependant, il ne fut pas libéré de sa folie antérieure, mais persista à se déchaîner contre le Fils Unique jusqu'à ce qu'il soit victime d'un incendie allumé par des barbares et ne reçoive pas même de sépulture comme les serviteurs ou les mendiants.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 
Histoire des moines de Syrie .
de Théodoret de Cyr
cité par

samedi 9 janvier 2021

Témoignage d'un élève d'Athoniada sur le mont Athos concernant une apparition de Saint Nicephore le lépreux




Je m'appelle Léon Georgios, j'ai 22 ans et je suis diplômé de l'Académie Ecclésiastique Athoniada de la Sainte Montagne de l'Athos.

Je voulais vous parler, avec la crainte de Dieu, d'un événement miraculeux qui m'est arrivé il n'y a pas longtemps avec le très vénérable Nicéphore.

Un soir, alors que j'allais faire ma règle de prière dans l'église de l'École, alors que j'offrais la vénération, j'ai vu dans une stalle un moine qui priait avec un très grand chapelet.

Après avoir fait le signe de croix, je m'approchai de lui, et m'étant prosterné, je lui dis:

"Ta bénédiction, Père."

Il répondit:

"Le Seigneur te bénisse, mon enfant."

A ce moment, il se leva avec un sourire calme et me regarda dans les yeux. Je ne peux pas vous dire quel étrange sentiment j'ai ressenti en moi. J'ai commencé à poser des questions au staretz. J'ai demandé:

«Père, quel est ton nom?

Il m'a répondu:

"Je m'appelle Nicéphore, mon enfant, et je suis aux Saints Anargyres."

Puis il commença à me donner des réponses à certaines choses qui me dérangeaient. Il connaissait même mes pensées. J'ai été surpris par ce qu'il m'a dit. Il m'a également conseillé de toujours dire la prière «Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi pécheur», d'obéir à mon père spirituel et de pratiquer l'humilité et la patience.

Alors je lui ai demandé si j'aurais la chance de le rencontrer à un moment donné, et il dit:

"Oui, mon enfant, viens. Je t'attendrai avec une grande joie, pour me saluer. Sache que je prierai toujours pour toi."

Après m'avoir béni sur la tête, il m'a donné une bénédiction:

"La Toute Sainte Mère de Dieu soit avec toi. Et n'aie pas peur, mon enfant. Affronte les tentations avec foi et patience et je serai à tes côtés."

Je me suis prosterné, je l'ai remercié les larmes aux yeux et, après m'avoir serré dans ses bras, il a dit:

"Ne pleure pas, car je serai toujours à tes côtés."

J'ai quitté l'église en croyant que c'était quelqu'un que notre maître d'école connaissait. Au bout d'une demi-heure, quelque chose me ramena dans l'église.

Dès que j'entrai, tout ce qui restait là était un parfum très fort. Je n'ai rien dit à personne.

Quelques jours plus tard, un moine m'a offert un livre.

Dès que j'ai vu la photo et le nom sur la couverture, j'ai fondu en larmes, car la personne représentée était saint Nicéphore.

Je remercie Dieu, qui m'a trouvé digne de voir ce saint. Depuis, je l'aime et le vénère beaucoup. Plusieurs fois, je sens sa présence vivante près de moi.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

MYSTAGOGY

vendredi 8 janvier 2021

"Pourquoi j'ai quitté l'Église grecque pour l'Église russe" - explique un prêtre orthodoxe


Dans la vidéo suivante, le Père Ioannis Fortomas explique les raisons pour lesquelles il a quitté l'Église orthodoxe grecque et rejoint l'Église orthodoxe russe. Une transcription [ en langue française]est disponible ci-dessous.



TRANSCRIPTION:

Bonsoir à tous. Cela fait environ 24 heures que je vous ai annoncé sur les réseaux sociaux que j'ai rejoint l'Église orthodoxe russe. C'est donc une bénédiction pour moi et pour mon sacerdoce que son Eminence, l'archevêque Gabriel de Montréal au Canada, m'ait reçu plus tôt ce mois-ci dans son diocèse. 

Beaucoup d'entre vous m'ont posé des questions depuis que j'ai annoncé ce changement très important dans ma vie, beaucoup d'entre vous m'ont posé des questions différentes, qui si vous les rassemblez, se résument toutes àla question suivante: pourquoi un prêtre orthodoxe grec se joindrait-il l'Eglise orthodoxe russe?

Donc, cette vidéo est une tentative de ma part de répondre à cette question très importante et fondamentale, et le début de la réponse à cette question commence vraiment dans un pays qui n'est ni la Grèce ni le Canada. Il s'appelle l'Ukraine. Maintenant, une série d'événements très intéressante s'est produite en Ukraine qui a affecté toutes nos vies au cours des deux dernières années, en particulier à partir de 2018, et c'est ce qui suit:

En 2018, le patriarcat de Constantinople a accordé une légitimité à deux ou trois groupes de schismatiques en Ukraine et les a déclarés église autocéphale. Une "église autocéphale canonique" avec beaucoup de guillements. Beaucoup d'entre vous se pose la question demandent peut-être qu'est-ce qu'est le schisme? Qu'est-ce qu'une Eglise autocéphale. Donc vraiment, cela nécessite une très brève explication sur ce qu'est l'Eglise orthodoxe, comment est-elle dirigée?

Oui, comme nous le confessons dans le credo, l'Église orthodoxe est une. C'est l'Église une, sainte, catholique et apostolique. Donc, que ce soit l'Eglise orthodoxe serbe, ou l'Eglise orthodoxe grecque, ou l'Eglise orthodoxe roumaine, elles font toutes partie de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique - ce sont des parties distinctes d'une seule Eglise. Vous pourriez aussi dire que l'Eglise unique n'est pas divisée, mais qu'elle est - un meilleur terme - organisée. Elle est organisé en une famille de 14 foyers différents, que nous appelons patriarcats et Eglises autocéphales.

Maintenant, sans entrer dans les détails, vous savez, qui sont ces 14 Eglises, beaucoup d'entre vous savent que cette information se trouve facilement sur Internet. Je n'entrerai pas en détails dans tout cela. Mais je dirai brièvement que le patriarcat de Constantinople, de retour en Ukraine, a décidé en 2018 d'accorder le statut d'autocéphale à un groupe de schismatiques en Ukraine. Il les éleva et les inclua dans cette famille d'Eglises sans l'assentiment des autres, et plus important encore, au-delà de cela, il le fit aux dépens de l'Eglise canonique d'Ukraine dirigée par sa Béatitude, le métropolite Onuphre de Kiev et de toute l'Ukraine.

L'Église canonique d'Ukraine est une église autonome au sein du Patriarcat de Moscou. Ainsi, le patriarcat de Constantinople a non seulement légitimé les schismatiques, mais il l'a fait aux dépens de l'Église orthodoxe ukrainienne canonique, à laquelle appartiennent la majorité des croyants en Ukraine, et cela a déclenché une série d'événements très malheureux. Vous connaissez des événements où, par exemple - et cela se vérifie facilement sur les réseaux sociaux ou simplement en effectuant une recherche rapide sur Google - où les schismatiques se sont emparé d'une paroisse, c'est-à-dire l'ont occupée, et ils ont battu les prêtres, battu les croyants, souvent les réduisant en bouillie, et souvent devant la police qui fermait les yeux tout comme les autorités de l'État.

Ainsi, un comportement très, très antichrétien, contraire à l'Évangile, a été adopté en Ukraine et a été effectivement approuvé par le patriarcat de Constantinople.

Alors, vous me direz, vous me demanderez: "Eh bien, qu'est-ce que cela a à voir avec vous, et qu'est-ce que cela a à voir avec nous?" Lorsqu'un membre du Corps du Christ souffre, les autres membres souffrent aussi, et à un moment donné, quelqu'un doit se lever et dire "Arrêtez!" à cause des résultats du schisme. Et le schisme, comme je viens de le dire, n'apporte rien de bon à tous ceux qui sont impliqués. 

Les résultats du schisme se répandent aujourd'hui au sein de l'Orthodoxie grecque, et je voudrais simplement dire à ce stade, que bien sûr, il n'y a pas d'Eglise orthodoxe grecque unifiée. Vous savez, vous avez le patriarcat de Constantinople, vous avez le patriarcat d'Alexandrie, le patriarcat de Jérusalem, l'église de Grèce, l'église de Chypre, différentes unités administratives, mais une à une, elles soutiennent toutes le patriarcat de Constantinople (à l'exception du Patriarcat de Jérusalem). 

Les effets du schisme ont maintenant pleinement imprégné le monde orthodoxe grec, et il y a des questions qui existent bien sûr, comme la validité des sacrements de ceux qui sont dans le schisme. La réponse courte est que non, leurs sacrements ne sont pas valides , mais si nous devions aller plus loin, nous découvririons que ces personnes n'ont même pas de succession apostolique , qu'elles tiennent leur «sacerdoce» entre guillemets de personnes qui sont le clergé, qui sont auto-consacrés, auto-consacrés au sacerdoce. (L'archiprêtre Vasyl [Basile]Lypkivsky a été «consacré» à «l'épiscopat» par le clergé et les laïcs lors d'un concile de voleurs à Kiev le 23 octobre 1921 lorsque «l'Église ukrainienne autocéphale» a vu le jour.) 

Donc en effet, c'est la légitimation d'une imposture totale , d'une imposture totale, et à ce stade, je le pense, elle trahit, un franchissement total d'une ligne rouge très, très réelle dans l'Eglise concernant les canons de l'Eglise et le dogmes et l’ordre général de l’Église orthodoxe.

J'ai donc pris la décision de rejoindre l'Église orthodoxe russe sur cette base. Et de plus, ceci n'est pas basé sur la base d'idées abstraites sur ce qui se passe ailleurs. 

J'ai vu les résultats du schisme en Ukraine jouer sous mes yeux à l'époque où j'étais prêtre en Hongrie, prêté au Patriarcat œcuménique. J'ai vu les résultats du schisme, et j'en suis arrivé à un point où je ne pouvais pas avec une conscience propre, je ne pouvais pas servir le patriarcat de Constantinople après qu'il ait avancé et commis de tels actes contre l'Évangile, et contre la tradition canonique de l'Église orthodoxe, s'érigeant plus ou moins comme un type de papauté orientale.

Donc personnellement, j'en suis arrivé à un point où je ne me sentais plus capable de célébrer la Liturgie, en servant dans ces conditions. Et chaque Liturgie, croyez-moi, était une torture. C'était de la torture, une torture littérale, pour essayer de passer outre. Et j'en suis arrivé à un point où je ne pouvais plus servir dans ces conditions. Cependant, dans le même temps, l'attitude des évêques grecs orthodoxes à mon égard a changé, car ils ont réalisé les opinions que j'avais. C'est donc une décision très naturelle de rejoindre l'Eglise orthodoxe russe. Et ce faisant, Son Eminence Mgr Gabriel a été très généreux envers moi, en me bénissant pour continuer à servir en grec. Cela signifie bien sûr que je ne me sers pas moi-même, mais vous, le peuple fidèle de Dieu.

Ce n'est pas la première fois que des religieux orthodoxes grecs rejoignent l'Église orthodoxe russe, en particulier dans des périodes d'histoire tumultueuses et controversées, et je pense spécifiquement à deux hommes. Evienos Vulgaris en est un. Il était métropolite de Gerson dans ce qui est aujourd'hui l'Ukraine, et l'autre était Nikiforos Theotokis.

Donc, en effet, ce n'est pas la première fois que l'Eglise orthodoxe russe aide les chrétiens orthodoxes grecs. Il y a de nombreux exemples au cours de l'histoire récente où cela a été fait et où cela leur a permis de vivre librement leur foi orthodoxe grecque, sans aucune pression extérieure ou même sans aucune demande, je suis donc très reconnaissant de cette opportunité.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

jeudi 7 janvier 2021

Bonne et sainte fête de la Nativité du Seigneur!


AU SUJET DE LA PARAMONIE DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ

[Le] 6 janvier, c’est la Liturgie de S. Basile le Grand qui sera célébrée. Contrairement aux idées reçues, cette liturgie ne revêt pas un caractère pénitentiel : c’est la Liturgie la plus solennelle qui existe, puisqu’elle est célébrée le Jeudi Saint, jour de l’institution de l’Eucharistie. Les vêpres précéderont la Liturgie, qui sera suivie du chant, au milieu de l’église du tropaire et du kondakion de la Nativité du Christ, devant un cierge allumé. Ce cierge placé au milieu de l’église signifie la venue parmi les hommes de « la Lumière de Vérité », « le Soleil de Justice », annoncé par l’étoile. La veille de la Nativité, l’Église appelle ses enfants à jeûner strictement afin de se préparer à venir à la rencontre du Seigneur qui descend des cieux, et à Le recevoir dignement. Nous publions ci-après, sous forme abrégée, un article du grand liturgiste russe Skaballanovitch († 1931) sur la signification de la paramonie.

Tandis qu’à certains moments, l’Église allège le carême de la Nativité en raison d’une grande fête (par exemple la fête de l’Entrée au Temple), elle le renforce au contraire durant ses derniers jours, à savoir la période de l’avant-fête, du 20 au 24 décembre (soit du 2 au 6 janvier du calendrier civil). Durant ladite période, on ne doit pas même manger de poisson le samedi et le dimanche. La raison n’en est pas la conclusion de ce carême, mais les événements qui sont alors commémorés et qui sont parallèles à ceux de la Semaine Sainte, comme cela sera évoqué plus bas. Le dernier jour du carême de la Nativité est appelé en russe « Sotchelnik », dont l’origine est le mot « sotchivo » qui, probablement, désignait un brouet de céréales sèches (par exemple de l’orge) qui se rapproche des collybes (1) , c’est-à-dire un brouet sucré fait de blé ou d’autres céréales. Il y a des raisons profondes pour consommer ce type de nourriture lors de la veille de la Nativité du Christ. Si, comme nous l’avons démontré de façon quasi certaine, le brouet servi à cette occasion correspond aux collybes, cela rapproche ce jour de ceux lors desquels on mange celles-ci. Or, elles sont prévues par le Typicon le jour des martyrs et d’autres saints, ainsi que le jour de commémoration des défunts. Lors de la veille de la Nativité, par conséquent, on mange ces collybes en l’honneur du plus Saint que tous les saints, dont les mages avaient perçu dès la naissance qu’Il serait mort durant trois jours (2) . Le Sauveur est venu sur terre, y est né dans la chair, dans le but principal de nous racheter de nos péchés par Sa mort. Pour cette raison, la veille de la Nativité, les hirmi du canon des matines sont inspirés de ceux du Samedi Saint (3). En relation avec tout cela, il convient de mentionner que, lors de la paramonie de la Nativité, est lu parfois (4) l’évangile relatant la parabole du grain de blé qui tombe en terre (« Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12,24). Ainsi, ladite lecture évangélique explique bien les collybes en ce jour. 

Notes: 

(1) Ce mot est d’origine hébraïque (« koli »), mentionné dans le livre de Ruth 2,14 : « on lui donna du grain rôti » et dans le premier livre des Règnes 17,17 (selon les Septante) : « prends donc pour tes frères un oiphi de ce gruau d’orge ».
(2) Les mages offrirent au Dieu-enfant « de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (Matth. 2,11). Comme il est dit dans l’office, les mages offrirent au Seigneur « des dons précieux : de l’or pur comme au Roi des siècles ; de l’encens, comme au Dieu de tout ; et de la myrrhe, à Lui, l’Immortel, comme à un mort de trois jours ».


(3) Par exemple : « Que les cieux frémissent d’effroi… car le Dieu du ciel est compté parmi les morts et loge en l’étroitesse du tombeau… » (hirmos de la 8è ode du canon des matines du Samedi Saint) et « Que les cieux frémissent d’effroi… car Celui qui tient en main l’univers est entouré de langes, et la petite crèche Lui sert d’hôtellerie » (hirmos de la 8è ode du canon des matines du 24 décembre). 


(4) Cet évangile n’est lu lors de la paramonie, que lorsque les vêpres sont célébrées séparément de la Liturgie, à savoir le samedi ou le dimanche. Dans cette dernière occurrence, il y a possibilité de lire deux évangiles, l’un à la Liturgie et l’autre à vêpres. Par conséquent, ce n’est que pour cette raison « pratique » que ledit Évangile n’est pas toujours lu.


Texte & traduction fournis 
par Bernard Le Caro 
que nous remercions vivement


 

mercredi 6 janvier 2021

Saints Isaac le Syrien: Perles (R)





Notre père parmi les saints Isaac le Syrien naquit au Qatar. Assoiffé de Dieu, il entra très jeune au monastère avec son frère. Il fut très vite renommé pour son ascèse et fut remarqué par le Catholicos Georges, qui l'ordonna évêque de Ninive. Après cinq mois il résigna sa charge et partit dans le désert du Mont Matout, refuge d'anachorètes. Il vécut là une vie ascétique solitaire, ne mangeant que quelques légumes crus et trois pains par semaine. L'étude constante de la Divine Ecriture abîma ses yeux et finalement la cécité et le grand âge le forcèrent de se retirer au monastère de Chabar où il mourut et fut enseveli. 

° Ce qu'est le sel pour la nourriture, l'humilité l'est pour toute vertu: Pour l'acquérir, l'homme doit toujours penser à lui-même avec contrition, s'abaisser et se juger. Mais si nous l'acquerrons, elle fera de nous des fils de Dieu.

°Aimons le silence jusqu'à ce que le monde en vienne à mourir en nos cœurs. Souvenons-nous toujours de la mort et dans cette pensée, rapprochons-nous de Dieu dans notre cœur, et les plaisirs de ce monde n'auront que notre mépris.

° Cheminez devant Dieu avec simplicité et non dans les subtilités de votre intellect. La simplicité apporte la foi, mais les spéculations subtiles et compliquées n'apportent que la suffisance et celle-ci amène la séparation d'avec Dieu.

° Un homme dont la tête est sous l'eau ne peut inhaler de l'air pur, ainsi un homme dont les pensées sont plongées dans les soucis du monde ne peut pas absorber les sensations du Monde à venir.

° C'est un don spirituel de Dieu pour l'homme que de percevoir ses péchés.

° L'aise et l'oisiveté sont la destruction de l'âme et elles la blessent plus que ne le font les démons.

° Une vie d'efforts spirituels est mère de sainteté; d'elle nait la première perception des mystères du Christ- ce que l'on appelle le stage premier de la connaissance spirituelle.

° Avoir de la rancune et prier revient à semer des graines sur la mer et à s'attendre qu'il y ait une moisson.

° Une discipline modeste mais continue est une grande force: une goutte d'eau molle tombant avec persistance, perce finalement un grand rocher.

° L'apathie (absence de passion) ne signifie pas que l'homme ne ressente pas de passions, mais qu'il n'accepte aucune d'entre elles.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après la revue

mardi 5 janvier 2021

Saint Jean [Maximovitch] de Tobolsk: Le Tournesol (R)

 


Saint John Maximovitch, métropolitain de Tobolsk
Commémoré le 10 juin

Saint Jean, Métropolite de Tobolsk et de toute la Sibérie, le Thaumaturge, dans le monde fut nommé Jean Maximovitch, et il naquit dans la ville de Nejino en 1651. Son père Maxime Vasilievitch et sa mère Euphrosyne avaient sept fils, dont Jean était l'aîné. 

A la fin de ses études au Collège de Kiev-Mogilyansk (après l'Académie spirituelle de Kiev), le futur hiérarque en sortit en tant que professeur de langue latine. Par la suite, en 1680, il accepta le monachisme au monastère des Grottes de Kiev et s'absorba dans une activité spirituelle intérieure. 

Avec le consentement général des frères, le jeune moine reçut l'obédience de la prédication. A partir de cette période, il fit preuve d'une éloquence exceptionnelle. Il attachait une importance particulière à la connaissance religieuse intérieure. Le thème principal de sa vie peut être défini comme suit : "Comment l'homme doit-il conformer sa volonté à celle de Dieu ?" Il développa ce thème dans ses prédications et dans son service missionnaire ultérieur. En réponse à cela apparut l'ouvrage, publié vers la fin de sa longue vie ascétique, et intitulé "Héliotropion" ou "Tournesol" ou "Conformer la volonté humaine à la volonté divine". Parmi les nombreuses œuvres des saints Pères de l'Église orthodoxe, cet ouvrage apporte une réponse très complète à cette grande question de la sotériologie chrétienne.

En 1658, on l'envoya en mission à Moscou. Il y fut nommé vicaire du monastère de Briansk-Svensk par le Patriarche Joachim (1674-1690), qui était alors à la Laure des Grottes de Kiev.

Saint Théodose, archevêque de Tchernigov, en 1695, peu avant sa propre mort (5 février), nomma Hiéromoine Jean archimandrite du monastère de Tchernigov Eletsk, et le désigna comme son successeur. (Saint Jean vénérait la mémoire de saint Théodose, croyant en la puissance de son intercession priante devant le Seigneur. Grâce à sa foi, il fut guéri d'une grave maladie par les prières de saint Théodose. Au plus fort de la maladie, saint Théodose lui apparut et lui dit : "Sers demain, tu iras mieux." Le lendemain, saint Jean, complètement guéri et à la stupéfaction de tous, servit la Divine Liturgie. Ce miracle de guérison de saint Jean marqua le début de la vénération de saint Théodose comme un saint de Dieu porteur de Grâce.)

Le 10 janvier 1697, le patriarche Adrien de Moscou et de toutes les Russies (1690-1700) consacra l'archimandritJean comme évêque de Tchernigov, dans la cathédrale de Dormition du Kremlin à Moscou.

En entrant dans l'administration du diocèse, Vladyka Jean créa un collège près de la cathédrale de l'archevêque, semblable à l'Académie de Kiev, que le saint voulait servir d'"Athènes à Tchernigov", une école de pieuse illuimination.

En raison de son haut niveau d'éducation et de formation en théologie, l'école de saint Jean jouissait d'une grande renommée. Il s'agissait essentiellement du premier séminaire en Russie. Des séminaires sur le modèle de celui-ci commencèrent à s'ouvrir dans d'autres diocèses de l'Église russe.

Le saint ouvrit plus tard une imprimerie, dans laquelle lui et ses successeurs publièrent de nombreux ouvrages à contenu spirituel et moral.

La vie de saint Jean fut illuminée par de nobles vertus, et surtout par l'humilité. Elle se reflète aussi dans ses œuvres, "Le Réflecteur Moral-Didactique" (Tchernigov, 1703 et 1707) ; "L'Alphabet, avec rimes ajoutées" (1705) ; "La Vierge Mère de Dieu" (1707) ; "Le Théâtre, ou Déshonneur Moral-Didactique" (1708) ; "Commentaire du Psaume 50" (Tchernigov, 1708) ; "Commentaire du "Notre Père" et les "Huit Béatitudes évangéliques" (1709) ; "Le chemin royal de la Croix" (Tchernigov, 1709) ; "Pensées sur Dieu au profit de la croyance véritable" (1710 et 1711) ; "Synaxaire: Commémoration de la victoire de Poltava" (1710) ; "Le Pèlerin" (manuscrit) ; "Pensées spirituelles" (Moscou, 1782).

C'est à Tchernigov, en 1714, que le saint publia pour la première fois son œuvre principale, écrite en langue latine. C'était une particularité des diplômés de l'école de Kiev était qu'ils écrivaient leurs œuvres en latin classique. En 1888, le professeur I. A. Maximovitch traduisit l'"Héliotropion" [Tournesol] en russe moderne et le publia d'abord en partie dans la "Lettre diocésaine de Tchernigov", puis dans un autre livre (Kiev, 1896). A son nom est lié aussi "Le Lexique Latin-Grec-Russe."

On savait que saint Jean avait des liens avec le Mont Athos. Il s'intéressait particulièrement au sort des habitants russes de la Sainte Montagne et leur envoyait une aide matérielle substantielle durant ces années difficiles. Sa gramota archiépiscopale au monastère russe de Saint Panteleimon a été conservée, et elle témoigne de son intérêt pour les moines du Mont Athos.

Le 14 août 1711, après son élévation à la dignité de métropolite, saint Jean arriva au siège de Tobolsk et de toute la Sibérie. Le saint se préoccupa constamment de l'illumination de son diocèse. Là, il continua son œuvre, commencée à Tchernigov. Il améliora l'école qui avait été ouverte par son prédécesseur, le célèbre missionnaire Métropolite Philothée (Leschinsky, + 1727), et il continua la prédication apostolique parmi les païens de Sibérie, en convertissant plusieurs milliers à Christ. 

En 1714, saint Jean se rendit à Pékin pour diriger une mission avec l'archimandrite Hilarion (Lezhaisky). À Tobolsk, il reprit l'activité d'édition, en utilisant la presse à imprimerie qu'il avait mis en place à Tchernigov. A cette époque appartient aussi la publication par le Métropolite Jean de "L'Héliotropion" [Tournesol] en langue russe (1714), afin que les Sibériens puissent aussi le comprendre.

Le chroniqueur décrit la vie du saint en Sibérie : "Il était calme et sans prétention, aimable et prévenant, compatissant envers les pauvres et miséricordieux." 

Il aidait souvent les gens secrètement, et parfois en tenue de simple moine, il apportait des aumônes généreuses aux maisons des nécessiteux en disant : "Acceptez ceci au nom de Jésus-Christ". 

Sa maison à Tobolsk était toujours ouverte à tous ceux qui avaient besoin d'aide ou d'une parole de réconfort. Même le jour de sa mort, le 10 juin 1715, après la Divine Liturgie, saint Jean avait installé un réfectoire chez lui pour le clergé et les pauvres, et il servait lui-même à table. Plus tard, après s'être retiré de tous, le saint se retira dans son cabinet de travail. Quand les cloches de l'église sonnèrent pour les vêpres, il mourut à genoux en prière. Le saint fut enterré dans la chapelle de saint Jean Chrysostome de la cathédrale de la Dormition/-Sophia à Tobolsk

Saint Jean est vénéré depuis longtemps en Sibérie. À la lumière de nombreux miracles et de la vénération locale de longue date de saint Jean, l'Église établit en 1916 la célébration du saint dans toute la Russie le 10 juin, jour de sa dormition.

La mémoire de saint Jean est gardée avec ferveur par les Sibériens et par tout le peuple russe croyant. Il repose actuellement dans la cathédrale de la Protection de la Mère de Dieu de Tobolsk. Le service qui a été composé pour lui a été réédité, avec la bénédiction de Sa Sainteté le Patriarche Alexis Ier, par le métropolite Bartholomée (Gorodtsov) en 1947 à Novossibirsk.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 

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Le Tournesol

"Que notre amour pour le Soleil, 
la volonté de Dieu, 
soit aussi fort 
que celui du tournesol, 
afin que, 
même dans les jours de détresse 
et de tristesse, 
nous continuions 
à naviguer infailliblement 
sur la mer de la vie, 
suivant les indications 
du baromètre 
et de la boussole 
de la volonté de Dieu 
qui nous conduit 
au havre sûr de l'éternité.

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Note: 
Saint Jean de Tobolsk était un lointain ancêtre de saint Jean [Maximovitch] de Changhaï