"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 28 octobre 2019

ST. ATHANASE (SAKHAROV) : CONSEILS SPIRITUELS ET EXTRAITS DE LETTRES DURANT SA CAPTIVITE



St. Athanase

Le 15/28 octobre, l'Eglise commémore saint Athanase [Sakharov], évêque de Kovrov, confesseur de la foi. Théologien et liturgiste, auteur de services religieux, saint Athanase a emprunté le chemin épineux des persécutions, et ni les procès en prison, ni les camps et l'exil ne purent jamais saper sa foi. C'est la prière qui l'a nourri. Serge Fudel, écrivain russe, destiné à porter un lourd fardeau, se souvient du saint dans ses livres. "Avant sa mort, il dit à ses amis comment sortir de toutes les difficultés : La prière vous sauvera tous." Ces paroles étaient quelques-unes de ses derniers paroles. Dans sa Commémoration des défunts, il écrivait (approximativement dans les années 1950) : " Chacun devrait prier pour tous les hommes." Il resta donc fidèle à sa nature, à son esprit de prière monastique, qui, s'il est authentique, est l'esprit du christianisme primitif."

Cet esprit se manifeste à la fois dans les lettres écrites par saint Athanase pendant son incarcération et dans ses conseils spirituels. Nous publions aujourd'hui certains extraits de ces lettres.

Plus de cent soixante-dix mille ecclésiastiques orthodoxes furent arrêtés en 1917-1943 ; cent quinze mille furent fusillés. Athanase Sakharov a passé plus de trente ans dans des prisons et des camps d'internement.

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Je préférerais que toutes nos églises soient fermées [plutôt que de devenir schismatique], car les orthodoxes ne doivent pas prier avec les schismatiques.[1]

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Regardez, tous ces gens de l'"Eglise vivante" sont imprégnés d'un sentiment de rage qui n'est pas un sentiment chrétien. Ils sont sous le contrôle total de l'esprit de rage et ils n'ont pas la sérénité. Maintenant je peux voir des évêques et des prêtres, incarcérés pour leur travail au Nom du Christ, et j'entends parler de pasteurs orthodoxes dans diverses prisons. Quelle paix et quelle joie ils possèdent tous !

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Nous ne devrions en aucun cas avoir peur de la prison. Ici, c'est mieux qu'à l'extérieur. Je le dis sans exagération. Voici la vraie Église orthodoxe.[2]

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Ma chère et gentille mère,

Comme j'étais heureux de te voir un instant, de t'embrasser au moins une fois. C'est bien que toi, comme je l'ai vu, tu te remontes le moral. Sois de bonne humeur, ne perds pas le moral.

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Seigneur, préserve ceux qui sont encore vivants, préserve-les sains et saufs, laisse-moi les voir encore une fois dans ce monde.

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Je m'abandonne à la volonté de Dieu ; si je me sens parfois angoissé, je ne tombe pas dans le découragement, même si je suis épuisé physiquement ou mentalement, je ne perds jamais espoir et, avec l'aide de Dieu, je ne murmure pas.

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Moïse a enduré, Elisée a enduré, Elisée et Elie ont enduré les épreuves- ainsi je supporterai aussi les épreuves.

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Je vais bientôt être jugé, mais ce ne sera pas miséricordieux. Quoi qu'il en soit, nous ne devrions rien attendre des procès terrestres et des juges terrestres. Le Seigneur sera notre juge.

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Toutes les chaînes et les calamités sont la pénitence infligée par le Seigneur Lui-même.   

Sur la foi

Quel grand réconfort que notre foi ! Nous ne sommes pas découragés dans les peines et nous sommes rayonnants quand nous sommes frappés par l'épreuve.

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Quel grand trésor est notre foi ! Elle nous apporte la paix, la consolation et le plaisir en toutes circonstances ! Un chrétien fidèle dira toujours avec le saint apôtre : "On nous insulte, on  bénit, on nous persécute, nous le supportons, on nous diffame, nous supplions." Gloire à Dieu pour toutes choses !

De l'amour et de l'humilité

Nous devons posséder deux choses, l'amour et l'humilité, afin que notre cœur soit libre de la moindre ombre de colère ou d'hostilité, même envers nos ennemis. Portez les infirmités des faibles, et ne vous faites pas plaisir.

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Ne soyez pas indolents dans la prière, n'oubliez pas Dieu, aimez votre père et votre mère, soyez soumis et ne les contrariez pas ; aimez-vous les uns les autres, et n'offensez personne, aimez tout le monde, dites seulement la vérité. Alors vous serez aimés, et Dieu vous assistera en tout.

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Je crois vraiment que ni la mort ni la distance ne peuvent limiter l'amour chrétien.
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Soyez patient, ne vous vexez pas et, surtout, ne vous fâchez pas. Vous ne combattrez ni ne bannirez jamais le mal par le mal. Le mal ne craint que l'amour, que la miséricorde.

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Sur les privations

Je crois fermement que la privation de ce que nous désirons particulièrement, de ce qui est le plus précieux, sera acceptée par le Seigneur comme un sacrifice qui Lui est agréable.

Sur les maladies, la souffrance et la mort

Il vaut mieux oublier nos misères passées et ne pas s'en souvenir, ne pas ouvrir les plaies qui guérissent. Guidés par la parole de l'Apôtre, tournons notre regard vers ce qui nous attend, avançant avec espérance, en oubliant le passé.

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Les larmes apaisent l'épreuve. Pleure un peu et tu trouveras consolation.

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Le Sauveur est ici, il est à côté de toi, il ne te laisse pas un seul instant. Parfois, Il semble nous avoir abandonnés, mais il nous semble que c'est seulement une illusion pour nous, les faibles. Il est toujours avec nous, Il nous voit souffrir et nous donnera des couronnes dans le ciel pour cela.

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Nous devons endurer tous les maux avec patience, mais nous ne devons pas ignorer le traitement médical de peur de nous affaiblir dans notre maladie, de succomber au découragement et de commencer à murmurer.

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Les saints Pères associaient les maux au martyre, et les martyrs reçoivent des couronnes dans le ciel et jouissent de la joie éternelle.

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Que la volonté de Dieu soit faite... Glorifions Dieu aussi pour les afflictions. Gloire à Dieu pour toutes choses !

Sur les préoccupations quotidiennes et le temps

Je souffre de tout cœur avec tous mes amis aigris et affligés, ceux qui travaillent et n'ont presque pas de repos, qui ont constamment du mal à gagner leur pain quotidien, qui se lamentent d'être séparés de leurs êtres chers et aimés, ceux qui ne peuvent passer autant de temps qu'ils le voudraient, même avec ceux qui vivent dans la même pièce qu'eux. C'est le plus grand problème de notre époque.

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Aujourd'hui, l'homme cherche à rendre son travail plus facile avec l'aide de diverses technologies, à passer moins de temps sur son travail. Cependant, Dieu ne bénit pas cela. Par conséquent, au lieu de gagner plus de temps pour sa vie personnelle, l'homme n'en a presque pas.

Sur la miséricorde de Dieu


Je crois que le nombre infini de nos péchés s'évanouira dans l'abîme de la miséricorde de Dieu.

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Le jugement de Dieu est différent du jugement des hommes. Ici, ils cherchent tout comme raison pour rendre un verdict ; là, et j'espère que ce n'est pas un péché de le dire comme ça, ils chercheront tout comme raison d'exonération [de pardon].

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Nous avons beaucoup de péchés, mais la miséricorde de Dieu est sans limite.

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En effet, très peu sont sauvés pour leurs actes. Le nombre de ceux qui sont sauvés par la miséricorde de Dieu et Son amour pour l'humanité est infini.

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La porte de la miséricorde du Seigneur est toujours ouverte. Elle s'ouvre, si on la pousse légèrement. Ta poussée est une humble prière : "Je suis à Toi, sauve-moi."

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Je vous remercie tous de tout cœur, vous bénis tous et prie pour vous tous.

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État de l'Église avant et pendant la période soviétique



1914-1939 reflète la persécution contre l'Église par le régime soviétique.



1952-1962 reflète la réouverture d'églises, de monastères et de séminaires pendant la Seconde Guerre mondiale et les persécutions qui ont suivi sous la direction de Nikita Khrouchtchev.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

NOTES:

[1] Il faisait allusion à l'église vivante, secte pseudo-orthodoxe bolchévique créée par les communistes pour lutter contre l'Eglise canonique

[2] C'est-à-dire que les chrétiens orthodoxes fidèles étaient en prison, persécutés pour la foi, alors que ceux qui trahissaient la foi, étaient libres.

État de l'Église avant et pendant la période soviétique



1914-1939 reflète la persécution contre l'Église par le régime soviétique.

1952-1962 reflète la réouverture d'églises, de monastères et de séminaires pendant la Seconde Guerre mondiale et les persécutions qui ont suivi sous la direction de Nikita Khrouchtchev.




Reliquaire de saint Athanase

LA PRIÈRE MONASTIQUE A SAUVÉ LES SURVIVANTS D'UN NAUFRAGE PRÈS DE LA CÔTE INDIENNE



Cette histoire a été racontée par l'higoumène Théodosie (Dyatchkova). Mère Supérieure du Couvent de la Nativité du Christ dans le diocèse de Vyatka.


"Récemment, raconte l'higoumène Théodosie, une femme m'a exprimé ses remerciements. "La paroissienne m'a dit qu'il n'y a pas si longtemps, en octobre, juste avant que ses enfants ne partent en vacances, elle a demandé la lecture du Psautier avec la mention de leurs noms, afin que les moniales du couvent puissent prier quotidiennement pour ses enfants. 

Ses enfants et ses petits-enfants - quatre personnes en tout - se trouvaient à bord même du navire qui a subi un naufrage près de la côte indienne, mais par miracle, ils ont survécu et n'ont pas été blessés du tout. La femme a ainsi expérimenté elle-même l'effet de la prière monastique et la puissance de la lecture perpétuelle du Psautier."

Le 28 octobre, un navire touristique a fait naufrage près de la côte indienne, rappelle le site web du diocèse de Vyatka.

Trois des dix passagers russes qui ont affrété le navire sont morts. Parmi les naufragés qui ont miraculeusement survécu se trouvaient les enfants et petits-enfants adultes (tous sains et saufs !) de la paroissienne du couvent de la Nativité du Christ (dans la ville de Slobodskoy, région de Kirov) qui, avant le début des vacances de ses proches, avait fait en sorte que "la lecture perpétuelle du Psautier soit dite pour leur santé".

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
et


dimanche 27 octobre 2019

Hiéromoine Séraphim (Rose): SOUS-HUMANITÉ - LA PHILOSOPHIE DE L'ABSURDE


Le rouleau porte la mention: 
"l'évolutionnisme est la clef de la philosophie de l'Antéchrist"
Icône roumaine
*

L'époque actuelle est, dans un sens profond, une époque d'absurdité. Poètes et dramaturges, peintres et sculpteurs proclament et décrivent le monde comme un chaos désarticulé et l'homme comme un fragment déshumanisé de ce chaos. 

La politique, qu'elle soit de droite, de gauche ou du centre, ne peut plus être considérée que comme un expédient où un léger semblant d'ordre est donné pour le moment, au désordre universel ; les croisés pacifistes et militants sont unis dans une foi absurde dans les faibles pouvoirs des hommes pour remédier à une situation intolérable par des moyens qui ne peuvent que l'aggraver. Les philosophes et autres hommes supposés responsables dans les milieux gouvernementaux, académiques et ecclésiastiques, lorsqu'ils ne se retranchent pas derrière la façade impersonnelle et irresponsable de la spécialisation ou de la bureaucratie, ne font généralement que rationaliser l'état incohérent de l'homme contemporain et de son monde et conseiller un "engagement" inutile dans un optimisme humaniste discrédité, dans un stoïcisme sans espoir, dans des expériences aveugles, ou dans un "engagement irrationnel", ou dans une foi suicidaire en la "foi". 

Mais l'art, la politique et la philosophie d'aujourd'hui ne sont que des reflets de la vie, et s'ils sont devenus absurdes, c'est parce que, dans une large mesure, la vie est devenue ainsi. L'exemple le plus frappant de l'absurdité de la vie de ces derniers temps était, bien sûr, le "nouvel ordre" d'Hitler, dans lequel un homme supposé normal et civilisé pouvait être à la fois un interprète accompli et émouvant de Bach (comme Himmler) et un meurtrier habile de millions d’hommes, ou qui pourrait organiser la visite d'un camp d'extermination qui coïncide avec une série de concerts ou une exposition artistique. Hitler lui-même, en effet, était l'homme absurde par excellence, passant du néant à la domination du monde et de retour au néant en l'espace d'une douzaine d'années, ne laissant comme monument qu'un monde brisé, dû à son succès insignifiant au fait que lui, le plus vide des hommes, incarnait le vide des hommes de son temps. 

Le monde surréaliste d'Hitler appartient désormais au passé, mais le monde n'est passé de l'ère de l'absurdité à un stade plus avancé, quoique temporairement plus calme, de la même maladie. Les hommes ont inventé une arme pour exprimer, mieux que l'évangile de destruction d'Hitler, leur incohérence et leur nihilisme ; et dans son ombre les hommes sont paralysés, entre les extrêmes d'une puissance extérieure et une impuissance intérieure sans précédent. En même temps, les pauvres et les "défavorisés" du monde se sont éveillés à la vie consciente et recherchent l'abondance et le privilège ; ceux qui les possèdent déjà gaspillent leur vie dans la poursuite de choses vaines, ou deviennent désillusionnés et meurent d'ennui et de désespoir, ou commettent des crimes insensés. Presque le monde entier, semble-t-il, est divisé entre ceux qui mènent des vies futiles et insignifiantes sans s'en rendre compte, et ceux qui, s'en rendant compte, sont poussés à la folie et au suicide. […] 

Il en est de même pour l'absurde ; c'est le côté négatif d'une réalité positive. Il y a, bien sûr, un élément d'incohérence dans notre monde, car dans sa chute du Paradis, l'homme a amené le monde avec lui ; la philosophie de l'absurde n'est donc pas fondée sur un mensonge total, mais sur une demi vérité trompeuse. Mais quand Camus définit l'absurdité comme la confrontation du besoin de raison de l'homme avec l'irrationalité du monde, quand il croit que l'homme est une victime innocente et que le monde le coupable, il a, comme tous les absurdes, magnifié une vision très partielle dans une vision totalement déformée des choses ; et dans son aveuglement, il est arrivé exactement à inverser la vérité. L'absurde, en fin de compte, est une question interne et non externe ; ce n'est pas le monde qui est irrationnel et incohérent, mais l'homme. 

Mais si l'absurde est responsable de ne pas voir les choses telles qu'elles sont, et même de ne pas vouloir les voir telles qu'elles sont, le chrétien est encore plus responsable de ne pas donner l'exemple d'une vie pleinement cohérente, une vie en Christ. Le compromis chrétien dans la pensée, la parole et la négligence dans les actes ont ouvert la voie au triomphe des forces de l'absurde, de Satan, de l'Antéchrist. L'époque actuelle de l'absurdité est la juste récompense des chrétiens qui n'ont pas réussi à être chrétiens. 

Et le seul remède à l'absurde se trouve à sa source : nous devons redevenir chrétiens. Camus avait raison quand il a dit : "Nous devons choisir entre les miracles et l'absurde." Car, à cet égard, le christianisme et l’'absurde s'opposent également au rationalisme et à l'humanisme des Lumières, à l'idée que la réalité peut être réduite à des termes purement rationnels et humains. Nous devons en effet choisir entre la vision miraculeuse, la vision chrétienne des choses, dont le centre est Dieu et dont la fin est le Royaume éternel des Cieux, et l'absurde, la vision satanique des choses, dont le centre est le moi déchu et dont la fin est l'enfer, dans cette vie et dans la vie à venir ». 

Nous devons redevenir chrétiens. Il est futile, en fait c'est précisément absurde, de parler de société réformatrice, de changer le chemin de l'histoire, d'émerger dans une époque au-delà de l'absurde, si nous n'avons pas le Christ dans notre cœur ; et si nous avons le Christ dans notre cœur, rien d'autre ne compte. 

Il est bien sûr possible qu'il y ait un âge au-delà de l'absurde ; il est plus probable, peut-être - et les chrétiens doivent toujours être préparés à cette éventualité - qu'il n'y en aura pas, et que l'âge de l'absurde est bien le dernier âge. Il se peut que le témoignage final que les chrétiens pourront donner à cet âge soit le témoignage ultime, le sang de leur martyre. 

Mais c'est un motif de réjouissance et non de désespoir. Car l'espérance des chrétiens n'est pas de ce monde ni dans aucun de ses royaumes - cette espérance, en effet, est l'absurdité ultime ; l'espérance des chrétiens est dans le Royaume de Dieu qui n'est pas de ce monde.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après


samedi 26 octobre 2019

Saint Jean [Maximovitch] de Tobolsk: Le Tournesol


Saint John Maximovitch, métropolitain de Tobolsk
Commémoré le 10 juin

Saint Jean, Métropolite de Tobolsk et de toute la Sibérie, le Thaumaturge, dans le monde fut nommé Jean Maximovitch, et il naquit dans la ville de Nejino en 1651. Son père Maxime Vasilievitch et sa mère Euphrosyne avaient sept fils, dont Jean était l'aîné. 

A la fin de ses études au Collège de Kiev-Mogilyansk (après l'Académie spirituelle de Kiev), le futur hiérarque en sortit en tant que professeur de langue latine. Par la suite, en 1680, il accepta le monachisme au monastère des Grottes de Kiev et s'absorba dans une activité spirituelle intérieure. 

Avec le consentement général des frères, le jeune moine reçut l'obédience de la prédication. A partir de cette période, il fit preuve d'une éloquence exceptionnelle. Il attachait une importance particulière à la connaissance religieuse intérieure. Le thème principal de sa vie peut être défini comme suit : "Comment l'homme doit-il conformer sa volonté à celle de Dieu ?" Il développa ce thème dans ses prédications et dans son service missionnaire ultérieur. En réponse à cela apparut l'ouvrage, publié vers la fin de sa longue vie ascétique, et intitulé "Héliotropion" ou "Tournesol" ou "Conformer la volonté humaine à la volonté divine". Parmi les nombreuses œuvres des saints Pères de l'Église orthodoxe, cet ouvrage apporte une réponse très complète à cette grande question de la sotériologie chrétienne.

En 1658, on l'envoya en mission à Moscou. Il y fut nommé vicaire du monastère de Briansk-Svensk par le Patriarche Joachim (1674-1690), qui était alors à la Laure des Grottes de Kiev.

Saint Théodose, archevêque de Tchernigov, en 1695, peu avant sa propre mort (5 février), nomma Hiéromoine Jean archimandrite du monastère de Tchernigov Eletsk, et le désigna comme son successeur. (Saint Jean vénérait la mémoire de saint Théodose, croyant en la puissance de son intercession priante devant le Seigneur. Grâce à sa foi, il fut guéri d'une grave maladie par les prières de saint Théodose. Au plus fort de la maladie, saint Théodose lui apparut et lui dit : "Sers demain, tu iras mieux." Le lendemain, saint Jean, complètement guéri et à la stupéfaction de tous, servit la Divine Liturgie. Ce miracle de guérison de saint Jean marqua le début de la vénération de saint Théodose comme un saint de Dieu porteur de Grâce.)

Le 10 janvier 1697, le patriarche Adrien de Moscou et de toutes les Russies (1690-1700) consacra l'archimandritJean comme évêque de Tchernigov, dans la cathédrale de Dormition du Kremlin à Moscou.

En entrant dans l'administration du diocèse, Vladyka Jean créa un collège près de la cathédrale de l'archevêque, semblable à l'Académie de Kiev, que le saint voulait servir d'"Athènes à Tchernigov", une école de pieuse illuimination.

En raison de son haut niveau d'éducation et de formation en théologie, l'école de saint Jean jouissait d'une grande renommée. Il s'agissait essentiellement du premier séminaire en Russie. Des séminaires sur le modèle de celui-ci commencèrent à s'ouvrir dans d'autres diocèses de l'Église russe.

Le saint ouvrit plus tard une imprimerie, dans laquelle lui et ses successeurs publièrent de nombreux ouvrages à contenu spirituel et moral.

La vie de saint Jean fut illuminée par de nobles vertus, et surtout par l'humilité. Elle se reflète aussi dans ses œuvres, "Le Réflecteur Moral-Didactique" (Tchernigov, 1703 et 1707) ; "L'Alphabet, avec rimes ajoutées" (1705) ; "La Vierge Mère de Dieu" (1707) ; "Le Théâtre, ou Déshonneur Moral-Didactique" (1708) ; "Commentaire du Psaume 50" (Tchernigov, 1708) ; "Commentaire du "Notre Père" et les "Huit Béatitudes évangéliques" (1709) ; "Le chemin royal de la Croix" (Tchernigov, 1709) ; "Pensées sur Dieu au profit de la croyance véritable" (1710 et 1711) ; "Synaxaire: Commémoration de la victoire de Poltava" (1710) ; "Le Pèlerin" (manuscrit) ; "Pensées spirituelles" (Moscou, 1782).

C'est à Tchernigov, en 1714, que le saint publia pour la première fois son œuvre principale, écrite en langue latine. C'était une particularité des diplômés de l'école de Kiev était qu'ils écrivaient leurs œuvres en latin classique. En 1888, le professeur I. A. Maximovitch traduisit l'"Héliotropion" [Tournesol] en russe moderne et le publia d'abord en partie dans la "Lettre diocésaine de Tchernigov", puis dans un autre livre (Kiev, 1896). A son nom est lié aussi "Le Lexique Latin-Grec-Russe."

On savait que saint Jean avait des liens avec le Mont Athos. Il s'intéressait particulièrement au sort des habitants russes de la Sainte Montagne et leur envoyait une aide matérielle substantielle durant ces années difficiles. Sa gramota archiépiscopale au monastère russe de Saint Panteleimon a été conservée, et elle témoigne de son intérêt pour les moines du Mont Athos.

Le 14 août 1711, après son élévation à la dignité de métropolite, saint Jean arriva au siège de Tobolsk et de toute la Sibérie. Le saint se préoccupa constamment de l'illumination de son diocèse. Là, il continua son œuvre, commencée à Tchernigov. Il améliora l'école qui avait été ouverte par son prédécesseur, le célèbre missionnaire Métropolite Philothée (Leschinsky, + 1727), et il continua la prédication apostolique parmi les païens de Sibérie, en convertissant plusieurs milliers à Christ. 

En 1714, saint Jean se rendit à Pékin pour diriger une mission avec l'archimandrite Hilarion (Lezhaisky). À Tobolsk, il reprit l'activité d'édition, en utilisant la presse à imprimerie qu'il avait mis en place à Tchernigov. A cette époque appartient aussi la publication par le Métropolite Jean de "L'Héliotropion" [Tournesol] en langue russe (1714), afin que les Sibériens puissent aussi le comprendre.

Le chroniqueur décrit la vie du saint en Sibérie : "Il était calme et sans prétention, aimable et prévenant, compatissant envers les pauvres et miséricordieux." 

Il aidait souvent les gens secrètement, et parfois en tenue de simple moine, il apportait des aumônes généreuses aux maisons des nécessiteux en disant : "Acceptez ceci au nom de Jésus-Christ". 

Sa maison à Tobolsk était toujours ouverte à tous ceux qui avaient besoin d'aide ou d'une parole de réconfort. Même le jour de sa mort, le 10 juin 1715, après la Divine Liturgie, saint Jean avait installé un réfectoire chez lui pour le clergé et les pauvres, et il servait lui-même à table. Plus tard, après s'être retiré de tous, le saint se retira dans son cabinet de travail. Quand les cloches de l'église sonnèrent pour les vêpres, il mourut à genoux en prière. Le saint fut enterré dans la chapelle de saint Jean Chrysostome de la cathédrale de la Dormition/-Sophia à Tobolsk

Saint Jean est vénéré depuis longtemps en Sibérie. À la lumière de nombreux miracles et de la vénération locale de longue date de saint Jean, l'Église établit en 1916 la célébration du saint dans toute la Russie le 10 juin, jour de sa dormition.

La mémoire de saint Jean est gardée avec ferveur par les Sibériens et par tout le peuple russe croyant. Il repose actuellement dans la cathédrale de la Protection de la Mère de Dieu de Tobolsk. Le service qui a été composé pour lui a été réédité, avec la bénédiction de Sa Sainteté le Patriarche Alexis Ier, par le métropolite Bartholomée (Gorodtsov) en 1947 à Novossibirsk.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 

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Le Tournesol

"Que notre amour pour le Soleil, 
la volonté de Dieu, 
soit aussi fort 
que celui du tournesol, 
afin que, 
même dans les jours de détresse 
et de tristesse, 
nous continuions 
à naviguer infailliblement 
sur la mer de la vie, 
suivant les indications 
du baromètre 
et de la boussole 
de la volonté de Dieu 
qui nous conduit 
au havre sûr de l'éternité.

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Note: 
Saint Jean de Tobolsk était un lointain ancêtre de saint Jean [Maximovitch] de Changhaï

vendredi 25 octobre 2019

Extrait du Patéricon d'Optina


Photo: pravicon.com
La Nef de l'Eglise

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Je vais le dire brièvement : Avant de commencer à montrer des preuves en faveur de l'Église, vous devez comparer vos propres opinions et croyances avec la Parole de Dieu et les enseignements des Pères spirituels orthodoxes de l'Église, alors  sur tout ce que vous ne pouvez trouver une telle confirmation, il est plus rentable de garder le silence. Ce que nous pensons à partir de nos propres conclusions est une chose, et la vérité même, inviolable, confirmée par les Saintes Ecritures, en est une autre.

Saint Ambroise d'Optina.

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Il [le Seigneur] nous a ordonné d'écouter les maîtres et les pasteurs de l'Église, désignés et ordonnés par les apôtres.... 
Mais quant à celui qui ne l'écoute pas [l'Église], qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain (Matthieu 18:17) ; et aux apôtres, il dit : Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous rejette me rejette (Luc 10,16). C'est pourquoi il est important d'obéir à la Sainte Église et à ses dogmes et enseignements établis par les Conciles Œcuméniques et l'autorité des grands Pères de l'Église. -

Saint Macaire d'Optina

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Pour son salut, il est nécessaire de faire partie de l'Église orthodoxe. En ce moment, le nombre de sectes s'est multiplié... Parfois des sectaires viennent à moi en disant : "Nous croyons au Christ et nous Le cherchons, où est-il ? "Tout d'abord, il manifeste surtout Sa glorieuse présence au Ciel et, ensuite, dans l'Église sur la terre. Appartenez-vous à l'Église ?" "Non, nous avons quitté l'Église, mais nous espérons toujours être sauvés." "Alors votre espérance est vaine ; le salut est impossible en dehors de l'Église." Ceux qui appartiennent à l'Église orthodoxe se rendent à la Jérusalem d'En haut, c'est-à-dire au Royaume des Cieux, la bonne voie : Ils naviguent le long de la mer de la vie dans une barque dont le barreur est le Christ lui-même, tandis que ceux qui sont à l'extérieur de l'Église tentent de traverser la mer sur une simple planche de bois - ce qui, bien sûr, est impossible - et périssent irrévocablement. 

Saint Barsanuphe d'Optina

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Le staretz enseigna à ses enfants spirituels à observer strictement les statuts de la Sainte Église orthodoxe, en disant : "Si vous voyez, mon enfant, un adepte d'une foi différente qui se dispute avec un chrétien orthodoxe, désireux de l'arracher à l'Église orthodoxe par la tromperie, alors aidez le chrétien orthodoxe à s'en sortir. Ce faisant, vous sauverez une brebis de la gueule d'un lion ; mais si vous vous taisez et le laissez sans aide, cela reviendrait à enlever une âme rachetée au Christ et à la vendre à Satan". 

Saint Anatole d'Optina

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Version Française Claude Lopez-Ginisty
d'après


jeudi 24 octobre 2019

Archiprêtre Andrew Phillips: CONFESSION ET COMMUNION : UN FAUX PROBLÈME

Photo : http://www.pravoslavie.ru/

    
Est-ce que la Confession est obligatoire avant chaque Communion ou est-ce que vous communiez quand vous le voulez et avez la Confession quand vous le voulez ?

Telle est la fausse question que j'ai entendue pour la première fois il y a plus de quarante ans, à laquelle toute réponse doit également être fausse, car les fausses questions ne peuvent avoir que de fausses réponses. Quelle est la réalité ?

La confession et la communion sont deux sacrements différents. Ainsi, vous pouvez avoir la confession et ne pas communier et vous pouvez, dans certaines circonstances, communier sans confession. En d'autres termes, vous pouvez vous confesser très souvent et communier moins souvent. C'est le contraire de la haine apparente du modernisme pour la confession et l'amour de la communion obligatoire - qui ne fait pas partie de l'Église. L'impression donnée est que le modernisme ne croit pas que ses adeptes ont des péchés et qu'ils n'ont donc à se repentir de rien. Si tel est le cas, alors c'est de l'orgueil spirituel. Bien sûr, cette impression est peut-être fausse, mais c'est celle qui est donnée. Après tout, un médecin ne prescrit pas de médicaments s'il ne peut pas d'abord poser un diagnostic, et la confession est précisément un diagnostic.

Si nous parlons d'orthodoxes nominaux qui ne communient qu'occasionnellement, peut-être une ou deux fois par an ou une ou deux fois tous les dix ou vingt ans, alors la confession avant chaque communion est la règle.

Qu'en est-il de la Communion quand vous voulez et de la Confession quand vous voulez ? Cette déclaration est un acte de consumérisme qui traite l'Église comme un supermarché et trouve ses racines dans la mentalité anti-sacramentelle et donc antisacerdotale protestante qui se cache derrière le consumérisme : " Faites ce que vous voulez quand vous le voulez ". 

Il n'est pas étonnant que cette mentalité soit celle de certains convertis non éduqués, précisément d'origine protestante, qui communient toujours sans confession et méprisent même le berceau orthodoxe qui ne communie pas à chaque liturgie. Le résultat est que les orthodoxes du berceau* n'assistent plus aux offices des convertis, à cause de l'hostilité qu'ils ressentent à leur égard. Et c'est dommage, car cela signifie que les convertis non éduqués ne peuvent plus rencontrer quelqu'un dont ils peuvent apprendre quelques chose, avec pour résultat que les ghettos de convertis ne font que se renforcer.

Quel est donc l'idéal ? C'est communier, volontairement, selon ses besoins spirituels personnels, quand on en a spirituellement besoin (et non pas quand on le veut - "vouloir" est la parole des consuméristes) et se confesser à l'avance parce qu'on a besoin de la confession avant la communion. Si nous ne ressentons pas le besoin de la confession, cela suggère que nous n'avons pas besoin de la communion. En termes simples, si une poubelle pleine ne sait pas qu'elle a besoin d'être vidée (Confession), alors elle n'a pas besoin d'être remplie (Communion).

Il y a des exceptions à cette règle. Tout d'abord, dans la vie paroissiale, par exemple pendant la Semaine Pascale ou la Semaine Lumineuse ou à d'autres moments comme avant la Nativité ou la Théophanie, quand il peut y avoir des Liturgies sur plusieurs jours consécutifs et simplement nous pouvons ne pas ressentir le besoin de Confession deux jours ou plus de suite parce que les fidèles cherchent à vivre une vie tranquille et pieuse "en toute piété et honnêteté". La deuxième exception est dans la vie monastique ou parmi ceux qui vivent une vie monastique dans le monde et qui peuvent communier plus régulièrement mais qui ne se confessent que quelques jours ou même quelques semaines, selon les directives de leur père spirituel.

La préparation avant la communion suppose non seulement la confession, mais aussi que les jours de jeûne de la semaine précédant la communion et l'abstinence due soient observés, ainsi que le jeûne à partir de minuit, que les fidèles assistent à la vigile (ou vêpres et matines) avant la Liturgie et qu'ils lisent également la règle avant la communion.

Le modernisme qui a plus ou moins abandonné le sacrement de la Confession (s'il l'a connu) dira qu'il n'a pas besoin de la Confession fréquemment parce que les 'premiers chrétiens' communiaient chaque jour. C'est un orgueil spirituel dangereux. 

Les modernistes affirment-ils sérieusement qu'ils vivent au niveau spirituel des orthodoxes des premiers siècles, qui ont fait face chaque jour au martyre possible ? 

Regardons la réalité en face. Ceux qui, dans les groupes modernistes, veulent la communion hebdomadaire ou même quotidienne (impossible pour les filles et les femmes qui ont leurs règles) ne font que copier les hétérodoxes, pour qui, en tout cas, il n'y a pas de Corps et de Sang du Christ, mais seulement des hosties avec ou sans vin. Et ce qui n'est pas consommé parmi eux, ils le jettent. Un tel modernisme n'est pas orthodoxe et devrait apprendre ce que l'apôtre Paul dit et trembler :

C'est pourquoi quiconque mangera ce pain et boira cette coupe du Seigneur indignement, sera coupable du Corps et du Sang du Seigneur. Mais qu'un homme s'examine lui-même, et qu'il mange de ce pain et boive de cette coupe. Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit condamnation pour lui-même, sans discerner le Corps du Seigneur. C'est pourquoi beaucoup d'entre vous sont infirmes et malades et qu'un grand nombre sont morts (1 Co 11, 27-30).

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après



NOTE:
Cradle Orthodox [ou cradle-born Orthodox]: Littéralement orthodoxes du berceau, c-à-d Ceux qui sont nés orthodoxes!

Sur le blog de Maxime



C'est DIEU qui SE GLORIFIE DANS SES SAINTS, ses héros et ses martyrs, qui, avant toute "canonisation" officielle, sont toujours déjà vénérés depuis longtemps par les fidèles ayant pu expérimenter leur sainteté, personnellement et souvent en grand nombre, auprès d'eux, à leur contact, lors de leur vie terrestre…

Saint Daniel de Katounakia


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mercredi 23 octobre 2019

Glorification du starez Sophrony de Maldon

Il semble que la glorification [canonisation] de Père Sophrony de bienheureuse mémoire ne soit pas encore proclamée, mais qu'elle va être examinée!
*

Saint Silouane

Saint Sophrony


Brève biographie du Saint 

Saint Sophrony [Sacharov], est né en 1896 à Moscou. Il étudia à l'École nationale des beaux-arts et se consacra à la peinture. Après une courte période d'études à l'Institut Théologique Saint Serge à Paris, il partit en 1925 pour la Sainte Montagne, où il s'installa dans le Saint Monastère de Saint Panteleimon. 

C'est là qu'il rencontra et s'associa étroitement à saint Silouane. La relation entre le staretz Sophrony et saint Silouane fut fondamentale pour le cours de sa vie spirituelle. Il resta avec le saint jusqu'à la mort de ce dernier, puis, avec la bénédiction de l'higoumène et des startsy du monastère, il se retira dans le désert de la Sainte Montagne. Là, il servit de père spirituel aux monastères de Saint Paul, Grigoriou, Simonos Petras et Xénofon, ainsi qu'à de nombreuses kellies et skites. 

En 1948, il publia en France les manuscrits que lui avait laissés saint Silouane, en y joignant une longue analyse de l'enseignement du saint et quelques détails biographiques. 

A partir de 1959, il s'installa dans le Saint Monastère Patriarcal et Stavropédique de l'Honorable Précurseur, (Essex,) dont il fut le fondateur, le bâtisseur et le père spirituel. Il s'endormit dans le Seigneur le 11 juillet 1993. Ses écrits étaient à l'origine en russe, mais ils ont été traduits en anglais, arabe, français, allemand, italien, serbe, suédois, flamand et espagnol, avec des extraits traduits dans de nombreuses autres langues. 


Père Sophrony avec Père Kyrill ( à gauche) et Père Syméon

L’archimandrite Zacharie sur les derniers jours de la vie de saint Sophrony 
Archimandrite Zacharie

Quatre jours avant sa mort, il ferma les yeux et ne voulut plus nous parler. Son visage était lumineux et non pitoyable, mais plein de tension ; il avait la même expression que lorsqu'il célébrait la Liturgie. Nous ne sommes pas tous allés le voir, seulement le Père Kyrill, moi-même, le Père Nicholas et le Père Séraphim. Deux ou trois semaines avant sa mort, il invita tous les frères, un par un, à aller s'asseoir avec lui pendant environ une heure dans sa cuisine, pour leur dernière conversation avec lui. 

Mais nous avions tous les quatre la clé de sa porte, et nous allions le voir de temps en temps. Nous entrions et disions : "Blagoslovitye, Otche", « Bénis Père." Il n'ouvrait pas les yeux et ne prononçait pas un mot, mais il levait la main et nous bénissait. Il nous bénissait sans paroles, et j'ai compris qu'il partait. Donc, moi-même, je ne voulais pas le retenir. 

Avant, je priais pour que Dieu prolonge sa vieillesse, comme on dit dans la Liturgie de saint Basile le Grand : « To geras perikrateson", "secours les vieillards". Mais en ces jours-là, je vis qu'il s'en allait, et je commençai à dire : ""O Dieu, accorde l’entrée dans Ton Royaume à Ton serviteur". Je priais avec les paroles de saint Pierre, comme nous le lisons dans sa deuxième épître (cf. 2 P 1, 11). Alors, je n'arrêtais pas de dire : "O Dieu, accorde l’entrée dans Ton Royaume à Ton serviteur, et place son âme avec ses Pères", et je mentionnais tous ses compagnons ascètes que je connaissais sur la Sainte Montagne, à commencer par saint Silouane, et ensuite tous les autres. 

Le dernier jour, je suis allé le voir à six heures du matin. C'était un dimanche, et je célébrais la première Liturgie, tandis que le Père Kyrill et les autres prêtres devaient célébrer la seconde. (Pour des raisons pratiques, le dimanche, nous avons deux Liturgies dans notre monastère.) J'ai réalisé qu'il allait nous quitter ce jour-là. J'y suis allé et j'ai commencé la prothèse ; les heures ont commencé à sept heures, puis la Liturgie a suivi. Pendant la liturgie, je n'ai dit que les prières de l'Anaphore, parce que dans notre monastère nous avons l'habitude de les lire à haute voix ; pour le reste, ma prière était continuellement : "Seigneur, accorde à Ton serviteur l'entrée dans Ton Royaume". Cette Liturgie était vraiment différente de toutes les autres. Dès que j'ai dit : "Les Saints Dons aux saints", le Père Kyrill est entré dans le sanctuaire. Nous nous sommes regardés, il s'est mis à sangloter et j'ai réalisé que le Père Sophrony était parti. 

En lui demandant à quelle heure il était parti, j'ai su que c'était le moment où je lisais l'Évangile. J'y suis allé parce que le Père Kyrill voulait me parler, et il m'a dit : "Prends la Communion, donne la communion aux fidèles, puis annonce le départ du P. Sophrony et sers le premier Trisaghion ; et je ferai la même chose dans la seconde Liturgie". 

J'ai donc morcelé l'Agneau, j'ai communié, j'ai communié les fidèles, et j'ai achevé la Liturgie. (Je ne sais pas comment j'y suis parvenu.) Puis je suis sorti et j'ai dit au peuple : "Mes chers frères, le Christ notre Dieu est le signe de Dieu pour toutes les générations de cet âge, parce que dans Sa parole nous trouvons le salut et la solution de tout problème humain. Mais les saints de Dieu sont aussi un signe pour leur génération. Dieu nous a donné un tel Père Dieu en Père Sophrony. Dans sa parole, nous avons trouvé la solution à nos problèmes. Et maintenant, nous devons faire ce que la Liturgie nous enseigne, c'est-à-dire "rendre grâce" et "intercéder", "supplier". C'est pourquoi, rendons grâce à Dieu qui nous a donné un tel Père, et prions pour le repos de son âme. Béni est notre Dieu...", et j'ai commencé le Trisaghion. 

Nous l'avons mis dans l'église pendant quatre jours, parce que la crypte n'était pas encore terminée et que le tombeau n'était pas encore construit. Nous l'avons laissé à découvert dans l'Église pendant quatre jours, et nous lisions continuellement les saints Evangiles, du début à la fin, encore et encore, comme c'est la coutume pour un prêtre. Nous avons lu les Évangiles, le Trisaghion et d'autres prières ; nous avons eu les services, la Liturgie, et il était là, au milieu de l'Église, pendant quatre jours. (C'était vraiment comme Pâques, une atmosphère si belle et bénie !) Personne n'a montré d'hystérie. Tout le monde a prié avec inspiration. 

J'avais un ami, un archimandrite, qui venait au monastère chaque année et y passait quelques semaines pendant l'été : Le Père Hiérothée [Vlachos], qui a écrit A Night in the Desert of the Holy Mountain [Une nuit dans le désert de la Sainte Montagne]. Il est métropolite maintenant. Il vint dès qu'il apprit la mort du Père Sophrony. Il sentit l'atmosphère et me dit : "Si le Père Sophrony n'est pas un saint, alors il n'y a pas de saints !" Nous avons eu des moines de la Sainte Montagne qui sont venus voir le Père Sophrony, mais ils ne l'ont pas trouvé vivant. Le Père Tikhon de Simonos Petra était l'un d'eux. 

Chaque fois que les Grecs venaient en Angleterre pour des raisons médicales, ils avaient l'habitude de venir au monastère pour se faire lire une prière par le Père Sophrony, car beaucoup étaient guéris. Ils sont tous liés à de telles choses. Deux d'entre eux, par reconnaissance, ont même construit une église en Grèce, dédiée à saint Silouane. 

Le deuxième ou le troisième jour après la mort du Père Sophrony, une famille est venue avec un enfant de treize ans. Il avait une tumeur au cerveau, et son opération était prévue pour le lendemain. 

Le Père Tikhon, de Simonos Petra, est venu me voir et m'a dit : "Ces gens sont très tristes, ils sont venus et n'ont pas trouvé le Père Sophrony. Pourquoi ne lis-tu pas des prières pour l'enfant ?" Je lui dis : "Allons ensemble. Viens et sois mon lecteur. Nous lirons quelques prières dans l'autre chapelle." Nous sommes allés lire les prières pour l'enfant et, à la fin, le Père Tikhon a dit : "Tu sais, pourquoi ne fais-tu pas passer l'enfant sous le cercueil du Père Sophrony ? Il sera guéri. Nous perdons notre temps à lire des prières." 

Je lui ai dit que je ne pouvais pas le faire, parce que les gens diraient qu'il vient juste de mourir et que nous essayons déjà de promouvoir sa canonisation, Je lui ai dit :"Alors, fais-le ! "Tu es un moine athonite, personne ne peut rien dire." Il prit l'enfant par la main, et le fit passer sous le cercueil. 

Le lendemain, ils opérèrent l'enfant et ne trouvèrent rien. Ils lui refermèrent le crâne et dirent : "Mauvais diagnostic. C'était probablement une inflammation." Il se trouve que l'enfant était accompagné d'un médecin grec, qui avait la plaque radiographique montrant la tumeur, et qui leur a dit : "Nous savons très bien ce que signifie ce « mauvais diagnostic ». 

La semaine suivante, toute la famille de cet enfant, originaire de Thessalonique, vint au monastère pour rendre grâce sur la tombe du Père Sophrony. L'enfant a grandi, il a vingt et un ans maintenant, et il va très bien. 


Version française Claude Lopez-Ginisty 

d’après