"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 28 janvier 2018

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

15/28 janvier
Dimanche du Pharisien et du Publicain
Début du Triode de Carême

Saint Paul de Thèbes, ermite (341) ; saint Jean le Calybite (Vème s.) ; saint Pansophos, martyr à Alexandrie (vers 240-251) ; saints Procore de Ptchina (Serbie, Xème s.) et Gabriel de Lesnovo (XIème s.) ; saint Gérasime, patriarche d’Alexandrie (1714) ; saint hiéromartyr Michel (Samsonov), prêtre (1942).


Saint Paul de Thèbes


Lectures : II Тim. III, 10-15; Lc. XVIII, 10-14.

AU SUJET DU TYPICON ET DU TRIODE DE CARÊME

A

ujourd’hui commence le cycle des fêtes mobiles, le Triode commençant le dimanche du Pharisien et du Publicain et s’achevant avec la Semaine de la Passion. Ce cycle tire son nom d’un livre liturgique, le « Triode », appelé ainsi en raison de certains canons des matines qui s’y trouvent et ne contiennent que trois odes, tandis qu’habituellement celles-ci sont au nombre de neuf. Le ton général du Triode dit « de carême » est celui de la prière unie à la pénitence. Le Triode contient des compositions appartenant à une vingtaine d’hymnographes, dont les plus célèbres remontent aux VIIIème et IXème siècle : André de Crète, Cosmas de Maïouma, Jean Damascène, Joseph, Théodore et Syméon les Studites, l’empereur Léon le Sage, Théophane le Marqué, et d’autres encore. Leurs préceptes, exprimés dans les offices, enseignent aux chrétiens orthodoxes depuis plus de mille ans de quelle manière il convient de passer le temps du Grand Carême. La préparation du Grand Carême commence peu après la Théophanie, parce que Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même,  après Son baptême, s’éloigna dans le désert pour jeûner. Par cette préparation, la sainte Église, agit dans ses offices « comme un général qui, par des paroles opportunes et sages, encourage ses soldats avant le combat » (synaxaire du jour). Pour cette raison, elle montre en ce jour que l’humilité est le commencement et le fondement du repentir : « Par l’élévation (de soi-même) tout bien se vide, par l’humilité tout mal est purifié » (canon des matines). Au cours de la semaine du Publicain et du Pharisien, il est permis de manger toute nourriture, même le mercredi et le vendredi, afin de dénoncer l’orgueil du Pharisien, qui se vantait de jeûner deux fois par semaine.  Selon les paroles du saint hiérarque Athanase de Kovrov (†1962), « les offices et les règles de prières n’ont pas été créés par hasard ou n’importe comment. Tous ces offices, tout ce qui se trouve dans le Typicon [livre contenant les règles de célébration de l’office] et les livres liturgiques, est, pour la plupart, le fruit des labeurs dans la prière des meilleurs enfants de l’Église, les grands saints de Dieu. Ceux-ci consacraient toute leur vie à la prière incessante, brûlaient de l’aspiration pour le monde céleste. Ils « préféraient la rudesse du désert à toutes les douceurs du monde entier » (kondakion de St Gérasime) et, s’éloignant complètement des hommes, devenus habitants du désert, ils « affermirent l’univers par leurs prières » (tropaire de St Antoine le Grand), et, lorsqu’ils « chantaient les saintes prières, ils avaient pour concélébrants les anges » (tropaire de St Spyridon). L’Église a reçu et conservé ces paroles sacrées, dans lesquelles ils épanchaient leur âme devant Dieu. La Sainte Église, guidée par l’Esprit Saint a, dans la richesse de l’expérience de prière de ses meilleurs fils, rassemblée de cette façon, choisi ce qu’il y avait de meilleur, de plus nécessaire, puis l’a systématisé, corrigé ce qui était inachevé, et a ajusté le tout en une unité harmonieuse. C’est ainsi que s’est constitué le Typicon que les anciens écrivains russes appelaient non sans raison « un livre inspiré ».


Tropaire du dimanche du 1er ton
Кмени запеча́тану отъ Iyде́й и во́иномъ стрегу́щымъ пречи́стое Tѣ́ло Tвое́, воскре́слъ ecи́ тридне́вный, Cпа́ce, да́руяй мípoви жи́знь. Ceго́ ра́ди си́лы небе́сныя вопiя́xy Tи, Жизнода́вче : сла́ва Bocкреcéнію Tвоемý Xpисте́ ; сла́ва Ца́рствiю Tвоему́ ; сла́ва cмотре́нiю Tвоему́, еди́не Человѣколю́бче.
La pierre étant scellée par les Juifs et les soldats gardant Ton Corps immaculé, Tu es ressuscité le troisième jour, ô Sauveur, donnant la Vie  au monde ; aussi, les Puissances des cieux Te crièrent : Source de Vie, ô Christ, gloire à Ta Résurrection, gloire à Ton règne, gloire à Ton dessein bienveillant, unique Ami des hommes!


Kondakion du dimanche du pharisien et du publicain, ton 4
Фариcé́eва убѣжи́мъ высоко-глаго́ланія, и мытарéвѣ научи́мся высотѣ́ глаго́лъ смирéнныxъ, покая́нieмъ взыва́юще: Cпа́ce мípa, oчи́сти рабы́ Tвоя́.
Fuyons la jactance du pharisien et apprenons du publicain la sublimité d’un langage humble, criant dans le repentir : « Sauveur du monde, purifie Tes serviteurs ».

COMMENTAIRES DE ST JEAN CHRYSOSTOME SUR L’ÉPÎTRE DE CE JOUR
« Quelles persécutions j'ai endurées, et comment le Seigneur m'a tiré de toutes ». Voilà deux grands motifs d'encouragement. J'ai montré une généreuse ardeur, dit saint Paul, et Dieu de son côté ne m'a pas abandonné; ma couronne a été d'autant plus glorieuse que j'avais plus souffert. Voilà ce qu'il veut dire par ces mots : «Quelles persécutions j'ai endurées, et comment le Seigneur m'a tiré de toutes ». «Ainsi tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ seront persécutés ». Pourquoi parler de moi en particulier? dit-il, est-ce que tout homme qui voudra vivre dans la piété ne sera pas persécuté? Par persécutions il entend ici les peines et les tribulations de la vie. On ne peut point marcher par le chemin de la vertu et être exempt de chagrin, d'affliction, de douleur, d'épreuves de toutes sortes. Comment en serait-il autrement puisque c'est marcher dans la voie étroite et resserrée , puisqu'il a été dit : « Vous aurez des tribulations dans ce monde? » (Jean, XVI, 33.) Si de son temps Job a pu dire : « La vie de l'homme sur la terre n'est qu'une épreuve continuelle » (Job, VII, 1), combien cela: est-il plus vrai encore aujourd'hui ? « Mais les hommes méchants et les imposteurs avanceront de plus en plus dans le mal, égarant les autres, et s'égarant eux« mêmes ». Si les méchants sont dans la joie et vous dans les épreuves, ne vous en troublez pas : la nature des choses le veut ainsi. Mon histoire vous apprendra que l'homme qui fait la guerre aux méchants ne peut pas ne pas être dans la tribulation. L'athlète ne peut vivre dans les délices ; le lutteur ne saurait se livrer à la bonne chère. Est-ce qu'un soldat connaît le repos et les délices? La vie présente est un combat,une guerre, une tribulation perpétuelle, une angoisse sans fin, une épreuve, c'est un stade où les luttes sont incessantes. Le temps du repos viendra plus tard, le temps présent est celui des travaux et des fatigues. Est-ce que l'athlète qui est déjà entré dans la lice, qui a déposé ses vêtements et qui s'est frotté d'huile demande à se reposer? Si vous voulez vous reposer, pourquoi êtes-vous entré dans la lice? Il ne vous reste plus qu'à lutter…
OUVRE-NOUS LES PORTES DE LA PÉNITENCE, DONATEUR DE VIE !
Le premier dimanche du Triode, à savoir celui du Pharisien et du Publicain, a été appelé « annonciateur » des combats spirituels, car il est comme une trompette qui nous annonce la préparation du combat contre les démons lors du carême qui vient.
Le premier signal de cette préparation au combat est constitué par les trois stichères qui sont chantés immédiatement après l’Évangile des Matines : « Ouvre-moi les portes de la pénitence, Donateur de vie… », « Conduis-moi sur les chemins du salut… » et « Me souvenant de la multitude de mes mauvaises actions… ». Ces stichères nous emplissent de componction et bouleversent nos cœurs. À leur lumière, nous voyons notre âme et notre corps souillés par les nombreuses actions mauvaises que nous avons accomplies. Nous voyons encore notre vie passée, gaspillée dans l’oisiveté, alors que le Jugement redoutable approchera soudain. Que ferons-nous ? Une profonde affliction et la crainte nous saisissent et jettent de l’ombre sur notre âme. Mais à ce moment, se manifeste un rayon d’espoir : la miséricorde infinie du Seigneur, la prière pleine de force de la Mère de Dieu et l’œuvre de notre purification et de notre renouveau par la pénitence, dont s’ouvre maintenant la porte. L’espoir nous renforce et nous donne la hardiesse de crier, le cœur brisé, avec le prophète David : « Aie pitié de moi, ô Dieu, selon Ta grande miséricorde… » Ces trois stichères que nous avons mentionnés, nous parlent de la pénitence et nous enseignent toujours à l’accomplir en faisant un retour sur nous-mêmes et en réfléchissant à notre vie dans le péché ; en gardant à l’esprit la crainte du Jugement redoutable ; dans l’espoir et la confiance en la miséricorde Divine. Les sentiments de crainte et d’espoir qu’éveillent en nous ces stichères, doivent nous accompagner constamment durant le Grand Carême. C’est pourquoi nous les entendrons aux matines dès maintenant, chaque dimanche de Carême, jusqu’au cinquième.
Le deuxième signal de préparation au Carême nous est donné dans l’exemple évangélique du Pharisien et du Publicain (Lc XVIII, 10-14) qui, avec les lectures et les chants des Vêpres et des Matines nous invite à cette réflexion : « Frères, ne prions pas à la manière du Pharisien, car celui qui s’élève sera humilié. Humilions-nous devant Dieu à la manière du Publicain, au moyen du jeûne, en criant : ô Dieu, aie pitié de nous pécheurs » (Stichère du Lucernaire). « Le Pharisien vaincu par la vanité… fut privé de Tes biens et l’autre, n’osant parler, fut rendu digne de Tes dons » (idem).
Comme nous l’explique le Synaxaire du dimanche[1],  la parabole nous présente deux états de l’âme : celui du Publicain, auquel nous devons aspirer, et celui du Pharisien, dont nous devons nous tenir éloigner et fuir. Car l’humilité et la pénitence du Publicain se sont avérées décisives dans le combat contre les démons, tandis que l’orgueil et la jactance du Pharisien ont constitué le commencement et la source de tout péché. En effet, c’est l’orgueil qui a causé la chute du diable et c’est le même péché qui a fait expulser Adam du paradis, tandis que la guérison du monde est venue avec l’humilité, celle du Fils de Dieu, qui a pris la forme du serviteur et a subi la mort honteuse sur la Croix. C’est un exemple vivant que nous donne la parabole. Le Pharisien était un homme juste, tandis que le Publicain était un pécheur. Celui-ci, cependant, revint chez lui justifié. En reconnaissant son état de pécheur, il acquit la justice rapidement et sans peine. Non seulement cela, mais tous ceux qui se sont humiliés ont été justifiés, comme le dit le doxasticon des Vêpres du dimanche : « Seigneur Tout-Puissant, je sais ce que peuvent les larmes : elles relevèrent Ezéchias des portes de la mort ; elles délivrèrent la pécheresse de ses fautes accomplies durant de nombreuses années ; et elles justifièrent le Publicain bien plus que le Pharisien ». Ainsi, l’humilité purifie rapidement et soulage du fardeau du péché, comme le dit le Christ Lui-même : « Quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé » (Lc XVIII, 14). Lorsqu’il s’humilie, l’homme se purifie du péché et commence à acquérir la Grâce Divine, qui le recouvre et empêche le péché de l’assiéger. Pour cette raison, l’Apôtre Pierre dit que « Dieu donne la grâce aux humbles » (I Pierre V, 5). L’humilité devient le liturge de la grâce dans l’homme, tandis que l’œuvre de la grâce mène à l’acquisition de toutes les vertus. De même que l’orgueil est la source de tout mal, l’humilité est la source de toutes les vertus.
Père Petronios (+2011) du Mont Athos


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[1] Le Synaxaire est l’explication de l’événement commémoré ou la vie du saint du jour, placée après l’ikos dans le canon des Matines. Bien que faisant partie de l’office liturgique, il n’est pas lu à l’église.


Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (7)


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Pose de la première pierre du monastère Sainte-Parascève à Zagreb en 1938.

Le combat du concordat
En Yougoslavie même, alors que l’État était en proie aux tensions dues au séparatisme croate, tout en subissant des pressions de l’Axe et notamment de l’Italie, une épreuve de force majeure allait opposer le Gouvernement yougoslave à l’Église orthodoxe. Afin d’apaiser les tensions intestines et les pressions extérieures, le Premier ministre Stojadinović avait conclu un concordat avec le Vatican. Ayant perdu sa position d’interlocuteur privilégié de l’État dans le domaine religieux, l’Église orthodoxe se voyait reléguée par ce concordat en deuxième position, derrière l’Église catholique-romaine en Yougoslavie. L’opposition vigoureuse de l’Église orthodoxe serbe au concordat se solda par la « procession sanglante », comme on avait désigné une manifestation du clergé que la police réprima durement dans les rues de Belgrade en 1937. Lors de cette crise, selon les paroles du patriarche Gabriel[1], « le travail du patriarche Barnabé, malade, était accompli par son remplaçant, à savoir le métropolite Dosithée, comme le prévoyaient les statuts de l’Église orthodoxe serbe. On doit lui attribuer la plus grande reconnaissance dans ce difficile combat [du concordat]. Il a mené toute la campagne du concordat avec habileté, autorité et correction, préservant les intérêts de l’Église orthodoxe serbe comme nul autre. Contre lui ont été rédigés différents pamphlets par les partisans du gouvernement royal [qui soutenaient le concordat], ce qui ne l’a pas empêché de conduire courageusement la lutte contre le concordat, comme il pouvait le concevoir au mieux. Il ne se laissa pas tromper, ni permettre d’être dévié de la voie des intérêts de l’Église serbe et de sa lutte. En l’absence du patriarche Barnabé malade, il a servi l’Église serbe jusqu’à la fin… Il a porté un immense fardeau sur ses épaules, ce n’était pas facile de le faire… ». Après une âpre lutte, le gouvernement renonça à son projet, en voyant qu’il était impossible de faire passer une loi contre l’avis du peuple et de l’Église. C’est alors que le métropolite Dosithée mena des négociations couronnées de succès avec le ministre de la justice Stojadinović. En effet, un accord fut obtenu, visant à la réconciliation de l’Église et de l’État.

En juillet 1937, le patriarche Barnabé mourut. C’est alors que le métropolite Dosithée proposa au métropolite Gabriel (Dožić) du Monténégro de présenter sa candidature au poste de patriarche. Le métropolite Gabriel écrivit dans ses mémoires : « Je lui ai demandé pourquoi il n’acceptait pas d’être candidat et me le proposait. Il me répondit : « Je suis trop épuisé par le travail lié à la lutte contre le concordat. Mes nerfs sont exténués. Mon état de santé ne me permet pas de le faire ».
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Version française Bernard Le Caro


[1] Mgr Gabriel (Dožić), fut patriarche de l'Église orthodoxe serbe de 1938 à 1950.



samedi 27 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (6)


Missionnaire aux Indes
Le fait est peu connu que le métropolite Dosithée s’est rendu aux Indes, où l’Église malankare (monophysite) souhaitait alors se joindre à l’Église orthodoxe. Le métropolite Dosithée séjourna dans ce pays, à la mission de l’Église orthodoxe russe, au cours de l’hiver 1936-1937. Le métropolite fit le tour de tout le littoral malabar et y prêcha. De 1931 à 1941 vivait aux Indes un missionnaire russe, le père Andronique Elipidinsky. Dans ses mémoires, celui-ci évoque la participation de l’Église serbe à la mission orthodoxe aux Indes et ce fut lui qui accueillit le métropolite Dosithée et l’accompagna lors de ses déplacements. Le père Andronique avait été envoyé aux Indes par le métropolite Euloge de Paris, qui avait demandé au métropolite Dosithée de l’élever au grade d’archimandrite. Le père Andronique écrivit : « J’ai accompagné le métropolite Dosithée à Bombay. Il m’a laissé une grande somme grâce à laquelle j’ai vécu et continué mon œuvre. Depuis la Serbie, le métropolite Dosithée avec l’évêque Nicolas d’Ohrid, m’ont envoyé encore deux fois de grandes sommes avant la seconde guerre mondiale ». En 1937, le catholicos de l’Église malankare, accompagné par l’archimandrite, s’était rendu en Angleterre pour une conférence à Edinburgh. À l’invitation du métropolite Dosithée, il était passé par la Serbie sur le chemin du retour, à la fin septembre 1937. Le 21 septembre, il fut accueilli à la gare de Belgrade par le métropolite Dosithée, l’évêque de Ras et Prizren Séraphim et le métropolite Anastase, primat de l’Église orthodoxe russe hors-frontières. La visite du catholicos, selon le communiqué officiel, publié dans le journal des émigrés russes de Belgrade « Tsarski Vestnik » du 23.9.1937 avait pour but de se « familiariser avec l’enseignement, la pratique ecclésiale et le mode de vie de l’Église orthodoxe ». Le jour suivant eut un long entretien avec l’évêque d’Ohrid Nicolas, puis avec le métropolite Anastase avec lequel le catholicos avait tissé des liens d’amitiés depuis leur séjour commun en Terre Sainte. En 1938, l’archevêque Nestor de Kamtchatka fut invité aux Indes par le catholicos, et il exposa à ces chrétiens les canons des Conciles œcuméniques, particulièrement ceux des quatre derniers. Sur cette base fut décidée la réunion de ces chrétiens avec l’Église orthodoxe russe. Dans les années 1937-1939, le chef de la mission ecclésiastique à Ceylan était l’archimandrite Nathanaël (Lvov), qui se rendit plusieurs fois auprès de l’archevêque Nestor aux Indes. L’acte de retour à l’Orthodoxie des chrétiens des Indes devait être officialisé en 1939, tandis que l’archimandrite Andronique devait être sacré évêque pour cette Église. Cependant, la guerre entre le Japon et l’Inde interrompirent les relations entre les deux Églises, et le lien fut ainsi perdu.

Version française Bernard Le Caro

vendredi 26 janvier 2018

Père Théodore ZISIS: "NOUS N'APPELONS PAS A UN SCHISME"

Père Théodore Zisis

Thessalonique, le 15 janvier 2018

Père Théodore Zisis, prêtre de l'Église orthodoxe grecque du diocèse de Thessalonique qui a été attaqué en mars lorsqu'il a annoncé qu'il cessait de commémorer sa Hiérarchie, le métropolite Anthimos de Thessalonique, pour son soutien au Conseil crétois de 2016, qui a été qualifié d'œcuménique par les hiérarques, le clergé et les moines de tout le monde orthodoxe, a fait une déclaration précisant que lui et d'autres qui ont pris la même mesure, n'ont pas l'intention d'entrer en schisme, ou de créer un schisme dans le Corps du Christ, rapporte Hodigitria.

"Pour réfuter les calomnies malveillantes répandues contre nous, et pour calmer ceux qui veulent entendre notre explication officielle, nous déclarons que nous savons à quel point le schisme est horriblement néfaste, lui qui n'est même pas pas effacé par le sang du martyr." a  fermement affirmé Père Theodore.

Cependant, poursuit le Père Théodore, un mal encore plus grand du point de vue ecclésiologique, est l'hérésie qui prive l'homme de salut.

"En cessant la commémoration des évêques hérétiques, nous nous protégeons nous-mêmes et les fidèles de la pan-hérésie de l'œcuménisme, et nous ne créons pas de schisme, et ne nous soumettons pas à une autre juridiction ecclésiastique non canonique, et ne commémorons pas les autres évêques. A déclaré Père  Théodore. Il a reçu l'ordre de ne pas servir et a été dépouillé de son titre honorifique d'archiprêtre, mais il reste prêtre du diocèse de Thessalonique.

Comme le Père Théodore l'a souvent expliqué, sa décision de cesser la commémoration était basée sur le canon 15 du Premier et du Deuxième concile tenu à Constantinople en 861, présidé par saint Photios le Grand. Ce canon stipule que si un évêque prêche clairement une hérésie précédemment condamnée par un concile ou par les saints Pères, alors les prêtres sont autorisés à cesser de le commémorer à la Liturgie, et ils ne doivent encourir aucune pénalité canonique.

Le canon dit en partie:

Mais pour ces personnes, en revanche, qui, à cause de quelque hérésie condamnée par de saints conciles ou les Pères, se retirent de la communion avec leur hiérarque, qui prêche publiquement l'hérésie et l'enseigne tête nue à l'église, ces personnes non seulement ne sont passibles d'aucune peine canonique parce qu'elles se sont abstenues de toute communion avec celui qui a été appelé évêque avant qu'un verdict conciliaire ou synodal ait été rendu, mais, au contraire, elles seront jugés dignes de jouir de l'honneur qui leur revient parmi les chrétiens orthodoxes. Car elles ont défié, non pas des évêques, mais des pseudo-évêques et des pseudo-enseignants; et elles n'ont pas scindé l'union de l'Église par un schisme quelconque, mais, au contraire, elles ont été attentives à sauver l'Église des schismes et des divisions.

(Pour une explication plus complète, [en anglais] voir le  Discours de Père Théodore "Défense et déclaration de cessation de commémoration de l'évêque à cause de l'enseignement de l'hérésie".)

"Nous avons fait notre devoir, ainsi notre conscience est claire; dans notre décision, nous avons suivi le chemin fidèle tracé par les saints apôtres et les saints Pères. Nous nous sommes battus et continuons à lutter contre l'hérésie comme eux. Nous reviendrons sur la commémoration de nos évêques lorsqu'ils condamneront publiquement la grande hérésie de l'œcuménisme et proclameront que le «Concile» de Crète est un concile de voleurs. Telle est notre position, et nous ne dévierons pas ni à droite, ni à gauche" a poursuivi Père Théodore, expliquant son désir de soutenir la pureté de la foi orthodoxe tout en restant "retiré" pour le moment, mais sans entrer dans aucune sorte de schisme.

Citant saint Théodore le Studite, Père Théodore finit par dire: "nous ne sommes pas des renégats de l'Église de Dieu; que cela n'arrive jamais avec nous! Bien que nous soyons coupables de nombreux péchés, nous sommes d'un même corps et nourris par les dogmes divins, et nous essayons d'observer ses règles et décrets »(Epître à Moine Basile 1.76).


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (5)



Métropolite à Zagreb
En 1931, l’Église orthodoxe serbe décida de créer un diocèse à Zagreb. L’évêque Dosithée fut élu unanimement métropolite du nouveau diocèse. Le 9 avril 1933, il fut intronisé, et se trouva à la tête de la vie de l’Église orthodoxe en Croatie et en Slovénie. Alors que le patriarche Barnabé (Rosić) était malade, il dirigea l’Église serbe en tant que membre le plus ancien du Saint-Synode.

À Zagreb, où les Serbes orthodoxes étaient minoritaires, l’évêque dut rapidement faire face aux manifestations d’intolérance nationale et religieuse. Voici ce qu’écrivit Alexis Gerovsky, que nous avons déjà mentionné : « La nomination de l’évêque Dosithée à Zagreb a provoqué chez les catholiques-romains un grand mécontentement. Le nom de l’évêque Dosithée se trouvait déjà sur la liste noire chez eux pour « avoir, par sa propagande, amené les carpatho-russes à l’Orthodoxie » comme on peut le lire dans l’Encyclopédie éditée par le cardinal Spellman[1] à New York. Lorsque, quelques années avant la seconde guerre mondiale, l’évêque Dosithée m’a dit qu’il était nommé métropolite de Zagreb, je le suppliai de ne pas accepter la nomination, du fait qu’il n’y avait jamais vécu et qu’il ne connaissait pas le fanatisme religieux des Croates de Zagreb. Entre autres, j’attirai son attention sur Stepinac[2], qui s’était déjà fait connaître par son intolérance religieuse et je le prévins qu’il ferait face là-bas à de nombreux désagréments. « Stepinac, qui a été éduqué pendant sept ans au séminaire jésuite de Rome » ai-je dit à l’évêque, « se sentira offensé, que dans sa capitale siège un métropolite orthodoxe ». Je lui conseillai de convaincre les membres du Synode d’envoyer à Zagreb un évêque parmi ceux qui sont nés avant la Première guerre mondiale en Austro-Hongrie et qui y ait été éduqué. Une telle personne serait familière d’individus du genre de Stepinac. Mais l’évêque me dit que son devoir était d’obéir à la volonté du patriarche, et il partit à Zagreb. Quelques mois plus tard, alors que je le rencontrai à Belgrade, il me dit que j’avais raison. On l’insultait souvent dans la rue. Parfois, la nuit, on cassait les vitres de ses fenêtres. Des pierres étaient même tombées dans sa chambre à coucher. J’ai demandé à l’évêque s’il s’était adressé à la police. Il répondit que comme évêque, il ne convenait pas qu’il appelât la police. Et lorsque je lui dit, que dans ce cas ses ennemis penseraient qu’il avait peur d’eux, et que cela leur donnerait encore plus d’ardeur, l’évêque répondit : « Non, ils savent que je n’ai pas peur d’eux. Lorsqu’ils se moquent de moi et crachent sur moi, j’élève simplement mes mains et je les bénis avec le signe de Croix ».

À Zagreb aussi, l’évêque déploya une grande activité. En outre, il y fonda le couvent féminin Sainte-Parascève en 1938.
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[1] Francis Joseph Spellman (1889 - 1967) est un prélat américain, archevêque de New York et cardinal de l'Église catholique romaine.
[2] Alojzije Stepinac (1898 -1960) archevêque de Zagreb de 1937 à 1960 et cardinal à partir de 1952. Il joua un grand rôle dans les persécutions des Serbes orthodoxes et leur conversion forcée au catholicisme-romain. Il fut déclaré martyr et béatifié par le pape Jean-Paul II en 1998. Voir à son sujet « Le génocide occulté » par Marco Rivelli, Lausanne 1998.

Version française Bernard Le Caro

SOLIDARITE KOSOVO

Serbie : Arnaud Gouillon décoré par le patriarche de l’Eglise orthodoxe serbe

Le Directeur et fondateur de Solidarité Kosovo, Arnaud Gouillon, vient d’être distingué par le patriarche Irénée qui l’a décoré du premier degré de l’ordre de saint Sava. Cette distinction, la plus haute de l’Eglise orthodoxe serbe, lui a été remise à Belgrade, mardi dernier, sur proposition de l’évêque du Kosovo-Métochie, Mgr Théodose avec lequel il œuvre depuis 2004 dans les enclaves chrétiennes de la province. 
Arnaud Gouillon et Ivana Gajic entourés du Patriarche de Serbie Irénée et de Monseigneur Théodose


«Arnaud, un héro des temps modernes »
C'est la résidence du patriarche qui a abrité la cérémonie solennelle à laquelle une présence record de journalistes a été enregistrée. Et pour cause, la remise de la croix de l’ordre de saint Sava au premier degré représente un évènement rare en Serbie. Les précédents élus à ce rang n’étaient autre que le sportif, Novak Djokovic et le réalisateur serbe aux deux oscars, Emir Kusturica. 

« Arnaud est un héros des temps modernes. Parce que les mots sont faibles, cette décoration honorifique est le témoin symbolique de notre reconnaissance » a déclaré le patriarche Irénée en guise d’introduction avant de souligner « le parcours humanitaire exceptionnel au service des Serbes du Kosovo-Métochie accomplit à travers l’œuvre de Solidarité Kosovo ».
L'ordre de Saint Sava au premier degré est la plus haute distinction de l'Église orthodoxe serbe
Les soutiens de l’association chaleureusement salués

Dans son allocution, Arnaud Gouillon a salué chaleureusement les douze mille donateurs que compte Solidarité Kosovo et qui par leur générosité et leur fidèle soutien ont permis de réaliser plus d’une centaine de projets humanitaires significatifs depuis 2004 afin d’améliorer d’une manière notable la vie des familles dans les enclaves chrétiennes du Kosovo-Métochie.  

Au terme de la cérémonie, le récipiendaire a reçu de nombreux messages d’encouragement et de remerciements à l’attention des donateurs de l’association de la part des évêques serbes réunis en synode à cette occasion.

Axios !


Le Patriarche Irénée trinque avec Arnaud Gouillon

L'équipe de "Solidarité Kosovo"

PS : les personnes souhaitant nous aider peuvent contribuer au développement de nos activités en nous faisant un don. Par chèque à l’ordre de « Solidarité Kosovo », BP 1777, 38220 Vizille ou par Internet en cliquant sur paypal :
http://www.solidarite-kosovo.org/fr/dons-en-ligne


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PS2 : « Solidarité Kosovo » étant reconnu d’intérêt général, chaque don ouvre droit à une déduction fiscale à hauteur de 66% du montant du don. A titre d'exemple, un don de 100 € vous permet de déduire 66 € sur la somme de vos impôts à payer. Ainsi votre don ne vous coûte en réalité que 34 €.
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