"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

samedi 5 novembre 2011

Un chemin vers saint Silouane (XII)







L’humilité précède la gloire.
Proverbes ( 18, 12)

La clef unique de l’ouverture de la mémoire divine est l’humilité. Les vaines pensées de gloire, de contentement de soi, l’illusion spirituelle de la correction ou de l'exactitude, l’égarement de se croire juste, seront autant d’obstacles infranchissables à la venue du Saint-Esprit. 
La prière est un besoin essentiel, mais aussi un moyen pour atteindre l’humilité : devant Dieu, l’homme reconnaît sa faiblesse et par cet aveu d’impuissance, reçoit en retour l’Amour du Créateur. Mais c’est l’amour qui est la source de l’Amour, et c’est en lui que tout se meut dans notre foi chrétienne. "L’âme qui aime le Seigneur ne peut pas ne pas prier, car elle est attirée par Lui par la grâce qu’elle a connue dans la prière" (A. Sophrony, op. cit., p. 276 ).
Cette grâce, l’Esprit Saint la donne à ceux qui prient aussi pour les ennemis et qui les aiment. Le staretz Silouane affirme péremptoirement que celui qui n’aime pas ses ennemis "ne connaîtra pas le Seigneur".
Nous sommes faibles, et notre esprit de jugement nous fait quelquefois considérer nos propres frères comme nos ennemis, que dire alors de ceux qui nous font du mal ? Nous aimerions que le message christique ait été tout autre pour eux ! Qu’ils soient avec notre approbation satisfaite réprimandés selon nos critères de justice humaine. Nous oublions que sur la Croix le Bon Larron a été pardonné par le Seigneur. Nous oublions son injonction d’aimer ceux qui nous haïssent. Alors que faire ? Demandons à Dieu de venir Lui-même prier en nous pour eux. Supplions-Le de ne pas nous abandonner et de venir en nous étendre Sa miséricorde à ceux que nous considérons comme ennemis. Qu’Il fasse que Sa prière en nous, par la grâce de Son Fils Unique perce progressivement la dure pierre de notre cœur pour que l’amour s’y installe véritablement. Qu’Il vienne en aide à notre peu de foi et à notre médiocrité. Reconnaissons notre malignité et demandons-Lui de nous en guérir à jamais. Ayons l’humilité de reconnaître notre impuissance à accomplir ce commandement essentiel sans Sa grâce et Son amour ineffables. Comment peut-on aimer sans prier ? (cf Archimandrite Sophrony, op. cit., p. 276) Comment peut-on prier sans l’Amour absolu qui étaie notre prière et Qui en est le but ultime ?

© Claude Lopez-Ginisty
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Une première version de ce texte 
a été publiée
aux 
Editions du Désert 
en 2003 
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L'Ermitage du cœur (316)


Ne crois pas
Que ton indolence spirituelle
Puisse être l'abandon
A la Providence du Christ

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

Valaam 1

vendredi 4 novembre 2011

Un chemin vers saint Silouane (XI)



"Voici donc comment vous devez prier: Notre Père…
Evangiles selon saint Matthieu et saint Luc

La prière du Notre Père, seule et unique prière que nous ait enseignée le Christ, le staretz béni l’accomplit dans sa vie et la manifesta parfaitement dans ses enseignements.

Notre Père qui es aux Cieux…
Reconnaître qu’Il est notre Père, c’est admettre ce lien unique que nous avons avec Lui, et comme le prodigue de la parabole du Christ, retourner — ne serait-ce qu’au moment de la prière — vers notre demeure véritable, celle qui sera nôtre pour l’éternité (Dieu voulant) : les Cieux. La lamentation d’Adam de saint Silouane est ce cri vers le Père… Un ascète qui reconnut la sainteté du staretz après sa mort, était du vivant de celui-ci troublé par la hardiesse qui le faisait parler de dieu comme de son propre Père.

Que Ton Nom soit sanctifié…
Est-il possible de sanctifier plus complètement le Nom qu’en L’ayant toujours sur les lèvres, dans l’intellect et dans le cœur ? Par la prière de Jésus, le staretz nous apprend à toujours respirer en Dieu et à garder Sa mémoire sans cesse comme une respiration essentielle à notre vie.

Que Ton règne vienne…
"Vous goûterez, dès cette terre, la béatitude du Paradis" a dit le staretz Silouane.

Que Ta volonté soit faite…
Sa volonté, nous le savons par le staretz et par sa vie exemplaire à la Sainte Montagne, c’est de ne jamais désespérer, de se garder par la prière dans l’acceptation de Sa volonté sainte.

Comme au Ciel sur la terre…
Le texte grec ou slavon parle d’abord du Ciel, et cela rétablit la priorité exacte de notre attente, la demande que s’accomplisse aujourd’hui dans ce monde ce qui existe de toute éternité dans le Royaume de Dieu. Nous savons que le staretz, par son enseignement et sa vie, a manifesté d’une manière tangible cette présence du Ciel sur la terre des vivants.

Donne-nous aujourd’hui notre pain substantiel…
Ce pain supra-essentiel ou substantiel, est Celui du Corps reçu avec le précieux Sang Divin lors de la Communion aux très purs Mystères du Christ. C’est la grâce que le staretz recherchait dans l’union avec Dieu, dans les purs Mystères du Corps et du Sang du Christ, union tangible et accessible dans l’Eglise, mais c’est aussi la prière pure à Son Saint Nom, et l’accomplissement de Ses commandements.

Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs…
Remets-nous nos dettes envers Toi, ou bien pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. L’amour du prochain, l’amour de tous les hommes et surtout lorsqu’il s’agit de l’amour des ennemis, entreprend une bienheureuse collaboration avec la grâce. Si je prie cette parole, et que véritablement j’aime mes ennemis, alors c’est Dieu Lui-même qui prie en moi, et je suis devenu théophore en vérité. N’est-ce pas l’enseignement primordial rappelé par le staretz à notre temps ?

Et ne nous soumets pas à l’épreuve…
Combien douloureuse fut cette perte, ou plutôt cette sensation de perte de la grâce chez le staretz, cette douleur de l’absence du Bien-Aimé. Cette épreuve, la plus grande, peut devenir tentation par découragement, tentation d’abandonner la lutte spirituelle. Cependant, la parole du Sauveur à saint Silouane est là pour rassurer : "Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas !". Dieu est aussi avec nous dans l’épreuve et, dans la tentation, Il ne nous abandonne pas, c’est nous qui nous éloignons de Lui. Il attend sans cesse. Il est à nos côtés, même si nous ne Le voyons pas.

Mais délivre-nous du Malin…
Il est fréquent, de nos jours, de faire de ce Malin, le simple mal, principe abstrait dans lequel on peut ranger tout ce que notre imagination fertile veut bien concevoir, ou ce que notre souci de ne pas paraître rétrograde aux yeux des théologiens modernes consent à imaginer. Cependant, l’expérience même du staretz nous montre la réalité objective du Prince de ce monde, et le besoin que nous avons que notre Père céleste nous en délivre véritablement.
Il n’est pas anodin que cette prière soit la seule que nous ait enseigné le Seigneur.

© Claude Lopez-Ginisty
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Une première version de ce texte 
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L'Ermitage du cœur (315)


Lorsque ton ego disparaîtra
Comme une brume au soleil
Tu seras à la porte
Du Royaume des Cieux

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

Père Païssios de bienheureuse mémoire

Staretz Silouane ( video en russe)

jeudi 3 novembre 2011

Un chemin vers saint Silouane (X)


Celui qui habite sans cesse son propre cœur est étranger à tous les plaisirs de cette vie. Il marche dans l’Esprit, et dès lors, ne sait rien des convoitises de la chair. Toutes les ruses du démon ne peuvent rien contre lui, car il est protégé par les vertus qui se tiennent comme des sentinelles à la porte de la cité de pureté.
Saint Diadoque de Photicé

C’est parfois l’impuissance devant l’immensité de l’ascèse à accomplir pour changer, qui nous effraie comme si nous ignorions qu’après le premier pas, le second est plus facile. C’est aussi le regard en arrière sur la vie facile du monde qui nous retient, la peur de l’effort à faire, et la nostalgie de l’inconscience agréable où nous vivions avant l’exigence de la foi, qui nous paralysent.
Les apôtres vaquent à leurs tâches quotidiennes et humbles. Le Seigneur passe. Il les appelle. Ils Le suivent parce qu’irrésistiblement, ils savent que le chemin terrestre sur lequel ils vont suivre les pas de l’Homme-Dieu, ce chemin poussiéreux de Terre Sainte va les conduire au Ciel.
Lorsque saint Silouane, simple paysan, qui a vécu la même indifférence que nous, entend l’appel de Dieu, il ne regarde pas en arrière, il Le suit, mais ce qui le rend proche de nous, c’est son humble crainte : celle de changer d’avis. Lorsqu’il part à la Sainte Montagne, il a mis suffisamment de distance entre le monde et lui pour ne plus suivre que le Maître. Le Christ vécut parmi les apôtres, et lorsqu’ils l’eurent pleinement reconnu comme tel et que leurs yeux dessillés eurent saisi que Dieu était parmi eux, ils comprirent avec stupeur et émerveillement que cet Homme témoignait de cette possibilité qu’auraient les hommes comme eux ( et comme nous aujourd’hui) d’être, dès ici-bas, en transit vers l’Ineffable. Quand Il leur dit que le Royaume est au-dedans d’eux, Il leur montre la borne qui marque en eux — comme en nous — la frontière avec le monde à venir. Car c’est le cœur qui relie subtilement l’âme à l’autre rive. Il est par la prière l’ouverture subtile sur l’Eden retrouvé.
A l’imitation de Saint Silouane, nous nous engagerons donc fermement dans une prière fervente. Nous savons que ce contact avec le Divin, s’il était vraiment permanent, nourri par l’Ecriture Sainte et la connaissance des Pères qui ont parcouru en vainqueur ce chemin, ferait descendre parmi nous le Royaume.
Saint Paul a recommandé à tous les chrétiens sans exception de "[prier] sans cesse" (1 Thes 5, 17). Selon saint Basile et saint Jean Chrysostome, cette prière constante est mieux accomplie lorsque l’on s’adonne à la prière du cœur qui peut être faite en tous temps, partout, et pendant l’accomplissement de toutes sortes d’activités. Saint Paul a demandé à Thimotée de se souvenir de Jésus-Christ : " Souviens-toi de Jésus-Christ ressuscité des morts." ( 2 Thimothée 2,2). Saint Grégoire le Théologien a dit : "Il est plus important de se souvenir de Dieu que de respirer." Un autre Père a ajouté que Dieu demande que nous nous souvenions toujours de Lui parce qu’Il nous donne tout : notre existence et notre souffle.
Que Jésus soit la préoccupation de votre langue ; que Jésus soit la forme et l’idée honorable de votre intellect ; que Jésus soit votre respiration et que vous ne vous lassiez jamais d’appeler Jésus. D’une telle perpétuelle et douce mémoire de Jésus, ces grandes vertus théologales que sont la Foi, l’Espérance et l’Amour, croîtront et parviendront à maturité pour devenir de grands arbres dans votre cœur. Sachez que quand un amant est éloigné de sa bien aimée, il n’est nulle autre consolation pour lui que de se souvenir constamment de son nom. […] Ainsi, l’âme qui aime Jésus, mais qui ne peut ni le voir, ni jouir de Sa présence, ne peut être consolée autrement que par le souvenir constant de Son saint Nom, l’appelant toujours avec amour, larmes et douleur du cœur. […] C’est ce que Saint Isaac nous dit : "Quand l’âme s’émeut au souvenir de Dieu, le cœur s’émeut directement par l’amour et les yeux se remplissent de larmes. Il est habituel à l’âme de verser des larmes quand elle se souvient de la personne bien aimée.
En nous souvenant de Jésus et en disant la prière de Jésus, nous cultivons en notre cœur l’amour pour Jésus et pour Ses commandements. Qu’y a-t- il de plus béni, de plus heureux, de plus doux, que de contempler toujours le très glorieux, très plaisant et très aimé Nom de Jésus-Christ, par Lequel tout homme qui demande quoi que ce soit au Père, le reçoit sans faillir ? "Tout ce que vous demanderez au Père en mon Nom, Il vous le donnera." (Jean 15, 16) Et encore : "Quoi que vous demandiez en mon Nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils." ( Jean 14. 13)
Quelle autre pensée ou mémoire est plus divine et pleine de grâce que la pensée et la mémoire du Nom salutaire, divin et redoutable de Jésus-Christ, Fils de Dieu ? Saint Paul l’a dit : "C’est pourquoi Dieu L’a élevé et Lui a donné un Nom qui est au-dessus de tous les autres noms ; afin qu’au Nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur terre et aux enfers; et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est Seigneur dans la gloire de Dieu le Père." ( I Philippiens 2, 9-11).
Je vous ai dit ces choses à cause de grand amour que j’ai pour votre salut. Toutes ces choses, comme un perroquet, je les ai apprises des livres sacrés des Pères inspirés de Dieu, et je les ai entendues de la voix vivante de certains Pères spirituels qui avaient en partie l’expérience de ces choses là." ( Saint Nicodème l’Aghiorite in Nicodemus of the Holy Mountain, a Handbook of Spiritual Counsel, Paulist Press, New York, USA, pp. 168-170)

La prière est mémoire constante de Dieu, contact vivifiant avec l’Amour ineffable et immarcescible du Christ, rencontre avec le Saint-Esprit Donateur de Vie, garde du péché et humilité. Il faut s’arracher au monde qui nous entoure pour entrer dans la prière. "Dieu donne la prière à celui qui prie", disent nos Pères dans la foi. Si notre prière n’est pas violent arrachement au monde pour s’emparer avec violence du Royaume, si elle est accomplie par simple habitude, sans humilité, elle ne montera pas vers les Cieux. La prière doit devenir comme un besoin irrésistible afin que notre âme connaisse véritablement le Seigneur. La douceur de la prière ne viendra pas de paroles mécaniques répétées sans réelle conviction, mais elle naîtra de l’irrésistible besoin impérieux de rentrer dans la Présence, d’avoir cette audace incommensurable de vouloir Le rencontrer face à Face parce qu’Il est notre Père véritable.

© Claude Lopez-Ginisty
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L'Ermitage du cœur (314)


Ne fléchis pas dans tes efforts
L'ascèse est un sacrifice nécessaire
Mais c'est la Grâce de Dieu
Qui est agissante

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)


Athos

mercredi 2 novembre 2011

Un chemin vers saint Silouane (IX)



Il est impossible de vivre en paix avec Dieu sans un repentir continuel.
Saint Théophane le Reclus

Il est fréquent dans une certaine frange de l’Orthodoxie, de critiquer les moines de la Sainte Montagne et de déclarer leur ascèse actuelle incompatible avec l’époque "moderne" dans laquelle nous vivons. Beaucoup aimeraient que l’Athos se mette au goût du jour, et devienne plus accessible aux temps actuels, c’est-à-dire à leur vacuité relativiste. Serait-il encore la Sainte Montagne si par une aberration quelconque il cessait d’être une île de prière et de louange perpétuelle dans le no-God’s land du monde actuel ? La réduction à l’échelle de la modernité est toujours nivellement par le bas. 
Notre époque aimerait bien avoir les fruits de l’ascèse sans ascèse aucune. Mais le Christ nous a demandé de prendre notre croix et de Le suivre. L’avons-nous oublié ? S’il ne faut pas rechercher l’épreuve du creuset de Dieu pour elle-même, et se bâtir une ascèse qui soit purement rituelle, détachée de son but, il ne faut pas non plus nier que si nous voulons suivre les traces du saint moine athonite, à la suite du Christ, nous devrions au moins expérimenter dans notre vie, les enseignements qu’il nous a transmis. Par une saine et sainte imitation, à notre mesure (car si notre vocation est de devenir saints comme notre Père Céleste, nous ne pouvons prétendre à cause de la nature perverse de notre génération, atteindre infailliblement la stature universelle du saint staretz) nous cheminerons dans la certitude, notre voie ascétique étant étayée par la prière et l’exemple de saint Silouane et la grâce de Dieu palliera notre peu de foi. Sa miséricorde pardonnera nos chutes successives.
Trop souvent, la spiritualité paraît à beaucoup de gens affaire de doctes spécialistes et d’érudits qui sont la plupart du temps de splendides théoriciens ‘non-pratiquants’. Le Christ n’est pas venu pour créer une caste d’intellectuels, mais pour nous donner la Vie en abondance. 
Certains pieux fidèles orthodoxe s’imaginent aussi que l’ascèse est réservée aux seuls moines et qu’elle leur est accessible à eux, laïcs, seulement quand ils séjournent — et qui le fait régulièrement ? — dans les monastères. Cela est totalement faux. Lieu propice à la Vie où la recherche du Royaume est privilégiée, le monastère, nous permettra un temps de "déposer tous les soucis du monde" ( Hymne des Chérubim, Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome) et d’aller à l’essentiel dans une atmosphère de prière et d’ascèse que nous ferons nôtres alors avec moines et moniales.
Au monastère, nous apprendrons, à notre mesure, ce que le saint staretz a appris. Les moines ont beaucoup à nous transmettre de la Tradition chrétienne et de la simple nature humaine transfigurée. Le monachisme est en lui-même formateur, pour ceux qui le vivent et pour ceux qui l’admirent avec respect. Il suffit de lire les Pères pour se rendre compte de ce qu’ils avaient une connaissance très grande de la psychologie des hommes. Leur analyse de l’âme humaine est toujours actuelle, et les remèdes qu’ils donnent à nos maladies spirituelles sont toujours valides, et le seront aux siècles des siècles. 
Les moines et les moniales sont en marche vers l’Essentiel. Nous leur ressemblons, à la différence près qu’ils ont élagué en eux, par l’ascèse continue, la plupart des vieilles branches mortes qui nous empêchent de donner des fruits en abondance.
Ainsi, nous avons un grand combat à mener, contre l’agression perpétuelle de nos yeux et de nos oreilles par les violences des images, des sons et des perversions subtiles d’un monde idolâtrant le bruit, le sexe, et l’argent. Ce que notre société marchande essaie de promouvoir pour nous asservir, nous pouvons dans les monastères nous en affranchir.
Découvrir dans un monastère, avec d’autres pèlerins en partance pour le Royaume, le divin remède de la Prière de Jésus contre l’assaut répété des pensées grâce au staretz Silouane est une bénédiction. Mais peut-être les remèdes de l’Eglise sont-ils trop simples ? Qui veut de nos jours des remèdes gratuits du jeûne, de la confession et de la prière ? Nous préférons souvent un chemin plus livresque et moins efficace. L’effort à faire pour être délivrés, n’est pas de nature intellectuelle, c’est la raison pour laquelle il paraît sans doute moins acceptable. Souvent nous cherchons aussi ce qui est ardu à comprendre et à accomplir afin de nous donner des excuses pour abandonner la lutte et être satisfaits de notre médiocrité devant les difficultés. 
Nous avons oublié la simplicité du Christ. Nous la retrouverons dans la vie essentielle du monastère et quand nous l’aurons quitté, nous aurons l’élan nécessaire à la poursuite du combat ascétique et la nostalgie de cette icône du Royaume que représente la communauté monastique en cheminement vers l'Essentiel. Ce séjour au monastère stimulera notre vie spirituelle en paroisse, et notre prière personnelle et nous redonnera le goût de la simplicité.
Le Christ venu parmi les pécheurs de Galilée, leur parlant non un langage philosophique mais le dialecte araméen, c’est-à-dire la langue du peuple, n’a pas réservé le cœur de son enseignement aux seuls philosophes et théologiens de haut vol. Il demandait déjà à Ses disciples de redevenir de petits enfants. Exigeait-Il par ailleurs de se contenter du seul rituel de la Synagogue pour en être quitte avec Dieu, ou bien Son enseignement voulait-il que toute la vie soit façonnée par la foi ?
C’est encore une fois par la simplicité de Son langage non intellectuel que saint Silouane vient rappeler avec une douceur incommensurable l’essentiel du message christique. Il n’était pas un grand théologien comme nous les connaissons et apprécions généralement. Nous les lisons, ils créent en nous un enthousiasme intellectuel et une exaltation sentimentale que nous méprenons pour une expérience mystique, et nous continuons à vivre sans que cela change notre vie. 
Nous "visitons" en touristes la spiritualité, mais elle reste confinée dans les livres que nous alignons dans nos bibliothèques. Nous nous confortons souvent hypocritement dans l’illusion que ce qui nous est demandé est l’accumulation de savoirs, de théories, et nous nous croyons quittes de la pratique.
Mais le Jugement Dernier ne sera pas un examen comme le monde les conçoit. Dieu ne nous demande pas l’érudition, mais la mise en action de nos convictions en Lui. Nous fréquentons l’Eglise et nous dévorons avidement des livres de spiritualité, mais, entre les deux, un territoire neutre s’étend où nous agissons fréquemment comme des païens, sans que nos comportements soient marqués du sceau de la Vérité, et sans que notre vie ne rayonne de la splendeur du Soleil de Justice. 
Dans le meilleur des cas, la lecture des vies des Saints nous fournit une ascèse de substitution et nous donne l’illusion grotesque d’expériences spirituelles par procuration.
Le sel s’affadit. Il ne sale plus. Il est bien rangé, bien visible, mais il est inutile.

© Claude Lopez-Ginisty
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Une première version de ce texte 
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L'Ermitage du cœur (313)


Reste avec Dieu
Lorsque dans l'épreuve
Tu as la tentation du désespoir
Et garde ton cœur dans Son Nom

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

La Planète de l'Orthodoxie: La Bulgarie

mardi 1 novembre 2011

Un chemin vers saint Silouane (VIII)




Il n’est rien dans l’Eglise qui soit sans importance, car dans chaque pratique s’est incarné l’Esprit de Dieu, qui est la vie et le souffle de l’Eglise.
Archevêque Innocent de Pékin

Le Saint staretz Silouane partit au Mont Athos pour s’adonner plus pleinement à l’ascèse qui devait le sanctifier. Il est douteux que l’on puisse prétendre acquérir à vil prix la perle du Royaume. Notre chemin spirituel, passera obligatoirement par une certaine ascèse, ce sera une borne sur notre route. Or notre époque considère avec un grand mépris toute forme d’ascèse. 
Ainsi dans le domaine du jeûne, nos contemporains acceptent volontiers l’ascèse laïque du régime ou celle des religions lointaines, par pur goût de l’exotisme. Elle refuse souvent l’ascèse chrétienne qui est tension vers le Royaume et dans ses effets rapportés, anticipation des biens à venir. Or l’Epoux nous a bien dit que nous jeûnerions lorsqu’Il ne serait plus parmi nous; Il n’a jamais prétendu que le Royaume des Cieux était d’accès facile (ne nous l’a-t-il pas ouvert au prix de Sa mort sur la Croix, nous engageant à prendre nous aussi notre croix?), mais Il nous a certainement laissé une clef pour ouvrir à deux battants la porte du Paradis : l’amour et surtout l’amour de tous et celui des ennemis en particulier. Qui peut être plus aimant et plus proche de Dieu que celui qui aime aussi ceux qui lui sont opposés le plus durement ? Là est l’ascèse suprême ! Mais elle n’exclut pas ce qui doit préparer à ce sommet ascétique. Il n’y a jamais de chemins de traverse dans la vie spirituelle.

© Claude Lopez-Ginisty
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L'Ermitage du cœur (312)


La Parousie
C'est à chaque instant
Lorsque ton cœur
Bat au rythme du Nom

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

La planète de l'Orthodoxie: La Serbie

lundi 31 octobre 2011

Sur le blog du moinillon


brat Iosif

C'est aujourd'hui, dimanche, le quatorzième anniversaire
de la mort en martyr de José, de brat Iosif.

MÉMOIRE ÉTERNELLE.
Que le Seigneur accorde le repos à son âme !

Le Père Méthode d'Odessa lui a dédié un chant
(voir vidéo ci-dessous sur le  blog

Un chemin vers saint Silouane (VII)






Voilà des siècles que les générations battent le sentier du Christ, lequel passe aussi par la Croix et la mort de la Croix. Comment se peut-il donc qu’à toi seul les afflictions rencontrées en chemin semblent étrangères au sentier ? Ne souhaites-tu pas mettre tes pas dans les pas des saints ? Ou aurais-tu quelque idée d’inventer un chemin à toi, pour y faire route sans souffrir ?
Saint Ephrem le Syrien

Ayant pris conscience de l’inéluctabilité annoncée, non de la mort, mais de notre mort , nous nous engagerons sur la Voie du Salut en demandant l’intercession du staretz. Notre parcours spirituel sera semé d’embûches et d’entraves. Il n’en serait pas ainsi si le but n’en valait la peine. Nous devrons être particulièrement attentifs à toujours garder à l’esprit que ce n’est pas l’exaltation intellectuelle que nous recherchons : Platon et Spinoza peuvent nous la donner à moindre prix, mais sans nous gratifier cependant de cette Vie Eternelle vers laquelle nous voulons aller.
L’écueil immense que nous permet d’éviter le saint staretz est celui de l’intellectualisme. Ce danger guette plus particulièrement ceux qui, en Occident, sont venus à l’Orthodoxie. Il n’est pas question de juger de la démarche qui a conduit à embrasser la foi orthodoxe. Dieu, dit le proverbe portugais, écrit droit avec des lignes courbes. L’histoire de toute conversion est une merveilleuse harmonie de faits hétéroclites et de rencontres inattendues, avant d’accéder à la pure grâce de la découverte du Christ dans l’Eglise, et à l’envie vivante de devenir membre de Son Corps. 
Très souvent après la conversion, on se constitue une bibliothèque et, fréquemment, la lecture prend très vite le pas sur la prière et le temps consacrés à Dieu. En situation de diaspora, donc de minorité, le converti se sent obligé de s’éduquer, sans guidance spirituelle aucune, de connaître plus intellectuellement la foi qu’il vient d’embrasser. Cette attitude devient paradoxale, lorsqu’il agit comme s’il voulait étayer la pure grâce accordée par le Verbe incarné, par le troupeau des mots de l’homme, aussi subtils et intéressants soient-ils. Est-il vraiment nécessaire de donner une légitimité à cette certitude heureuse que Dieu atteste en Lui saintement, sans support intellectuel ?
Il est, certes, tout à fait légitime de s’instruire dans la foi et de lire, mais si la connaissance intellectuelle tient lieu d’oraison, et qu’elle la remplace, elle est inutile. Il n’est nul meilleur écrin au pur joyau de l’adhésion à la Vie, que la Vie elle-même, c’est-à-dire la prière au Créateur. Si notre lecture ne nourrit pas notre prière, à quoi peut-elle servir ? Combien de fois avons-nous pris l’exaltation intellectuelle devant une belle pensée, un beau raisonnement, un système théologique, pour la Connaissance de Dieu, et la joie de l’intelligence — pourquoi ne pas parler de l’exaltation et exultation orgueilleuse de notre moi flatté d’accéder à cette compréhension — pour une manifestation de la grâce divine ? Ceux qui agissent ainsi, non seulement "inclinent à se contenter de la joie intellectuelle qu’ils y puisent" (A. Sophrony, op. cit., p. 140), mais ne pensent pas plus loin et croient avoir réellement vécu une rencontre avec l’Etre.
Par un autre effet pervers, induit par la situation de minorité de la diaspora orthodoxe, il est de bon ton d’avoir lu tout ce qui se publie et d’en parler, de comparer, de soupeser les spirituelles marchandises en se donnant l’impression de faire œuvre pie. Ce qui ne nous aide pas à mieux prier, à mieux aimer les autres et à avancer vers le Royaume, est de peu d’intérêt pour nous.
L’exaltation, l’exultation spirituelle, quand bien même elles viendraient de savants ouvrages théologiques, ne sauraient tenir lieu de lien spirituel avec le Christ. La seule prière peut conduire, non à l’exaltation — qui serait de l’ordre de l’illusion spirituelle — mais à la douce componction dont témoigna le staretz Silouane tout au long de sa vie. 
Ni les Pères, ni les plus estimables théologiens, ni le staretz lui-même ne doivent à travers leurs écrits devenir de simples objets de "méditation" sans prise sur la réalité du monde spirituel et sur l’amour du prochain. Dire que l’on aime le saint staretz ne peut être vrai que si l’on tente de suivre son exemple. On ne peut que tenter de le faire — sa stature est très haute et nous ne sommes pas à sa mesure — mais la grâce de Dieu venant en aide à notre peu de foi, notre chemin vers le Christ deviendra plus clair.
Combien écrivent, citant Saint Silouane, qu’il faut "donner son sang pour son frère et recevoir l’Esprit", et démentent aussitôt cette parole en gaspillant de l’encre pour exclure de la fraternité humaine ceux qui n’ont pas dans l’Eglise, ou bien ailleurs, l’heur de leur plaire ou de partager certaines de leurs opinions parfois contestables ? "Bien des gens sont capables de parler avec aisance de l’amour du Christ, mais leurs œuvres sont un scandale pour le monde, et c’est pourquoi leurs paroles sont privées de force vivifiante" (A. Sophrony, op. cit., p. 120).


© Claude Lopez-Ginisty
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