"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 22 octobre 2012

Jean-Claude LARCHET/ Recension: Nicolas Afanassieff, « L’Église du Saint-Esprit »


Nicolas Afanassieff, « L’Église du Saint-Esprit », Éditions du Cerf, Paris, 2012, 374 p. (collection « Orthodoxie »).
Les éditions du Cerf viennent de réimprimer, dans la collection « Orthodoxie », que dirige l’archiprêtre Jivko Panev, l’ouvrage classique de père Nicolas Afanassieff, « L’Église du Saint-Esprit », qui avait paru la première fois en 1975 chez le même éditeur dans la collection « Cogitatio fidei », et qui était depuis longtemps épuisé.
Le père Nicolas Afanassieff fut l’un des principaux ecclésiologues de l’Église russe à l’époque moderne. Disciple du père Serge Boulgakov, professeur à l’Institut Saint-Serge de 1932 jusqu’à son décès en 1966, il a exercé une influence déterminante sur l’un des principaux liturgiste de la seconde moitié du XXe siècle, le père Alexandre Schmemann, qui fut son élève, et sur l’un des principaux ecclésiologues actuels, le métropolite Jean Zizioulas ; il a aussi marqué fortement certains aspects de la pensée de Paul Evdokimov. Comme le signale le père Olivier Rousseau o. p. dans sa préface, le père Nicolas Afanassieff, qui fut invité comme observateur au concile Vatican II et dont le nom fut cité dans les débats, a eu aussi, par son œuvre, une influence importante sur la façon dont ce concile a remis en valeur la place du Saint-Esprit dans l’Église, le rôle de l’Église locale, l’ecclésiologie de communion, le rôle des ordres mineurs et la place des laïcs dans l’Église.
Comme l’explique l’épouse du père Nicolas, Marianne Afanassieff, dans son avant-propos biographique et bibliographique, ce livre, qui n’a  été publié qu’après la mort de l’auteur, a eu une longue genèse : son premier chapitre a été écrit en 1940, et les chapitres suivants ont vu peu à peu le jour au cours des décennies suivantes et ont fait l’objet de publication sous forme d’articles dans diverses revues.
Le chapitre I est consacré au « sacerdoce royal » de tous les fidèles ; les chapitres 2 et 3 à « l’établissement » et au « ministère » des laïcs ; le chapitre 4 à « l’œuvre du ministère » (avec comme sections : 1) les ministères particuliers, 2) l’apôtre, 3) l’évangéliste, 4) le prophète, 5) le docteur. Le chapitre 5  analyse la fonction des « présidents dans le Seigneur », soit : le « proéstôs », « les évêques-presbytres », les évêques et les prêtres en leur sens originel, et enfin « les ministres du secours » (autrement dit le diaconat). Le chapitre 6 examine l’origine du ministère du « premier presbytre ». Le 7e et dernier chapitre est consacré à l’évêque.
Ce livre ne rend pas compte de l’ensemble de l’ecclésiologie du père Nicolas Afanassieff dont les thèmes majeurs sont l’Église locale, l’eucharistie et l’amour ; on en trouvera une dimension complémentaire essentielle dans « L’Église qui préside dans l’amour », sa contribution à un ouvrage collectif  intitulé La primauté de Pierre.
Le présent ouvrage veut être un retour aux sources les plus originaires du christianisme, l’une des idées majeures du père Nicolas Afanassieff étant que la vraie ecclésiologie du christianisme aurait été obnubilée à partir de saint Cyprien (ca 200-258) au profit d’une notion hiérarchico-juridique qui aurait par la suite afffecté négativement aussi bien l’Orient que l’Occident.
Bien des incertitudes demeurent cependant en ce qui concerne les différents ministères dans le tout premiers siècles, et un certain nombre d’interprétations du père Nicolas Afanassieff dans cet ouvrage apparaissent comme hypothétiques et sont l’objet de débats parmi les historiens. Et il est toujours périlleux de vouloir revenir aux sources en passant par dessus la Tradition historique de l'Église.
L’un des thèmes de ce livre qui a eu la plus grande influence sur la pensée orthodoxe moderne (à travers l’œuvre même du père Nicolas Afanassieff, mais aussi à travers les œuvres de Paul Evdokimov et surtout du père Alexandre Schmemann) est celui du « sacerdoce royal des laïcs ». La mise en valeur de celui-ci a certes le mérite de rééquilibrer une conception cléricale de l’Église, où les membres de la « hiérarchie ecclésiastique » se trouvent séparés du peuple et où la place des « simples fidèles » dans l’Église se trouve, par rapport à la leur, dévalorisée. Mais elle a par ailleurs quelques inconvénients, comme je l’ai montré dans le tome 1 de mon livre L’Église corps du Christ.
On peut reprocher au père Nicolas Afanassieff et à ses disciples est de mettre le « sacerdoce royal », attribué aux laïcs, en parallèle avec le « sacerdoce d’ordre » (ou sacerdoce ministériel) relatif aux clercs, et de placer ainsi les deux types de sacerdoce sur un pied d’égalité. Le père Nicolas Afanassieff multiplie les expressions générales et par là confuses : « L’Église est une maison spirituelle [...] ; [...] tous les fidèles constituent le sacerdoce dans la maison spirituelle » (p. 40) ; « on pour­rait dire que chaque laïc, membre du peuple de Dieu, est un clerc, membre du klèros de Dieu » (p. 41) ; « les actes sacramentels sont effec­tués par tout le peuple ensemble avec son proestôs » (p. 78) ; « quand l’Église officie, tous y sont prêtres et tous possèdent le charisme sacerdotal » (p. 128). On retrouve la même tendance chez son disciple Paul Evdokimov : « L’accent est fortement placé sur la participation sacerdotale de tous, mais au moyen de deux modes, de deux sacerdoces » (L’orthodoxie, Neuchâtel, 1965, p. 166). Evdokimov va jusqu’à confondre les deux sacerdoces en parlant de « la participation de tous à l’unique Prêtre divin au moyen de deux sacerdoces » (Les âges de la vie spirituelle, p. 212), en écrivant : « Christ seul est prêtre, mais tous sont prêtres par participation » (La femme et le salut du monde, p. 102), ou en affirmant : « si l’évêque participe au sacerdoce du Christ par sa fonction sacrée, tout laïc le fait par son être sanctifié, par sa nature sacerdotale » (« Les âges de la vie spirituelle », p. 214). La confusion se retrouve dans cette affirmation d’un sacerdoce universel : « Le sacre­ment de l’onction chrismale est le sacrement du sacerdoce universel » (Les âges de la vie spirituelle, p. 216).
Parmi les conséquences de cette position, il y a l’idée, dévelop­pée par Nicolas Afanassieff et ses disciples Paul Evdokimov et Alexandre Schmemann, que les clercs et les laïcs sont, à l’église, « co-liturges ». Le père Nicolas Afanassieff écrit : « dans le Nouveau Testament, chaque fidèle se tient devant Dieu en tant que prêtre (leitourgos) dans l’assemblée eucha­ristique » (p. 66) ; « chaque fidèle concélèbre avec les autres dans l’assem­blée eucharistique » (p. 67) ; « chaque laïc célèbre la liturgie [...] » (p. 70) ; « les laïcs sont co-liturges de l’évêque ou du prêtre, car les actes sacramentels sont effectués au cours de leur célébration en commun [...], l’évêque ou le prêtre ne peuvent les accomplir qu’en concélébration avec le peuple » (ibid., p. 71). Paul Evdokimov note  : « Pendant la liturgie, tout fidèle est co-liturge avec l’évêque » (Les âges de la vie spirituelle, p. 219). Le père A. Schmemann parle quant à lui d’une « concélébration de chacun avec tous » (L’eucharistie, sacrement du Royaume, Paris, 2005, p. 8), et affirme que « ce n’est pas le clergé qui officie », mais que « tous sont consacrés, tous célèbrent » (ibid., p. 90).
La position qui place le peuple au même niveau que le clergé en perdant de vue la spécificité de celui-ci n’est pas acceptable du point de vue de l’ecclésiologie orthodoxe traditionnelle, et elle exige d’être recadrée à la lumière de la vraie nature du « sacerdoce royal » telle que la conçoivent les Pères.
Selon plusieurs Pères qui évoquent cette notion, les fidèles acquièrent le statut du sacerdoce royal par l’onction qu’ils re­çoi­vent dans l’Église.
Selon les auteurs précédem­ment cités, il s’agit de l’onction reçue lors de la chrismation qui suit le baptême.
Le rite de la chrismation lui-même ne porte pas cette conno­tation, mais il est vrai qu’elle est présente deux fois dans la prière de consé­cration du saint-chrême.
On doit toutefois noter que les autres onctions reçues dans l’Église (avec une huile simplement bénie) en sont aussi la marque, comme celle du sacrement de l’onction destiné aux malades, dont l’une des prières du rituel dit : « C’est par l’huile sainte qu’Il nous signe de Sa croix, pour que nous devenions le troupeau du Christ, un sacerdoce royal, un peuple saint. »
Cela se fonde sur le fait que le Christ est l’oint par excel­lence (Ac 4, 26 ; 10, 38 ; He 1, 9), qui a reçu au degré le plus haut les statuts de Roi, de Prêtre et de Prophète – de Roi du monde, des siècles et du Royaume des cieux (He 1, 8) ; de Grand-Prêtre pour l’éternité (He 5, 5-10) ; de Prophète de la Bonne Nouvelle du salut qu’Il apporte (Lc 4, 18-19) –, et qui faisant des oints de ceux qui s’unissent à Lui dans l’Église qui est Son corps, les rend participants, par le Saint-Esprit, de Sa dignité.
Cela est en continuité avec le fait que, dans l’Ancien Testa­ment, l’onc­tion était conférée aux rois (1 S 10, 1 ; 1 R 19, 16) – auxquels elle communiquait la force de l’Esprit (1 S 16, 13) –, aux prêtres (Ex 30, 30) et aux prophètes (1 R 19, 16).
Mais, comme on le voit dans les textes scripturaires et litur­giques, ainsi que dans les références christologiques précé­demment citées, c’est à tort que les auteurs modernes qui mettent en avant la notion de « sacerdoce royal » focalisent sur elle : dans tous ces textes en effet elle n’est pas isolée ni cen­trale, mais va de pair avec d’autres notions : celle de « peuple saint », de « race élue », de même que la notion de « prêtre » n’est pas privilégiée mais va de pair avec celle de « prophète » et de « roi ».
La signification de l’onction commune à ces différents cas est qu’elle mettait ceux qui la recevaient à part des autres (voir X.-L. Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, Paris, 1975, p. 395) , étant la marque de leur accès à un état différent, à un autre statut, à une dignité supé­rieure (cf. Ex 30, 31-33). Ce sens se trouve globalement appli­qué au peuple élu d’Israël : « Mainte­nant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi. Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte. Voilà les paroles que tu diras aux Israélites » (Ex 19, 5-6).
Dans le contexte du Nouveau Testament, et en rapport avec le sens précédemment dégagé, la notion de « sacerdoce royal »  – comme les notions de « race élue » ou de « peuple saint », aux côtés desquelles on la trouve évoquée par le saint apôtre Pierre (2, 9) – peut être reliée au baptême en général (et non à la seule chris­ma­tion) en tant qu’il introduit l’homme dans un nouveau statut – celui de créature nouvelle entée dans le Christ et animée par l’Esprit, de chrétien vivant dans l’Église –, celui d’une dignité qu’il n’avait pas dans son état de créature déchue et de « vieil homme », menant une existence purement biologique et sociale.
Mais on peut y voir aussi une référence au but assigné au baptisé d’atteindre la perfection, d’être sanctifié et déifié, de devenir à part entière citoyen du Royaume céleste, oint avec le Christ, co-régnant avec Lui. C’est ce sens que saint Macaire l’Égyptien met en évidence dans plusieurs passages de ses Homélies spirituelles (XVII, 1; XXV, 5; et surtout XXVII, 4). On voit que selon ces textes le sacerdoce royal consiste en un mode d’être ou en un devoir-être et non en une fonction ou un ministère (au sens large), ce qui correspond d’ailleurs au texte de l’épître de saint Pierre précédemment cité, qui ne dit pas « vous exercez » ou « vous devez exercer un sacerdoce royal », mais « vous êtes un sacerdoce royal ».
D’autres Pères cependant donnent aux notions évoquées par saint Pierre un sens ascétique (au sens large) qui ne contredit pas le précédent mais le complète en posant en quelque sorte ses préalables, et qui lui donne aussi le sens d’une activité exer­cée et non plus simplement d’un statut présent ou à venir.
La dignité de roi est définie par le pouvoir (acquis par le Christ et exercé par la grâce reçue de l’Esprit), de se maîtriser soi-même, de contrôler ses pensées, ses sentiments, ses impul­sions, ses actes, etc., et par là de dominer ses passions.
Le sacerdoce quant à lui est compris comme la capacité de s’offrir soi-même en sacrifice à Dieu. Cela se situe dans la ligne de l’affirmation de saint Pierre : « Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ » (1 P 2, 5) et du conseil de saint Paul : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Rm 12, 1).
Récapitulant ces deux points, saint Œcuménius écrit, en commentaire à la parole de saint Paul « Dieu nous a donné l’onction » (2 Co 1, 21) : « Ceux qui, dans l’Ancien Testament étaient oints, étaient ou rois, ou prêtres, ou prophètes ; et maintenant, dit-il, nous sommes oints, afin que nous agissions comme des rois, ayant la domination sur nos passions ; comme des prêtres aussi, sacrifiant nos propres corps selon cette parole : « Offrant nos corps en sacrifice vivant » (Commentaire sur la seconde épître aux Corinthiens, 11, PG 118, 932CD).
On retrouve la même interprétation chez saint Isidore de Péluse, avec une claire distinction entre le sacerdoce des fidèles et le ministère sacerdotal du prêtre : « Dans le Nouveau Testament, qui est définitif, ceux qui ont reçu le pouvoir de l’offrir [c’est-à-dire les évêques et les prêtres] ont le ministère sacerdotal exclusif du sacrifice non sanglant. Mais chaque chrétien est ordonné prêtre de son propre corps ; non point que sans ordination il n’ait aucun pouvoir sur des inférieurs, mais pour que, dominant le mal, il fasse de son corps un sanctuaire ou un temple » (Lettres, V, 569, PG 78, 784A).
Origène fait le lien entre l’onction baptismale et le sacerdoce royal pour montrer que, dans l’Église, tous les chrétiens devien­nent prêtres, mais dans ce sens où ils offrent à Dieu le sacrifice d’eux-mêmes : « Tu as entendu qu’il y a deux sanctuaires, l’un comme visible et ouvert aux prêtres, l’autre comme invisible et inaccessible : à l’excep­tion du seul pontife, tous les autres sont au dehors. Le premier sanc­tuaire, je pense, peut être compris comme cette Église où maintenant nous sommes établis dans la chair ; les prêtres y servent “à l’autel des holocaustes”, où est allumé ce feu dont Jésus a dit : “C’est un feu que je suis venu jeter sur la terre, et comme je voudrais qu’elle soit embrasée.” Et je ne veux pas que tu t’étonnes que ce sanctuaire soit ouvert aux seuls prêtres. Car tous ceux qui ont été oints de l’onguent du saint chrême sont devenus prêtres, comme Pierre le dit à toute l’Église : “Mais vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte.” Vous êtes donc une “race sacerdotale”, c’est pour­quoi vous avez accès au sanctuaire. Chacun de nous a en lui son holocauste, et il embrase l’autel de son holocauste pour qu’il brûle toujours. Pour moi, si je renonce à tout ce que je possède, si je prends ma croix et si je suis le Christ, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu ; ou « si je livre mon corps aux flammes, en ayant la charité » et obtiens la gloire du martyre, je m’offre en holocauste à l’autel de Dieu. Si j’aime mes frères jusqu’à “donner ma vie pour mes frères”, “si pour la justice et la vérité je lutte jusqu’à la mort”, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu. Si “je fais mourir mes membres” à toute convoitise de la chair, si “le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde”, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu et je deviens moi-même le prêtre de ma victime. Voilà donc la manière dont s’exerce le sacerdoce et s’offrirent les victimes dans le premier sanctuaire » (Homélies sur le Lévitique, IX, 2, SC 287, p. 114-116).
Saint Grégoire de Nazianze comprend dans un sens analogue le sacerdoce de tous les fidèles dans l’Église : « Je savais que nul n’est digne de celui qui est à la fois victime et grand prêtre du Dieu grand, s’il ne s’est auparavant lui-même offert à Dieu en victime vivante, sainte, s’il n’a manifesté le culte spirituel agréable à Dieu (Rm 12, 1), s’il n’a présenté à Dieu ce sacrifice de louange (Ps 49, 14) et cet esprit contrit (Ps 50, 19) qui constituent le seul sacrifice que Celui qui a tout donné réclame de nous » (Discours, II, 95, SC 247, p. 212).
Il est intéressant de noter que dans la suite du même texte, saint Grégoire de Nazianze précise que ces conditions doivent être remplies par ceux qui veulent exercer les fonctions de prêtre au sens courant du terme, c’est-à-dire le « sacerdoce d’or­dre » (ou « sacerdoce ministériel »). Cela signifie que le « sacerdoce d’ordre » n’est pas opposé au « sacerdoce royal » ni mis en parallèle avec lui, mais s’inscrit au sein de celui-ci et en est une émanation particulière, qui relève d’un choix de Dieu et est consacrée par Lui (cf. Jn 15, 16).
Le mot « laïc » dérive du mot grec laos, qui signifie le peu­ple. Le laïc se définit avant tout comme un membre du laos Theou, c’est-à-dire du peuple de Dieu. Dans certains textes patristiques, le mot « peuple » désigne tous les membres de l’Église ; il inclut donc dans un même ensemble les clercs et les laïcs. Du point de vue de leur « nature spirituelle », celle qui est conférée à tout chrétien par le baptême, les laïcs et les clercs sont membres à part entière et à égalité du Corps du Christ. Ils sont en outre tous appelés à réaliser la même vocation, celle de la perfection en Dieu (cf. Mt 5, 48), de la sainteté (cf. Ep 2, 19) et de la déification (cf. Jn 10, 34). C’est pourquoi, lors de la liturgie, certains passages évoquent les fidèles comme un ensemble unique et un tout unifié (voir par exemple le début de la liturgie des fidèles, après le renvoi des catéchu­mè­nes : « Et nous, les fidèles, encore et encore en paix prions le Sei­gneur… » ; voir aussi les prières ou le prêtre utilise un « nous » qui se rapporte à la fois au clergé et aux fidèles).
Dans ce sens le « sacerdoce royal » qu’évoque saint Pierre ne correspond pas à un statut ou à une vocation propre aux laïcs au sens étroit du terme où ils sont distingués des clercs, mais à tous les membres du peuple de Dieu, laïcs et clercs.
Néanmoins, dans d’autres textes liturgiques, clercs et laïcs sont distingués tout en étant associés. C’est le cas par exemple dans les ecténies où l’on prie pour « tout le clergé et tout le peuple ».
L’affirmation que les clercs appartiennent au peuple de Dieu, sont issus de lui et continuent par nature à en faire partie en tant qu’étant par essence chrétiens, membres de l’Église, ayant aussi personnellement la même vocation que tous, n’abo­lit pas le fait de la hiérarchie, selon laquelle les clercs sont, dans l’Église, les seuls habilités à célébrer la liturgie, à dispenser les sacrements et donc à être les médiateurs de la grâce, les seuls aussi à être les pasteurs conduisant le peuple et les seuls à pouvoir l’ensei­gner, en vertu d’un charisme trans­mis par succession apos­toli­que.
Jean-Claude Larchet

dimanche 21 octobre 2012

Son Eminence le Novice ( Vladyka Basile [Rodzyanko]) (09)


Bishop Basil (Rodzyanko). Photo by Yu. Kaver

Bishop Basil (Rodzyanko). Photo: bishop-basil.org
Vladyka Basile

En plusieurs occasions, j'ai pu observer comment l'évêque Basile donnait tout de lui-même dans l'exercice de sa "tâche d'obéissance en tant que novice" à absolument tous ceux qui lui demandaient son aide. Qui plus est, il était facile de voir qu'au-delà de son désir sincère de servir les gens, il y avait un désir profond et encore plus secret, connu de lui seul. 
Tandis que je médite sur ceci, je me souviens que le mot russe pour l'obéissance monastique d'un novice, poslouchanié, dérive du verbe slouchat ( écouter, obéir). Peu à peu, j'ai commencé à comprendre que c'était par cet humble vœu de service et d'obéissance, restant un novice, même lorsqu'il avait atteint un rang de clerc très haut, que notre évêque Vladyka Basile, s'enseigna lui-même à écouter avec sensibilité et à obéir à la volonté de Dieu. Pour cette raison toute sa vie fut, ni plus ni moins dans une constante recherche de la connaissance de la volonté de Dieu, dans une conversation mystérieuse mais bien réelle avec notre Sauveur, dans laquelle il parlait de l'humanité, non avec des mots, mais avec les circonstances de cette vie, tout en accordant à ses auditeurs la plus grande récompense qui soit-l'occasion d'être Son instrument dans ce monde.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Tikhon




Haïjin Pravoslave (247)



Comme un nouveau jour
Se lèvera sur ton âme
Avec la prière

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


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8/21 octobre 
20ème dimanche après la Pentecôte
Mémoire des Pères du VIIème Concile Œcuménique (787) Ste Pélagie († 457), Ste Thaïs (Taïssia, IVè s.), Ste Pélagie, vierge († 303) ; St Dosithée de Pskov (1482) ; St Tryphon, archimandrite de Vyatka (1612) ; St martyr Ignace de Bulgarie (XVIIIème s.) Lectures : Gal. I, 11-19 ; Hébr. XIII, 7-16 ; Lc. VII, 11-16 ; Jn. XVII, 1-13

MÉMOIRE DES PÈRES DU VIIème CONCILE ŒCUMÉNIQUE (1)
 Lorsque l’impératrice Irène l’Athénienne [7 août] assuma la régence de son fils, l’empereur Constantin VI, son premier souci fut de mettre un terme à la persécution contre les saintes images, qui avait été déclenchée depuis 726 par Léon III l’Isaurien (717-741), et s’était poursuivie, de manière encore plus violente, sous Constantin V Copronyme (741-775). Pour réaliser ce projet, elle fit élever son conseiller, saint Taraise, sur le trône patriarcal en lui donnant comme mission de préparer, pour le mois d’août 786, la réunion à Constantinople d’un grand Concile qui statuerait sur la foi de l’Église en la matière. Mais des troubles suscités par les iconoclastes les obligèrent à reporter la convocation du concile à l’année suivante. Transféré à Nicée, le Septième Concile Œcuménique se réunit dans la basilique Sainte-Sophie, où s’était déjà tenu le Premier Concile (325), du 24 septembre au 13 octobre 787. Sous la présidence du patriarche saint Taraise, il rassembla trois cent cinquante évêques orthodoxes, auxquels se joignirent ensuite dix-sept autres hiérarques, qui abjurèrent l’hérésie iconoclaste. Aux côtés des représentants du pape de Rome, des patriarches d’Antioche et de Jérusalem, les moines — qui avaient été farouchement persécutés par les empereurs iconoclastes — étaient fortement représentés par quelques cent trente-six d’entre eux. 1 Tiré du Synaxaire du P. Macaire de Simonos Petras. 8/21 octobre 20ème dimanche après la Pentecôte Mémoire des Pères du VIIème Concile Œcuménique (787) Ste Pélagie († 457), Ste Thaïs (Taïssia, IVè s.), Ste Pélagie, vierge († 303) St Dosithée de Pskov (1482) ; St Tryphon, archimandrite de Vyatka (1612) ; St martyr Ignace de Bulgarie (XVIIIème s.) ; Après une soigneuse préparation, et après avoir entendu la lecture de nombreux témoignages patristiques, les Pères du Concile jetèrent l’anathème sur les hérétiques, qui depuis près de cinquante ans interdisaient aux chrétiens de vénérer les icônes du Christ et de Ses saints sous prétexte d’idolâtrie. Ils mirent ainsi fin à la première période de l’iconoclasme, qui devait cependant reprendre vigueur quelques années plus tard, sous Léon V l’Arménien (813-820), et n’être définitivement réglée qu’en 843, grâce à l’impératrice Théodora [11 fév.] et au patriarche saint Méthode2. Les saints Pères anathématisèrent les patriarches hérétiques Anastase, Constantin et Nicétas, les métropolites Théodose d’Éphèse, Jean de Nicomédie et Constantin de Nakoleia et tous leurs partisans. Ils réfutèrent le prétendu concile œcuménique, réuni dans le palais de Hiéria sur l’initiative de Constantin V (754), et proclamèrent la mémoire éternelle des défenseurs de l’Orthodoxie : le patriarche saint Germain, saint Jean Damascène, saint Georges de Chypre, et tous ceux qui s’étaient offerts à l’exil et à la torture pour la défense des saintes icônes. Dans la définition qu’ils proclamèrent lors de la septième et dernière session du Concile, les Pères déclaraient : Nous définissons en toute exactitude et avec le plus grand soin que, comme les représentations de la Croix précieuse et vivifiante, de même les vénérables et saintes images, qu’elles soient peintes, représentées par des mosaïques ou en quelque autre matière appropriée, doivent être placées dans les églises de Dieu, sur les saints ustensiles et vêtements, sur les murs et les tableaux, dans les maisons et le long des routes ; aussi bien l’image de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ, que celle de notre Souveraine immaculée la Mère de Dieu, ou des saints anges ainsi que de tous les saints. En effet, plus nous contemplerons ces représentations imagées, plus nous serons amenés à nous souvenir de leurs modèles, à nous porter vers eux et à leur témoigner, en les baisant, une vénération respectueuse, sans que cela soit, selon notre foi, une adoration véritable, laquelle ne convient qu’à Dieu seul. Comme on le fait pour la Croix précieuse et vivifiante, pour les saints Évangiles et les autres objets sacrés, on offrira de l’encens et des cierges en leur honneur, selon la pieuse coutume des anciens. Car l’honneur rendu à l’image remonte jusqu’à son modèle (St Basile) et qui vénère une icône vénère en elle la personne (l’hypostase) qui s’y trouve représentée. C’est ainsi qu’on gardera l’enseignement de nos saints Pères et la tradition de l’Église catholique (i.e. universelle) qui a reçu le message de l’Évangile d’une extrémité du monde à l’autre. 2. Ce rétablissement définitif du culte des saintes images fait l’objet de la fête de l’Orthodoxie, le premier dimanche du Carême, qui est en même temps l’occasion de célébrer la foi orthodoxe en général. Ce n’était pas seulement le culte des saintes icônes que les saints Pères défendaient ainsi, mais, en fait, la réalité même de l’Incarnation du Fils de Dieu : « Je représente Dieu l’Invisible, dit saint Jean Damascène, non pas en tant qu’invisible, mais dans la mesure où il est devenu visible pour nous par la participation à la chair et au sang. Je ne vénère pas la matière, mais je vénère le Créateur de la matière qui pour moi est devenu matière, qui a assumé la vie dans la matière et qui, par la matière (c’est-à-dire son corps mort et ressuscité), a opéré mon salut ». En assumant la nature humaine, le Verbe de Dieu la divinisa sans qu’elle perdît ses caractéristiques propres. C’est pourquoi, bien que dans son état glorifié elle ne soit plus accessible à nos sens, cette nature humaine du Seigneur peut cependant être représentée. L’icône du Christ — dont la fidélité est garantie par la tradition de l’Église — devient ainsi présence véritable de la Personne divine et humaine de son modèle, canal de grâce et de sanctification pour ceux qui la vénèrent avec foi. Le second Concile de Nicée est le septième et dernier Concile Œcuménique reconnu par l’Église Orthodoxe. Toutefois, cela ne signifie pas que d’autres Conciles Œcuméniques ne puissent se réunir dans l’avenir, mais plutôt qu’en prenant le septième rang, le synode de Nicée a assumé le symbole de perfection et d’achèvement que représente ce nombre dans la sainte Écriture (par ex. Gn II, 1-3). Il clôt l’ère des grandes querelles dogmatiques, qui ont permis à l’Église de préciser, en des définitions excluant toute ambiguïté, les limites de la sainte Foi orthodoxe. Désormais, toute hérésie peut et pourra être assimilée à l’une ou l’autre erreur que l’Église, rassemblée en conciles universels, a anathématisée, depuis le premier (325) jusqu’au second Concile de Nicée (787).
(1)Tiré du Synaxaire du P. Macaire de Simonos Petras.

Tropaire du dimanche du 3ème ton 
 Lorsque Tu descendis dans la mort, Toi, la Vie immortelle, Tu anéantis l’enfer par l’éclat de la Divinité. Lorsque Tu ressuscitas les morts des demeures souterraines, toutes les Puissances des cieux s’écrièrent : « Ô Christ, Source de Vie, notre Dieu, gloire à Toi ! »

Tropaires des Pères du VIIème Concile Œcuménique, ton 8 
Infiniment glorifié es-Tu, Christ notre Dieu, car Tu as établi nos Pères comme desastressurterre.Pareux,Tunousas amenés vers la vraie foi. Très miséricordieux, gloire à Toi ! 

Kondakion du dimanche, 3ème ton 
Aujourd’hui, ô Miséricordieux, Tu es ressuscité du tombeau et Tu nous ramènes des portes de la mort. Aujourd’hui, Adam exulte, Ève se réjouit. Tous ensemble, prophètes et patriarches, ne cessent de chanter la force divine de Ta puissance ! 

Kondakion des Pères du VIIè Concile Œcuménique, ton 6
 Celui qui du Père a brillé ineffablement, est né d’une femme, étant double selon la nature. Le voyant, nous ne nions pas la représentation de la forme, mais la dessinant pieusement, nous la vénérons fidèlement. Pour cela, l’Église, gardant la véritable foi, embrasse l’icône de l’incarnation du Christ.

Kondakion de la Mère de Dieu, ton 6 
Secours des chrétiens qui ne les a jamais abandonnés, Médiatrice incessante auprès du Créateur, ne méprise pas la voix des pécheurs suppliants, mais viens à notre secours, nous qui t’appelons avec foi ; hâte-toi d’exaucer les prières et empresse-toi d’entendre les supplications, toi qui intercèdes toujours, ô Mère de Dieu, pour ceux qui t’honorent.


LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Jn. XXI, 1-14; Liturgie : Gal. II, 16-20 ; Lc. VIII, 5-15

samedi 20 octobre 2012

Son Eminence le Novice ( Vladyka Basile [Rodzyanko]) (8)

Bishop Basil (Rodzyanko). Photo by Yu. Kaver

Bishop Basil blessing the fatihful in Russia. Photo: bishop-basil.org
Vladyka bénissant les fidèles en Russie

(Père Wladimir fut très satisfait par ce commandement. Mais plus tard, il s'est avéré que les personnes qui ont fait la connaissance de l'évêque n'a pas eu la tâche facile tout cela dans le traitement de sa volonté constante de mener à bien sa réalisation décisive et sans équivoque de ce vœu monastique. En partie, je fais allusion à moi-même. Parfois, la compréhension de l'évêque de son vœu d'obéissance sainte s'avérerait tout à fait un essai pour moi.)

Par exemple, on pouvait se promener ensemble dans les rues de Moscou, une journée misérable, à travers la pluie battante. Et nous sommes pressés d'arriver quelque part. Et tout à coup une vieille babouchka avec un vieux filet à provisions que l'on appelle avoska ("sac peut-être") nous arrête.
"Père!" Elle a la voix chevrotante d'une vieille femme, ne sachant pas bien sûr qu'elle ne parle pas seulement à un simple prêtre, mais à un évêque, pas moins et qui plus est, un évêque d'Amérique! "Père! S'il te plaît, ne peux-tu pas m'aider? S'il te plaît, bénis ma chambre! C'est la troisième année que je demande à notre Père Ivan, et il n'est toujours pas venu. Peut-être que tu auras pitié de moi? Veux-tu venir? "
Je n'avais même pas réussi à ouvrir ma bouche, et l'évêque exprimait déjà sa volonté la plus passionnée de mener à bien sa demande, comme si toute sa vie il n'avait fait qu'attendre d'avoir l'occasion de bénir cette petite chambre de grand-mère quelque part.
"Mais Vladyka," dis-je désespérément. "Tu n'as même pas la moindre idée où cette chambre pourrait être. Grand-mère, où allons-nous? "
"Oh, pas loin du tout. Juste de l'autre côté de la ville à Orekhovo-Borisovo. C'est seulement à quarante minutes en bus du terminus du métro. Vraiment ce n'est pas si loin ", gazouille-t-elle joyeusement.
Et l'évêque, annulant tous nos plans importants (car il était impossible de le contredire dans de telles situations), se baladait d'abord tête baissée tout le long du chemin jusques à l'autre extrémité de Moscou, la plus grande ville d'Europe, dans une église où un de ses amis lui donna les vêtements nécessaires et les ustensiles nécessaires pour une bénédiction de maison. (Bien sûr, je le suivis.) Pendant tout ce temps, la grand-mère, folle de joie (Dieu seul sait où elle trouvait sa force) et incapable de contenir son bonheur, raconta tout à l'évêque sans cesse au sujet de ses enfants et petits-enfants qui ne lui rendaient jamais visite non plus... Puis, après l'expédition de l'église, nous sommes allés dans l'autre sens, dans le métro de Moscou serrés comme des sardines dans le métro de Moscou bondé aux heures de pointe, debout tout le trajet et avec plusieurs longues marches pour changer de ligne à travers les couloirs bondés, puis debout,  nous avons fait tout le chemin jusques à la fin de la ligne, à la périphérie de Moscou.
A partir de là, tout comme grand-mère l'avait promis, c'était une quarantaine de minutes dans un bus poussiéreux brinquebalant, bourré à craquer lui aussi. Mais finalement, l'évêque a béni et consacré la petite chambre de grand-mère,  huit mètres carrés, au neuvième étage sans ascenseur d'une habitation HLM communiste hideuse. Et il le fit avec la plus sincère prière, majestueusement, et triomphalement, de la même manière qu'il officiait toujours les offices divins. Puis il s'assit avec la grand-mère extatique (en fait, tous deux étaient ravis de l'un de l'autre) et porta aux nues son humble offrande: des petites bretzels  russe appelés souchki, et du thé trop sucré avec une douceâtre confiture de cerises, plein de noyaux.
Puis, avec une immense gratitude, il accepta comme un honneur et ne refusa pas le billet froissé d'un rouble qu'elle tendit furtivement.
"Père", comme elle disait au revoir. "Que le Seigneur te sauve!" cria-t-elle à l'évêque! "Maintenant, ce sera doux pour moi de mourir dans cette petite chambre!"


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

Archimandrite Tikhon

Haïjin Pravoslave (246)


Reste dans le Nom
Respire la sainteté 
De ce grand mystère

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

vendredi 19 octobre 2012

Son Eminence le Novice ( Vladyka Basile [Rodzyanko]) (7)


Bishop Basil (Rodzyanko). Photo by Yu. Kaver

Metropolitan Anthony of Surouzh
Vladyka Anthony (Bloom)


Mais le père Vladimir accepta la proposition de devenir moine, puis évêque comme la volonté de Dieu, et la réponse à ses prières. Il fut d'accord. Les hiérarques des églises orthodoxes américaines et britanniques se serrèrent la main, et le sort du père Vladimir fut décidé.

Cependant, juste avant de prononcer ses vœux monastiques, le futur moine posa à son père spirituel le Métropolite Anthony de Souroge  une question inattendue, mais venant du fond du cœur. "Eh bien, Vladyka, je vais maintenant prononcer les vœux monastiques devant toi. Je prononce pour le Seigneur Dieu et Sa sainte Église les grands vœux monastiques avec plaisir. En ce qui concerne le vœu de chasteté, je comprends tout à fait ce que cela signifie. J'accepte pleinement le vœu de pauvreté aussi. Tous les vœux relatifs à la prière sont également parfaitement clairs et acceptables pour moi. Mais, en ce qui concerne le vœu d'obéissance, là je ne comprends rien! "
"Qu'est-ce que tu racontes?" Le Métropolite Anthony fut très surpris.
"Eh bien, je veux dire" expliqua Père Wladimir, au lieu de me faire commencer comme simple moine, tu me fais immédiatement évêque. En d'autres termes, au lieu d'être un novice et d'obéir aux ordres d'autrui, mon travail signifiera que je suis celui qui aura à commander et à prendre des décisions. Comment puis-je remplir le vœu d'obéissance? De qui vais-je être un novice? A qui vais-je obéir? "
Le Métropolite Antoine resta pensif un moment, puis il dit: "Tu seras dans l'obéissance à tout le monde et à n'importe quelle personne que tu rencontreras sur le chemin de ta vie, pour autant que tu auras le pouvoir d'accorder la demande de cette personne, et qu'elle ne sera pas en contradiction avec les Ecritures."
Père Wladimir fut très satisfait par ce commandement. Mais plus tard, il s'est avéré que les personnes qui faisaient la connaissance de l'évêque n'avaient pas la tâche facile de par sa volonté constante de mener à bien sa réalisation décisive et sans équivoque de ce vœu monastique. En partie, je fais allusion à moi-même. Parfois, la compréhension de l'évêque de son vœu de sainte obéissance s'avérait être tout à fait une épreuve pour moi.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Tikhon



Haïjin Pravoslave (245)


Sous l'Autre Soleil
Même ton ombre 
Redevient Lumière

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

jeudi 18 octobre 2012

Son Eminence le Novice ( Vladyka Basile [Rodzyanko]) (6)

Bishop Basil (Rodzyanko). Photo by Yu. Kaver

Fr. Basil with his wife
Père Basile et son épouse

Après cela, chaque fois que l'évêque Basile est arrivé en Russie, il m'a toujours appelé à l'avance. J'ai toujours été heureux de l'accompagner dans une de ses étonnantes aventures nouvelles et ou de ses nouveaux pèlerinages. En effet, l'évêque a toujours eu d'innombrables occasions pour accomplir ces derniers. Bien que, et aussi étrange que cela puisse paraître, l'évêque n'ait jamais entrepris un seul de ces voyages de son plein gré.
Il m'a raconté une histoire particulière à ce sujet. En 1978, son épouse Maria Vassilievna est morte. La mort de sa femme fut un coup terrible pour le père Wladimir. Il l'avait adorée et était totalement épris d'elle. Cette perte causa quelque chose qui n'est pas rare chez les russes au grand cœur: le père Wladimir commença à boire. L'évêque me parla de cette triste période de sa vie sincèrement, expliquant que cela avait été son épreuve la plus difficile, la pire qu'il ait jamais été obligé de subir.


Il est devenu un véritable alcoolique. Heureusement, en raison de sa constitution incroyablement forte, de sa grande taille, et d'une grande force, pendant un certain temps sa consommation d'alcool n'eut pas d'incidence sur sa capacité à s'acquitter de ses fonctions sacerdotales ou de ses émissions de radio. Père Vladimir avait l'habitude de boire une forte vodka populaire des Balkans connue en Serbie sous le nom de raki.
Il n'est pas évident de comment tout cela se serait passé, parce que ni son confesseur, ni sa famille, ni ses amis ne pouvaient rien faire à propos du problème d'alcoolisme de père Wladimir.
Les choses auraient été absolument terribles, si l'esprit de sa femme Maria Vassilievna défunte, qui, dans la vie, comme l'on dit, avait été une femme d'une grande force spirituelle et d'une grande prière, n'était apparue depuis l'autre monde dans un rêve pour faire que son époux se ressaisisse. Père Wladimir fut tellement choqué par son apparition, et en particulier par la gravité de ce que sa femme avait à lui dire quand elle apparut, qu'il se ressaisit immédiatement après sa réprimande surnaturelle. Sa maladie particulièrement russe fut guérie instantanément.

Eh bien, il cessa vraiment de boire. Mais il avait aussi quelque raison de vivre. Ses enfants à cette époque avaient déjà grandi. Et naturellement, il ne pouvait être question d'un second mariage. D'après les canons de l'Eglise orthodoxe, les seconds mariages sont interdits au clergé. Dans le cas où un prêtre qui est  veuf se remarie, il est à jamais dépouillé de tout droit de servir dans le sacerdoce. Mais, même en mettant de côté de ces règles, le père Wladimir avait été si attaché à son ex-épouse et l'avait aimée si profondément que la partie de son propre cœur qui avait connu l'amour terrestre resta entièrement consacrée à Maria Vassilievna jusques à la fin des temps. Père Wladimir commença à prier avec dévotion. Et le Seigneur répondit à ses prières.

Après la mort du confesseur de père de Wladimir (l'archevêque Jean Maximovitch), son nouveau père spirituel devint le Métropolite de Londres, Anthony (Bloom) de Souroge, vieil ami de la famille Rodzyanko. C'est lui qui informa le père Wladimir que les hiérarques de l'Eglise Orthodoxe d'Amérique  délicatement et avec insistance lui demandaient d'essayer de convaincre  prêtre Wladimir Rodzyanko, prêtre qui était veuf de prononcer les vœux monastiques, après quoi il devrait être envoyé aux Etats-Unis pour servir comme évêque dans la ville capitale de Washington, DC.

Père Wladimir savait trop bien que le vrai service en tant que hiérarque de l'Eglise n'a rien à voir avec les honneurs et le rang, mais avec une multitude d'incessants soucis quotidiens, et avec l'impossibilité complète d'avoir jamais un moment pour soi, ainsi qu'avec le fait de constamment supporter une charge énorme de responsabilités presque incompréhensibles pour les profanes. En outre, la pauvreté, et même une extrême pauvreté est aussi le lot inévitable d'un évêque russe dans la diaspora. A cette époque, il avait presque atteint l'âge de soixante-six ans, avec quarante ans passés dans le sacerdoce.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Tikhon

Haïjin Pravoslave (244)


Tu deviens prière
Et ton souffle sur le Nom
T'agrège au Royaume

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

mercredi 17 octobre 2012

Son Eminence le Novice ( Vladyka Basile [Rodzyanko]) (5)

Bishop Basil (Rodzyanko). Photo by Yu. Kaver

Icône miraculeuse de la Famille Impériale

En ces temps-là, la vérité sur le martyre du tzar et de sa famille venait tout juste de sortir. Oui, il y a eu des livres publiés à l'étranger, et quelques-uns de l'ancienne génération de chrétiens orthodoxes russes avaient raconté ce qui s'était passé et ces récits, aussi rares qu'ils fussent, ont été la source de ce que nous avons pu glaner à propos des nouveaux martyrs de Russie. A cette époque, des arguments tout à fait violents faisaient rage sur le sort de Nicolas II et de sa famille. Plusieurs personnes que j'ai beaucoup respectées étaient plutôt sceptiques quant à l'idée d'élever la famille impériale au rang des saints. L'un de ces sceptiques fut le magnifique archiprêtre Nicolas métropolite de Nijni-Novgorod, qui était également professeur à l'Académie Spirituelle de Moscou, Alexis Ilitch Osipov. Je n'avais rien à répondre malgré les objections de ces personnes très dignes. Sauf une chose: je savais que le tzar Nicolas et sa famille avait fini comme des saints. Ceci s'est passé près de deux ans après que j'ai fait connaissance de l'évêque, au cours de l'un des moments les plus difficiles de ma vie. Je n'était encore qu'un novice, et j'étais dans un état d'esprit peu enviable quand je me promenais dans le monastère Donskoï pour  aller sur la tombe du patriarche Tikhon. Je l'ai fait pour l'anniversaire de l'assassinat de la famille impériale. En cette année des services commémoratifs étaient dits pour lui, mais pour la première fois pas en secret. Et du fond de mon cœur, j'ai commencé à prier pour ces martyrs impériaux, en leur demandant, s'ils avaient atteint la sainteté devant Dieu de m'aider.
Le service commémoratif prit fin. J'ai quitté l'église toujours dans un état désespéré et assez lourd de dépression. Aux portes de l'église, j'ai rencontré un prêtre que je n'avais pas vu depuis plusieurs années. Sans aucune conversation ou questions de mon côté il a immédiatement commencé à parler du sujet et a immédiatement résolu tous mes doutes. Il m'a calmement et clairement dit exactement ce que je devais faire. Cela a, sans exagération, à bien des égards influencé mon sort ultérieur. Et la question de savoir si ou comment la famille impériale devait être vénérée, elle n'a plus jamais été soulevée dans mon cœur, quel que soit ce que l'on me disait par la suite sur les défauts indéniables, les erreurs, les faiblesses et les péchés du dernier empereur russe.
Bien sûr, notre propre expérience religieuse signifie relativement peu si elle n'a pas été confirmée par l'Eglise. Mais heureusement pour moi, le fait de la canonisation par l'Eglise orthodoxe russe du tzar martyr Nicolas II et de sa famille me donne le droit de reconnaître que ma propre petite expérience personnelle fut vraie.
Parmi mes connaissances, personne n'a jamais douté que pour la Russie la monarchie est la forme de gouvernement la plus organique et la plus naturelle. Cela est vrai même si nous étions plus que sceptiques à propos des divers mouvements monarchistes actifs et dispersés de l'époque.
Un jour où je travaillais pour le Métropolite Pitirim, des gens sérieux habillés en uniformes d'officiers d'avant la Révolution sont entrés dans le service d'édition où je travaillai. Sur leurs uniformes des médailles et ordres impériaux brillaient, y compris des croix de Saint-Georges-la plus haute des distinctions honorifiques taristes.
Je fus très surpris et je demandai: "Qu'est-ce qui vous a décidé porter ces médailles? Après tout, elles étaient toujours remises pour bravoure extrême sur le champ de bataille. "
Mes invités m'ont assuré qu'ils avaient bien gagné ces médailles honnêtement sur le champ de bataille. Ils ont dit qu'ils voulaient parler immédiatementau Métropolite. Le Metropolite, à ma grande surprise, les accueillit, et écouta attention ce qu'ils avaient à dire avec beaucoup de curiosité pendant une heure et demie. Le thème de leur visite était presque sans controverse: ces invités exigèrent que le Métropolite leur donne toutes sortes d'assistance en matière de restauration immédiate de la monarchie. Mais quand le Métropolite Pitirim les raccompagna à la sortie, il dit: "Si on vous donne un nouveau tzar maintenant, vous le fusillerez à nouveau dans une semaine... "


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Tikhon

Haïjin Pravoslave /243)


La lampade éclaire
La Présence des icônes-
La prière est douce

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

mardi 16 octobre 2012

Attaque de la Cathédrale russe de Genève

Attaque, 15 octobre 2012

Attaque, 15 octobre 2012

Attaque contre la Cathédrale russe de Genève (ERHF)
Ce lundi 15 octobre 2012,  tôt le matin, 
 la Cathédrale de l’Exaltation de la Croix.

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Protestation inepte: l'Eglise Russe Hors Frontières n'est pas plus responsable de ce qui se passe en Russie, que les temples Calvinistes de Genève l'étaient de ce qui se passait durant  l'apartheid en Afrique du Sud...
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Son Eminence le Novice ( Vladyka Basile [Rodzyanko]) (4)


Bishop Basil (Rodzyanko). Photo by Yu. Kaver

Bishop Basil (Rodzyanko) in Pochaev. Photo by the author
Vladyka Basile à Potchaev

Quoi qu'il en soit, ce soir-là, Viatcheslav Mikhaïlovitch et moi, sommes allés à l'Hôtel Cosmos, où l'évêque Basile était avec un groupe de pèlerins orthodoxes américains. L'évêque est venu à notre rencontre dans le hall de l'hôtel... Nous avons été surpris! Devant nous se trouvait un vieillard d'une beauté remarquable, grand, élégant avec un visage étonnamment bon. Pour être plus exact, il était le modèle même du noble et du staretz, sans aucune ironie ou  sentimentalité, un exemple parfait des meilleurs êtres des temps anciens. Nous n'avions jamais vu de tels grands prélats. Il y avait quelque chose de noble en lui que nous avons pu sentir, c'était l'ancienne intacte la Russie et sa culture si longtemps perdu. C'était un évêque complètement différent de tous les autres évêques avec lesquels nous ayons jamais eu affaire auparavant. Ce n'est pas que les autres évêques que nous connaissions étaient pires. Non! Mais celui-ci était vraiment un évêque complètement différent, d'une tout autre Russie.
Viatcheslav Mikhaïlovitch et moi soudain nous eûmes honte de nous-mêmes d'essayer de mettre en danger ce cher vieil homme sans défense et confiant en danger. Après l'avoir rencontré, et avoir dit quelques paroles générales, nous nous sommes excusés, nous nous sommes mis de côté, et avant d'avoir abordé le sujet principal de notre conversation, nous avons convenu entre nous que nous insisterions pour que l'évêque réfléchisse bien avant d'accepter notre suggestion.
Pour notre conversation nous trois sommes sortis pour une promenade dans la rue, pour être plus éloignés des micros du KGB dans l'hôtel.
Mais dès que l'évêque a entendu pourquoi nous étions venus le voir, joyeusement s'arrêta sur le trottoir, et, saisissant mon bras comme s'il avait peur que je prenne la fuite, il a non seulement donné son plein accord, mais nous a assuré avec passion que nous lui avions été envoyé par le Seigneur Dieu Lui-même. Tandis que je me frottais le coude, essayer de comprendre si oui ou non j'aurais un gros hématome sous ma manche, tout fut expliqué. Il s'est avéré que, à cette date, chaque année au cours des cinquante dernières années, depuis l'époque où il était devenu prêtre, notre évêque avait toujours fait un service commémoratif pour la famille impériale. Et maintenant, il était là à Moscou, et pendant plusieurs jours il avait essayé de comprendre où et comment il serait capable de dire ce service commémoratif pour le tzar et sa famille, même ici, en Union Soviétique. Et soudain, nous étions arrivés miraculeusement, suggérant notre pieuse aventure! L'évêque nous voyait ni plus ni moins comme des anges, envoyés vers lui par le Ciel. Quant à tous nos avertissements à propos des dangers, il les a simplement balayé d'une geste de la main avec indignation.
Il n'y avait que quelques autres questions, que l'évêque Basile résolut instantanément. Selon les anciens canons de l'Eglise, un évêque qui arrive dans un autre diocèse ne pouvait pas célébrer le service divin sans la bénédiction de l'évêque local présidant et à Moscou, cela signifiait le patriarche lui-même. Mais l'évêque nous a dit que la veille au soir, Sa Sainteté le Patriarche Pimène avait déjà permis à l'évêque Basile de faire des services de supplication privés et des pannikhides. C'était exactement ce qu'il nous fallait. En outre, nous avions besoin d'un chœur pour l'office. Mais il s'est avéré que presque tous les pèlerins qui étaient arrivés avec l'évêque chantaient dans les chorales des églises locales.


Au petit matin, le jour anniversaire de l'assassinat de la Famille Impériale, nous nous sommes retrouvés à l'entrée de l'usine Dynamo. Klykov et moi avions amené une cinquantaine d'amis, et il y avait aussi environ deux douzaines de pèlerins américains. Pour la plupart, c'étaient des orthodoxes Anglo-Saxons qui s'étaient convertis à l'Orthodoxie, mais qui ne parlaient que l'anglais et le slavon d'Eglise. Nous avons dû trouver quelque chose de toute urgence, car si nos «gardes du corps» prenaient conscience que des étrangers avaient pénétré sur le territoire de l'usine, cela pourrait également nous causer de grands ennuis. Par conséquent, afin de nous assurer que nous n'aurions pas d'ennuis, nous avons été obligés de faire grand peur à notre moitié américaine de frères orthodoxes  en les avertissant qu'ils pourraient se retrouver dans les sous-sols de la prison de la Loubianka, s'ils prononçaient une parole de plus  que le chant pendant les offices. Soit dit en passant, une fois que l'évêque commença l'office, ils étaient en réalité une très excellente chorale, et ils chantèrent tout le service entièrement par cœur, presque sans accent.
Les représentants de l'administration de l'usine et nos sombres gardes du corps nous ont amenés le long des corridors et des passages très longs jusqu'à ce que nous arrivions à l'endroit où les moines Peresvet et Oslyabya avaient été enterrés. Mon cœur trembla quand je vis avec quelle méfiance les hommes du KGB en civil regardaient cet évêque élégant et son troupeau terrifié, silencieux, mais extrêmement  peu soviétique. Mais de toute façon, tout s'est bien passé.
La sculpture commémorative de Klykov pour les moines guerriers Peresvyet et Oslyabya était remarquablement belle: ascétique, sobre, et pourtant majestueuse. Nous avons commencé par la consécration, puis, d'une manière que nos gardes du corps qui nous écoutaient ne pouvaient pas comprendre, subtilement nous sommes passés au service funèbre. L'évêque a ensuite célébré l'office avec une telle passion, et ses paroissiens ont chanté avec une telle générosité d'esprit, qu'il sembla que l'ensemble du service était terminé en une minute. L'évêque a pris soin de ne pas dire les mots tzar, tzarine, ou  prince héritier, mais il a fait le service pour André Oslyabya  et Alexander Peresvet, en priant aussi pour Nicolas qui avait été assassiné, Alexandra qui avait été assassiné, le garçon assassiné Alexis, et les jeunes filles Olga, Tatiana, Maria et Anastasia qui avaient été assassinées, ainsi que tousceux qui ont été assassinés simplement parce qu'ils étaient près d'eux.
Il est difficile de dire si ces gens-là et ceux en civil comprenaient ou pas. Je ne peux pas tout à fait l'exclure. Mais aucun d'entre eux n'a donné le signe d'avoir compris. Et ils nous ont même remercié quand nous prîmes congé-sincèrement, comme cela nous semblait, à Viatcheslav Mikhaïlovitch et à moi-même.
Quand nous avons quitté le territoire de l'usine et une fois de plus vu le jour dans la ville, Valdyka Basile est soudainement venu vers moi et m'a embrassé, avec une grande étreinte d'ours affectueux. Puis il a dit quelques mots qui resteront à jamais dans ma mémoire. Il a dit qu'il allait être reconnaissant pour ce que j'avais fait aujourd'hui pour le reste de sa vie. Et bien que je n'ai moi-même pas vraiment compris ce que j'avais fait de si extraordinaire, il était extrêmement agréable d'entendre ces paroles de l'évêque.
Et c'était vrai: l'évêque pour le reste de sa vie m'a traité avec la considération et le respect les plus affectueux, qui devint pour moi l'un des dons les plus précieux et de plus immérités qui m'ait été donnés par Dieu.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Tikhon

Haïjin Pravoslave (242)


Garde le saint Nom
Comme un trésor ineffable
Dans l'écrin du cœur

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

lundi 15 octobre 2012

Son Eminence le Novice ( Vladyka Basile [Rodzyanko]) (3)

Bishop Basil (Rodzyanko). Photo by Yu. KaverSculptor V. Klykov, hieromonk Tikhon (Shevkunov) and Bishop Basil (Rodzyanko)
Vyatcheslav Klykov (sculpteur), hiéromoine Tikhon (Chevkounov)
 et Vladyka Basile

Vladyko Basile est apparu dans ma vie et dans la vie de mon ami, le sculpteur Viatcheslav Mikhaïlovitch Klykov, en raison d'une rencontre étonnante et inattendue. C'est arrivé en 1987, juste avant le 17 Juillet, anniversaire de la mort de la famille du tzar. Viatcheslav Mikhaïlovitch et moi-même avions voulu auparavant faire servir une pannikhide pour le repos de Sa Majesté Impériale, mais au cours des années précédentes, c'était impossible, et l'idée même représentait un problème insoluble. Aller dans une église à Moscou et demander simplement à un prêtre un office de pannikhide pour le tzar Nicolas II était clairement impensable. Tout le monde savait que la nouvelle se répandrait, et la moindre sanction à laquelle ce prêtre courageux pourrait s'attendre pour un tel acte serait le renvoi de l'Eglise. Avoir des offices dans une maison privée était impraticable, car beaucoup d'amis auraient voulu y assister.

Il se trouve que pendant ces jours Viatcheslav Mikhaïlovitch Klykov venait de terminer la pierre tombale monumentale pour Alexandre Prerevet et André Oslyabya,  deux célèbres guerriers et moines du grand habit qui furent envoyés se battre pour l'armée victorieuse de Dmitri Donskoï à la bataille du Champ de Koulikovo en 1380, dans laquelle la Russie se libéra du joug des Tatars. Après une longue confrontation avec les autorités soviétiques locales une pierre  tombale fut finalement placée sur la tombe de ces moines héroïques dans l'ancien monastère Simonov, le site de l'usine Dynamo célèbre à l'époque soviétique.
Et soudain, j'ai eu une pensée: puisqu'il avait déjà eu la promulgation d'une approbation officielle pour sanctifier la pierre tombale pour Peresvet et Oslyabya, nous pourrions insérer une pannikhide pour la famille du Tzar pendant le service. Ils enverraient certainement quelqu'un du KGB pour nous espionner, mais les espions ne seraient pas susceptibles de comprendre les subtilités de la cérémonie commémorative en slavon d'église de toute façon, pour eux, ce serait tout simplement un long office ecclésial.
Viatcheslav Mikhaïlovitch aima cette idée. Maintenant, il n'y avait qu'un seul petit problème: essayer de trouver un prêtre assez courageux pour être prêt à officier le service commémoratif. Parce qu'il y avait, après tout, des risques très graves. Peut-être pas les plus grands risques, mais des risques tout de même. Et si l'un des espions et mouchards comprenait ce que c'était que nous avions l'intention de faire... nous avons préféré ne pas même penser à ce sujet. D'un autre côté, nous ne voulions pas que l'un des prêtres que nous connaissions ait des ennuis.
Et puis, une de mes connaissances m'a dit que l'évêque Basile Rodzianko venait d'arriver à Moscou venant d'Amérique. Beaucoup d'entre nous avaient entendu parler de cet évêque, et certains d'entre nous connaissait même ses émissions de radio par les "voix de l'ennemi." En y réfléchissant, nous sommes arrivés à la conclusion que nous ne serions jamais en mesure de trouver un meilleur candidat pour servir la pannikhide pour la famille impériale.
Tout d'abord c'était un émigré russe blanc. Deuxièmement, puisqu'il était citoyen étranger, le risque qu'il encourait, serait moindre que celui auquel nos prêtres autochtones devraient faire face. Le KGB ne pourrait pas faire quoi que ce soit contre lui-probablement. Au minimum, nous pensions qu'il lui serait plus facile pour lui de se sortir de n'importe quelle situation délicate, car après tout il était américain. C'est ce que nous nous disions. Enfin, comme on le disait dans le vers un peu cynique mais populaire d'un poème de cette époque: " Grand-père est vieux et il s'en fiche." En fait quand nous fûmes au pied du mur, nous n'avions de toute façon aucun autre candidat.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Tikhon




Haïjin Pravoslave (241)


Devant la douceur
De l'icône du Sauveur
Les yeux sont rivières

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

dimanche 14 octobre 2012

Son Eminence le Novice ( Vladyka Basile [Rodzyanko]) (2)


Bishop Basil (Rodzyanko). Photo by Yu. Kaver

Father Vladimir Rodzyanko in the BBC Studios
Père Wladimir dans les studios de la BBC


Les Rodzyanko se sont installés en Yougoslavie. Vladimir est devenu en grandissant un très beau jeune homme grand et gentil. Il reçut une éducation brillante, et tomba amoureux d'une jeune fille merveilleuse qui deviendra son épouse. Et à l'âge de vingt-cinq ans, il fut nommé pour servir en tant que prêtre dans une église orthodoxe serbe. Lorsque la Seconde Guerre mondiale a commencé, le père Vladimir Rodzyanko a courageusement participé aux combats contre les nazis. Et lorsque les communistes sont arrivés au pouvoir, il est resté sans hésitation en Yougoslavie alors que la plupart des autres émigrés russes blancs ont fui le pays. Père Vladimir servit comme prêtre dans sa paroisse serbe et il croyait que ce serait mal de laisser sa congrégation, même s'il était sous la menace de la prison ou de la mort. Il n'a pas été tué, mais il a été condamné à passer huit ans dans un camp. Les camps de Tito n'étaient pas moins terribles que ceux de l'URSS. Heureusement, dès que Tito eut un conflit avec Staline, et pour irriter son ancien patron, il a libéré tous les émigrés russes blancs qu'il avait emprisonnés dans les camps. En conséquence, l'évêque est sorti des camps de travail après seulement deux années difficiles et il a été autorisé à quitter le pays. Et il a immédiatement recommencé ses voyages.
D'abord il est venu à Paris vers son père spirituel, l'archevêque Jean (Maximovitch). Puis il a été envoyé à Londres pour servir dans une église orthodoxe serbe. Tandis qu'il était à Londres il a commencé à organiser des programmes religieux dans le département de la BBC en langue russe. Et grâce à ce programme de très nombreuses générations de citoyens de l'URSS ont appris quelque chose sur Dieu, sur la sainte foi orthodoxe, et aussi sur l'histoire de leur église et de leur pays.
Le temps a passé et le Père Wladimir est devenu veuf. L'Eglise l'a béni pour prononcer ses vœux monastiques et il a reçu un nouveau nom, Basile, et il est devenu évêque. Peu de temps après, l'évêque Basile a entrepris un nouveau voyage aux États-Unis, où il a converti des milliers de protestants, catholiques, et athées à la foi orthodoxe russe.
Mais, cependant, il a fini comme un poisson hors de l'eau, non pas tant pour son activité missionnaire énergique que pour son conflit avec un lobby-un très puissant groupe qui préconisait certaines pratiques qui n'ont pas leur place dans l'Église orthodoxe. En conséquence, l'évêque Basile a dû partir en retraite avec une très modeste pension. Mais même cet événement sans intérêt a conduit à la poursuite de ses rêves sincères d'errance et est devenu une raison pour de nouvelles activités. Au cours de ces années, de nouvelles occasions de voyages vers la Russie s'étaient ouvertes, et l'évêque se précipita vers sa terre natale, ce qui était si effrayant et pourtant si important pour lui. Il m'est arrivé d'assister à une partie des événements qui ont eu lieu lors de son retour.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Tikhon

Haïjin Pravoslave (240)

 

Plénitude sainte
La colombe de l'Esprit
Vient dans l'hésychie

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)