"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 10 juillet 2018

Jean-Claude LARCHET: Recension/ Patrick Koelher, Sainte-Odile. Le mont et les grâces


Patrick Koelher, Sainte-Odile. Le mont et les grâces, Éditions du Cerf, Paris, 2018, 240 p.

Le Père Patrick Koehler, recteur depuis 2010 du Mont Sainte-Odile, vient de publier un livre pour introduire le Jubilé qui, en 2020, célébrera le 1300e anniversaire de la mort de sainte Odile, patronne de l’Alsace.

Reprenant au début des chapitres des extraits de la Vita sanctæ Odiliæ virginis et se référant aussi aux scènes d’une tapisserie du XVe siècle située dans les bâtiments qui conservent les reliques de la sainte, l’auteur se sert de situations qu’ils évoquent pour faire part de ses expériences pastorales ayant un rapport avec eux, au Mont Saint-Odile et dans les lieux où il a exercé précédemment son sacerdoce. Il s’agit, dans le style catholique, d’un livre rempli de témoignages et « d’émotions » comme l’a noté un critique, qui fait une lecture de la vie de la sainte à la lumière d’expériences actuelles.

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Ce livre nous donne l’occasion de rappeler l’importance qu’a sainte Odile, une sainte orthodoxe du premier millénaire, dans le monde orthodoxe. Le Père Macaire de Simonos Pétra lui a consacré une notice sans son Synaxaire en date de sa commémoration le 13/26 décembre. Sa Vie et son tropaire ont été publiés en russe, à l’intention des nombreux pèlerins venus de Russie qui se rendent de nos jours au Mont Saint Odile, lieu où a été bâti le monastère fondé par la sainte, pour vénérer les reliques de celle-ci. Ce lieu magnifique, situé près de la ville d’Obernai sur une hauteur qui domine la plaine d’Alsace, attire aussi des pèlerins orthodoxes venus de France, de Suisse, et d’autres pays d’Europe, y compris la Grèce où un service liturgique complet (Petites Vêpres, Vêpres, Matines, Liturgie) a été composé à l’intention de sainte Odile, que l’on trouvera ici en pdf. Des reliques de la sainte sont vénérées dans plusieurs églises orthodoxes, dont celle du monastère de Pantocrator au Mont-Athos, et des icônes qui la représentent figurent dans de nombreuses sanctuaires orthodoxes. Beaucoup de fidèles orthodoxes ont été guéris de maladies ophtalmiques parfois très graves par l’intercession de la sainte qui, née aveugle, a elle-même recouvré la vue dans son enfance grâce à un miracle. Ces miracles sont souvent liés à l’application de l’eau qui coule d’une source miraculeuse située en contrebas du sanctuaire, au bord d’une route forestière qui mène à un second monastère fondé par la sainte, celui de Niedermunster, aujourd’hui en ruine. En relation avec l’un de ces miracles, un très bel acathiste à la sainte a été composé par Claude Lopez-Ginisty.


Nous donnons ci-dessous le texte de la Vie de sainte Odile, extrait des Petits Bollandistes, ainsi que son tropaire et son kondakion.


Jean-Claude Larchet


VIE DE NOTRE MÈRE SAINTE ODILE (VERS 662 – VERS 720


Sainte Odile

Du temps de l’empereur Childéric II (650-675), vivait un duc illustre nommé Adalric, aussi appelé Ethic. Il était d’origine noble. Son père Liuthéric avait exercé la fonction d’intendant au palais du susdit empereur. Le fils était honnête et voulut, quoique laïc, mener une existence spirituelle. Ce pourquoi il s’enquit d’un endroit favorable au culte divin. Adalric confia son dessein à ses fidèles, et un jour ceux‑ci purent lui signaler que des chasseurs avaient découvert sur la hauteur d’une montagne un site appelé Hohenburg [aujourd’hui le Mont-Saint-Odile, près d’Otrott dans le Haut-Rhin] en raison de la disposition des hautes fortifications : celui‑ci paraissait convenir au vœu du duc. Au temps du roi Marcellin la hauteur devait avoir été fortifiée à cause des nombreuses incursions guerrières. La situation plut au duc. Peu après il y ordonna la construction d’une église ainsi que l’édification des autres bâtiments nécessaires aux « soldats du Christ » (moines),
Adalric avait pour épouse une femme de noble lignée, du nom de Persinde, qui était la tante maternelle de saint Léger. Elle était pieuse, distribuait de larges aumônes et écoutait volontiers les Écritures Saintes. Selon la volonté de Dieu, il leur naquit une fille aveugle. Le père en conçut du désarroi car il croyait que Dieu voulait ainsi le punir d’un délit, Rien de tel, pensait‑il n’était jamais arrivé à quiconque de sa famille. C’est pourquoi il donna l’ordre de se débarrasser de l’enfant. La mère plaida la cause de l’enfant. Elle s’appuya particulièrement sur ces paroles que le Christ adressa un jour à ses disciples alors qu’ils le questionnaient à propos de l’aveugle-né : «Ni celui‑ci ni ses parents n’ont péché, mais Dieu veut manifester en lui son œuvre » (Jean 9, 3). Celle référence à l’Écriture ne consola aucunement le duc. Il se répétait que c’était pour lui une grande honte d’avoir une fille aveugle. Conformément à son ordre, la mère devait trouver une homme de confiance qui tuât l’enfant ou l’exilât en un lieu où personne ne pût l’apercevoir.

Apeurée la mère ne sut que faire de sa fille. Finalement, éclairée par l’Esprit Saint, elle trouva une solution. Elle se souvint d’une certaine femme qu’elle avait élevée depuis l’enfance dans sa maison comme l’une des leurs. On l’avait congédiée à cause d’une faute. Elle était mariée et avait un fils. Persinde fit appeler la femme et lui exposa son affliction. Touchée, celle‑ci déclara qu’elle nourrirait et élèverait la fillette jusqu’à la maturité, ce qui consola 1a duchesse Elle prit l’enfant aveugle et la posa dans les bras de la servante avec ces mots : « Je te la remets afin que tu la nourrisses, et qu’elle soit recommandée à mon Seigneur Jésus-Christ. »

La domestique accepta l’enfant avec joie, l’emmena dans sa maison et la nourrit presqu’une année entière. Des racontars commencèrent à circuler parmi les voisins au sujet de cet enfant qui recevait des soins si particuliers. De peur que le secret ne fût découvert, la servante envoya un messager à la duchesse pour l’en informer. Persinde lui donna la consigne de s’enfuir furtivement en un autre endroit nommé Balme [aujourd’hui Baume-les-Dames, situé entre Besançon et Montbéliard], et d’y cacher l’enfant ; et elle ajouta qu’elle avait là‑bas une amie qui pourvoirait à son entretien. La servante obéit et fuit avec l’enfant vers le lieu désigné. Là, elle éleva la fillette au monastère, jusqu’à ce que le Seigneur apparût en songe à un évêque nommé Erhard [évêque irlandais d’Ardagh, alors itinérant en Bavière] et lui ordonna : «Va dans un certain couvent, qui s’appelle Balme ; là tu trouveras une fillette aveugle de naissance ; tu la baptiseras au nom de la Sainte Trinité et lu l’appelleras Odile, et immédiatement après le baptême elle recouvrera la vue. » Erhard se mit aussitôt sur le chemin du monastère et baptisa la fillette par immersion dans l’eau bénite. Lorsqu’il la sortit du baptistère et oignit ses yeux du Saint Chrême, le bandeau de ses yeux se délia et elle éleva un regard clair sur l’évêque. Puis il exhorta les moniales rassemblées à s’occuper avec le plus grand empressement de la vierge consacrée au Christ. Après qu’il eût donné le baiser de paix à sa filleule, il retourna dans son pays.

Les pieuses religieuses élevèrent avec amour la vierge chrétienne et la maintinrent dans la méditation fervente des Saintes Écritures. Elle était studieuse, vigilante à la prière, rigoureuse dans l’abstinence, distribuait l’aumône autant que faire se peut, et méprisait totalement les vanités terrestres pour être plus libre de servir Celui qu’elle avait choisi.

Une révélation du Ciel informa le père que sa fille, dont il avait conclu à la mort, vivait encore et avait retrouvé la vue lors du baptême par un évêque. L’évêque ignorait celle vision. Sur le chemin du retour il fit annoncer par un messager au duc ce qui était arrivé à Balme, et le pria de se réconcilier avec sa fille.

Odile était donc au couvent et se distin­guait par son zèle à servir Dieu. Cela excita la jalousie de quelques moniales. Toutes les offenses qu’elles lui firent subir, elle les supporta par amour pour Dieu et s’efforçait de progresser quotidiennement dans la vertu. Elle avait au pays un frère de belle figure et de haute culture, que le père aimait également beaucoup. Elle lui écrivit une lettre dont elle confia l’acheminement à un pèlerin. Elle le conjura au nom de l’amour fraternel de se souvenir d’elle. Il s’en ouvrit à son père. Mais ce dernier ne voulut rien entendre du retour de sa fille et interdit à son fils d’évoquer ce sujet à l’avenir. Cependant, le jeune homme avait pitié de sa sœur minée de nostalgie ; à l’insu du père il lui envoya une voiture pour la ramener à la maison.

Alors qu’un jour le duc était assis sur une hauteur de Hohenbourg en compagnie de son fils et de ses gens, il se trouva qu’Odile, la fiancée du Christ, approcha assise dans une voiture et escortée d’une foule. Adalric leva les yeux, aperçut cet attroupement et demanda ce que cela signifiait. « C’est Odile » répliqua le jeune homme. Mais le père dit : « Qui a eu la témérité de la rappeler sans mon ordre ? » L’adolescent répondit qu’il avait fait ce geste pour sa sœur qui vivait dans une grande pauvreté. Qu’il se rendait compte à présent combien sottement il avait agi et qu’il en implorait le pardon. Saisi de fureur, le duc, du bâton qu’il tenait à la main, battit son fils avec une violence qui dépassa son intention. Il en résultat que celui‑ci contracta une maladie qui eut une issue fatale. Alors le père comprit le crime commis sur son fils. Pour celle raison il termina sa vie au monastère de Hohenbourg et s’efforça, par de nombreux actes de pénitence, par des pèlerinages à des lieux saints, d’apaiser la colère du Justicier.

Alors le père se souvint du discrédit de sa fille et la fit venir. Il avait l’intention de la traiter avec plus de bienveillance et lui confia le soin d’une religieuse britannique. On lui accorda ce qu’on octroie quotidiennement à l’entretien d’une servante. Odile l’accepta avec reconnaissance et passa un long temps au monastère d’Hohenbourg sans posséder autre chose que l’ordinaire d’une domestique.

Sur ces entrefaites sa nourrice décéda. Odile n’avait pas oublié la sollicitude avec laquelle celle‑ci l’avait nourrie autrefois. Elle ordonna de creuser une tombe et s’occupa elle‑même de son inhumation.

Quelque quatre‑vingts ans plus tard, on ouvrit la sépulture pour y adjoindre une autre dépouille. Le corps entier de la nourrice était réduit en poussière, seul le sein droit qui avait jadis alimenté l’enfant aveugle, était resté intact.

Odile vécut longtemps au monastère, satisfaite de la subsistance qu’on lui avait concédée. Son père ne l’appelait pas. et elle n’avait pas non plus l’envie de paraître devant lui sans y être convié. Alors qu’un jour Odile portait un récipient de farine sous son manteau, elle rencontra son père dans l’enceinte du couvent. Et voici que, mû par une inspiration divine, il abandonna son caractère rébarbatif et l’aborda ainsi avec douceur : « Ma très chère fille, d’où viens‑tu ? Où veux‑tu aller ? Que portes‑tu donc ? » Elle s’arrêta et répondit : « Je porte un peu de farine, seigneur, pour préparer de la nourriture et rassasier les pauvres. » Mais il lui dit : « Ne t’afflige pas d’avoir vécu jusqu’à cet instant dans la pauvreté. Grâce à la Providence tu en es dorénavant délivrée. Et le jour même il lui remit le couvent avec toutes ses dépendances et la chargea, elle et sa compagnie, de prier ardemment Dieu pour le pardon de son méfait. Peu après le duc rendit l’âme.

Comme Odile savait, par l’opinion générale et aussi par une révélation divine, que son père n’avait pu entrer au Paradis, elle implora Dieu en sa faveur en veillant, jeûnant et priant. Sa prière ne fut pas vaine.

Un jour, elle priait en toute ferveur pour la rédemption de son père en un endroit caché de la montagne sur laquelle s’étendait le monastère. Voilà que le ciel s’ouvrit, et une lumière inonda l’orante tandis qu’une voix retentit : « Odile, aimée de Dieu, ne sois plus triste, car tu as obtenu du Seigneur la délivrance de ton père ! Vois, sauvé des enfers il est conduit dans le chœur des Patriarches par des anges. » Par une prière à Dieu elle Le remercia de ce gracieux exaucement.

Odile avait environ cent trente moniales sous sa direction. La sainte mère était doublement leur guide : elle les instruisait en paroles et les stimulait par son exemple. Elle était zélée dans la prière, dans la méditation de la Parole Divine, s’exerçait à mesurer ses discours, était un modèle de sobriété à tel point qu’en dehors des jours de fête elle n’absorbait d’autres mets que du pain d’orge et des légumes. Une peau d’ours lui servait de couche, une pierre d’oreiller. Elle ne recherchait cependant pas la louange des hommes mais ne souhaitait qu’attirer l’attention de son Sauver, et pour cela elle s’acquittait de son devoir envers Dieu dans la plus grande discrétion.

Le couvent que dirigeait la vénérable abbesse s’étendait sur une haute montagne. Ainsi il était vraiment difficile d’y accéder non seulement pour les malades et les faibles, mais aussi pour les bien portants. La sainte servante de Dieu était affligée de ce que pour cette raison ils ne vinssent que rarement au monastère et qu elle ne pût leur prodiguer une réelle hospitalité. Elle rassembla donc la communauté des sœurs pour s’en ouvrir à elles, ainsi que de son dessein de construire un hospice pour l’accueil de chrétiens sur le versant de la montagne. Les compagnes approuvèrent ce projet à l’unanimité. Cependant la Sainte érigea d’abord une église qu’elle fit consacrer à saint Martin. Ensuite elle édifia également un gîte pour les pauvres. Ce logis, qui était joliment implanté et abondamment irrigué plut tant aux moniales qu’elles réclamèrent à Odile d’y construire aussi un monastère, car l’abbaye sur la montagne manquait d’eau. Elle adhéra au souhait des sœurs et bâtit un monastère qui existe encore aujourd’hui.

Alors qu’on était occupé à la construction du monastère, un homme lui apporta trois rameaux de tilleul et lui dit de les planter afin que plus tard ils soient considérés comme arbres du souvenir. Odile fil creuser trois trous. Une sœur craignit que dans ces arbres aussi, comme souvent dans de tels arbres, des vers malins ne s’installent. Toutefois l’abbesse la soulagea en l’assurant que rien de contrariant n’adviendrait jamais à ces arbres. Ensuite elle planta les trois rameaux au nom de la Sainte Trinité. Ces arbres s’épanouirent largement et dans la chaleur de l’été offrirent jusqu’à aujourd’hui une ombre rafraîchissante aux servantes du Christ.

Odile avait coutume d’accueillir la vie monastique des pèlerines tant d’Irlande que d’Angleterre. Elle recevait également avec plaisir des religieux venant de diverses régions, et demanda que quelques-uns d’entre eux lui fussent attachés comme prêtres. Puis elle acheva les deux monastères et y installa des sœurs. Pour le choix de la règle elle convoqua toutes les moniales. À la question de savoir si elles voulaient mener une existence canoniale ou régulière, elles répondirent toutes qu’elles préféreraient la vie régulière. Mais Odile n’approuva pas ce désir. Elle appuya son refus sur le fait que le site inhospitalier et pauvre en eau était impropre à la vie régulière. Les moniales se rangèrent unanimement à son avis et optèrent pour la règle canoniale. L’abbesse remercia Dieu d’une courte prière tout en implorant la bénédiction sur la communauté religieuse.

Odile s’élevait dans la sainteté comme le sapin qui aspire à la hauteur. Bien qu’invoquant de toute sa force l’aide de tous les saints, elle honorait pourtant particulièrement les reliques de saint Jean‑Baptiste parce qu’elle avait recouvré la vue grâce au baptême. C’est pourquoi elle songea aussi à édifier une église en son honneur. Comme elle souhaitait connaître le lieu où devrait être érigée l’église par l’inspiration du saint, elle se leva avant les offices nocturnes et se rendit à l’endroit qu’elle avait choisi pour la prière, et pria étendue sur un énorme rocher qui en souvenir porte encore aujourd’hui une haute croix de bois. Pendant qu’elle se livrait à l’oraison, le Baptiste lui apparut selon la tradition, nimbé d’une grande clarté, dans le vêtement avec lequel il avait baptisé le Seigneur dans le Jourdain. Une sœur, qui était chargée de donner le signal des matines, observait habituellement les étoiles pour savoir l’heure. C’est ainsi qu’elle aperçut une grande lueur. Elle s’approcha de l’endroit et vit Sainte Odile dans la lumière, mais elle ne vit pas saint Jean‑Baptiste. Alors le Baptiste révéla à sainte Odile l’emplacement de l’église et lui en indiqua aussi les dimensions. Après matines, Odile pria la sœur qui avait été témoin de l’apparition, de n’en rien trahir jusqu’à sa mort. Odile se mit immédiatement à l’ouvrage commandé par Dieu,

Un miracle se produisit au début de la construction. Les bœufs, qui tiraient vers le chantier un chariot rempli de pierres, tombèrent du haut de la montagne, d’environ soixante‑dix pieds. Tous accoururent pour achever les bœufs au cas où ils vivraient encore. On désirait en effet savourer leur viande. Par suite de l’intercession de saint Jean‑Baptiste ils trouvèrent les bœufs saufs et la voiture encore chargée. Les bœufs hissèrent ensuite de nouveau le chariot vers la construction sur un étroit sentier à peine praticable par des chevaux. Lorsque la chapelle fut terminée, Odile fit élever à côté un dortoir et les autres bâtiments et y mena avec quelques religieuses une existence retirée,

Odile avait un frère, nommé Adalbert. Celui‑ci avait trois filles appelées Eugénie, Attale et Gundelinde. Elles se sentirent poussées à quitter le monde pour se placer sous l’autorité de leur tante. Instruites par son exemple, elles voulurent servir dignement le Seigneur Jésus-Christ pour obtenir avec elle l’impérissable récompense de la vie éternelle. Odile les accueillit avec joie, les initia consciencieusement et les voua ensuite au service du Seigneur.

Plus fard il advint qu’un domestique du couvent tua son frère. Cette mort l’attrista beaucoup, ainsi que toute la communauté, C’est pourquoi elles prièrent le Seigneur de venger le méfait de telle façon que le meurtrier subît la punition méritée non dans l’au‑delà, mais dans ce monde. Leur prière fut exaucée, comme la suite le démontra, car dans sa famille aucun enfant ne naquit qui ne souffrît d’une calamité.

Au monastère il était d’usage de jeûner et psalmodier quotidiennement. Un jour de jeûne où les religieuses chantaient les psaumes dans le chœur, une servante avertit la maîtresse que le vin destiné à la communauté ne suffisait plus. Odile la consola et raffermit sa confiance dans le Christ qui nourrit des milliers de gens avec cinq pains et deux poissons. Celui‑ci pouvait aussi intervenir favorablement dans ce cas. Lorsqu’arriva l’heure de la distribution de vin, la servante se dirigea vers le tonneau qui contenait encore un petit reste – que l’on appelle « Wogin » en gaulois – et le trouva plein. Devant cette preuve des bontés de Dieu la joie régna parmi les sœurs.

À la suite de beaucoup d’exercices de mortification et de la progression constante de la vertu, la sainte vierge récolta en son âme les fruits de la sainteté. Alors le Seigneur décida que sa sainte se reposerait du travail et de la lutte et recevrait la récompense qu’elle avait méritée en ce avec une grande ardeur. Lorsqu’Odile sut que sa délivrance approchait, elle se rendit dans la chapelle de Saint Jean, y réunit toutes les sœurs et les exhorta d’aimer le Seigneur dans l’observance de ses commandements, et leur demanda aussi instamment de prier ardemment pour elle comme pour son père et sa parenté. Ensuite elle envoya les sœurs à l’église Sainte‑Marie y chanter les psaumes. Elle, cependant resta seule. Pendant qu’elles récitaient les offices des heures, son âme quitta son corps. Un parfum suave se répandit dans toute la maison. Quand les religieuses revinrent de la prière, elles trouvèrent leur mère morte. La tristesse les submergea, parce qu’elles n’avaient pas été présentes à la mort d’une âme si sainte, et que leur mère bien-aimée avait rendu son esprit sans avoir communié. En grande affliction elles supplièrent 1e Seigneur de la ressusciter. Et voyez, l’âme retourna dans le corps. La sainte servante de Dieu se redressa et réprimanda maternellement les sœurs pour leur manière d’agir. Elle avait été placée dans la compagnie de sainte Lucie par la grâce de Dieu et savouré une grande joie qu’aucun être humain ne pourrait décrire. Mais maintenant le poids de l’imperfection reposait de nouveau sur elle. Pour se justifier, les sœurs avancèrent qu’elles avaient procédé de la sorte pour qu’on ne les accusât pas de négligence si elle avait expiré sans la communion. Elle la prit de ses propres mains, se l’administra elle-même et rendit l’âme devant toutes. Ce calice est toujours conservé au couvent en souvenir de cet événement.

Les servantes de Dieu inhumèrent alors avec grand respect le saint linceul dans cette chapelle sur le côté droit devant l’autel de saint Jean Baptiste. Le doux parfum qui s’était déjà répandu persista encore huit jours. De même l’on parla de plusieurs miracles qui survinrent là après sa mort, On ne doit pas s’étonner que sainte Odile ait voisiné avec la sainte vierge et martyre Lucie, comme elle le dit elle-même ; car au temps des persécutions elle n’aurait pas soustrait sa tête au glaive. Elle mourut, ou plutôt échangea la vie terrestre contre une vie meilleure, le treize décembre.



Sainte Odile

Tropaire, ton 4 :

Comme l’aveugle de naissance dans la piscine de Siloam,* tu as trouvé la vue dans les fonts baptismaux. * Tu as vu par les yeux corporels et spirituels,* tu as voulu servir le seul Seigneur,* tu as acquis la grâce par la sagesse en Dieu * et par de nombreux labeurs.* Aussi, nous te louons comme une fille de la lumière, vénérable Mère Odile,* afin que par tes prières, le Christ, la Lumière véritable,* illumine nos âmes et nous conduise dans les tabernacles célestes.


Kondakion, ton 3 :

Ton père, ignorant la puissance de Dieu qui s’accomplit dans la faiblesse,* fut rempli de colère et de fureur et souhaitait te livrer à la mort.* Pourtant il connut dans des grands signes la volonté du Seigneur,* et t’installa dans le monastère sur la montagne élevée.* Et toi, comme un luminaire radieux,* tu as éclairé tous ceux qui cherchaient le salut,* et tu rassemblas une multitude de vierges sages.* Maintenant, alors que tu te tiens dans les cieux, glorieuse Odile,* tu abreuves d’abondants flux de grâce ceux qui accourent à tes reliques.


lundi 9 juillet 2018

Monastère de Draganac /Bulletin du début de l'été


Avec le nombre croissant d'amis et de sympathisants à l'étranger, nous avons décidé de lancer un bulletin électronique mensuel pour vous informer de ce qui se passe ici à Draganac. Nous espérons que vous apprécierez les mises à jour sur la vie du monastère, et n'hésitez pas à les partager avec vos amis ! Merci à tous pour votre soutien, nous ne pourrions pas faire ce que nous faisons sans votre soutien.


Comment meurt un CHRETIEN
Il a été le premier d'entre nous à partir... le nouveau moine Constantin, le premier de la fraternité moderne et renouvelée du monastère de Draganac, le premier à faire son chemin jusqu'à notre but commun, la tombe et, espérons-le, le premier à atteindre notre but commun, le Royaume des Cieux. Il est venu nous voir il y a quelques mois, juste avant le Grand Carême, avec un cancer en phase terminale. Son désir était de mourir comme moine dans un monastère, et notre higoumène l'a accepté. Au début, il était assez indépendant, mais il a été diminué. Il a été tonsuré moine il y a environ un mois, et il était déjà dans un tel état qu'il lui était difficile de se tenir debout.

La tonsure a eu lieu dans sa chambre, avec de nombreux moines, moniales et laïcs présents, tous portant des cierges. Nous lui avions dit qu'il pouvait être tonsuré au lit, mais il a insisté pour se tenir debout pour le service. Dans sa tonsure, le Père Constantin a fini par être une image de l'humanité brisée que nous partageons tous. L'office de tonsure a duré assez longtemps pour qu'il ne puisse pas se tenir debout seul, alors il s'est littéralement appuyé sur son parrain monastique, notre Père Justin. Et pourtant, n'est-ce pas là un exemple de nous tous, dans notre faiblesse, incapables même de nous tenir debout seuls, et ayant besoin de quelqu'un sur qui s'appuyer, pour nous élever vers le Christ ? Ce fut vraiment un moment où nous avons tous rendu grâce à Dieu pour Son Église et pour les bonnes âmes qui nous portent : que ce soit avec les sacrements, avec leur amour, leurs prières, ou comme ici, littéralement, vers la vie en Christ.

Pendant le dernier mois et demi de sa vie, les frères ont pris soin du Père Constantin 24 heures sur 24. Récemment, l'higoumène a fait un voyage d'environ une semaine, et avant de partir, il a dit au Père Constantin d'"attendre" son retour. La nuit du 29 juin, le Père  Hilarion est revenu du voyage, il est allé dans la chambre du Père Constantin pour le voir et lire une prière. Pas plus de cinq minutes plus tard, le frère qui le surveillait a dit qu'il était mort. Le Père Constantin s'est soudainement réveillé de son sommeil, a laissé échapper un dernier souffle, et a quitté cette terre. Obéissant jusqu'au bout ! 


Que Dieu lui accorde la mémoire éternelle et le repos avec les saints, et que nous ayons tous une telle fin bénie dans les bras de l'Église du Christ.

Moutons, moines et femmes : UNE COLLABORATION





Ça commence avec les moutons. Dečani Le monastère, notre monastère frère et le monastère d'origine de notre higoumène, le Père Hlarion, possède un grand nombre de moutons qu'ils utilisent pour la fabrication de fromage et d'autres produits laitiers. Mais, jusqu'à présent, la laine issue de la tonte régulière des moutons était simplement stockée pour un usage futur. Mais pour quoi ?
Autour de Draganac, il y a encore un certain nombre d'enclaves serbes, où les familles vivent depuis des siècles. Ceux qui restent aujourd'hui sont vraiment des survivants, des gens durs qui endurent toutes sortes de privations et de persécutions pour l'amour du Christ. Un problème aujourd'hui est qu'il y a peu de possibilités d'emploi au Kosovo pour les chrétiens orthodoxes. La plupart des familles de ces enclaves vivent avec environ 100 euros par mois d'aide de la Serbie et de l'agriculture de subsistance. C'est une existence difficile.

Cependant, les femmes serbes sont connues pour leurs talents de tricoteuses, et beaucoup d'entre elles viennent au monastère avec de beaux pulls qu'elles ont confectionnés elles-mêmes. C'est ainsi que nous avons eu l'idée d'utiliser leurs compétences et leur créativité, combinées à la laine de notre monastère et à l'audience en ligne via notre site web, pour les aider.

Le monastère de Dečani fournit la laine, notre monastère paie pour qu'elle soit nettoyée et transformée en fil, et nous la donnons gratuitement aux femmes des villages locaux pour en faire de belles créations : pulls, sacs et chaussettes. Tous les produits sont fabriqués avec une combinaison de design traditionnel mais avec un oeil pour le style occidental moderne. Les bénéfices des ventes de notre "Women's Wool Collective" vont entièrement aux femmes et les aident à atteindre une plus grande indépendance et à permettre à leurs familles de rester au Kosovo.
Imaginez : La famille d'une femme vit avec 100 euros par mois, puis l'un de ses pulls fabriqués à la main se vend en ligne au même prix. Elle vient de doubler les revenus de sa famille. S'il vous plaît envisagez d'acheter des produits de nos femmes locales que nous offrons sur notre boutique en ligne, et d'aider une sœur !


Bénédiction des Abeilles

Grâce à l'aide d'amis locaux, nous avons commencé l'année dernière à élever des abeilles à Draganac. Cette année, pour la première fois, nous avons fait la bénédiction traditionnelle annuelle des abeilles, suivie de la première récolte de miel pour l'année. Que Dieu augmente la population d'abeilles dans le monde entier, et qu'Il nous bénisse avec leurs fruits sucrés.

Diffusion de la PAROLE




En plus de l'anglais, notre site Web est maintenant disponible en serbe, français, grec et russe. Partagez-le avec vos amis qui pourraient être intéressés et aidez-nous à diffuser le travail sur la vie de notre monastère ainsi que sur l'Église orthodoxe serbe et son travail au Kosovo-Métochie !



Nous offrons maintenant des chapelets de laine (Tchotkis)
Nous offrons maintenant des chapelets, fabriqués par les frères du monastère de Draganac, en vente sur notre site web. Ils sont disponibles en taille de poignet, avec 50 nœuds et 100 nœuds.
Venez voir !


Boutique du Magasin
Tous les produits vendus ici sont fabriqués par les frères du monastère de Draganac au Kosovo. Ce sont les fruits de nos obédiences monastiques accomplies dans la prière, ou les tâches données aux moines pour soutenir et aider la vie de la communauté.

Si vous ne voyez rien ici dont vous avez besoin, mais que vous voulez quand même aider, vous pouvez envisager de faire un don, qui peut être fait en cliquant sur le lien ici.


Nous offrons la livraison gratuite dans le monde entier pour toutes les commandes de plus de 50€.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
DRAGANAC MONASTERY
Early Summer Newsletter


dimanche 8 juillet 2018

Staretz Ephrem de Vatopaidi: Nous devons abandonner les soucis du monde



Le Christ fut transfiguré 
sur le Mont Thabor. 

Selon les saints Pères, 
Il nous a donc fait comprendre 
que si nous voulons faire l'expérience 
des mystères de la Grâce divine, 
nous devons abandonner 
les soucis du monde. 

Notre esprit doit se séparer 
des choses de ce monde, 
les laisser derrière nous
et se concentrer 
sur les choses d'en haut. 

Le Seigneur nous montre 
que nous pouvons devenir 
par Grâce 
ce qu'Il est par nature.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

samedi 7 juillet 2018

St. Père Porphyrios: Le stress et la mélancolie



Le stress 
est causé 
par l'éradication 
du sens religieux.

Si vous n'avez pas d'amour 
pour le Christ, 
si vous ne vous occupez pas
 de choses saintes, 
vous serez forcément emplis
 de mélancolie 
et 
de méchanceté.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

vendredi 6 juillet 2018

Le sens de la vie



Avant de partir pour le Ciel, 
nous devons réaliser la valeur 
et 
le sens de cette vie : 
c'est une arène 
dans laquelle nous luttons. 

Nous devrions nous rappeler 
que le dicton est sage et vrai 
qui nous dit : 
Ils ont eu la douleur
pour maître 
et 
ils ont beaucoup appris.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Solidarité Kosovo

Classe de mer : c'est dans un mois !

Chers amis, 
Dans un peu moins d'un mois maintenant, nous partirons avec 40 enfants des enclaves en classe de mer, comme nous le faisons chaque été depuis 7 ans maintenant.
Cette idée est née d'un constat : la plupart des enfants et des jeunes que nous croisons pendant nos opérations sur le terrain ont le visage marqué. Ils ont dans les yeux la même gravité qu'ont les adultes qui les entourent, cette gravité qui montre qu'ils n'ont pas eu le temps d'être vraiment des enfants, insouciants, joyeux, libérés de tout soucis.
Ces vacances au bord de la mer leur permettent de vivre, le temps d'une semaine, leur vie d'enfants, mais aussi de réaliser qu'une autre vie est possible, loin des enclaves, loin des brimades continuelles, loin de la peur de l'avenir qui ne les quitte jamais. Avec le temps, nous avons constaté qu'elles leur permettaient également de créer des liens d'amitié avec d'autres enfants vivant des situations comparables aux leurs, amitiés qui les aident aujourd'hui à mieux supporter leur quotidien et qui les aideront demain à construire leur avenir.
Le message que nous avons reçu de la part d'Aleksandar après son séjour avec nous au Monténegro.

Cette année, ces vacances prennent une importance particulière parce qu'elles arrivent dans un contexte très tendu au Kosovo depuis quelques mois. 

Il ne fait nul doute que les enfants ont particulièrement souffert de cette insécurité permanente et bénéficieront plus encore que d'habitude de ces quelques jours de bonheur.

C'est pourquoi nous retournons à Tivat, au Montenegro, comme l'année dernière. Le cadre idyllique de cette petite ville cachée au fond de la baie de Kotor, au bord de l'Adriatique, est parfait pour offrir à ces enfants des vacances dont ils se souviendront toute leur vie.

Les enfants qui viendront cette année ont été sélectionnés par le Père Serdjan, responsable de notre bureau humanitaire au Kosovo, en lien avec toutes les paroisses du Kosovo. Une trentaine ont été choisis à cause de l'extrême pauvreté de leur famille, la dizaine restante a été sélectionnée parmi les élèves les plus méritants cette année. À l'heure où vous lisez ces lignes, les enfants ne savent pas encore qu'ils ont été sélectionnés : ils l'apprendront dans quelques jours. Je vous laisse imaginer les cris de bonheur qui résonneront un peu partout dans les enclaves chrétiennes, puis la hâte joyeuse qui animera ces enfants alors qu'ils prépareront leurs bagages !

Bien entendu, vous vous en doutez, tout ceci a un coût : tout compris, la semaine de vacances pour un enfant coûte 350 euros, pour un total de 15 000 euros. Je ne doute pas que le bonheur de ces enfants vous touchera et que votre générosité nous permettra d'atteindre notre objectif cette année encore.
Merci pour votre confiance et votre fidélité et bon été  !

L'équipe de "Solidarité Kosovo"

PS. Pour retrouver les articles consacrés à la classe de mer de l'an dernier, cliquez ici.
PS2 : « Solidarité Kosovo » étant reconnu d’intérêt général, chaque don ouvre droit à une déduction fiscale à hauteur de 66% du montant du don. A titre d'exemple, un don de 100 € vous permet de déduire 66 € sur la somme de vos impôts à payer. Ainsi votre don ne vous coûte en réalité que 34 €.
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jeudi 5 juillet 2018

Staretz Ephrem de Katounakia: Prière et puissance


La prière de Jésus 
vous donne tant de douceur,
 tant de joie. 

Elle est courte, 
mais elle a tant de puissance...

Tant et si bien que vous dites : 
" Même si je vais en enfer, 
je n'ai pas peur. 

Je vais simplement dire la prière
 là aussi."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mercredi 4 juillet 2018

Staretz Joseph de Vatopaidi: Personne n'est infaillible!


Personne parmi les hommes n'est infaillible, 
surtout quand ils sont encore imparfaits 
et pleins de méchanceté.

Il y a beaucoup de choses 
qu'ils ne savent pas, 
et ils ne sont pas très bons 
pour les autres.

Ils manquent d'expérience 
et mènent également 
une lutte inégale.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

mardi 3 juillet 2018

Staretz Ephrem d'Arizona: la bonne intention


Lorsque Dieu voit de notre part
une bonne intention, 
Il nous aide.

Et il rendra cette petite intention si grande,
que le merveilleux salut
de notre âme
sera accompli!

Version française Claude lopez-Ginisty
d'après

lundi 2 juillet 2018

Staretz Yermanos Stavrovouniotis: Priez-Vous avec foi?


Priez-vous avec foi ? 

Vous êtes entendus! 

Vous repentez-vous avec foi ? 

Vous avez droit à la miséricorde ! 

Vous confessez-vous avec foi ? 

Vous êtes pardonnés! 

Êtes-vous patients avec foi ? 

Vous êtes sanctifiés !

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

dimanche 1 juillet 2018

Jean-Claude Larchet: Demande à toutes les Églises locales d’intégrer explicitement dans les règles relatives aux carêmes et jours de jeûne, l’abstinence de l’usage de l’Internet et des réseaux sociaux





Communication présentée au 2ème Colloque international sur les médias numériques et la pastorale orthodoxe (DMOPC 18), Académie de Crète, Kolymbari, 18-21 juin 2018

Les nouveaux médias, encore appelés médias numériques, dont les instruments sont les ordinateurs, les tablettes et surtout maintenant les smartphones et dont le contenu est principalement celui de l’Internet et des réseaux sociaux et des messages, ont envahi la vie des hommes de notre époque, en particulier celle des jeunes, dès l’âge de 10 ans, parfois moins.
Leurs capacités de communication rapide et presque gratuite, la possibilité qu’ils donnent d’accéder à tous et à tout, et la force des images que les médias numériques véhiculent, leur ont donné un pouvoir de séduction considérable. La pression sociale (notamment celle du conformisme) mais aussi l’organisation économique de la société en a fait des instruments qu’il est pratiquement obligatoire de posséder, sous peine de se voir exclu de divers groupes ou circuits sociaux, administratifs ou économiques.
Mais c’est surtout une dépendance interne, psychologique, qui s’est établie chez les utilisateurs de tous âges. Cette dépendance inquiète beaucoup de parents, car elle affecte maintenant beaucoup d’enfants. Elle est remarquée par les utilisateurs eux-mêmes, et est fortement perçue dans les cas les plus graves, qui nécessitent un traitement drastique, sous la forme notamment d’un sevrage total de longue durée et parfois d’un accompagnement psychiatrique en clinique. Mais cette addiction est souvent inconsciente dans les cas moins graves, car l’habitude a le pouvoir de faire apparaître comme normal ce qui ne l’est pas. On doit le constater : chez la plupart des utilisateurs, l’usage est devenus abus.
Dans ce colloque qui réunit des acteurs de médias orthodoxes, les médias sont présentés dans la plupart des cas d’une manière positive, comme appartenant ou devant appartenir à la vie ecclésiale, avec l’idée qu’ils sont devenus de nos jours des moteurs indispensable à l’activité pastorale et missionnaire de l’Église. Cette vision quasi paradisiaque doit cependant être tempérée. Dans la vraie vie, la consultation de sites orthodoxes occupe malheureusement beaucoup moins de place que celle des autres sites, et beaucoup de jeunes orthodoxes y restent totalement étrangers. Dans une très grande majorité de cas, les passions qui habitent l’homme déchu l’attirent vers des contenus conformes à ces passions, que ce soit dans le choix des sites visités ou dans les motivations de la communication sur les réseaux sociaux comme Facebook, où le narcissisme (que les Pères de l’Église appellent philautia) joue un rôle considérable, que ce soit dans la mise en scène de soi-même ou dans la recherche effrénée de « like » qui flattent l’ego.
J’ai publié récemment un livre de 320 pages, intitulé en français « Malades des nouveaux médias », qui a été traduit en roumain sous le titre « Captivi în Internet », et est en cours de traduction en anglais sous le titre « Addicts of modern medias ». Je montre dans ce livre, de manière très détaillée et argumentée, les effets négatifs, corrosifs et destructeurs des nouveaux médias dans les divers sphère de la vie de l’homme : psychique, intellectuelle, culturelle, sociale, relationnelle, et enfin et surtout spirituelle. Je propose aussi un certain nombre de prophylaxies et de thérapies, en particulier de nature spirituelle. Pour le présent exposé, qui doit être très court, j’ai choisi de parler seulement du jeûne et de l’abstinence, comme moyens de limiter et de contrôler l’usage des nouveaux médias, devenu dans la plupart des cas abusif et nocif.

L’Église orthodoxe a établi pour les périodes de carêmes et certains jours de la semaine ou de l’année des règles de limitation et d’abstinence concernant l’usage de la nourriture et de la sexualité.
L’une des finalités principales de ces règles est d’habituer l’esprit à contrôler les impulsions corporelles et psychiques, à réorienter et à recentrer les forces psycho-physiologiques vers la vie spirituelle, à instaurer un état de faim et de désir qui fait ressentir à l’homme sa dépendance à l’égard de Dieu et son besoin de Lui, à établir dans l’âme un état paisible qui dispose à la pénitence et favorise l’attention et la concentration dans la prière.

L’abus, devenu commun, des nouveaux medias, produit des effets contraires à ceux recherchés par le jeûne et l’abstinence : épuisement vain de l’énergie, sollicitation et dispersion extérieures permanentes, mouvement et bruit intérieurs incessants, occupation envahissante du temps, impossibilité d’établir ou de maintenir la paix intérieure, destruction de l’attention et de la concentration nécessaires à la vigilance et à la prière.
Ces effets, il faut le souligner, sont relatifs à l’usage même des nouveaux médias dès lors qu’il atteint un certain seuil, indépendamment de leur contenu. Comme la montré le grand spécialiste des medias Marshall Mc Luhan, le medium a plus d’impact que le message qu’il véhicule, au point que l’on peut dire que « le medium est le message » (« the medium is the message »). Cela ne doit évidemment pas faire oublier la question du contenu qui, lorsqu’il est mauvais, vient solliciter et alimenter les passions, et augmente encore le degré d’incompatibilité avec la vie ascétique au sens large, et nuit encore plus à la vie spirituelle.

L’Église doit prendre en compte ces circonstances nouvelles créés par notre époque, et établir des règles appropriées, accompagnant celles du jeûne alimentaire et de l’abstinence sexuelle, de manière à aider l’homme moderne, par une limitation volontaire régulière, à se libérer des nouvelles addictions qui l’enchaînent, et de manière à lui donner les moyens de mener pleinement la vie spirituelle qui convient à sa nature et qui est la condition de son épanouissement personnel  véritable.
On pourrait dire que nulle règle n’est nécessaire pour cela et que des recommandations pastorales suffisent, mais on pourrait dire la même chose par rapport au jeûne alimentaire ou à l’abstinence sexuelles pour lesquelles cependant l’Église a établi des canons, et même de manière solennelle, c’est-à-dire lors de Conciles œcuméniques, pour la raison que les règles officiellement et précisément formulées ont un impact plus grand, une portée plus universelles et un caractère plus obligatoire que de simples recommandations – d’ailleurs pas toujours données – au sein d’une paroisse.

La question qui se pose est ici celle de la nature du jeûne et de l’abstinence pratiquées.
Il s’agit déjà, comme l’indique ce qui précède, de limiter le temps de connexion et de réguler strictement l’usage et le contenu des médias. Il est nécessaire d’abandonner la connexion permanente, et de limiter la connexion à une période définie dans la journée. Il convient d’abandonner les médias non nécessaires, comme les médias sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, etc.) et tous les sites de divertissement. Tous les sites Internet présentant un risque de tentations ou de mauvaises rencontres doivent évidemment être évités. Il convient de limiter aussi la connexion Internet à ce qui est strictement nécessaire pour le travail professionnel ou les études.
Les parents doivent apprendre à leurs enfants utilisateurs des nouveaux medias à pratiquer une telle limitation en leur en expliquant le sens.
Les périodes de carême sont des opportunités offertes à tous d’abandonner les relations virtuelles et artificielles des réseaux sociaux pour retrouver des relations réelles, concrètes, approfondies avec la famille et les amis, et, d’une manière générale, être plus attentifs aux personnes qui nous entourent. Ces périodes de carême sont aussi des opportunités pour redécouvrir le silence et la solitude, qui sont nécessaires à l’exercice et au développement de la vie spirituelle.

La question qui risque de fâcher, dans le contexte de ce colloque, est de savoir si l’on doit étendre la règle du jeûne et de l’abstinence des nouveaux médias aux sites orthodoxes eux-mêmes. Je ne veux pas mettre au chômage partiel la plupart des participants à ce colloque, et mon but est encore moins de limiter la présence de la parole chrétienne et ecclésiale dans un monde où elle est déjà trop peu présente.
Mais je voudrais tout d’abord faire remarquer que lors des carêmes, et surtout du Grand Carême, un certain nombre de médias orthodoxes, en particulier ceux qui ont un contenu spirituel, s’autolimitent : ils ferment leurs sites pour une période plus ou moins longue, ou du moins ralentissent et restreignent leur production.
Un telle restriction a une valeur exemplaire et témoigne à sa manière de l’existence du carême et des limitations auxquelles il invite.
Ma seconde remarque concerne la lecture. Il est vrai que, très positivement, la plupart des médias orthodoxes proposent, au moins pour une part, des lectures spirituelles, et certains sites sont même consacrés uniquement à cela. Il n’y a donc pas de raison, en principe, de limiter la production ou la consultation de tels sites, et il semble qu’on devrait même l’encourager, dans la mesure où les fidèles sont invités, pendant les périodes de carême, à faire davantage de lectures spirituelles.
Je voudrais cependant signaler ici que les études scientifiques qui ont été faites sur les modalités de la lecture sur écran montrent que ce  type de lecture est à la fois très rapide et très superficiel.
Sur les écrans, les textes nous apparaissent comme des images. Pour cette raison, le texte sur écran fait l’objet, comme une image, d’un balayage en surface, le regard s’arrêtant habituellement sur quelques lignes seulement.
Une étude scientifique a montré que la plupart des gens ne lisent pas le texte ligne par ligne, comme ils le feraient pour un livre, mais sautent rapidement du haut jusqu’au bas de la page, dans un mouvement qui suit généralement la forme d’un F : ils lisent les premières lignes, descendent un peu, lisent la partie gauche de quelques lignes, puis descendent le long de la partie gauche de la page.
Une deuxième étude a conclu qu’un lecteur moyen sur le Web ne lit qu’environ 20% du texte.
Une troisième étude a établi que la plupart des pages Web sont regardées au maximum pendant 10 secondes, ce qui montre de toute évidence qu’elles ne sont pas vraiment lues.
La lecture sur écran ne s’arrête guère sur les mots ou les expressions. C’est une lecture où l’on fait peu de retours en arrière. C’est une lecture peu réflexive. C’est une lecture superfi­cielle qui ne donne guère lieu a un effort de compréhen­sion et à un effort de mémorisation.
De beaucoup de façon, le multimédia rend la relation au texte plus instable, plus légère, plus fragile, plus éphé­mère.
Les périodes de carêmes peuvent et doivent être des périodes où le temps et la qualité de la lecture peuvent être retrouvés par l’abandon des supports numériques au profit des supports imprimés et en particulier des livres qui, toutes les études le montrent, permettent une lecture beaucoup plus fructueuse que la lecture sur écran et n’a pas les inconvénients de celle-ci.
Se couper complètement des médias, quels qu’il soient, pendant les périodes de carême est une solution idéale pour retrouver l’hésychia indispensable à l’approfondissement de la vie spirituelle, qui est précisément le but principal des temps de jeûne.

Je voudrais noter en conclusion que de nombreuses cliniques privées et hôtels proposent des séjours plus ou moins longs de déconnexion totale aux prix le plus bas de 1000 euros ou 1200 dollars la semaine. L’Église orthodoxe devrait officiellement offrir cette possibilité pendant les périodes de carême, la gratuité du service étant assurée et le rendant donc accessible à tous, avec un outre un profit spirituel qu’on ne trouve pas ailleurs. L’une de ces cliniques a pour slogan publicitaire : « Déconnectez vous pour vous reconnecter. » L’Église peut reprendre à son compte ce slogan en précisant : Déconnectez vous des nouveaux medias pour vous reconnecter à Dieu et à votre prochain.

Deuxième Conférence internationale sur les media digitaux et la pastorale Orthodoxe


Père Jivko d'orthodoxie.com, professeur à Saint Serge, le théologien orthodoxe Jean-Claude Larchet et votre serviteur furent les 3 intervenants francophones à cette conférence. Nous traduirons certaines interventions (qui se faisaient en Anglais, russe ou grec), et mettrons en ligne la conférence originale lorsqu'elle sera accessible.
Aujourd'hui nous publions la conférence de M. Jean-Claude Larchet qu'il nous a communiquée en français.
Pour voir tout le programme: