"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 11 octobre 2017

Sur le blog de Maxime


Géronda Moïse

LA NATURE DE LA PRIÈRE

par Geronda MOÏSE l'Agiorite de bienheureuse mémoire

Quelle est, après tout, la nature de la prière ? Cela vaut-il la peine, le souci et les efforts qui y sont consacrés ? Examinons les paroles des saints Pères pour le discerner.

St Jean Chrysostome dit :

« La prière est un port dans les tempêtes de la vie, une ancre pour ceux qui sont malmenés par les bourrasques, le trésor des pauvres, la sécurité des riches, la guérison des malades, la préservation de la santé. La prière écarte les choses mauvaises et préserve les bonnes.»

Et le père Théophore œcuménique continue :

« La prière fait taire les passions de l'âme, apaise la révolte de la colère, renvoie l'envie, dissipe le mauvais désir, anéantit l'amour des choses mondaines et apporte une grande paix et la sérénité à l'âme.»

L'essence de la prière devient claire à partir de ce qu'elle offre. Saint Jean de l'Échelle dit que la prière est le moyen qui unit l'homme à Dieu. Le grand ascète saint Grégoire du Sinaï, qui voulait traverser l'univers pour enseigner à tous les bienfaits de la prière, pénètre plus profondément dans le sujet avec ces paroles :
« La prière est un feu agréable pour les débutants, une lumière parfumée lorsqu'elle est activée  pour les avancés. La prière avise le cœur, c'est l'espérance du salut, le signe de la purification, le symbole de la sainteté, la connaissance de Dieu, les fiançailles du Saint-Esprit, la joie de Jésus, l’allégresse de l'âme, la miséricorde de Dieu, le signe de la réconciliation, le sceau du Christ, le rayon du soleil perceptible, la confirmation du christianisme, la preuve de la vie angélique.»

Les obstacles sérieux à la prière sont trop de sommeil, trop de nourriture, trop de paroles, et un mode de vie luxueux. Ceux-ci contribuent à l'oubli de Dieu et rendent le corps plus pesant, tout en rendant la vigilance et l'élévation de l'esprit difficiles. Ils n'aident pas à la purification et ils troublent l'esprit, le cœur et le jugement, qui doivent être calmes, paisibles et dans la quiétude pendant la prière.

Comment dois-je prier ? Quand dois-je prier ? Combien de temps dois-je prier ? Des questions comme celles-ci révèlent une absence de prière fervente et continue. Pour celui qui aime la prière intensément il n'y a pas de limites. Il priera simplement à chaque occasion. La prière d'aujourd'hui est une continuation de celle d'hier. Et la prière d'aujourd'hui se poursuivra demain. On dit qu'un saint homme ne disait jamais la formule de fin de la prière «Par les prières de nos saints Pères ...» parce que sa vie de prière n'avait pas de fin.

La difficulté à faire de la prière une expérience quotidienne est révélatrice d'une faiblesse grave dans notre vie spirituelle. Mais, avec la reconnaissance et la conscience de cette faiblesse, nous ne devrions pas être découragés. Elle doit plutôt stimuler des efforts intensifiés et plus persistants. Nous pouvons apprendre à prier pratiquement partout où nous pouvons être, chaque fois que nous y pensons. Mais il doit y avoir des moments particuliers, en plus des offices religieux, lorsque nous pratiquons nos prières individuelles. Et, comme Abba Isaac le suggère pour chaque moine dans sa cellule, nous devons chercher le lieu le plus calme disponible pour nos prières.
Un jour on a demandé à Abba Makarios d'Egypte comment nous devrions prier et il a répondu de cette façon:

« Il n'est pas nécessaire de babiller sottement pendant de longs moments, mais il suffit d'étendre vos bras et de dire : « Seigneur, accorde-moi ta miséricorde comme Tu le désires et selon ta connaisance de qui est pour le mieux. » Et s'il y a une guerre sur le point d'éclater, dites : « Seigneur, aide-moi », car Il sait ce qui est le mieux pour nous et fournit sa miséricorde. »

Nous avons la prière avec des paroles, et nous pouvons aussi faire de toute notre vie une prière, un sacrifice de consécration à Dieu, une prière sans paroles, qui est peut-être la plus forte et la plus grande prière. Asseyons-nous, patiemment, sans relâche, comme des disciples à vie écoutant Dieu parler. Ignorants, innocents, humbles, pauvres, muets devant le Père tout miséricordieux, attendons avec foi sa miséricorde, son salut et son secours salutaire avec d’« ineffables soupirs ». Avec une humble et silencieuse prière, permettons à Dieu de parler dans notre vie. Permettons-lui de faire tout ce qu'il désire avec nous, afin que nous devenions semblables aux saints, ses enfants toujours obéissants, et que restaurés en nous notre beauté primitive et originale, rendant sa vie véritablement notre propre vie.

Abba Isaac dit lorsque vous vous approchez de Dieu pour prier, « Considérez vous comme une fourmi insignifiante, une créature rampante de la terre, une sangsue, un enfant balbutiant. »
Abba Serapion dit que la posture des gens dans la prière doit être comme celle des soldats de garde, constants, vigilants, courageux et prêts comme dans un état d'urgence. 

Ce grand maître de prière, saint Jean Chrysostome, dont toute la vie était une prière, a ceci à dire :

« Nous devons prier avec une attention toujours vigilante, et cela sera possible si nous comprenons bien avec qui nous parlons, et que pendant ce temps nous sommes ses serviteurs, offrant un sacrifice à Dieu. Nous devons prier avec contrition, avec des larmes, avec respect et un grand calme. Nos péchés ne doivent pas nous empêcher de prier. Nous devons avoir honte de nos péchés, mais ils ne doivent pas nous écarter de la prière. Même si vous êtes un pécheur, approchez Dieu avec la prière, afin que vous soyez réconciliés avec Lui. Donnez Lui l'occasion de vous pardonner vos péchés – ce qu'Il veut, afin de révéler son amour pour l'humanité. »
Et le saint Père continue :

« Si vous avez peur de vous approcher de Dieu à cause de vos péchés, vous Lui faites obstacle réellement, dans la mesure où, finalement, cela dépend de vous, de lui donner l’occasions d’exprimer sa bonté et la richesse de ses soins providentiels. Éloignez donc loin de vous toute hésitation et tout doute sur la prière à cause du péché. "

ORGUEIL, VANITE, ET ESTIME DE SOI chez les startsy d’Optina (7 et fin)




L'orgueil est caché dans le désir même de s'élever rapidement à la hauteur de la vertu.

L'orgueil et la vanité peuvent être cachées dans notre désir de nous débarrasser instantanément des passions, et de nous élever rapidement à la hauteur de la vertu. En cela, selon les paroles de saint Léon, il y a un orgueil spirituel caché:

"Désireux de faire plaisir à Dieu, vous souhaitez rapidement vous élever à la hauteur des vertus et vous imaginez que cela est possible pour vous, ce qui démontre clairement votre orgueil spirituel (ce que vous-même reconnaissez également)..."

Mais l'humilité sait bien que "la vertu n'est pas une poire; vous ne pouvez pas la manger toute d'un coup."

"De mes péchés secrets, purifie-moi, et de ceux qui me sont étrangers, préserve Ton serviteur" (Ps. 18: 13-14 LXX).


Ô nos saints pères
 startsy d'Optina, 
priez Dieu 
pour nous, 
pécheurs!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Sur Parlons d'Orthodoxie


L’archiprêtre Pierre Perekrestov (EOHRF), sacristain de la cathédrale de la Mère de Dieu de tous les affligés à San Francisco, secrétaire du diocèse d’Amérique de l’Ouest, est l’auteur de nombreuses publications consacrées à la vie de l’Eglise. 

- Vous êtes né dans la diaspora russe. Parlez nous de votre famille, de ceux qui vous ont influencé lorsque vous étiez adolescent ? Qui vous a fait aimer l’Eglise et la patrie des ancêtres ? 
- Je suis né à Montréal. Mon grand-père paternel était un officier de l’armée Blanche. Il a été tué par les rouges en 1945. Ma maman a été emmenée en Allemagne par la Wehrmacht a l’âge de 13 ans. Notre famille n’a toujours parlé que le russe, lorsque je suis allé à l’école je ne connaissais pas un mot d’anglais. 

Nous recevions beaucoup, et, lorsque cela est devenu possible, des personnes venues de la Russie soviétique. Je pense en particulier à 1967, année de l’Exposition universelle à Montréal. La délégation soviétique était très nombreuse. Pendant tout l’été nous nous nous rendions chaque semaine à l’Exposition, nous y écoutions des concerts, des invités soviétiques venaient nous voir chez nous. 


Les samedis, mon frère et moi allions à l’école paroissiale. Les dimanches nous aidions à la célébration de la liturgie à la cathédrale Saint Nicolas. L’archevêque Vitaly (Oustinov) en était le recteur. Les bavardages dans l’autel étaient prohibés, nous nous consacrions entièrement à la prière. Le clergé ne consistait que de moines, il n’y avait pas de prêtres mariés. Nous nous sentions russes, nous avions une perception russe du monde. 

- Vous avez dit qu’il n’y avait que des moines parmi le clergé de cette cathédrale. Qu’est-ce qui vous a incité à devenir prêtre ? 

- Enfant, je ne me représentais pas du tout ce qu’est la vie monacale. C’est en 1972 que j’ai pour la première fois, à l’âge de 16 ans, visité un cloître. L’archimandrite Théodore Golitsyne, un homme d’une grande bonté, aimait les jeunes. Il avait un minibus et il nous organisait toute sorte d’excursions. Une fois il a invité un groupe de jeunes dont j’étais à visiter le monastère de la Sainte Trinité à Jordanville. Ce voyage a été pour moi décisif. 

Je m’en souviens dans les moindres détails : c’était une soirée brumeuse, les moines et les séminaristes sortaient de l’église pour se rendre au réfectoire, ils ont chanté avant le repas. L’ambiance de piété qui imprégnait l’église du monastère et la solennité des offices m’ont laissé admiratif. Les moines étaient tous empreints de joie et de bienveillance. Lors de l’agape un simple moine, le père Procope, me demanda mon nom et m’invita à revenir en été. 

Cette invitation m’est allée droit au cœur. A notre retour à Montréal j’ai renoncé à regarder la télévision, je me rendais tous les jours à vêpres. Ceci même lorsque les chutes de neige paralysaient les transports en commun. J’écoutais des offices monastiques enregistrés sur disque. Ma mère se mit à craindre que je ne m’engage dans la voie monacale. 



J’ai passé l’été 1972 au monastère et je pris la décision qu’après ma première année universitaire je consacrerai ma vie au monastère et au séminaire. Mais je n’avais pas encore décidé de devenir prêtre. En 1974 je me suis inscrit au séminaire. Pendant mes quatre années d’études et de vie au monastère je n’ai pas été une seule fois témoin de disputes parmi les moines, jamais je n’ai eu connaissance de cas d’humiliations, de dénonciations au monastère ou au séminaire. 

C’était une époque où il ne fallait pas dire aux gens ce qu’ils devaient faire ou les contrôler. Ils se consacraient sans réserve à leur mission monastique suivant en cela l’exemple du recteur, l’archevêque Laure (futur primat de l’EORHF). Il y avait au monastère de Jordanville un esprit d’amour et de foi. Mais aussi, au séminaire, un esprit de liberté et de confiance mutuelle. 

- Dans les années 90 du siècle dernier vous avez commencé à vous rendre en Russie et à avoir des contacts avec le clergé de l’Eglise russe. Quelles ont été vos premières impressions ? Qui avez-vous rencontré ? Comment étiez-vous perçu ? 

- C’est en décembre 1989 que je suis allé pour la première fois en Russie, c’était un voyage tout à fait surprenant. C’est, bien sûr, essentiellement des prêtres dont les vue étaient proches de celles de l’EORHF en ce qui concerne la vénération des martyrs impériaux que j’ai rencontrés. Mes interlocuteurs avaient une grande piété à l’égard des néo martyrs et pensaient que la révolution avait été une terrible catastrophe, une grande cassure dans l’histoire de la Russie. 

Certains prêtres russes exprimaient le souhait de se placer sous l’omophore de l’EORHF. Depuis plusieurs décennies se sont écoulées. Le temps passé a montré qui parmi eux était sincère dans ce souhait. Mais il y avait aussi des personnes intéressées, plus ou moins n’importe qui, ou tout simplement des provocateurs. Je dirai franchement que nous étions à l’époque très naïfs, nous n’étions pas conscients des réalités soviétiques, de ce qui se passait au sein de l’Eglise russe. 

Il nous a cependant fallu vivre cette expérience. C’est grâce à elle, aux erreurs que nous avions commises nous sommes entrés dans les années 2000 différents de ce que nous étions au début de ce chemin. Nous sentions bien mieux ce qui se passait en réalité au sein de l’Eglise russe. C’est sans illusions mais d’une manière lucide et raisonnée que nous nous sommes engagés dans la voie de la réunification de l’Eglise. 



Nous étions perçus par les Russes d’une manière tout à fait non univoque. Pour certains nous étions comme la promesse d’une installation à l’étranger, pour d’autres une source d’aide humanitaire. Mais il y avait aussi ceux qui voyaient en nous des Russes authentiques, ayant maintenu l’identité d’avant la révolution, des exilés. D’autres voyaient en nous des adversaires idéologiques n’ayant rien de commun avec eux. Il arrivait que des prêtres quand ils se mettaient à mieux nous connaître, changeaient d’attitude à notre égard. Il serait peut-être exagéré de parler d’amitiés mais nous sentions que nous menions ensemble notre action pour le Christ, pour l’Eglise et le pays. 

Il faut nommer des prêtres avec lesquels je me suis senti particulièrement proche et avec lesquels notre amitié a duré de longues années. Je pense à l’archiprêtre Léon Lebedev, de la ville de Koursk ; l’archiprêtre Anatole Yakovine, de la région de Vladimir ; l’archiprêtre Michel Jenotchine, de la ville de Gdov ; le défunt archiprêtre Basile Ermakov, de Saint Pétersbourg. 

- Vous faites depuis longtemps partie du clergé de la cathédrale de San Francisco où se trouvent les reliques de Saint Jean de Shanghai. C’est une immense personnalité de la diaspora russe et vous avez sans doute été témoin de miracles survenus grâce à ses prières ? 

- Depuis mon ordination c’est en effet dans cette cathédrale que je me trouve. Je ne cesse de remercier Dieu pour la grâce qu’Il nous accordé, à ma famille et à moi, de nous trouver dans ce lieu. C’est un don que d’officier dans cette cathédrale qui était celle de Saint Jean de Shanghai le Thaumaturge. Tous ceux qui prient les reliques du Saint reçoivent de lui secours et consolation. 

Interview réalisée par l'archiprêtre Séraphin Han. Traduction P.O, texte russe abrégé 

Lien Rublev  Протоиерей Петр Перекрестов: «Мне бы не хотелось, чтобы Русская Зарубежная Церковь потеряла свою идентичность» 

Saint Jean de Shanghai (Maximovitch) 1896-1966 : Règles pour les servants d'autel 

mardi 10 octobre 2017

ORGUEIL, VANITE, ET ESTIME DE SOI chez les startsy d’Optino (6)


St. Ambroise

Et le staretz Ambroise a donné les conseils suivants:


"Si vous répondez à la vaine gloire avec le souvenir de vos péchés et de la paresse, alors vous verrez qu'il n'y a rien qui justifie de se vanter".



Le saint avait l'habitude de dire:



"L'homme est comme l'herbe. Celui qui est hautain fanera comme l'herbe, mais celui qui craint Dieu recevra miséricorde du Seigneur.



"Nous devrions regarder vers le bas. Rappelez-vous: "Tu es en poussière, tu retourneras en poussière."



"Quand l'orgueil attaque, dites-vous:" Une femme étrange se promène! "



Le staretz avait l'habitude de conseiller ceci:



"Quand la vaine gloire arrive, priez comme ceci:" Seigneur, de mes péchés secrets, purifie-moi, et de ceux qui me sont étrangers, préserve Ton serviteur. "



Parfois, une personne essaie de se débarrasser des pensées d'orgueil et de vaine gloire de toutes ses forces, mais ne peut pas réussir du tout. A ce sujet saint Ambroise a écrit:



"Le bruit de l'Ennemi continue de vous agacer, et les ennemis se comportent de toutes les manières possibles pour blesser votre âme avec les flèches d'orgueil et de suffisance."



Dans un tel cas, le staretz a d'abord conseillé d'examiner sa disposition émotionnelle:



"Tout d'abord, regardez votre disposition émotionnelle, peut-être êtes-vous en paix avec tous, peut-être que vous jugez quelqu'un."



Le saint écrivit à son enfant spirituel:



"Prie Dieu avec humilité  avec les paroles du Psaume:" Qui peut comprendre les chutes dans le péché? De mes péchés secrets, purifie-moi et de ceux des autres, épargne Ton serviteur. "



Tous les pères saints ont une réponse unanime et un conseil dans de tels cas: en tout cas de tentation, la victoire est l'humilité, l'auto-reproche et l'endurance patiente, en demandant ces choses d'en Haut. Prie à la fois la Reine des Cieux et tous les saints qui ont plu à Dieu, et quiconque en  lequel tu as une foi particulière, afin qu'ils t'aident à te débarrasser de l'illusion démoniaque.



"Notre estime de soi est la racine de tout le mal. C'est le début de toutes les passions; C'est la cause de tous nos malheurs et de toutes nos souffrances - parfois dans le présent, mais parfois comme conséquence de fautes antérieures ... La hache de combat pour éradiquer les racines de l'estime de soi est la foi, l'humilité, l'obéissance et la coupure de tous nos désirs et de toutes nos opinions. "



Le travail et les peurs peuvent aussi vaincre l'orgueil. Saint Ambroise avait l'habitude de dire:



"Il faut travailler beaucoup, et avoir de nombreuses blessures pour ne pas périr à cause de l'orgueil  Quand elles [les blessures] ne nous touchent pas ou ne nous poussent pas, l'orgueil demeure en nous jusqu'à la fin de nos vies. "



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

lundi 9 octobre 2017

ORGUEIL, VANITE, ET ESTIME DE SOI chez les startsy d’Optino (5)


St. Hilarion

L'orgueil seul peut remplacer toutes les autres passions


Il arrive que l'orgueil soit si grand chez une personne que les autres passions diminuent. Saint Macaire a donné cette guidance spirituelle à ce sujet:

"Une passion en reproche une autre: où il y a de l'estime de soi, l'avarice cède la place, et vice versa. Nous savons cependant que parfois tous les vices quittent une personne, et seul un reste avec elle, l'orgueil.

Une telle personne peut se comporter de manière irréprochable et considérer avec mépris d'autres personnes qui souffrent d'ivresse ou de fumer ou d'autres passions. Mais il y a une telle arrogance et une telle admiration de soi-même dans le regard de cette personne extérieurement irréprochable, des louanges si désordonnées de ses vertus, que l'orgueil seul est suffisant pour que son âme périsse. 

Le staretz a mis en garde:

"Il arrive cependant, selon la parole de saint Jean Climaque... que toutes les passions se retirent de certaines personnes, sauf le seul orgueil, qui remplace toutes les autres passions, et c'est pourquoi nous devons faire attention à ce que, au lieu de porter du  fruit, nous ne produisions pas de mauvaises herbes."


Comment combattre ces passions

Saint Macaire a conseillé que, en luttant contre les pensées de prestige et d'orgueil, nous ne devrions pas être embarrassés de les révéler en confession:

"A propos du fait qu'ils trouvent des pensées hautaines, ils doivent les révéler et ne pas être embarrassés."

St. Hilarion a enseigné que, à l'apparition de pensées de vaine gloire et de louange de nous-mêmes, il faut nous rappeler que le principal est l'humilité, et ici, c'est exactement ce que nous n'avons pas. Et la première preuve de ce fait est précisément les pensées de vanité qui nous arrivent:

"Coupez les pensées qui nous louent et les pensées de vanité par le fait que la chose la plus agréable de tous à Dieu est l'humilité, mais vous ne l'avez pas; ce qui signifie que vous n'avez rien de bon. C'est ce qu'il faut faire correctement, ce que vous devez faire."

Le staretz Joseph a enseigné que lorsque des pensées de vanité apparaissent, nous devrions nous souvenir de nos péchés:

"Et quand la vaine gloire se lève, ce n'est pas une mauvaise chose que de se rappeler un petit péché qui nous fait reproche."


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Jean-Claude Larchet/ Recension: Isidore de Péluse, « Lettres », tome III

Isidore de Péluse, « Lettres, tome III, Lettres 1701-2000 ». Texte critique, traduction et notes par Pierre Évieux avec la collaboration de Nicolas Vinel. Collection « Sources chrétiennes » n° 586, Paris, Cerf, 2017, 488 p.
Saint Isidore de Péluse est l’auteur de 2000 lettres que la collection « Sources chrétiennes » publie peu à peu. Ce troisième volume comporte les lettres 1701 à 2000, tandis que le volume 1 (n° 422, 1997) comportait les lettres 1214 à 1413 et le volume 2 (n° 454, 2000) les lettres 1414 à 1700. Il reste donc à publier plus de la moitié de cette vaste correspondance.
Cette édition a été préparée par Pierre Évieux, mais son décès en 2007 a exigé pour le présent volume la collaboration de Nicolas Vinel.
Le tome 1 comporte une remarquable introduction de Pierre Évieux (180 pages), dans laquelle il livre un résumé de ses savantes recherches sur l’auteur, qui ont été intégralement exposées dans un livre de référence (Isidore de Péluse, « Théologie historique », Paris, Beauchesne, 1995).
Alors que beaucoup de spécialistes avaient dans les décennies précédentes douté de l’attribution de ce corpus de lettres à Isidore de Péluse et avaient même douté de l’existence du Pélusiote, les recherches de Pierre Évieux ont établi avec de solides bases argumentaires la réalité de l’une et de l’autre.
Né vers 355, issu d’une famille aisée et pieuse, Isidore passa par toute la formation grecque classique (incluant notamment la connaissance des poètes, des orateurs antiques et des philosophes); cela explique à la fois sa vaste culture (on disait de lui qu’il était tout une bibliothèque) et la grande qualité de son style. Après avoir été formé à Péluse puis à Alexandrie où il se perfectionna dans l’art de la rhétorique, il obtint la chaire de sophiste à Péluse. Vers 385, il embrassa la vie monastique au désert de Nitrie, où il s’imprégna de la spiritualité des Pères du désert, ce qui valut à certains de ses enseignements de figurer parmi les Apophtegmes de la collection alphabétique, et se traduit dans ses lettres par des références aux cadres classiques de la spiritualité de cette époque fondatrice de l’ascétique chrétienne orientale, qui fut aussi son âge d’or. Après quelque temps, il retourna à Péluse où il fut ordonné prêtre par l’évêque Ammonios qui lui confia les fonctions de didascale. Les mœurs de certains membres du clergé étaient alors très dégradées. Isidore multiplia les remontrances (on en trouve de nombreuses traces dans sa correspondance), et finit, par entrer en conflit avec le nouvel évêque du lieu, Eusèbe, qui le chassa du presbyterium. Il se retira alors (vers 413) dans un monastère situé à environ 20 km de la ville, où il termina sa vie dans l’ascèse et la prière, tout en continuant sa correspondance. Il mourut aux environs de 435-440.
Les 2000 lettres écrites par Isidore s’adressent à 426 destinataires, appartenant à divers milieux: 172 clercs (à qui sont adressées 1239 lettres); 63 moines (150 lettres), 138 laïcs (549 lettres), parmi lesquels 104 sont dans l’administration impériale (413 lettres) et 34 sont impliqués dans la vie municipale (136 lettres); à noter que l’on trouve au moins 24 païens parmi les destinataires. On peut comprendre à partir de là que ces lettres apportent une foule de renseignements sur la situation de l’Église et de la société de l’époque, et qu’elles abordent les sujets les plus divers, répondant le plus souvent aux questions de correspondants dont les conditions sont différentes et le niveau spirituel variable. Isidore traite volontiers de questions exégétiques, mais, en rapport avec la situation et les interrogations de son milieu, il aborde le plus souvent des thèmes ascétiques et moraux. La théologie est peu présente dans ces lettres, mais Isidore manifesta aussi sa compétence dans ce domaine: contemporain du concile d’Éphèse, il fut en correspondance avec saint Cyrille d’Alexandrie, et Sévère d’Antioche mentionne ses positions.
Les lettres d’Isidore se caractérisent par leur brièveté (elles n’ont parfois que quelques lignes). Leur style est sobre et concis, jusqu’à prendre la forme de maximes, ce qui lui donne souvent une forme percutante, mais ne l’empêche pas d’être d’une grande élégance et de manifester un grand sens de la mesure. L’intelligence s’y conjugue avec une haute qualité spirituelle. Elles sont empreintes d’une profonde sagesse, reflet de celle des Pères du désert, mais intégrant aussi dans une perspective chrétienne le meilleur de la sagesse antique, stoïcienne en particulier.
Nous en donnons ci-dessous quelques exemples, tiré du volume 3 qui vient de paraître:
Lettre 1779, à Nil
« Le juste tombera sept fois » (Pr 24, 16) n’est pas dit au sens premier, mais parce que celui qui lutte en respectant la Loi tombe nécessairement, tel un athlète. Or cela n’est pas forcément la cause d’une défaite, mais souvent d’une victoire: beaucoup, dans leur chute, ont déséquilibré ceux qui semblaient stables en projetant, par le pied, tout le corps au sol et en arrachant la victoire. Voilà pourquoi on ne dit pas seulement qu’il tombera, mais on ajoure aussi qu’il se relèvera, pour annoncer son couronnement. L’homme qui, même quand il chutera, se redressera vite, considère-le comme excellent.
Lettre 1795, à Léontjos
La vertu est si loin d’être prise en défaut par les vicissitudes de l’existence que, en leur appliquant des rênes adaptées, elle garde la direction qui convient. En effet, elle associe la parcimonie à la richesse, la mesure à la gloire, la modestie au pouvoir et le courage à la pauvreté. Si donc elle triomphe des revirements de situation, si elle acquiert ici-bas une renommée vénérable et qu’elle doive la conserver dans l’au-delà, pourquoi ne l’embrassons-nous pas?
Lettre 1803, à Cyros, prêtre
Bien que le sacerdoce soit plus éminent et plus digne que toute royauté, ceux qui l’ont reçu ne doivent pas pour autant se croire au-dessus des autres, mais estimer que la douceur mêlée d’intelligence en est l’ornement le plus convenable et le plus approprié, en songeant qu’il est supérieur à toute distinction et toute dignité humaines, que c’est par la grâce et la disposition divines qu’ils l’ont reçu en vue d’aider les autres, et qu’ils ne sauraient avoir le droit de l’outrager par la tyrannie.
Lettre 1806, à Harpocras, sophiste
Quand une armée allie la prudence, la discipline et l’ordre à un général vertueux, alors elle paraît redoutable à ses adversaires et remporte souvent les trophées avant l’assaut, car les ennemis cherchent à négocier et envoient des ambassadeurs. Dès lors, puisque routes ces qualités, dont nous aurions besoin contre les démons, nous font défaut (au lieu de nous liguer contre eux, nous nous liguons avec eux les uns contre les autres), notre défaite n’a rien d’étonnant: ce qui serait étonnant, c’est plutôt que, sans rien faire de ce qui convient aux vainqueurs, nous soyons dignes la victoire.
Lettre 1840, à Hirakléios
Combien de gens, pour avoir désiré plus, ont tout perdu? Pour avoir accumulé le superflu, combien ont perdu même le nécessaire? Pour avoir outrepassé les limites légitimes, combien ont été dépouillés d’une fortune moyenne? Il faut donc retrancher le superflu, afin d’être riches du nécessaire: la plus grande richesse, ce n’est pas d’avoir la richesse, mais de ne pas en avoir besoin.
Lettre 1847, à Paul
Il faut garder sa langue bienveillante et noble: puisqu’il s’agit d’extraire de l’abîme du vice ceux qui y ont sombré, et qu’il semble parfaitement absurde que la personne censée en relever d’autres chute elle-même, elle sera fondée, autant que possible, à voiler la turpitude de leurs actes par la noblesse de ses mots, pour éviter de salir sa propre langue en voulant les réprimander, et de se souiller elle-même en souhaitant les débarrasser d’une souillure. Si tu déclares qu’il est impossible de toucher l’auditeur en disant les choses avec noblesse, je déclare pour ma part que l’homme qui méprise un reproche modéré fait encore moins de cas d’un reproche immodéré et brut : si la douceur de la voix et la noblesse des mots sont sans utilité, il y a peu de chances que l’exposition brute des actes soit utile.
Lettre 1859, à Théodore, Augustale.
Le signe d’un tempérament d’homme d’État n’est pas, comme tu le crois, la vanité et l’orgueil, mais la douceur, l’affabilité et un comportement clément envers tous. La première attitude est celle d’une bête sauvage et d’un serpent, la seconde est propre à commander et très utile aux sujets. En effet, ce n’est pas l’orgueil, mais la prudence des chefs qui règle les affaires des sujets. L’un est dangereux pour eux-mêmes et pour leurs subordonnés, l’autre est sûre pour tous: pour les uns, s’ils amènent le pouvoir à se faire plus proche du peuple ; pour les autres, s’ils changent la clémence des chefs en une affection supérieure il la crainte.
Lettre 1901, à Stratégios, moine
Celui qui constate en philosophe que la nature des choses n’est rien de plus que le courant d’un fleuve, une fumée dispersée dans l’air et une ombre fuyante – voire moins que cela –, ne saurait être ni exalté par les événements heureux ni accablé par les malheurs: au milieu de ces changements, il gardera son esprit inchangé. En effet, celui qui ne s’attache pas aux bonheurs présents ne sera pas non plus affligé s’ils disparaissent.
Jean-Claude Larchet

dimanche 8 octobre 2017

ORGUEIL, VANITE, ET ESTIME DE SOI chez les startsy d’Optino (4)


St. Macaire d'Optina
Il est très difficile de se débarrasser de l'orgueil
Il est très difficile de se débarrasser de l'orgueil. Si une personne pense qu'elle est déjà libérée de l'orgueil, qu'elle a déjà atteint l'humilité, alors, selon les paroles du staretz Macaire, cela prouve manifestement son orgueil:
"Dans votre lettre, vous vous êtes dit humble (bien sûr, c'est par ignorance!), mais vous n'avez pas encore atteint le point d'être humble. Si nous avons acquis cette richesse, nous pourrions facilement atteindre toutes les vertus. Oui, toute seule, l'humilité sans les autres vertus, peut nous sauver, mais les vertus sans elle, au contraire, n'offrent aucun bienfait. Celui qui a acquis l'humilité a acquis Dieu. C'est l'enseignement de ce grand homme qu'est saint Isaac.
Donc, vous ne devriez pas penser que vous êtes humble, mais si vous pensez que vous l'êtes, alors vous manifestez évidemment votre orgueil.


Breughel. L'orgueil. 
Saint Ambroise avait l'habitude de dire:
«Trois petits anneaux sont accrochés l'un à l'autre: la haine à la colère et la colère à la fierté».
«La vaine gloire ne donne pas la paix à une personne, l'incitant à la jalousie et à l'envie, ce qui la rend contrariée, élevant dans son âme une tempête de pensées».
"Vous regardez de haut les gens- et de là viennent des pensées, d'abord de vaine gloire, et aussi de mauvaises pensées. Tenez la tête vers le bas, ainsi ne regardez pas les gens.
Et saint Macaire prévenait que les passions gagnent de la force par l'orgueil, tandis que l'humilité, au contraire, détruit les passions:

"Mais vous devez savoir que toutes les passions gagnent la force de nous conquérir par notre orgueil, tandis que, au contraire, l'humilité les détruit".

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Sur le blog de Maxime: LA PRIÈRE DANS NOTRE VIE SPIRITUELLE par Geronda MOÏSE [1] La prière en tant qu'aspect important de notre vie spirituelle [1ère partie] par Geronda MOÏSE l'Agiorite de bienheureuse mémoire



La vie de prière, dont nous nous entretiendrons, est une partie d'un sujet beaucoup plus large, de la la vie spirituelle en général, la vie en Christ, l'ascension spirituelle, la voie de la sanctification et la déification. Associée à une purification intérieure personnelle et à une vie sacramentelle régulière, une vie de prière contribuera de manière significative à la régénération des fidèles durant cette période difficile dans laquelle nous vivons.

Le contenu de cet entretien n'est pas la propriété de l'auteur. Il consiste principalement en un matériel emprunté aux ressources abondantes qui nous ont été léguées comme héritage par les saints Pères. Sont également inclus de précieux morceaux recueillis avec appétence de la table de dîner spirituelle des anciens du Mont Athos.

Il y a beaucoup de stations ou étapes dans le cheminement de l'ascension spirituelle par la prière. Nous en aborderons brièvement quelques-unes des plus importantes concernant notre sujet.


FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

25 septembre / 8 octobre
18ème dimanche après la Pentecôte

Sainte Euphrosyne d’Alexandrie (Vème s.) ; saint Paphnuce l’Égyptien et avec lui 546 martyrs (IIIème s.) ; saint Arsène le Grand, catholicos de Géorgie (887) ; saint Serge, higoumène de Radonège, thaumaturge et protecteur de la Russie (1392) ; sainte Euphrosyne de Souzdal (1250) ; sainte Dosithée, recluse de Kiev (1776) ; saints nouveaux martyrs de Russie : Nicolas (Rozov), confesseur, prêtre (1941). 
Lectures : 2 Cor. IX, 6–11. Lc. V, 1–11.



VIE DE SAINT SERGE DE RADONÈGE
Saint Serge naquit en 1313 à Rostov. Ses parents, Cyrille et Marie, lui donnèrent au baptème le nom de Barthélémy. Dès le sein de sa mère, Dieu laissa prévoir la gloire future de son serviteur. C'est ainsi qu'une fois, au cours de la liturgie avant la lecture de l'Evangile, l'enfant se mit à crier dans le sein de sa mère, si fort que sa voix fut entendue par d'autres. Lorsqu'il eut sept ans, on envoya l'enfant étudier. Or, contrairement à ses frères qui apprenaient bien, Barthélémy éprouvait des difficultés. Malgré toute sa bonne volonté, Barthélémy ne parvenait pas à apprendre. Un jour, Barthélémy aperçut un moine âgé sous un chêne, qui priait en versant des larmes. Le jeune garçon s'approcha doucement, attendant la fin de la prière du staretz, qui lui dit: «Que te faut-il, mon enfant?» Barthélémy répondit: «Je ne puis apprendre malgré mes efforts. Prie Dieu pour moi, saint père, pour que je puisse apprendre les lettres». Le staretz, en prononçant une prière, donna un morceau de prosphore à l'enfant et lui dit: «Ne t'afflige point. A partir de ce jour, le Seigneur te donnera la compréhension des lettres!» Alors que le staretz voulait sortir, Barthélémy tomba à ses pieds et lui demanda de visiter la maison de ses parents. L'Ancien, en souriant, se rendit à la maison des parents de l'enfant, qui le reçurent avec grande considération. Ils le prièrent de partager leur repas, puis le staretz entra dans la chapelle familiale. Prenant l'enfant avec lui, le vieux moine lui ordonna de lire les heures. 

Cependant, Barthélémy, troublé, répondit qu'il ne pouvait pas lire. Le staretz réintima l'ordre, et l'enfant, ayant pris sa bénédiction, commença à lire le psautier correctement et distinctement, à l'étonnement général. Le staretz, avant de se séparer d'eux, dit ces paroles «Cet enfant va devenir la demeure de la Sainte Trinité, et amènera une multitude à la compréhension de Sa volonté». Après cela, Barthélémy commença à fréquenter avec ardeur l'église et à lire la sainte Ecriture. Après un certain temps, alors qu'il était âgé de douze ans, il se mit à observer une stricte tempérance, s'abstenant de toute nourriture le mercredi et le vendredi et se contentant, les autres jours, de pain sec et d'eau. En raison de certains malheurs qui le frappèrent à Rostov, le père de Barthélémy, Cyrille, partit à Radonège avec sa famille. Là, Barthélémy continua son ascèse. Alors que ses deux frères s'étaient mariés, il demanda à ses parents la permission de s'engager dans la vie monastique. Ceux-ci le prièrent d'ajourner son désir jusqu'à leur mort. Cependant, peu de temps après, ils entrèrent eux-mêmes au monastère et décédèrent bientôt. Ensuite, il fit don de ses biens à son frère cadet Pierre et décida d'accomplir son désir. Son frère aîné Etienne, dont la femme était décédée, effectua sa profession monastique au monastère de Khotov, où ses parents étaient enterrés. Barthélémy, qui souhaitait une profonde solitude, convainquit Etienne de rechercher un endroit qui conviendrait mieux à la vie ascétique. Ils cheminèrent longtemps dans les forêts, puis trouvèrent un endroit approvisionné en eau et éloigné des chemins battus, à dix verstes de Radonège et de Khotov. Ils bâtirent une cellule avec une petite église. Le frère cadet, obéissant à l'aîné, demanda en quel nom serait construite l'église. Barthélémy, se rappelant les paroles du staretz, répondit qu'il convenait de dédier l'église à la Sainte Trinité. L'église fut consacrée avec la bénédiction du métropolite Théognoste. 

Ayant demandé à l'higoumène Métrophane de venir, Barthélémy reçut la tonsure monastique avec le nom de Serge. Il avait alors vingt-quatre ans (1337). Etienne, quant à lui, parti peu de temps après au monastère de la Theophanie à Moscou. Et voici que Serge se trouva seul dans cette forêt, où les loups hurlaient près de sa cellule. Les ours aussi s'approchaient du lieu où vivait le saint.. Saint Serge resta seul pendant trois ans jusqu'à ce que des zélateurs de la piété commencent à lui demander de vivre sous sa direction spirituelle. Peu à peu, douze frères se rasemblèrent, et chacun d'entre eux construisit sa propre cellule. L'office de minuit, les matines, les heures, les vêpres et les complies étaient quotidiennement célébrées à l'église. Pour la célébration de la liturgie, les frères appelaient un prêtre de l'extérieur, car il n'y en avait pas encore parmi eux. Enfin, l'higoumène Métrophane, qui avait tonsuré Serge, vint vivre avec eux. Mais, peu de temps après, cet ancien mourut. Quant à Serge, il ne voulait pas, par humilité, devenir higoumène. Les frères se réunirent alors, vinrent voir le saint et lui dirent: «Père, nous ne pouvons vivre sans higoumène, et nous souhaitons que ce soit toi qui remplisses cette fonction. Ainsi, lorsque nous viendrons te révéler nos péchés, nous recevrons des enseignements et l'absolution. Il convient également que la liturgie soit célébrée et que nous recevions les saints Mystères de tes pures mains». 

Cependant Serge refusa et, quelques jours après, la communauté se réunit de nouveau chez le saint, en le priant d'accepter la charge d'higoumène. «Il ne m'appartient pas d'accomplir le ministère angélique; il m'appartient de pleurer mes péchés», répondit-il. Les frères pleurèrent et dirent enfin: «Si tu ne veux pas prendre soin de nos âmes, nous serons contraints de quitter ce lieu, nous errerons alors comme des brebis égarées, et tu devras en répondre devant Dieu.» «Je préfère me soumettre que de commander, dit Serge; mais, craignant le jugement de Dieu, je laisse ce problème à la volonté du Seigneur». Prenant avec lui deux des moines les plus âgés, il se rendit à Péréïaslavl, chez Athanase, l'évêque de Volynie, qui en 1354 ordonna Serge à la prêtrise et au rang d'higoumène Peu de temps après, le patriarche Philothée fit parvenir au saint une croix et encore d'autres présents avec une lettre, dans laquelle il écrivit : « Nous avons entendu parler de ta vie vertueuse, nous l'approuvons, et nous en glorifions Dieu. Mais il te manque une chose: la vie commune (cénobitique). Aussi, je vais vous donner un conseil utile: instituez le cénobitisme. Que la miséricorde de Dieu et notre bénédiction soient avec vous! » 

Suivant le conseil du patriarche, le saint, avec la bénédiction du métropolite Alexis, introduisit la vie commune intégrale dans son monastère. Il construisit les bâtiments nécessaires, définit les devoirs propres à cette vie, et ordonna que toute chose soit commune, interdisant d'avoir sa propriété ou d'appeler quelque chose «sien». Le nombre des disciples s'accrut alors et l'abondance régna au monastère. On introduisit l'hospitalité, on nourrit les pauvres et on donna l'aumône à ceux qui le demandaient. Saint Serge s'était soumis à ce conseil du patriarche par esprit d'obéissance. Bien qu'il demeurât amant de la solitude, il accepta d'assumer cette forme plus rigide de direction, sans cesser pourtant d'être un père et un éducateur plutôt qu'un administrateur.  Mais saint Alexis, sentant sa mort prochaine, souhaitait trouver en la personne de Serge son successeur. Il le fit venir chez, lui fit cadeau de sa croix épiscopale. Ce faisant, il lui passa la croix autour du cou et lui annonça qu'il le désignait comme son successeur. «Pardonne-moi, vénéré pasteur, mais tu veux me charger d'un fardeau qui dépasse mes forces. Tu ne trouveras pas en moi ce que tu cherches. Je suis le plus pécheur et le pire de tous.»
Lorsque les hordes tatares déferlèrent sur la terre russe, le saint bénit le grand Duc Dimitri pour entrer en guerre et lui dit: «Avec l'aide de Dieu, tu seras victorieux et tu sortiras de la bataille sain et sauf et couvert d'honneurs.». Au moment de la bataille de Koulikovo, le saint était en prière avec ses frères et parlait du déroulement heureux des combats. Il citait même les noms de ceux qui tombaient, faisant une prière pour eux. Conformément à la prédiction de saint Serge, le grand Duc remporta la célèbre victoire de Koulikovo, qui constituait le début de la délivrance du joug tatare.

Une nuit, alors que saint Serge chantait l'Acathiste à la Mère de Dieu et lui adressait de ferventes prières pour le monastère devant son icône, il s'interrompit un instant pour dire à son disciple Michée: «Sois vigilant, mon enfant, car nous allons recevoir une visite miraculeuse!» A peine avait-il prononcé ces paroles qu'il entendit une voix: «La Très Pure arrive! » Il se précipita à l'entrée de sa cellule et, soudain, une lumière inhabituelle l'entoura, plus éclatante encore que le soleil. Il vit la Très Sainte Mère de Dieu, accompagnée des Apôtres Pierre et Jean, rayonnante d'une gloire indescriptible. Le saint se prosterna à terre, mais la Mère de Dieu le toucha de sa main et dit: «Ne crains point, mon élu! Je suis venue te visiter, car j'ai entendu ta prière pour tes disciples et pour ce lieu. Dorénavant je ne quitterai pas ton monastère, durant ta vie comme après ta mort, et je le protégerai».  Six mois avant son trépas, le saint, appelant sa communauté, la recommanda à Nicon, et se consacra lui-même à la solitude et à la prière. En septembre, il pressentit la maladie, appela de nouveau les frères et leur donna à tous ses dernières instructions. Il mourut le 25 septembre 1391, à l'âge de 78 ans.

Tropaire du dimanche du 1er ton
Кáмени запеча́тану отъ Iyде́й и во́иномъ стрегу́щымъ пречи́стое Tѣ́ло Tвое́, воскре́слъ ecи́ тридне́вный, Cпа́ce, да́руяй мípoви жи́знь. Ceго́ ра́ди си́лы небе́сныя вопiя́xy Tи, Жизнода́вче : сла́ва Bocкреcéнію Tвоемý Xpисте́ ; сла́ва Ца́рствiю Tвоему́ ; сла́ва cмотре́нiю Tвоему́, еди́не Человѣколю́бче.
La pierre étant scellée par les Juifs et les soldats gardant Ton Corps immaculé, Tu es ressuscité le troisième jour, ô Sauveur, donnant la Vie  au monde ; aussi, les Puissances des cieux Te crièrent : Source de Vie, ô Christ, gloire à Ta Résurrection, gloire à Ton règne, gloire à Ton dessein bienveillant, unique Ami des hommes!
Tropaire de St Serge, ton 4
Иже добродѣ́телей подви́жникъ, я́ко и́стинный во́инъ Христа́ Бо́га, на стра́сти вельми́ подвиза́лся еси́ въ жи́зни вре́меннѣй, въ пѣ́ніихъ, бдѣ́ніихъ же и поще́ніихъ о́бразъ бы́въ твои́мъ ученико́мъ, тѣ́мже и всели́ся въ тя́ Пресвяты́й Ду́хъ, Его́же дѣ́йствіемъ свѣ́тло укра́шенъ еси́; но, я́ко имѣ́я дерзнове́ніе ко Святѣ́й Тро́ицѣ, помина́й ста́до, е́же собра́лъ еси́, му́дре, и не забу́ди, я́коже обѣща́лся еси́, посѣща́я ча́дъ твои́хъ, Се́ргіе преподо́бне, о́тче на́шъ.
Champion des vertus, comme un vrai soldat du Christ notre Dieu, contre les passions tu menas en cette vie le grand combat; dans les jeûnes, les veilles, les cantiques divins, tu fus pour tes disciples un modèle, Bienheureux; aussi fit sa demeure en toi l'Esprit saint et tu fus orné brillamment par son action; grâce au crédit que tu possèdes auprès de la sainte Trinité, rappelle-lui le troupeau que tu as rassemblé et n'oublie pas de visiter, comme toi-même tu l'as promis, vénérable Père Serge, tes enfants.

Kondakion de saint Serge, ton 8
Христо́вою любо́вію уязви́вся, преподо́бне, и Тому́ невозвра́тнымъ жела́ніемъ послѣ́довавъ, вся́кое наслажде́ніе плотско́е возненави́дѣлъ еси́, и я́ко со́лнце, оте́честву твоему́ возсія́лъ еси́; тѣ́мъ и Христо́съ да́ромъ чуде́съ обогати́ тя. Помина́й на́съ, чту́щихъ пресвѣ́тлую па́мять твою́, да зове́мъ ти́: ра́дуйся, Се́ргіе богому́дре.
Vénérable Serge, percé de flèches par l'amour du Christ et l'ayant suivi, dans ton irréversible désir, tu méprisas toute charnelle volupté et comme un soleil tu brillas sur ta patrie; aussi le Christ t'enrichit du don des miracles. Père saint; souviens-toi de nous qui célébrons ta mémoire sacrée, afin que nous puissions te crier: vénérable Serge, réjouis-toi.
Kondakion du dimanche du 1er ton

Воскpécлъ ecи́́ я́ко Бо́гъ изъ гро́ба вo сла́вѣ и мípъ coвоскpecи́лъ ecи́, и eстество́ человѣ́ческое я́ко Бо́гa воспѣва́ет Tя́, и сме́рть изчезе́ : Aда́мъ же лику́ет, Влады́ко, Éва ны́нѣ отъ у́зъ избавля́ема ра́дуется зову́щи : Ты́ ecи́ и́же вcѣ́мъ подая́, Xpисте́ Bocкреcéніe.
Ô Dieu, Tu es ressuscité du Tombeau dans la gloire, ressuscitant le monde avec Toi ! La nature humaine Te chante comme son Dieu et la mort s’évanouit. Adam jubile, ô Maître, et Ève, désormais libérée de ses liens, Te crie dans sa joie : « C’est Toi, ô Christ, qui accordes à tous la Résurrection ! »

jeudi 5 octobre 2017

In Memoriam Père Osios [de Reval]


                                            

Père OSIOS [de Reval]

Aujourd'hui 5 octobre 2017, ont eu lieu les funérailles de Père Osios [de Reval] à la Cathédrale russe de Genève.

Nous garderons un souvenir ému de ce prêtre admirable, de son humilité, de sa gentillesse et de sa grande connaissance des Pères de l’Eglise.

Il avait été ordonné prêtre par saint Jean [Maximovitch] et il le connaissait bien.

Il vint souvent célébrer dans notre paroisse de Vevey lorsque notre prêtre (Père Pierre Cantacuzène) devait officier à l’Eglise Saint-Nicolas de Lyon. 

Tout le monde l’aimait. Il célébrait la Divine Liturgie d’une manière très paisible. Ses sermons allaient à l’essentiel, et ils donnaient toujours un enseignement pratique pour les fidèles. C’était aussi un excellent confesseur, un être d’une grand humilité qui savait entrer en sympathie avec les âmes des fidèles.

Les enfants l’appréciaient particulièrement et ils manifestaient toujours une grande joie lorsqu’il venait célébrer dans notre paroisse. Lorsqu’il faisait un sermon, ils se groupaient autour d’un paroissien qui leur expliquait ce qu’ils ne comprenaient pas.

Sa connaissance des Pères de l’Eglise était légendaire. Il ne se lassait jamais d’en parler. Souvent engagé avec enthousiasme dans une discussion sur la foi et sur les Pères, sur Origène qu’il aimait beaucoup [souffrant pour ce dernier de ce qu’il s’était égaré] il lui arrivait de manquer son train pour Genève… et il poursuivait alors son enseignement pour l’édification de son auditeur!

C’était le Bon Pasteur, dont parle l’Ecriture. Que Dieu l'accueille dans Son Royaume!


 Père Osios, mémoire éternelle ! Вечная память!