"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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dimanche 31 août 2014

Panayiotis Christou: La Vie Monastique dans l’Eglise Orthodoxe (5)



Moine russe


Les idéaux de la vie monastique
      Comme les premiers ascètes se retirèrent du monde dans le désert, ils étaient décidés à se détacher de nombreux biens de ce monde: le mariage, la richesse et l'action indépendante. Le célibat n'admettait pas de degré, mais était absolu. Dans la pauvreté, cependant, il s'est produit la modification que nous avons mentionné ci-dessus à propos de la vie idiorrhythmique. Mais même ici, la pauvreté était essentiellement maintenue, car la propriété des moines idiorrhythmiques n'a jamais été suffisante pour vivre confortablement. Enfin, l'obéissance, soit à un higoumène ou au père spirituel du désert, l'abba, était une préoccupation importante des moines. 

L’esprit égoïste, indépendant représentait le monde séculier, et devait donc être complètement déraciné. C'est-à-dire, que le jeune ascète devait remettre sa volonté mauvaise à Dieu dans la personne de son père spirituel, afin qu'elle puisse être transformée en une bonne volonté. Ce point est clairement illustré par une anecdote dans laquelle un abba, désireux de tester le degré d'avancement de son fils spirituel, lui demanda s'il voyait les cornes-qui étaient non-existentes- d'une bête de somme qui passait par là; et il répondit sans hésiter: "Oui, je les vois, abba."

      Le respect de ces trois vertus est assuré par les novices dans un vœu spécial, au cours duquel ils sont tonsurés. La formulation de ce vœu a coïncidé avec la fondation du système cénobitique, et la base scripturaire et doctrinale du monachisme fut élaborée peu après. Sans elle, le monachisme était en danger de dévier dans le sens des Messaliens itinérants. De cette façon, la soumission du monachisme à l'Eglise, et la canalisation de son pouvoir de direction qui ont été utiles à l'Eglise ont été atteints. Cette soumission a été scellée par Justinien et incorporée dans les lois (Nearai, 5, I.67, i).

      Les vices qui menacent l'intégrité morale de l'ascète ne sont pas ces seuls trois vices. Dans l’arétologie [partie de la philosophie morale qui traite de la vertu] subséquente, d'autres vices, en collaboration avec ceux-ci, constituent les huit pensées mortelles: la gourmandise, la fornication, l'avarice, la colère, la tristesse, l’acédie [découragement spirituel], la vanité et l'orgueil. Les passions qui correspondent à ces pensées doivent être anéanties et un état d'impassibilité atteint. L'auto-examen et l'auto-censure, surtout avant d'aller dormir, fournissent au moine des armes puissantes, car il s’apprête à lutter contre les démons. Mais son arme principale est la prière continue et la prière intense. L'ensemble de la vie des moines est dominée par cette conversationavec Dieu; "Toute la vie est un temps pour la prière" (Basile, Discours ascétiques, PG, XXXI, 877).

      Les vingt-quatre heures de la journée du moine sont divisées en trois périodes de huit heures: une pour la prière, une pour le repos, et une pour le travail. Leur travail intense a un triple objectif: assurer leurs moyens de subsistance, afin d'aider leurs semblables, et éviter les mauvaises pensées, qui envahissent la conscience de l'homme, notamment quand il est au repos. Les produits de l'art et de l'artisanat monastique ont toujours été d'une qualité exceptionnelle et sont toujours en forte demande, en particulier leurs peintures et sculptures sur bois. En outre, des œuvres de la littérature classique et chrétienne ont été conservées dans des copies qui sont venues des ateliers monastiques.

     Les activités philanthropiques des moines étaient liées à leur travail. Comme nous l'avons déjà observé, cette dévotion à la philanthropie a été promue et systématisée par Basile le Grand. Après son époque, un monastère sans maison d'hôtes, sans hôpital et sans école était inconcevable. Un simple exemple, nous pouvons dire que le monastère de Pantocrator à Constantinople, qui a été créé au XIIe siècle, avait un hôpital avec des hommes et des femmes médecins, organisés d’une manière qui rappelle les hôpitaux d'aujourd'hui. Il était divisé en quatre sections: médecine, chirurgie, gynécologie et infirmerie pour les yeux et l’ouie. Les vestiges de cette activité philanthropique sont encore visibles de nos jours. Les Bédouins qui vivent près du monastère du Sinaï, ne font jamais leur propre pain, mais il leur est donné gratuitement par le monastère de Sainte-Catherine; et ceux qui visitent tout monastère orthodoxe y reçoivent une hospitalité gratuite.

      Les moines qui s'occupaient de travail, comme nous l'avons décrit ci-dessus, et y combinent la lutte pour se libérer des passions et servir ceux qui en ont besoin, ont été appelés autrefois actif (de praktikoi). Mais au-delà de l’action, il y a une étape supérieure dans l'échelle de la perfection monastique: la contemplation (theoria), l'aspiration à la communion directe avec Dieu et Sa vision. Cette différenciation des activités de moines se rencontre très tôt, dans un poème de Grégoire le Théologien:

                     "Préfèrerez-vous l'action ou la contemplation?
                       La contemplation est l'occupation des parfaits,
                       L’action appartient à la majorité.
                       Toutes deux sont bonnes et chères;
                        Choisissez celle qui vous sied."

      Le silence a été une condition indispensable pour l'ascète dans sa quête de la perfection. Par le silence, on entend le calme intérieur et la tranquillité extérieure connexe à travers laquelle les causes de la passion sont supprimés. Cet état a donné son nom à la dernière période brillante de la théologie mystique byzantine: l’hésychasme.

       Le silence était indissolublement lié à l'ascèse chrétienne. Les efforts des premiers moines dans ce sens ont pris la forme d'éviter le babillage et de rester silencieux lorsque les circonstances l'exigeaient. Abba Poimen est cité comme ayant dit: "Celui qui parle au nom de la volonté de Dieu agira justement; et celui qui demeure silencieux pour le bien de la volonté de Dieu agira également justement." (Sentences des Pères, 721). Dans tous les cas, l'élément de silence, même s’il n'est pas trop prédominent dans la pensée monastique, a ensuite reçu une plus grande attention en raison de son lien avec la prière intérieure. Il a été jugé que la prière, comme produit de la disposition du cœur, n'a pas besoin d'être exprimée à haute voix, dans la mesure où une telle expression, en produisant des stimuli externes, peut interrompre la concentration sur l'objet de la prière. Ainsi, il en résulta l'oraison mentale intérieure, qui est devenue cristallisée dans la brève prière de Jésus, répétée sans cesse.

      Entouré par l’absolu, le silence spirituel, les yeux spirituels des moines "contemplatifs" sont ouverts. Ils deviennent dignes de visions et profitent de l'expérience spirituelle qui ne peut être décrite qu’avec difficulté. Ils vivent dans un état ​​d'illumination continue de vision de la lumière, et de communion avec les choses de la lumière. Le mot "lumière" et d'autres termes connexes sont rencontrés presque à chaque page des écrits de Siméon le Théologien et de Grégoire Palamas. Cette lumière est une partie de Dieu. Grâce à une fusion paradoxale de l'historique avec le méta-historique, l'expérience de la déification (theosis) devient possible ici et maintenant. La lumière qui a été vue par les disciples du Christ sur ​​le mont Thabor, la lumière que les hésychastes voient aujourd'hui, et la qualité lumineuse du monde à venir, constituent trois phases d'un seul et même événement spirituel, fusionnés en une seule réalité supra-temporelle.

      La domination unilatérale de la tendance "contemplative" a contribué à la négligence de la mission sociale de la vie monastique en Orient, contrairement à l'évolution de l'Occident. Malgré les tentatives qui ont été faites de temps en temps, la réorganisation de la vie monastique sur les anciennes fondations, en particulier sur la règle de saint Basile le Grand, n'a pas réussi, parce que ces tentatives ont été limitées dans leur portée et en intensité. Sans négliger la "contemplation", à laquelle la littérature et la piété religieuse doivent tant, il y a une nécessité d'agir pour souligner une fois de plus, et pour les monastères d’être établis pour promouvoir les idéaux chrétiens au sein de la société organisée de l'humanité.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

samedi 30 août 2014

Panayiotis Christou: La Vie Monastique dans l’Eglise Orthodoxe (4)

Mont Athos


La répartition géographique du monachisme

      Aujourd'hui la vie monastique s'est propagée dans le monde entier; mais de nombreuses années d'efforts ont été nécessaires pour atteindre cet objectif. Le mouvement a commencé, comme nous l'avons vu, en Egypte, où les centres monastiques importants, avec des milliers de moines, se développa rapidement, les moines vivant dans les cellules, laures et monastères. Ceux-ci étaient situés à la Thébaïde, à Nitrie, à Scété, à Tabennèse et au mont Sinaï. Le monastère de Sainte-Catherine du Sinaï, fondée à l'époque de Justinien, a survécu avec la même détermination jusques à nos jours. De l'Egypte il s'est propagé très rapidement à la Palestine. Ce pays, qui fut sanctifié par la vie et la mort du fondateur de la foi chrétienne, a suscité l'intérêt des ascètes de tous les coins de l'Empire, parmi les Latins, Jérome et Rufin sont devenus célèbres. Plus tard, de grandes laures y furent établies, au nombre de cinq cents, par Théodose le Coenobiarque, Sabbas le Sanctifié, et Euthyme le Grand.

      Les ascètes apparurent en Syrie au cours des premières décennies du IVe siècle. C’étaient généralement des hommes et des femmes itinérantes, ces dernières s'habillaient comme les hommes. Ils cherchaient à abolir toutes les différences entre les sexes, et évitaient le travail. En raison de la position dominante qu’ils donnaient à la prière, ils furent appelés Euchites (de  ευχή prière en grec), ou, en syriaque, Massaliens (Messalien ou Massalien : celui qui prie, en langue syriaque). Ils furent critiquées par l'Eglise à cause de certaines déviations. Dans le même temps, la forme organisée de monachisme plus douce, atteignit également la Syrie. Le grand hymnographe et théologien Ephrem le Syrien fit également fait des efforts fructueux pour organiser les moines.

      Le monachisme a commencé à perdre du terrain dans ces trois pays depuis le début du septième siècle, c'est-à partir du moment de la conquête [musulmane]; mais il n'a jamais complètement disparu. Aujourd'hui, outre les orthodoxes, les coptes, les jacobites, les arméniens, les nestoriens y ont aussi des monastères.

      Par la Cappadoce et l'Asie Mineure, le monachisme atteignit la capitale de l'empire, Constantinople. Beaucoup de monastères qui furent établis dans les banlieues des deux côtés du Bosphore devinrent des organisations florissantes, et par leurs activités, ils influencèrent le cours des affaires politiques et parfois ecclésiales. Le monastère des Ascémètes [ceux qui ne dorment pas en grec/ ακοίμητο sans sommeil], qui a été fondée par Alexandre aux environs de 430, reçut son nom du fait que les moines louaient Dieu toute la journée et la nuit, étant divisée en trois groupes qui se succédaient dans l'église. Le monastère de Studion, fondé de même au Ve siècle, par le patricien romain Studius, devint le centre de l'évolution liturgique de l'Église orientale et le champion de l'indépendance de l'intervention étatique. Théodore le Studite, qui fleurit au début du IXe siècle, devint par son comportement héroïque un exemple pour tous les moines.

      Dans ces régions, le monachisme a été définitivement détruit au cours de la période de la conquête turque.

     Cependant, des centres forts du monachisme avaient déjà été formés, en Grèce. Parmi ceux-ci, le Mont Athos s’est distingué depuis le Xe siècle, et fut désormais appelé la "Sainte Montagne". En 963, l'empereur Nicéphore Phocas publia un décret accordant au moine Athanase le droit d’y fonder une grande laure, ce qu'il fit. Dans un court laps de temps, là, d'autres communautés de moines furent fondées, et celles-ci furent placées sous la supervision générale du Protos [La Sainte Epistasie (composée de 4 moines), gouvernement du Mont Athos, a à sa tête le Protos] . Afin d’y promouvoir la diffusion du monachisme, Alexis Comnène plaça tous les établissements de l'Athos sous la juridiction de l'évêque le plus proche, celui de Iérissos. Mais une friction compréhensible eut lieu entre lui et les Protos, et pour cette raison, il devint nécessaire de supprimer la juridiction de l'évêque de Ierissos. Cela fut fait vers la fin du XIVe siècle.

      Le Protos de l'Athos fut installé après que l'approbation ait été obtenue du Patriarche de Constantinople. Au début, il était nommé à vie, et vivait à Karyès, capitale de la république monastique. Il ne s’occupait que des problèmes d'ordre général de la communauté, parce que les monastères restaient en autonomie interne.

      Les lieux d'habitation de la montagne sont placés dans un environnement à la fois impressionnant et serein. L'augmentation des raids de pirates après l'affaiblissement de l'empire byzantin et la conquête turque ont influencé leur construction architecturale. Les monastères sont construits comme des forteresses puissantes, avec des tours et des embrasures. Les cellules sont construites au-dessus du mur de la forteresse, sur trois, et même six étages. Au milieu de la cour il y a une église "Catholikon", ou centrale, avec des chapelles sur les côtés.

      La longue occupation étrangère a causé beaucoup de fluctuations dans la puissance et la vigueur de ces établissements. Aujourd'hui, la terre de cette région autonome est répartie entre vingt monastères autonomes. Un représentant de chaque monastère, élu chaque année, est envoyé à Karyes, où la Sainte Communauté, une sorte de parlement, se réunit. Les monastères sont répartis en cinq groupes de quatre, chacune dirigée par un des monastères les plus forts: Lavra, Vatopédi, Iviron, Hilandar, et Dionysiou. Chaque groupe prend à tour de rôle exercer l’administration pour une année à la fois. Ainsi, des vingt représentants, quatre constituent l'organe exécutif, le comité de surveillants, tandis que le représentant du premier monastère du groupe qui a l'initiative administrative est le surveillant en chef. Chaque surveillant garde un quart du sceau de la république monastique.

      Onze des monastères de la Sainte Montagne, la plupart du temps sur son côté ouest, sont cénobitiques, et sont régis par un higoumènequi est élu à vie et a un conseil des anciens pour le conseiller. Neuf, pour la plupart, sur la côte orientale, sont idiorrhythmiques, régis par un comité de trois supérieurs (proistamenoi) qui sont élus pour un an. Le monastère de Hilandari est serbe; celui de Zographos, bulgare; celui de Pantéléimon, russe. Il y a aussi un skite roumain. Le monastère d'Iviron, qui est maintenant grec, était autrefois géorgien (ibérique). Jusques au treizième siècle, il y avait le monastère latin des Amalfitains. Ainsi, la Sainte Montagne est devenue un symbole de la catholicité et de l'unité de l'Orthodoxie; et elle est toujours le centre monastique principal du Patriarcat œcuménique, et elle est unique en son genre dans tout le monde chrétien. Malheureusement, il y a eu une baisse du nombre de moines pendant de nombreuses années, ce qui y réduit la vigueur de la vie monastique.

      Pendant les années du Despotat de l’Épire, les Météores sont devenus un centre monastique célèbre. D’impressionnants monastères ont été construits au-dessus de falaises abruptes, semblables de loin à des nids d'aigles; et de nombreux petits ermitages ont été creusées dans la roche. Il y a encore quelques décennies, l'accès à certains de ces monastères n’était possible que par un treuil et un filet. Sur les vingt-quatre anciens monastères de cette région seulement quatre fonctionnent aujourd'hui, avec un petit nombre de moines. Beaucoup de monastères demeurent et continuent de fonctionner dans toute la Grèce, mais avec un nombre sans cesse décroissant de moines.

      De l'Orient, la vie monastique fut amenée à l'Occident, dès le IVe siècle. Elle  y a fleuri en particulier au Moyen-Age, quand de forts ordres monastiques furent organisés. Ceux-ci ont joué un grand rôle dans la christianisation et la civilisation des peuples du nord de l'Europe. Le monachisme fut également été transmis, avec le christianisme, aux pays du nord de la Grèce: aux Slaves, aux Roumains, et aux autres peuples. Les guides monastiques russes Antoine et Serge sont devenus célèbres. Les ascètes et pères spirituels de la Russie, les startsy, jouissaient d'un grand renom, et d'innombrables foules de gens recherchaient leurs conseils.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

vendredi 29 août 2014

Panayiotis Christou: La Vie Monastique dans l’Eglise Orthodoxe (3)

Monastère de la tentation à Jéricho


Le système cénobitique

      Une autre étape fut franchie en Egypte par Pacôme (mort en 346). Outre l'administration et la prière, il plaça le logis, l'habillement, l'alimentation et le travail des moines sous surveillance. Habituellement, ils vivaient en groupes dans des dortoirs spacieux. On pourrait dire que, dans ce système, le monachisme est devenu plus facile par le fait que les moines vivaient ensemble et s’associaient les un avec les autres. Une forme de vie communautaire permit aux femmes de se consacrer à l'ascèse dans la solitude: il est dangereux pour elles de vivre dans un isolement complet. Mais le principal avantage de ce système était que le monachisme pouvait désormais jouer un rôle dans des activités philanthropiques.

      Le tournant du monachisme dans cette direction fut le labeur principal de Basile le Grand (mort en 378), évêque de Césarée. Il vécut dans la solitude pendant un certain temps dans sa propriété du Pont, avec les membres de sa famille. Là, il composa son célèbre ouvrage, Ascetica, qui allait devenir la base de l'organisation du monachisme au cours de la période suivante. Il recommanda le rassemblement des moines en groupes organisés, en accord avec la nature sociale de l'homme: "L'homme est un être docile et social, pas un homme sauvage et solitaire. Car il n'y a rien de si caractéristique de notre nature que de s'associer à un autre et d’avoir besoin de l'autre et d’avoir besoin d’un autre pour aimer notre nature " (Grandes Règles:3, IP.G. XXXI, 947). 

Selon cet enseignement, les moines devraient revenir des déserts vers les villes, et y établir des coenobia philanthropiques. Basile lui-même retourna à Césarée et organisa tout un groupe d'institutions d'utilité sociale, qui reçut plus tard, en son honneur, le nom de Basileias. Dès le début, la direction de ces établissements était dans les mains des moines, qui furent appelés "pères des orphelins."
      Le coenobium pourrait être considérée comme la forme finale du monachisme, mais ce n'est pas le cas. Bien qu'au premier abord il ait adouci le joug des ascètes, plus tard, il l'a rendu beaucoup plus difficile à supporter. Pour cette raison, une tendance vers un mode de vie moins strict apparut au cours du Moyen Age, et cela aboutit à la constitution de la vie idiorrythmique. Les "contemplatifs", c'est-à-dire ceux qui se consacrent à la contemplation de Dieu, cherchèrent la libération du travail pratique et social, afin d'être libres pour leur travail spirituel; et en même temps les moines les plus faibles demandèrent un assouplissement de la discipline. 

Dans les monastères idiorrhythmiques, l'administration, le vêtement, la prière, et dans une certaine mesure les lieux de vie restaient communs. Le régime alimentaire et dans une certaine mesure les travaux étaient libérés du contrôle. Ainsi les moines étaient autorisés à acquérir de la propriété privée, qui, cependant, ne pouvait pas dépasser certaines limites. D'un certain point de vue, la vie idiorrythmique peut être considéré comme un retour au système commun de la laure, tandis que d'un autre point de vue, il est une combinaison de la érémitique et des modèles communautaires du monachisme.

      Ces quatre types de monachisme fonctionnent désormais en parallèle les uns avec les autres depuis des siècles. Dans la tradition érémitique apparurent des variations étranges et intéressantes, prenant parfois des formes extrêmes. Ceux qui étaient confirmés s'enfermaient pendant de nombreuses années dans leurs cellules, ne communiquant avec le monde extérieur que par lettre, et recevant leur maigre portion de nourriture. Les stylites habitaient sur ​​des piliers à moitié détruits. Ceux qui sont devenus "fols-en-Christ" pérégrinaient, affichant leur folie, assumée par humilité.

      Tous ces quatre types ont survécu jusques à nos jours. Les ermites se trouvent presque exclusivement sur les points les plus éloignés de la péninsule du Mont Athos; le système communautaire est représenté par les ermitages de l'Athos; et les deux autres systèmes, le cénobitique et l’idiorrhythmique, par les monastères de toutes les régions orthodoxes.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après


jeudi 28 août 2014

Panayiotis Christou: La Vie Monastique dans l’Eglise Orthodoxe (2)


Monastère Sainte Catherine du Sinaï

Le développement de la vie monastique

Au milieu du troisième siècle, la persécution des chrétiens est devenue si grave que beaucoup d'entre eux ont été contraints de se retirer des villes. Cela s'est produit sur ​​une échelle encore plus grande au début du IVe siècle, lorsque la durée des persécutions fut plus grande, de sorte que ceux qui s’étaient retiré restèrent dans la campagne pour une période plus longue. Ils furent tellement habitués à y vivre qu'ils y établirent une résidence permanente, loin de la société du monde qui était déchirée par la haine. 

Les persécutions cessèrent, mais des siècles de persécution étaient devenues un élément indissociable de la vie des chrétiens, et beaucoup d'entre eux trouvaient inconcevable une vie qui ne soit pas dérangée par les persécuteurs. Donc, ils devinrent persécuteurs d'eux-mêmes: ils partirent vers les montagnes, et se soumirent à des privations et des souffrances. Au lieu du "sang du martyre", qui avait mis fin à une lutte avec des hommes féroces, ils se soumettaient au "martyre de la conscience", qui consistait dans la lutte contre les démons.

      Désormais, les montagnes devinrent demeures d'ermites, et peu à peu des communautés organisées de moines également. Avec le passage du temps de plus des lieux en plus éloignés furent recherchés comme refuges ascétiques, comme l’Athos et les Météores. Plus loin les ascètes vivaient, plus ils suscitait de respect et d'admiration chez les gens ordinaires.

      Le premier ermite d'abord connu fut Paul de Thébaïde, mais le premier véritable guide de la vie dans le désert était Antoine le Grand (mort en 356), dont la vie a été écrite avec perspicacité et amour par Athanase le Grand. Il a vécu dans le désert pendant plus de septante ans, et il ne se rendait à Alexandrie que lorsque l'occasion l'exigeait; c'est-à-dire, quand il entendait parler de persécutions, afin d'encourager ceux qui souffraient. Sa renommée lui valut l'estime de Constantin le Grand, qui demandait souvent son avis par lettre. Mais il suscita surtout le zèle de beaucoup d'hommes simples, qui imitaient son exemple. Cinq mille anachorètes occupèrent le désert de Nitrie et les régions environnantes. Ils vivaient dans un isolement complet, et  ils rendaient visite à Antoine ou à un autre vieux moine, un abba, lorsqu'ils avaient besoin de conseils. Il arrivait parfois que l'un d'eux meurent et les jours passait avant que les autres ascètes ne le sachent. Chaque anachorète organisait sa propre prière, son logement, ses vêtements, sa nourriture et son travail. Leur travail consistait surtout à faire des objets de paille, qu'ils vendaient sur des places de marché à la campagne. Le dimanche, seuls, ils allaient à l'église la plus proche, afin de prier ensemble et de recevoir la Sainte Communion. Dans cette forme, la vie d'ermite n'était pas sous le contrôle de l'Église.

      Il était évident que l'isolement absolu pourrait conduire à des mesures arbitraires et ne pas embrasser toutes les exigences de l'Évangile chrétien. Il y avait une absence, en premier lieu, de la supervision spirituelle des ermites, et d'autre part de la finalité de leur activité vers le service de leurs semblables. Cela fut perçu au début par certaines des grandes personnalités ascétiques, qui entreprirent la réforme appropriée: Hilarion dans la région de Gaza, en Palestine; Ammonius à Nitrie, et Macaire à Scété, en Egypte. Tous les trois ont vécu au cours du quatrième siècle. Ces hommes firent de la place du marché, où les ermites vendaient leurs produits, leur centre d'action. Comme ces places de marché étaient appelées lavras, les établissements monastiques près d'elles reçurent le même nom. 

Les ermites vivaient dans de nombreuses cellules construites autour des lavras [Laures en français moderne], à une distance telle qu'ils ne pouvaient ni se voir ni s’entendre les uns les autres. Dans cette vie commune, l'indépendance était freinée dans une certaine mesure; et en outre, un élément de flexibilité devint possible dans l'ascèse. Le chef de la laure inspectait les cellules de temps en temps et exerçait une certaine autorité sur les ermites. En outre, ce dernier les réunissait pour la prière commune le samedi et le dimanche. Au-delà de cela, tout le reste: le logement, l'habillement, la nourriture et le travail, était réglementé par chaque individu pour lui-même.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

mercredi 27 août 2014

Panayiotis Christou: La Vie Monastique dans l’Eglise Orthodoxe (1)




Au cours du quatrième siècle de notre ère apparut dans l'Eglise un fort mouvement de retrait de la société organisée dans le désert,  mouvement qui devint de plus en plus grande au cours de la période suivante. Pour interpréter l'apparition soudaine de ce mouvement les historiens ont avancé diverses hypothèses, dont les plus plausibles sont au nombre de deux. Selon la première, la vie monastique était un produit des religions orientales, dans lesquelles auparavant l’ascétisme était pratiqué, soit dans la solitude totale ou dans un monastère. Selon la seconde, hypothèse, la vie monastique fournit un moyen de s’échapper quand une réaction fut provoquée par le contact plus étroit du christianisme avec le monde, et l'inévitable déclin des normes morales.
La première hypothèse est sans fondement, car il n'a pas été possible historiquement de découvrir un lien entre l'ascétisme oriental et la vie monastique chrétienne. Par ailleurs, si le christianisme avait été influencé de cette manière, l'influence aurait dû venir des groupes ascétiques de la secte des Esséniens, dont l'environnement est celui dans lequel le christianisme est né; pourtant la vie monastique est apparue bien après la disparition des communautés esseniennes. Ceci, bien sûr, ne signifie pas que, dans ses stades plus tardifs, le monachisme n'avait pas certaines caractéristiques en commun avec les Esséniens et les communautés néo-pythagoriciennes. La seconde hypothèse est également inacceptable, car il y avait de nombreux ermites vivant dans la campagne avant même la reconnaissance du christianisme par Constantin le Grand.
      Le monachisme est un mode de vie qui est apparu dans l'Église et s’est développé organiquement en portant les principes moraux du christianisme à leurs limites. En effet, bien que le christianisme ne soit pas entré dans le monde, soit comme une philosophie pessimiste ou comme une force de dissolution de la société, il a néanmoins été régi par des principes qui le séparaient dans la société de l'époque. Il tournait toute son attention sur le centre de la vie et ne tenait pas compte de la périphérie. Une chose a une valeur suprême pour l'homme: l'âme, à côté de laquelle le monde entier est insignifiant. " Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s'il perdait son âme? ou, "que donnerait un homme en échange de son âme? " (Matthieu XVI, 26). 

Les affaires de ce monde empêchent les mouvements de l'âme, et les biens de ce monde s'accumulent autour de lui, l'étouffant et  l'empêchant de se développer en une personnalité intégrée. Un dur combat attend donc l'homme, s'il doit se libérer de son moi inférieur, qui est attaché aux choses de ce monde, et de développer son moi idéal supérieur,  qui le rend capable de se tenir avec assurance devant Dieu. Dans cette lutte, telle que l’a déclarée Jésus-Christ, l'homme devra se soumettre lui-même et ses activités à un examen rigoureux. Il doit se séparer de nombreux biens terrestres en vue d'acquérir le trésor céleste, et se soumettre à l'épreuve de la souffrance afin de purifier sa volonté.

      Sur la base de ces principes, les premiers chrétiens ont ordonné leur vie sur un plan moral exceptionnellement élevé; mais certains d'entre eux voulaient passer à plus d'austérité, se privant de plus de biens et s'imposant à eux-mêmes une plus grande maîtrise de soi, le jeûne et la prière. Car le mariage chrétien est honorable, c’est un grand sacrement, mais il s'agit d'une institution de ce monde, tandis que dans l'au-delà les hommes vivront comme des anges. Pour cette raison, ceux qui le pouvaient l'évitaient; certains ont cherché à le contourner en le remplaçant par une sorte de mariage spirituel, dans lequel l'homme et la femme vivaient ensemble dans la pureté (I Corinthiens vii, 36 et suiv.). Beaucoup de veuves évitaient le mariage, et les vierges refusaient totalement de se marier. Ces femmes s’ organisaient en sociétés spéciales, tout d'abord pour leur propre protection, et d'autre part pour canaliser leur activité dans le travail social. Nous avons ici la première forme de vie monastique qui s'est développée dans le cadre de la communauté chrétienne organisée.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

dimanche 10 août 2014

Sur le monachisme contemporain : entrevue de Kristina Poliakova avec l’Archevêque Marc (Arndt) (3 et fin)


18024.p

Vladyka Marc

- Comment les chrétiens devraient-ils réagir à la terrible épidémie du génocide de nos frères et sœurs en Christ en Syrie, en Métochie, au Kosovo et en Serbie? Est-ce une islamisation active ou les actions d’extrémistes radicaux, de bandits qui ne font que prendre les habits de l'Islam? Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie, au cours d'une Liturgie dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, a lu à son troupeau de Russie l'épître du patriarche d'Antioche, dans laquelle il appelle douloureusement le monde entier à l'aide, soulignant que la situation est à un stade horrible que l'aide est nécessaire, non seulement par des prières à Dieu, mais dans l'action. Mais dans la société chrétienne, l'opinion dominante est que nous ne pouvons aider exclusivement que par la prière.
- Je rejette l'expression "aider exclusivement par la prière." Que nous les chrétiens ne sommes capables seulement de prier est une idée fausse. Bien sûr, la prière est notre fondation et notre plus grande force. Mais si nous pensons que tout ce que nous pouvons faire est de prier, nous nous égarons. Oui, nous devons prier, mais il faut aussi comprendre que les gens sont souvent forcés par les circonstances à adoucir leur langage. Si le Patriarche d'Antioche dit cela, il se fonde sur l'expérience de son propre pays, où les chrétiens et les musulmans ont toujours vécu en paix. Je pense qu'il est faux de dire qu'il n'y a que les extrémistes à l'œuvre. En lisant le Coran, vous verrez que tout cela se trouve à la base de l'Islam. L'extrémisme existe, bien sûr. D'autres hiérarques d’Orient déclarent ouvertement qu'ils ont connu cet aspect particulier de l'Islam toute leur vie. Je sers souvent à Jérusalem. Là, par exemple, pour la fête de la Sainte Trinité, juste à côté de l'église, un muezzin crie de sa tour qu'ils croient en un Dieu qui n'a pas d'enfants, pas de Fils et de Saint-Esprit, etc… Il n'a aucun scrupule à le faire, bien que ces gens ne soient pas vraiment des extrémistes. Qu'est-ce? Une propagande ouverte et éhontée contre le christianisme! Ils savent très bien ce qu'ils font, crachant ces slogans pendant la principale fête chrétienne de la Pentecôte, la fête de la naissance de l'Eglise Elle-même.
L'Islam est à sa base anti-humain. Regardez-le ramadan c'est la mortification de l'être humain, du corps humain. J'ai vu comment les gens ont été amenés à l'hôpital à cause de leur respect du ramadan. Toute la journée, ils ne mangent rien, ne boivent même pas pendant la chaleur cuisante, et la nuit ils remplissent leurs estomacs au point de perdre conscience, c'est de la folie! Il faut regarder la vérité en face: tout cela est anti-humain, c’est dirigé contre l'humanité.
Oui, il y eut des moments où les musulmans ont essayé de vivre en paix avec leurs voisins, ils ont reconnu même que nous, chrétiens nous sommes aussi des gens. Mais pour beaucoup, ces temps ont passé, et maintenant ils révélent qui ils sont vraiment.
- En d'autres termes, quand certains disent que ce qui se passe en Syrie et d'autres pays fondamentalement chrétiens, c’est seulement politique, pas une guerre de religion contre le christianisme, c’est faux? Quoiqu'il en soit, peut-on dire que les chrétiens qui sont assassinés pour leur foi aujourd'hui sont des martyrs ?
Il s'agit d'une guerre intentionnelle menée contre les chrétiens. Le Kosovo a été le premier sur la liste de ce génocide du territoire chrétien. Puis la Tchétchénie. Comprenez ce qui s'est passé, une nation chrétienne a simplement été donnée à des musulmans. La destruction des églises continue, les tortures, le fanatisme sauvage, le meurtre. Au Kosovo, en Tchétchénie, en Syrie, en Egypte...
- Le prochain objectif pour ces gens, qu'ils soient extrémistes ou non, est de déclarer la Russie musulmane. Que devons-nous faire, renforcer nos prières?
- La chose la plus importante est d'être de vrais chrétiens. Cela signifie une participation constante aux Mystères de l'Eglise. Si le Seigneur accorde à quelqu'un la couronne du martyre, cela signifie que cette personne l’a obtenue et doit l'accepter avec dignité.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

samedi 9 août 2014

Sur le monachisme contemporain : entrevue de Kristina Poliakova avec l’Archevêque Marc (Arndt) (2)

On Contemporary Monasticism: Interview with Archbishop Mark (Arndt)

- Si un monastère manque de guide spirituellement expérimenté, s’il n'est pas possible de révéler ses pensées à un père spirituel sur une base quotidienne, que faut-il faire? En particulier, il s'agit de la situation dans certains couvents féminins.
- A mon avis, un père spirituel doit être secondaire dans un couvent, l'higoumène doit être celle avec laquelle une moniale devrait partager ses pensées. Ou une higoumène peut nommer une moniale âgée pour conseiller les jeunes sœurs. En tout cas, je pense, qu’il vaut mieux qu’une religieuse puisse parler à quelqu'un du même sexe, qu’à un homme. Un prêtre, un père spirituel est prévu pour entendre la confession, ce qui est un peu différent que de révéler ses pensées les plus intimes. Bien sûr, une higoumène peut sommer toute personne spirituellement expérimentée pour que les moniales puissent lui parler. Mais une telle personne doit montrer beaucoup de tact et approcher les moniales avec prudence afin de ne pas interférer dans les affaires internes de la communauté monastique. En Terre Sainte, deux grands couvents sont sous ma garde. Bien sûr, je ne fournis certains conseils aux moniales, j’ai des des discussions avec elles, mais je souligne toujours que, à la fin de la journée, l'higoumène doit diriger. Malheureusement, dans de nombreux monastères, on sousestime l'importance de l’higoumène ou d’une moniale âgée.
- Vous avez dit que la voie monastique doit être choisie avec beaucoup de prudence. Qu'entendez-vous exactement?
- Il est nécessaire d'exclure au maximum sa propre volonté et d’accepter de Dieu à la place. En d'autres termes, à compter non pas sur ses propres connaissances et sur son esprit limité, mais sur le fait que le cœur va accepter la volonté de Dieu, le cœur va s'ouvrir à la "rosée" de l'Esprit Saint qui permettra à la personne de discerner le bien du mal, ce qui est bénéfique et ce qui ne l'est pas.
- Et les plus grands aides pour cela, ce sont les mystères de la confession et de la communion?
- Oui, principalement. Je dirais que c'est tout un système dans lequel une personne doit vivre et se développer: la prière, les mystères, la révélation de la pensée, la confession, etc… Nous devons nous libérer de l'état de cette fragmentation qui a envahi la vie humaine en raison des faux enseignements occidentaux catholiques romains. Père Justin (Popovic) a dit un jour que le principal péché du catholicisme est le papisme, et que le péché principal du protestantisme est que chacun a son propre pape, et c’est encore pire. Cette rupture et l'accent sur l'élément humain sont complètement inutiles pour le salut. Cela entrave le développement spirituel, puisque l'homme est sur le devant de la scène, et en fin de compte, il n'y a pas de place pour Dieu. Même s’il pense qu'il se donne plus à la volonté de Dieu, en réalité, ce n'est pas du tout le cas –c’est une auto-illusion qui sera toujours un obstacle à la communion avec Dieu.
- Comment peut-on dire ce qu’est la volonté de Dieu? Un des pères de l'Eglise dit: "Pour accomplir la Volonté de Dieu, il faut savoir ce que c'est, ce qui est une tâche grande et difficile."
Tant qu'une personne est guidée par sa propre volonté et par son esprit, elle ne peut pas entendre l'appel de Dieu.
Vous comprenez, la chose la plus importante dans la vie monastique et dans la vie d'un chrétien en général, c'est l'obéissance. Une personne ne peut atteindre la véritable et authentique obéissance que par l'humilité et la douceur. C’est seulement dans ce cas qu’elle pourra à écouter la voix du Seigneur, pour entendre la Volonté de Dieu. Une vie hermétique fermée exige une grande expérience dans l'obéissance, ce qui est possible en particulier au sein d'une communauté monastique. Dans la vie monastique, il est rare d'aller dans la solitude très rapidement, cela se fait seulement après de nombreuses années de vie sociale, au cours de laquelle une personne supprime son propre ego et obtient l'habitude de l'obéissance.
- Comment peut-on choisir un monastère?
- Si une personne s’efforce d’aller vers le monachisme, elle doit tenir compte de cet appel et faire un choix conscient d'un monastère à rejoindre. Il existe différents types de monastères. Dans le monde orthodoxe, chaque communauté monastique a sa propre identité et ses propres caractéristiques. Il faut choisir selon son cœur. Certaines aiment le travail physique, d'autres sont attirés par la contemplation. Donc, le choix d'un monastère, doit être orientée par les préférences individuelles. Par exemple, [sourire] il m'a fallu huit ans pour choisir.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après



vendredi 8 août 2014

Sur le monachisme contemporain : entrevue de Kristina Poliakova avec l’Archevêque Marc (Arndt) (1/2)

On Contemporary Monasticism: Interview with Archbishop Mark (Arndt) Kristina Polyakova

Sur le monachisme contemporain :
entrevue de
Kristina Poliakova
avec
l’Archevêque Marc (Arndt)


-Votre Eminence, à votre avis, existe-t-il des différences significatives entre les monastères en Occident et en Russie?
- J'ai vécu toute ma vie en dehors de la Russie et je ne puis pas évaluer objectivement le monachisme russe. Je suis devenu moine en ayant vu le genre de vie monastique qui’il était impossible d'avoir sous les Soviétiques, j'ai donc grandi dans l'expérience de monastères à l’étranger : les serbes et ceux du mont Athos. Mais je vois que, aujourd'hui, beaucoup de choses  de la société –de toute société- changent, et sont en constante évolution.
En Occident, ceux qui entrent dans les monastères sont confrontés à des difficultés à cause du fait que les gens de l'Ouest sont éduqués dans l'individualisme, [ils doivent faire] un effort pour être spéciaux en quelque sorte, et pour cette raison, il est difficile de partager une cellule monastique résidentiel avec quelqu'un d'autre -plus que cela, c’est pratiquement impossible. C'est pourquoi je bénis souvent les gens pour qu’ils partagent une cellule monastique seulement après une certaine période de temps, permettant à une personne de vivre d’abord dans le monastère pendant quelques années. De ce que j'ai vu, les monastères sont configurés différemment en Russie. Les cellules monastiques communes, bien sûr, sont nécessaires: les gens doivent être en contact les uns avec les autres et ils savent comment le faire. Par rapport à l'Occident, les moines russes font face à d'autres types de difficultés. Par exemple, ici, il est difficile de donner une cellule sans douche privée à un novice. Mais ce problème est résolu différemment selon l'endroit considéré. Il y a des monastères où tout est moderne -j'ai vu cela en Grèce. Et il y a des endroits où cela serait impossible, et Dieu merci. Parce que les jeunes ont besoin d'apprendre la simplicité, dans leur relation avec les autres, dans la vie quotidienne, dans les besoins personnels, etc… Sans aucun doute, c’est différent dans chaque pays. Chaque société a ses particularités et ses difficultés qui doivent être surmontées.
Un des plus grands problèmes que nous endurons en Occident est l’attachement universel pour les ordinateurs, les téléphones, dont les modèles de plus en plus récents sont toujours offerts. Ces choses sont nécessaires pour nous les moines, aussi, mais dans les monastères, l'utilisation de ces dispositifs doit être réglementée. Vous devez comprendre: une personne qui est dépendante d'un ordinateur ne peut pas prier correctement. La prière d'une telle personne sera toujours superficielle. C'est pourquoi l'utilisation de la technologie moderne doit être limitée à certains moments, restreinte à des fins spirituelles. Quand un moine est occupé par l'accomplissement de ses nombreuses obédiences, il peut être difficile pour lui de s’arracher à ces objets technologiques pendant les offices divins ou la prière intérieure. C'est pourquoi il est particulièrement important d'enseigner aux jeunes comment se retirer des soucis quotidiens.
- Peut-être que c'est un sujet difficile à discuter, mais on dit qu'il y a un déclin de la vie monastique en Occident, en particulier chez les catholiques. Pouvez-vous commenter?
- Oui, il y a une certaine faiblesse, il y a des fautes qui doivent être affrontées et surmontées, mais je ne dirais pas qu'il est en déclin. Ces choses se produisent dans toutes les sociétés, à tout moment, et nous ne devons pas tomber dans le désespoir, dans un état ​​de paralysie. Nous devons travailler pour que tout prenne sa place. Le Seigneur nous donne d'énormes possibilités. Les possibilités que nous avons maintenant, en particulier en Russie, ont été peu nombreuses et espacées dans le passé, il serait préférable de dire que c'est un moment très rare dans le temps. Nous devons donc prendre des mesures. Ne soyons pas pessimistes, mais regardons le positif aujourd'hui, sur cette base, nous pouvons construire quelque chose de bon.
En ce qui concerne les monastères catholiques, il est en effet une baisse. À mon avis, c'est en partie en raison de l'attitude générale de la société occidentale qui s'est égaré loin de ses racines chrétiennes, mais aussi une conséquence du fait que les catholiques n'ont pas une base solide pour la vie spirituelle, parce qu'ils ont abandonné l'unité de l'Église. Hors de l'Église point de salut.
- A votre avis, est-il nécessaire pour les moines d'examiner les règlements et le mode de vie des autres monastères à l'étranger? Ou bien existe-t-il un modèle pour établir la vie monastique que tout le monde devrait suivre?
- Il ne peut y avoir aucun modèle établi à suivre dans la vie chrétienne! Si tout est normalisé, le christianisme, en règle générale, s'éteint. Il ne faut pas simplement copier quelqu'un ou quelque chose, tout est individuel. Par exemple, la nature elle-même est complètement différente en Grèce et en Russie. Cela conduit à différents besoins et problèmes dans les monastères de ces pays. Mais il est toujours utile de se familiariser avec les us et coutumes des autres monastères, d'apprendre quelque chose de bénéfique, ou de comparer ses propres moyens à ceux des autres. Il faut regarder les aspects positifs des différents monastères et communautés et les imiter s’il y a un besoin de le faire.
- Monseigneur, à votre avis, quel est le principal problème dans la vie spirituelle de l'homme moderne, du moine?
- L'un des principaux problèmes rencontrés par les chrétiens et surtout par les moines aujourd'hui, c'est que les gens ne sont pas habitués à se restreindre, à supporter, ou à  se forcer à faire quoi que ce soit, à assumer des obligations, d'abord et avant tout pour la prière. Pour une raison quelconque nous courons obstinément et constamment après le péché, mais pas après les bonnes actions, hélas! Un des anciens Pères de l'Eglise a dit que la prière est plus difficile que de tailler des pierres. Une personne est aujourd'hui portée à vouloir tout tout de suite, en l'abondance et à bon marché. Nous avons une société de consommation, tout est souhaité rapidement et facilement. Mais ce n'est pas le cas, puisque tout ce qui est rapide et facile à obtenir n'est généralement pas apprécié. C’est seulement en obtenant quelque chose par un grand effort et une grande persévérance qu’une personne lui confère une grande valeur. C'est pourquoi la persistance dans la prière ne demande qu’une telle approche, et, je pense que c'est l'un des principaux obstacles rencontrés par l'homme moderne, qui n'est pas habitué à parvenir à quoi que ce soit par la patience et par des efforts laborieux.
La prière de Jésus est nécessaire à l'homme moderne! Aucun chrétien ne peut se passer de cette prière.
- La prière de Jésus est-elle accessible à l'homme contemporain?
- Bien sûr. En outre, c’est absolument crucial! Non seulement les chrétiens en général, mais en particulier les moines en ont besoin. Mais il doit y avoir de la volonté et de la persévérance, de la patience et de l'amour pour le Christ.
- Les fresques de séminaire Sretensky représentent non seulement tous les saints russes, mais même des ascètes qui n'ont pas encore été canonisés, et il y a un portrait de Feodor Dostoïevski avec Nicolas Gogol. Vous parlez souvent de l'influence que Fédor Mikhaïlovitch eut sur ​​vous, notant qu'il était l'un des auteurs les plus chrétiens dans la littérature russe. Quelle est votre opinion sur le rôle de la littérature et de l'art sur ​​le développement spirituel personnel?
- Le Seigneur emploie divers moyens pour nous amener à connaître la vérité. La bonne littérature est l'un de ceux-ci, qui amène l'humanité vers Lui, c’est l'un des principaux moyens qui dirigent l'esprit et le cœur vers Dieu. Un chrétien doit connaître et lire des auteurs comme Dostoïevski – une telle lecture l'enrichit spirituellement. Mais quand une personne a déjà grandi dans l'Église, elle n’a pas besoin de distraction par la littérature profane. Il est préférable de lire les Pères de l'Église.
- Les moines peuvent-ils lire la littérature profane? Cela est-il bénéfique?
- Dabs une mesure très limitée, car si une personne n'a pas lu la littérature avant de rejoindre le monastère, cela signifie qu'elle est venue sans être préparée. En général, il me semble qu’un novice peut lire de telles choses, mais il est préférable pour un moine de l'éviter. Un moine doit être occupé par d'autres choses.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après