"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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dimanche 3 mai 2026

DIMANCHE DU PARALYTIQUE

 

Aujourd’hui, c’est le quatrième dimanche de Pâques et nous commémorons la juste Tabitha de Joppé, car elle est mentionnée dans la lecture d’aujourd’hui tirée des Actes des Apôtres. De plus, dans le calendrier des saints, nous trouvons l’apôtre Zachée, l’un des Soixante-dix. Rappelons que le dimanche de Zachée est le dernier dimanche avant le début du Triode (les dimanches précédant le Carême, le Grand Carême et la Semaine Sainte). Ce jour-là, la lecture de l’Évangile de la Liturgie porte sur la conversion inattendue de cet homme autrefois méprisé. 


Jéricho jouissait d’une prospérité économique, et les collecteurs d’impôts (publicains) pouvaient profiter de cette situation pour s’enrichir. Les publicains étaient doublement haïs parce qu’ils servaient les occupants romains et parce qu’ils étaient malhonnêtes. Il existait des grades parmi eux, comme dans toute catégorie de fonctionnaires, et Zachée occupait le rang le plus élevé. Ni le récit évangélique, ni le commentaire, ne nous indiquent la motivation précise qui le poussait à vouloir voir le Christ, mais il était animé par le besoin de le faire. De petite taille, il ne pouvait rien voir à cause de la foule, qui n’était certainement pas disposée à céder le passage à un personnage aussi impopulaire. Zachée grimpa donc dans un arbre pour mieux voir. Il y a un symbolisme dans ces éléments. Étant corrompu, Zachée était entouré d’une foule de passions et de tentations qui se traduisaient par une stature spirituelle très limitée.  La foule était stupéfaite qu’un « prophète » et un « maître » puissent proposer de rendre visite à un pécheur aussi vil. On nous dit que Zachée n’hésita pas. Il obéit à l’ordre et accueillit le Seigneur avec joie. 

On voit ici le contraste avec l’autre homme riche, qui refusa de renoncer à sa fortune même lorsque le Christ le lui suggéra. Bien que, dans ce cas-là, rien n’indiquait que cette fortune ait été acquise de manière malhonnête. Pour montrer son repentir, Zachée a cédé volontairement sa fortune. Il en a offert librement la moitié et a promis d’utiliser le reste pour dédommager ses victimes au quadruple. Pourquoi au quadruple ? Cette restitution au quadruple par un voleur était un ancien principe de la loi (Exode 22:1). Le Seigneur n’a pas seulement félicité Zachée pour son repentir, Il nous rappelle à tous que son but est de rechercher et de sauver ceux qui étaient perdus.

Zachée fait partie des soixante-dix apôtres et devint un collaborateur du saint apôtre Pierre. La tradition nous dit que le lieu de son ministère apostolique était Césarée en Palestine, où il est identifié comme le premier évêque. Il œuvra sans relâche pour amener chacun à la plénitude de la foi. Il n’est pas rapporté qu’il ait subi le martyre, comme tant d’autres apôtres, mais il est mort de mort naturelle. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ait mené une vie de rêve, à l’abri du danger et du harcèlement. De par son expérience passée, il devait être au courant des agissements douteux de nombreux membres de l’administration romaine, mais ceux-ci ont sans doute gardé le silence, craignant ce qu’il aurait pu révéler à leur encontre. Il est commémoré aujourd’hui dans le calendrier liturgique, jour qui marque traditionnellement le jour de son repos.

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Revenons maintenant à la sainte et juste Tabitha ; dans le passage (Actes 9, 32-42) qui est lu aujourd’hui, saint Luc rapporte deux récits distincts de miracles. Après la conversion de Saul, le plus violent persécuteur de chrétiens, la situation s’est quelque peu apaisée et ceux qui croyaient au Seigneur furent réconfortés par l’effusion du Saint-Esprit et les miracles accomplis par les mains des apôtres. Saint Pierre effectuait un pèlerinage pastoral, rendant visite aux groupes dispersés de chrétiens qui avaient besoin de soutien et de conseils. Au début de ce passage, nous lisons que Pierre rendait visite aux saints à Lydda. Dans son commentaire, l’archevêque Averky nous dit : « Tous les chrétiens étaient appelés « saints » à cette époque, car ils étaient ceux qui étaient sanctifiés par la grâce de Dieu ».  Nous rencontrons ici Énée, qui était peut-être grec et, à cette époque, peut-être même pas encore chrétien, puisqu’il est décrit comme un certain homme. Le saint apôtre obéissait au commandement du Christ de prêcher à toutes les nations. Grâce à des miracles comme celui-ci, de nombreuses âmes furent amenées à la foi en Christ. 

Tabitha ressuscitée par saint Pierre


Joppé (aujourd’hui Haïfa) n’était pas loin de Lydda. Tabitha était veuve et consacrait sa vie à des œuvres de charité, notamment en habillant les femmes pauvres qui étaient dans le besoin. On nous dit qu’elle était connue sous le nom de Dorcas. Rappelons que le grec était la langue courante en Méditerranée orientale, et que les mots grecs ainsi que les influences culturelles étaient donc omniprésents. En grec, Dorcas signifie « gazelle », une créature élégante, associée dans l’Antiquité à la grâce et à la beauté féminines. Tabitha mourut et ses proches firent venir saint Pierre, qui se trouvait à proximité. Après avoir prié, et suivant l’exemple du Seigneur, le saint apôtre ordonna : « Tabitha, lève-toi ». Ce miracle convertit de nombreuses personnes. Le dernier verset de ce chapitre nous dit que Pierre accepta l’hospitalité de Simon, un tanneur. Pourquoi nous est-on précisé le métier de cet homme ? Tout simplement parce que les chefs de la synagogue considéraient le travail du tanneur comme impur. Saint Pierre montrait ainsi que le Christ était venu pour tous, sans exception. Une foi ferme et la pureté du cœur sont plus importantes que le statut social.        

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Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Jean 5, 1-15), saint Jean nous raconte la guérison de l’homme paralysé. Ce miracle nous est présenté à travers l’évocation d’une piscine. On trouve des références bibliques à l’utilisation de l’eau dès l’Ancien Testament. Par exemple, nous lisons l’histoire du commandant syrien Naaman, à qui le prophète Élisée avait dit de se laver dans le Jourdain pour guérir de sa lèpre.  Dans le Nouveau Testament, nous apprenons que saint Jean-Baptiste baptisait dans le Jourdain et que le Christ donna pour commandement d’aller vers toutes les nations et de les baptiser. Bethesda, la piscine des Brebis, était l’eau dans laquelle on lavait les entrailles des animaux destinés au sacrifice dans le temple. Cela ne conférait pas à l’eau des propriétés magiques, car un ange venait agiter l’eau, ce qui était le signe du don de guérison de Dieu. C'était la manière dont le baptême était préfiguré pour les personnes qui vivaient sous l'Ancienne Alliance. Dans le sacrement du baptême, ce n'est pas l'eau elle-même, mais la grâce du Saint-Esprit, qui est le facteur efficace. De même, nous pouvons nous rappeler qu'il existe de nombreux puits sacrés, associés à divers saints, vers lesquels les pèlerins se rendent en quête de guérison. Pourtant, l’eau n’est que le vecteur transmettant la bénédiction de Dieu accordée par l’intercession du saint. 

Dans ce récit évangélique, il est rapporté qu’un homme (le Synaxaire l’appelle Jarah) était paralysé et ne pouvait pas profiter du pouvoir de guérison de la piscine parce qu’il ne disposait pas de l’aide dont il avait besoin. Il souffrait de cette condition malheureuse depuis 38 ans, ce qui représentait clairement une partie importante de sa vie. Aucune information précise n’est donnée sur la cause de son infirmité, bien qu’il y ait une indication plus tard. Lorsque le Christ vit l’homme, il lui demanda s’il voulait être guéri. L’homme ne répondit pas sarcastiquement : « Et pourquoi d'autre ? » ou « Pourquoi serais-je ici sinon ? » Non, il répondit poliment, expliquant le problème de n’avoir personne pour l’aider.

Le Seigneur ordonna donc à l’homme de prendre son lit – qui ressemblait sans doute à une civière – et de marcher. Il s’agissait de démontrer aux gens, qui assistaient à cette scène, que la guérison de l’homme était réelle et non une illusion. On aurait pu s’attendre, compte tenu de la réaction humaine normale, à ce que l’homme hésite en entendant un ordre aussi extraordinaire, mais il n’en fut rien : il obéit sans poser de questions.


C'était le jour du sabbat et certains Juifs interpellèrent l'homme qui avait été guéri. Leur question portait sur le strict respect de la Loi et non sur le bien-être de l'homme lui-même. Ils ne lui demandèrent pas comment ni par quels moyens l'ancien paralytique avait été guéri. Au lieu de cela, ils lui demandèrent qui lui avait dit d'enfreindre la Loi en portant son lit le jour du sabbat. À ce moment-là, l’homme ignorait la véritable identité de celui qui l’avait guéri. Le Christ s’était éloigné de cet endroit.

Plus tard, le Christ vit l’homme dans le temple. Or, après avoir constaté qu’il était guéri, la réaction la plus probable de l’homme aurait été de se dépêcher de rentrer chez lui pour raconter à tout le monde sa bonne fortune, mais sa priorité fut d’aller d’abord au temple pour remercier Dieu. C’est ainsi que l’homme découvrit l’identité de Celui qui l’avait guéri. Le Christ lui a dit de ne plus pécher. Cela pourrait indiquer que l’infirmité de l’homme était une sorte d’affliction plutôt qu’une malformation congénitale, bien qu’il ne nous soit pas dit qu’il était un homme mauvais. S’il n’avait pas été pieux, il aurait rejeté la faute sur quelqu’un d’autre lorsqu’on lui a reproché d’avoir enfreint le sabbat. Plutôt que de dire : « C’est la faute de... » « Il m’a dit de porter mon lit », a-t-il dit, « c’est Jésus qui m’a guéri ». Ainsi, dans ce récit, nous voyons que le Christ nous enseigne la signification spirituelle de l’eau. Non pas que l’eau ait un quelconque pouvoir en soi, mais que Dieu peut utiliser, et utilise effectivement, les choses matérielles comme des canaux pour dispenser Ses bénédictions et Sa grâce. D’autres exemples sont les éléments du Saint-Sacrement et l’huile d’onction. De plus, Il nous montre que si la Loi est un cadre de discipline et d’ordre, elle ne doit pas être une restriction. Le respect des coutumes et des règles pieuses est une bonne chose. Néanmoins, servir le peuple de Dieu et se soucier de son bien-être spirituel et physique doit être une priorité. 

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après


 


dimanche 11 mai 2025

Dimanche du Paralytique





Voici, tu fus guéri; ne pèche plus, de peur que quelque chose de pire ne t'advienne (Jean 5:14). Le péché ne frappe pas seulement l'âme, mais également le corps. Dans certains cas, cela est extrêmement évident, dans d'autres cependant ce n'est pas aussi clair, la vérité n'en demeure pas moins que les maladies du corps viennent toujours des péchés. 

 

 

Un péché est commis dans l'âme et la rend directement malade, mais puisque la vie du corps vient de l'âme, alors la vie qui vient de l'âme malade n'est, bien sûr, pas en bonne santé. Le simple fait que le péché entraîne les ténèbres et la douleur doit agir défavorablement sur le sang, dans lequel se trouve la base de la santé corporelle. 

 

 

Mais quand on se rappelle qu'il [le péché] sépare l'homme de Dieu, Source de vie, et met l'homme en désaccord avec toutes les lois qui agissent en lui-même et dans la nature, alors on doit admirer la manière dont un pécheur reste en vie après avoir péché. 

 

 

C'est la miséricorde de Dieu, Qui attend la repentance et la conversion. Par conséquent, une personne malade doit se précipiter tout d'abord pour être lavée de ses fautes et faire la paix avec Dieu, dans sa conscience. Cela ouvre la voie à l'action bénéfique de la médecine. On dit qu'il y avait un médecin distingué, qui ne commençait pas le traitement jusqu'à ce que le patient se soit confessé et ait reçu les Saints Mystères, et plus grave était la maladie, plus il insistait sur l'urgence qu'il y avait à entreprendre cette action.

 

St. Théophane le Reclus


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
St Theophan the Recluse
Thoughts for each Day of the Year
St Herman of Alaska,
Platina, CA
USA
2010




dimanche 26 mai 2024

4ème DIMANCHE DE PÂQUES: DIMANCHE DU PARALYTIQUE

Sainte Tabitha

Aujourd'hui, c'est le quatrième dimanche de Pâques et nous commémorons la juste Tabitha de Joppé parce qu'elle est mentionnée dans la lecture des Actes des Apôtres. Le calendrier des saints nous donne également d'autres exemples notables de piété et de dévotion au Christ. 

Saints Jean et Euthyme d'Iviron

Le monastère d'Iveron, sur le Mont Athos, figure aujourd'hui dans le calendrier des saints. Les Byzantins désignaient la Géorgie comme le royaume des Ibères, d'où le nom du monastère, dérivé de Iberia, qui signifie Géorgie. Il fut fondé par saint Jean l'Ibère vers l'an 980. Saint Euthyme, son fils, est plus connu. Euthyme fut emmené à Constantinople en tant qu'otage politique, mais il fut ensuite libéré et tonsuré comme moine à la grande laure d'Athanase sur le Mont Athos. Il parlait couramment le géorgien, le grec et d'autres langues, et devint plus tard higoumène du monastère d'Iveron. Il exerça cette fonction pendant quatorze ans avant de se retirer pour se consacrer à son travail de traduction de textes théologiques grecs en géorgien. Il traduisit également des ouvrages philosophiques et des discours juridiques. Sa mort, en 1028, est due à un tragique accident. Il se déplaçait à dos de mulet lorsqu'un mendiant s'approcha et fit sursauter la bête, provoquant la chute mortelle du moine.  Les reliques du saint sont conservées dans l'église Saint-Jean-Baptiste du monastère d'Iveron.

Sts martyrs d'Iviron, victimes de la barbarie papale 

On commémore également aujourd'hui les moines d'Iveron, martyrisés par les Latins au XIIIe siècle. L'histoire rapporte qu'entre 1259 et 1306, l'armée privée du pape dévasta le Mont Athos à plusieurs reprises. Les moines de Zographou et de Vatopaidi furent également martyrisés lors de ces raids des croisés. Les croisés exigèrent des moines d'Iveron qu'ils reconnaissent la suprématie de la papauté. Ils refusèrent et, en conséquence, environ deux cents moines âgés furent embarqués de force sur un navire qui sombra dans les profondeurs de la mer. Les moines plus jeunes furent emmenés en Italie et vendus comme esclaves. 

Revenons maintenant à la sainte et juste Tabitha. Dans le passage (Actes 9, 32-42) qui est lu aujourd'hui, saint Luc rapporte deux récits distincts de miracles. Après la conversion de Saul, le plus violent des persécuteurs de chrétiens, la situation s'apaisa quelque peu et ceux qui croyaient au Seigneur furent réconfortés par l'effusion de l'Esprit Saint et les miracles accomplis par les apôtres. Saint Pierre effectuait une pérégrination pastorale, visitant les groupes de chrétiens dispersés qui avaient besoin d'être soutenus et guidés. Au début de ce passage, nous lisons que Pierre rendait visite aux saints de Lydda. Dans son commentaire, l'archevêque Averky nous dit : "Tous les chrétiens étaient appelés "saints" à cette époque, parce qu'ils étaient sanctifiés par la grâce de Dieu".  Nous rencontrons ici Énée, qui était peut-être grec et, à l'époque, peut-être même pas chrétien, puisqu'il est décrit comme un certain homme. Le saint apôtre obéissait à l'ordre du Christ de prêcher à toutes les nations. Grâce à de tels miracles, de nombreuses âmes ont été amenées à la foi en Christ. 

Joppé (aujourd'hui Haïfa) n'était pas loin de Lydda. Tabitha était veuve et consacrait sa vie à des œuvres de charité, principalement en vêtant des femmes pauvres qui étaient dans le besoin. On nous dit qu'elle était connue sous le nom de Dorcas. Rappelons que le grec était la langue vernaculaire de la Méditerranée orientale et que, par conséquent, les mots grecs et les influences culturelles étaient omniprésents. En grec, Dorcas est une gazelle, une créature élégante, associée dans l'Antiquité à la grâce et à la beauté féminines. 

Saint Simon le Tanneur

Tabitha mourut et ses proches envoyèrent chercher saint Pierre qui se trouvait à proximité. Après avoir prié, et suivant l'exemple du Seigneur, le saint apôtre ordonna à Tabitha de se lever. Ce miracle en convertit plus d'un. Le dernier verset de ce chapitre nous dit que Pierre accepta l'hospitalité de Simon, un tanneur. Pourquoi nous dit-on le métier de cet homme ? Tout simplement parce que les chefs de la synagogue considéraient le travail du tanneur comme impur. Saint Pierre démontre que le Christ est venu pour tous, sans exception. Une foi ferme et la pureté du cœur sont plus importantes que le statut social.   

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Dans l'Évangile d'aujourd'hui (Jean 5, 1-15), saint Jean nous raconte la guérison d'un paralysé. Ce miracle nous est présenté par l'évocation d'un bassin d'eau. Il existe des références bibliques à l'utilisation de l'eau, même dans l'Ancien Testament. Par exemple, nous lisons le cas du commandant militaire syrien Naaman, à qui le prophète Élisée avait dit de se laver dans le Jourdain pour guérir de sa lèpre. Dans le Nouveau Testament, nous apprenons que saint Jean le Précurseur a baptisé dans le Jourdain et que le Christ a ordonné d'aller vers toutes les nations et de les baptiser. Béthesda, la piscine des moutons, était l'eau dans laquelle on lavait les entrailles des animaux sacrifiés dans le temple. Cela ne conférait pas à l'eau des propriétés magiques, car un ange venait troubler l'eau, ce qui était le signe du don de guérison de Dieu. C'est ainsi que le baptême fut préfiguré pour le peuple qui vivait sous l'Ancienne Alliance. Dans le sacrement du baptême, ce n'est pas l'eau elle-même, mais la grâce de l'Esprit Saint qui est le facteur efficace. Rappelons aussi qu'il existe de nombreux puits sacrés, associés à divers saints, vers lesquels les pèlerins se dirigent en quête de guérison. Cependant, l'eau n'est que le véhicule de la bénédiction de Dieu accordée par l'intermédiaire des intercessions du saint. 

Dans ce récit de l'Évangile, on raconte qu'un homme (le Synaxarion l'appelle Jaros) était paralysé et ne pouvait pas profiter du pouvoir de guérison de la piscine parce qu'il n'avait pas l'aide dont il avait besoin.

La guérison du paralytique
 

Il souffrait de ce malheur depuis 38 ans, ce qui représentait manifestement une grande partie de sa vie. Aucune information spécifique n'est donnée sur la cause de son infirmité, bien qu'il y ait une indication plus tard. Lorsque le Christ vit l'homme, il lui demanda s'il voulait être guéri. L'homme n'a pas répondu avec sarcasme : "De quoi ça a l'air ?" ou "Pourquoi serais-je ici ?". Non, il a répondu poliment, expliquant le problème de n'avoir personne pour l'aider. Le Seigneur a donc demandé à l'homme de prendre son lit, qui était vraisemblablement une sorte de civière, et de marcher. Cela devait montrer aux gens qui assistaient à cette scène que la guérison de l'homme était réelle et non une illusion. On aurait pu s'attendre à ce que l'homme hésite à entendre un ordre aussi extraordinaire, mais il n'en fut rien, il obéit sans poser de questions.

C'était le jour du sabbat et certains Juifs critiquèrent l'homme qui avait été guéri. Leur question portait sur la stricte observation de la loi et non sur le bien-être de l'homme lui-même. Ils n'ont pas demandé comment et par quel moyen l'ancien paralysé avait été guéri. Ils lui ont plutôt demandé qui lui avait dit d'enfreindre la loi en portant son lit le jour du sabbat. À ce moment-là, l'homme ignorait la véritable identité de son guérisseur. Le Christ s'était éloigné de cet endroit.

Plus tard, le Christ vit l'homme dans le temple. Après avoir appris qu'il était guéri, l'homme aurait probablement réagi en se dépêchant de rentrer chez lui pour raconter sa bonne fortune à tout le monde, mais sa priorité était d'aller d'abord au temple pour remercier Dieu. C'est ainsi que l'homme découvrit l'identité de son guérisseur. Le Christ lui dit de ne plus pécher. Cela pourrait indiquer que l'infirmité de l'homme était une sorte de punition plutôt qu'une condition congénitale, bien qu'il n'ait pas été un mauvais homme. S'il n'avait pas été pieux, il aurait rejeté la faute sur les autres lorsqu'on lui reprocha d'avoir enfreint le sabbat. Plutôt que de dire : "C'est sa faute, il m'a dit de porter mon lit", il a dit : "C'est Jésus qui m'a guéri". 

Ainsi, dans cette histoire, nous voyons que le Christ nous enseigne la signification spirituelle de l'eau. Non pas que l'eau ait un quelconque pouvoir en soi, mais que Dieu peut utiliser, et utilise, les choses matérielles comme des canaux pour accorder des bénédictions et des grâces. Il nous montre également que si la loi est un cadre pour la discipline et l'ordre, elle ne doit pas être une restriction. Le respect des coutumes et des règles pieuses est une bonne chose. Néanmoins, servir le peuple de Dieu et se préoccuper de son bien-être doit être une priorité.  

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après


in Mettingham. 

ENGLAND 


dimanche 7 mai 2023

DIMANCHE DU PARALYTIQUE




Aujourd'hui, c'est le quatrième dimanche de Pâques et nous commémorons la juste Tabitha de Joppé parce qu'elle est mentionnée dans la lecture des Actes des Apôtres. Le calendrier des saints nous donne également d'autres exemples notables de piété et de dévotion au Christ.

Saint Savva (Sabbas) le Stratilate

Saint Savva le Stratilate était issu d'une tribu gothique, mais il servit dans l'armée romaine. Intrépide et noble, il atteignit le rang de commandant militaire sous le règne de l'empereur Aurélien (270-275 ap. J.-C.). Savva était un chrétien dévot et excellait dans toutes les vertus. C'est ainsi que le Seigneur lui conféra le don de faire des miracles, de guérir les malades et de chasser les démons. Lorsque l'empereur découvrit que Savva était chrétien, il exigea que le saint renonce au Christ. Savva refusa catégoriquement et fut cruellement torturé, battu, brûlé et jeté dans un chaudron de goudron, mais il resta indemne. En voyant ce miracle, soixante-dix soldats vinrent à la foi en Christ. Ils furent décapités. Savva fut renvoyé en prison où le Seigneur lui apparut, ce qui renforça sa détermination à tenir bon. Après d'autres tortures, il fut noyé dans une rivière en l'an 272.

Saint Doucas

Nous commémorons également aujourd'hui le nouveau martyr Doucas de Mytilène. Au XVIe siècle, le peuple grec était sous le joug turc. Doukas était un tailleur hautement qualifié qui vivait et travaillait à Constantinople. Il comptait parmi ses clients de nombreux Turcs de haut rang. Il était non seulement talentueux, mais aussi jeune et beau. Cela attira sur lui l'attention importune de clientes, qui lui offrirent toutes sortes d'avantages mondains. Pour se venger d'avoir été éconduit, Doukas fut dénoncé aux autorités turques avec de fausses allégations selon lesquelles il s'était comporté de manière inappropriée. On lui offrit la liberté s'il embrassait l'islam, mais le chrétien grec refusa. Il fut soumis à des tortures indicibles : écorché vif, jeté sur un lit de pointes de fer, puis pendu. À l'âge de 23 ans, le saint martyr rendit son âme au Christ en ce jour de 1564.

Sainte Elisabeth la Thaumaturge

Deux saints notables sont commémorés aujourd'hui, entre autres. Sainte Élisabeth la thaumaturge de Constantinople nuit à la fin du Ve siècle. Par amour pour le Sauveur, elle s'efforça de suivre son exemple en toutes choses, en donnant tous ses biens aux pauvres et en ne gardant qu'un seul vêtement pour elle. La tradition nous dit qu'elle porta ce même vêtement toute sa vie car, par la miséricorde de Dieu, il resta miraculeusement propre et ne montra aucune trace d'usure. Cette épouse du Christ vécut une longue vie remplie de miracles et reçut sa récompense éternelle en ce jour de l'an 540. 

Saint Alexis Toth

L'autre commémoration est celle du prêtre Alexis Toth, fils d'un prêtre uniate en Slovaquie. Il suivi tles traces de son père et fut ordonné prêtre uniate, avant d'être envoyé en Amérique en 1889. Il n'y avait pas d'évêque uniate à l'époque et le Père Alexis s'est retrouvé sous l'autorité de l'archevêque catholique romain (de rite latin) John Ireland de St Paul et Minneapolis, qui était totalement hostile aux uniates et refusait de les reconnaître. En 1891, il s'adresse à l'évêque Vladimir (Sokolovsky) à San Francisco pour lui demander d'être reçu dans l'Église orthodoxe russe. En 1892, l'évêque Vladimir se rendit à Minneapolis et a officiellement accepté le père Alexis et sa paroisse dans l'Église orthodoxe. Le père Alexis devint ainsi le premier prêtre uniate d'Amérique à conduire ses fidèles à l'unité avec l'orthodoxie, l'Église de leurs ancêtres. Il consacra le reste de sa vie à cette noble cause, ce qui permit à quelque 20 000 âmes de se réconcilier avec l'Église. Le protopresbytre Alexis s'éteignit en ce jour en 1909 et fut glorifié comme saint en 1994. 

Sainte Tabitha la miséricordieuse

Revenons maintenant à la sainte et juste Tabitha. Dans le passage (Actes 9, 32-42) qui est lu aujourd'hui, saint Luc rapporte deux récits distincts de miracles. Après la conversion de Saul, le plus violent des persécuteurs de chrétiens, la situation s'est quelque peu apaisée et ceux qui croyaient au Seigneur ont été réconfortés par l'effusion de l'Esprit Saint et les miracles accomplis par les apôtres. Saint Pierre effectuait une pérégrination pastorale, visitant les groupes de chrétiens dispersés qui avaient besoin d'être soutenus et guidés. Au début de ce passage, nous lisons que Pierre rendait visite aux saints de Lydda. Dans son commentaire, l'archevêque Averky nous dit : "Tous les chrétiens étaient appelés "saints" à cette époque, parce qu'ils étaient sanctifiés par la grâce de Dieu". Nous rencontrons ici Énée qui était peut-être grec et, à l'époque, peut-être même pas chrétien puisqu'il est décrit comme un certain homme. Le saint apôtre obéissait à l'ordre du Christ de prêcher à toutes les nations. Grâce à de tels miracles, de nombreuses âmes furent amenées à la foi en Christ. 

Joppé (aujourd'hui Haïfa) n'était pas loin de Lydda. Tabitha était veuve et consacrait sa vie à des œuvres de charité, principalement en vêtant des femmes pauvres qui étaient dans le besoin. On nous dit qu'elle était connue sous le nom de Dorcas. Rappelons que le grec était la langue vernaculaire de la Méditerranée orientale et que, par conséquent, les mots grecs et les influences culturelles étaient omniprésents. En grec, Dorcas est une gazelle, une créature élégante, associée dans l'Antiquité à la grâce et à la beauté féminines. Tabitha mourut et ses proches envoyèrent chercher saint Pierre qui se trouvait à proximité. Après avoir prié, et suivant l'exemple du Seigneur, le saint apôtre ordonna à Tabitha de se lever. Ce miracle en convertit plus d'un. Le dernier verset de ce chapitre nous dit que Pierre accepta l'hospitalité de Simon, un tanneur. Pourquoi nous dit-on le métier de cet homme ? Tout simplement parce que les chefs de la synagogue considéraient le travail du tanneur comme impur. Saint Pierre démontre que le Christ est venu pour tous, sans exception. Une foi ferme et la pureté du cœur sont plus importantes que le statut social. 

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Dans l'Évangile d'aujourd'hui (Jean 5, 1-15), saint Jean nous raconte la guérison du paralytique. Ce miracle nous est présenté par l'évocation d'un bassin d'eau. Il existe des références bibliques à l'utilisation de l'eau, même dans l'Ancien Testament. Par exemple, nous lisons le cas du commandant militaire syrien Na-a-man, à qui le prophète Élisée avait dit de se laver dans le Jourdain pour guérir de sa lèpre. Dans le Nouveau Testament, nous apprenons que saint Jean le Précurseur baptisait dans le Jourdain et que le Christ ordonna d'aller vers toutes les nations et de les baptiser. Béthesda, la piscine des moutons, était l'eau dans laquelle on lavait les entrailles des animaux sacrifiés dans le temple. Cela ne conférait pas à l'eau des propriétés magiques, car un ange venait troubler l'eau, ce qui était le signe du don de guérison de Dieu. C'est ainsi que le baptême fut préfiguré pour le peuple qui vivait sous l'ancienne alliance. Dans le sacrement du baptême, ce n'est pas l'eau elle-même, mais la Grâce de l'Esprit Saint qui est le facteur efficace. Rappelons aussi qu'il existe de nombreux puits sacrés, associés à divers saints, vers lesquels les pèlerins se dirigent en quête de guérison. Cependant, l'eau n'est que le véhicule de la bénédiction de Dieu accordée par l'intermédiaire des intercessions du saint. 

Dans ce récit de l'Évangile, on raconte qu'un homme (le Synaxarion l'appelle Jarah) était paralysé et ne pouvait pas profiter du pouvoir de guérison de la piscine parce qu'il n'avait pas l'aide dont il avait besoin. Il souffrait de ce malheur depuis 38 ans, ce qui représentait manifestement une grande partie de sa vie. Aucune information spécifique n'est donnée sur la cause de son infirmité, bien qu'il y ait une indication plus tard. Lorsque le Christ vit l'homme, il lui demanda s'il voulait être guéri. L'homme ne répondit pas avec sarcasme : "Et pourquoi d'autre ?" ou "Pourquoi serais-je ici ?". Non, il répondit poliment, expliquant le problème de n'avoir personne pour l'aider. Le Seigneur ordonna donc à l'homme de prendre son lit, qui était vraisemblablement une sorte de civière, et de marcher. Il s'agissait de montrer aux gens qui assistaient à cette scène que la guérison de l'homme était réelle et non une illusion. On aurait pu s'attendre à ce que l'homme hésite à entendre un ordre aussi extraordinaire, mais il n'en fut rien, il obéit sans poser de questions. 

C'était le jour du sabbat et certains Juifs contestèrent l'homme qui avait été guéri. Leur question portait sur la stricte observation de la loi et non sur le bien-être de l'homme lui-même. Ils ne demandèrent pas comment et par quel moyen l'ancien paralytique avait été guéri. Ils lui ont plutôt demandé qui lui avait dit d'enfreindre la loi en portant son lit le jour du sabbat. À ce moment-là, l'homme ignorait la véritable identité de son guérisseur. Le Christ s'était éloigné de cet endroit.

Plus tard, le Christ vit l'homme dans le temple. Après avoir découvert qu'il était guéri, l'homme aurait probablement réagi en se dépêchant de rentrer chez lui pour annoncer sa bonne fortune à tout le monde, mais sa priorité était d'aller d'abord au temple pour remercier Dieu. C'est ainsi que l'homme découvrit l'identité de son guérisseur. Le Christ lui dit de ne plus pécher. Cela pourrait indiquer que l'infirmité de l'homme était une sorte de punition plutôt qu'une condition congénitale, bien qu'il n'ait pas été un mauvais homme. S'il n'avait pas été pieux, il aurait rejeté la faute sur les autres lorsqu'on lui a reproché d'avoir enfreint le sabbat. Plutôt que de dire : "C'est sa faute, il m'a dit de porter mon lit", il a dit : "C'est Jésus qui m'a guéri". Ainsi, dans cette histoire, nous voyons que le Christ nous enseigne la signification spirituelle de l'eau. Non pas que l'eau ait un quelconque pouvoir en soi, mais que Dieu peut utiliser, et utilise, les choses matérielles comme des canaux pour accorder des bénédictions et des grâces. Il nous montre également que si la loi est un cadre pour la discipline et l'ordre, elle ne doit pas être une restriction. Le respect des coutumes et des règles pieuses est une bonne chose. Néanmoins, servir le peuple de Dieu et se préoccuper de son bien-être doit être une priorité.


Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après


in Mettingham. 

ENGLAND

dimanche 10 mai 2020

Père Athanasios: Dimanche du Paralytique

Deuxième dimanche de Carême : Mc 2, 1-12 (le Paralytique) et Jn 10 ...

Chers paroissiens, frères et sœurs en Christ, et amis,

Voici environ deux mois que nous sommes confinés ! Et le confinement c’est-à-dire l’immobilisation, l’interdiction de sortir, de se promener, d’aller voir ses amis, etc., d’une part, et, d’autre part la peur d’attraper le virus, peur qui est entretenue par ce comptage des décès jour après jour dans le monde entier, voilà ce qui constitue, à mes yeux, un véritable trauma !

- En ce moment, on nous parle de déconfinement et je suis sûr que nous nous réjouissons à l’idée de pouvoir enfin retrouver notre liberté, de pouvoir aller nous promener au soleil. Mais il me semble important de prendre conscience que ce déconfinement doit se faire sur trois niveaux :

- sur le plan physique et matériel, en pouvant à nouveau bouger librement, nous promener et faire du sport éventuellement, etc.

- sur le plan psychologique et affectif, nous aurons un effort à faire pour retrouver des relations normales avec les autres sans les considérer nécessairement comme une menace ! Or le fait d’être obligés de continuer à porter un masque ne rendra pas nos relations avec autrui plus faciles. Pour nous aider à vaincre la peur du virus et la peur des autres, il faut dire non à la peur et il faut se donner aussi des arguments pour se libérer de cette peur. Par exemple, se souvenir que chaque année dans le monde la grippe saisonnière fait entre 290 et 650 000 morts. Si on remonte un peu plus dans le temps et qu’on se souvient de la grippe de Hong Kong en 1968, alors on évoquera les 8 millions de morts qu’elle a provoqués dans le monde ! Ces considérations vont nous permettre de relativiser le danger du Covid-19.

- Sur le plan spirituel aussi, nous devrons réapprendre à mettre notre confiance en Dieu qui nous a créé avec cette capacité extraordinaire que nous avons de pouvoir résister au virus en fabricant des anticorps, en nous souvenant d’autre part que nous ne sommes pas du monde bien que nous y vivions, et, troisièmement que nous n’avons pas avoir peur des autres mêmes s’ils sont éventuellement des porteurs asymptomatiques du virus, car en tant que chrétiens nous somme porteurs du Christ et par conséquent nous sommes des instruments de bénédiction pour les autres !

- Enfin, souvenons-nous que la caractéristique des chrétiens orthodoxes dans leur rapport à la mort c’est de la considérer comme le passage vers le lieu où brille la lumière du visage du Christ !

Nous venons de fêter la Résurrection et nous sommes en marche vers l’Ascension et la Pentecôte, continuons de méditer la parole de Dieu telle qu’elle nous est proposée par l’Église, dimanche après dimanche, afin de rester centrés sur la personne même du Christ qui nous illumine et nous remplit d’une paix et d’une joie que personne d’autre ne peut nous procurer.

Que le Seigneur Jésus-Christ notre Dieu et notre Sauveur vous bénisse !

+ Père Athanasios