"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 23 janvier 2018

Jean-Claude LARCHET: Recension/ Évagre le Pontique, À Euloge – Les vices opposés aux vertus.



Recension: Évagre le Pontique, À Euloge – Les vices opposés aux vertus. Introduction, texte critique, traduction et notes de Charles-Antoine Fogielman, « Sources chrétiennes » n° 591, Éditions du Cerf, Paris 2017, 534 p.

Évagre le Pontique est une figure majeure de la spiritualité monastique orientale, et sans doute celui qui a le plus contribué à lui donner sa structure (que conserve encore la spiritualité orthodoxe actuelle). Malgré cela, l’édition critique de son œuvre avance lentement, car sa tradition manuscrite a été compliquée par le fait que, ayant été détruite ou occultée à la suite de la condamnation d’Évagre pour origénisme par le Ve Concile œcuménique (Constantinople II) en 553, elle s’est transmise sous d’autres noms (en particulier celui de saint Nil) ou sous forme de traductions, la rendant difficilement repérable. Ce n’est par exemple qu’au XXe siècle, grâce aux travaux du regretté père Irénée Hausherr, que l’une de ses œuvres majeures, le Traité sur la prière, a pu lui être restituée. Antoine Guillaumont et son épouse Claire ont ensuite beaucoup contribué à faire connaître Évagre, par la publication des premières éditions critiques, de leurs traductions, et d’études diverses, dont les remarquables synthèses que sont la vaste introduction au Traité pratique (« Sources chrétiennes » n° 170) et le volume Un philosophe au désert – Évagre le Pontique (Vrin, Paris, 2004). Paul Géhin a ensuite poursuivi leur œuvre d’édition.

Le présent volume est la thèse de doctorat de Charles-Antoine Fogielman, ancien élève de l’École des chartes et de l’EPHE. Il comporte deux œuvres.
La première est un traité intitulé À Euloge, du nom de son destinataire (peut-être un prêtre, disciple de saint Jean Chrysostome, venant d’embrasser la voie érémitique). Il se distingue, par sa forme suivie et construite, de la plupart des autres œuvres d’Évagre, qui sont des recueils de sentences ; il se rapproche en revanche du style épistolaire, un autre genre littéraire pratiqué par le Pontique. C’est une initiation à la vie monastique, proche, par son thème, du Traité pratique, mais qui vise, plus que ce dernier, un public de moines débutant dans la vie anachorétique, ce qui ne l’empêche pas de placer les conseils donnés à un niveau d’exigence très élevé. Il s’agit d’ailleurs probablement, comme en témoigne sa cohérence et les allusions à quelques textes publiés antérieurement, d’une œuvre de la maturité, rédigée peu avant 394, alors que les catégories de la vie spirituelles avaient déjà été bien posées par l’auteur. Le traité insiste beaucoup sur le rôle des efforts, et en particulier de la persévérance, sans pour autant croire qu’ils peuvent tout, autrement dit sans minimiser le rôle corrélatif de la grâce. Évagre note par exemple: « Ceux qui reçoivent de la grâce le pouvoir des efforts, qu’ils ne considèrent pas le tenir de leur propre force. […] Ainsi, pour tout ce que tu accomplis de bien, offre une action de grâces à Celui qui en est la cause ».

La deuxième œuvre est intitulée Des vices opposés aux vertus. C’est une présentation de chacun des huit vices (ou passions) génériques et de chaque vertu qui lui est opposée. C’est une œuvre brève prenant la forme de neuf chapitres de petite taille. Intitulée dans certains manuscrits Second traité à Euloge, elle était probablement adressée au même destinataire que la première, ce qui justifie son édition à ses côtés.

Euloge semble avoir eu un haut niveau de culture auquel il convenait de s’adapter. Cela explique que les deux œuvres aient en commun la recherche d’une certaine qualité littéraire qui les distingue du style plus technique des autres œuvres d’Évagre. La seconde en particulier se caractérise, dans la description des passions et des vertus, par un usage abondant d’images et de métaphores, et un style poétique. Citons pour exemple cette belle description des deux passions premières, la gourmandise et la luxure et des vertus qui leurs sont opposées, la tempérance (que le traducteur a appelée sobriété) et la chasteté :

« 1. La gourmandise est donc mère de luxure, propre à nourrir les pensées de paroles, relâchement du jeûne, recrudescence de la voracité, muselière de l’ascèse, épouvantail de la résolution, imagination de nourritures, figuration de condiments, poulain débridé, folie effrénée, réceptacle de maladie, envieuse de la santé, obstruction des boyaux, grognement des entrailles, aboutissement des excès, consœur de la luxure, pollution de l’entendement, impuissance du corps, sommeil accablant, sinistre mort. La sobriété est frein du ventre, fouet contre l’insatiabilité, balance équilibrée, muselière de la gastronomie, renoncement au repos, engagement à la dureté, dompteuse des pensées, œil de veille, destruction de l’échauffement, pédagogue du corps et élévation de l’âme, tour des efforts et rempart des bonnes dispositions, répression des mœurs et renvoi des passions, mortification des membres, reviviscence des âmes, imitation de la Résurrection, gouvernement de sanctification.

2. La luxure est rejeton de la gloutonnerie, émollient du cœur, fournaise de l’échauffement, entremetteuse des idoles, pratique contre nature, beauté dans l’ombre, copulation rêvée, lit de songes, union inconsciente, excitation de l’œil, impudence de la vision, reproche dans la prière, turpitude du cœur, pilote vers l’ignorance, guide vers la condamnation.

La chasteté est habit de vérité, pourfendeuse de l’impudicité, cocher des yeux, surveillant de l’intuition, circoncision des pensées, excision du libertinage, naturel corrigeant la nature et antithèse à l’échauffement, assistante des travaux et collaboratrice de la sobriété, flambeau du cœur, résolution de prier. »
Rappelons qu’Évagre avait lui-même une grande stature intellectuelle et spirituelle, fondée sur une excellente formation: il fréquenta très tôt les Cappadociens, étant institué lecteur par saint Basile et ordonné diacre par saint Grégoire de Nazianze, qu’il considérait comme son maître, et qu’il accompagna à Constantinople, se faisant remarquer dans la capitale par sa vive intelligence et son habileté dialectique dans les discussions théologiques; il se retira ensuite dans les déserts d’Égypte (à Nitrie puis aux Cellules) où il vécut 40 ans jusqu’à sa mort; il y reçut les enseignements de saint Macaire d’Alexandrie et de saint Macaire d’Égypte (Rufin le présente même comme un disciple de celui-ci), et fréquenta beaucoup des grandes figures spirituelles que nous présentent les Apophtegmes et l’Histoire lausiaque.

Notons que le fait qu’Évagre ait été condamné par le deuxième concile de Constantinople ne rend pas suspecte d’hérésie la totalité de son œuvre. Comme l’a montré Antoine Guillaumont (Les « Kephalaia gnostica » d’Évagre le Pontique et l’histoire de l’origénisme chez les Grecs et les Syriens, Seuil, Paris, 1962), ce n’est qu’une seule de ses œuvres, les Chapitres gnostiques, qui a des relents origénistes et qui lui a valu d’être anathématisé.

Les deux textes de ce volume sont précédés d’une introduction de 266 pages qui fournit avec clarté toutes les explications souhaitables sur leur origine, leur forme et leur contenu. On peut regretter que le traducteur, pour rendre certains termes, s’éloigne parfois des conventions bien établies, comme quand il traduit egkrateia par « sobriété » plutôt que par « tempérance », ou tropos par disposition (qui rend généralement diathesis) plutôt que par « manière d’être ».

Jean-Claude Larchet

lundi 22 janvier 2018

Hiéromoine Ignace: VIE DU SAINT CONFESSEUR DOSITHÉE (VASIĆ), MÉTROPOLITE DE ZAGREB (1878-1945) (1)


Tropaire ton 8
Depuis ta jeunesse, ô glorieux confesseur, tu te livras en offrande au Seigneur, souffrant au nom du Christ, tu prêchas le Royaume de Dieu, et tu fus crucifié avec le Seigneur, afin de vivre avec Lui dans les siècles.


Kondakion, ton 4
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De la ville impériale de Niš jusqu’en Russie subcarpathique et à Zagreb, qui fut ton Golgotha, tu servis fidèlement Dieu, témoignant du Christ Sauveur, en actes et en paroles, par ta patience tu acquis la couronne de gloire et tu entras dans la joie éternelle de la Très-sainte Trinité.

VIE DU SAINT HIEROMARTYR DOSITHEE (VASIĆ), METROPOLITE DE ZAGREB
(Mémoire le 31 décembre / 13 janvier)



La jeunesse
Le futur métropolite Dosithée naquit le 5 décembre 1878 à Belgrade dans la famille d’un fonctionnaire serbe et reçut au baptême le prénom Dragoutine. Il fit ses études secondaires au séminaire de Belgrade. Alors qu’il était encore séminariste, il prononça ses vœux monastiques et reçut le nom de Dosithée. La même année, il fut ordonné au diaconat et, après avoir achevé ses études au séminaire, il reçut l’ordination sacerdotale. En 1899, il passa une année au monastère de Manasija, où il avait prononcé ses vœux. En 1900, il partit à Kiev afin de continuer ses études à l’Académie théologique. En 1904, il termina le cycle universitaire avec le grade de « candidat » en théologie, qui lui a été accordé pour sa dissertation « La réalité du miracle de la résurrection des morts du Christ Sauveur ». Ensuite, le père Dosithée poursuivit ses études de théologie et de philosophie à Berlin. Là, il étudia la théologie protestante (chez Harnack, Kaftan, Pfleiderer et autres) et la philosophe (chez Riehl et Paulsen). Après deux années d’études à Berlin, il partit à Leipzig, où il se consacra à l’étude de la philosophie, expérimentale (chez Wundt) et  la philosophie pure (chez Heinze et Volkelt). En 1907, il fut appelé au séminaire Saint-Sava de Belgrade pour y enseigner principalement la philosophie dans les classes supérieures. Il y resta jusqu’en 1909. En tant que professeur au séminaire, il se distinguait par sa bonté envers ses élèves. On peut dire qu’il n’y avait pas d’élève qu’il n’ait réussi à intéresser à son enseignement. Il partit ensuite à Paris en tant que boursier du ministère serbe de l’enseignement et des affaires ecclésiastiques, pour continuer ses études. À la Sorbonne et à l’École des hautes études sociales, il étudia la philosophie et les sciences sociales. À la fin de 1910, il partit à Genève, où il s’inscrivit à nouveau à l’université. Il y resta jusqu’en septembre 1912, lorsqu’éclata la première guerre balkanique (9 octobre 1912 – 30 mai 1913), où il se mit à la disposition de son Église et de sa patrie. La guerre opposait la Bulgarie, d’une part, à la Serbie, la Grèce et le Monténégro, d’autre part.

L’épiscopat et la détention en Bulgarie
Le 25 mai 1913, le père Dosithée a été sacré évêque et nommé à Niš, qui était alors le diocèse le plus grand de l’Église orthodoxe serbe. Son bagage intellectuel faisait de lui le hiérarque le plus érudit de l’Église orthodoxe serbe. En outre, il parlait couramment le russe, l’allemand, le tchèque et le français. Ce fut ensuite la première guerre mondiale, au cours de laquelle il se consacra pleinement à l’aide aux victimes. En 1915, il logea une centaine d’orphelins de guerre au monastère Saint-Romain, près de Đunisa, ce qui leur a permis de survivre à la guerre.

Lorsque l’armée serbe dut se retirer par l’Albanie en Grèce en novembre 1915, Mgr Dosithée resta avec le peuple à Niš bien que des ministres fussent venus le chercher en voiture pour s’enfuir. C’est dans la même ville qu’il attendit l’armée ennemie bulgare. Mgr Dosithée, avec le clergé, sortit devant les occupants armés et les pria, au nom des souffrances communes subies de la part des Turcs, et « avant tout au nom de notre Foi Une, Sainte, Chrétienne », d’épargner les personnes âgées et faibles, ainsi que les femmes et les enfants abandonnés. Il se porta garant de l’ordre et de la paix à Niš. L’ennemi promit tout, mais cinq jours après, arrêta l’évêque et l’interna en Bulgarie, où il passa trois ans en relégation. Après la capitulation bulgare, l’évêque Dosithée « épuisé par la faim et les souffrances psychiques » revint dans son diocèse en 1918. Ces années de captivité entamèrent sérieusement sa santé. Le moment le plus difficile de sa vie l’attendait à son retour de Bulgarie, lorsque les orphelins de prêtres (environ 150 ce ces derniers furent assassinés sauvagement par les Bulgares) lui demandèrent où étaient leurs parents, ignorant qu’ils avaient été massacrés. On peut voir, dans son « Message aux Anglo-saxons » rédigé 1920, à quel point ces événements l’avaient affecté : « … Mon âme est emplie de douleurs, mes mains sont trop faibles et mes yeux sont pleins de larmes ; mon esprit lutte alors que j’écris ces lignes. Je ressens le besoin de consolation. Mais suis-je le seul qu’il faille consoler ? Oh, si seulement je pouvais parler de l’agonie de mon esprit ! Ce que j’entends maintenant et ce que je vois dépasse mes prévisions les plus noires au temps de ma captivité. Des milliers des meilleurs fils de mon peuple et avec eux un grand nombre de prêtres serviteurs de Dieu ont été envoyés en captivité, martyrisés et tués. Vous me demanderez pourquoi ? Pour quel crime ? Simplement parce qu’ils étaient serbes… Oh, si vous saviez seulement comme les enfants et les parents de nos martyrs sont malheureux et tristes ! Leurs âmes sont pleines de souffrances. Ils ont vraiment besoin de consolation. Les prières sont nécessaires à nous tous, car sachez-le : le malheur chez nous est général… Je regrette, chers frères et sœurs en Christ, d’être trop loin pour pouvoir vous parler face à face, comme le dit le grand et saint Apôtre des nations, pour vous décrire notre misère et notre chaos matériels. Oh, si en cet instant, de ce le lieu depuis lequel je vous parle, pouvait s’exprimer les bouches de l’un de mes prêtres qui ont été tués aussi sauvagement, si vous pouviez entendre leurs misère et leur malheurs, leur faim et leur nudité, je pense que vos cœurs s’empliraient de douleur et de compassion, d’horreur et de stupeur. Que le Dieu miséricordieux préserve nos pires ennemis et les pires criminels des malheurs dans lesquels se trouvent les familles de nos prêtres-martyrs ». Cela l’incita à se trouver à la tête de différentes associations caritatives pour les assister matériellement. Il ouvrit une maison pour les orphelins de guerre et organisa plusieurs foyers pour les enfants dont les parents avaient péri pendant la guerre. En outre, il établit, auprès du monastère Saint-Jean situé dans les environs de la ville, une maison pour les enfants aveugles. Il faisait aussi le tour des hôpitaux pour enfants.

À Niš, il continua à s’occuper de son troupeau, travaillant activement avec la jeunesse. Il ouvrit une association pour assister les prêtres et ouvrir la première imprimerie ecclésiale indépendante de l’État. Il édita des livres et ouvrit une librairie ecclésiale. Tout cela entrait dans la réalisation de sa vision : la création des bases pour l’autonomie de l’Église et du clergé par rapport à l’État. On sait de Mgr Dosithée que, de son vivant, les prêtres ayant une attitude critique envers lui, écrivaient à son sujet qu’il méritait le dévouement du clergé et des fidèles : « Et comme homme et comme évêque, il mérite que l’on écrive constamment à son sujet, mais non dans le but de chanter les louanges habituelles, mais parce que chacune de ses actions est réellement digne d’égards », écrivit l’un d’entre eux. On donnait encore de lui les caractéristiques suivantes : « hauteur d’esprit, noblesse, verve, et grande conscience de son devoir élevé ». Qui plus est, sa captivité en Bulgarie pendant la guerre n’avait pas provoqué en lui des mouvements de haine, mais il recueillit de l’aide et l’apporta en Bulgarie lorsque ce pays fut frappé par un tremblement de terre en 1927. En 1931, il se rendit aux obsèques du métropolite de Sofia.

Pour ce qui concerne ses autres activités, il convient de mentionner qu’en 1919-1920, l’évêque Dosithée prit une participation active aux négociations avec le Patriarcat de Constantinople pour le rétablissement du Patriarcat de Serbie, qui avait été aboli pendant la domination turque.

Version française Bernard Le Caro
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Sur l'excellent blog de Maxime: DIEU RECONNAÎTRA LES SIENS …

Reliquaire de saint Maxime

…et les hommes iniques finissent également par reconnaître les élus de Dieu, certes avec quelque regrettable retard cependant…

L’histoire de l’Église regorge d’injustices et de scandales et la liste est longue certes…

Çà et là des laïcs chassent voire persécutent leur prêtre, ou bien des prêtres imposent leur scandaleuse conduite pécheresse à leurs fidèles… d’ambitieux comploteurs laïcs soutenus par leur hiérarque carriériste manigancent, font de faux témoignages et élaborent des dossiers iniques pour parvenir à chasser un évêque qui n’est tout simplement pas de leur goût… De faux prophètes, entraînent à leur perte de naïfs dévots aveugles par de faux mérites… Des laîcs animés par le moindre appât du gain détournent à leur profit des biens de l’Église… Des prêtres confondant les biens de l’Église obtenus par la générosité des fidèles avec leurs dons s’arrogent le droit d’en disposer à leur guise et le dilapident selon leur fantaisie…Des hiérarques et des prêtres apostats imposent leurs fausses doctrines à leur troupeau et les menacent d’excommunication si elles ne se rangent pas docilement à leur hérésie… De faux starets tyrannisent voire torturent psychiquement leurs disciples en toute impunité, profitant du prestige de leur habit (qui ne fait pas pourtant forcément le moine) … Des illuminés nageant dans l’illusion spirituelle entraînent des naïfs dans la noyade spirituelle… etc.

Mais la vérité finit, tôt ou tard par se savoir et même l’histoire de l’Église inscrit régulièrement tout au long des siècles, dans ses synaxaires et ses calendriers de fêtes, une liste innombrable de saints martyrs, de saints confesseurs, de saints thaumaturges, qui ont eu à subir l’absence de discernement, l’injustice voire la persécution et la cruauté de leurs contemporains, prétendus « frères « ou « pères » mais leur patience, c’est à dire leur constance à supporter l’épreuve et la souffrance connues seulement de quelques pieux fidèles a fini par être reconnues de tous, même des hiérarques gestionnaires, administrateurs ou diplomates si bien que lle peuple a pu sans retenue célébrer leur mémoire, leur écrire des acathistes, et solliciter par leurs bénéfiques prières leur aide auprès de Dieu…
St Maxime, parmi bien d'autres, a été de ceux-là, lui que renia, exclut et condamna l'immense majorité des hiérarques et gens de pouvoir dans tout un empire, à qui on a eu la cruauté ( qui n'eut rien à envier à celle des djihadistes…) de couper la langue et la main pour le réduire au silence. 

Cependant cette barbarie a été vaine, car nous avons l'incommensurable bonheur d'avoir ,plusieurs siècles après son martyre, une considérable somme d'écrits inestimables qui , désormais reconnus par tous, font partie des fondements mêmes de la théologie orthodoxe.


St Maxime Le Confesseur, à la foi indomptable et sans concessions, prie Dieu pour nous !

dimanche 21 janvier 2018

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



8/21 janvier
33ème Dimanche après la Pentecôte, après la Théophanie
Dimanche de Zachée

Saints Georges de Chozéba (VIIème s.) et Émilien le Confesseur (IXème s.) ; sainte Dominique de Constantinople (vers 474) ; saint Lucien, prêtre, saints Maximien et Julien, martyrs à Beauvais (vers 290) ; saint hiéromartyr Cartère, prêtre à Césarée de Cappadoce (304) ; saints martyrs Julien, Celse, Antoine, Anastase, martyre Basilisse et Marionille, les sept enfants et les 20 soldats (313) ; saints martyrs Théophile, diacre et Hellade (IVème s.)  saint Agathon, ascète au désert de Scété (IVème s.) ; saint Élie d’Égypte (IVème s.) ; saint Grégoire, thaumaturge de la Laure des Grottes de Kiev (1093) ; saint Grégoire, reclus de de la Laure des Grottes de Kiev (XIII-XIVème s.) ; saint hiéromartyr Isidore, prêtre et avec lui 72 autres martyrs à Youriev (1472) ; saint Païssios d’Ouglitch (1504) ; saint martyr Abo de Tiflis en Géorgie (vers 790) ; saints nouveaux martyrs de Russie : Victor (Oussov), prêtre (1937) ; Démètre (Plychevsky), Vladimir (Pasternatsky), prêtres, Paphnuce (Kostine), moine, Michel (Novoselov), martyr (1938) ; Basile (Arkhanguelsy), prêtre (1939) ; Jean (Malychev), martyr (1940) ; saint Michel (Rozov), confesseur, prêtre (1941).
Lectures : Dimanche après la Théophanie : Eph. IV, 7-13, Matth. IV, 12-17 ; Zacchée : I Tim. IV, 9-15, Lc XIX, 1-10


Source de l'icône: Ruicon.ru

QUI ÉTAIT ZACHÉE ?[1]
Q

ui était Zachée ? C’était le chef des publicains, qui étaient réellement des pécheurs, des transgresseurs des lois fondamentales du Seigneur. Les publicains étaient les percepteurs des impôts des Juifs pour le compte des Romains. Le signe le plus tangible et manifeste de cet asservissement et de cette soumission des Juifs était constitué par le payement de toutes sortes d’impôts, de tributs, à leurs asservisseurs. Le versement d’un tribut pour les Juifs, comme pour tous les autres peuples de l’Antiquité était par excellence le symbole de la soumission. Et les Romains, ne manifestant aucune retenue à l’égard du peuple soumis, percevaient de lui des impôts ordinaires et exceptionnels. Naturellement, les Juifs s’en acquittaient avec haine et dégoût. Ce n’est donc pas en vain que, voulant compromettre le Seigneur aux yeux de Son peuple, les scribes Lui demandèrent : « Est-il permis ou non, de payer le tribut à César ? » (Mt 22, 17). Ils savaient que si le Christ disait de ne pas verser le tribut à César, il serait facile de Le mettre en accusation devant les Romains. Si, au contraire, Il disait qu’il fallait le verser, Il serait irréversiblement compromis aux yeux du peuple. Tant que les Romains gouvernaient la Judée au moyen de roitelets locaux, tels qu’Hérode, Archélaos, Agrippa et autres, cette soumission à Rome, et en particulier la nécessité de payer les impôts, étaient tempérée pour les Juifs par le fait qu’ils étaient soumis et acquittaient l’impôt à leurs rois, lesquels, à leur tour, étaient assujettis et payaient le tribut à Rome. Mais voici que peu avant le commencement de la prédication du Christ Sauveur, le système de gouvernement de la Judée changea. Au lieu des rois locaux, des procurateurs romains furent nommés gouverneurs de la Judée et des provinces voisines. Afin de collecter les impôts avec plus de succès, les Romains introduisirent l’institu­tion des publicains. En Judée, les Romains devaient engager des publicains parmi des individus moralement proscrits, parmi les Juifs acceptant de passer à leur service et de contraindre leurs frères à payer le tribut. L’acceptation d’une telle fonction était lié à une profonde chute morale. En effet, lorsqu’ils entraient en service, les publicains devaient prêter un serment païen de fidélité à l’empereur et devait offrir un sacrifice à son esprit (au « génie » de l’empereur). Naturellement, ce n’était pas seulement les intérêts de Rome que recherchaient les publicains en percevant l’impôt de leurs compa­triotes. Ils poursuivaient aussi leurs propres intérêts, s’enrichissant aux dépens de leurs frères asservis, rendant ainsi plus lourd le poids de l’oppression romaine. Ainsi étaient les publicains… Tout ce qui a été dit ici s’applique doublement à Zachée, car il n’était pas un simple publicain, mais leur chef (architelonis). Indu­bi­ta­ble­ment, il avait fait tout cela : prêté le serment et offert le sacrifice païen, arraché impitoyablement l’impôt à ses compa­triotes, l’augmentant pour son propre profit. Et il devint, comme en témoigne l’Évangile, un homme riche. Naturellement, Zachée comprenait que pour lui les espérances d’Israël étaient perdues… Et voici que lui parviennent des bruits, selon lesquels le Saint d’Israël, le Messie annoncé par les prophètes, est déjà apparu au monde… Pour lui, la venue du Messie constitue une catastrophe person­nelle. Le pouvoir des Romains doit arriver à sa fin, et Israël triomphant tirera vengeance pour le dommage qu’il a subi de lui, pour ses offenses et son oppression. Mais même s’il n’en est pas ainsi – car le Messie, selon le témoignage du prophète, « vient, juste et victorieux, humble » (cf. Za 9, 9) –, Sa venue victorieuse ne doit néanmoins apporter, à lui – Zachée – que la plus grande humiliation et la privation de toute cette richesse et de cette situation qu’il a acquises au prix terrible de sa trahison de Dieu, de son propre peuple et de toutes les espérances d’Israël. Il se peut encore qu’il n’en soit pas non plus ainsi. Peut-être le nouveau prédicateur n’est-Il pas le Messie. Tous ne croient point en Lui. Les principaux ennemis des publicains, et en partie de lui-même – Zachée – les pharisiens et les scribes ne croient pas en Lui. Il s’agit peut-être de la simple rumeur populaire. On pourra alors vivre tranquillement comme jusqu’à maintenant. Mais Zachée ne veut pas persister dans de telles pensées. Il veut voir Jésus pour savoir et ce avec certitude : qui est-Il ? Et Zachée veut que le Prédicateur qui passe là soit véritablement le Messie, le Christ. Il veut dire avec les prophètes : « Ah, si Tu déchirais les Cieux et si Tu descendais ! » (Is, 64, 1). Qu’il en soit ainsi, même si cela s’avère être catastrophique pour lui, Zachée. Il y a dans son âme, semble-t-il, des profondeurs telles qu’il ne les avait pas ressenties jusqu’à maintenant ; il y a en lui un amour brûlant, enflammé, ardent, totalement désintéressé pour « l’attente des nations », pour l’image du doux Messie décrite par les prophètes, pour Celui « qui a pris sur Lui nos faiblesses et qui a porté nos souffrances » (Is 53, 4). Et lorsque l’occasion se présente de Le voir, Zachée ne pense pas à lui-même. Le triomphe du Messie est pour lui la catastrophe et la ruine, mais il n’y pense pas. Il veut seulement, ne serait-ce que du coin de l’œil, apercevoir Celui qui a été annoncé par Moïse et les pro­phètes. Et voici que passe le Christ. Il est entouré par la foule. Zachée ne peut Le voir, car il est de petite taille. Mais l’aspiration totalement désintéressée de Zachée à voir, ne serait-ce que de loin, le Christ, est à ce point illimitée, irrésistible, que lui – un homme riche, avec une position sociale, fonctionnaire de l’Empire romain, au milieu d’une foule qui lui est hostile, qui le déteste et le méprise – ne prête en rien attention à tout cela, étant dévoré par le désir de voir le Seigneur. Pour ce faire, il passe outre toutes les conventions, toutes les convenances extérieures, et monte sur un arbre, un sycomore, qui se trouve sur le bord du chemin. Et les yeux du grand pécheur, chef des traîtres et des félons, rencontrent les yeux du Saint d’Israël, le Christ Messie, le Fils de Dieu. L’amour voit ce qui est inaccessible au regard indifférent ou hostile. Aimant avec abnégation l’image du Messie, Zachée pouvait immédiatement reconnaître dans le Maître galiléen le Christ. Et le Seigneur, plein d’amour divin et humain, voit en Zachée, qui Le regarde depuis les branches du sycomore, ces profondeurs de l’âme qui étaient inconnues à celui-ci même jusqu’à présent. Le Seigneur vit que l’amour ardent pour le Saint d’Israël dans le cœur du traître, un amour qui n’était pas assombri par la moindre trace d’intérêt propre, pouvait le régénérer et le renouveler. Et la voix divine résonna : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi. » Et la régénération morale, le salut, le renouveau vint chez Zachée et toute sa maison. Le Fils de Dieu vint réellement chercher et sauver ce qui était perdu. Seigneur, Seigneur, comme jadis Zachée, nous aussi T’avons trahi, Toi et Ton œuvre, nous avons été privés d’une part en Israël, nous avons trahi notre espérance ! Mais que Ton règne, Ta victoire et Ton triomphe viennent, bien que ce soit à notre honte, à nous et à ceux qui nous sont semblables ! Que Tes ennemis ne portent pas en dérision Ton héritage ! Même si Ta venue nous apporte la perte et la condamnation, méritées pour nos péchés, viens Seigneur, viens vite ! Mais donne-nous de voir, bien que de loin, le triomphe de Ta vérité, même si nous ne pouvons en être les participants. Et aie pitié de nous, contre tout espoir, comme Tu eus pitié de Zachée !    
SAINT JEAN DE CHANGHAÏ 

Tropaire du dimanche du 8ème ton
Съ высоты́ снизше́лъ еси́, Благоyтpóбне, погребе́нiе прiя́лъ ecи́ тридне́вное, да на́съ свободи́ши страсте́й, животе́ и воскресе́нiе на́ше, Го́споди, сла́ва Teбѣ́ !
Du haut des cieux, Tu es descendu, ô Miséricordieux ! Tu as accepté les trois jours au Tombeau afin de nous libérer des passions : ô notre Vie et notre Résurrection, Seigneur, gloire à Toi !

Tropaire de la Théophanie, ton 1
Во Іopда́нѣ кpeщющуся Teбѣ́, Го́споди, Tpoйческое яви́ся поклоне́нie : Pоди́телевъ бо гла́съ cвидѣ́тельствоваше Teбѣ́, возлю́-бленнаго Tя́ Cы́на имену́я, и Дýxъ въ ви́дѣ голуби́нѣ, извѣ́ствоваше cлoвecé yтвepжде́нie. Явле́йся, Xpисте́ Бо́же и мípъ просвѣще́й, cла́ва Тебѣ́.
Lors de Ton baptême dans le Jourdain, Seigneur, fut manifestée l’adoration due à la Trinité : car la voix du Père Te rendit témoignage en Te donnant le nom de Fils bien-aimé, et l’Esprit, sous la forme d’une colombe, confirmait l’irréfragable vérité de cette parole. Christ Dieu qui es apparu et qui as illuminé le monde, gloire à Toi !
Kondakion du dimanche, ton 8
Воскpécъ изъ гро́ба, уме́ршыя воз-дви́глъ ecи́ и Aда́ма воскреси́лъ ecи́, и Éва лику́етъ вo Tвое́мъ воскресе́нiи, и мipcтíи концы́ торжеству́ютъ е́же изъ ме́ртвыхъ воста́нieмъ Tвои́мъ Mногоми́лостивe.
Ressuscité du tombeau, Tu as relevé les morts et ressuscité Adam ; Ève aussi exulte en Ta Résurrection, et les confins du monde célèbrent Ton réveil d’entre les morts, ô Très-miséricordieux !

Kondakion du saint, ton 4
Яви́лся еси́ свѣти́ло пресвѣ́тлое, Гео́ргіе, озаря́я Боже́ственными заря́ми вѣ́рно зову́щія ти́: моли́ о на́съ Влады́ку Христа́, я́вльшагося во струя́хъ и просвѣ́щшаго земноро́дныя.
Comme luminaire portant au loin sa clarté, tu fais briller de ton divin rayonnement, vénérable Georges, les fidèles s'écriant: Prie pour nous le Christ apparu dans les flots du Jourdain pour
illuminer le monde entier.
Kondakion de la Théophanie, ton 4
Яви́лся дне́сь вселе́ннѣй, и свѣ́тъ Tво́й Го́споди, зна́менася на́ на́cъ, въ páзyмѣ пою́щихъ Tя́ : прише́лъ ecи́,  и яви́лся ecи́ свѣ́тъ непристу́пный.

Tu es apparu au monde en ce jour, Seigneur, et Ta lumière s’est manifestée à nous qui, Te connaissant, Te chantons : Tu es venu, Tu es apparu, Lumière inaccessible.
Au lieu de : « Il est digne en vérité... »,  ton 2
Велича́́й душе́ моя́, Честнѣ́йшую го́рнихъ во́инствъ, Дѣ́ву Пречи́стую Богоро́дицу. Недоумѣ́етъ вся́къ язы́къ благохвали́ти по достоя́нію, изумѣва́етъ же у́мъ и премі́рный пѣ́ти Tя, Богоро́дицe ; оба́че Блага́я cýщи, вѣ́py пріими́, и́бо любо́вь вѣ́cи Боже́ственную на́шу ; Tы́ бо xристіа́нъ ecи́ Пpeдста́тельница, Tя́ велича́емъ.
Magnifie, mon âme, Celle qui est plus vénérable que les armées célestes, la Très pure Vierge et Mère de Dieu. Toute langue est embarrassée pour te chanter dignement, et même un esprit de l’autre monde a le vertige au moment de te célébrer, Mère de Dieu ; cependant, Tu es la bonté ; reçois donc notre foi, car Tu sais notre désir inspiré de Dieu ; Tu es l’avocate des chrétiens, nous Te magnifions.  

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[1] Homélie de St Jean de Changhaï (version abrégée)