"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 28 juin 2015

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



15/28 juin
4ème dimanche après la Pentecôte

St Jonas, métropolite de Moscou et de toute la Russie, thaumarture (1461) ; prophète Amos (VIIIème s. avant le Christ) ; saints martyrs Grégoire et Cassien d'Avnège (1392) ; saints martyrs Guy, Modeste et Crescence, nourrice (vers 303) ; saint martyr Doulas de Cilicie (305-313) ; saint Doulas, moine en Égypte (Vème s.);  saint Jérôme de Stridon (420) ; saint prince Lazare de Serbie (1389) et de tous les saints martyrs de Serbie ; saint Ephrem II, patriarche de Serbie (1395) ; saint Augustin d'Hippone (430) ; saint hiéromartyr Amos, prêtre (1919).
Lectures : Rom. VI, 18–23 ; Hébr. XIII, 17-21 ; Matth. VIII, 5–13 ; Jn X, 9-16

MÉMOIRE DES NOUVEAUX MARTYRS DE
L’ÉGLISE ORTHODOXE SERBE[1]

À
 l’occasion de la célébration du Second millénaire du christianisme, en 2000, l’Assemblée de l’Église Orthodoxe Serbe a décidé de commémorer, en ce jour, tous les martyrs de Serbie, depuis l’époque de la Turcocratie jusqu’au XXème siècle, et notamment les victimes du régime des oustachis croates soutenus par l’Allemagne nazie. Durant cette période (1941-1945), environ 700 000 hommes, femmes et enfants périrent dans d’atroces souffrances, « telles que le monde n’en avait pas vues depuis le temps de Néron », comme l’a écrit le saint évêque Nicolas Vélimirovitch, pour avoir refusé de renier la foi de leurs pères en adhérant au catholicisme-romain confessé par les oustachis croates. Nous évoquerons ci-dessous certains d’entre eux.
Le métropolite Dosithée de Zagreb, avait été consacré évêque de Nis en 1913. Au début de la Première Guerre mondiale, il avait été emprisonné et n’avait pu regagner son diocèse qu’en 1918.. Après avoir passé trois ans en Tchécoslovaquie, il fut nommé évêque du nouveau diocèse de Zagreb, en 1931. Il s’y illustra par ses nombreuses œuvres charitables et par la création d’un séminaire. Il avait été également nommé administrateur des diocèses de Gornji-Karlovac et de Banja Luka, et aidait l’évêque Myron de Pakrac. Le patriarche Barnabé étant tombé gravement malade, c’est à lui, que fut remis le soin de le suppléer et après la mort de ce dernier jusqu’à l’élection d’un nouveau patriarche, il administra l’archidiocèse de Belgrade-Karlovci, puis fut nommé métropolite de Zargreb. Lors de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, il fut arrêté par la police dans cette ville, alors qu’il était âgé de plus de quatre-vingts ans. Sérieusement malade, on le transféra à l’hôpital, où il eut à souffrir des mauvais traitements de moniales catholiques qui y travaillaient comme infirmières. Il fut si tourmenté qu’il était inconscient lorsqu’on le ramena au monastère de Vavedenje à Belgrade. C’est là qu’il mourut des suites de ses blessures, le 13 janvier 1945.
Né en 1866, le métropolite Pierre exerça comme professeur à la faculté de théologie de Reljevo, puis à Sarajevo.  Consacré évêque de Zahumlje et d’Herzégovine en 1903, il fut ensuite nommé métropolite de Bosnie en 1920. Lors de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, on lui conseilla de se réfugier en Serbie ou au Monténégro. Mais il répondit : « Je suis le pasteur de mon peuple, et je me dois de participer à son sort, en restant à ma place. » Comme il restait inflexible devant les pressions de la Gestapo et des oustachis pour lui faire renoncer à l’orthodoxie et à l’usage de l’alphabet cyrillique, il fut arrêté le 12 mai 1941 et emprisonné à Zagreb. On le rasa et on lui retira tout signe distinctif de sa dignité épiscopale, et il fut soumis à de longues tortures. Puis on le transféra à Koprivniča et de là au camp de concentration de Jasenovac, où il périt dans les tourments.
L’évêque Platon naquit à Belgrade en 1874. Après ses études à Moscou, il fut nommé supérieur du monastère de Rajinovac et professeur d’école secondaire à Belgrade. Durant la Première Guerre mondiale, il servit comme aumônier militaire et administra pendant quelque temps le diocèse d’Ohrid. Pendant l’occupation, il se dépensa grandement pour secourir les veuves et les orphelins. De 1932 à 1938, il dirigea les éditions monastiques de Sremski Karlovci et le journal du Patriarcat serbe, tout en étant supérieur du monastère de Krušedol. D’abord élu évêque de Morava en 1936, il fut ensuite nommé pour le diocèse d’Ohrid et Bitol (1938), puis transféré l’année suivante au diocèse de Banja Luka en Croatie. Après l’invasion allemande et la proclamation de l’état fasciste croate (avril 1941), il fut informé qu’en tant que citoyen serbe, il devait quitter le pays. Il répliqua qu’il avait été élu canoniquement et légalement pour servir les chrétiens orthodoxes du diocèse de Banja Luka et que, tel le bon pasteur, il se devait d’être prêt à offrir sa vie pour le salut de ses brebis spirituelles. Lorsque les pressions se firent plus fortes, il demanda à l’évêque catholique d’intervenir pour que lui soit concédé un délai de quelques mois. Mais le soir même (5 mai 1941), les oustachis l’arrêtèrent, en compagnie de quelques prêtres. Ses tortionnaires lui ferrèrent les pieds comme à un cheval et le firent marcher, dans d’horribles souffrances, jusqu’à quelques kilomètres de la ville. Comme il s’était effondré, ne pouvant plus marcher, on lui arracha la barbe, ainsi qu’aux autres prêtres, et, sur sa poitrine nue, les oustachis allumèrent un feu de charbon de bois. Après quoi ils furent achevés à coups de hachette et jetés dans la rivière Vrbanja.
Né en 1884, le saint évêque Sava avait été nommé supérieur du monastère de Krušedol, peu après son ordination sacerdotale. Consacré évêque auxiliaire de Srem en 1934, il fut ensuite nommé évêque Gornji Karlovac (1938). Lors de la déclaration de la Guerre, il refusa l’offre des forces italiennes d’occupation d’aller se réfugier à Belgrade. Il fut arrêté par les oustachis le 17 juillet 1941 et enfermé, avec trois prêtres et treize notable serbes. Après le savoir torturés sans pitié, les oustachis enchaînèrent le prélat ainsi que les trois prêtres et les emmenèrent au camp de Gospić. Ils y furent soumis à de multiples tortures pendant plus d’un mois. À la mi-août, le saint évêque fut emmené dans la région du mont Velebit, où il fut mis à mort avec deux mille autres serbes orthodoxes. Le lieu de son inhumation est resté inconnu. 
Le métropolite Joannice naquit à Stolovi dans la région du golfe du Kotor en 1880. Après des études à Belgrade, il fut ordonné prêtre en 1912 et exerça son ministère d’abord à Kotor, puis dans une paroisse de Lastva. Il enseigna ensuite dans diverses écoles et, devenu veuf, il fut consacré évêque auxiliaire de Budimlje en 1940. En décembre de la même année, le saint Synode de l’Église serbe le nomma métropolite du Monténégro et du Littoral. Il dut assumer sa nouvelle charge dans les tragiques circonstances de la guerre, mais il réussit à assurer le fonctionnement du séminaire de Cetinje et recommandait à son clergé de se soumettre à toute autorité politique légitime. Comme de nombreux prêtres avaient été arrêtés par les partisans communistes, qui étaient déjà actifs dans la région, il tenta de quitter le pays avec dix-sept prêtres. Interpellés près de Zidani Most, les prêtres furent fusillés sur-le-champ et le métropolite Joannice fut emmené à Aranđelovac, où les communistes le torturèrent et l’exécutèrent (1945). Ses restes ont été déposés dans un lieu inconnu.
Peintre d’icônes et portraitiste très apprécié entre les deux guerres mondiales, saint Raphaël (Momčilović) devint higoumène du monastère de Šišatovac dans la région du Srem (Nord-Ouest de la Yougoslavie). Il fut arrêté, avec trois autres de ses moines, en août d1941 par les oustachis et déporté dans le camp de concentration de Slavonska Požega. Durant le voyage, ses gardes le soumirent à diverses tortures, lui arrachant la barbe et le frappant avec des objets divers. Arrivé au camp, il fut soumis à de continuels tourments, jusqu’au 3 septembre, jour où on le mit à mort. Le lieu de son inhumation est resté inconnu.
Le père Branko Dobrosavljević avait servi dignement dans les paroisses de Buvača, Radovica et Veljun. Le jour de la saint Georges (6 mai 1941), il fut arrêté par des oustachis de Veljun, avec cinq cents autres Serbes, dont son fils Nebojša et le père Dimitri Skorupan de la paroisse de Cvijanović Brdo. Après avoir passé la nuit au poste de police, le lendemain, ils furent tous massacrés dans la forêt nommée Kestenovac. Les oustachis forcèrent le père Branko à chanter l’office des funérailles pour son fils avant de mettre ce dernier à mort.
Le père Georges Bogić était prêtre de la paroisse de Našice. Le 17 juin 1941, un laitier du village se précipita dans son appartement avec d’autres oustachis, sous prétexte de l’emmener pour un interrogatoire. Il fut conduit dans une prairie, où après l’avoir attaché à un arbre, ses tortionnaires lui coupèrent les oreilles, le nez et la langue, puis ils lui arrachèrent la barbe et lui crevèrent les yeux, en accompagnant leurs supplices des plus odieuses injures. Un des oustachis lui ouvrit le ventre et arrachant ses intestins, il s’en entoura le cou comme d’un collier. Ils coupèrent alors la corde qui le retenait à l’arbre et l’achevèrent d’un coup de feu.
Vukašin était un vieux paysan du village de Klepac, près de Čaplina en Herzégovine, dont toute la famille avait été assassinée au camp de concentration de Jasenovac. Alors qu’un oustachi était en train d’égorger des habitants de son village, il le regardait d’un air étrangement paisible, qui troubla le bourreau plus que les cris de ses victimes. Il se précipita sur lui en vue de briser sa paix par les supplices les plus terribles, et comme Vukašin refusait de crier : « Vive Pavelić ! », il lui coupa successivement les deux oreilles et le nez, sans pouvoir le faire sortir de son silence. Quand il le menaça de lui arracher le cœur, le vieillard répondit : « Enfant, fais ton travail ! » Fou de rage le tortionnaire lui arracha les yeux et le cœur et, après l’avoir égorgé, il le jeta d’un coup de pied dans la fosse. Par la suite, l’homme confessa que, depuis ce jour-là, il n’avait pu trouver la paix et que, la nuit, il se réveillait en sursaut et apercevait dans l’obscurité le regard perçant de Vukašin qui lui répétait ces mêmes paroles.

Tropaire du dimanche, ton 3
Да веселя́тся небе́сная, да ра́дуются земна́я; я́ко сотвори́ дeржа́ву мы́ш-цею Cвое́ю Го́сподь, попра́ cме́ртiю cме́рть, пе́рвенецъ ме́ртвыxъ бы́сть, изъ чре́ва а́дова изба́ви на́съ и подаде́ мípoви ве́лiю ми́лость.
Que les cieux soient dans l’allégresse, que la terre se réjouisse, car le Seigneur a déployé la force de Son bras. Par Sa mort, Il a vaincu la mort ! Devenu le Premier-né d’entre les morts, du sein de l’enfer, Il nous a rachetés, accordant au monde la grande Miséricorde.
Tropaire du prophète, ton 2
Проро́ка Твоего́ Амо́са па́мять, Го́споди, пра́зднующе, тѣ́мъ Тя́ мо́лимъ: спаси́ ду́ши на́ша.
Célébrant la mémoire de ton prophète Amos, Seigneur,  par ses prières,  nous T'en supplions, sauve nos âmes.

Kondakion du prophète, ton 4
Очи́стивъ Ду́хомъ, проро́че, твое́ свѣтоза́рное се́рдце, сла́вный Амо́се, проро́чествія да́ръ свы́ше пріе́мь, возопи́лъ еси́ велегла́сно во страна́хъ: се́ Бо́гъ на́шъ, и не приложи́тся и́нъ къ Нему́.
Ayant purifié par l'Esprit ton cœur resplendissant de clarté, illustre prophète Amos, et du ciel reçu le don de prophétie, à haute voix tu crias aux nations: Notre Dieu, le voici * et nul autre ne Lui peut être associé.

Kondakion du dimanche, ton 3
Воскре́слъ ecи́́ днесь изъ гро́ба, Ще́дре, и на́съ возве́лъ ecи́ отъ вра́тъ cме́ртныxъ; дне́сь Ада́мъ лику́етъ и ра́дуется Éва, вку́пѣ же и проро́цы cъ патрiápxи воспѣва́ютъ непреста́нно Боже́ственную держа́ву вла́сти Tвоея́.
Aujourd’hui, ô Miséricordieux, Tu es ressuscité du Tombeau et Tu nous ramènes des portes de la mort. Aujourd’hui, Adam exulte, Ève se réjouit. Tous ensemble, prophètes et patriarches, ne cessent de chanter la force divine de Ta puissance !



LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Lc XXIV, 12-35
Liturgie : Rom. X, 1-10 : Matth. VIII, 28 – IX,1




[1] Tiré du Synxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras.

vendredi 26 juin 2015

LES EFFETS PERSONNELS DU PATRIARCHE PAUL DE SERBIE PRÉSENTÉS LORS D'UNE EXPOSITION À BELGRADE


Les effets personnels du patriarche Paul [Pavle] (Stoytchevitch) de Serbie [ont été présentés] dans une exposition, qui fut [ en 2014...] ouverte à Belgrade. Dans les salles du musée de l'Eglise orthodoxe serbe, s'est ouvert une petite exposition présentant aux visiteurs la vie du bienheureux dernier Primat.
Elle présente ses outils, sa machine à coudre et sa machine à écrire, des vêtements, des livres de prières, des documents, et des distinctions... Le patriarche Paul est bien connu pour avoir aimé toute sa vie le travail manuel, réparant lui-même ses chaussures et ses vêtements.

A l'ouverture de l'exposition, le patriarche serbe Irénée [Irinej] a déclaré que son prédécesseur a été, sans aucun doute, un don accordé par Dieu au peuple serbe. Il a vécu une vie modeste d'homme commun, utilisé des choses ordinaires, mais ce fut un penseur spirituel, un ascète et un serviteur du Seigneur.

"C'est une joie pour nous que d'être ses contemporains," a dit le primat de l'Eglise orthodoxe serbe à l'ouverture de l'exposition.

L'exposition [fut] organisée par le Musée de l'Eglise orthodoxe serbe, avec le soutien du Ministère de la Culture de Serbie et dura jusqu'à la mi-janvier 2015.

Patriarche serbe est connu comme un écrivain et prédicateur religieux
Le patriarche serbe est connu comme écrivain et prédicateur religieux:
sa machine à écrire

Boomerang - un cadeau de l'Australie
Le boomerang est un cadeau venant d'Australie

Cadeau de la Russie
Cadeaux de Russie

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Version française 
Claude Lopez-Ginisty
d'après
Pravoslavieru

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Patriarch Pavle of Serbia. Photo: Reuters


Et le beau livre 
sur la vie 
et l'œuvre 
du patriarche Paul 
de bienheureuse mémoire:

Jean-Claude Larchet, « Le patriarche Paul de Serbie. Un saint de notre temps », éditions L’Age d’Homme, 2014, 114 p. (collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle »).

Le patriarche Paul de Serbie (1914-2009) a acquis, par ses vertus personnelles, une grande popularité dans l’ensemble du monde orthodoxe et bien au-delà. De son vivant déjà, il était vénéré comme un saint, et l’on voit aujourd’hui se multiplier dans les églises des fresques et des icônes qui le représentent.

Ce livre, qui s’appuie sur différents documents et témoignages, présente la biographie et la personnalité de cet homme petit et frêle, qui voulut toujours mener la vie d'un moine pauvre, qui se soumit en tout temps et en toutes circonstances à une stricte discipline ascétique, et qui simple, humble et plein d’amour, resta toujours proche du peuple, faisant de l’Évangile le seul programme de son ministère épiscopal et patriarcal.

Ce portrait spirituel se tient délibérément à l'écart de toute considération politique et ethnique et s'attache avant tout à faire apparaître le patriarche Paul dans la dimension universelle de sa sainteté. 

Écrit de manière simple et vivante, il est illustré de nombreuses anecdotes pittoresques et savoureuses, ainsi que de paroles du patriarche pleines d’humour et de sagesse, qui rappellent souvent les célèbres apophtegmes des Pères du désert (un chapitre est d'ailleurs intitulé « Apophtegmes»). 

Un cahier central présente de magnifiques photos dues au diacre Dragan Tanasijević, qui a pu approcher le patriarche au cours de nombreuses célébrations liturgiques, et a réalisé des portraits qui s'apparentent à de véritables icônes.

*

jeudi 25 juin 2015

Giles Fraser: La dette grecque, écho de la dispute à propos de la date de Pâques




Les Eglises orthodoxes orientales se sont finalement séparées d'avec l'Eglise catholique romaine d'Occident en 1054, même si les différences avaient été accumulées bien avant et qu'elles ont continué depuis. Parmi celles-ci, les églises orientales ont conservé le calendrier julien - ce qui explique pourquoi, cette année, Pâques orthodoxe tombe le dimanche 12 Avril, une semaine plus tard que pour les églises occidentales. 

Plus important encore, en raison de ce grand schisme, les Eglises de l'Est comme l'Eglise grecque orthodoxe ne tombent pas sous l'emprise d'une théorie du salut développé par saint Anselme de Canterbury et sous la très massive influence de Homo Cur Deus de 1089, livre qui a radicalement modifié la compréhension occidentale de Pâques et, avec elle, une grande partie de notre arrière pays moral. En effet, les attitudes actuelles respectives à l'égard de la dette des gouvernements grec et allemand peuvent être vues, d'une certaine manière pertinente, comme une suite de la division Est-Ouest sur la signification de Pâques.

Selon Anselme, et les penseurs de la Réforme qui l'ont suivi, l'histoire de Pâques est essentiellement la réponse de Dieu à une crise de dette. L'argument est le suivant: les êtres humains ont péché contre Dieu, encourant ainsi une dette qui doit être payée. (Si vous pensez que ce passage de la dette au péché est étrange - et il l'est -. Souvenez-vous, nous parlons toujours des criminels qui doivent "rembourser" leur dette à la société) Sur ce modèle, la balance de la justice doit être équilibrée. Les crimes doivent être payés, le niveau de la peine étant proportionnel au niveau de l'infraction. Mais le problème théologique est que la dette humaine est beaucoup trop élevée - nous étant de misérables pécheurs et tout ce qui s'en suit- ce qui signifie que nous sommes totalement incapables de rembourser le montant requis.

Voilà pourquoi, dit Anselme, Jésus vient pour recevoir la punition qui nous est due et qu'Il est crucifié,  remboursant ainsi la dette en notre nom et liquidant notre compte. La rédemption, rappelez-vous, est une métaphore économique. "Il n'y avait personne d'autre assez bon pour payer le prix du péché", comme beaucoup de chrétiens occidentaux le chantent au temps pascal. Pour les évangéliques en particulier, ceci est l'essence même du salut. Le péché est remboursé. Alléluia!

Mais ceci n'est absolument pas l'histoire orientale de Pâques. En effet, aucune congrégation orthodoxe grecque, au cours de ses offices de Pâques, ne chantera que Jésus paie le prix du péché. 

D'une part, ils ne sont pas tellement obsédés par le péché. Et ils ne pensent pas que la souffrance de Jésus (ou de quelqu'un d'autre) est la façon dont Il obtient d'être remboursé. En effet, Il n'est pas remboursé. 

Ce qui explique pourquoi l'art chrétien grec, contrairement à l'art chrétien occidental, n'est pas obsédé par le crucifié Jésus sanguinolent. Pour les théologiens d'Orient, la mission de Jésus est de libérer les êtres humains de leur emprisonnement dans la mort. 

Toute l'action importante se passe à la résurrection, pas à la crucifixion. Car, si le salut est simplement le remboursement d'une dette et ce qui se passe sur la croix, il n'y a pas d'œuvre de salut à faire pour la résurrection. Non, disent-ils, le salut n'est pas une comptabilité cosmique sanglante. C'est une évasion de prison. L'accent est mis sur le Christ surgissant de la tombe, pas sur une croix. Cela concerne la vie triomphant de la mort.


Ange montrant tombeau vide et le linceul du Christ ressuscité

L'Eglise occidentale critique généralement le point de vue de l'Orient qui a une vision du salut comme "repas gratuit". Pas de douleur, pas de gain, insiste Anselme. L'Eglise orientale dit que l'Occident "fétichise" la souffrance et qu'il est plus attaché à une logique de fer de la nécessité cosmique, qu'il ne l'est à Dieu pour Qui toutes choses sont possibles.

Les athées tels qu'Alexis Tsipras, le leader grec, peuvent penser que ces deux choses sont des fantasmes. Mais pour ce qui est en jeu à présent, cela n'a aucune pertinence. Il est utile de reconnaître que ces deux histoires  soutiennent deux visions morales du monde contrastantes et des attitudes complètement différentes envers l'économie en général et le capitalisme en particulier. 

Tsipras - comme moi - est beaucoup plus dans le camp orthodoxe grec du salut. Et la fille du pasteur luthérien Angela Merkel est tout à fait dans celui de l'Occident. Lui veut se  libérer de la dette mortifère. Elle estime qu'elle doit être remboursée, peu importe combien de sang et de douleur seront nécessaires pour cela.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
citant 

mercredi 24 juin 2015

Extrait du Livre des Jours de Valaam (R)


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"Un jour nous avons gravi une petite colline pour décider qui devrait aller prêcher, et en quel lieu. Père Juvénal, dans son zèle se hâta de dire: L'Alaska tout entier m'appartient, et donc je te supplie de me le céder."

Saint Germain d'Alaska

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Saint Juvénal, protomartyr d'Amérique
(1761-1796)
12/25 décembre & 2/15 juillet

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Membre fervent de la mission de Valaam pour l'Amérique, saint Juvénal fut à l'origine novice du monastère de Konevits, et avec son frère Etienne, il rejoignit cette mission. En route pour l'Alaska, ils furent tous deux ordonnés à Saint Petersbourg.

Saint Juvénal était tellement débordant de zèle apostolique, qu'il baptisa lui-même des milliers d'autochtones, les instruisant dans la Loi de Dieu, que les habitants d'Alaska acceptaient déjà.

Selon une tradition rapportée par saint Innocent (Veniaminov), Père Juvénal fut martyrisé au Lac Iliama par des indigènes qui le considéraient comme un imposteur. Quand il fut attaqué, il se rendit sans aucune forme de résistance, demandant seulement qu'il ne soit pas fait de mal à ses compagnons.

Les indigènes racontent qu'après avoir été tué, saint Juvénal se leva et suivit ses meurtriers, les exhortant par ses paroles apostoliques. Ce fut seulement après que son corps ait été coupé en morceaux, que sa voix se tut.

A l'endroit où gisaient ses restes, une colonne de fumée apparut immédiatement, s'élevant de la terre jusques aux cieux, et elle demeura ainsi un certain temps.

Saint Germain écrivait auparavant à l'higoumène Nazaire: "Ces hiéromoines sont vraiment exceptionnels, Père Macaire et Père Juvénal sont toujours enflammés de zèle et désireux d'aller partout pour prêcher."

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
VALAAM PATERICON
Book of Days
Valaam Society of America
New Valaam Monastery
Alaska
1999

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Icône de tous les saints d'Amérique.
(Saint Juvénal est le troisième dans la ligne du haut,
il est avec saint Pierre l'Aléoutien)


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L'icône d'Iviron-Hawaï en Géorgie



Tbilissi, Géorgie:

Le dimanche 21 juin 2015, un office spécial de supplication fut chanté en l'honneur de l'icône miraculeuse d'Iviron de Hawaï par Sa Sainteté le Patriarche-Catholicos Ilia II de Géorgie. L'office fut chanté devant une copie vénérée de l'icône miraculeuse d'Iviron de Hawaï pour les victimes des inondations massives qui ont eu lieu plus tôt ce mois à Tbilissi. L'office a eu lieu sur l'un des nombreux sites de nettoyage.


À la conclusion du moleben, les fidèles furent oints avec du myrrhon de l'icône miraculeuse d'Iviron de Hawaï, des icônes et des croix ont été distribuées à tous les enfants et les fidèles présents. Le patriarche a donné des bonbons aux enfants.
 


En 2014, à l'invitation de Sa Sainteté le Catholicos-Patriarche Ilia II, l'icône myrrhoblyte miraculeuse d'Iviron de Hawaï a été apportée en Géorgie pour un mois, période pendant laquelle des centaines de milliers de fidèles firent des queues d'une heure pour vénérer l'image sacrée.



La copie vénérée qui est accrochée au-dessus de la table d'offrande dans la cathédrale patriarcale "Sameba" fut donnée pour le Patriarche et le peuple géorgien par l'hypodiacre Nectaire [Yangson] de Hawaï au nom de Son Eminence le Hétropolite Hilarion de New York (ERHF).



S'il vous plaît, continuez à garder les pieux fidèles orthodoxes géorgiens dans vos prières!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après un communiqué
de la Cathédrale 
St. John The Baptist
Washington DC
USA
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mardi 23 juin 2015

Saint Grégoire le Théologien: Remercie Dieu!


Donne quelque chose à Dieu en remerciement, pour le fait que tu es un de ceux qui peuvent faire la charité, plutôt que quelqu'un qui doive en vivre.

Pour le fait que tu n'attendes pas l'aide des mains des autres, mais que d'autres espèrent pour eux la tienne.

N'accorde pas de seules possessions aux gens, mais aussi le respect, non seulement l'or, mais aussi la vertu, ou mieux encore, la seule vertu.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Dernier Voyage de Laurent Brayard dans le Donbass

lundi 22 juin 2015

La bienheureuse folle-en-Christ Zina de Vetlouga (R)



BIENHEUREUSE ZINA DE VETLOUGA

Mai 27/Juin 9 († 1960)

La bienheureuse Zina (Zinaïda Grigorievna Matrokhina) naquit à Vetlouga en 1877, dans une famille de marchands. Lorsque le père de Zina mourut jeune, la famille connut pour la première fois des difficultés et des contraintes matérielles. Mais ces difficultés n'étaient pas comparables à ce qui allait advenir plus tard.

Immédiatement après la révolution, tous les biens furent confisqués et la famille fut réduite à la pauvreté. La mère de Zinaïda accepta cette croix avec humilité. Autrefois marchande aisée, maintenant, elle marchait dans de minces bottes de feutre, presque pieds nus, en vêtements usés jusques à la corde, mais elle n'était pas abattue. Souvent en hiver, elle allait chez la pieuse famille Goloubev de Vetlouga, et elle s'asseyait et chantait des psaumes. Alexandra Golubev la regardait et pensait en elle-même, "Nous vivons et nous ne sommes pas satisfaits de tout, mais cette personne marche presque nu-pieds en hiver et elle chante des psaumes."

Suivant l'exemple de sa mère et par la Providence de Dieu, sa fille Zinaïda menait une vie semblable. Pleine de boue, en haillons, avec des poux, elle disait: "Ma Mamochka [petite mère] me l'a ordonné ainsi. Mes poux ne vont pas ramper sur quelqu'un d'autre."

Les gens évitaient de la recevoir dans leurs maisons à cause de son aspect négligé, et ceux qui la recevaient étaient pauvres eux-mêmes. Telle était Maria Alexandrovna, qui vivait dans une extrême pauvreté elle-même. La bienheureuse Stepanida de Vetlouga lui avait dit qu'elle serait couverte de sang, à sa mort. Elle avait peur de prendre des pensionnaires pour cette raison.

Les fols-en-Christ vivent étrangement, et les motifs de leur comportement sont incompréhensibles pour nous. Ils vivent dans la pauvreté, ils acceptent les aumônes, mais ne les gardent pas pour eux-mêmes. Zinaïda, par exemple, mettait toutes ses aumônes à la caisse d'épargne. Rendez à César ce qui est à César (Matthieu 22:21), disait-elle. "Il est venu au monde et au monde, il retourne." Là restait l'argent. Elle n'en donnait pas même à sa logeuse, Maria Alexandrovna. L'hôtesse se plaignait à ceux qui venaient comme invités, "S'il vous plaît, dites à Zina de me payer un loyer plus élevé pour son longement. Vous voyez, je n'ai rien pour acheter du bois de chauffage. Je dois ramasser le bois mort de la forêt moi-même."

"Je paierai plus cher, Maria Alexandrovna, je paierai plus cher. Cinq roubles par an," disait alors Zina.

Maria Alexandrovna bouillait d'indignation: "Et qu'est-ce que c'est pour toi, Zinouchka [petite Zina]? Est-ce que cinq roubles représentent beaucoup d'argent pour une année entière?"

Mais Zina disait seulement une chose, "Je paierai plus cher, Maria Alexandrovna, je paierai plus cher. Cinq roubles par an."

A la fin de sa vie errante, la bienheureuse perdit même ce dernier refuge. Cela se fit de la manière suivante: un jour Maria alla à la commission médicale. Elle espérait qu'elle recevrait une pension pour cause de maladie. Mais elle ne prit pas en considération le fait que les médecins étaient athées, et quand par pudeur, elle refusa de se déshabiller, ils commencèrent à l'insulter et, enfin, la chassèrent. Elle revint tellement bouleversée que marchant vers la maison, en traversant les voies ferrées, elle n'entendit pas le train.

Ainsi, les paroles de la bienheureuse furent accomplies: Maria Alexandrovna tomba sous le train et mourut de l'abondante perte de sang.

Pendant plusieurs mois avant sa mort, Zina marcha partout en ville et demanda, "Permettez-moi de rester chez vous."

Mais tout le monde savait qu'elle ne payait pas pour son logement, et qu'elle était négligée, de sorte qu'ils ne lui permirent pas de loger chez eux.

Ainsi, elle est également morte, sans refuge terrestre. Elle a attrapé froid, et au bout de trois jours, le 27 mai/9 juin 1960, elle naquit au Ciel. Elle fut enterrée dans le nouveau cimetière. Les citoyens de Vetlouga honorent sa mémoire à cette date.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Higoumène Damascene
NEW CONFESSORS OF RUSSIA
St. Herman of Alaska Press
Platina, California
1988

sur orthodoxie.com



L’Église orthodoxe russe a qualifié « d’illettrisme juridique » la menace de geler ses avoirs en Belgique


"L’Église orthodoxe russe a réagi avec étonnement à la décision éventuelle de geler ses avoirs en Belgique (dans le cadre de l’affaire YOUCOS) et à la présence du nom de l’archevêque de Bruxelles et de Belgique du Patriarcat de Moscou sur la liste remise aux huissiers de justice. 

" J’ai reçu une telle nouvelle avec étonnement, car chaque personne raisonnable comprend que l’Église en Russie est séparée de l’État, cela est fixé dans la loi fondamentale de notre pays. N’importe quel juriste comprend que ce sont des entités différentes, et l’État n’est aucunement lié juridiquement à l’Église orthodoxe russe. Ce qui a été dit est soit de l’illettrisme juridique, soit de l’arbitraire juridique », a déclaré vendredi l’archevêque de Yegorevsk Marc, le chef de l’administration du Patriarcat de Moscou pour les institutions à l’étranger, au correspondant de l’agence Interfax-Religia...." 

Aujourd'hui, 20 juin, le Diocèse orthodoxe russe en Belgique publie une mise au point précisant qu'il est une entité régie par le droit belge depuis 1937. L’Église étant séparée de l’État en Fédération de Russie il ne saurait s'agir d'une quelconque saisie des biens du diocèse. 

DECLARATION DE L’ARCHEVECHE ORTHODOXE RUSSE DE BRUXELLES ET DE BELGIQUE 
En rapport avec l’information relative à l’insertion de l’Archevêché orthodoxe russe de Bruxelles et de Belgique dans la liste d’organisations dont les biens sont passibles de rétention ou de confiscation par l’intermédiaire des huissiers au profit des représentants de la compagnie « Yukos Universal Ltd », en conséquence de décisions judiciaires prises contre la Fédération de Russie, nous déclarons ce qui suit. 

L’Archevêché orthodoxe russe de Bruxelles et de Belgique, tout en étant une subdivision canonique de l’Église orthodoxe russe, est néanmoins un sujet de droit belge, enregistré et agissant depuis 1937 conformément à un arrêté royal et en vertu des lois du Royaume de Belgique. En réalité, c’est une organisation orthodoxe belge, ayant un lien ecclésiastico-canonique avec le Patriarcat de Moscou (Eglise orthodoxe russe), le culte orthodoxe étant reconnu dès 1985 comme une des confessions officielles du Royaume de Belgique. Hormis le Royaume de Belgique, l’Archevêché n’est juridiquement lié à aucun autre État – que ce soit la Fédération de Russie ou un autre. Le lien ecclésiastico-canonique avec le Patriarcat de Moscou ne peut servir de justification à la présentation de quelques prétentions financières ou patrimoniales que ce soit à l’égard de l’État russe, en vertu de la séparation constitutionnelle de l’Église et de l’État en Fédération de Russie, et de l’étendue de la juridiction du Patriarcat à divers États indépendants, comme la Russie, l’Ukraine, et la Moldavie, ainsi que le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Ouzbékistan, la Kirghizie, la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie et d’autres. 

Nous déclarons également que l’Archevêché n’a jamais possédé ni ne possède quelque bien que ce soit appartenant à la Fédération de Russie. Toutes les communautés entrant dans sa composition sont des organisations sans but lucratif belges dirigées, en général, par des citoyens du Royaume de Belgique ; leurs biens sont des propriétés soit privées soit appartenant à ces organisations, et ont été acquis, conformément au droit belge, grâce à des dons des croyants, citoyens de Belgique et d’autres pays. 

En vertu de ce qui précède, nous rejetons toute prétention de la part d’organes du pouvoir judiciaire et élevons une ferme protestation quant à l’insertion de l’Archevêché dans la liste des institutions publiques de la Fédération de Russie. 

Nous exprimons notre certitude que l’apparition du nom de l’Archevêché dans la liste en question est un malentendu et la conséquence d’une erreur regrettable. 

Archevêché orthodoxe russe de Bruxelles et de Belgique, 

Saint Jean Chrysostome: La richesse injuste


Ioan Hrisostom, 1405 Teofan Cretanul IN L corner


Lorsque vous voyez quelqu'un devenir riche par méfait et ensuite vivre dans la prospérité,  soupirez et pleurez pour lui. Parce que cette richesse ajoute à sa punition.

Ce qu'il thésaurise est perdu et ce qu'il gaspille reste.

Personne ne peut l'arracher de la main de Dieu.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après