"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 17 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [21]


Les moniales de Diviyévo (de gauche à droite): Moniale du grand schème Marguerite, Nikodima, Susanne et les autres.
21. L'Héritière des moniales de Diviyévo
Lorsque Mère Susanne était encore en vie, elle et Mère Nikodima vécurent ensemble, mais l'Ennemi, afin de les dresser l’une contre l’autre, sema les graines de la discorde entre elles. Matouchka était une cuisinière expérimentée, elle aimait ce travail et aimait le faire bien, mais Mère Susanne avait un fond plus spirituel. Elle avait lu des livres spirituels et c’était une grande femme de prière. Marthe et Marie. Ainsi ont-elles vécu. Un jour, Matouchka a cuit des tartes, mais elles étaient trop salées. Sans trop y réfléchir, elle les a portées à la Laure et les as données aux pigeons. Mais Mère Susanne a été offensée de ne pas avoir eu de tartes. Elle a dit à son père spirituel, le Père Séraphim, que Nikodima avait cuit des tartes, mais qu’elle n’en avait pas gardé une seule pour elle, pas même pour y goûter. Père Côme, qui aime plaisanter, est venu et a annoncé, "Mères Susanne et Nikodima, vous êtes convoquées au tribunal pour un procès." "Quel procès?" "Père Sérapion ordonne que vous veniez à cette telle heure, un certain jour. S'il vous plaît, ayez l'amabilité de venir." Il a fait l'annonce et il est parti. Mère Nikodima ne comprenait pas de quel procès, il parlait. Mais Mère Susanne a compris que le jugement serait à propos des tartes.
Ils sont venus, Matouchka ne sachant pas ce qui se passait. Et qui serait le juge? Les juges, bien sûr, étaient trois moines du monastère.
Père Sérapion aussi aimait plaisanter et rire. Matouchka était si gaie, disaient-ils, qu’elle mourrait un jour de rire. Elle ne riait jamais, mais était toujours joyeuse. Elle ne voulait pas l’exprimer haut et fort, mais néanmoins avec tant de ferveur, si joyeusement, d’une manière si enfantine que nous nous esclaffions tous de rire quand elle nous y entrainait. C’était tout à fait joyeux et gai, si facile à vivre avec elle.
Les juges annoncèrent "Nikodima, qu’as-tu fait? Comment as-tu pu faire une telle chose? Où est ton amour? Tu as fait cuire des tartes au four, et tu n’en as même pas offert à ta propre sœur de sang. Explique-toi." Elle a dit: "Pardonnez-moi saints Pères, je suis coupable. Les tartes n’étaient pas bonnes et j’en ai nourri les pigeons. Je vous demande pardon et je reconnais ma culpabilité, mais on ne peut plus rien faire à ça maintenant…" "Bon, d'accord," a déclaré le Père, "nous allons conférer entre nous sur ce qui devrait être fait avec toi, comment tu devrais être punie. Bien sûr, toi, Nikodima, tu as commis un grand crime; Oui, c’est comme un... manque d'amour, Et Mère Susanne a raison (elle était assise l’air très important, comme une enfant, profondément blessée de ne pas avoir eu de tartes). Ils ont annoncé la sentence: exiler Mère Nikodima pour son acte au monastère de Pioukhtitsa. Avec tristesse, elle devait accepter la décision. Mais rien ne pouvait être fait, elle devait obéir.
Elle était déjà dans le couloir, la cour était ajournée, et elle se promenait très fâchée, triste comme on peut l'être. Puis l'un des moines qui avaient participé au jugement accourut, et elle lui demanda, "Batiouchka, je dois emballer mes choses. Quand dois-je aller?" Il a mis de l'argent dans sa main et a dit: " Va vers tes orphelins à Diviyévo. Tu n’as rien à faire à Pioukhtitsa."
Matouchka fut ravie et elle s’est immédiatement absorbée dans les pensées de Diviyévo. Telles étaient les épreuves qu’on lui donna, uniquement des plaisanteries, mais tout était spirituel. Mais ici c'était un miracle. Elle n’alla pas à Diviyévo seule. Un moine, le Père Antoine, déclara: "Matouchka, je vais à Diviyévo." Elle a dit: "Je vais avec toi." Elle a même eu de l'argent pour le voyage.
Ils allèrent donc, et il y avait là, la bienheureuse Mastridia, un esclave de Dieu à la vie spirituelle élevée. Elle avait vécu 25 ans dans la prison et l'exil, et elle était clairvoyante. Comme disent ceux qui l'ont connue quand elle était vivante, c’était une merveilleuse praticienne de la prière de Jésus. Parfois, les gens venaient à elle et elle disait tout simplement: "Comment ? Comment ? Comment ?" Personne ne pouvait comprendre, comment quoi? Il s'avère qu'elle parlait de la façon de prier la prière de Jésus. "Comment?” et elle répondait tout de suite, "Ah! Vous ne savez pas quoi que ce soit. Seigneur, Jésus-Christ, aie pitié de moi pécheur." C’était une folle-en-Christ, même quand elle était dans le monastère, nous a dit Matouchka. Puis elle a disparu.
Elle fut en prison et en exil pendant vingt-cinq ans. Eh bien, quand Mère Nikodima est allée à Diviyévo avec le Père Antoine, cette bienheureuse folle-en-Christ, Mère Mastridia, a couru comme une flèche sur le porche et a crié si fort que tout le village pouvait entendre: "Ma mère vient! Ma mère vient!" Mais ils ne comprenaient pas de quelle mère elle parlait. Qu’avait-elle dans la tête, qu’était donc ce comportement stupide?
Alors Père Antoine et Mère Nikodima sont apparus. Père Antoine a dit: "Je suis venu pour toutes vous tonsurer."
Elles ont toutes accepté avec empressement, avec Mastridia devant pour donner l'exemple, c’était une folle-en-Christ, de sorte que la tonsure n'était pas nécessaire pour elle, mais pour… donner l'exemple, pour montrer que c'était la volonté de Dieu, elle a accepté. Avec des larmes dans les yeux, mais avec empressement, toutes ont accepté de recevoir la tonsure, toutes ces sœurs qui étaient encore en vie, vivant dans différents villages autour de Diviyévo.

C’était là le miracle. Là, Tanya [diminutif de Tatiana], était une moniale rassophore. Elle ne savait rien à ce sujet, elle avait marché depuis quelque village lointain juste avant la tonsure. Saint Séraphim avait réuni tous ensemble, tous ces petits oiseaux. Donc Matouchka était là pour elles et les couvrait toutes, comme le raconta Mère Marguerite: "Elle nous a toutes couvertes,  nous petits poussins avec sa mantia, et nous avons pleuré et pleuré."
Mais Matouchka pleurait surtout, tout d'abord parce qu'elle se considérait comme la plus indigne de toutes, et d'autre part parce que c'était une grande responsabilité, et elle était profondément inquiète. En voyant cette angoisse, Mastridia lui dit: "Mère, n'aie pas peur, je vais prier pour te sortir [de l'enfer]." Ainsi Mastridia, qu’elle avait tonsurée, est devenue sa première fille spirituelle. Peut-être qu'elle n'a pas été tonsurée en premier, mais selon sa spiritualité, Matouchka considéra toujours Matridia comme la première, et la plus précieuse. Matouchka a toujours prié pour elles. Il n'y avait pas beaucoup de ces vieilles moniales qui étaient encore en vie, peut-être dix ou onze. Elle a toujours prié pour elles avec des larmes. Elles avaient beaucoup de respect pour elle, et il y avait un tel amour entre elles, un tel respect. Elles ont estimé qu'elle était leur mère et elles lui obéissaient aveuglément. Elles n'étaient pas dans l'obéissance aux prêtres, mais quand Matouchka parlait, aucun Père n’existait pour elles, elles n’agissaient que comme l'avait dit Mère Nikodima.
Elle a toujours prié pour elles avec des larmes et elle disait seulement: "Je ne serai pas en mesure de prier pour elles pour qu’elles sortent [de l’enfer], Je ne serai pas en mesure de prier pour elles pour qu’elles sortent [de l’enfer]!" Mais Mastridia disait: " Je ne vais pas mourir. Elle [Matouchka] me sortira [de l’enfer]."
Durant ses derniers jours, elle pleurait tout le temps. Elle avait un grand don des larmes et elle criait qu'elle se mourait, que son âme se mourait.
Bien sûr, tout cela n’était qu’humilité de sa part. Elle n'avait qu'une seule consolation: "Mastridia, Mastridia m'a promis qu'elle me sortirait [de l'enfer] par ses prières et j'ai mis mon espoir en elle, elle me sortira [de l'enfer] par ses prières."
Voici toutes les moniales que j'ai pu rencontrer quand elles étaient vivantes: Mère Séraphima l'iconographe, Mère Alexandra d’Arzamas, qui a vécu avec la bienheureuse Mastridia, et la bienheureuse Annouchka. Je n'ai pas rencontré Agathe [Agafia]. Dominique [Domnica], les deux Dominique : Matouchka en accepta une, l'autre n'était pas sa fille spirituelle, mais elle était de Diviyévo et elle est venue nous voir, elle avait aussi une vie spirituelle élevée et elle conservait le Psautier de saint Séraphim. Je n'ai jamais rencontré Eusébie [Eusebia].
Toutes étaient les élues de Dieu, toutes comme ne faisant qu’une seule, et elles avaient toutes les dons particuliers de simplicité et de sagesse. Elles avaient une foi qui était sans hypocrisie et sincère, comme celle des enfants. Il y avait, par exemple, Raïssa-Eusébie.
Elle était bienheureuse. Dans son jardin, elle avait fait une Jérusalem et un Bethléem, et elle y cheminait, vénérant ces lieux saints. C'était comme saint Séraphim dans son ermitage, [les moniales] l'imitaient en tout. Mère Nikodima était la plus modeste et la plus méthodique, la plus sage et celle qui avait le plus de contrôle sur elle-même, et, je dois dire que c’était très instructif. Peut-être que c'est la raison pour laquelle le Seigneur l’avait désignée comme staritza pour elles toutes.
Elles étaient toutes comme des enfants avec elle. Mère Anne l’aimait beaucoup, et disait: "J’aimerais que Nikodima vienne!" Elle n'avait même jamais donné ses foulards à laver (!), mais elle fut toujours très affectueuse avec Matouchka, elle l'aimait et lui montrait du respect. La bienheureuse Anya elle aussi l’aimait beaucoup. Même à notre époque, il y avait de tels esclaves de Dieu. Nous allions parfois à Diviyévo pour visiter ces orphelins. Maintenant cet esprit se perd. Elles étaient uniques en esprit et en simplicité, et elles ont sauvé leurs âmes par une profonde sagesse. Néanmoins, elles étaient toutes différentes, chacune si inimitable, si particulière que l'on ne pouvait pas la comparer à une autre, mais en même temps, elles étaient toutes comme similaires. Il n'y a rien de pareil maintenant, cela existait au temps jadis. Je ne sais pas si cela sera jamais ressuscité en nous, les nouvelles? Quelle profondeur de Sagesse en Dieu elles avaient ! Elles étaient vraiment les vases du Saint-Esprit, et les lampes de la foi sur terre.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Les tartuffes de l'Occident...



La place Lénine à Simferopol, en Crimée, le 16 mars 2014.
VOX-HUMEUR- L'écrivain et journaliste au Figaro Magazine Jean-Christophe Buisson compare les réactions des pays occidentaux aux deux référendums qui ont eu lieu en 2008 au Kosovo et dimanche en Crimée. Il pointe quelques pertes de mémoire médiatique.
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Jean-Christophe Buisson est journaliste et écrivain. Il dirige les pages culture et art de vivre du Figaro Magazine. Il est notamment l'auteur d'Assassinés (Perrin, 2013).

*
C'était hier mais tout le monde semble l'avoir oublié. Le 17 février 2008, les parlementaires kosovars albanais votent par proclamation une déclaration d'indépendance du Kosovo, province méridionale d'un État souverain reconnu par l'ONU: la Serbie. Une décision unilatérale approuvée par certains membres de l'Union européenne, rejetée par d'autres comme l'Espagne, la Slovaquie, la Grèce, la Roumanie et Chypre - c'est encore le cas en 2014. Sur place, ce jour-là, des journalistes du monde entier multiplient les reportages sur une population qui «pleure d'émotion dans la liesse de l'indépendance proclamée». Partout, ce sont des visages d'hommes, de femmes et d'enfants heureux, soulagés, bonhommes, affables: la liberté en marche. Qui, alors, songe à interroger les quelques milliers de Serbes retranchés depuis 1999 dans des villages entourés de barbelés et de véhicules blindés de la force de protection internationale, la KFOR? Personne ou presque. Qui donne la parole aux moines et aux moniales des églises et des monastères orthodoxes locaux qui n'ont pas encore été attaqués ou brûlés par les extrémistes albanais rêvant de purification ethnique et religieuse? Personne ou presque. Qui s'intéresse à cette population minoritaire du Kosovo albanais? Personne ou presque.

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Haïjin Pravoslave (CCCVII)


Comme des lumières
Dans les ténèbres du monde
Tous les saints nous guident

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

dimanche 16 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [20]


20. L'enterrement
 
L’église du Saint Esprit à la Trinité-Saint-Serge
Nous l'avons emmenée à la Laure. Ce fut un miracle en soi, simplement que d’avoir l'enterrement d’une moniale dans la Laure. Il y avait de très nombreuses moniales à   Serguiev Possad, mais les funérailles pour elles, étaient rarement célébrées dans la Laure. Lorsque Matouchka est morte, quelqu'un qui avait travaillé dans la Laure m'a dit: "Demande à l'higoumène, ils feront peut-être l'enterrement dans l'église du Saint-Esprit." Il s'avère que pour faire un enterrement dans la Laure on a besoin de la bénédiction du Patriarche lui-même. J'ai appelé l'higoumène, je lui ai parlé et expliqué : une moniale de Diviyévo est morte, donne-t-il la bénédiction pour faire ses funérailles dans l'église du Saint-Esprit. Il me répondit facilement, comme sans même y réfléchir: "Bien sûr! Amenez-la ici pour les funérailles. Qu’ils  vous donnent les clés de l'église de Saint-Esprit et une voiture de sorte que vous puissiez transporter le cercueil..." Cela est arrivé en un instant et personne n'était même surpris.

Chaque fois qu'un défunt se trouve dans l'église du Saint-Esprit, c’est soit un moine de la Laure ou une personne rare et spéciale. Nous avons amené Matouchka à l'église du Saint-Esprit. L’archimandrite Benjamin était encore en vie alors. Il la connaissait comme beaucoup, et nous a donné toutes les courses dont nous avions besoin pour avoir un repas de commémoration.
Nous avons amené tous ceux qui venaient à elle quand elle était vivante, et qui l'aimaient. Les gens sont venus de partout. Nous n'avons pas envoyé de télégrammes, seulement à ceux qui étaient très proches, mais le Seigneur lui-même a réuni tous ces gens à l'église du Saint-Esprit.
Je suis restée là. Alors j’ai vu une, deux, trois personnes entrer. Comment savaient-elles? "Nous ne le savions pas. Nous marchions juste vers l’église, nous avons regardé et vu que l'église du Saint-Esprit était ouverte." "Nous venions de (vénérer les reliques de) saint Serge, et puis nous avons vu notre Matouchka gisant ici." Même certaines jeunes filles qui avaient vécu avec elle réussirent à venir en avion de Perm à temps pour les funérailles. Certaines sont simplement venues au cimetière.
Matouchka rassembla tous ses gens. Comme elle avait toujours prié pour les défunts, ce samedi de commémoration des défunts, elle fut amenée à l'église du Saint-Esprit, où ils faisaient une pannikhide. Cet office des défunts avait à peine commencé quand nous l’avons amenée là, et dans l'église de la Trapeza un service de commémoration commençait. Ainsi, c’est au son de toute cette hymnodie qu’ils la transportèrent à l’intérieur.
 Nous l'avons enterrée dimanche. C'était une belle journée, et tout s'est si facilement passé, ce fut juste extraordinairement facile. Je suis allée vers Père Gleb, qui dirigeait la classe des maîtres de chapelle à l'époque, et je lui ai demandé de nous donner quelques jeunes filles pour chanter, parce que c'était un enterrement monastique. Il a amené une grande partie du chœur, et toutes avaient l’esprit monastique, de sorte que l’on pourrait dire que c'était vraiment comme dans un métochion de Diviyévo. Père Gleb vint lui-même ainsi que plusieurs autres prêtres de la Laure, y compris le Père Côme [Cosmas], qui allait régulièrement la voir, et il a officié.
Ce fut un chœur exceptionnellement bon, et un office exceptionnellement merveilleux dans l'église du Saint-Esprit. Il y avait une joie tellement remarquable à cet enterrement ! Et ce qui est intéressant, il y avait de très nombreux enfants présents.
D’où venaient tous ces enfants? Ils ont entouré le cercueil et se sont tenus debout avec des cierges. Elle avait élevé des enfants, mais ceux-ci étaient d'autres enfants, qui peut-être même ne l’avaient  jamais connue. Je voyais beaucoup d'entre eux pour la première fois. L'église était pleine de gens. Un prêtre marchait juste devant l'enterrement, Père Athénogène (qui est maintenant dans un ermitage sur le Mont Athos). Je lui avais demandé de venir. "Peut-être peux-tu servir une courte Litie pour Mère Nikodima?" Il a dit: "Et qui est Mère Nikodima?" J'ai dit: "Tu sais, il y avait ce staretz, le père Séraphim Batioukov." Eh bien, il s'avère que ce prêtre avait cherché la maison où le Père Séraphim avait vécu, et il vénérait grandement le staretz. "Quoi? Où est cette maison?" dit-il, "je dois y aller. Ça fait des années et je n'ai pas été capable de la trouver. J'ai marché partout dans toute cette ville, mais personne ne pouvait me dire où elle est." J'ai dit: "Alors, tu devras aller à l'enterrement, et du cimetière nous irons dans cette maison, et tu verras où le Père Séraphim a vécu."
Lorsque nous avons transporté Matouchka au cimetière, il est intéressant et étrange que nous ayons été accueillis à la porte par des enfants. D’où venaient-ils tous? A qui ces enfants étaient-ils? C’est inexplicable. Ils étaient sept ou huit. Ils marchèrent tous avec nous jusqu’à la tombe, à la fois ceux qui étaient avec nous dans l'église ainsi que ceux qui se tenaient à la porte, ils firent tout le chemin jusqu’à la tombe. Là, nous l'avons enterrée.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Kremlins

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



3/16 mars
2ème dimanche de Carême – St Grégoire Palamas

Synaxe de tous les saints de la Laure des Grottes de Kiev ; Saints Eutrope, Cléonique et Basilisque, martyrs (vers 308) ; sainte Piame, vierge, ascète en Haute-Egypte (337) ; saints Zenon et Zoïle ; sainte moniale martyre Marthe Kovrova et martyr Michel Stroïev (1938).

Liturgie de saint Basile le Grand


Lectures: Hébr. I, 10- II, 3 Hébr. VII, 26 – VIII, 2; Mc. II, 1-12 ; Jn. X, 9-16


L’ENSEIGNEMENT DE ST GRÉGOIRE PALAMAS[1]

À
 l’époque de St Grégoire Palamas, un moine originaire de Calabre, Barlaam (1290-1348), s’était acquis une brillante renommée dans les milieux intellectuels de la capitale, grâce à son habilité pour les spéculations abstraites. Il aimait particulièrement commenter les écrits mystiques de saint Denys l’Aréopagite, mais il en donnait une interprétation purement philosophique, ne faisant de la connaissance de Dieu que l’objet de froids raisonnements et non le fruit d’une expérience vécue. Ayant fait la connaissance de quelques moines simples à Thessalonique, ce délicat humaniste avait été scandalisé par leurs méthodes de prière et par la place qu’ils laissaient à l’élément sensible dans la vie spirituelle. Il prit cette occasion pour calomnier les moines et les accuser d’hérésie messalienne auprès du Synode permanent de Constantinople (1337). Les hésychastes firent alors appel à St Grégoire qui rédigea plusieurs traités, dans lesquels il répondait aux accusations de Barlaam en situant la spiritualité monastique dans une vaste synthèse théologique. Il y montrait que l’ascèse et la prière sont l’aboutissement de tout le mystère de la Rédemption et qu’elles sont le moyen offert à chacun pour faire éclore la grâce déposée en lui au baptême. Il défendait aussi le bien-fondé des méthodes utilisées par les hésychastes pour fixer l’intelligence dans le cœur, car, depuis l’Incarnation, c’est dans nos corps sanctifiés par les sacrements et greffés par l’Eucharistie au Corps du Christ que nous devons rechercher la grâce de l’Esprit. Cette grâce est la gloire de Dieu elle-même qui, jaillissant du corps du Christ le jour de la Transfiguration, a frappé les disciples de stupeur (cf. Mt XVII) et qui, lorsqu’elle resplendit dans notre cœur purifié de ses passions, nous unit vraiment à Dieu, nous illumine, nous déifie et nous donne un gage de la gloire qui brillera aussi sur le corps des saints après la résurrection générale. En affirmant ainsi la pleine réalité de la déification, Grégoire ne niait pourtant pas que Dieu soit absolument transcendant et inconnaissable dans Son essence. À la suite des saints Pères, mais de manière plus nette, il distingue en Dieu l’essence imparticipable et les énergies éternelles, créatrices et providentielles, par lesquelles le Seigneur fait participer les êtres créés à Son être, à Sa vie et à Sa lumière, sans toutefois n’introduire aucune division dans l’unité de la Nature divine. Pour saint Grégoire, Dieu n’est donc pas le concept des philosophes, mais il est Amour, Personne vivante et feu dévorant, comme l’enseigne l’Écriture, et Il fait tout pour nous déifier. D’abord reconnues par les autorités de l’Athos en 1340, les réfutations du saint furent ensuite adoptées par l’Église, qui condamna Barlaam — et avec lui l’humanisme philosophique qui devait bientôt animer la Renaissance européenne — au cours de deux conciles réunis à Sainte-Sophie, en 1341.

Tropaire du dimanche du 5ème ton
Собезнача́льное Сло́во Oтцу́ и Дýxoви, отъ Дѣ́вы ро́ждшeecя на спасе́нie на́ше, воспои́мъ вѣ́рній и поклони́мся, я́ко благоволи́ пло́тію взы́ти на кре́стъ, и cме́рть претерпѣ́ти, и воскреси́ти уме́ршыя сла́внымъ воскресеніемъ Cвои́мъ.
Fidèles, chantons et adorons le Verbe coéternel au Père et à l’Esprit, né d’une Vierge pour notre salut : car il Lui a plu, en Sa chair, de monter sur la Croix, de subir la mort et de relever les défunts par Sa glorieuse Résurrection !

Tropaire de St Grégoire Palamas, ton 8
Правосла́вiя свѣти́льниче, Цépкве утвержде́нie и yчи́телю, мона́ховъ добро́то,  богосло́вовъ побо́рниче непpeбори́мый, Григо́рiе чудотво́рче, Фeccaлонíтская похвалó, проповѣ́-дниче благода́ти, моли́cя вы́ну спасти́ся душа́мъ на́шимъ.
Flambeau de l’Orthodoxie, soutien et docteur de l’Église, modèle des moines, défenseur invincibles des théologiens, ô Grégoire thaumaturge, fierté de Thessalonique, prédicateur de la Grâce, intercède toujours pour le salut de nos âmes. 

Kondakion de St Grégoire Palamas, ton 8
Прему́дрости свящéнный и Боже́ственный opга́нъ, богосло́вія свѣ́тлую coглácно трyбу́, воспѣва́емъ тя́ Григо́рiе Богоглаго́льниче ; но я́ко у́мъ умý пе́рвому предстоя́й, къ Нему́ у́мъ на́шъ О́тче наста́ви, да зове́мъ : ра́дуйся проповѣ́дниче благода́ти.

Instrument sacré et divin de la Sagesse, porte-voix lumineux de la théologie, nous te chantons d’une seule voix, Grégoire aux paroles divines ; mais toi qui es intelligence devant la Première Intelligence, conduis vers Elle notre intelligence, pour que nous te clamions : réjouis-toi, ô père, prédicateur de la Grâce.

Kondakion du triode, ton 4
Ны́нѣ вpéмя дѣ́лательное яви́ся, при двépexъ cýдъ, воста́немъ у́бо постя́щеся, пpинесе́мъ сле́зы умиле́нія, ми́лостынями, зову́ще : coгрѣши́хомъ па́че песка́ морска́го, но осла́би содѣ́телю всѣ́xъ, я́ко да пріи́мемъ нетлѣ́ныя вѣнцы.

Maintenant est venu le temps de nous mettre à l’œuvre, le jugement est proche ; hâtons-nous donc de jeûner, apportons les pleurs de componction avec des œuvres de miséricorde et disons : nos péchés sont plus nombreux que les grains de sable de la mer, mais Toi, le Créateur de toutes choses, pardonne-nous, afin que nous recevions les couronnes incorruptibles.

Au lieu de « Il est digne en vérité... », ton 8
О Teбѣ́  páдуeтся, Благода́тная, вся́кая твápь, Áнгельскій coбópъ и человѣ́ческiй póдъ, ocвяще́нный xpáме и paю́ слове́сный, дѣ́вственнaя пoxвaлó, изъ Heя́же Бо́гъ воплоти́cя, и Mладе́нецъ бы́́сть, пpéжде вѣ́къ сы́й Бо́гъ  нáшъ; Ложесна́ бо Tвоя́ пpecто́лъ coтвopи́, и чpéво Tвое́ простра́ннѣe небécъ coдѣ́лa. О Teбѣ́ páдуeтся Благода́тная, вся́кая твápь, cлáва Teбѣ́.
En Toi se réjouissent ô Pleine de Grâce, toute la création, le chœur des anges et le genre humain. Ô Temple sanctifié, ô paradis spirituel, ô Gloire virginale, c’est en Toi que Dieu s’est incarné, en Toi qu’est devenu petit enfant Celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De Ton sein, Il a fait un trône plus vaste que les cieux. Ô Pleine de Grâce, toute la création se réjouit en Toi. Gloire à Toi.

Hiéromoine Grégoire de la Sainte Montagne
COMMENTAIRES SUR LA DIVINE LITURGIE
DE ST JEAN CHRYSOSTOME

L’hymne de victoire (suite)

La doxologie commune des anges et des hommes
L’Hymne trois fois sainte est la manifestation de l’unité du ciel et du monde terrestre. Les anges et les hommes glorifient ensemble le Seigneur. Parlant de l’Hymne de victoire, saint Jean Chrysostome demande : « Reconnaissez-vous cette voix ? Est-ce la nôtre ou celle des séraphins? C'est à la fois la nôtre et c'est celle des séraphins, car le Christ a détruit le mur de séparation de l’inimitié [Éph. II,14] ; il a fait régner la paix sur la terre et dans les cieux [cf. Col. I,20]… D'abord cet hymne n'était chantée que dans le ciel; mais quand le Seigneur eut daigné descendre sur la terre, Il nous a apporté cette mélodie. Voilà pourquoi le prêtre, quand il se tient debout à cette table sainte… ne se contente pas de nous inviter à pousser cette acclamation : il commence par nommer les chérubins, par faire mention des séraphins, puis il nous exhorte tous à unir nos voix dans ce cri qui provoque tant de crainte et de tremblement : après avoir élevé notre pensée au-dessus de la terre, en nous rappelant ceux qui chantent avec nous, on dirait qu'il crie à chacun de nous : tu chantes avec les séraphins, tiens-toi debout avec les séraphins, avec eux déploie les ailes, avec eux voltige autour du trône royal ».

Dans la Liturgie du Royaume, les ordres angéliques apparaissent comme « quatre êtres vivants remplis d’yeux devant et derrière. Le premier être vivant est semblable à un lion, le second être vivant est semblable à un veau, le troisième être vivant à la face d’un homme, et le quatrième être vivant est semblable à un aigle qui vole. Les quatre êtres vivants ont chacun six ailes, et ils sont remplis d’yeux tout autour et au-dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, qui était, qui est, et qui vient ! » (Ap. IV, 6-8).

Les quatre animaux aux nombreux yeux symbolisent les Puissances angéliques et toute la création. Le roi des oiseaux (l’aigle), le roi des animaux domestiques (le bœuf), le roi des animaux sauvages (le lion) et le roi de la création (l’homme) chantent jour et nuit l’Hymne triomphale au Seigneur tout-puissant : « chantant est l’aigle ; criant est le bœuf ; clamant est le lion ; disant est l’homme » (St Germain de Constantinople). La création entière participe à la glorification de Dieu.

***
Le ciel et la terre se sont maintenant unis. Les anges, les hommes et la création matérielle, le monde intelligible, rationnel et matériel, chantent ensemble l’hymne de la victoire du Dieu-homme (St Maxime le Confesseur): « Il est vraiment digne et juste, approprié et salutaire de Te louer, de Te chanter… Toi que chantent les cieux et les cieux des cieux et toutes leurs puissances, le soleil et la lune et tout le chœur des étoiles, la terre, la mer et tout ce qui y vit, la Jérusalem céleste, l’assemblée des élus, l’Église des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux, les esprits des Justes et des Prophètes, les âmes des Martyrs et des Apôtres, les Anges, les Archanges, les Trônes et les Dominations, les Principautés et les Autorités et les redoutables Puissances, les Chérubins aux innombrables yeux et les Séraphins aux six ailes… avec des lèvres qui ne cessent [leur hymne] et des théologies qui ne sont jamais silencieuses, chantant l’Hymne de victoire à Ta gloire majestueuse avec une voix vibrante, clamant, glorifiant, criant et disant : Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth » (Liturgie de St Jacques). Ceux qui ont des sens spirituels peuvent percevoir la participation de toute la création dans l’hymne de louange. Nous lisons dans le Pré Spirituel que, au Mont Sinaï, la montagne où Dieu marcha, « le jour de la Pentecôte, une Liturgie était célébrée sur la sainte cime. Lorsque le prêtre dit : « Chantant l’Hymne de victoire à Ta gloire majestueuse avec une voix vibrante », toutes les montagnes répondirent d’un rugissement terrible, répétant trois fois : Saint, saint, saint. Ce rugissement et son écho durèrent environ une demi-heure. Cependant, ce rugissement n’a pas été entendu par tous, mais par ceux seuls qui avaient des oreilles pour entendre [Matth. XI, 15] l’hymne des anges ».

LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Lc XXIV, 36-53
Liturgie : Hébr. IV, 14 - 5,6  / Mc VIII, 34 - IX, 1 


[1] Tiré du Synaxaire du P. Macaire de Simonos Petras