"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 14 avril 2013

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


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1/14 avril 
4ème dimanche de Carême – de St Jean Climaque 
 Sainte Marie l'Egyptienne (522) ; saint Euthyme de Souzdal, thaumaturge (1404) ; saint Abraham le Bulgare, thaumaturge à Vladimir (1229) ; saint Géronte des Grottes de Kiev (XIV°) ; saint Macaire, abbé du monastère de Pélécète en Bithynie, confesseur (840) ; saint Macaire, évêque, confesseur (1944) ; saint Barsanuphe d’Optino. 
 Liturgie de saint Basile le Grand



Lectures: Hébr.VI, 13-20; Éph. V, 8-19 /Мc. IX, 17-31; Matth. IV, 25 – V, 12
ST JEAN CLIMAQUE 

La Sainte Église dédie l’office du quatrième dimanche de Carême à l’exemple élevé de vie ascétique que représente Saint Jean Climaque, auteur du livre « L’échelle » (des vertus), dont l’auteur tire son nom (en grec « climax » signifie « échelle). Selon la Tradition, Saint Jean naquit vers l’an 570, dans la famille des saints Xénophonte et Marie, dont la mémoire est fêtée le 26 janvier. A l’âge de seize ans, il entra au monastère du Sinaï, où, quatre ans après, il fut tonsuré moine. Durant dix-neuf ans, il se trouva sous la direction d’un ancien nommé Martyrius. Une fois, ils se rendirent chez l’ancien Jean le Sabbaïte, qui se leva, lava les pieds de Jean et baisa sa main. Après leur départ, le disciple de Saint Jean le Sabbaïte demanda à celui-ci pourquoi il avait agi ainsi. L’ancien lui répondit : « Crois-moi, mon enfant, je ne sais pas qui est ce jeune homme, mais j’ai reçu l’higoumène du Sinaï et j’ai lavé les pieds de l’higoumène ». Un autre ancien, du nom de Stratégius prédit que Jean serait un jour un grand luminaire spirituel. Les paroles des anciens se réalisèrent. A trente-cinq ans, Saint Jean partit comme ermite dans le désert, au pied du Mont Sinaï. Il y passa quarante ans, œuvrant avec humilité et douceur dans la prière. A l’âge de septante-cinq ans, il fut élu higoumène du monastère du Sinaï. A la demande de Jean, higoumène du monastère de Raïthou, il écrivit la célèbre « Échelle des vertus », où il décrit les trente degrés de l’ascension vers la perfection spirituelle. Le but de cette œuvre est de montrer que le salut exige de l’homme renonciation à soi-même et labeurs ascétiques renforcés. Les degrés de « L’échelle » constituent la voie de l’homme vers la perfection, qui, graduellement, et non subitement, peut être atteinte, et par laquelle il se rapproche du Royaume céleste. Saint Jean fut higoumène durant quatre années, puis s’isola ensuite à nouveau dans le silence. Il s’endormit dans le Seigneur en 649.

Tropaire du dimanche, 4ème ton
Свѣ́тлую воскресéнiя про́повѣдь отъ А́нгела yвѣ́дѣвша Гoспо́дни yчени́цы и пра́дѣднee осужде́нie отве́ргша, Áпостоломъ xва́лящася глаго́лаху : испрове́́pжеся cме́рть, воскре́сe Xpистócъ Бо́гъ, да́руяй мípoви ве́лiю ми́лость.

Les saintes femmes, disciples du Seigneur, ayant appris de l’Ange la radieuse nouvelle de la Résurrection, rejetèrent la condamnation des premiers parents, et, pleines de fierté, dirent aux Apôtres : « La mort a été dépouillée, le Christ est ressuscité, donnant au monde la grande miséricorde ! »
Tropaire de St Jean Climaque, ton 1
Пусты́нный жи́тель и въ тѣлecи́ а́нгелъ, и чудотво́рeцъ яви́лся ecи́ богоно́се О́тче на́шъ Iоа́ннe; посто́мъ, бдѣ́ніемъ, моли́твою небе́сная дapoва́нія прiи́мъ, исцѣля́еши неду́жныя, и ду́ши вѣ́рою притека́ющиxъ ти́. Cла́ва да́вшему тeбѣ́ крѣ́пость; cла́ва вѣнча́вшему тя́; cла́ва дѣ́йствующему тобо́ю всѣ́мъ исцѣле́нія.
Habitant du désert et ange dans le corps, tu fus thaumaturge, ô Jean, notre père théophore ; par le jeûne, les veilles et la prière, tu as reçu des dons célestes ; tu guéris les malades et les âmes de ceux qui accourent vers toi avec foi. Gloire à Celui qui t’a donné la force, gloire à Celui qui t’a couronné, gloire à Celui qui par toi accomplit pour tous des guérisons.
Kondakion de St Jean Climaque, ton 4
Нa выcoтѣ́ Го́сподь воздержа́нія и́стинна тя́ положи́, я́коже звѣзду́ нелécтную, cвѣтовoдя́вшую концы́, наста́вниче Iоа́ннe О́тче на́шъ.
En vérité, le Seigneur t’a placé au sommet de la tempérance, comme un astre fixe qui éclaire les confins de l’univers, ô Jean notre guide et notre père.
Kondakion du dimanche, 4ème ton
Спа́съ и изба́витель мо́й изъ гро́ба я́ко Бо́гъ воскреси́ отъ у́зъ земноро́дныя, и врата́ а́дова сокруши́, и я́ко Влады́ка воскре́ce тридне́венъ.
Mon Sauveur et mon Rédempteur, au sortir du Tombeau, a libéré les humains de leurs chaînes et a fracassé les portes de l’enfer ; en Maître, Il est ressuscité le troisième jour.
Au lieu de « Il est digne en vérité... », ton 8
О Teбѣ́  páдуeтся, Благода́тная, вся́кая твápь, Áнгельскій coбópъ и человѣ́ческiй póдъ, ocвяще́нный xpáме и paю́ слове́сный, дѣ́вственнaя пoxвaлó, изъ Heя́же Бо́гъ воплоти́cя, и Mладе́нецъ бы́́сть, пpéжде вѣ́къ сы́й Бо́гъ  нáшъ; Ложесна́ бо Tвоя́ пpecто́лъ coтвopи́, и чpéво Tвое́ простра́ннѣe небécъ coдѣ́лa. О Teбѣ́ páдуeтся Благода́тная, вся́кая твápь, cлáва Teбѣ́.
En Toi se réjouissent ô Pleine de Grâce, toute la création, le chœur des anges et le genre humain. Ô Temple sanctifié, ô paradis spirituel, ô Gloire virginale, c’est en Toi que Dieu s’est incarné, en Toi qu’est devenu petit enfant Celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De Ton sein, Il a fait un trône plus vaste que les cieux. Ô Pleine de Grâce, toute la création se réjouit en Toi. Gloire à Toi.



Hiéromoine Grégoire de la Sainte Montagne


COMMENTAIRES SUR LA DIVINE LITURGIE
DE ST JEAN CHRYSOSTOME

L’ecténie de la proscomédie et le Credo

Se tenant devant les Portes royales et face au sanctuaire, le diacre entonne l’ecténie : Accomplissons notre prière au Seigneur.
Le chœur : Kyrie eleison. Et de même après chaque demande.

Le diacre : Pour les précieux dons ici offerts, prions le Seigneur.
Le chœur : Accorde-le, Seigneur (de même après chaque demande)-
Pour cette sainte maison et pour ceux qui y pénètrent avec foi, piété et crainte de Dieu, prions le Seigneur.
Pour que nous soyons délivrés de toute tribulation, colère, péril et nécessité, prions le Seigneur.
Secours-nous, sauve-nous, aie pitié de nous, garde-nous ô Dieu, par Ta grâce.
Demandons au Seigneur que toute cette journée soit parfaite, sainte, paisible et sans péché.

La perfection sans fin
La vie quotidienne, avec ses dangers, ses inquiétudes, ses différentes afflictions et épreuves, ne reste pas à l’extérieur de la Divine Liturgie. Dans l’espace spirituel, l’homme ne perd pas sa dimension matérielle : l’âme et le corps sont emplis de la paix de Dieu. Par les demandes que le célébrant commence maintenant à formuler, nous demandons au Seigneur que le jour présent soit paisible, que l’Ange gardien soit un ange de paix, que le monde entier jouisse de la paix et que la fin de notre vie soit paisible. Dans la Divine Liturgie, la paix de Dieu devient l’hymne que chantent les fidèles : « Paix bien-aimée ! Douce réalité et doux nom… Paix bien-aimée ! Objet de mes soins et de ma fierté ! «  (St Grégoire le Théologien).

***
La vie spirituelle est un cheminement continuel vers la perfection. Ce cheminement est réellement continuel parce que la vertu n’a pas de fin : « la vertu n’a qu’une limite, l’illimité ». Et le but ultime de la pratique des vertus, l’absence de passions, est la perfection qui n’a pas de fin. C’est « la parfaite perfection des parfaits toujours à parfaire » (St Grégoire de Nysse). Cette définition de la perfection est expliquée par St Ephrem : « Les impassibles, insatiablement tendus de tout leur être vers la cime du désirable, font de la perfection un état qui n’a pas de fin… L’impassibilité est parfaite, si l’on prend pour mesure la puissance humaine. Mais elle est inachevée, dès lors qu’elle se dépasse elle-même par ce qu’elle ajoute chaque jour, et qu’elle s’élève continuellement dans ses montées vers Dieu ». St Macaire d’Égypte se réfère à la perfection spirituelle et aux fruits qu’elle offre à l’homme : « Dès que l’âme est parvenue à la perfection spirituelle, c’est-à-dire dès qu’elle a été parfaitement purifiée de toutes les passions, unie par une communion ineffable et mêlée à l’Esprit Paraclet… elle devient toute lumière, tout œil, tout esprit, toute joie, toute suavité, toute allégresse, toute charité, toute compassion, toute bonté et toute douceur [cf. Gal. V, 22] ».


Saint Jean Climaque
AU SUJET DU DISCERNEMENT[1]

·      Il y a trois causes générales à tous les combats que les démons nous livrent : la négligence, l’orgueil ou l’envie des démons. La première est déplorable, la seconde très misérable, mais la troisième est une bénédiction.

·      Dans toutes les actions que nous faisons selon Dieu, les démons nous creusent trois précipices : ils s’efforcent d’abord d’empêcher le bien de se faire ; en second lieu, après leur première défaite, ils essayent de faire qu’il ne soit pas selon Dieu. Mais quand ils ont échoué même en cela, ces larrons se présentent doucement à notre âme et nous félicitent de vivre en tout selon Dieu. Il faut combattre le premier par le zèle et la crainte de la mort ; le second, par la soumission et les humiliations ; et le troisième, en se condamnant soi-même sans relâche. Nous devons faire face à ce labeur jusqu’à ce que le feu divin pénètre dans notre sanctuaire ; alors, en effet, nous ne serons plus déterminés par les prédispositions mauvaises. « Notre Dieu est un feu qui consume » (Hébr. XII, 29) toute fièvre (de luxure), tout mouvement (de passion), toute prédisposition mauvaise, tout aveuglement et toute obscurité intérieure et extérieure, visible et invisible.

·      Nous devons faire preuve d’une grande sobriété spirituelle quand le corps est malade. Nous voyant étendus à terre et temporairement incapables de soutenir la lutte contre eux à cause de notre faiblesse, les démons s’efforcent alors de nous attaquer avec violence. Autour de ceux qui vivent dans le monde, rôdent, quand ils sont malades, le démon de la colère et quelquefois celui du blasphème ; quant à ceux qui vivent hors du monde, s’ils ont en abondance ce qui leur est nécessaire, le démon de la gourmandise et le démon de la luxure les attaquent ; mais ceux qui vivent dans les lieux ascétiques et privés de consolations, le démon tyrannique de l’acédie et de l’amertume leur tient compagnie.

LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Mc. XVI, 1-8
Liturgie : Hébr. IX, 11-14 ; Gal. III ,23-29 / Мc. X, 32-45 ; Lc. VII, 36-50



[1] « L’Echelle Sainte » de Saint Jean Climaque, traduction du R.P. Placide Deseille, Bellefontaine 1978

samedi 13 avril 2013

LA STARITZA MISSAÏLA par sa petite fille (4)


Oh, combien de prosternations elle faisait! Je n'ai jamais vu des ampoules comme celles qu'il y avait sur les genoux de grand-mère! Elle priait quand elle était seule, debout, assise, en faisant quelque chose, elle priait en elle-même, tout en recevant les gens: avant d'offrir des conseils ou un avis, ramassant ses chapelets et levant les yeux vers l'icône de la Mère de Dieu, pendant la prière, elle recevait une réponse de la Vierge. C'est seulement alors qu’elle répondait à la question qu’on lui avait posée.

Dans la matinée, après la prière, grand-mère embrassait toujours toutes ses icônes, puis la croix, et après avoir pris de l'eau bénite et un morceau de prosphore, elle venait à nous et faisait le signe de la croix sur tous les coins de la maison et sur nous tous aussi. Souvent, le soir je la trouvais tout seule, priant avec ferveur, en silence. Elle s'endormait avec le chapelet en main.
En été, quand grand-mère avait un nombre particulièrement important de visiteurs, elle sortait de temps en temps dans le jardin, où elle remerciait avec zèle le Seigneur et lui faisait des prosternations, après quoi elle retournait vers les gens.

Parfois, elle venait dans la salle prier pour l'un de ceux en visite chez elle, et disait: venaient Seigneur, quel esprit léger émane de cette personne" Cependant, à d'autres occasions, elle disait: "Celui-ci est un esprit très lourd." Elle priait, comme si elle se débarrassait d’une lourde charge, et revenait vers ses interlocuteurs.
Dans ces moments terrifiants d’athéisme sous le régime soviétique, ma grand-mère était une source de lumière spirituelle: elle était porteuse de la foi, une foi profonde en Dieu, et dans la force de la prière.

Grand-mère elle-même fut toujours un brillant exemple d'amour pour le Seigneur.

Elle ne fut jamais découragée, elle ne s'est jamais plainte qu’en hiver de l'eau laissée dans un seau debout près du poêle gelait, et des moments où ces visiteurs qui avaient raté leur train restaient pour passer la nuit chez elle, elle n'avait aucune linge de lit à leur offrir. Par exemple, quand le père Mikhaïl du village de Bunino passa la nuit chez grand-maman, il plaça une souche de bouleau sous sa tête en guise d’oreiller.

Grand-mère regardait toujours le côté lumineux de la vie. Sa patience et son humilité étaient incroyables! Il semblait que les forces obscures n'avaient absolument aucun pouvoir sur elle. C'est ce qui explique l'amour, la joie et la tranquillité qui émanaient d'elle et qui étaient transmises à d'autres gens. Elle aimait les gens et les aidait. Les gens qui arrivaient de la ville, elle les accueillaient invariablement avec ces paroles: "Eh bien, mes oiseaux sont arrivés à tire d’aile !"

Tant de larmes ont été versées devant elle, tant de cœurs ont été consolés par elle, et tant de gens ont reçu l'espoir de grand-mère! Les gens venaient à elle avec toutes sortes de maladies. Ce n'étaient pas seulement des maux physiques, mais divers problèmes auxquels ils étaient confrontés dans leur vie. Certaines personnes venaient se plaindre de maladies des organes internes, du cœur, les autres étaient possédées par le Diable. Elle les guérissait tous, d'abord et avant tout par la puissance de la prière à Dieu, et à la Mère de Dieu. Par ailleurs, elle donnait aux gens de l'eau bénite et elle utilisait des plantes médicinales.

Elle mettait une calotte qu'elle avait rapportée de Jérusalem, sur la tête des malades physiques et des possédés. Au-dessus de la calotte, [elle mettait] également une pierre venant de là-bas. Puis elle posait sa main dessus et faisait la lecture de la prière. En outre, elle avait plus souvent recours à la prière suivante:
"Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dispersés et que ceux qui Le haïssent fuient de devant Sa Face. Qu’ils se dissipent comme se dissipe la fumée et comme la cire fond devant le feu, qu’ainsi périssent les démons devant ceux qui aiment Dieu et, se signant de la Croix, disent dans l’allégresse : Réjouis-toi, très précieuse et vivifiante Croix du Seigneur, qui chasses les démons par la puissance de Celui qui fut crucifié sur toi, notre Seigneur Jésus-Christ. Descendu aux enfers, Il a foulé la puissance du Diable et nous a donné Sa Croix précieuse, afin de repousser tout adversaire. Ô toute précieuse et vivifiante Croix du Seigneur, aide-moi avec la sainte Souveraine, la Vierge Génitrice de Dieu et tous les Saints. Amen ! "

Une fois, j'ai personnellement été témoin de la façon dont ma grand-mère traitait une femme possédée. Entrant dans le couloir, j'ai entendu les aboiements d'un chien venant de la chambre de grand-mère. J'étais terrifiée et me précipitai à l’intérieur. Alors qu'est-ce que je vis? Assis sur un tabouret devant ma grand-mère était une femme, pâle, de la sueur coulait sur son visage, et elle aboyait! Je n'aurais jamais cru cela si je ne l'avais pas vu et entendu moi-même! Plus tard, la femme se calma, et grand-mère se coucha pour se reposer. Pour moi, elle dit: " Petite-fille, quand je traite les gens, n’entre jamais dans la salle, car bien que cela ne me fait rien, cela pourrait t’affecter négativement."

Le passé, le présent et l'avenir était révélés à grand-mère dans les moindres détails. Un jour où je suis venue dans sa chambre - il n'y avait personne, et grand-mère balayait le sol avec ces paroles: "Oh que je suis désolé pour elle!"
"Pour qui, grand-mère?" demandai-je.
"Oh, elle apporte une pastèque tellement grande et lourde pour moi!"

Quelque temps plus tard, on frappa à la porte et, en effet, sur le seuil se tenait une femme avec une pastèque énorme.

Les gens qui rendaient visité à grand-mère, étaient une source d'inquiétude et de préoccupation pour les autorités locales et le procureur régional. De ce fait, ils tentèrent de disperser les gens, de faire fuir ceux-ci et d’essayer de faire peur à ma grand-mère. Mais elle répondait toujours: "Je ne convoque jamais personne C'est leur douleur qui les incite à venir à moi, je ne peux pas leur tourner le dos. "

Grand-mère n'a jamais rien demandé aux autres. Si elle avait reçu quelque chose des autres, elle le donnait immédiatement à ceux qui en avaient besoin.
Elle recevait tous les jours un grand nombre de lettres, dont chacune était imprégnée de douleur et de tristesse, et qui contenait la question suivante: "Qu'est-ce que je peux faire?" Grand-mère répondait à celles-ci dans la soirée, après avoir raccompagné le dernier des visiteurs à l'extérieur. Ma mère était la secrétaire grand-mère. Les lettres ne pouvaient pas être conservées, car cela pouvait nuire à ceux qui les avaient envoyées, aussi après leur avoir répondu grand-mère les brûlait.

Quand ils demandaient des conseils à grand-mère, elle répondait invariablement brièvement, sans jamais répéter sa réponse à deux reprises. Si elle considérait quelque chose qui lui était demandé comme un acte digne, elle bénissait les gens pour le faire. Si elle estimait que ce n’était pas quelque chose qui devait être fait, elle disait: "Je ne te donne pas ce conseil, mais ne fais pas ta volonté." Grand-mère voyait le présent et le futur d'une personne qui s'adressait à elle, et sur la base de ceci, elle donnait une réponse exhaustive.
Pour nous tous, membres de sa famille, grand-mère disait: "Soyez plus humbles, mais plus proches de Dieu", ou "l'humilité et la patience sont plus élevés que le jeûne et la prière", "Quand vous le pouvez, gardez le silence", "La parole est d'argent, mais le silence est d'or. "

Notre famille a toujours vécu par les conseils de grand-mère. Nous, ses petits-enfants, n’entreprenions jamais quoi que ce soit sans sa bénédiction. Il est difficile de décrire avec des mots à quel point nous l'aimions. Chaque fois que nous rentrions chez nous venant de quelque part, nous pensions tout d'abord à notre grand-mère, et non pas à nos parents, même si nous les aimions tendrement. Nous avons toujours été soucieux de lui plaire et de lui faire plaisir.
Peu de temps avant d'obtenir mon emploi, ma mère, grand-mère et moi étions assis à boire du thé dans la matinée. Il y avait déjà des gens qui attendaient grand-mère. Tout à coup, elle laissa tomber sa tasse de thé et tomba de sa chaise.

Je me précipitai vers elle, la soulevai et la fit asseoir. Il fallut un certain temps pour elle pour réaliser ce qui s'était passé. C’était à la fin de novembre 1953. Ce jour-là, ma mère et moi l'avons suppliée de ne pas se fatiguer, et de passer la journée en repos. Toutefois, elle refusa et elle alla vers les gens. Depuis ce jour, elle commença à s'affaiblir, à perdre l'appétit, mais elle ne voulait pas décevoir ses visiteurs en refusant de les recevoir. Je me souviens de la façon dont grand-mère un dimanche soir m'a appelé vers elle: "Allons, laisse-moi te bénir, tu partiras pour un nouvel emploi alors que je serai encore endormie."

Je sentis l’état faible et malade de grand-mère tandis qu’elle faisait le signe de la croix sur moi. A 5 heures du matin, je partis pour la gare. Mon premier jour à mon nouveau travail se passa bien, mais le lendemain soir je fus saisi par l'angoisse, à un point tel que je me suis précipitée dans la chambre de mon amie, toute agitée. Finalement, j'ai pris la décision de rentrer à la maison au matin.

En vain, ils essayèrent de me calmer et de me convaincre de ne pas y aller. J'étais sourde à tous leurs arguments. J'ai passé une nuit blanche et le matin, je rentrai chez moi. A l'instant où je suis descendue du train, j'ai rencontré une voisine. "Va vite", a-t-elle dit, "ta grand-mère est en train de mourir".

Mon domicile était à 4 kilomètres. J'ai couru la distance, pleurant et priant Dieu pour que grand-mère ne meure pas. Lorsque j'ai ouvert la porte du couloir, j'ai vu ma mère pleurer et j’ai crié: "Est-ce que grand-mère est morte ?" Ma mère me calma: "Non, elle t’attend, mais elle est entrain de sombrer."
Grand-mère ouvrit les yeux, et me demanda même: "Comment est ton nouvel emploi" Je lui ai répondu: "Bien, je l'aime, mais c'est temporaire."
"Peu importe," dit grand-mère", tu ne seras jamais sans emploi."
Jusques à l’ultime instant toutes ses pensées furent pour ses proches.
La veille le Père Fiodor nous avait rendu visite. Il donna la communion à grand-mère et lui administra les derniers sacrements. De toute sa vie grand-mère n'avait jamais demandé l'aide de médecins profanes, se tournant toujours vers notre Bon Seigneur pour avoir de l'aide. Elle ne prit jamais une seule pilule. Elle était à jamais en souci pour les autres, craignant d’être un fardeau pour les autres.

A partir du moment de mon arrivée et jusques à son dernier souffle je n'ai jamais quitté le chevet de grand-mère. Je trempai ses lèvres, car elles étaient desséchées. Son bras était immobile et sa main continuait à faire le signe de la croix. Pendant un instant, elle ouvrit les yeux et me regarda. Elle dit: "Petite-fille, fais de bonnes actions pour les gens, et ne fais jamais de mal aux autres."
L'instant d'après, elle ferma les yeux et se glissa dans ses propres pensées.
Une jeune fille de la Baltique pleurait, demandant à être autorisée à voir grand-mère. Je ne voulais vraiment pas troubler une personne en train de mourir, mais grand-mère dit: "Laisse-la entrer" Ce fut la dernière personne à obtenir des conseils de ma grand-mère et sa bénédiction juste avant sa mort.
Le soir, il devint évident que le temps de grand-mère était compté. Ma mère lui demanda: "Où as-tu mal?" "Partout", répondit tranquillement grand-mère. Il y avait des larmes qui coulaient de ses yeux, tandis qu’une sueur froide perlait sur son front. Je l'ai essuyée avec une serviette. "Pourquoi pleures-tu?" Lui ai-je demandé. Grand-mère soupira et disparut. Son visage était calme et serein. Il était 6 heures du soir, le 16 décembre 1953.

Tout comme grand-mère vécut modestement et discrètement toute sa vie, n’ennuyant jamais personne, pleine d'amour pour les gens, les aidant, ainsi elle est morte paisiblement, humblement et magnifiquement, sans importuner quiconque.
Cinq ans plus tard, mon père est mort, et ma mère prit le voile en 1991...
Grand-mère est morte, mais n'a pas quitté notre vie: elle est toujours avec ceux qui ont besoin d'elle, qui se tournent vers elle avec Foi et dans la prière.
Je sais que grand-mère est toujours proche, et au bon moment, elle m'envoie aide et réconfort et la paix spirituelle à mon cœur…

Version française Claude Lopez-Ginisty

d’après