"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 15 juin 2016

Primats ou papes???



Primats, ou papes?
Patras, le 10 juin 2016.
Finalement, les Eglises orthodoxes ont-elles des primats, ou des papes? Se pourrait-il qu'il y en ait, qui, à cause du Saint et Grand Concile, veulent aussi conférer aux primats des pouvoirs papaux?
Ces questions ont été soulevées par les réactions de certains «défenseurs» du prochain Saint et Grand Concile, qui est devenu agité par les décisions synodales unanimes des Hiérarchies des Églises de Serbie, de Bulgarie, de Géorgie et de Grèce, concernant la position que ces Églises auront au Concile panorthodoxe.
 Sans donner de réponses aux individus concernés, aux plaintes extrêmement graves des saints synodes des Églises locales, ils déchirent leurs vêtements et répètent sur un ton monotone: "Les primats avaient signé les textes, et ils ont pris la décision, tant pour la convocation, que pour la procédure et le règlement pour le fonctionnement du Concile; par conséquent, les synodes locaux ont pas le droit de se prononcer sur les décisions des primats ! "C’est sur la même logique que le synode Sacré et permanent du Patriarcat œcuménique lui-même s’était aligné, dans son annonce officielle (6 juin 2016).
Excusez-moi?! Quand les primats des Eglises locales orthodoxes deviennent-ils... des papes? Depuis quand l'opinion/décision personnelle d'un primat lie-t-elle irrévocablement et oblige-t-elle le synode de la hiérarchie à laquelle il appartient, de se conformer à sa décision?
Est-ce le Primat, ou est-ce synode des hiérarques qui compose l'instrument administratif suprême dee Églises orthodoxes locales, conformément à la tradition orthodoxe? Est-ce que chaque Eglise approuve synodalement et s'exprime-t-elle Elle-même par un synode, ou bien est-elle liée par n’importe quelle vue exprimée par un primat? (Je ne vais pas ajouter le terme "ex cathedra" ici, pour éviter que nos esprits s’égarent ailleurs!)
Bien sûr, les primats ont signé! Cependant, de retour dans leur Eglise locale, chaque primat a présenté sa décision - comme il est été obligé de le faire- à son synode. Et chaque synode souverain et responsable a formulé son avis, soit d'accord avec la signature du Primat, ou en désaccord et il a annulé naturellement sa décision personnelle! Y a-t-il peut-être des gens qui cherchent à dicter à ce synode ce qu’il devrait décider?
Il est louable que les primats des Eglises de Serbie, de Bulgarie, de Géorgie et de Grèce, qui, en respectant l'institution synodale, aient soumis leurs décisions pour être jugée par le corps de la hiérarchie. Et non seulement cela; en se conformant à la lettre et à l'esprit du 34ème Canon apostolique, ils se sont réunis, ils ont accepté et ils ont co-signé les décisions unanimes de leurs hiérarchies: «... il ne doit pas (le chef de chaque synode local), sans l'avis de tout le monde, faire quoi que ce soit. Car, cela est conforme, et Dieu est glorifié par le Seigneur, dans le Saint-Esprit: le Père, le Fils et le Saint-Esprit ». Voilà ce que signifie le respect de l’institution synodale! Voilà ce que signifie le respect de l'unité de l'Église!
Malheureusement, certains, habitués à la manière de fonctionner des synodes de certains Patriarcats (au Nord et au Sud et à l’Est sans  mentionner de noms, ou offenser des familles...), ne peuvent pas «digérer» le fait qu’il y a des Églises locales dans lesquelles le système synodal est opérationnel - sans aucun doute avec des problèmes et des difficultés, mais il fonctionne. Le Primat ne donne pas d’ordres – de style papiste - tandis que les autres participants obéissent, qu'ils le veuillent ou non ...
Le danger pour l'Orthodoxie elle-même, est qu'il y a ceux qui veulent imposer le modus operandi du "Concile" de certains patriarcats à toutes les Églises, et par le Concile panorthodoxe, ils cherchent à élever les primats,  de "primus inter pares" (premier parmi les égaux) à "paribus sine primus" (premier sans égaux – selon Elpidophoros de Prousa) et en fait avec une juridiction papale! De cette façon, il sera plus facile de reconnaître le premier parmi les premiers, qui seront alors à nouveau "paribus sine". Cette question est déterminante, et touche directement à l'essence même de l'ecclésiologie orthodoxe.
Il est évident que l'image présentée par l'Eglise orthodoxe en vue du Concile panorthodoxe n’est pas idéal.e Ne voulant pas reconnaître l'ampleur de leur responsabilité dans cette situation, certains des individus responsables tentent de rejeter le blâme sur la fonction du système synodal des Églises locales. Mais le problème a été principalement créé par la manière anti-traditionnelle avec laquelle le Saint et Grand Concile a été préparé jusqu'à présent, et principalement ses règlements opérationnels qui, au nom du Concile panorthodoxe avait méconnu l'institution synodale des Églises locales. Il est impossible, que des questions aussi importantes (par exemple, l'approbation des textes pré-concilaires) soient décidées par un seul représentant, de manière irrévocable et contraignante pour les Eglises, en absence des hiérarques des Églises locales. Il est impossible pour les Hiérarques des Églises de ne pas avoir le dernier mot concernant les règlements opérationnels du Concile panorthodoxe. Il y avait, bien sûr, une autorisation bureaucratique formelle qui, comme cela est apparu, ne pouvait pas remplacer la fonction essentielle du système synodal de chaque Église particulière, ni l’Église catholique orthodoxe présente partout dans le monde.
Une solution au problème émergent peut exister, seulement avec une révision des procédures utilisées jusqu'à présent, avec le repentir, et à un niveau panorthodoxe. En cette dernière minute, puisse un respect substantiel pour le système synodal, en ce qui concerne les décisions conciliaires - qui ont été votées à l'unanimité par les hiérarchies des Églises locales - être un début.
Patras, le 10 Juin ici 2016.
Protopresbytre Père Anastasios Gotsopoulos
Prêtre  à l’église Saint-Nicolas de Patras

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
IMPANKRATOROS

2 commentaires:

Laurence Guillon a dit…

AVIS D’UN EVEQUE RUSSE SUR LE CONCILE
« …On s’est préparé au Concile pendant plus d’un demi siècle, et voilà que nous voyons s’écrouler sous nos yeux la tentative pour le rassembler prématurément. Qu’est-ce que cela veut dire ? A mon avis, que cette entreprise ne répond pas à la volonté de Dieu. On ne peut absolument pas qualifier ce concile de Grand et de Saint, encore moins d’œcuménique, parce qu’un Concile Œcuménique, c’est un Concile de toute l’Eglise, il reflète l’avis unanime de tous les croyants, de tous les enfants de l’Eglise Orthodoxe. Et quand cela se transforme en une réunion des seuls hiérarques grecs… Malgré tout mon respect pour eux, qu’ils se réunissent sans nous, si c’est tellement important à leurs yeux qu’il leur faille ignorer l’opinion des autres Eglises. Et comment allons-nous vivre ? Mais comme nous avons vécu pendant des siècles, en conservant les traditions de l’Eglise, tout ce que nous donne notre Sainte Eglise, en tous cas, en nous efforçant de respecter cette tradition et de vivre comme vivaient nos pères, nos ancêtres, comme on vivait dans la Sainte Russie… »
Evêque Pancrace

Hussenet Philippe a dit…

Merci cher Claude d'avoir publié cet article.
Grâce à Dieu il y a et aura toujours des hommes consacrés capables de saisir l'ecclésiologie normale et traditionnelle de la Sainte et à jamais unique Eglise-Corps du Christ. Puisse leur nombre ne pas trop vite diminuer afin que l'on puisse encore être enseigné de la bonne attitude à adopter par rapport au "primat" d'une église locale. Rappelons que, selon le droit canonique chrétien (celui en vigueur seulement dans l'Eglise orthodoxe, laquelle est la seule Eglise) le chorévêque, "l'évêque de village", comme il peut y en avoir, à la même dignité que le patriarche de n'importe laquelle des "Romes". Aussi, sa voie, son "opinion", a-t-elle le même poids que celle d'autres évêques.
Cet article rappelle au combien l'honneur tout à fait légitime et accordé par le Seigneur à certains sièges ne vaut que pour l'ordre des diptyques, des signatures sur les textes conciliaires, et est en définitive tout à fait et strictement honorifique. Relégués sont tous les adeptes de la "papisation" de l'Eglise, et avec eux leur volonté de faire de ce lieux divino-humain l'instrument de leur idéologie politique malsaine, mondaine et en définitive préparant la venue de l'antichrist.