"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

samedi 30 avril 2011

25ème anniversaire de Tchernobyl, discours du Patriarche de Moscou et de toute la Russie

Le jour marquant le 25ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le Patriarche Kyrill de Moscou et de toute la Russie, s'est adressé à toutes les ouailles de l'Eglise Orthodoxe Russe, leur demandant de se souvenir de l'exploit héroïque des travailleurs qui s'étaient sacrifiés pendant le drame.



"Les catastrophes causées par l'homme, qui ont créé un champ de plus en plus menaçant tandis que la civilisation se développe, reflètent ce qui arrive fortuitement à l'intérieur de l'âme humaine. Sans une analyse spirituelle profonde du rôle que l'Homme joue dans l'Univers, de telles catastrophes ne peuvent être empêchées," a-t-il dit.
Le Patriarche a noté avec regret que beaucoup n'ont pas réussi à tirer les leçons de la catastrophe de Tchernobyl et que l'humanité a traité la terre, l'eau et l'air, et tout l'environnement seulement comme le fait un consommateur.


"Il est impossible et inutile d'essayer d'arrêter le développement de la science et de la technologie. Mais les gens n'auront pas de garanties contre des tragédies semblables à celle qui s'est produite il y a 25 ans s'ils n'apprennent pas à utiliser les ressources naturelles et les réalisations de la civilisation à bon escient, avec respect les uns des autres et de tout ce que Dieu a créé ", a déclaré le Patriarche Kirill.

Мемориальные таблички с именами ликвидаторов
Monument portant le nom des héros de la catastrophe de Tchernobyl

Le développement scientifique et technologique "ne peut pas être sans éthique. Il doit être combiné avec la dévotion aux normes de la morale éternelle et aux idéaux de respect mutuel et d'amour. C'est la garantie d'un avenir digne pour notre peuple et pour le monde dans son ensemble,"a dit le Primat de l'Eglise russe.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


L'Ermitage du cœur (128)


Ne dis aucune parole
Que tu ne pourrais dire
Sans la bénédiction tacite
D'un père spirituel

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

XB!

Chant de Pâques. Merci au Moinillon pour cette video trouvée sur son site



et merci à Albocicade pour celle qui suit trouvée sur son site:


Christ est ressuscité!

Al Masih Qam!/ المسيح قام


vendredi 29 avril 2011

Christina Rosetti: Tous les saints



Ils ont apporté de l'or et des épices pour mon Roi,
De l’encens des étoffes précieuses et de l'ivoire;
Ô ma sainte Mère, que puis-je apporter
Pour que mon Seigneur daigne me regarder?
Ils chantent une chanson plus douce que celle que je puis chanter,
Tous couronnés et glorifiés excessivement:
Moi, liée sur terre, je pleure pour mon péché, -
Libérés, ils chantent le cantique de l'amour dans le ciel.
Alors, me répondit ma Mère, et sa voix
Parla à mon cœur, oui répondit dans mon cœur:
"Chantez, dit-Il aux cieux, sur terre, réjouissez-vous!
Toi aussi élève ton cœur vers Lui en Haut:
Il ne cherche pas ce qui est tien, mais toi, comme tu es,
Car regarde, Sa bannière sur toi est Amour. "

Christina Rossetti (1852)
Version française Claude Lopez-Ginisty
crédit icône:

L'Ermitage du cœur (127)


Ce ne sont pas tes paroles pieuses
Qui importent à Dieu
Mais leur manifestation
Dans tes actions de chaque jour

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

La Thérapie des Maladies Spirituelles de Jean-Claude LARCHET publiée intégralement en anglais!

Pour les lecteurs anglophones du blog!



Jean-Claude Larchet

+

Larchet v1 Larchet v2Larchet v3


Larchet box



The long-anticipated English translation of Jean-Claude Larchet’s Thérapeutique des maladies spirituelles : Jean-Claude Larchet, Therapy of Spiritual Illnesses, trans. by / trad. par P. / Fr. Kilian Sprecher, 3 volumes, Montréal, Alexander Press, forthcoming 2011, $100.00.

Alexander Press publie des ouvrages de spiritualité orthodoxe en anglais, grec et français.

DOWNLOAD our full catalogue or our mini-catalogue


Also available is our icon and cross catalogue.

Alexander Press


alexanderpress@gmail.com 
1-866-303-5517
2875 Douglas Ave., Montréal, Québec H3R 2C7, Canada

jeudi 28 avril 2011

EVLOGIA: Le Christ est ressuscité!



Ce sont ces moments soutenus dans la nef de l'église qui nous ramènent au moment présent, celui qui nous manque toujours quand nous sommes accablés par tous les soucis de la vie.
La Semaine Sainte consiste à laisser entrer Dieu dans notre temps. Le Roi de gloire entre et Sa présence et fait irruption dans notre monde.
Il n'y a rien d'ordinaire dans le moment présent, quand l'ici et maintenant se croisent dans l'éternité. C'est ce temps passé dans l'église, ces longues heures qui nous permettent d'entrer dans le Mystère, quand soudain tous les siècles se présentent dans le présent. La Sainte Ecritures des icônes qui nous entourent, l'écriture sur le mur nous rappellent la grande nuée de témoins, ceux qui prient debout à côté de nous. C'est le moment où jadis devient maintenant et là-bas devient ici.
Le moment où le cœur ne bat plus avec le temps, mais s'ouvre vers l'éternité.




C'est le poids de Pâques, la fête des fêtes et le Jour Saint des jours saints, qui plie le temps comme nul autre. Et vous en avez le sentiment très clairement, quand vous entendez ces paroles dans les premières heures de la matinée pascale.

Le Christ est ressuscité!

Ce verbe conjugué au présent, c'est une proclamation audacieuse. C'est une chose que de proclamer que le Christ est ressuscité. C'est juste pour dire que quelque chose de miraculeux a eu lieu il y a plus de 2.000 ans. Dire que Sa résurrection a été quelque chose qui s'est passé, c'est pour célébrer une fête comme si c'était une commémoration d'un événement passé. Et vraiment, qu'est-ce que le passé, a à faire avec nous? C'est quelque chose de très éloigné. Quelque chose qui a peu à voir avec ceux d'entre nous qui sont retenus en captivité dans ce moment présent.


Mais dire que Sa resurrection non seulement a été, mais est, cela signifie que l'on est assez audacieux pour dire que c'est quelque chose de réellement présent. Quelque chose de vrai. Quelque chose offert dans l'ici et le maintenant. Le Christ EST ressuscité! C'est-à-dire que nous sommes en mesure d'entrer dans le Mystère.
Parler au temps présent, c'est vivre pleinement le moment présent. Il n'est pas question de réaliser quelque chose de nouveau, mais c'est Dieu qui rend quelque chose présent pour nous. C'est vivre le paradis sur terre, pour entrer pleinement dans la joie du Seigneur. Ce moment dans le temps. Aujourd'hui. La radieuse Pâques du Seigneur.

C'est le Jour de la Résurrection. Peuples rayonnons de joie. C'est la Pâques, la Pâques du Seigneur, de la mort à la vie, et de la terre jusques au Ciel. Le Christ, notre Dieu nous conduit, chantons l'hymne de victoire. Le Christ est ressuscité des morts.
Matines de Pâques/ Première Ode


Joyeuse Fête des Fêtes! Le Christ est ressuscité! En Vérité Il est ressuscité!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
EVLOGIA
le blog de Katherine/Mary





L'Ermitage du cœur (126)


La miséricorde du Maître
Est ton juge le plus juste
Et Son Amour ineffable
Donne à ton repentir le pardon

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

Pâques à Optino

mercredi 27 avril 2011

Saint- Jean Chrysostome: Le jeûne inutile


"Ne pas me dis pas, 
j'ai jeûné pendant tant de jours, 
je n'ai pas mangé ceci ou cela, 
je n'ai pas bu de vin, 
j'ai supporté le manque, 
mais montre-moi 
si tu es, d'homme en colère, devenu doux, 
si tu es, d'homme cruel, devenu bienveillant.

 Si tu es rempli de colère, 
pourquoi opprimer ta chair? 
Si la haine et la cupidité sont au dedans de toi,
 quel avantage y a-t-il à ce que tu boives de l'eau?

 Ne montre pas un jeûne inutile:
 car le jeûne seul 
ne suffit pas à monter au Ciel "

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

L'Ermitage du cœur (125)


Qu' importe l'opinion
Qu'ont les autres
Sur la terre des vivants
Si Dieu te connaît et t'aime au Ciel


上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

mardi 26 avril 2011

Av Aleksandr: Vers la Résurrection



  המשיח קם

On me demande souvent comment je peux supporter les conditions dans lesquels je vis. Dans une récente interview accordée à un certain média orthodoxe en Amérique, je pouvais réfléchir à la situation incroyable dans laquelle nous vivons ici. Peut-être parce que j'ai passé de nombreuses années de ma vie sans contacts sociaux et ne pouvais compter que sur moi-même et ma capacité d'espérer et de travailler pour l'avenir, je ne suis jamais réellement surpris par les difficultés de la vie. Lorsque je suis entré dans les différents cercles de la société que je pouvais fréquenter, j'ai également découvert qu'ils peuvent être grossiers, bruts, avec des instincts basiques, spirituels et avares, rigides.

Je n'aurai jamais un grand nombre de fidèles israéliens et de langue hébraïque à la Divine Liturgie. Nous pourrions mieux nous rencontrer en dehors dans le désert du Néguev, comme cela arrive souvent, ou être en contact à travers la réalité de la société israélienne. Certains étrangers peuvent être fascinés par le fait qu'il est possible de prier dans l'Église orthodoxe orientale en hébreu. J'ai toujours considéré que la merveille est que Dieu pouvait tolérer d'être loué et glorifié, sanctifié dans les nombreuses langues du monde par des nations qui ne comprennent pas ou ne peuvent même pas imaginer ce que cela signifie que, par Sa chair, Jésus a rendu nul et vain le mur de séparation entre Israël et les Nations!

Tandis passent les années, je peux parler des dizaines de langues assez facilement encore comme la plupart des linguistes "professionnels et formés" peuvent le faire. Le meilleur modèle que j'ai eu dans ma vie a été Rasmus Rask (le savant danois du 19ème siècle), puis en fait Roman Jakobson que je connaissais dès ma plus tendre enfance mais pour d'autres raisons! L'exemple réel fut certainement mon très cher ami le Père Michel van Esbroeck,  jésuite Bollandiste défunt (nous avons travaillé sur différents sujets, notamment les "deux Caïphe" dans l'Evangile de Matthieu et la profession de foi de Simon-Pierre  fils de Iona). La connaissance des langues et la capacité de les apprendre rapidement et de comprendre leur fonctionnement interne est très spéciale. Dans le cas de personnes membres du clergé, la connaissance et la maîtrise des langues, de la parole veut dire autre chose: elle ouvre le vaste champ de l'immense capacité de l'homme d'exister et de créer de nouvelles choses. Les langues sont alors les moyens pour une plus grande ouverture à tous les peuples et au plus grand nombre possible de personnes à la richesse de leur esprit.

C'est ce que je souhaite pour cette fête de Pessah et Pâques 5771/2011. Que chacun de nous puisse puisse connaître une telle spiritualité et une telle joie. Ceci oblige constamment à surmonter la bassesse de nombreux aspects de notre vie quotidienne à Jérusalem. Nous pouvons être rigides, étroits d'esprit, têtus et garder le silence, peu disposés à partager, sans le désir de considérer que d'autres sont supérieurs à nous. Le discours en tant que la liturgie peut être détourné en calomnie et même en une sorte de dialogue ritualisé avec Dieu.

La chose merveilleuse que j'ai découverte est que Dieu m'a donné, d'une manière inattendue et après de nombreuses années d'un enfer, d'ouvrir les portes de cette Jérusalem terrestre et divinement céleste où j'ai toujours voulu vivre. Jérusalem est Israël comme on me l'a enseigné dans le judaïsme. Je n'ai aucune intention politique en écrivant ceci. Ici, il y a toutes sortes de nations qui vivent et ont vécu avant que certains Juifs ne décident de revenir à l'Eretz Israël. Israël a à l'accepter car il est clair qu'il devra accepter l'antériorité de la chrétienté et de l'islam, avant son retour ici, disons même il y a deux siècles. C'est quelque chose qui rend humble, mais au moins il est logique de reconnaître les faits pour ce qu'ils sont: cela fait se sentir libre.

Mais depuis que je suis enfant, j'ai toujours senti que j'étais né à Sion. Je n'étais pas même un rêve. J'ai toujours entendu parler de la réalité d'un Etat d'Israël vivant et fragile. D'autre part, l'hébreu et les prières en araméen, les "adaptations" yiddish sont le genre de "lyoulke / berceau" qui incarnèrent cette existence des Juifs et des nations qui vivent ensemble sur le Lieu de Sainteté. D'une certaine manière, c'est comme si tout le monde pouvait dire le "Nunc Demittis" prononcé par Syméon accueillant Jésus dans le Temple. Et encore, les choses continuent à se développer pour quelque projet inconnu. Je ne pouvais pas m'attendre à ce qu'après cette réunion avec des poètes le premier jour de Hanouka 5771, l'un d'eux me prendrait au mot et écrirait trop vite un livre de poésie avec des mots partagés et volés pour dire que nous avons parlé de spiritualité et qu'elle pourrait éventuellement revenir à la prière juive. Le problème dans ce pays et ce patrimoine est de ne pas user et abuser des gens que nous rencontrons. J'ai passé ma vie à ne jamais vouloir quitter quiconque, mais à considérer que les paroles de Jésus sont très importantes et source de vie: "Et il (Jésus) avançait, passant au milieu de la foule."

Je me rappelle toujours qu'il ne faut jamais mal utiliser les livres de prières. Comme cela a déjà été écrit aux 18-19e siècles dans les livres de prières juifs: "Ne me rends pas fou ou ne me fais pas perdre ma raison, ma conscience". Quelque chose qui est très comparable à l'accord passé par Dieu et Satan, et Satan convint de ne pas faire perdre la raison à Job. Il peut arriver, en particulier dans les traditions orientales que nous nous nous cramponnions aux mots et expressions, et les considérions comme des règles et que nous ne les laissions pas montrer les grandes étendues ouvertes de la vie qu'ils englobent.

Que les bénédictions du Seigneur vous couvrent tous et bien sûr beaucoup plus que vous seuls, vos familles, vos collègues de travail, les gens que vous appréciez et qui vous apprécient ou vous aiment et ceux qui vous haïssent. A Jérusalem, nous sommes présents de façon anonyme pour le moment de la naissance qui peut se transformer en résurrection. Cela prend des vies pour mesurer une telle grâce qui n'a pas de mesure pour tout être humain!

Père Alexandre/Av Aleksandr (Winoradsky Frenkel)
5/18 avril, 2011-7519 - 14 Nisan 5771-15 Joumada al-Ula 1432
(Version française Claude Lopez-Ginisty)



Av Alexandr


Père Alexandre, prêtre orthodoxe, fils de la Maison d'Israel, depuis Jérusalem, Mère des Eglises, nous donne des billets emplis de sagesse et nous relie à toutes nos racines orthodoxes. Lisez son blog sur http://abbaa.blog.lemonde.fr/

L'Ermitage du cœur (124)


Le Nom Ineffable
Contient subtilement
Le monde tangible
Où ta prière devient réelle

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

lundi 25 avril 2011

Travailler sous le regard du Christ



Un de nos vieux amis a travaillé pendant des années comme directeur du personnel dans une grande usine de machines à coudre suisse. Il passait ses journées confronté à des travailleurs mécontents, avec leurs demandes incessantes et souvent des attitudes hostiles. Son siège devant ceux qui venaient se plaindre,  était disposé en face de son bureau de telle sorte qu'il pouvait porter son regard  sur le mur du fond derrière eux. Là, il avait placé un crucifix. Il était hors de la vue de ses visiteurs. Il pouvait cependant le voir, et, par conséquent il pouvait les entretenir et  toute la conversation dans la présence et la puissance de la Croix. Il  rendit un travail impossible plus tolérable, dit-il, et il apprit à placer tout le monde, dont lui-même, à la lumière rayonnante du Christ crucifié et ressuscité.

Nous pouvons faire la même chose. Au cours de ce pèlerinage de carême en particulier, nous pouvons "combler l'écart" entre ce que nous croyons et la manière dont nous nous comportons, en adoptant une attitude de prière continuelle. Comme notre ami dans l'usine de machines à coudre, nous pouvons grandir en service, dans la charité et la compassion, en nous plaçant calmement, patiemment, mais avec persistance nous-mêmes et les uns les autres en présence de Celui qui est "partout présent et Qui remplit toutes choses, "

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
A Lenten Possibility
Written by the Very Rev. John Breck 

L'Ermitage du cœur (123)


Agis sans cesse
Parle toujours
En te sachant
Sous le regard de Dieu

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

Valaam

dimanche 24 avril 2011

Saint Athanase: sur l'Incarnation


"Le Verbe de Dieu est venu dans Sa propre personne, parce que c'était lui seul, l'image du Père, Qui pourrait recréer l'homme fait à l'Image [de Dieu]. Afin d'effectuer cette re-création, cependant, il avait d'abord à en finir avec la mort et la corruption. Par conséquent, il a assumé un corps humain, afin qu'en lui la mort pourrait une fois pour toutes être détruite, et que les hommes pourraient être renouvelés en fonction de l'image [de Dieu]. " 

Homélie pascale de saint Jean Chrysostome



Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité! Que tout serviteur fidèle entre joyeux dans la joie de son Seigneur!
Que celui qui s’est donné la peine de jeûner reçoive maintenant le denier qui lui revient! Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire! Si quelqu’un est venu après la troisième heure, qu’il célèbre cette fête dans l’action de grâces! Si quelqu’un a tardé jusqu’à la sixième heure, qu’il n’ait aucune hésitation, car il ne perdra rien! S’il en est un qui a différé jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésiter! S’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas honte de sa tiédeur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier aussi bien que le premier. I1 admet au repos celui de la onzième heure comme l’ouvrier de la première heure. Du dernier il a pitié et il prend soin du premier. À celui-ci il donne; à l’autre il fait grâce. Il agrée les œuvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté. Il honore l’action et loue le bon propos. Ainsi donc, entrez tous dans la joie de votre Seigneur et, les premiers comme les seconds, vous recevrez la récompense. Riches et pauvres, mêlez-vous, abstinents et paresseux, pour célébrer ce jour. Que vous ayez jeûné ou non, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est préparée, goûtez-en tous; le veau gras est servi, que nul ne s’en retourne à jeun. Goûtez tous au banquet de la foi, au trésor de la bonté.
Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous. Que nul ne se lamente sur ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car celle du Sauveur nous en a délivrés: il l’a fait disparaître après l’avoir subie. Il a dépouillé l’Enfer, celui qui aux Enfers est descendu. Il l’a rempli d’amertume pour avoir goûté de sa chair. Et cela, Isaïe l’avait prédit: l’Enfer, dit-il, fut irrité lorsque sous terre il t’a rencontré; irrité, parce que détruit; irrité, parce que tourné en ridicule; irrité, parce qu’enchaîné; irrité, parce que réduit à la mort; irrité, parce qu’anéanti. Il avait pris un corps et s’est trouvé devant un Dieu; ayant pris de la terre, il rencontra le ciel; ayant pris ce qu’il voyait, il est tombé à cause de ce qu’il ne voyait pas. Ô Mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta victoire? Le Christ est ressuscité, et toi-même es terrassé. Le Christ est ressuscité, et les démons sont tombés. Le Christ est ressuscité, et les Anges sont dans la joie. Le Christ est ressuscité, et voici que règne la vie. Le Christ est ressuscité, et il n’est plus de mort au tombeau. Car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. À lui gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.

ハリストス死より復活し、Khristos shiyori/ Tropaire Pascal en Japonais


+



ハリストス死より復活し、
死を以て死を滅ぼし、
墓に在る者に
生命を賜へり。
+
Tropaire Pascal en Slavon, Grec et Japonais



Chant de la Cathédrale de la Sainte Résurrection à Tokio

L'Ermitage du cœur (122)


Roule la lourde pierre morne
De devant le tombeau de ta vie
Découvre la Lumière ineffable
De la résurrection toujours présente

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

Le feu pascal de Jàrusalem

samedi 23 avril 2011

L'incarnation, la mort, la rédemption


Fichier:Crucifixion by Theophanes the Cretan.jpg

Pour le rétablissement de l'homme, Dieu trouve un moyen dans lequel « la miséricorde et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont donné le baiser » (Psaume 84, 10), dans lequel ses perfections se sont montrées au plus haut point de grandeur et dans une parfaite harmonie. […]


Ici se manifesta sa sagesse infinie, qui trouva ainsi le moyen de réconcilier, dans l'œuvre de la rédemption de l'homme, la justice éternelle avec la honte éternelle, de satisfaire l'une et l'autre et de sauver celui qui était perdu; — moyen qu'aucun esprit créé n'eût jamais pu concevoir, et qui par là même est appelé par excellence « la sagesse de Dieu, renfermée dans son mystère» (ICorinthiens, 2, 7), «le mystère qui a été caché dans tous les siècles et tous les âges. » (Colossiens, i, 26.) 


Ici se manifesta l'omnipotence divine, qui pouvait réunir dans la même personne de l'Homme-Dieu deux natures infiniment distantes l'une de l'autre, la nature divine et la nature humaine, et les réunir sans les confondre, immuablement et inséparablement. Ou plutôt, écoutons sur ce sujet le raisonnement de saint Jean Damascène. « Ici, dit-il, se révèlent à la fois et la bonté, et la sagesse, et la justice et l'omnipotence de Dieu. On voit la bonté en ce que Dieu n'a pas dédaigné les infirmités de sa propre créature, mais en a eu compassion après sa chute et lui a tendu la main. 


On voit la justice en ce que, l'homme ayant été vaincu, ce n'est nul autre que l'homme que Dieu rend vainqueur de l'auteur de sa défaite. Ce n'est point par la force qu'il dérobe l'homme à la mort; mais celui qui autrefois s'était attiré la mort par le péché, c'est celui-là même que l'Être infiniment bon et juste a reconstitué vainqueur, et « Il a sauvé le semblable par le semblable , » chose qui paraissait si difficile. Ou voit la sagesse infinie en ce que Dieu a trouvé le meilleur moyen pour écarter le plus grand des obstacles. En effet, par la bienveillance du Dieu et Père, le Fils unique, le Verbe divin, Dieu, » qui est dans le sein du Père » (Jean, 1, 18), consubstantiel au Père et au Saint-Esprit, éternel, sans commencement, — Celui qui « était au commencement » avec le Dieu et Père, Celui qui « était Dieu, ayant la forme et la nature de Dieu » (Phil., H, 6), fléchit le Ciel et descend, c'est-à-dire II abaisse sans abaissement sa hauteur inabaissable, et descend vers ses serviteurs par une condescendance ineffable et incompréhensible (car tel est le sens du mot descente). 


Étant Dieu parfait, Il se fait homme parfait, et il arrive alors sous le soleil, et pour une seule fois, du tout nouveau ( Ecclésiaste, 1, 10), où se manifeste l'omnipotence infinie de Dieu. En effet, quoi de plus important que cela : — Dieu s'est fait homme ? Et le Verbe a été fait chair immuablement du Saint-Esprit et de Marie, toujours sainte, vierge et mère de Dieu. Le Verbe se fait médiateur entre Dieu et les hommes. L'unique ami de l'homme est conçu dans le chaste sein de la sainte Vierge, non point de désir ou de concupiscence, ou de coït ou d'un acte charnel, mais du Saint-Esprit, et, à l'image d'Adam en son état primitif, reste obéissant au Père; en prenant sur Lui notre nature, 11 remédie à notre désobéissance et est pour nous un modèle d'obéissance sans l'imitation duquel on ne peut se sauver (1). » Les mêmes réflexions se retrouvent dans saint Grégoire le Théologien (2), saint Basile le Grand (3), saint Grégoire de Nysse (4) et d'autres (5).
(1) Exp. de la foi or th., liv. m, chap. 1, p. 136-13".
(2) « Le Fils de Dieu daigne être et se nomme Fils de l'homme, sans changer ce qu'il était (car II aime les hommes), afin que l'infini devienne (Voilà pourquoi se réunit ce qui ne peut être réuni : non-seulement Dieu avec la naissance dans le temps, l'esprit avec la chair, l'éternité avec le temps, l'immensité avec la mesure; mais encore la naissance avec la virginité, le déshonneur avec ce qui est plus haut que tout honneur, l'impassibilité avec la souffrance, l'immortel avec le corruptible. » (Sermons)
(3) « Se peut-il que de tels soins qu'il (Dieu) prend de nous rabaissent nos pensées? Au contraire ne nous porteront-ils pas à admirer la grande puissance et la miséricorde de Celui qui nous a sauvés, parce qu'il voulut compatir à notre faiblesse et qu'il put même s'abaisser jusqu'à elle? Car le ciel et la terre, l'étendue des mers, et les animaux qui habitent dans les eaux et sur la terre, les plantes, les étoiles, l'air, les saisons de l'année et les beautés infiniment variées de l'univers manifestent avec moins d'évidence la supériorité de sa force que ce fait — que l'Être immense, infini, put par la chair entrer impassiblement en lutte avec la mort, pour nous donner l'impassibilité par sa souffrance. » (Sur le Saint-Esprit, chap. 8.)
(4) « Que la nature toute-puissante ait pu descendre jusqu'à la faiblesse de la nature humaine, cela prouve la toute-puissance de Dieu bien plus que les nombreux et étonnants miracles qu'il opéra; car opérer quelque chose de grand et de supérieur, c'est le propre de la toute-puissance divine; descendre à ce qui est bas et méprisé, c'est là une sorte de surabondance de la toute-puissance, qui n'a pas rencontré de limites même dans le surnaturel. » (Catéch., cap. 24.)
(5) Tertull. contr. Marcion., 11, cap. 3; Augustin, de Civit. Dei, x, cap. 29; Léo M., de Nat., serm. 1, et de Pass., serm. 3.

Mais, en envisageant le moyen que Dieu daigna choisir pour notre salut comme en parfait accord avec ses perfections, les saints Pères et Docteurs de l'Église ne prétendaient point que ce moyen extraordinaire fût indispensable pour le but et que le Tout-Puissant n'eût pas pu sauver l'homme d'une autre manière. Au contraire, selon eux, Il aurait fort bien pu le sauver autrement; mais entre tous les moyens possibles II choisit le meilleur. Cette idée est développée par saint Athanase le Grand. « Même sans venir dans le monde, » dit-il, « Dieu n'avait qu'un mot à dire pour décharger de la malédiction; mais il faut voir ce qui est d'utilité pour les hommes, et non en général ce qui est possible à Dieu. »
Saint Grégoire le Théologien s'exprime ainsi : « Pour nous Il (le Fils de Dieu) fut homme et prit la forme de serviteur; pour nos iniquités II fut conduit à la mort. Ainsi se conduisit le Sauveur, qui, comme Dieu, pouvait sauver par le seul acte de sa volonté. Mais II fit ce qui est le plus important pour nous et nous fait le plus de honte, Il fut sujet aux mêmes passions que nous et notre égal. »
Nous lisons dans Augustin : « Pour réfuter ceux qui disent: Est-il bien possible que Dieu n'eût pas d'autre moyen de sauver les hommes de la mort, lorsqu'il voulut que son Fils unique, Dieu coéternel avec Lui, devint homme, qu'il prît un corps et une àme d'homme, et que, s'étant fait mortel, Il goûtât la mort? — pour réfuter de pareilles gens, il ne suffit pas de dire simplement que le moyen dont il plut à Dieu de se servir pour nous sauver, par le Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, est un moyen excellent et parfaitement d'accord avec les perfections divines; il faut montrer encore qu'il y avait d'autres moyens possibles à Dieu, qui tient tout en son pouvoir, mais qu'il n'y en avait point et qu'il ne pouvait y en avoir de plus convenable (convenientiorem) que celuilà pour guérir notre infirmité. »



Suivant Théodoret : « Il aurait pu bien facilement consommer le salut des humains, même sans l'Incarnation, et, par la volonté seule, détruire l'empire et tarir la source de la mort, — l'iniquité... Mais II voulut manifester bien moins son pouvoir que la justice de la Providence . »

Saint Léon écrit : « La miséricorde du Seigneur est juste et sainte; car, tandis qu'il avait infiniment de moyens pour le salut du genre humain, Il s'arrêta de préférence à celui-là.»

Enfin voici les paroles de saint Jean Damascène sur le même sujet : « Il se fit homme pour faire vaincre le vaincu. Le Tout-Puissant pouvait bien arracher l'homme des mains du bourreau par sa force toute-puissante; mais celui-ci aurait eu alors un prétexte pour se plaindre d'avoir vaincu l'homme, mais subi la violence de Dieu. C'est pourquoi, dans sa miséricorde et son amour pour l'homme, Dieu, voulant rendre vainqueur celui-là même qui était tombé, se fit homme pour rétablir le semblable par le semblable. »

Adapté de la 
THEOLOGIE DOGMATIQUE 
DE MACAIRE METROPOLITE DE MOSCOU
Tome Second
Paris 1860


L'Ermitage du cœur (121)


L'ascèse la plus haute
Est celle du silence
Qui arrête les pensées du monde
Et rejoint la Parole au Royaume

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

vendredi 22 avril 2011

Pilate et la Vérité


File:The dream of Pilate's wife by Alphonse François.jpg

"Car il [Pilate] savait que c'était par envie qu'ils avaient livré Jésus. Pendant qu'il était assis sur le tribunal, sa femme lui fit dire: Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste; car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui." (Matthieu 27:18)
Comment les apôtres pouvaient-ils connaître le nom de l'épouse de Ponce Pilate que la tradition a nommé Claudia? Pourquoi devraient-ils se soucier de connaître l'épouse de l'exécuteur de notre Seigneur, Dieu et Sauveur, Jésus-Christ? Pourquoi devrait-elle être mentionnée dans les évangiles, si ce n'était à cause de son rêve, et comment les fidèles le sauraient-ils si elle n'avait été l'un d'eux? Et quel rêve étrange c'était, contrairement à ceux des deux Joseph bibliques: les fils de Jacob emprisonnés en Egypte, et Joseph, l'époux de la Vierge Marie et la Mère de notre Seigneur Dieu et Sauveur, Jésus-Christ. Souvenez-vous de Joseph dans la prison de Pharaon, interprétant les rêves de ses compagnons prisonniers [Genèse 40], et le rêve de Pharaon [Genèse 41]. Rappelez-vous la visite de l'ange à Joseph, le fiancé de Marie à plusieurs reprises. Rappelons-nous le prophète Daniel divulguant le rêve de Nabuchodonosor [Daniel 4:18-27].

À l'instar de beaucoup d'époux qui ignorent les conseils de son épouse, Pilate ignora l'avertissement de Claudia. Et s'il avait réfléchi à ses paroles? Mais il n'était pas ce type d'homme. C'était un esprit rationnel. Il n'était pas en contact avec son moi intérieur. Les rêves et les prémonitions obscurcissent simplement la clarté de la logique. On pourrait le qualifier de mâle typique, mais ce n'est pas un conflit entre l'esprit et le cœur - et certainement pas entre les hommes et les femmes, bien qu'il puisse y avoir quelque chose dans la théorie selon laquelle la nature des femmes est plus proche de la terre, et de la vie elle-même. Ou bien  est-ce que les hommes ont tendance à ignorer les instincts que même les animaux conservent?

Souvenez-vous de Phuket et de l'Indonésie il y a plusieurs années lorsque le terrible tsunami a ravagé la côte et a pris de nombreuses vies. Les gens ont remarqué que les animaux ont fui vers les montagnes avant les vagues. Qu'ont-ils senti ou ressenti qui a échappé à la prise de conscience de l'homme? Nos rêves sont la voie de Dieu de nous donner la possibilité de trier les noeuds enchevêtrés des événements, d'avoir un autre regard sur eux, et d'analyser comment les choses se sont passées et les manières que nous aurions pu avoir de réagir à l'époque.

Comment Claudia est-elle entrée en contact avec le Seigneur Jésus? Protégée du danger dans la forteresse Antonia, elle peut avoir entendu parler de Son étrange entrée à Jérusalem par la vallée du Cédron, mais comme romaine, elle n'était pas concernée ni ne comprenait le problème juif. A-t-elle été l'un des gentils fascinés par la foi du peuple de cette terre? Avait-elle un esclave hébreu qui pouvait piquer sa curiosité, l'éclairer sur l'espoir que les Juifs avaient que le Galiléen pouvait être leur Messie tant attendu? Une relation l'identifie comme romaine convertie au christianisme.

Le dilemme de Pilate: troublé par le rêve de sa femme, agacé par les principaux sacrificateurs et les officiels des Juifs réclamant la crucifixion du Christ, réalisant que leur rage n'avait rien à voir avec le droit romain, illustre le sort de l'humanité déchue coupée de la communion avec Dieu. Quelle est pour lui la seule décision juste à prendre? En d'autres termes, où se trouve la vérité? Ou exprimé comme il l'a fait par les seuls "Chemin, Vérité et Vie", il l'a demandé à celui qui sait, celui qui est la Vérité. Jésus a dit à Pilate: "Je suis venu dans le monde parce que je devais porter témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. "Pilate lui dit:" Qu'est-ce que la vérité? "[Jean 18:37] Le subtile évangéliste Jean nous montre que Pilate n'était pas parmi ceux qui croyaient en la vérité. Pour lui, la vérité est l'opportunisme - ce que l'on veut en faire. En termes contemporains, tout ce qui est politiquement correct: une rhétorique présentée comme l'opinion pour influencer les masses naïves. Le Fils et Verbe de Dieu vint sur terre pour détourner l'humanité de sa volonté propre à la volonté de trouver et d'obéir à la volonté de Son Père, comme il le désirait d'Adam avant la décision qui a transformé la volonté de Dieu en sa propre volonté et l'unité en aliénation.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Père Vladimir Berzonsky 

Icône grecque 
de sainte Claudia

L'Ermitage du cœur (120)


Les discussions stériles
Gauchissent ta prière
Dans le silence orant
Ton chemin est droit et clair


上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

Saint Tikhon de Kalouga

jeudi 21 avril 2011

SAINT FULGENCE ÉVÊQUE DE RUSPES ( 1/14 janvier)



Fulgence (Fabius-Claudius-Gordianus-Fulgentius) né d’une famille noble (458), à Leptis (Feriana de Tunisie), en Afrique, et privé de son père dès son enfance, étudia les lettres grecques et latines par les soins de sa mère. Dans sa première jeunesse il suivit le barreau, et s’appliqua à l’éloquence ; plus tard, à l’âge de vingt deux ans, il fut nommé Procurateur de la Province romaine, c’est-à-dire Receveur-général des impôts de la Bysacène. Mais, homme d’un caractère doux, il se démit de cette charge lorsqu’on lui prescrivit d’exiger les contributions avec rigueur.
Fulgence, visitant les monastères qui, fondés par Saint Augustin, florissaient alors dans toute l’Afrique, conçut l’idée d’embrasser la vie monastique. C’est en se retirant souvent dans la solitude qu’il se prépara à suivre ce genre de vie. Bien que sa mère eût souvent essayé de l’attendrir par ses prières et par ses larmes, il ne changea pas de résolution et fut admis dans la communauté de l’évêque Faustus.
Extrêmement exact à observer l’abstinence, même dans une grave maladie Fulgence ne voulut jamais goûter de viande ni boire de vin. Revenu en santé, et obligé, à cause de sa faiblesse, à user de vin, il le détrempait d’eau de telle sorte que la saveur en était tout-à-fait évanouie.
Lorsque les Vandales eurent poussé leurs incursions jusque dans la province d’Afrique, persécuté par les Ariens, dépouillé, nécessiteux, Fulgence dut fuir et se cacher de retraite en retraite (490).
Il se retira dans un monastère dont Félix, qui en était l’abbé, voulut lui céder le gouvernement ; le Saint refusa cette charge. On parvint toutefois à le déterminer à en partager les fonctions ; Félix fut chargé du temporel et Fulgence de l’instruction.
La paix dont les deux abbés jouissaient fut troublée par une incursion des Numides, qui ravagèrent tout le pays. Forcés de sortir de leur monastère, ils se réfugièrent à Sicca Vénéria, ville de la province proconsulaire d’Afrique. Un prêtre arien du voisinage, informé qu’ils enseignaient la consubstantialité du Verbe, les fit arrêter et les condamna à être frappés rudement. Non content de cette barbarie ; il fit raser les cheveux et la barbe aux deux confesseurs meurtris de coups, puis les dépouilla ignominieusement et les renvoya dans un état affreux. Les Ariens eux-mêmes en furent indignés, et leur évêque offrit à Fulgence de punir le prêtre, s’il l’exigeait. Mais il répondit àceux qui lui conseillaient de demander vengeance de ces mauvais traitements, que la vengeance n’était pas permise à un Chrétien.
Fulgence se décida à se rendre en Égypte, où il savait que des moines vivaient d’une manière fort austère, et aborda en Sicile, où l’intérêt de la Religion lui fit changer de projet et prendre la route de Rome. Comme il passait un jour sur la place nommée Palma-Aurea, il aperçut Théodoric, roi d’Italie, élevé sur un trône superbement paré ; il était environné du sénat et de la cour la plus brillante, Rome n’ayant rien épargné pour recevoir ce prince avec la plus grande magnificence. — « Ah ! s’écria Fulgence à la vue de ce spectacle, si Rome terrestre est si belle, quelle doit être la Jérusalem céleste ! Si dans cette vie périssable, Dieu environne d’un si grand éclat les partisans et les amateurs de la vanité, quel honneur, quelle gloire, quelle félicité prépare-t-il donc à ses Saints dans le ciel ! »
Ceci arriva vers la fi n de l’année 500, lorsque Théodoric, qui avait toujours fait sa résidence à Ravenne, fit son entrée à Rome.
Peu après, Fulgence revint en Afrique, et malgré tous ses efforts, fut élu évêque de Ruspes (Sbéah en Tunisie). Il fonda des monastères où il maintint toujours la règle primitive de Saint Augustin relativement
à l’habit et à la nourriture. Il n’avait, soit pendant l’hiver, soit durant l’été, qu’une tunique, et des plus grossières, sans aucun des insignes de l’épiscopat; une ceinture de cuir entourait ses reins amaigris
; allant le plus souvent les pieds nus, il ne se servait à l’autel ni d’ornements d’or ou de soie, ni de ceux dont une couleur éclatante aurait pu relever le tissu. Il n’offrait le saint sacrifi ce qu’avec sa simple tunique, faite en forme de la chasuble qui entourait, à cette époque, le corps tout entier ; dans ce vêtement, il prenait encore le peu de sommeil qu’il était forcé d’accorder à son corps épuisé. Il disait que durant le sacrifi ce, c’était plutôt le coeur que les vêtements qu’il fallait changer. Pour se délasser il faisait, avec des feuilles de palmier, des éventails en grand usagedans ces pays chauds.
Ce fut alors (508) que, par un décret rigoureux du roi arien Trasimond, Fulgence fut déporté en Sardaigne avec d’autres évêques d’Afrique, dont il devint la parole la plume et l’expression vivante. Il arriva à Cagliari le 11 octobre, chargé des ossements de Saint Augustin et de beaucoup de reliques d’autres Saints, trésors qu’il avait recueillis avant son départ.
Le Martyrologe des religieux augustins relate qu’il avait pareillement apporté la mitre et le bâton épiscopal du patriarche de leur Ordre. Rappelé à Carthage, après dix-huit ans d’exil, par Trasimond lui-même, il y disserta sur la religion catholique avec tant de ménagement et d’autorité tout ensemble, qu’il transporta d’admiration ce tyran. Les Ariens, effrayés d’une si grande puissance d’éloquence, poussèrent Trasimond à le reléguer de nouveau en Sardaigne (520). La réputation de sa sainteté et de son savoir se répandit dans ce pays, où il persuada à plusieurs d’embrasser la vie monastique.
A la mort de Trasimond, on obtint du roi Hunéric le rappel de Fulgence en Afrique (522). Il fut reçu à Carthage par les Catholiques comme un triomphateur et avec les plus affectueuses félicitations, et de retour à Ruspes, il s’occupa attentivement, pendant dix ans, de la conduite de son troupeau.
Un an avant sa mort, il interrompit ses occupations administratives, et pour s’occuper de Dieu plus librement, se retira avec quelques personnes dans l’île Circina (Kerkenech en Tunisie). Mais sollicité par les prières de ses ouailles, il revint à Ruspes, où, peu après, il tomba gravement malade. Au milieu de douleurs cruelles : il disait : « Seigneur, donne-moi la patience ici-bas, et le pardon là-haut ! » Il donna ordre de distribuer aux pauvres tout l’argent qui était disponible dans le trésor de l’église, et sur le point de mourir, il se tourna vers ses confrères et leur dit : « Pendant que j’ai été chargé du salut de vos âmes, si je vous ai paru dur et peu affable, je vous en demande pardon. » Puis, fi xant les yeux au ciel, il expira (533), au milieu des pleurs et des gémissements, en la vingt-cinquième année de son épiscopat et la soixante-quinzième de son âge.
Saint Fulgence a laissé beaucoup d’écrits où l’on remarque autant d’érudition que de piété, et qui ont jeté un grand jour sur la doctrine catholique. L’extrait suivant de son discours sur les économes du Seigneur, qui a pour texte le verset 42 du chapitre 24 de l’Évangile selon Saint Matthieu, pourra donner une idée de son éloquence et de sa manière d’exposer les vérités de la Religion. Ii commence ainsi :
« Notre-Seigneur, voulant nous apprendre ce que sont les fonctions spéciales de ceux d’entre ses serviteurs qu’il met à la tête de son peuple, dit ces paroles : Que pensez-vous que doive être cet économe fidèle et prudent que le Maitre établit dans sa famille pour qu’il y donne à chacun, au temps opportun, sa mesure de froment ? Bienheureux ce serviteur qui, lorsque son maître viendra, sera trouvé dans l’exercice de ses fonctions !
« Quel est ce Maître, mes frères ? C’est Jésus- Christ, sans aucun doute, lui qui a dit à ses disciples : Vous m’appelez votre Maitre et votre Seigneur…(1), et vous dites vrai, car je le suis en effet. — Quelle est encore la famille de ce Maître ? Certes, c’est celle que ce Maître a rachetée lui-même des mains de l’ennemi, et qu’il a acquise en toute propriété ; cette famille est la sainte Église catholique, qui est répandue par tout l’univers avec une féconde abondance, et qui se glorifie d’avoir été rachetée du sang de son Seigneur.— Quel est cet économe, et comment il doit être fidèle et prudent, l’Apôtre Saint Paul nous l'apprend, lorsque, parlant de lui-même et de ses collaborateurs, il dit : Il faut que tout homme nous regarde comme les ministres de Jésus-Christ et les économes des mystères de Dieu.
« Ici on demandera que tout économe soit trouvé fidèle. Mais pour que nul de nous, négligeant les devoirs de la milice spirituelle et, serviteur paresseux, s’endormant dans la mauvaise foi et l’impudence, ne pense que les Apôtres aient été seuls établis les économes en question, le saint Apôtre lui-même nous apprend que les évêques sont aussi ces économes là, lorsqu’il dit : Il faut qu’un évêque ne soit pas soupçonné, comme il convient à un digne économe de Dieu. « Nous sommes donc les serviteurs du Père de famille, et nous recevons la mesure de froment que nous vous partageons. Nous donnons à chacun de vous sa part de froment, au nom du Seigneur, lorsque, éclairés par le don spirituel de la grâce, nous prêchons suivant les règles de la vraie foi ; et toutes les fois que vous écoutez la parole de vérité que les serviteurs de Dieu vous font entendre, vous recevez de la main des économes du Seigneur cette distribution de froment. Nous en sommes tous nourris, suivant le partage que Dieu nous en fait. Nous y trouvons l’aliment d’une sainte vie pour que nous puissions parvenir aux récompenses
éternelles.
« Mettons donc notre foi, notre espérance, tout notre amour au-dessus de tout et de tous, en Celui qui s’offre lui-même à nous comme aliment, pour que nous ne venions pas à défaillir dans la route, et qui nous conserve une récompense pour que nous nous réjouissions dans la patrie. Car Jésus-Christ est notre nourriture ; Jésus sera notre récompense; Jésus est le viatique et la consolation des voyageurs dans le chemin ; il est la satiété et l’allégresse des Bienheureux qui jouissent du repos éternel. »
Les ouvrages de Saint Fulgence sont nombreux et presque tous polémiques ; on y retrouve le style et la manière de Saint Augustin dont il avait fait une étude particulière. En voici les titres :

+ Les trois livres des deux Prédestinations, contre Monème;
+ Réponse aux dix objections des Ariens proposées par le roi Trasimond ;
+ Trois livres sur divers points de foi, adressés au même prince ;
+ Livre de la foi orthodoxe, à Donat ;
+ Livre de l’Incarnation du Fils de Dieu ;
+ Livre de la Trinité, à Félix ;
+ Deux livres de la Rémission des péchés ;
+ Trois livres de la Vérité de la Prédestination et de la grâce de Dieu ;
+ Le livre de la Foi ;
+ Dix Sermons et Homélies
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Saint Fulgence, prie Dieu pour nous et pour les enfants de la terre d'Afrique du Nord!

D'après
Victor Bérard
Les Saints de l'Algérie
Valence 1857