Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
samedi 25 août 2018
Librairie du Monastère de la Transfiguration
Le monastère de la Transfiguration a le plaisir de vous annoncer la mise en ligne de livres d'occasion.
Attention, nous ne disposons que d'un seul exemplaire pour chaque ouvrage.
Vous pouvez consulter tous nos livres d'occasion à cette adresse :
https://www.librairie-monastere.fr/47-livres-religieux-d-occasion
vendredi 24 août 2018
Archimandrite Spiridon Bilalis: L'Église est Une et unique.
Selon la position commune des Pères et des saints Conciles, l'Église est unique parce que le Christ, son chef, ne peut pas avoir plus de corps. L'Église est Une et est unique, parce qu'elle est le corps du Christ Un et unique. La division de l'Église est ontologiquement impossible, c'est pourquoi il n'y a jamais eu de division de l'Église, mais seulement séparation de l'Église. Selon la parole du Seigneur, la vigne n'est pas divisée, seules les branches stériles sont desséchées (paraphrase d'après Jean 15, 1-6).
Les hérétiques et les schismatiques se sont séparés de l'Église indivisible du Christ à différents âges et ont ainsi cessé d'être membres de l'Église et de son corps. Ce sont d'abord les Gnostiques, puis les Ariens et les combattants contre l'Esprit Saint, puis les monophysites et les iconoclastes, puis les catholiques, les protestants, les unitariens et toutes les autres légions d'hérétiques et de schismatiques.
Le dogme sur l'infaillibilité du pape est plus qu'une hérésie. C'est la plus grande hérésie de toutes, une opposition sans égale contre le Christ théanthrope (Dieu-Homme). C'est une nouvelle trahison du Christ, une nouvelle crucifixion du Christ sur la croix de l'humanisme papal.
L'unification des Églises ne peut se réaliser si les églises catholique et protestante ne reviennent pas complètement à la position orthodoxe depuis le début, position dont elles se sont complètement écartées.
Le 20ème siècle ne restera pas dans l'histoire de l'Eglise comme l'âge de l'Eglise tel qu'il est déjà défini puisque les églises d'Occident ne corrigent pas leurs déviations qui affectent l'essence et le sens de l'Eglise. Les déviations ecclésiastiques de l'Occident, comme nous le savons, ont agi pendant des siècles pour le changement des questions ecclésiastiques et elles ont insisté sur une liberté dogmatique du Vatican et du protestantisme qui mènent aux innovations occidentales sur la foi et le culte qui est contre les Saintes Écritures et les saintes Traditions.
L'œcuménisme, la plus grande hérésie du XXe siècle prêchant l'union dogmatique et religieuse et tendant à fonder une sorte de pan religion par l'unification de toutes les confessions et religions chrétiennes, représente un danger mortel pour l'Orthodoxie.
L'Église orthodoxe n'est pas une des nombreuses autres Églises. C'est l'unique Église du Christ, celle qui détient, enseigne et conserve intacte la foi des Apôtres, des Saints Pères, des croyants orthodoxes, la seule capable de soutenir le peuple troublé d'aujourd'hui.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
jeudi 23 août 2018
Saint Père Porphyre: Sur la santé spirituelle
C'est superbe de marcher,
de travailler,
de bouger
et
d'avoir la santé.
Mais d'abord,
vous devriez avoir
votre santé spirituelle.
Votre santé spirituelle
est fondamentale,
ensuite
vient la santé corporelle.
Presque toutes les maladies
viennent
du manque de confiance en Dieu
et
cela crée du stress.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
mercredi 22 août 2018
Jean-Claude LARCHET: Recension: Grégoire de Nysse, « Homélies sur le Notre Père » (collection « Sources chrétiennes »)
Grégoire de Nysse, Homélies sur le Notre Père. Texte, traduction et notes par Christian Boudignon et Matthieu Cassin, traduction par Josette Seguin (†),Christian Boudignon et Matthieu Cassin. Collection « Sources chrétiennes » n° 596, Cerf, Paris, 2018, 570 p.
Les Homélies sur le Notre Père de saint Grégoire de Nysse sont l’une de ses œuvres qui ont le plus retenu l’attention, comme l’indiquent l’importance de la tradition manuscrite, son insertion ancienne dans les florilèges, et les appréciations portées sur elle par les patrologues, dont Lenain de Tillemont qui y voyait « l’un de ses plus excellents ouvrages ».
Les cinq homélies contenues dans le recueil datent très probablement d’entre 385 et 390 et ont probablement été prononcée à Nysse, localité de Cappadoce dont Grégoire était l’évêque.
Il semble qu’elles aient été adressées à un auditoire constitué de tous les types de fidèles : à côté de considérations très simples sur l’activité des agriculteurs ou des boutiquiers probablement parlantes pour une partie de l’auditoire (début de l’Homélie I) ou d’un commentaire qui préfère considérer « le pain de ce jour » plutôt que le « pain supersubstantiel », on trouve un passage de haute volée théologique sur la Trinité.
La première homélie est consacrée à des considérations sur la prière en général. Elle explique pourquoi la plupart des hommes négligent la prière et pourquoi cependant ils auraient grand besoin de prier ; pourquoi sans la prière le péché envahit la vie de l’homme ; comment la prière protège du péché ; pourquoi il convient de rendre grâce à Dieu pour Ses dons. Elle explique aussi ce que l’on ne doit pas faire quand on prie : multiplier le vaines paroles, demander des choses conformes aux passions, faire des demandes contre les ennemis (sauf quand il s’agit du diable et des démons), demander des choses matérielles plutôt que des biens spirituels.
Les quatre homélies suivantes commentent les paroles de la prière, mais il ne s’agit pas d’un commentaire rigoureux du texte : certains termes en sont librement reformulés, les digressions sont nombreuses, et les commentaires sont parfois surprenants. La raison en est que les Homélies se proposent essentiellement de fournir aux fidèles des conseils spirituels, et que l’exégèse est au service de cette visée principalement pastorale.
L’enseignement de Grégoire est entièrement tourné vers la transformation de l’homme dont la vocation est d’acquérir la ressemblance à Dieu qui l’unit à Lui, fait de lui un fils adoptif de Dieu et le déifie. Le chrétien doit pour cela se détacher du monde, éloigner de lui les puissances du mal, se purifier des passions et acquérir les vertus, ce qui résulte de ses efforts, mais aussi de la grâce que Dieu lui donne en réponse à sa prière.
Une vaste introduction de près de 300 pages présente, dans une première partie due à Matthieu Cassin, la datation, les circonstances et la visée du texte (p. 11-36) ; dans une deuxième partie, due à Christian Boudignon, une analyse du contenu des homélies – structure, sources, thèmes, réception (p. 37-184) –, et dans une troisième partie, due à Matthieu Cassin, l’histoire du texte (p. 184-270). La traduction est l’œuvre conjointe des deux auteurs qui ont pris pour base une thèse de Josette Seguin (†).
Ce volume propose en premier lieu une nouvelle édition critique du texte grec, qui, se fondant sur une base manuscrite plus large, améliore, sur plus de deux cents points (listés p. 261-270), celle qui avait été publiée en 1992 par J. F. Gallahan dans les Gregorii Nysseni Opera vol. VII.2 et qui faisait jusqu’à présent autorité.
Les Homélies sur le Notre Père de saint Grégoire de Nysse sont l’une de ses œuvres qui ont le plus retenu l’attention, comme l’indiquent l’importance de la tradition manuscrite, son insertion ancienne dans les florilèges, et les appréciations portées sur elle par les patrologues, dont Lenain de Tillemont qui y voyait « l’un de ses plus excellents ouvrages ».
Les cinq homélies contenues dans le recueil datent très probablement d’entre 385 et 390 et ont probablement été prononcée à Nysse, localité de Cappadoce dont Grégoire était l’évêque.
Il semble qu’elles aient été adressées à un auditoire constitué de tous les types de fidèles : à côté de considérations très simples sur l’activité des agriculteurs ou des boutiquiers probablement parlantes pour une partie de l’auditoire (début de l’Homélie I) ou d’un commentaire qui préfère considérer « le pain de ce jour » plutôt que le « pain supersubstantiel », on trouve un passage de haute volée théologique sur la Trinité.
La première homélie est consacrée à des considérations sur la prière en général. Elle explique pourquoi la plupart des hommes négligent la prière et pourquoi cependant ils auraient grand besoin de prier ; pourquoi sans la prière le péché envahit la vie de l’homme ; comment la prière protège du péché ; pourquoi il convient de rendre grâce à Dieu pour Ses dons. Elle explique aussi ce que l’on ne doit pas faire quand on prie : multiplier le vaines paroles, demander des choses conformes aux passions, faire des demandes contre les ennemis (sauf quand il s’agit du diable et des démons), demander des choses matérielles plutôt que des biens spirituels.
Les quatre homélies suivantes commentent les paroles de la prière, mais il ne s’agit pas d’un commentaire rigoureux du texte : certains termes en sont librement reformulés, les digressions sont nombreuses, et les commentaires sont parfois surprenants. La raison en est que les Homélies se proposent essentiellement de fournir aux fidèles des conseils spirituels, et que l’exégèse est au service de cette visée principalement pastorale.
L’enseignement de Grégoire est entièrement tourné vers la transformation de l’homme dont la vocation est d’acquérir la ressemblance à Dieu qui l’unit à Lui, fait de lui un fils adoptif de Dieu et le déifie. Le chrétien doit pour cela se détacher du monde, éloigner de lui les puissances du mal, se purifier des passions et acquérir les vertus, ce qui résulte de ses efforts, mais aussi de la grâce que Dieu lui donne en réponse à sa prière.
Une vaste introduction de près de 300 pages présente, dans une première partie due à Matthieu Cassin, la datation, les circonstances et la visée du texte (p. 11-36) ; dans une deuxième partie, due à Christian Boudignon, une analyse du contenu des homélies – structure, sources, thèmes, réception (p. 37-184) –, et dans une troisième partie, due à Matthieu Cassin, l’histoire du texte (p. 184-270). La traduction est l’œuvre conjointe des deux auteurs qui ont pris pour base une thèse de Josette Seguin (†).
Ce volume propose en premier lieu une nouvelle édition critique du texte grec, qui, se fondant sur une base manuscrite plus large, améliore, sur plus de deux cents points (listés p. 261-270), celle qui avait été publiée en 1992 par J. F. Gallahan dans les Gregorii Nysseni Opera vol. VII.2 et qui faisait jusqu’à présent autorité.
Toutes les corrections apportées ici à cette dernière édition ne sont cependant pas indiscutables et ne la rendent pas caduque, comme le montre un passage du discours trinitaire contenu dans l’Homélie III qui, s’opposant aux pneumatomaques, traite de la divinité du Saint-Esprit, et dont la partie centrale concerne plus particulièrement les propriétés hypostatiques du Père, du Fils et de l’Esprit (p. 422-427 dans ce volume) :
« Le propre du Père, c’est de ne pas exister à partir d’une cause : cela n’est pas un propre dans le cas du Fils et de l’Esprit. Car le Fils est sorti du Père, selon ce que dit l’Écriture, et l’Esprit est issu de Dieu et procède d’auprès du Père (ὅ τε γὰρ υἱὸς ἐκ τοῦ πατρὸς ἐξῆλθε, καθώς φησιν ἡ γραφὴ, καὶ τὸ πνεῦμα ἐκ τοῦ θεοῦ καὶ παρὰ τοῦ πατρὸς ἐκπορεύεται). Mais comme le fait d’exister sans cause, puisqu’il n’appartient qu’au Père, ne peut s’adapter au Fils ni à l’Esprit, de même, au contraire, le fait d’exister à partir d’une cause, qui est propre au Fils et à l’Esprit, ne peut être reconnu dans le Père quant à la nature. D’autre part, comme est commun au Fils et à l’Esprit de ne pas être inengendré, afin qu’aucune confusion ne soit constatée à propos du substrat, on peut à nouveau découvrir que la différence entre leurs propriétés est sans mélange, afin que et ce qui est commun soit sauvegardé, et ce qui est propre ne soit pas confondu.
Car le Fils monogène est nommé issu du Père par la divine Écriture et le Verbe arrête sa propriété jusqu’à ce point, tandis que le Saint-Esprit, l’Écriture et le dit issu du Père, et témoigne en outre qu’il est [issu] du Fils (Ὁ γὰρ μονογενὴς υἱὸς ἐκ τοῦ πατρὸς παρὰ τῆς ἁγίας γραφῆς ὀνομάζεται καὶ μέχρι τούτου ὁ λόγος ἵστησιν αὐτῷ τὸ ἰδίωμα, τὸ δὲ ἅγιον πνεῦμα καὶ ἐκ τοῦ πατρὸς λέγεται, καὶ [ἐκ] τοῦ υἱοῦ εἶναι προσμαρτυρεῖται). En effet, si quelqu’un ne possède pas l’Esprit du Christ (πνεῦμα Χριστοῦ), est-il dit, il n’est pas de lui. Donc l’Esprit qui est issu de Dieu est l’Esprit du Christ (τὸ μὲν πνεῦμα τὸ ἐκ τοῦ θεοῦ ὂν καὶ Χριστοῦ πνεῦμά ἐστιν). Tandis que le Fils, qui est issu de Dieu, n’est pas et n’est pas dit en outre de l’Esprit, et cette conséquence de la relation n’est pas convertible comme si on pouvait convertir de façon équivalente la proposition en la ramenant à la précédente et, comme nous disons l’Esprit du Christ, nommer aussi le Christ “de l’Esprit” (ὥσπερ Χριστοῦ τὸ πνεῦμα λέγομεν, οὕτω καὶ τοῦ πνεύματος Χριστὸν ὀνομάσαι). Donc, puisque cette propriété les distingue l’un de l’autre clairement et sans confusion, tandis que leur identité quant à l’activité (κατὰ τὴν ἐνέργειαν). témoigne de la communauté de leur nature, la conception juste au sujet de la divinité est affermie des deux côtés, de sorte que la Trinité est dénombrée par les hypostases sans être fractionnée en éléments de natures différentes. »
Car le Fils monogène est nommé issu du Père par la divine Écriture et le Verbe arrête sa propriété jusqu’à ce point, tandis que le Saint-Esprit, l’Écriture et le dit issu du Père, et témoigne en outre qu’il est [issu] du Fils (Ὁ γὰρ μονογενὴς υἱὸς ἐκ τοῦ πατρὸς παρὰ τῆς ἁγίας γραφῆς ὀνομάζεται καὶ μέχρι τούτου ὁ λόγος ἵστησιν αὐτῷ τὸ ἰδίωμα, τὸ δὲ ἅγιον πνεῦμα καὶ ἐκ τοῦ πατρὸς λέγεται, καὶ [ἐκ] τοῦ υἱοῦ εἶναι προσμαρτυρεῖται). En effet, si quelqu’un ne possède pas l’Esprit du Christ (πνεῦμα Χριστοῦ), est-il dit, il n’est pas de lui. Donc l’Esprit qui est issu de Dieu est l’Esprit du Christ (τὸ μὲν πνεῦμα τὸ ἐκ τοῦ θεοῦ ὂν καὶ Χριστοῦ πνεῦμά ἐστιν). Tandis que le Fils, qui est issu de Dieu, n’est pas et n’est pas dit en outre de l’Esprit, et cette conséquence de la relation n’est pas convertible comme si on pouvait convertir de façon équivalente la proposition en la ramenant à la précédente et, comme nous disons l’Esprit du Christ, nommer aussi le Christ “de l’Esprit” (ὥσπερ Χριστοῦ τὸ πνεῦμα λέγομεν, οὕτω καὶ τοῦ πνεύματος Χριστὸν ὀνομάσαι). Donc, puisque cette propriété les distingue l’un de l’autre clairement et sans confusion, tandis que leur identité quant à l’activité (κατὰ τὴν ἐνέργειαν). témoigne de la communauté de leur nature, la conception juste au sujet de la divinité est affermie des deux côtés, de sorte que la Trinité est dénombrée par les hypostases sans être fractionnée en éléments de natures différentes. »
Dans son introduction, Christian Boudignon consacre un long commentaire à ce passage (p. 155-168), animé dès le départ par l’idée que l’on trouve une expression du Filioque dans la phrase : « Car le Fils monogène est nommé issu du Père par la divine Écriture et le Verbe arrête sa propriété jusqu’à ce point, tandis que le Saint-Esprit, l’Écriture et le dit issu du Père, et témoigne en outre qu’il est [issu] du Fils (καὶ [ἐκ] τοῦ υἱοῦ εἶναι προσμαρτυρεῖται) ». Les éditeurs ont pris le parti de publier le texte et la traduction sans les crochets que nous avons mis ici en suivant l’édition de Callahan (dans le GNO VII-2, p. 43) pour la préposition ἐκ et pour sa traduction française (issu de). Callahan avait mis ces crochets parce que la préposition ἐκ est ici problématique à plusieurs égards. D’une part elle est présente dans certains manuscrits et absente dans d’autres. Dans certains manuscrits où elle était présente, elle a été effacée ou barrée. On peut certes supposer qu’il s’agit là de l’intervention de copistes peu scrupuleux, défavorables à la doctrine latine du Filioque, qui voulaient en éliminer ce qui pouvait apparaître à ses partisans comme une attestation patristique de celle-ci. On constate certes que la préposition est présente dans les plus anciens manuscrits, dont l’archétype (du IXe s.) et aussi dans une citation figurant dans le florilège intitulé Doctrina Patrum (fin du VIIe s.), à une époque où la querelle du Filioque n’était pas encore engagée. Les éditeurs de ce volume ont pris le parti de privilégier cette attestation ancienne, et d’éviter les crochets, qui, en outre, ne font pas partie des signes utilisés dans leur édition critique. Cela dit le problème n’est pas si simple. La majorité des éditeurs (dont Callahan) et des commentateurs précédents de ce texte, y compris catholiques et protestants (dont D. Petau, K. Holl, W. Jaeger, C. Moreschini, M. Brugarolas Brufau), mettant en œuvre les principes de la critique interne, ont remarqué que la présence du ἐκ (issu de) à propos du Saint-Esprit relativement au Fils (à l’endroit du texte où nous avons mis les crochets) est incohérente relativement au contexte et à la pensée de Grégoire de Nysse, et ne peut donc pas être de sa main. Ainsi son effacement par certains copistes ne résulterait pas d’une prise de position théologique hostile à un contenu susceptible d’appuyer la doctrine du Filioque, mais du souci de redonner au texte sa cohérence par rapport à la pensée de Grégoire, non pas telle qu’elle est « rêvée », comme l’affirme très légèrement C. Boudignon (p. 160), mais telle qu’elle peut être induite du contexte, mais aussi constatée dans d’autres textes analogues figurant dans d’autres œuvres du grand Cappadocien. La présence de la préposition dans l’archétype (le plus ancien manuscrit connu, dont dérivent tous les autres, copié près de cinq siècles après la rédaction de l’œuvre) serait quant à elle le résultat d’une erreur d’un copiste, qui aurait été reproduite dans les manuscrits de la même famille (et peut être empruntée à des manuscrits plus anciens). Cette erreur ne résulterait pas d’une étourderie, mais du souci d’établir dans le deuxième segment de la phrase, un équilibre textuel avec le premier segment. Les éditeurs précédents du texte ont ainsi pris le parti soit, comme Krabinger ou Oehler, de supprimer la préposition, soit, comme Callahan, de la mettre entre crochets pour indiquer à la fois sa présence dans beaucoup de manuscrits (dont l’archétype lui-même) et le caractère douteux de son attribution à Grégoire de Nysse lui-même (voir la préface de Callahan à son édition, GNO VII-2, p. X-XIV et spécialement sa remarque p. XII : « Premièrement, en ce qui concerne la tradition du texte elle-même, il faut en conclure que le ἐκ appartient au texte dans la mesure où nous pouvons être guidés par des preuves strictement paléographiques. Mais, en second lieu, il est très difficile de justifier sa présence dans le texte du point de vue de l’argumentation de Grégoire, comme l’a indiqué Jaeger. Cela est vrai, me semble-t-il, même si nous excluons soigneusement la signification doctrinale donnée ultérieurement au ἐκ et considérons, comme il se doit, un sens que Grégoire lui-même pourrait lui donner. J’ai donc conclu que le ἐκ n'appartient pas au texte original de Grégoire, malgré les preuves paléographiques, et je l’ai placé entre crochets dans cette édition »).
Dans son commentaire, C. Boudignon aurait pu s’en tenir à ces remarques qu’une étude sérieuse de la doctrine trinitaire de Grégoire de Nysse dans sa globalité l’aurait certainement amené à confirmer. Mais dans un développement qui rappelle les prises de position passionnées et l’argumentation biaisée des latinophrones au plus chaud de la querelle sur le Filioque, il fait flèche de tout bois pour non seulement justifier le texte avec la préposition mais pour lui donner une signification carrément filioquiste. D’une part il accuse grossièrement ses prédécesseurs – dont les qualités scientifiques sont pourtant reconnues – d’ « aveuglement » et d’obnubilation (p. 159), recourt à un argument psychologique qui ne devait pas trouver sa place ici (Callahan aurait été « impressionné par le prestige de Jaeger » [p. 160]), et à des comparaisons triviales (l’entrée et la sortie d’Avignon [p. 161]) qui ne sont pas à la hauteur du sujet abordé ni du sérieux de la collection. Accusant Jaeger d’avoir voulu traiter théologiquement un problème philologique et prétendant le traiter lui-même sur le plan philologique, et notant que jusque-là « la vieille querelle du Filioque a pollué les débats » (p. 160), il s’engage quelques lignes plus loin, sans craindre de se contredire, non seulement dans des considérations purement théologiques mais dans des déductions abusives qui témoignent très clairement d’un engagement en faveur du Filioque. D’autre part, il en rajoute une dose quant au sens de la phrase où figure, selon cette édition, le ἐκ : Grégoire selon lui sous-entendrait que le Saint-Esprit procède du Père de façon immédiate et du Fils de façon médiate, alors que rien dans le texte n’autorise à induire cela. On trouve certes dans une autre œuvre de Grégoire, l’Ad Ablabium, GNO III-1, p. 56, l’affirmation d’une médiation du Fils, mais cette affirmation a donné lieu à des commentaires approfondis (notamment de la part de Grégoire II de Chypre dans sa critique des positions du latinophrone Jean Bekkos) qui montrent que le διὰ (τοῦ υἱοῦ) n’est pas identifiable au ἐκ (τοῦ υἱοῦ), et qu’il s’agit non pas de la procession du Saint-Esprit à partir du Fils, mais de sa manifestation (dans le temps et dans l’éternité) par le Fils. Et surtout le présent texte n’a aucun rapport avec celui de l’Ad Ablabium, les deux contextes étant différents. Dans le passage de l'Homélie III que nous avons en vue, la plupart des spécialistes qui se sont penchés sur le texte ont raison d’exclure le ἐκ (issu de) comme ne correspondant pas à la logique du texte et à la position très probable de Grégoire : il faut lire « tandis que le Saint-Esprit, l’Écriture et le dit issu du Père, et témoigne en outre qu’il est [Esprit] du Fils (καὶ τοῦ υἱοῦ εἶναι προσμαρτυρεῖται) » parce que cela correspond et renvoie de manière évidente à la formule que Grégoire cite deux fois dans ce passage : « l’Esprit du Christ » (formule qui se trouve en Rm 8, 9, mais aussi dans une épître de saint Pierre [1 P 1, 11], ce que les éditeurs auraient pu signaler puisque Grégoire mentionne « l’Écriture » et pas spécifiquement saint Paul). Il est à noter en outre que dans le début du texte que nous avons cité (comme dans plusieurs autres passages de ses œuvres), Grégoire dit clairement que l’Esprit procède du Père, sans qu’il soit question d’une intervention quelconque du Fils dans cette procession qui lui donne l’existence.
Dans sa prétendue démonstration, C. Boudignon multiplie les affirmations péremptoires et les inductions ou les déductions abusives, comme par exemple p. 163 : « On a donc affaire à un schéma de division logique, d’abord entre la cause et le causé, puis à l’intérieur du causé entre ce qui vient immédiatement de la cause et ce qui en vient médiatement. C’est exactement la logique du texte du contexte de ce passage » ; ou p. 165 : « le fait que l’on ne puisse pas inverser les mots “Esprit du Christ” et dire “Christ de l’Esprit” montre l’antériorité d’être du Fils sur l’Esprit, qui est issu secondairement du Fils » ; ou p. 166 : « la relation du Père au Fils est celle du Fils à l’Esprit. Comme le Père est cause du Fils, le Fils est cause de l’Esprit. Néanmoins c’est toujours le Père qui est la cause première de l’Esprit, tandis que le Christ est la cause, cette fois-ci seconde, de l’Esprit » ; ou ibid : « En étant cause de l’Esprit, le Christ acquiert une antériorité ontologique sur l’Esprit comme le Père avait une autorité ontologique sur le Fils ». L’auteur présente ici des affirmations tout à fait conformes à la plus pure théologie latine filioquiste, mais qui sont strictement sans rapport avec la doctrine trinitaire de saint Grégoire de Nysse, et ne peuvent même pas logiquement être déduites ou induites du texte même en y incluant le ἐκ.
Le commentaire de C. Boudignon appelle encore d’autres remarques :
— Contrairement à ce qu’il affirme (p. 161 et 167), la pensée de Grégoire dans le texte en question, que l’on y place ou non le ἐκ, n’a strictement rien à voir avec le déploiement de la Trinité que Grégoire de Nazianze décrit dans son célèbre Discours XXIX, 2, SC 250 p. 180.
— Très contestable également, est l’affirmation suivante (p. 167-168), fondée sur les affirmations abusives précédentes : « On est dans un mouvement continu qui fait que ce qui est sans cause se sépare de ce qui est causé, et que le causé se sépare ensuite lui-même entre ce qui est directement attaché à la cause et ce qui lui est indirectement attaché. Cette causalité n'entrave pas la divinité de celui qui est causé : le Père est cause du Fils sans que le Fils soit moins Dieu pour autant. De même, le Fils est cause seconde de l'Esprit, mais pour autant l'Esprit n'en est pas moins Dieu. Cette présentation de l’Esprit issu du Fils, lui-même issu du Père reprend un schéma d'inspiration néoplatonicienne : l’Âme du monde ou troisième hypostase chez Plotin est le déversement de toute l’énergie de l’Intelligence ou seconde hypostase, elle-même déversement de toute l'énergie de l’Un ou première hypostase. C’est justement ce que dit Grégoire quand il parle, à propos du Fils et de l’Esprit, de cette identité d’énergie ou d’activité, τῆς δὲ κατὰ τὴν ἐνέργειαν ταὐτότητος τὸ κοι νὸν μαρτυρούσης τῆς φύσεως, “leur identité, quant à l’activité, témoigne de la communauté de leur nature”, de sorte que l’on puisse en tirer une pieuse compréhension de la divinité. On ne comprend pas cette soudaine référence à l’énergie ou activité qui est identique entre les trois hypostases si l’on n’est pas justement dans cette transmission néoplatonicienne de l’activé entre les hypostases. »
On peut premièrement opposer à cela ce que V. Lossky écrivait en 1944 contre une mode qui dure, et qui consiste à considérer que la doctrine trinitaire des Pères grecs est influencée par le néoplatonisme : « La trinité plotinienne comprend trois hypostases. consubstantielles : l’Un, l’Intelligence, et l’Âme du monde. Leur consubstantialité ne s’élève pas jusqu’à l’antinomie trinitaire du dogme chrétien : elle se présente comme une hiérarchie décroissante et se réalise grâce à l'écoulement incessant des hypostases qui passent l’une dans l’autre, se reflètent réciproquement. Ceci nous montre encore une fois combien est fausse la méthode des historiens qui veulent exprimer la pensée des Pères de l’Église, en interprétant les termes dont elle se sert dans le sens de la philosophie hellénistique » (Théologie mystique de l’Église d’Orient, Pais, 1944, p. 48).
On peut deuxièmement faire remarquer que la pensée trinitaire de Basile de Césarée et de Grégoire de Nysse s’est développée, dans leur controverse avec Eunome, contre le néoplatonisme qui influençait fortement la pensée de celui-ci, et non dans la ligne de ce courant philosophique.
En relation avec les deux remarques précédentes, on peut troisièmement noter que ce n’est pas en vertu de la transmission (a fortiori néoplatonicienne) de l’activité entre les hypostases qu’est affirmée l’identité d’énergie entre elles. Comme l’avaient fait avant lui Grégoire de Nazianze et Basile de Césarée, contre les pneumatomaques qui nient la divinité du Saint-Esprit, Grégoire de Nysse, en affirmant à propos du Père, du Fils et de l’Esprit que « leur identité quant à l’énergie témoigne de la communauté de leur nature », affirme simplement que si l’Esprit a la même énergie que le Fils et le Père, alors il a la même puissance qu’eux (l’énergie étant la manifestation d’une puissance), et s’il a la même puissance qu’eux, alors il a la même nature qu’eux (la puissance étant celle d’une nature), la phrase citée précédemment (p. 427 dans le texte) devant être mise en rapport avec une phrase précédente de la même section (p. 418) évoquant le Christ et l’Esprit : « Donc une est leur activité (ἐνέργεια) et leur puissance (δύναμις). Car toute activité est la réalisation d’une puissance. donc si activité et puissance sont une, comment est-il possible de conjecturer une différence de nature chez ceux en qui nous ne trouvons aucune différence ni de puissance ni d’activité ? […] Or il a été démontré auparavant […] que la nature est la même pour le Père et le Fils […]. De sorte que si le Fils est uni selon la nature au Père et qu’il a été montré que l’Esprit Saint n’est pas étranger à la nature du Fils à cause de l’identité de leurs activités, par conséquent, il été démontré que la nature de la Sainte Trinité est une. »
Pour plus de détails sur les positions d’Eunome et des trois Cappadociens, je renvoie à mon étude La théologie des énergies divines, Cerf, Paris, 2010, p. 145-232 ; p. 183-232 pour Grégoire de Nysse) où j’écris notamment, à propos de Grégoire de Nysse : « La triade essence - puissance - énergie se rencontre à plusieurs reprises dans les réflexions de Grégoire sur Dieu. Grégoire met l’énergie divine (ou les énergies divines) en rapport avec la puissance et l’essence divines. Il souligne que l’essence et la puissance préexistent aux énergies (Contra Eunomium, II, 150), cette préexistence devant être comprise non dans un sens temporel mais dans un sens logique et ontologique, l’essence étant le fondement. Cette conception ne comporte chez Grégoire aucune connotation hiérarchique et ne peut être considérée comme apparentée à la pensée néo-platonicienne ; au contraire Grégoire affirme sa conception en s’opposant à celle d’Eunome, laquelle, en relation avec les notions d’essence et d’énergie, établit très clairement une hiérarchie entre les trois hypostases de la Trinité, et s’apparente, par cette idée d’une dégradation de la divinité, au néo-platonisme. »
Dans sa prétendue démonstration, C. Boudignon multiplie les affirmations péremptoires et les inductions ou les déductions abusives, comme par exemple p. 163 : « On a donc affaire à un schéma de division logique, d’abord entre la cause et le causé, puis à l’intérieur du causé entre ce qui vient immédiatement de la cause et ce qui en vient médiatement. C’est exactement la logique du texte du contexte de ce passage » ; ou p. 165 : « le fait que l’on ne puisse pas inverser les mots “Esprit du Christ” et dire “Christ de l’Esprit” montre l’antériorité d’être du Fils sur l’Esprit, qui est issu secondairement du Fils » ; ou p. 166 : « la relation du Père au Fils est celle du Fils à l’Esprit. Comme le Père est cause du Fils, le Fils est cause de l’Esprit. Néanmoins c’est toujours le Père qui est la cause première de l’Esprit, tandis que le Christ est la cause, cette fois-ci seconde, de l’Esprit » ; ou ibid : « En étant cause de l’Esprit, le Christ acquiert une antériorité ontologique sur l’Esprit comme le Père avait une autorité ontologique sur le Fils ». L’auteur présente ici des affirmations tout à fait conformes à la plus pure théologie latine filioquiste, mais qui sont strictement sans rapport avec la doctrine trinitaire de saint Grégoire de Nysse, et ne peuvent même pas logiquement être déduites ou induites du texte même en y incluant le ἐκ.
Le commentaire de C. Boudignon appelle encore d’autres remarques :
— Contrairement à ce qu’il affirme (p. 161 et 167), la pensée de Grégoire dans le texte en question, que l’on y place ou non le ἐκ, n’a strictement rien à voir avec le déploiement de la Trinité que Grégoire de Nazianze décrit dans son célèbre Discours XXIX, 2, SC 250 p. 180.
— Très contestable également, est l’affirmation suivante (p. 167-168), fondée sur les affirmations abusives précédentes : « On est dans un mouvement continu qui fait que ce qui est sans cause se sépare de ce qui est causé, et que le causé se sépare ensuite lui-même entre ce qui est directement attaché à la cause et ce qui lui est indirectement attaché. Cette causalité n'entrave pas la divinité de celui qui est causé : le Père est cause du Fils sans que le Fils soit moins Dieu pour autant. De même, le Fils est cause seconde de l'Esprit, mais pour autant l'Esprit n'en est pas moins Dieu. Cette présentation de l’Esprit issu du Fils, lui-même issu du Père reprend un schéma d'inspiration néoplatonicienne : l’Âme du monde ou troisième hypostase chez Plotin est le déversement de toute l’énergie de l’Intelligence ou seconde hypostase, elle-même déversement de toute l'énergie de l’Un ou première hypostase. C’est justement ce que dit Grégoire quand il parle, à propos du Fils et de l’Esprit, de cette identité d’énergie ou d’activité, τῆς δὲ κατὰ τὴν ἐνέργειαν ταὐτότητος τὸ κοι νὸν μαρτυρούσης τῆς φύσεως, “leur identité, quant à l’activité, témoigne de la communauté de leur nature”, de sorte que l’on puisse en tirer une pieuse compréhension de la divinité. On ne comprend pas cette soudaine référence à l’énergie ou activité qui est identique entre les trois hypostases si l’on n’est pas justement dans cette transmission néoplatonicienne de l’activé entre les hypostases. »
On peut premièrement opposer à cela ce que V. Lossky écrivait en 1944 contre une mode qui dure, et qui consiste à considérer que la doctrine trinitaire des Pères grecs est influencée par le néoplatonisme : « La trinité plotinienne comprend trois hypostases. consubstantielles : l’Un, l’Intelligence, et l’Âme du monde. Leur consubstantialité ne s’élève pas jusqu’à l’antinomie trinitaire du dogme chrétien : elle se présente comme une hiérarchie décroissante et se réalise grâce à l'écoulement incessant des hypostases qui passent l’une dans l’autre, se reflètent réciproquement. Ceci nous montre encore une fois combien est fausse la méthode des historiens qui veulent exprimer la pensée des Pères de l’Église, en interprétant les termes dont elle se sert dans le sens de la philosophie hellénistique » (Théologie mystique de l’Église d’Orient, Pais, 1944, p. 48).
On peut deuxièmement faire remarquer que la pensée trinitaire de Basile de Césarée et de Grégoire de Nysse s’est développée, dans leur controverse avec Eunome, contre le néoplatonisme qui influençait fortement la pensée de celui-ci, et non dans la ligne de ce courant philosophique.
En relation avec les deux remarques précédentes, on peut troisièmement noter que ce n’est pas en vertu de la transmission (a fortiori néoplatonicienne) de l’activité entre les hypostases qu’est affirmée l’identité d’énergie entre elles. Comme l’avaient fait avant lui Grégoire de Nazianze et Basile de Césarée, contre les pneumatomaques qui nient la divinité du Saint-Esprit, Grégoire de Nysse, en affirmant à propos du Père, du Fils et de l’Esprit que « leur identité quant à l’énergie témoigne de la communauté de leur nature », affirme simplement que si l’Esprit a la même énergie que le Fils et le Père, alors il a la même puissance qu’eux (l’énergie étant la manifestation d’une puissance), et s’il a la même puissance qu’eux, alors il a la même nature qu’eux (la puissance étant celle d’une nature), la phrase citée précédemment (p. 427 dans le texte) devant être mise en rapport avec une phrase précédente de la même section (p. 418) évoquant le Christ et l’Esprit : « Donc une est leur activité (ἐνέργεια) et leur puissance (δύναμις). Car toute activité est la réalisation d’une puissance. donc si activité et puissance sont une, comment est-il possible de conjecturer une différence de nature chez ceux en qui nous ne trouvons aucune différence ni de puissance ni d’activité ? […] Or il a été démontré auparavant […] que la nature est la même pour le Père et le Fils […]. De sorte que si le Fils est uni selon la nature au Père et qu’il a été montré que l’Esprit Saint n’est pas étranger à la nature du Fils à cause de l’identité de leurs activités, par conséquent, il été démontré que la nature de la Sainte Trinité est une. »
Pour plus de détails sur les positions d’Eunome et des trois Cappadociens, je renvoie à mon étude La théologie des énergies divines, Cerf, Paris, 2010, p. 145-232 ; p. 183-232 pour Grégoire de Nysse) où j’écris notamment, à propos de Grégoire de Nysse : « La triade essence - puissance - énergie se rencontre à plusieurs reprises dans les réflexions de Grégoire sur Dieu. Grégoire met l’énergie divine (ou les énergies divines) en rapport avec la puissance et l’essence divines. Il souligne que l’essence et la puissance préexistent aux énergies (Contra Eunomium, II, 150), cette préexistence devant être comprise non dans un sens temporel mais dans un sens logique et ontologique, l’essence étant le fondement. Cette conception ne comporte chez Grégoire aucune connotation hiérarchique et ne peut être considérée comme apparentée à la pensée néo-platonicienne ; au contraire Grégoire affirme sa conception en s’opposant à celle d’Eunome, laquelle, en relation avec les notions d’essence et d’énergie, établit très clairement une hiérarchie entre les trois hypostases de la Trinité, et s’apparente, par cette idée d’une dégradation de la divinité, au néo-platonisme. »
Jean-Claude Larchet
lundi 13 août 2018
Protodiacre Vladimir Vasilik: LE RÔLE DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE ROMAINE DANS LE GÉNOCIDE DES SERBES SUR LE TERRITOIRE DE "L'ÉTAT INDÉPENDANT DE CROATIE".
Le site commémoratif de Jasenovac
Les 22 et 23 mai 2018, la
septième Conférence internationale sur le camp de concentration de Jasenovac
s'est tenue à Banja Luka. Elle a été dédiée à la mémoire des Serbes, des Juifs et
des Tsiganes (Roms) qui ont été victimes du génocide oustachi [par l'Etat croate
allié à Hiltler pendant la Seconde Guerre Mondiale] entre 1941 et 1944. Il a
été organisé par l'Association Jasenovac-Donja Gradina. Son président est
Srboljub Zivanovic, expert de renommée mondiale sur la Seconde Guerre mondiale
et le génocide croate. Pour lui, le génocide des Serbes en Croatie est une
tragédie personnelle : les oustachis ont assassiné ses parents sous ses propres
yeux. Sous le dictateur yougoslave Josip Tito, le professeur Zivanovic a été
persécuté pour avoir révélé l'horrible vérité sur le massacre de 700 000
Serbes, 80 000 Tsiganes et 20 000 Juifs dans les camps de concentration croates
pendant la Seconde Guerre mondiale. La conférence a réuni plus de soixante
participants de Serbie, de Russie, d'Angleterre, de France et des États-Unis.
Le premier orateur à la conférence était le président de la Republika Srpska
Milorad Dodik qui a appelé tout le monde à étudier de plus près la tragédie de
Jasenovac, de peur que nous ne la répétions. L'un des participants était un
collaborateur régulier de Pravoslavie.ru, le protodiacre Vladimir Vasilik,
docteur en histoire, candidat en théologie, maître de conférences à
l'Université d'Etat de Saint-Pétersbourg. Ci-dessous nous offrons à nos
lecteurs son rapport.
À l'heure actuelle, le Vatican officiel et les historiens de l'Église
catholique romaine ont tendance à dépeindre le génocide des Serbes en Croatie
pendant la Seconde Guerre mondiale comme résultant uniquement d'un conflit tribal et
d'un nationalisme extrême dans lequel l'Église catholique n'aurait pas été
impliquée.
Les analystes catholiques tentent particulièrement de protéger Mgr
Aloysius (Alojzije) Stepinac, archevêque de Zagreb, béatifié par le pape
Jean-Paul II et canonisé par le pape François, ainsi que le pape Pie XII au
cours du pontificat pendant lequel ces atrocités ont été commises.
L'archevêque Stepinac et les oustachis
Juste après l'invasion par l'Axe de la Yougoslavie (impliquant des
unités militaires allemandes, italiennes, hongroises et bulgares), le régime oustachi
a promulgué des lois raciales pour le soi-disant "État indépendant de
Croatie", en prenant comme modèle les lois raciales de Nuremberg. Ces lois
étaient officiellement dirigées contre les Serbes, les Juifs et les Tsiganes,
mais leurs principales cibles étaient les Serbes, l'Orthodoxie et la vision du
monde orthodoxe. Le 17 avril 1941, jour de la capitulation de la Yougoslavie,
le décret pour la protection du peuple et de l'État a été adopté. Il a imposé
la peine de mort pour avoir menacé les intérêts du peuple croate ou l'existence
de l'État indépendant de Croatie. Le 25 avril, la loi interdisant l'alphabet
cyrillique a été promulguée (1) et, le 30 avril, la loi sur la protection du
sang aryen et la dignité du peuple croate. Les citoyens serbes étaient tenus de
porter des brassards portant la lettre "P", pour
"Pravoslavac" (signifiant "orthodoxe") (2). Le 5 mai 1941,
le gouvernement oustachi a adopté une résolution déclarant "illégale"
l'Église orthodoxe serbe sur le territoire de la Croatie indépendante. Le 9
mai, le métropolite serbe Dositej (Vasic) de Zagreb a été arrêté. Le 2 juin,
sur ordre des oustachis, toutes les écoles primaires et préscolaires orthodoxes
serbes ont été fermées (3), parmi lesquelles se trouvaient des idéologues
catholiques, dont l'archevêque Aloysius (Alojzije) Stepinac de Zagreb.
Ces décrets marquent le début de l'extermination du clergé orthodoxe
serbe. Une foule de nouveaux martyrs serbes qui ont brillé à cette époque ont
été canonisés par l'Église orthodoxe serbe à la fin du XXe siècle. Parmi eux se
trouvent le métropolite Petar (Zimonjić) de Dabar-Bosna (commémoré le troisième
dimanche de septembre), le métropolite Dositej (Vasic) de Zagreb (fête : 13
janvier) et d'autres encore.
Ci-dessous nous citons quelques biographies des nouveaux martyrs de
Serbie.
"Après l'occupation allemande du Royaume de Yougoslavie, des
persécutions brutales des Serbes orthodoxes en Bosnie ont commencé. Dans la
nuit du 5 mai 1941, les croates oustachis s'emparèrent de l'évêque malade
Platon de Banja Luka, le tuèrent et jetèrent son corps dans la rivière Vrbanja
(4)".
Voici un récit du martyre du Père Branko Dobrosavljevic :
"Le 6 mai 1941, le jour de sa fête onomastique (ou Slava ; la fête
du Grand Martyr Georges), l'archiprêtre Branko a été capturé par les oustachis
croates dirigé par un enseignant de Veljun nommé Ivan Sajfor. Son fils Nebojsa,
étudiant en médecine, le prêtre Dimitrije Skorupan, recteur de la paroisse de
Cvijanovic Brdo, ainsi qu'environ 500 autres Serbes ont été saisis avec lui.
Ils ont été enfermés au poste de police de Veljun et sévèrement torturés, en
particulier le fils du Père Branko, Nebojsa. Les oustachis ont essayé de forcer
le Père Dobrosavljevic à célébrer les funérailles de son propre fils, qui était
encore en vie à l'époque. Dans la matinée du 7 mai 1941, tous ont été amenés
dans les bois de Kestenovac, près de Hrvatski Blagaj, où ils ont été tués. En
1946, les restes de l'archiprêtre Branko et de ses compagnons martyrs ont été
transportés à Veljun et enterrés dans une tombe commune (5)".
Et voici un récit du martyre du métropolite Petar (Zimonjić) de
Dabar-Bosna :
"Au début de l'occupation allemande de la Yougoslavie en 1941, il a
été conseillé au métropolite Petar de quitter Sarajevo pendant plusieurs jours
et d'attendre la fin de la première vague de terreur croate, mais il a décidé
de rester avec son peuple. Après avoir donné des explications aux autorités
allemandes et croates ainsi qu'à l'évêque catholique Bozidar Brale (qui
interdisait aux orthodoxes d'utiliser l'alphabet cyrillique), le métropolite
fut arrêté et incarcéré à la prison de Sarajevo le 12 mai 1941. Après de
sévères épreuves à Zagreb et à Gospic, le métropolite Petar fut mis à mort au
camp de concentration de Jasenovac et son corps fut incinéré (6)".
Le martyre du clergé orthodoxe serbe n'était que le prologue de la
terrible tragédie des Serbes orthodoxes dans l'État indépendant de Croatie. Le
nombre de Serbes assassinés par l'oustacha fait encore l'objet de nombreux
débats. Ainsi, selon la Commission synodale de l'Église orthodoxe serbe, 800
000 Serbes orthodoxes ont été tués, 300 000 ont été expulsés et 240 000 ont été
convertis de force au catholicisme. À notre avis, le nombre réel de morts est
plus élevé que le nombre officiel. Les Croates ont mis à mort 700 000 personnes
rien qu'à Jasenovac. La plupart d'entre eux étaient des Serbes orthodoxes, le
reste étant des Juifs et des Tsiganes.
Les oustachis exécutant des prisonniers
au camp de concentration de
Jasenovac.
Jasenovac n'était pas le seul camp de concentration. Il y avait aussi le
camp de Jadovno où, selon diverses estimations, entre 45 000 et 75 000
personnes ont été tuées. Environ 70 000 personnes (principalement des femmes)
ont été exterminées au camp de concentration de Stara Gradiska. Il est à noter
que cette dernière était dirigée par... des religieuses catholiques !!!
Nous ne pouvons pas ne pas mentionner le camp de concentration de Slana sur
l'île croate de Pag, où l'oustacha a tué environ 10 000 Serbes. Ce ne sont là
que quelques uns des vingt camps croates où l'oustacha a essayé d'annihiler
délibérément les Serbes. En fait, de nombreux Serbes n'ont jamais atteint les
camps.
La façon dont les prisonniers des camps de concentration sont morts
était horrible. Certains sont morts de famine, de travail pénible et
d'épidémies. Certains ont été exécutés par balles, mais la majorité d'entre eux
ont été tués avec de l'acier froid : Les oustachis leur tranchaient la gorge
avec des couteaux spéciaux (" coupeurs serbes "), leur fracturaient
le crâne avec des marteaux, leur coupaient les mains, les jambes, les doigts,
les oreilles, les lèvres, leur arrachaient les yeux et arrachaient les seins
des femmes. Il a été dit qu'un soldat oustachi portait des perles faites des
yeux des Serbes, et un autre une ceinture avec les langues des Serbes qui y
étaient suspendues (7). Certains Serbes ont été forcés de boire le sang chaud
de leurs proches qui venaient d'être massacrés, après quoi ils ont été
poignardés à mort.
Les atrocités de la guerre de Trente Ans (1618-1648), lorsque les
soldats croates de Wallenstein ont coupé les bras des enfants tchèques et les
ont épinglés sur leur casquette, ont été répétées au XXe siècle. Peut-on
expliquer ces actions inhumaines et brutales par la "sauvagerie
ethnique" et le "fanatisme archaïque" des Croates ? Et la
réponse est "non".
Comme on le sait, une idéologie donne une résolution à un meurtrier.
L'idéologie oustachie (oustachis signifie "rebelles",
"insurgés") et leur tête (plus tard, le "Président" de "l’Etat indépendant [marionnette]
de Croatie") peut être qualifiée de fascisme clérical. Les oustachis se
sont efforcés d'obtenir l'indépendance totale de la Croatie, et une fois
l'indépendance acquise par des mesures radicales, ils n'ont reconnu que les
Croates et les Allemands comme citoyens croates et leur ont donné la
citoyenneté aryenne honoraire, tandis que les Serbes, les Juifs et les Tsiganes
sont devenus des "biens de l'État", comme le bétail. Ante Pavelic
était sans compromis : Pour "la solution finale à la question croate",
un tiers des Serbes devait être tués, un tiers devait être convertis de force
au catholicisme et un tiers devait être expulsés. Son slogan était : "Soit
de l'autre côté de la Drina, soit au-delà de la Drina". Et c'est ainsi que
ce slogan a été mis en œuvre : Des cadavres avec des plaques portant les mots
"à Belgrade pour le roi Pierre", ainsi que des têtes d'enfants
coupées avec les plaques, "au marché de Belgrade" ont été emportés le
long de la Drina (8). Il convient de noter que Pavelic était un catholique
dévot. Même en exil en Argentine, il écoutait la messe tous les jours. Il
imaginait l'État croate comme un bastion du catholicisme en opposition à l'Orthodoxie,
à l'islam et au communisme. C’était un "combattant acharné" pour les
valeurs catholiques traditionnelles et il appela ses camarades d'armes à être
impitoyables : "Nous n'avons pas le droit d'être humains."
Et l'Église catholique romaine et ses représentants ont été impliqués
dans tout cela. Le 5 mai 1941, Pavelic, conjointement avec le ministre de
l'Éducation et des Cultes, Mile Budak, adopta la loi de conversion religieuse
qui obligeait les orthodoxes à se convertir au catholicisme. C'est Mile Budak
qui l'a annoncé lors de son discours à Gospic le 22 juin 1941 : "Nous
massacrerons un tiers des Serbes, en déporterons un autre tiers et forcerons le
dernier tiers [à adhérer]au catholicisme romain et en ferons ainsi des Croates.
Nous détruirons toute trace des leurs, et tout ce qui restera sera un mauvais
souvenir d'eux. Pour les Serbes, les Juifs et les Tsiganes, nous avons trois
millions de balles! (9)".
Il convient de souligner que ce terrible discours a été réimprimé dans
le Kuria du journal officiel de Zagreb, Katolicki
List.
Immédiatement après, le même journal a publié le message de Mgr Aloysius
(Stepinac), archevêque de Zagreb, qui a défini les Serbes comme des
"renégats de l'Eglise catholique" et a salué la nouvelle loi. Le 31
juillet de la même année, le même périodique appelait à une accélération du
processus de conversion des Serbes au catholicisme. En 1943, Stepinac écrivit
au Vatican que 240 000 Serbes avaient été convertis au catholicisme dans l'Etat
indépendant de Croatie10.
C'est dans cette atmosphère que se déroulait la "conversion",
ou plus exactement la conversion forcée des Serbes au catholicisme. L'appel du
prêtre Dionizije Juricević, adressé aux habitants du village de Staza, où il vint
baptiser de force les orthodoxes dans le catholicisme, était le suivant :
"Nous savons bien où seront envoyés ceux qui rejettent le baptême.
J'ai déjà " nettoyé " toutes ces terres du sud, des nourrissons aux
aînés. Et je suis prêt à faire la même chose ici, si nécessaire, parce
qu'aujourd'hui il n'y aurait pas de péché à tuer un enfant de sept ans s'il
entrave le progrès de notre régime oustachi. Ne tenez pas compte de mes
vêtements sacerdotaux. Sachez que, si besoin est, je peux prendre une
mitraillette et annihiler tous ceux qui résisteront à l'Etat et aux autorités
de l'oustacha (11)".
Conversion forcée des Serbes au catholicisme
Mais le rebaptême ne garantissait pas la vie. Les oustachis enfermaient
souvent les Serbes nouvellement baptisés dans les églises orthodoxes et les
brûlaient vifs ou utilisaient d'autres méthodes d'exécution, expliquant aux
convertis : "Nous avons besoin de vos âmes et non de vos corps. (12)"
Il est notoire que seuls les paysans ont été rebaptisés, tandis que les Serbes
vivant dans les villes ont été condamnés à l'anéantissement car ils étaient
considérés comme porteurs de la conscience nationale serbe et inaptes à la
rééducation.
Monseigneur l'archevêque Aloysius (Stepinac) a approuvé tout cela. Plus que cela,
le Pape Pie XII a remercié Stepinac et les prêtres catholiques pour leurs
efforts pour convertir les "schismatiques " (13). Stepinac a informé
le pape que 240 000 Serbes orthodoxes avaient été convertis au catholicisme.
Les prêtres, moines et nonnes catholiques ont pris la part la plus
active dans le génocide des Serbes orthodoxes. Le second commandant du
tristement célèbre camp de Jasenovac était un prêtre franciscain nommé Miroslav
Filipovic [surnommé Frère Satan !]. "Chaque nuit, il quittait sa
maison pour massacrer et revenait à l'aube avec ses vêtements tachés de sang...
Un jour, un prisonnier a été conduit à lui alors que Filipovic dînait. Le
prêtre s'est levé et l'a froidement assassiné. Après cela, il s'assit et
termina son dîner en disant : "Appelez un fossoyeur." On disait qu'il
aimait boire le sang de ses victimes et répéter : "C'est le sang communiste
et juif ! Laisse-moi boire à satiété !" Et il n'était pas le seul
pasteur-boucher de Jasenovac. Il y avait aussi les fameux gardes de Jasenovac,
les moines Majstorovic, Brkljanic et Bulanovic, qui tuaient les prisonniers du
camp.
Les moines franciscains ont procédé à des exécutions massives dans les
villages de Drakulic et de Sargovac, près de Banja Luka, où environ 2 000
Serbes ont été massacrés. Un détachement d'oustachis qui effectuait le
"nettoyage ethnique" des Serbes était commandé par le moine Avgustin
(Cevola) qui portait toujours des armes dans ses mains. Le moine Sidonije
(Scholz) a converti de force les Serbes au catholicisme et n'a pas eu peur de
massacrer les prêtres et les laïcs serbes qui refusaient de devenir
catholiques. Un prêtre catholique d'Udbina, Mate Mogus, dans son sermon a
appelé les fidèles à expulser les Serbes de Croatie ou à les exterminer.
Et il y eut des milliers d'exemples de ce genre. Selon la Commission
internationale pour la vérité sur Jasenovac, 1 400 prêtres catholiques (deux
tiers du nombre total) ont été impliqués dans le génocide. La cruauté barbare
des prêtres catholiques dépassait toutes les bornes, de sorte que même les
Allemands (qui n’avaient pas de scrupules à abattre 100 prisonniers serbes pour
un soldat allemand) ont dû intervenir. Ainsi, le prêtre Mata Gravanovic a été
exécuté en même temps que plusieurs oustachis par les nazis pour... atrocités
de masse contre les Serbes. Les clercs catholiques furent impliqués dans le
génocide jusqu'à la fin de la guerre.
Réalisant qu'il est impossible de sauver la réputation du clergé croate,
les apologistes de l'Église catholique essaient de blanchir à la chaux
l'archevêque Aloysius (Stepinac) de Zagreb, en prétendant qu'il n'était pas au
courant des crimes horribles de son clergé et de son troupeau ou qu'il luttait
activement contre eux. Aucune des deux versions ne tient la route. Stepinac
était un homme bien informé et trop avide de pouvoir pour ne pas avoir le
contrôle de son propre diocèse. Quant à l'allégation selon laquelle Stepinac
" a lutté contre le clergé qui lui était subordonné ", nous
ne trouvons aucun signe de cette lutte. En tant que chef du clergé militaire en
Croatie, Stepinac n'a rien fait pour empêcher ceux qui étaient sous son
autorité de commettre ces crimes odieux. Plus que cela, il a décerné des icônes
et des croix aux meurtriers au lieu de les excommunier. Il a soutenu le
"Poglavnik"[le leader oustachi Ante Pavelic] et son programme, a accepté
ses distinctions, soutenu les nouvelles autorités de toutes les manières et
encouragé publiquement tout ce qui se passait en Croatie (14). Par conséquent,
au moins en tant que propagandiste et administrateur qui a couvert les crimes,
il a été impliqué dans le génocide.
Stepinac a joué un rôle majeur dans la neutralisation de toute
opposition possible au génocide au Vatican. En 1941, il a activement plaidé en
faveur de la reconnaissance diplomatique de l'État indépendant de Croatie par
le Vatican, ce que ce dernier a finalement fait de facto. De plus, le Pape Pie
XII rencontra des délégations d’oustachis croates à Rome, bien que Rome ait
reçu des rapports sur leurs atrocités. Grâce aux efforts diplomatiques de
l'archevêque Stepinac et à la réticence totale du pape à croire ces rapports,
ils sont restés " une voix qui crie dans le désert " (15), pour ainsi
dire. Par conséquent, Ante Pavelic ne s'inquiétait pas de la position du
Vatican. Un représentant de l'"Etat indépendant de Croatie", Nikola
Rusinovic, a écrit que lors d'une conversation avec le sous-secrétaire d'Etat
du Vatican Giovanni Battista Montini [futur Paul VI !!!] au sujet des
crimes du régime oustachi, ce dernier remarqua que "le Vatican considère
toute information négative sur la Croatie avec suspicion. (16)" La seule
personne au Vatican à protester contre le génocide des Serbes fut le savant
théologien Eugène Disserant, mais il fut traité comme un idiot à ne pas faire
confiance. Pie XII fit la sourde oreille à cette évidence non seulement à cause
de son attitude servile envers Hitler et Mussolini, mais aussi parce qu'il
admirait le zèle d'Ante Pavelic et de ses sujets à répandre "la vraie foi"
parmi les "schismatiques", et était impressionné par sa détermination
brutale à mettre en œuvre un projet catholique complet, qui deviendrait un
bastion contre "la menace socialiste", contrairement au libéralisme
des démocraties occidentales. De plus, il fut attiré par la possibilité de se
débarrasser du principal rival du catholicisme romain dans les Balkans
occidentaux, à savoir l'Église orthodoxe serbe. Quant aux centaines de milliers
de chrétiens orthodoxes assassinés, il pensait que "la guerre effacera
tous les péchés" et que "les vainqueurs ne seront pas jugés". En
cas d'échec, ils pourraient se dissocier des "nationalistes croates
sauvages " (17).
Pavelic et Stepinac
Après la fin de la guerre, le Vatican a participé activement à
l'opération "ratlines" pour aider les oustachis, y compris les clercs
catholiques, à échapper à la justice. Parmi ceux qui ont aidé l'oustacha à Rome
se trouvaient l'Autrichien (Croate par descendance) Aloyse Gudal et le Collège
Pontifical Croate de Saint Jérôme dirigé par Krunoslav Draganovic. Grâce à son
soutien, un grand nombre de dirigeants et de clercs oustachis qui avaient
collaboré avec eux (sous la direction de l'évêque Ivan (Saric) ont fui la
Croatie avec l'or volé et se sont cachés à Rome (18). Il n'est pas exclu que
Pavelic ait échappé à la punition grâce à l'intercession de Pie XII : Lorsqu'un
officier de renseignement américain a tenté de chasser le "Poglavnik
sanglant", le pontife a insisté pour qu'il soit déporté (19).
Néanmoins, un certain nombre de bouchers, y compris ceux en soutane, ont
reçu leur juste punition. Après la guerre, les autorités yougoslaves ont arrêté
des prêtres impliqués dans les crimes. Plusieurs centaines de prêtres
catholiques ont été poursuivis et, après un procès en bonne et due forme,
beaucoup d'entre eux ont été condamnés à la peine capitale. Bien sûr,
l'archevêque Aloysius (Stepinac) a également été traduit en justice ; il a été
condamné à seize ans d'emprisonnement et de travaux forcés pour sa
collaboration et son implication dans le génocide. Toutefois, il n'a purgé sa
peine que cinq ans, a été exempté de la servitude pénale et a été par la suite
assigné à résidence dans son village natal de Krasic. Selon les normes de
l'époque, il "s'en est sorti avec rien de plus qu'une bonne frayeur".
Avec le temps, il a été déclaré "martyr" et "victime du
communisme". En 1998, Stepinac a été béatifié par Jean-Paul II, et en 2015
il a été canonisé par le Pape François. La canonisation de Stepinac équivaut à
cracher sur les centaines de milliers de victimes du génocide (déclenché par l'oustacha),
et à admettre l'implication du Vatican dans ces crimes. Le pape Pie XII n'a pas
réagi à la terreur en Croatie, bien qu'il en ait été bien informé (20). Le pape
n'a excommunié aucun des bourreaux, alors qu'il a excommunié tous les
communistes en 1949. De plus, ce pontife était un partisan de longue date du
régime inhumain de l’oustacha dans l'arène mondiale et il a préféré aider des
centaines, voire des milliers de criminels de guerre à s'échapper par les
"lignes à rats" du Vatican.
Mais comment expliquer cette inhumanité et ce mépris total pour les
valeurs chrétiennes ?
Il existe un concept d'illusion spirituelle, ou
"prélest" (en russe), dans la tradition ascétique orthodoxe, qui a
trait à l'influence démoniaque et à la tromperie. Ce n'est pas sans raison que
le Christ nous a avertis : et même l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un
culte à Dieu. (Jean 16:2). Malheureusement, cette
aveuglement spirituel est un phénomène naturel dans l'ascèse et la théologie
catholique romaine, en particulier dans l'enseignement du salut par les bonnes
œuvres. Car les "bonnes œuvres" sont mises à l'épreuve par leur but ;
et, comme nous le savons, "la fin justifie les moyens". Ces bouchers
croyaient très probablement qu'ils étaient des "martyrs de
conscience" en prenant sur eux tous ces péchés "pour le bien d'un
avenir plus grand et plus brillant de la nation croate", et pour le
triomphe de la "sainte foi catholique". Se justifiant eux-mêmes, ils
ont peut-être rappelé quelques versets de l'Ancien Testament, comme celui-ci :
Le juste se réjouira quand il verra la vengeance : il lavera ses pieds dans le
sang des méchants (Psaume 57 : 11). Et il est tout à fait possible qu'en
commettant des viols et des meurtres en masse, ils entraient dans un état
d'extase religieuse.
Et nous devons en être conscients et en tenir compte.
Version
française Claude Lopez-Ginisty
d'après
[En décembre 2014, des graffiti haineux appelant à tuer les Serbes apparurent sur les murs extérieurs de l'église orthodoxe de Vinkovci -Croatie-. Les croates nostalgiques de l'état nazi oustachi, avaient aussi laissé leurs excréments sur l'autel de l'église de Rajevo Selo -toujours en Croatie-quelques jours auparavant. ]
Icône des nouveaux martyrs serbes de Jasenovac
NOTES:
1 Yugoslavia in the Twentieth Century: Essays on Political History. Ed. K.V. Nikiforov, A.I. Filimonova, A.L. Shimyakin and others. Indrik, 2011. P. 396.
2 V.I. Kosik. The Croatian Orthodox Church (from Its Establishment till Disestablishment) (1942-1945). Moscow, the Institute of Slavic Studies of the Russian Academy of Sciences, 2012. P. 15.
3 Ibid. Pp. 15-16.
4 V.V. Vasilik. On the Traditional Sober-mindedness, a Response to Viktor Granovsky // The Truth about General Vlasov. St. Petersburg, 2009. P. 85.
5 Ibid. P. 86.
6 Ibid. P. 87.
7 M.A. Rivelli, The Genocide Archbishop. St. Petersburg, 2011. P. 103.
8 Fumič I. Djeca ‒ žrtve ustaškog režima. ‒ Zagreb: Narodne novine, 2011.
9 Viktor Novak, Magnum Crimen: Pola vijeka klerikalizma u Hrvatskoj. Zagreb, 1948. P. 605.
10 Marco Aurelio Rivelli, The Archbishop of Genocide: Monsignor Stepinac, the Vatican and the Ustaše Dictatorship in Croatia, 1941-1945 (in Russian). Moscow, 2011. P. 119.
11 Ibid. P. 123.
12 Sima Simic. Прекрштавање Срба за време Другог светског рата. Титоград, 1958.
13 Radoslav I. Cubrilo, Биљана Р. Ивковић, Dusan Ђаковић, Јован Адамовић, Milan Ђ. Родић and others. Српска Крајина. ‒ Београд: Матић, 2011. ‒ P. 152.
14 M.A. Rivelli. Ibid. Pp. 120-150.
15 Dedijer Vladimir. Vatikan i Jasenovac. Dokumenti. ‒ Beograd: Izdavacka radna organizacija «Rad», 1987.
16 Ibid. P. 139.
17 Read more on the position of the Vatican on the genocide of Serbs: Michael Phayer. The Catholic Church and the Holocaust, 1930–1965. - Indianapolis: Indiana University Press, 2000.
18 Ibid. P. 40.
19 Michael Phayer. Pius XII, The Holocaust, and the Cold War. - Indianapolis: Indiana University Press, 2008. P. 223.
20 Dedijer Vladimir. Vatikan i Jasenovac. Dokumenti. ‒ Beograd: Izdavacka radna organizacija «Rad», 1987.
VOIR AUSSI:
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