"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 27 juin 2023

Père Georges Florovsky: Revenir aux Pères de l'Eglise

Père Georges Florovsky
de bienheureuse mémoire


I. Revenir aux Pères

1« En suivant les saints Pères »… C’était l’habitude, dans l’Église ancienne, d’introduire des affirmations doctrinales par ces mots. La confession de foi de Chalcédoine s’ouvre ainsi en reprenant les confessions de foi des deux premiers conciles. Le concile Nicée II, en 787, commence le Horos à propos des images d’une façon plus élaborée : « … nous conservons intact le bien de l’Église catholique ; et nous suivons les six saints conciles œcuméniques, d’abord celui qui s’est réuni dans l’illustre métropole de Nicée, puis également celui qui s’est réuni dans la ville impériale, protégée de Dieu ». L’enseignement des Pères est l’expression formelle et normative de référence.

  • 2 [Saint Vincent de LérinsCommonitorium, traduction de P. Monat (2005) pour le site patristique.org (...)
  • 3 [Cf. Ap 21, 5.]
  • 4 On a récemment suggéré que les Gnostiques avaient été les premiers à invoquer de façon explicite l’ (...)

2Cependant, cela représentait bien plus qu’un simple « appel à l’ancienneté ». En vérité, depuis ses origines, l’Église met toujours l’accent sur la permanence de sa foi à travers les siècles. Cette identité, depuis les temps apostoliques, est le signe et le témoignage le plus visible d’une foi droite qui est toujours la même. Selon l’affirmation bien connue de Vincent de Lérins, in ipsa item catholica ecclesia magnopere curandum est ut id teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est – « Dans l’Église catholique même, il faut veiller soigneusement à s’en tenir ce qui a été cru partout, et toujours et par tous » (Commonitorium2, 2, 5). Mais « l’ancienneté » n’est pas en elle-même une preuve suffisante de la foi véritable. Bien plus, le message chrétien était, à l’évidence, une « nouveauté » frappante pour le « monde ancien » et véritablement un appel à un renouvellement radical. Ce qui est « ancien » a disparu et tout est renouvelé3. D’un autre côté, les hérésies elles aussi se réclamaient souvent du passé et invoquaient l’autorité de certaines traditions. Et de fait, les hérésies s’attardaient souvent dans des conceptions passéistes4. Des formulations archaïques peuvent être dangereusement trompeuses. Vincent de Lérins lui-même était pleinement conscient de ce danger. Qu’il suffise à ce sujet de citer ce passage terrible :

  • 5 Commonitorium, 6, 10.

Et, ô surprenant retour des choses ! les promoteurs de cette opinion sont considérés comme catholiques, mais leurs partisans comme hérétiques : les maîtres sont absous, et les disciples condamnés ; ceux qui ont écrit les livres seront enfants du Royaume, ceux qui les auront défendus, c’est la géhenne qui les accueillera5.

3Vincent de Lérins a ici en mémoire saint Cyprien et les Donatistes. Cyprien lui-même était confronté à cette même situation. L’ancienneté comme telle peut s’avérer n’être qu’un préjugé tenace ; c’est ce qu’on lit dans sa lettre 74 : « L’ancienneté sans la vérité n’est que la vétusté de l’erreur ». Et encore, dans les 87 Sentences des évêques : « Le Seigneur a dit : Je suis la vérité, il n’a pas dit : Je suis la coutume » (87 Sentences, 30). Une façon de dire que les usages anciens comme tels ne garantissent pas la vérité. La Vérité n’est pas simplement une habitude.

4La tradition authentique est la tradition de la vérité, traditio veritatis. Cette tradition, selon saint Irénée, est fondée sur et garantie par ce « sûr charisme de la vérité », qui a été déposé dans l’Église depuis son commencement et préservé par la succession ininterrompue du ministère épiscopal : « Qui cum episcopatus successione charisma veritatis certum acceperunt » (Contre les hérésies IV, 40, 2). La Tradition dans l’Église n’est pas la continuité de la mémoire humaine ou la perpétuation de rites et d’usages. C’est une « tradition-dépôt », qui ne peut pas être comptée au nombre des règles mortelles. En définitive, la tradition est la continuité de la présence permanente de l’Esprit Saint dans l’Église, qui assure que Dieu continue de la guider et de l’illuminer. L’Église n’est pas prisonnière de la « lettre ». Au contraire elle est constamment poussée en avant par l’« esprit ». Le même Esprit, l’Esprit de Vérité, qui « a parlé par les prophètes », qui a guidé les Apôtres, guide encore de manière continue l’Église vers une appréhension et une compréhension plus pleines de la vérité divine, de gloire en gloire.

5« En suivant les saints Pères »… Ce n’est pas une référence à quelque tradition abstraite, réduite à des formules et des affirmations. C’est, avant tout, un appel au témoignage des saints. En vérité, nous en appelons aux apôtres, et pas seulement à une « apostolicité » abstraite. C’est de cette même façon que nous nous référons aux Pères. Le témoignage des Pères appartient, intrinsèquement et intégralement, à la structure même de la foi orthodoxe. L’Église est liée de façon égale au kérygme et à la doctrine des Pères. Citons sur ce point une admirable hymne ancienne (peut-être due à Saint Romanos le Mélode) :

  • 6 Paul Maas, (ed.), Frühbyzantinische Kirchenpoesie, I, Bonn 1910, s. 24.

Conservant le kérygme des Apôtres et les doctrines des Pères, l’Église a scellé l’unique foi et en portant la tunique de la vérité elle donne forme droite au brocart de la théologie céleste et glorifie le grand mystère de la piété….6

  • 7 [Saint Athanase, Saint Grégoire le théologien et Saint Jean Chrysostome.]

6L’Église est « apostolique », bien sûr. Mais l’Église est aussi « patristique ». Elle est intrinsèquement « l’Église des Pères ». Ces deux « notes » ne peuvent pas être séparées. C’est seulement en étant « patristique » que l’Église est véritablement « apostolique ». Le témoignage des Pères est beaucoup plus qu’une simple caractéristique historique, une voix du passé. Citons un passage d’une autre hymne de l’office des Trois Hiérarques7 :

Par votre parole de connaissance, vous avez composé les doctrines que les pêcheurs d’hommes avaient d’abord établies en mots simples ; votre connaissance tenait de la puissance de l’Esprit, et notre simple piété avait besoin de prendre forme.

  • 8 Louis Bouyer, « Le renouveau des études patristiques », La Vie Intellectuelle, XV, Février 1947, p. (...)

7Il y a pour ainsi dire deux étapes de base dans la proclamation de la foi chrétienne. « Notre simple foi avait besoin de prendre forme ». Il y avait une urgence interne, une logique interne, une nécessité interne, dans ce passage du kérygme à la doctrine. En vérité, l’enseignement des Pères et la doctrine de l’Église sont encore le même « simple message » qui fut transmis, donné en dépôt, une fois pour toutes, par les apôtres. Mais à présent il est pour ainsi dire véritablement et pleinement articulé. La prédication apostolique est gardée vivante dans l’Église, et pas seulement conservée. En ce sens, l’enseignement des Pères est une catégorie permanente de l’existence chrétienne, la mesure et le critère permanents et ultimes de la foi droite. Les Pères ne sont pas seulement des témoins d’une foi ancienne, testes antitquitatis. Ils sont bien plutôt des témoins de la vraie foi, testes veritatis. Parler de « l’esprit des Pères », c’est une référence intrinsèque à la théologie orthodoxe, pas moins que l’Écriture sainte et en vérité jamais séparée d’elle. Comme cela a été bien dit récemment, « l’Église catholique de tous les temps n’est pas seulement la fille de l’Église des Pères, mais elle est et demeure l’Église des Pères8 ».

8Le trait principal de la théologie patristique était son caractère « existentiel », pour reprendre un néologisme admis. Les Pères faisaient de la théologie, comme le dit Grégoire de Nazianze « à la manière de pêcheurs d’hommes, et non à la manière d’Aristote » (Discours 23, 12). Leur théologie était encore un « message », un kérygme. Leur théologie était encore une « théologie kérygmatique », même si elle était ordonnée logiquement et soutenue par des arguments rationnels. La référence ultime restait la vision de la foi, la connaissance et l’expérience spirituelles. Séparée de la vie du Christ, la théologie ne porte pas de convictions et, si elle est sans lien avec la vie de la foi, elle peut dégénérer en dialectique creuse, une logorrhée vaine, sans aucune conséquence spirituelle. La théologie patristique était existentiellement enracinée dans l’engagement décisif de la foi. Ce n’était pas une « discipline » explicative d’elle-même, que l’on pouvait présenter de façon argumentée, c’est à dire « à la manière d’Aristote », sans aucun engagement spirituel préalable. À l’époque des controverses théologiques et des débats incessants, les grands Pères cappadociens ont formellement protesté contre le recours à la dialectique, aux syllogismes d’Aristote et ont prôné de référer la théologie à la vision de la foi. La théologie patristique ne devait pas seulement être « prêchée » ou prêchée et « proclamée » depuis la chaire, elle devait aussi être proclamée dans les mots de la prière et des saints rites, et, en vérité, manifestée dans toute l’architecture de la vie chrétienne. Cette théologie là ne pouvait en aucun cas être séparée de la vie de prière et de la pratique de la vertu. « Le sommet de la pureté est le commencement de la théologie », selon les mots de saint Jean Climaque (Échelle du Paradis, 30).

9D’un autre côté une théologie de ce genre est toujours, pour ainsi dire, « propédeutique », du fait que sa visée, son but ultime est de s’assurer de et de reconnaître le mystère du Dieu vivant, et en vérité d’en porter témoignage, en parole et en acte. La « théologie » n’est pas une fin en soi. Ce n’est jamais qu’un moyen. La théologie, et même les dogmes ne proposent pas davantage qu’une mise en forme rationnelle de la vérité révélée, et un témoignage « noétique » rendu à celle-ci. C’est seulement dans l’acte de foi que cette mise en forme trouve son contenu plénier. Les formulations christologiques ne sont pleinement signifiantes que pour ceux qui ont fait la rencontre du Christ vivant et qui l’ont reçu et reconnu comme Dieu et Sauveur, et qui vivent dans la foi en Lui, en son Corps, l’Église. En ce sens, la théologie n’est jamais une discipline auto-référentielle. Elle en appelle constamment à la vision de la foi. « Ce que nous avons vu et ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons » (1 Jn 1, 1). Séparés de cette annonce, les formulations théologiques sont vides et sans effet. C’est pour cela aussi qu’elles ne peuvent pas être prises « abstraitement », c’est-à-dire en dehors de tout contexte de foi. Il est trompeur d’isoler des affirmations particulières des Pères et de les détacher de la perspective globale dans laquelle elles ont véritablement été élaborées, tout comme il est trompeur de bricoler avec des citations détachées de l’Écriture. C’est une habitude dangereuse de « citer » les Pères, c’est-à-dire quelques-unes de leurs phrases et des affirmations, prises isolément ; en dehors de leur contexte concret, le seul dans lequel elles ont leur signification propre et pleine et sont vraiment vivantes. « Suivre les Pères », ne signifie pas simplement les « citer ». « Suivre » les Pères signifie acquérir leur « esprit », leur phronèma.

II. Quels Pères ? Les risques d’une périodisation trompeuse

  • 9 MabillonBernardi Opera, Praefatio generalis, n. 23, Migne, PL, CLXXXII, c. 26.

10Nous arrivons à présent au point crucial. Le nom « Pères de l’Église » est habituellement réservé aux maîtres de l’Église ancienne. Et on affirme couramment que leur autorité tient à leur ancienneté, à leur proximité relative avec l’« Église primitive », avec le premier « Âge » de l’Église. Déjà saint Jérôme contestait cette idée. En vérité, il n’y a pas eu diminution de l’autorité ; et pas de diminution du caractère immédiat de la compétence et du savoir spirituels au cours de l’histoire du christianisme. Pourtant cette idée d’une « diminution » a fortement affecté notre pensée théologique moderne. En fait, on affirme trop souvent, consciemment ou inconsciemment, que l’Église des commencements était pour ainsi dire plus proche du jaillissement de la vérité. Si c’est là admettre notre propre échec, nos insuffisances et faire humblement acte d’auto-critique, une telle affirmation a de l’écho, elle est utile. Mais il est dangereux d’en faire le point de départ ou la base de notre théologie de l’histoire de l’Église ou même de notre théologie de l’Église. C’est vrai que l’âge apostolique doit garder sa position unique. Pourtant, ce n’était qu’un commencement. Et il y a un large accord pour reconnaître que l’âge des Pères a lui aussi pris fin et en conséquence on n’y voit qu’un développement ancien, dépassé, « archaïque ». La limite de l’âge patristique est diversement définie : on considère habituellement Jean Damascène comme le « dernier Père » d’Orient, et Grégoire le Grand ou Isidore de Séville comme les « derniers Pères » en Occident. Cette périodisation a été à juste titre critiquée récemment. Ne pourrait-on pas, par exemple, inclure au moins Théodore Studite parmi les Pères ? Et déjà Mabillon suggérait que Bernard de Clairvaux, le Doctor mellifluus, était « le dernier Père, et sûrement pas inférieur aux plus anciens9 ». En réalité, il y a là plus qu’une question de périodisation. Du point de vue occidental, l’Âge des Pères a été remplacé et même supplanté par l’Âge des Docteurs, qui a représenté un pas en avant fondamental. Depuis l’aube de la Scolastique, la théologie patristique a été considérée comme dépassée, est devenue véritablement un « âge ancien », une sorte de prélude archaïque. Ce point de vue, légitime pour l’Occident, a malheureusement été accepté aussi par beaucoup en Orient, aveuglément et de manière non-critique. En conséquence on se trouve devant une alternative : soit on regrette le retard de l’Orient qui n’a jamais développé aucune scolastique qui lui soit propre. Soit on s’enferme dans « l’âge ancien », d’une manière plus ou moins archéologique, et on pratique ce qui a été décrit non sans humour comme une « théologie de la répétition ». Cette dernière éventualité n’est, de fait, qu’une forme particulière d’une imitation de la scolastique.

11Il n’est pas rare de nos jours qu’on affirme que l’« Âge des Pères » s’est probablement achevé beaucoup plus tôt qu’avec Jean Damascène. Très souvent, on ne va pas au-delà du règne de Justinien ou même, déjà, du concile de Chalcédoine. Léonce de Byzance n’était-il pas déjà le « premier scolastique » ? Psychologiquement cette attitude se comprend tout à fait, mais théologiquement elle ne se justifie pas. Il est vrai que les Pères du quatrième siècle sont particulièrement impressionnants et leur grandeur unique ne peut pas être contestée. Cependant l’Église est restée pleinement vivante aussi après Nicée et Chalcédoine. L’accent excessif couramment mis sur les « cinq premiers siècles » fausse gravement la vision théologique et empêche la compréhension juste du dogme de Chalcédoine lui-même. Le décret du sixième concile œcuménique est souvent considéré comme un simple « appendice » à celui de Chalcédoine, qui n’intéresserait que les spécialistes, et la grande figure de Maxime le Confesseur est presque complètement ignorée. Et en conséquence, la portée théologique du septième concile œcuménique (Nicée II) est dangereusement obscurcie, au point qu’on finit par se demander pourquoi le « Triomphe de l’Orthodoxie » est lié à la commémoration de la victoire de l’Église sur les iconoclastes. S’agissait-il seulement d’une controverse à propos des rites ? Nous oublions souvent que le « consensus de cinq siècles », c’est-à-dire, effectivement, jusqu’à Chalcédoine, était une formulation protestante et reflétait une « théologie de l’histoire » propre à certains protestants. C’était une formulation étroite, mais en même temps elle paraissait trop inclusive à ceux qui voulaient s’enfermer dans l’âge apostolique. La question, pourtant, est que l’expression orientale usuelle des « sept conciles œcuméniques » est à peine meilleure, puisqu’elle tend, c’est habituellement le cas, à réduire ou à limiter l’autorité spirituelle de l’Église aux huit premiers siècles, comme si l’« Âge d’or » de la chrétienté était déjà terminé et que nous étions à présent à nouveau dans une âge de fer, bien plus bas sur l’échelle de la vigueur et de l’autorité spirituelles. Notre pensée théologique a été dangereusement affectée par l’idée de déclin, qui a été adoptée pour interpréter en Occident l’histoire de l’Église depuis la Réforme. La plénitude de l’Église, ainsi, était interprétée de manière statique, et l’attitude à l’égard de l’Antiquité a été faussée et comprise à contresens. Et après tout, cela ne fait pas beaucoup de différence de réduire l’autorité normative de l’Église à un siècle, ou à cinq, ou à huit siècles. Mais il ne devrait y avoir aucune réduction ! Il n’y a donc place pour aucune « théologie de la répétition ». L’Église a encore pleine autorité comme c’était le cas dans le passé, et l’Esprit de Vérité la presse aujourd’hui tout autant que dans le passé.

12Un des résultats immédiats de notre périodisation irréfléchie est que nous ignorons, tout simplement, l’héritage de la théologie byzantine. Nous sommes prêts, plus encore que dans la précédente décennie, à admettre l’autorité pérenne des Pères, particulièrement depuis la renaissance des études patristiques en Occident. Mais nous avons encore tendance à limiter le spectre de cette période des Pères et à l’évidence les théologiens byzantins ne sont pas spontanément comptés parmi les Pères. Nous sommes enclins à établir une discrimination plutôt rigide entre période patristique (dans un sens plus ou moins étroit) et période byzantine. Nous sommes aussi enclins à considérer la période byzantine comme une suite mineure de l’âge patristique. Nous avons encore des doutes sur sa pertinence normative pour la pensée théologique. En réalité, la théologie byzantine a été beaucoup plus qu’une répétition de la théologie patristique, et ce qu’elle a apporté de nouveau n’était pas non plus inférieur à l’apport de l’Antiquité chrétienne. En vérité, la théologie byzantine fut une continuation organique de l’âge patristique. Y a-t-il eu rupture ? Est-ce que l’éthos de l’Église orthodoxe orientale a jamais changé, à un moment précis de l’histoire, qui n’a jamais été vraiment identifié unanimement, de sorte que le que développement ultérieur aurait une autorité et une importance moindres, s’il en a encore une ? Admettre cela, voilà ce que l’on fait implicitement en se rattachant de façon réductrice aux sept conciles œcuméniques. Alors, Syméon le Nouveau Théologien et Grégoire Palamas sont tout simplement laissés de côté, de même que les grands conciles hésychastes du 14e siècle sont ignorés et oubliés. Quelle place, quelle autorité pour eux dans l’Église ?

13En réalité, Syméon et Grégoire sont encore des maîtres qui ont autorité et ils inspirent tous ceux qui, dans l’Église orthodoxe, s’efforcent d’arriver à la perfection et vivent une vie de prière et de contemplation, qu’ils vivent dans des communautés monastiques ou dans la solitude de désert, et même dans le monde. Ces personnes pleines de foi n’ont conscience d’aucune rupture que ce soit entre les Pères et Byzance. La Philocalie, cette grande encyclopédie de la piété orientale, qui comprend des œuvres écrites au long de bien des siècles, devient de plus en plus, de nos jours, le manuel qui guide et instruit tous ceux qui sont désireux de pratiquer l’orthodoxie dans notre contexte contemporain. L’autorité de son compilateur, Nicodème l’Hagiorite, a été récemment reconnue et mise en valeur par sa canonisation officielle dans l’Église. En ce sens, nous devons dire : « l’Âge des Pères continue dans l’Église adorante ». Ne devrait-il pas continuer également dans nos études, dans nos recherches et notre formation théologiques ? Ne devrions-nous pas retrouver l’esprit des Pères aussi dans notre pensée et notre enseignement théologiques ? Le retrouver, non pas comme un style ou une attitude archaïques, non pas comme une relique vénérable, mais comme une attitude existentielle, comme une orientation spirituelle ? Ce n’est que de cette manière que notre théologie sera réintégrée dans la plénitude de notre existence chrétienne. Ce n’est pas assez de garder la liturgie byzantine comme nous le faisons, de restaurer l’iconographie et la musique byzantines, comme nous sommes encore réticents à le faire, et de pratiquer certaines formes de dévotion. Mais on doit aller aux racines même de cette « piété traditionnelle » et retrouver l’esprit des Pères. Autrement nous pourrions courir le risque d’être écartelés intérieurement, comme beaucoup le sont actuellement, entre les formes traditionnelles de piété et des habitudes de réflexion théologique très éloignées de la tradition. C’est un danger réel. Comme adorateurs, nous sommes encore dans la tradition des Pères. Ne devrions-nous pas nous tenir aussi, consciemment et explicitement, dans la même tradition comme théologiens, comme témoins et enseignants de l’orthodoxie. Pouvons-nous garder notre intégrité autrement ?

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Notes

2 [Saint Vincent de LérinsCommonitorium, traduction de P. Monat (2005) pour le site patristique.org ; M. Meslin avait publié une traduction en 1959, pour les Éditions du Soleil Levant, Namur.]

3 [Cf. Ap 21, 5.]

4 On a récemment suggéré que les Gnostiques avaient été les premiers à invoquer de façon explicite l’autorité d’une « Tradition apostolique » et que c’était cet usage qui avait poussé saint Irénée à élaborer sa propre conception de la Tradition. Voir D. B. Reynders, « Paradosis : Le progrès de l’idée de tradition jusqu’à Saint Irénée », Recherches de Théologie ancienne et médiévale, V (1933), p. 155-191. Quoi qu’il en soit, les Gnostiques avaient l’habitude de se référer à la Tradition.

5 Commonitorium, 6, 10.

6 Paul Maas, (ed.), Frühbyzantinische Kirchenpoesie, I, Bonn 1910, s. 24.

7 [Saint Athanase, Saint Grégoire le théologien et Saint Jean Chrysostome.]

8 Louis Bouyer, « Le renouveau des études patristiques », La Vie Intellectuelle, XV, Février 1947, p. 18.

9 MabillonBernardi Opera, Praefatio generalis, n. 23, Migne, PL, CLXXXII, c. 26.

SOURCE: 

OPENEDITION JOURNAL

Pour citer cet article

Référence papier

Georges Florovsky« La tradition des Pères et l’ethos de l’Église orthodoxe »Revue des sciences religieuses, 89/4 | 2015, 443-450.

Référence électronique

Georges Florovsky« La tradition des Pères et l’ethos de l’Église orthodoxe »Revue des sciences religieuses [En ligne], 89/4 | 2015, mis en ligne le 04 février 2016, consulté le 23 juin 2023URL : http://journals.openedition.org/rsr/2800 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rsr.2800

lundi 26 juin 2023

Les fruits pourris du Tomos de Constantinople

 

Vladyka Anastase de Tirana


Le Seigneur a dit que l'on reconnaît un arbre à ses fruits. Aujourd'hui, nous voyons les fruits du Tomos de l'OCU [schismatique]dans toute leur "beauté" - des gens battus, des églises brûlées et saisies, des communautés expulsées. En effet, tous les arguments des Phanariotes sont réduits à néant par cette dernière thèse "éliminatoire" du Synode de l'Église albanaise* : il n'y a pas de paix en Ukraine. Cela signifie que le Tomos pour la "sainte église d'Ukraine" n'a pas justifié son objectif.

Alors pourquoi est-il nécessaire ?

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après

UNION DES JOURNALISTES UKRAINIENS


NOTE:

* Expliquant pourquoi on ne peut reconnaître l'octroi du Tomos par le patriarche de Constantinople à des clercs défroqué ou à de simples laïcs!

L'article complet peut-être lu [en anglais] sur le site

St Ephraim le Nouveau et sainte Paracève pleurent


SUR L'ÎLE GRECQUE DE LESBOS, LES ICÔNES DE SAINTE PARASCEVE ET SAINT EPHRAIM LE NOUVEAU PLEURENT. (+VIDÉO)

Mytilene (o. Lesbos, Grèce), 23 juin 2023.

Photo : YouTubePhoto : YouTube     

Des foules de croyants affluent chaque jour à l'église Saint-Éphraïm dans la ville de Mytilène (Mitilena) sur l'île grecque de Lesbos pour vénérer deux icônes qui ont récemment commencé à "pleurer".

Sur l'icône de saint Éphraïm le Nouveau, l'œil nu montre des traces de liquide (larmes) s'écoulant des yeux du saint jusqu'au bas de l'icône. Les croyants ont remarqué ce phénomène lors de la fête de la Pentecôte, rapporte le site grec "Vima Orthodoxias".

Photo : vimaorthodoxias.grPhoto : vimaorthodoxias.gr     

Dans le même temps, l'icône de Ste Parascève a également commencé à "pleurer" dans une autre église à environ un kilomètre de là. Sur ordre de l'évêque local, cette icône a été temporairement transférée à l'église Saint-Éphraïm. La nouvelle d'un phénomène miraculeux inhabituel a rapidement commencé à se répandre, et maintenant les croyants et les pèlerins orthodoxes viennent vénérer ces deux icônes tous les jours.

dimanche 25 juin 2023

Calendrier des Pères

  


A) Article cosigné par Monseigneur Dimitrios, publié dans le Figaro  

 Mgr Dimitrios Ploumis et Mgr Matthieu Rougé.

 

Fabien Clairefond (Le Figaro)

TRIBUNE - Les orthodoxes célèbrent Pâques une semaine après les catholiques et les    protestants. Or une date commune des fêtes pascales serait un magnifique signe de la pleine unité des chrétiens, argumentent le président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et l’évêque de Nanterre.

C’est une semaine après les catholiques et les protestants - et les sociétés occidentales avec eux - que les orthodoxes ont célébré cette année la résurrection du Christ. Pourquoi cette différence de dates ? Dans le sillage du calendrier juif, calendrier lunaire, et d’une décision prise au concile de Nicée en 325, la fête de Pâques est traditionnellement célébrée le dimanche qui suit la pleine lune qui suit le 21 mars, date théorique de l’équinoxe de printemps.

C’est sur le conseil de mathématiciens et d’astronomes, mettant en lumière un décalage croissant entre le calendrier officiel et celui du soleil, que le pape Grégoire XIII a institué le calendrier dit « grégorien » à la fin du XVI siècle, les pays catholiques passant sans transition en une nuit du 4 au 15 octobre 1582.

Mais les orthodoxes, n’étant pas tenus par cette décision romaine, en sont restés au calendrier julien, institué par Jules César en 46 avant J.-C. C’est ce qui fait que la révolution « d’Octobre » a eu lieu en novembre 1917 et qu’il peut y avoir jusqu’à un mois de différence entre les dates orientale et occidentale de Pâques.

         Ce décalage masque ce qui rassemble au plus haut point tous les chrétiens : la foi en Christ vrai Dieu et vrai homme, mort sur la Croix, ressuscité pour ouvrir à tous ses disciples les portes de la vie nouvelle et éternelle, la vie en plénitude. Comment nous satisfaire d’une telle atteinte portée à la force du témoignage que nous avons à rendre tous ensemble à Celui qui est la source véritable de l’espérance et de la paix ?

Chaque fois que nous célébrons Pâques le même jour, à peu près tous les sept ans, nous sommes heureux de manifester notre joie commune. Mais ne devrions-nous pas faire en sorte de proclamer chaque année, d’un seul cœur et d’une seule âme, l’intensité de notre joie pascale et notre désir de la partager le plus largement possible ?

Il se trouve qu’en l’année jubilaire 2025, 1700ème anniversaire du concile de Nicée, référence pour tous les chrétiens, nous célébrerons Pâques tous ensemble le 20 avril. Ne pourrions-nous pas, à partir de cette date, retrouver une célébration pascale indivise ?

Un colloque a eu lieu à Alep sur ce point en 2017 sous l’égide du Conseil œcuménique des Églises. Il a été proposé d’en revenir tout simplement aux principes du concile de Nicée, c’est-à-dire de célébrer Pâques le dimanche qui suit la première pleine lune advenant pendant ou après l’équinoxe de printemps, en se basant sur le méridien de Jérusalem.

Cela aboutirait à une date de Pâques qui ne serait ni celle des catholiques et des protestants ni celle des orthodoxes, évitant ainsi un alignement d’une partie des chrétiens sur le calendrier des autres. Une telle décision bouleverserait certes les calendriers déjà préprogrammés mais constituerait un magnifique signe d’unité, en vérité bienfaisant pour la paix du monde entier.

Tous les chrétiens ne peuvent que vibrer en relisant l’ultime prière de Jésus : « Que tous ceux qui croiront en moi soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean 17, 21). Le monde contemporain est traversé par tant de fractures, par un tel courant de sécularisation que nous ne pouvons pas nous satisfaire de donner un témoignage affaibli par la persistance de divisions que rien d’ultime ne justifie. Le ressort profond de la véritable unité de l’Europe n’est-il pas l’unité spirituelle dont l’unité de la date de Pâques serait une expression symbolique, et plus que symbolique, prometteuse ?

D’ores et déjà, nous avons de la joie à nous retrouver pour prier, pour mettre en commun nos interrogations et nos espérances, pour nous associer dans le service des pauvres, pour assister à la divine liturgie les uns chez les autres. Nous vénérons ensemble les saints des premiers siècles, sainte Geneviève de Nanterre en particulier.

Dans beaucoup de pays d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient, ou dans les diasporas orthodoxes américaines ou australiennes, existent un grand nombre de couples et de familles mixtes qui aspirent à vivre au même rythme liturgique alors qu’elles font déjà l’expérience d’une très profonde communion spirituelle. Le pas en avant du calendrier pascal pourrait être le point de départ de nouvelles étapes vers la plénitude de l’unité qui n’est pas, même à vues humaines, inatteignable.

L’un d’entre nous appelle régulièrement de ses vœux la pleine unité pour 2054 - il ne reste que trente et un ans pour s’y préparer ! - afin de clore proprement la triste « parenthèse » des mille ans du grand schisme. L’autre a suggéré, lorsque nous avons fait connaissance, qu’une bonne première étape serait la date commune de Pâques dès 2025.


À nos communautés, à ceux qui président à la charité dans nos Églises, nous disons d’un seul cœur dans la lumière de Pâques : « N’ayons pas peur de ce grand et beau pas en avant pour témoigner de la Résurrection !»



B) Lettre ouverte, en réponse à cet article


Ėminence,

 

Votre récente déclaration, co-signée avec Monseigneur Rougé, évêque catholique à Nanterre, et publiée dans le Figaro du 21 avril 2023, ne laisse pas de susciter quelque perplexité chez le simple fidèle orthodoxe que je suis. Les enjeux étant irréductibles à ma personne, il m’a semblé utile de les expliciter.

Dans ce texte, vous déplorez l’absence d’une date unique pour célébrer Pâques, cette fête des fêtes ; cela peut certes nous attrister. Mais ces différences-là procèdent de décisions somme toute extérieures à la foi chrétienne et, si elles ont entraîné des schismes, elles ne relèvent pas d’une hérésie, c’est-à-dire d’une opposition fondamentale, explicite et consciente à la foi confessée par l’Eglise du Christ. Ces désaccords de calendrier n’affectent donc pas l’essentiel. Je crains fort, de surcroit, qu’une éventuelle modification des deux modes de calcul, jusqu’à ce jour en vigueur, de la date de ladite fête, quelle que soit la générosité de cette suggestion, n’occasionne de nouvelles ruptures et ne finisse, dans les faits, par accoucher … d’une troisième date, aggravant alors le malaise qu’elle entendait abolir ! 

La double occasion d’un tel projet nous est donnée, dites-vous, par ce 1700ème anniversaire du concile de Nicée (325), que d’aucuns se préparent à célébrer, ainsi que par le millénaire, qui se rapproche, du schisme de 1054 entre Byzance et Rome. 

Commémorer le premier des conciles œcuméniques inviterait, certes, bien des communautés chrétiennes à redire leur foi dans les termes même du symbole de Nicée, pratique liturgique qui s’est quelque peu distendue ces dernières décennies, en dehors de l’Orthodoxie… Toutefois, célébrer ce concile-là ne manquera pas de rappeler que le magistère romain se réfère, lui, à quatorze autres assemblées, incluant infaillibilité pontificale et affirmation mariale de l’immaculée conception, tandis que la plupart des communautés issues de la Réforme n’accordent d’autorité qu’aux six premiers de ces conciles … 

Je crains que l’insistance sur une célébration commune du premier des conciles œcuméniques n’accrédite l’erreur consistant à croire qu’en se recentrant sur ce qui fut explicité en premier, à Nicée, on s’ancrerait dans le plus profond de la foi, comme si l’importance des textes conciliaires se présentait à la façon de cercles concentriques, dont l’importance s’affaiblirait à mesure que l’on passe de la première à la septième de ces assemblées. Il n’en est rien, bien sûr : chacun de ces sept conciles, par la présence et le don du Saint-Esprit, parvint à approfondir et préciser telle ou telle des affirmations antérieures, et les apports respectifs de chacun des textes adoptés forment une totalité rigoureusement indivise. Aussi, lorsque le texte que vous avez cosigné affirme que « ce qui rassemble au plus haut point tous les chrétiens (c’est) la foi en Christ, vrai Dieu et vrai homme », je reste dubitatif. Certes, cette affirmation est effectivement commune à toutes les confessions chrétiennes. Sauf qu’en notre foi orthodoxe, c’est précisément cette proclamation christologique qui ne cesse de se décliner, de s’expliciter, en chacun des six autres conciles. En particulier, le bien-fondé de la vénération des Icônes, défendu par le septième concile, fut confirmé et exigé pour cette raison même : c’est parce que le Christ fut pleinement Dieu et pleinement Homme, c’est parce qu’en Sa Personne (hypostase) fut présente la plénitude divine, c’est parce que l’Un de la Trinité est devenu visible par Sa kénose, que l’Icône fut confirmée, de façon solennelle, dans sa légitimité, étant une manifestation indissociable de la foi orthodoxe en l’Incarnation. Une foi chrétienne iconoclaste s’apparente, en notre Eglise, à un cercle carré. Or, il me semble que l’ensemble des communautés issues de la Réforme confessent leur foi en Christ, vrai Dieu et vrai homme sans admettre le bien-fondé de l’Icône. En quoi cette opposition, qui n’a rien de seconde, comme nous le rappelle le nombre de martyrs qu’elle a suscités, sera-t-elle modifiée par la vertu sinon magique, du moins médiatique, d’une date commune ? Il est vrai que votre missive semble avoir oublié le vaste monde des protestants … Le « rassemblement au plus haut point » suggéré par le texte, sans relever de l’emphase ni se réduire à un mensonge, ne procède donc pas non plus d’une pleine évidence !

Mais, à la lecture de l’évocation d’une « plénitude de l’unité » ecclésiale retrouvée, à l’horizon 2054, après un schisme d’un millénaire et une Eglise divisée, évocation n’émanant, certes, que de votre cosignataire, je dois avouer m’être frotté les yeux : comment, sinon approuver, du moins ne pas contester le sous-entendu d’une telle assertion ?  L’Eglise, Corps du Christ, aurait-elle été divisée depuis 1054 ? L’enseignement constant, depuis les Pères grecs jusqu’à un Jean Meyendorff ou un Père Placide (Deseille) n’est-il pas que l’Eglise orthodoxe est la seule Eglise Une, Catholique et Apostolique ? L’an 1054 a certes divisé la chrétienté, mais il n’a pas divisé l’Eglise ! 

Oh ! Je sais combien, aujourd’hui, plus violemment encore que par le passé, cette affirmation est à même de heurter, choquer, blesser, tant la réalité mystique de l’Eglise, qui est Corps du Christ, est devenue difficile à comprendre pour nombre de nos contemporains, même bien intentionnés. Mais c’est alors la foi chrétienne qui devient ipso facto incomprise ! N’aurait-il pas fallu oser redire, concernant l’unité, que c’est l’unicité du Corps du Christ, et elle seule, qui fait cette unité, en nous rendant concorporels (Ep 3,6) à Lui ? C’est cela qu’affirme la foi orthodoxe, cela qui est confessé dans le symbole de Nicée-Constantinople. Et c’est cela qui rend la métaphore anglicane des branches ou celle, romaine, des deux poumons, radicalement irrecevable dans notre foi. 

Rappeler, avec fermeté et clarté cet enseignement, aussi ancien en ses fondements que l’Eglise elle-même, doit bien sûr s’accompagner d’une bienveillance sans limite à l’égard des personnes qui ne le comprennent pas. La fidélité à l’Eglise du Christ ne peut en aucun cas justifier le moindre mouvement de suffisance ou d’orgueil de la part d’un de ses membres : « Qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4, 7) Mais, sinon la peur, du moins le souci purement humain, purement de ce monde de ne pas encourir le risque d’irriter ou d’être incompris, ne saurait cautionner quelque silence ou accommodement sur un point aussi fondamental : il ne s’agit plus ici d’une affaire de dates, mais de la compréhension même du mystère du Corps du Christ en Son Eglise. 

C’est pourquoi il me semble faux d’affirmer que « rien d’ultime ne justifie » les divisions au sein de la chrétienté. Ce verbe « justifier » offre, certes, une riche polysémie : il est exact qu’on ne peut s’accommoder des divisions au sein du monde chrétien et, en ce sens, on ne peut les « justifier ». Mais il ne s’ensuit aucunement que l’étiologie de cet état de fait se situerait en fin de compte dans quelque fatras de malentendus regrettables, eux-mêmes englués dans les brumes et marécages de circonstances politiques ou culturelles du passé.  Je n’évoquerai qu’un seul exemple : l’opposition d’un saint Grégoire Palamas à la scolastique latine.  Elle ne relevait pas de l’incompréhension d’un « oriental » insuffisamment « éclairé » ; elle s’ancrait, chez ce Père, dans sa conscience aigüe du sens du mystère qui est le cœur de l’orthodoxie, et que l’on nomme l’apophatisme. Cette opposition entre Byzance et Rome, relève bien d’un enjeu ultime et toujours nôtre, celui que saint Paul nommait la folie de la Croix : quels sont, devant Dieu et en Lui, la place et le poids de la raison humaine ? 

L’Unité des chrétiens est bel et bien un horizon réel, puisque c’est un horizon mystique : celui de la Jérusalem céleste en laquelle Dieu viendra faire Sa demeure avec les hommes. (Ap 21, 3) L’Unité, facilitée par nos combats ascétiques personnels, nous sera donnée en Christ, par l’Esprit-Saint ; elle ne surgira pas, à mon sens, de quelque institution humaine organisée dans ce but ; mais certes, l’Esprit souffle où Il veut !  Veillons donc à ce que nos déplorations d’hommes divisés ne se laissent pas griser dans une théâtralité facile et médiatique, laquelle conduirait très vite à une situation d’une toute autre gravité : l’imposture d’une « unité » assise sur l’arbre vénéneux du relativisme, arbre préalablement décoré et comme emmitouflé dans une contrefaçon d’humilité, rebaptisée « esprit d’ouverture » : cette soi-disant unité ne serait alors qu’une totale apostasie.

 

Je sollicite votre épiscopale bénédiction et, vous faisant une métanie, je baise votre Droite, 

 

Humblement vôtre,  

 

                           Jean Gobert

3e DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

Icône de tous les saints des Iles Britanniques

Icône de tous les martyrs de la Turcocratie

Aujourd'hui, parmi les commémorations en divers lieux, nous trouvons tous les saints des îles britanniques et tous les nouveaux martyrs du joug turc. Contrairement aux saints russes commémorés dimanche dernier, qui ont vécu pour la plupart au cours du deuxième millénaire, nos propres saints se concentrent sur le premier millénaire. La raison en est simplement que les îles britanniques se trouvaient du mauvais côté du Grand Schisme. La géographie a sans aucun doute joué un rôle. Les évêques et le clergé supérieur étaient probablement au courant des développements dans le reste du monde sans nécessairement réaliser l'importance et les conséquences du schisme. La plupart des habitants de ces îles ne savaient probablement rien des implications théologiques des ambitions croissantes de la papauté. Les dates sont également curieuses lorsque l'on se souvient que le Grand Schisme a eu lieu en 1054 et que, douze ans plus tard, le pape romain a donné sa bénédiction à l'invasion de l'Angleterre par les Normands.

Saint Aristobule

Bien qu'étant une minorité persécutée dans un empire païen, les chrétiens ont établi des communautés ecclésiales à travers l'Europe, l'Asie mineure, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au cours des trois premiers siècles. En ce qui concerne nos premiers saints, une tradition de longue date veut que saint Joseph d'Arimathie soit venu à Glastonbury. Le Menaion grec affirme que l'apôtre Aristobule des Septante est devenu le premier évêque de Grande-Bretagne. Cependant, nous devons admettre que les preuves historiques ne sont pas concluantes. On pense aussi à saint Alban, mais dans son cas, il y a plus de détails historiques. 

Saint Alban

Au début du IVe siècle, Alban subit le martyre lors de la persécution de Dioclétien et fut contemporain de saint Georges le mégalomartyr. Peu après, en 313, l'édit de Milan accorde la liberté de culte aux chrétiens. Peu après, le christianisme devint la religion officielle de l'Empire romain et le premier concile œcuménique se tint en 325. La chronologie devient alors intéressante, car les légions romaines n'ont furent retirées de Grande-Bretagne qu'en 410. Saint Jean Chrysostome (347-407) était archevêque de Constantinople à la fin du 4e siècle et la citation suivante lui est attribuée : Les îles britanniques qui sont au-delà de la mer et qui se trouvent dans l'océan ont reçu le pouvoir de la Parole. Des églises y sont fondées et des autels y sont érigés. On peut en conclure qu'un certain pourcentage de la population romano-britannique a dû devenir chrétienne au début du Ve siècle. Les invasions saxonnes du sud et de l'est de l'Angleterre ont progressivement poussé les Romano-Britanniques vers l'ouest, à mesure que des royaumes saxons païens s'établissaient. L'un de ces royaumes se trouve en East Anglia. Au VIIe siècle, le vent a commencé à tourner, grâce aux efforts de travailleurs apostoliques tels que saint Felix et saint Fursy, dont l'ikon se trouve dans notre église.  

Saint Botolph
SAINT PÈRE BOTOLPH PRIE DIEU POUR NOUS !

En ce moment, nous pensons à saint Botolph d'Iken, dont la fête est le 17 juin. Notre pèlerinage annuel à Iken aura lieu samedi prochain (24 juin). Ce grand ascète et père spirituel est connu, aimé et vénéré ici et sur le continent, mais peu de détails personnels sont consignés. Botolph est né vers l'an 615, mais son lieu de naissance et les noms de ses parents nous sont inconnus. Il fut attiré par la vie monastique dès son plus jeune âge et acheva sa formation monastique en Gaule, où il rencontra les saintes filles du roi Onna, Saethyrth et Aethelburga, qui le persuadèrent de retourner en East Anglia et d'y fonder un monastère. Botolph semble avoir été influencé par l'ascétisme sévère de saint Colomban. De retour en East Anglia, il obtint des terres pour un monastère à Icanho (Iken) au bord de la rivière Alde, qui était à l'époque un marais désolé. Pour rendre la vie encore plus difficile, l'East Anglia subissait les raids du roi Penda de Mercie, un féroce païen. Malgré ces difficultés, la fondation de Botolph est devenue une puissance monastique et missionnaire influente, libérant de nombreuses âmes perdues des erreurs du paganisme en les amenant à la foi en Christ. Botolph rejoignit sa récompense éternelle en 680 et son monastère survécut pendant deux cents ans. Malheureusement, il fut complètement détruit par les hordes vikings déchaînées qui martyrisèrent le roi Edmond.

Saint Edmond
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Le calendrier nous offre deux passages de l'Évangile pour aujourd'hui. La lecture dominicale est celle de Matthieu 6, 22-33, qui nous donne de sages conseils. Les mots "œil" et "lumière" font référence à l'esprit et à l'âme. Si votre esprit est rempli de pensées liées à l'argent et aux choses de ce monde, cela aura une influence sur votre âme. Cela nous dit que nous ne pouvons pas servir deux maîtres dont les exigences sont opposées l'une à l'autre. Si nous aimons l'argent, la richesse, le plaisir ou le pouvoir, nous servons Mammon et non Dieu. Ce principe est renforcé au verset 25, mais le Seigneur ne nous interdit pas de travailler, de manger et de nous vêtir. Il nous demande d'avoir confiance dans le fait que nous recevrons ce qui est nécessaire, tout en nous préoccupant davantage de nos âmes que de considérations matérielles. Pour cela, il nous donne des exemples tirés de la nature : les oiseaux et les fleurs des champs. Notre Seigneur et Créateur connaît tous nos besoins, c'est pourquoi nous devons d'abord nous tourner vers Lui.


La lecture de l'Évangile pour les saints est Luc 21 : 12-19 et, si vous lisez la Bible, elle semble commencer au milieu d'un récit par les mots : Mais, avant tout cela, on mettra la main sur vous, et l'on vous persécutera; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, ..." Les livres de service donnent à ce passage de l'Évangile un titre qui lui donne un sens particulier.  Les livres d'office donnent au passage de l'Évangile un début plus formel : "Le Seigneur dit à ses disciples : "Prenez garde aux hommes : ils mettront les mains ssur vous..."   

   

Par intérêt, et pour une étude personnelle, il serait bon de lire les premiers versets de ce chapitre, dans lesquels le Seigneur parle de Jérusalem. L'histoire de la pauvre veuve a pour but, en partie, de montrer le vide spirituel du Temple. Le trésor existait pour entretenir et orner le Temple, ainsi que pour soutenir les œuvres de charité, mais il s'était corrompu. Les riches s'en servaient pour afficher leur prétendue vertu et l'argent était souvent détourné par les autorités du Temple. En raison de cette corruption, le Christ prédit la destruction du Temple et avertit les disciples des tribulations qui s'abattront sur Jérusalem. Cela prépare les disciples à l'avenir. Le Seigneur dit : avant ces choses, à bon escient, car la persécution éclatera, et elle sera sévère, mais avec un but précis. Les apôtres seront chassés de Jérusalem et dispersés pour répandre la foi. Leurs persécuteurs, et Jérusalem elle-même, seront détruits, mais les apôtres seront ailleurs.  En outre, Il leur donne des paroles de réconfort. Lorsqu'ils seront face à leurs accusateurs, les apôtres n'auront pas à craindre d'avoir la langue nouée et de passer pour des sots, car le Christ lui-même mettra dans leur bouche des paroles de sagesse. 

Il y a un sombre avertissement : le danger et la trahison peuvent provenir de n'importe quelle source. Dans les Psaumes, nous lisons : "Si mon ennemi m'avait injurié, je l'aurais supporté ; si celui qui me hait avait prononcé contre moi des paroles d'orgueil, je me serais caché de lui. Mais c'est toi, homme à l'âme semblable à la mienne, qui as été mon guide et mon ami familier. (Psaume 54:12-14) Le Christ leur dit que certains d'entre eux souffriront le martyre, mais que pas un cheveu de [leur] tête ne périra. Il ne s'agit pas d'une contradiction, car l'expression "un cheveu de votre tête" désigne ici l'âme. Comme il est dit ailleurs : "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer l'âme. (Matt 10 : 28). 

TOUS LES SAINTS DES ÎLES BRITANNIQUES PRIENT DIEU POUR NOUS !

Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après


in Mettingham. 

ENGLAND