"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 3 mars 2014

Interview du Métropolite Onuphre




Le métropolite Onuphre, locum tenens du siège métropolitain de Kiev : « L’Église doit suivre le Christ et non les politiciens ».

Le site pravmir.ru a regroupé et publié plusieurs interviews accordées par le métropolite Onuphre, avant les récents événements en Ukraine et sa nomination en tant que locum tenens du siège métropolitain de Kiev. Nous les publions in-extenso ci-dessous.


- Cette année, quinze années se seront écoulées depuis l’Assemblée épiscopale de Kharkov. Vous étiez l’un de ceux qui ont adopté une position rigide envers Philarète [le primat de l’Église schismatique ukrainienne, ndt] et ceux qui étaient avec lui. Maintenant, alors que tant de temps s’est passé, comment estimez-vous ces événements, vos propres actes ? Qu’est-ce qui vous a alors renforcé dans vos convictions ?

- L’époque était complexe, certains s’employaient très activement à impliquer l’Église dans les labyrinthes des réseaux politiques. Quant à moi, bien sûr, je comprenais et savais que l’Église ne peut emboîter le pas aux politiciens. Je voyais de façon précise et définie que c’était là une tentative d’annihiler l’Église, bien que personne ne puisse l’anéantir. Mais ceux qui combattaient l’Église de cette façon, pensaient qu’ils la transformeraient en club politique, qu’elle les applaudirait et se laisserait mener par le bout du nez. Non seulement moi-même, mais beaucoup, presque tous les évêques, lorsqu’arriva le moment critique – être ou ne pas être l’Église canonique en Ukraine – ont fait front. C’était un moment auquel on ne pouvait se taire, être passif. Dieu a agi ainsi par notre intermédiaire. C’est alors que se réalisèrent à nouveau les paroles prophétiques du Sauveur, selon lesquelles les « portes de l’enfer ne prévaudront pas » contre l’Église. Et si ce n’était pas nous, d’autres auraient agi. De toutes façons, l’Église canonique a survécu. Nous avons agi selon l’injonction de Dieu, et le Seigneur nous a donné une telle raison et un tel zèle, que nous nous sommes réunis à Kharkov et avons condamné Philarète [métropolite ayant causé le schisme dans l’Église orthodoxe d’Ukraine et déposé ensuite par les autorités ecclésiales canoniques, ndt]. Nous avons fait ce qui était nécessaire selon les règles et les canons de l’Église, nous avons élu un nouveau primat [le métropolite de Kiev Vladimir].

- Combien y a-t-il maintenant d’églises dans le diocèse de Tchernovtsy, accaparées par Philarète ?

- Dans notre diocèse, il y a deux « diocèses », deux « évêques » de Philarète. Pour autant que je sache, il y a environ 45 paroisses dans chacun d’entre eux. Il y a quelques villages qui sont passés entièrement du côté de Philarète, mais en définitive très peu. Dans certains villages, il y a une division : il y a à la fois nos propres églises, et celles de Philarète. Il y a des villages, où il n’y a que l’église de Philarète, mais les fidèles vont dans d’autres endroits, dans les villes, afin d’aller dans l’église canonique et se confesser, communier.

- En comparaison avec les autres diocèses, par exemple celui de Tchernigov et de Rovno, où se produisent des heurts « physiques » avec Philarète, se comporte-t-il ici aussi agressivement ?

- Philarète se comporte de façon identique dans tous les diocèses. Il voudrait tout soumettre à lui, mais il a perdu la canonicité, et son rang sacerdotal. Il tente de temps à autre, à l’aide des courants politiques, de se réanimer, mais c’est la même chose que d’appliquer un cataplasme sur un corps mort.

– Existe-t-il aujourd’hui un danger de répétition de la situation qui s’est produite il y a quinze ans, lorsque le pouvoir ukrainien a tenté d’imposer depuis le haut une union contre-nature avec Philarète ?

- Un danger semblable existe de la part du président [Ianouvkovitch, ndt]. Il insiste, de façon particulièrement active pour que toutes les Églises ukrainiennes s’unissent et se séparent de Moscou. Mais c’est là de la politique. Nous ne pouvons nous séparer, nous avons avec Moscou, comme avec tout le monde orthodoxe, des canons, des règles communes. Il peut y avoir dans l’Église des séparations, mais leur cause doit être non politique, mais spirituelle. Si une partie de l’Église tombe dans l’hérésie, l’erreur, et bien que cela ne me plaise pas, que je ne désire pas me séparer d’elle, je dois néanmoins le faire, je dois partir. Comment l’Église russe a-t-elle quitté Constantinople ? La Russie n’a jamais était dépendante de Constantinople politiquement, elle a toujours été indépendante, mais elle s’est trouvée pendant 600 ans sous l’omophore du patriarche de Constantinople. Or, les patriarches de Constantinople ont commencé à conclure l’union, celles de Lyon et de Florence, suite à quoi celle de Brest-Litovsk couvait déjà. Tout cela a duré longtemps. Et puis, lorsqu’il devint évident que Constantinople s’engageait dans l’hérésie, alors l’Église russe a quitté le giron de Constantinople, et s’est choisi un primat. C’est la seule raison. C’est une question de fond, les politiciens doivent suivre l’Église, et non l’Église suivre les politiciens. Et que se passe-t-il maintenant ? De la même façon que, dans le monde, tout est sens dessus dessous, tant dans l’économie que dans la politique, on s’efforce aussi dans la vie ecclésiale de placer au premier rang ce qui est secondaire, et au second rang ce qui est primordial.

- L’Église est-elle satisfaite des relations qui existent en Ukraine entre elle et l’État ?

- Il serait souhaitable que tous obéissent à la Loi divine : tant nous, que les prêtres, et tous les chrétiens, et le pouvoir à tous les nouveaux. Je ne veux pas que le pouvoir m’obéisse, mais je souhaite moi-même obéir à la Loi divine et m’y soumettre. C’est ce que je souhaite que le pouvoir fasse lui-même. Lorsque l’on dit que l’Église était jadis « leader », menait tous les hommes, on comprend avant tout l’Église comme Loi sacrée, laquelle définit celle-ci, la remplit de la Grâce divine. C’est cette Loi sacrée qui doit constituer une orientation pour nous tous, qui vivons sur terre ; nous tous, que nous soyons détenteurs du rang sacerdotal, des gens simples, des dirigeants – nous devons suivre cette Loi sacrée.

- Monseigneur, dites-nous, comment avez-vous perçu l’union de l’Église russe [la réunion du Patriarcat de Moscou et de l’Église russe hors-frontières, ndt] dans votre diocèse ?

- Les gens d’Église, qui fréquentaient toujours l’Église, ont accueilli avec grande joie cet événement. Aujourd’hui, lorsque tout se désunit, se brise, cela constitue un défi à ceux qui prônent le séparatisme. Les gens, particulièrement ceux qui vivent à l’étranger, sont très satisfaits de cette union. Parce qu’auparavant, ceux qui vivaient en Allemagne, en Amérique, en Australie, ne savaient pas quelle église fréquenter. Ils venaient chez nous, écrivaient, demandant dans quelle église on pouvait aller, et dans laquelle cela était interdit. Séjournant en terre étrangère, ils ne pouvaient s’orienter immédiatement, et nous, pourquoi le taire encore, donnions la bénédiction de fréquenter aussi les lieux de culte de l’Église hors-frontières. Moi-même, je la donnais, afin que nos fidèles, s’il y avait là une communauté de l’Église russe hors-frontières, aillent là et non chez les uniates ou les catholiques. Et ils le faisaient. Mais la situation était tendue, le clergé de l’étranger ne commémorait pas le patriarche. Or, en se réunissant, la blessure a littéralement été guérie.

- Monseigneur, votre service archipastoral a lieu dans cette région, où vous êtes né et avez été élevé. Cette une région complexe, multinationale, frontalière… Quels changements s’y sont produits durant ces dernières années, qui ne sont peut-être pas les plus réussies quant aux relations interethniques ?

- La région, dans laquelle j’accomplis mon obédience épiscopale, est celle de Tchernovtsy. C’est effectivement une région multinationale, où vivent beaucoup de Roumains, de Moldaves, de Russes, il y a aussi des Géorgiens et des Polonais, auxquels se sont maintenant ajoutés des ressortissants d’Asie Centrale. Mais, traditionnellement, tous les peuples habitant cette région ont vécu en paix. Actuellement, c’est effectivement une époque à laquelle est cultivée le nationalisme, mais la région de Tchernovtsy, Dieu soit louée, n’a pas été ébranlée par ce nationalisme, et les gens continuent à vivre comme par le passé dans la concorde, la paix, la tolérance les uns envers les autres.

- Si on la compare aux autres régions d’Ukraine ou de Russie, est-ce une région religieuse ?

- Oui, sans aucun doute, c’est une région où il y a beaucoup de croyants.

- En était-il ainsi durant les années soviétiques ?

- Même à l’époque soviétique, lorsque les fidèles se « dissimulaient » aux autorités, il y avait ici néanmoins beaucoup d’églises en comparaison avec les autres régions. Même pendant les soviets, il y avait ici jusqu’à 150 prêtres simultanément. Maintenant, il y a dans notre diocèse 400 paroisses, la population ne comptant que 960.000 personnes.

- Dans une situation fort complexe comme celle qui s’est créée en Ukraine maintenant, à quel point l’Église orthodoxe peut-elle préserver l’indépendance de sa position, de ses décisions ?

- Cela est possible non sans difficultés… En fait, ces personnes qui allaient à l’église sous le régime athée, sont aujourd’hui des enfants dévoués à l’Églises, ennemis de l’immixtion des politiciens dans la vie ecclésiale, ils se prononcent pour l’unité de la sainte Église orthodoxe russe. Parmi ceux qui sont venus à l’Église beaucoup plus tard, lorsqu’a commencé le temps de la liberté, beaucoup sont également devenus de fidèles enfants de l’Église, mais certains d’entre eux n’ont pas une compréhension suffisante de la mission de l’Église, de ce qu’est l’Église à proprement parler…

- Est-ce à dire que l’on peut affirmer que, dans une mesure significative, les problèmes de la vie ecclésiale en Ukraine sont liés à ceux que l’on peut qualifier de jeunes convertis ?

- On peut dire qu’ils comprennent et aiment moins l’Église. Ils pensent qu’il s’agit d’une organisation humaine, que l’on peut manipuler. Il n’y a pas une compréhension claire que l’Église a ses propres lois, ses règles et son Chef. L’Église a pour chef le Christ, elle doit Le suivre, et non pas suivre les politiciens.

- Monseigneur, malheureusement et ce n’est un secret pour personne, que de nombreuses discussions ont lieu au sujet de la possibilité potentielle de détachement de l’Église d’Ukraine du Patriarcat de Moscou. À quel point cela est-il possible de votre point de vue ? Et si, à Dieu ne plaise, cette séparation se produisait, quelles en seraient les conséquences ?

- Je suis convaincu que nous n’avons aucun argument spirituel en faveur du détachement du Patriarcat de Moscou. La mission principale de l’Église est le salut des âmes. Dans notre Église – l’Église orthodoxe russe – cette grâce du salut existe à ce jour. Que peut-on chercher de plus dans l’Église ? Ces gens qui cherchent leurs propres intérêts dans l’Église, et non ceux de Dieu, souhaitent la séparation. Si elle a lieu, ce sera contre la volonté de Dieu. Si cela se produit, je pense que l’Orthodoxie en Ukraine se trouvera en grand danger, et je suis même convaincu qu’elle sera anéantie.

- Anéantie ou réformée ?

- On peut appeler cela de différentes façons. Il y a déjà eu des tentatives de formation d’une Église indépendante en Ukraine, et non seulement une, mais plusieurs. Et tout cela n’a mené à rien de bon. Pourquoi ? Je ne sais pas : l’Esprit nous manque, ou alors il y a un dessein Divin quelconque, contre lequel on ne peut aller… Et ce dessein, je pense, est que nous soyons les enfants d’un seul prince Vladimir, que nous soyons ensemble. Et que ces enfants vivent en Ukraine, ou en Russie, ou en Biélorussie, cela n’a pas d’importance.

- À quel point sont puissants en Ukraine aujourd’hui ces gens qui cherchent leurs propres intérêts et non ceux de Dieu ?

- Fondamentalement, ce sont les gens qui se trouvent près du pouvoir, qui ont entre les mains les leviers et qui les utilisent pour détruire l’Église, réalisant cela au moyen des schismes : un schisme, un autre, un troisième… Naturellement, ce ne sont pas tous les politiciens, en Ukraine, qui agissent ainsi, mais il y en a un certain nombre.

- Et comment surmonter cette nouvelle menace de schisme en Ukraine ?

- Surmonter ? Elle ne se surmonte pas, il faut simplement rester ferme dans la foi et confesser la vérité. Ils ont leurs buts, leurs objectifs, scinder, mais notre tâche est de conserver l’Église une et canonique.

- Aujourd’hui en Ukraine, pour celui qui ne comprend pas bien toutes les subtilités des relations ecclésiales actuelles, il est facile de confondre une église orthodoxe avec une église uniate, une église relevant de l’Église d’Ukraine du Patriarcat de Moscou avec celle des schismatiques. Comment une personne « habituelle », vivant en Ukraine, qui vient seulement de se joindre à l’Église, ou encore qui vient d’arriver en Ukraine, peut-elle éviter les erreurs ?

- En demandant aux gens qui est le chef de l’Église. Et si l’on ne peut demander à personne, si on est entré dans une église par mégarde, écouter quel évêque est commémoré. Si l’on commémore Philarète ou Méthode Koudriakov, [schismatiques, se prétendant tous deux Primats de l’Église orthodoxe d’Ukraine, ndt], ou encore le pape de Rome, il faut sortir, tandis que si l’on commémore le patriarche [de Moscou] métropolite Vladimir, il faut rester.

- Et selon votre point de vue, y a-t-il des différences spécifiques dans la vie ecclésiale en Russie et en Ukraine ?

- Il y a des différences, peut-être, concernant des éléments administratifs insignifiants, dans la résolution des questions économiques, d’intendance, mais non dans la foi. Tout est identique dans les offices liturgiques.

- Monseigneur, il y eut un temps où l’Église se trouvait pratiquement exclue de la vie publique, d’autant plus de la vie politique de l’État. L’Église se trouvait alors dans des conditions extrêmement critiques. Aujourd’hui, au contraire, l’implication dans la politique se produit, parfois, consciemment, parfois inconsciemment, mais cela, probablement recèle aussi certains dangers. Ne le pensez-vous pas ?

- Je le pense. Vous savez, il y a ce conseil chez les pères spirituels qu’au monastère, il ne doit pas y avoir entre les frères de relations trop proches, amicales, pas de confidences excessives. La raison en est que, les hommes étant imparfaits, ces relations proches, ouvertes, le fait que l’on confie l’un à l’autre des secrets intérieurs, tout cela peut être parfois utilisé par l’ennemi [le diable, ndt] et retourné de telle façon que les personnes concernées deviennent les ennemis les plus irréconciliables. Cela s’est produit et peut se produire et dans l’Église et dans l’État : dans les deux cas, les hommes ne sont pas parfaits. Et une union trop étroite peut finalement se transformer en haine mutuelle. Que Dieu fasse qu’il ne se produise rien de semblable.

- Monseigneur, dans votre diocèse, vous avez dit qu’il y a près d’un million d’habitants en tout, avec 400 paroisses, 500 moines et moniales. Ces beaucoup…

- Cela résulte beaucoup du fait que le pouvoir soviétique en Russie a été établi dès 1917, tandis que chez nous, en Bucovine, depuis 1946. Nous n’avons pas connu des persécutions, des destructions, aussi violentes qu’en Russie. Je pense que cela est l’un des facteurs fondamentaux de cette situation.

- Cela veut dire que malgré tout les traditions de la vie ecclésiale et monastique y ont été préservées dans une mesure plus grande qu’en Russie, plus exactement, qu’elles y ont été moins détruites ?

- Oui. Ici, il n’y a pas eu un tel anéantissement du monachisme, du clergé, des fidèles, comme en Russie. Au moins dans la région de Tchernovtsy, parce que dans les autres régions [d’Ukraine], sous la domination de l’Union soviétique dès le début, ils sont passés par les mêmes épreuves qu’en Russie.

- Si l’on parle de la situation des monastères, il arrive souvent, malheureusement que lorsque l’on fonde un nouveau monastère ou restaure un monastère ancien, il n’y a pas de supérieur expérimenté, de père spirituel expérimenté, qui pourraient y organiser correctement la vie monastique, et pour cette raison, le cheminement d’une nouvelle communauté est difficile, douloureux.

- C’est un problème commun. Nous avons aussi ce genre de problèmes. Chez nous aussi, tous les moines sont jeunes, la transmission de la vie monastique a été interrompue, et les supérieurs, les higoumènes, sont de jeunes moines. Ils apprennent comment il faut vivre la vie monastique, et s’efforce de l’enseigner à leur communauté. L’homme apprend lui-même comment cheminer spirituellement, et apprend aussi à l’autre à marcher… Mais, bien sûr, la personnalité de l’higoumène est importante pour le monastère. C’est comme la cellule du corps, si elle est saine, tout sera sain autour d’elle, un organisme sain se formera, mais si elle est malade, l’organisme peut connaître des complications, et à l’intérieur il se détériorera, sera faible, maladif.

- Monseigneur, existe-t-il des professions agréables ou désagréables à Dieu ? Quelle attitude avoir envers l’activité publique ou politique ?

- Les professions peuvent être classifiées en fonction de leur moralité. Il n’est secret pour personne quelles sont les profession immorales. Pour ce qui concerne l’activité politique, c’est une fonction complexe, dans laquelle il n’est pas facile de s’unir à Dieu, car dans le domaine politique, il y a beaucoup de compétition, d’aspiration à acquérir de l’influence, il y a le mensonge, qui d’une façon ou d’une autre agit sur l’homme, l’assombrit et ne lui donne pas la possibilité de voir la Lumière divine. Les professions dans lesquelles il y a le moins de mensonges et le plus de vérité, aident mieux l’homme dans sa vie spirituelle.

- Est-ce à dire que le chrétien ne doit pas s’occuper de politique ?

En général, ce n’est pas une œuvre chrétienne en elle-même, mais Dieu y appelle aussi les chrétiens. C’est ainsi que si, dans notre pays orthodoxe, il n’y a que des politiciens qui ne sont pas chrétiens, nous retournerons peu à peu au passé athée récent, lorsque l’Église était persécutée. Aussi, si Dieu appelle des hommes à ce service, Il leur donnera la force de résister aux tentations.

- Et si un politicien déjà formé, ou un homme qui occupe une certaine place dans la société, dans quelque structure politique et économique, devient un chrétien sincère, doit-il abandonner son activité ?

- Je pense qu’il faut agir selon sa conscience. Peut-être doit-il l’abandonner, mais peut-être aussi, le Seigneur lui dira de rester en place et de témoigner. C’est un fait que parfois des politiciens se convertissent sincèrement au Christ. Rappelez-vous seulement du saint prince Vladimir, égal-aux-apôtres. Le principal est que l’homme dispose d’un critère spirituel correct, de mesures justes, par lesquels il peut définir où est la vérité, où est le mensonge. Si vous les distinguez tous les deux, vous pouvez vous détourner du mensonge. Peut-être pas entièrement, mais d’une certaine façon. Si l’homme ne peut s’y retrouver, c’est une tragédie pour lui.

- C’est justement cette question que l’on doit soumettre à son père spirituel ?

- Sans aucun doute. Il est très difficile pour l’homme d’être objectif envers lui-même. Habituellement, les gens ont envers eux-mêmes une attitude empreinte de partialité, ils s’efforcent de prouver qu’ils ont raison ou de se justifier. Pour être sûr de la justesse de ses opinions, il faut prendre conseil de son père spirituel, et si celui-ci approuve, il faut agir en conséquence.

- Nous avons des fraternités orthodoxes, des mouvements associatifs. Nous, orthodoxes, devons-nous nous réunir dans des organisations, cela est-il nécessaire, utile ?

- Les fraternités se sont justifiées dans les cas où l’Église était fortement persécutée [allusion aux fraternités orthodoxes qui se sont constituées en Ukraine au XVème-XVIème siècle pour résister à l’uniatisme, ndt]. C’étaient des laïcs qui avaient une attitude pleine de zèle envers la pureté de la foi, ils s’unissaient, parce que l’Église n’était pas en position de le faire. Ils se réunissaient et luttaient. Mais quand l’Église mène une existence paisible, les fraternités militantes ne doivent pas exister. Les gens doivent aller à l’église et agir, accomplir les obédiences dans l’enceinte de l’Église sous une direction spirituelle. Le principal est ici que les gens n’errent pas, en l’absence de direction spirituelle. Car tout en pensant qu’ils luttent pour l’Église, qu’ils la défendent, ils commencent à la combattre. S’ils sont orthodoxes, ils doivent être dans l’Église. S’ils sont orthodoxes sans avoir l’esprit d’Église [et créent des mouvements], il faut les considérer comme des mouvements séculiers. Si l’on se considère orthodoxe, avec un esprit ecclésial, aucun mouvement ou fraternité n’est nécessaire. Il faut être dans l’Église, il faut être obéissant à l’Église, accomplir un service social, et alors le Seigneur dirige Lui-même.

- Mais alors, qui peut-on qualifier d’orthodoxe ?

- L’orthodoxe est celui qui est baptisé et qui, ne serait-ce que dans une certaine mesure, s’efforce de vivre de façon orthodoxe. Il ne suffit pas de confesser les dogmes orthodoxes, mais il faut vivre selon ces règles. Si l’on croit intellectuellement de façon orthodoxe, mais que l’on vit selon des critères tout autres, on ne peut s’appeler orthodoxe. Dans ce cas on peut dire d’un tel homme qu’il est sympathisant de l’Orthodoxie, proche d’elle, mais non pleinement orthodoxe.

En ce qui concerne les canons de l’Église, ceux-ci disposent que celui qui ne fréquente pas les offices pendant trois semaines consécutives et sans raison valable, peut être excommunié de la communauté ecclésiale. Cela ne signifie pas que l’Église doive ignorer ses enfants égarés. Elle prie pour tous. Toutefois, à la proscomédie, dans le sanctuaire, selon les règles ecclésiales, il faut commémorer les membres véritables de l’Église, tandis que lors des offices d’intercession, on peut commémorer tous les baptisés. Dans ses prières personnelles, chacun peut prier pour tous, dont les athées.

Lors de la proscomédie, les parcelles détachées pour les membres de l’Église, sont placées à côté de l’Agneau, ceci signifiant qu’ils portent leur croix et montent avec le Christ au Golgotha. Et il est indispensable que cet acte symbolique ne soit pas en contradiction avec la réalité.

dimanche 2 mars 2014

STARITZA NIKODIMA DE DIVIYEVO † 2/15 mars ( 1990) [5]


5. Le Temps des Troubles

Holy Hieromartry Seraphim (Zvezdinsky)

Saint Hiéromartry Séraphim (Zvezdinsky)

Avant que le monastère ne soit fermé, une période de troubles a commencé. Vladyka Séraphim (Zvezdinsky) y vécut en exil. Comme l'a dit Matouchka, et comme cela est écrit dans les Chroniques, saint Séraphim avait dit: "Je n'ai jamais rien fait ici sans la bénédiction de la Reine Céleste. Tout est la volonté de la Mère de Dieu." 
Le Saint n'y bénit jamais [de travaux] des beaux-arts: pas de peintures, de broderies, ou quoi que ce soit. Sous l'higoumène Maria Ouchakova, le monastère prospéra, et beaucoup de choses furent introduites, y compris une très bonne école d'iconographie. Il y avait quelques objets d'artisanat d'artistes très habiles, des brodeuses d'or, et des dentellières. Lorsque le monastère fut fermé [et confisqué], le gouvernement soviétique tenta de l'utiliser à son profit. Ils décidèrent de construire un secteur de travail basé dans le monastère où ce bel artisanat serait produit; le gouvernement soviétique donnerait de l'argent pour cela, et ces objets seraient vendus à l'étranger. 
Une division naquit dans le monastère, car le Père Séraphim ne donna pas sa bénédiction pour gagner de l'argent par leur travail; [il dit que] le monastère devait vivre par ses propres travaux, mais il ne fallait jamais faire quoi que ce soit pour vendre, car la bénédiction de la Mère de Dieu n'était pas acquise sur ce point. Naturellement, il y eut une division dans le monastère, car après tout, le monastère devait vivre d'une façon ou d'une autre. La Mère higoumène était soucieuse de sa survie. 
Vladyka Séraphim protesta tout de suite, et il s'est alors produit une rupture entre lui et l'higoumène. Comme l'a raconté Mère Nikodima, il ne les a pas bénies pour gagner de l'argent, en disant: "Nous allons travailler pour le gouvernement soviétique, mais nous ne prendrons pas d'argent, nous allons travailler gratuitement, et puis le monastère sera maintenu." Eh bien, répondit l'higoumène: "Et comment allons-nous vivre?" L'évêque dit: "Le Seigneur nous nourrira, mais il ne faut pas prendre de l'argent, nous ne devons pas faire de ce lieu un secteur de travail."
La bienheureuse Maria Ivanovna, qui était la dernière grand esclave de Dieu, était une grande clairvoyante. Matouchka Nikodima était très près d'elle, et elle aimait aussi Matouchka, parce qu'elle lui avait été confiée. Quand Prascovia Ivanovna mourut, Maria Ivanovna prit soin de Matouchka, et elle était entièrement sous sa direction. Maria Ivanovna était au-dessus de toutes ces moniales qui étaient dans ce secteur de travail, ce qui signifie qu'elles avaient convenu de travailler, mais de ne pas recevoir d'argent pour cela. C'étaient l'évêque Séraphim (Zvezinsky), Maria Ivanovna, les "vingt" comme on les appelait, car il y en avait vingt en tout, qui tenaient à ce point de vue. Matouchka était dans une telle disgrâce, qu'elle tomba dans cette vingtaine. C'en est venu au point que puisqu'elles ne se soumettaient pas à l'higoumène, l'évêque et l'higoumène eurent un désaccord. (Dans le livre, Nouveaux Martyrs et Confesseur de Russie par le hiéromoine Damascène, l'évêque Séraphim rapporte qu'il était venu vers Maria Ivanovna se plaindre de la façon dont lui et l'higoumène étaient en désaccord, elle dit seulement: "Ils sortiront tous les deux ensemble." Et en vérité, le NKVD les emmena tous deux ensemble à Nijni-Novgorod). Maria Ivanovna prit la tête de ces vingt, et les bénit pour tenir ferme jusques à la fin. Ensuite, l'higoumène les bénit toutes pour être "détonsurées", et enlever leurs vêtements monastiques et leurs chapelets. Pour ceux qui ont vécu dans un monastère à l'époque, ce fut la pire mesure possible. 
Que devraient-elles faire? Mais la bienheureuse Maria Ivanovna, comme chef de file des moniales en disgrâce, fut enfermée et n'eut pas le droit de sortir, pour l'empêcher de leur donner des conseils. Matouchka déambulait en pleurant car il n'y avait personne à qui s'adresser, Maria Ivanovna était enfermée, et elle ne savait pas quoi faire. Mais elle décidd'aller de toute façon vers "Mamachenka" (Petite Mère, c'est ainsi qu'ils l'appelaient). 
Elle s'approcha de la cellule, et la bienheureuse la vit par la fenêtre. Eh bien, Matouchka avaient alors des clés, même tout  une trousseau de clés. Je ne sais pas quelle obédience elle avait à l'époque, mais elle avait des clefs accrochées à sa ceinture. Maria Ivanovna lui dit: "Pacha, ouvre-moi la porte." " Comment puis-je ouvrir la porte, Mamachenka?" " Eh bien, tu as des clés suspendues là." "Mais laquelle est la clé pour ouvrir la porte?" " N'importe laquelle, Pacha!". 
Elle a donc pris la première qu'elle a trouvée et elle a ouvert facilement la porte. Bien sûr, elle était tout en larmes. "Mamachenka, que dois-je faire?" Mais Maria Ivanovna ne l'a même pas laissée finir (c'est ainsi qu'étaient ces esclaves de Dieu!), et elle a dit: "Pachenka, va maintenant marcher le long du canal; Mère Théophila te rencontrera en cours de route (elle sait tout), et elle te dira: "Pachenka, la Mère higoumène te bénit pour enlever ta kamilavka. Et tu lui répondras: "Bénis, Mère!" Et tu enlèveras ta kamilavka"... (Ceci est un exemple de fermeté pour l'amour de la vérité, c'est-à-dire si vous perdez tout, vous ne devez jamais perdre la vérité). Maintenant, va, Pacha, et verrouille la porte." "Mais avec quelle clé, j'ai oublié quelle clé j'ai utilisé pour l'ouvrir." "Il suffit d'utiliser n'importe quelle clé." Et ainsi, avec une clé tout aussi inconnue, elle referma la porte. Quels êtres de prière extraordinaires! " et vraiment je suis allée marcher le long du canal," dit-elle, "quand j'ai vu Mère Théophila, qui a dit , " Pachenka, pardonne-moi, mais Mère higoumène te bénit pour ôter ton Kamilavka. C'est une obédience." "Bénis, Mère!"

Blessed Maria Ivanovna.

Bienheureuse Maria Ivanovna

Il faut dire que toutes les prophéties de la bienheureuse Maria Ivanovna et de Vladyka Séraphim (Zvezdinsky) devinrent réalité, car ils avaient dit que s'ils prenait l'argent, le monastère serait fermé. Si ces commandements étaient gardés le monastère durerait. Peu de temps après que le secteur de travail ait été élaboré, juste au moment où l'argent est arrivé, le monastère a été fermé, juste pour la fête de la Mère de Dieu "Joie de tous les affligés." Ils avaient une église dédiée à cette icône. 
Mère Nikodima nous a raconté à ce propos... Au dernier office de l'église, toutes les moniales s'assemblèrent en larmes pour se dire adieu. Elle est allée vers la bienheureuse Maria Ivanovna et lui a dit: "Mamachenka, je vais à l'office pour dire au revoir à tout le monde." Mais Maria Ivanovna ne lui permit pas d'y aller: "Non, n'y va pas," dit-elle. " Que veux-tu dire, n'y va pas? C'est la dernière fois, le dernier office dans le monastère. Comment puis-je pas y aller?" "Un roc est tombé là." répondit-elle. "Quel roc? Il n'y a pas de roc qui soit tombé nulle part. (Ces filles de paysans étaient si simples!) Qu'est-ce que tu rêves? Quel roc? Tout est debout comme il l'a toujours été!" "Je te le dis, un roc est tombé." Encore une fois, elle ne comprenait pas." Que veux-tu dire, Mamachenka, aucun roc n'est tombé de nulle part. Tout est comme cela a toujours été." "Non, Pacha, ne va nulle part." 
Et elle ne la laissa pas aller à l'office. "J'étais trempée de larmes", a déclaré Matouchka, "Je voulais aller à l'église, à l'office, mais elle ne voulait rien entendre. J'étais sous sa direction, et comment pouvais- je désobéir? Mais la Bienheureuse la réconforta  et elle lui expliqua tout, en disant que le roc de la foi était tombé. C'est ainsi qu'elle ne fut pas présente au dernier office.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Haïjin Pravoslave (CCXCVIII)



 Montagne d'Athos
Paradis sur cette terre
Accessible à l'âme

上帝的朋友 ( L'ami de Dieu)

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


17 février / 2 mars
Dimanche de l’abstinence des laitages, mémoire de l’exil d’Adam du paradis – dimanche du Pardon

Saint mégalomartyr Théodore Tirone (le conscrit, vers 306) ; sainte Mariamne, soeur de l'apôtre Philippe (I) ; saint hiéromartyr Hermogène, patriarche de Moscou et de toute la Russie, thaumaturge (1612) ; saint Théodore le silencieux, des Grottes de Kiev (XIIIème s.) ; saint néomartyr Théodore (1795) ; saint Nicolas Planas, prêtre à Athènes (1932) ; saint Barnabé de Gethsémani (1906) ; saints hiéromartyrs Michel Nikologorsky et Paul Kosminkov, prêtres (1938) ; sainte martyre Anne Tchetverikova (1940)

Lectures: Rom. XIII, 11-XIV, 4 ; Маtth. VI, 14-21 

DIMANCHE DE L’ABSTINENCE DES LAITAGES

E
n ce dimanche, la sainte Église fait mémoire de l’exil du paradis de nos premiers parents en raison de leur désobéissance et leur absence de tempérance. Par cela est soulignée toute l’importance du labeur du carême qui va commencer. En outre, dans la perte de la béatitude paradisiaque, l’Église veut montrer ce qui est digne de la pénitence et des larmes. « Voici le temps opportun, voici le temps du repentir, écartons les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière : afin qu’en traversant l’océan du carême, nous atteignions la Résurrection du troisième jour de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ qui sauve nos âmes ». Par ces mots, nous sommes appelés à oublier dès ce jour tout ce qui jusqu’à présent occupait nos pensées et nos sentiments et les détournait « de l’unique nécessaire » (Lc X, 42). Dans les lectures de l’épître et de l’Évangile, la sainte Église nous présente ses dernières instructions concernant particulièrement l’ascèse du carême. Le jeûne doit commencer par le pardon aux hommes de leurs transgressions et la renonciation aux œuvres des ténèbres.  Autrement dit, il convient d’accomplir de façon non hypocrite les prescriptions du jeûne et d’adopter une attitude non condamnable à l’égard du prochain. La réconciliation avec tous, le pardon à tous de leurs péchés commis à notre égard, constitue la condition première, principale et indispensable à notre réconciliation avec Dieu. Sans cette réconciliation avec tous, on ne peut s’approcher du Seigneur et s’engager sur le stade du carême et du repentir. De là vient l’usage orthodoxe de demander le pardon mutuellement à la veille du Grand Carême. St Jean Chrysostome enseigne : « nous devons pardonner aux autres non seulement en paroles, mais aussi d’un cœur pur, afin de ne pas, par la mémoire des offenses, diriger le glaive contre soi. Celui qui nous afflige ne nous fait pas autant de mal que nous-mêmes, en nourrissant en soi la colère et nous exposant ainsi à la condamnation de la part de Dieu. Si nous aimons celui qui nous offense, ce mal retombe sur la tête de celui-ci, et il souffre ; mais si nous nous indignons, nous souffrons nous-mêmes et ce à cause de nous-mêmes ».
Tropaire du dimanche, du 3ème ton
Да веселя́тся небе́сная, да ра́дуются земна́я; я́ко сотвори́ дeржа́ву мы́шцею Cвое́ю Го́сподь, попра́ cме́ртiю cме́рть, пе́рвенецъ ме́ртвыxъ бы́сть, изъ чре́ва а́дова изба́ви на́съ и подаде́ мípoви ве́лiю ми́лость.
Que les cieux soient dans l’allégresse, que la terre se réjouisse, car le Seigneur a déployé la force de Son bras. Par Sa mort, Il a vaincu la mort ! Devenu le Premier-né d’entre les morts, du sein de l’enfer, Il nous a rachetés, accordant au monde la grande miséricorde.
Tropaire du saint hiéromartyr Hermogène de Moscou, ton 4
Россíйскiя земли́ первопрестóльниче и неусы́пный о нéй къ Бóгу моли́твенниче, за вѣ́ру Христóву и пáству твою́ дýшу свою́ положи́въ, странý нáшу отъ нечéстiя избáвилъ еси́. Тѣ́мже вопiéмъ ти́ : спасáй нáсъ моли́твами твои́ми, священно-мýчениче Ермогéне, óтче нáшъ.
Primat de la Terre russe et intercesseur infatigable pour elle auprès de Dieu, Toi qui donnas ton âme pour la foi du Christ et ton troupeau, tu as délivré notre pays de l'impiété. Aussi, nous te crions : sauve-nous par tes prières, hiéromartyr Hermogène, notre père.
Kondakion du saint hiéromartyr Hermogène de Moscou, ton 6
Темни́цею и глáдомъ изнуря́емъ, дáже до смéрти вѣ́ренъ пребы́лъ еси́, блажéнне Ермогéне, малодýшiе отъ сердéцъ людéй твои́хъ отгоня́я и на óбщiй пóдвигъ вся́ призывáя. Тѣ́мже и нечéстивыхъ мятéжъ низложи́лъ еси́ и странý нáшу утверди́лъ еси́, да вси́ зовéмъ ти́ : рáдуйся, застýпниче Россíйскiя земли́.
Épuisé par la prison et la faim, tu restas fidèle jusqu'à la mort, bienheureux Hermogène, chassant la pusillanimité du cœur de tes fidèles et les appelant tous à l'exploit. Aussi, tu as renversé les troubles des impies et tu as affermi notre pays, afin que nous te chantions tous : réjouis-toi, défenseur de la Terre russe !
Kondakion du dimanche de l’abstinence des laitages, ton 6
Пpeму́дpocти наста́вниче, смы́сла пода́телю, нему́дрыхъ наказа́телю, и ни́щихъ защи́тителю, yтвepди́, вpaзyми́ cépдце моé Bлады́ко : Tы́ да́ждь ми́ cло́во, Óтчее cло́во, cé бо ycтнѣ́ мои́ не возбpaню́, во éже зва́ти Тeбѣ́ : Mи́лостивe, поми́луй мя́ па́дшаго.
Guide de sagesse, Donateur de l’intelligence, pédagogue des insensés, protecteur des pauvres, affermis et instruis mon cœur, Maître; accorde-moi la parole, ô Parole du Père. Car voici, je n’empêcherai pas mes lèvres de Te crier : Miséricordieux, aie pitié de moi qui suis tombé !

VIE DU SAINT MARTYR HERMOGÈNE, PATRIARCHE DE MOSCOU[1]

Né en 1530 dans une famille d’humble condition de la région de Vologda, saint Hermogène fut élevé dans un petit monastère dédié à la Transfiguration, récemment fondé à Kazan par saint Barsanuphe de Tver. Devenu prêtre séculier dans la paroisse de saint Nicolas, il fut témoin de l’apparition miraculeuse de l’icône de la Mère de Dieu et put la tenir dans ses mains. Quelques années plus tard, après la mort de son épouse, il devint moine puis higoumène du monastère de la Transfiguration. En 1589, il fut consacré métropolite de Kazan et continua l’œuvre de conversion des Tatares, qui avait été entreprise par son prédécesseur, saint Gourias. C’est à grand peine que, par ses prédications et ses écrits, il combattait pour extirper les coutumes païennes de son peuple et pour empêcher les nouveaux convertis de se laisser séduire par les intérêts matériels et d’adhérer à l’Islam, au catholicisme ou au protestantisme. Il montra aussi un grand zèle pour honorer la mémoire des martyrs et des saints évêques qui avaient sanctifié avant lui la terre de Kazan par leur sang et leurs œuvres évangéliques. Doué d’un grand talent littéraire, il écrivit des Vies de saints, des traités théologiques pour la défense de l’Orthodoxie, et éclaira le peuple sur la voie à suivre en ces Temps des Troubles (1605-1613) par une vaste et riche correspondance. La mort de Boris Godounov (1598-1605) avait en effet laissé la Russie dans une grave crise de succession, qui laissait le champ libre aux opportunistes et aux intrigants. En 1605, Grégoire Otrepiev, qui se faisait passer pour Dimitri, le dernier fils d’Ivan le Terrible qui était mort dans des circonstances mystérieuses, usurpa le titre de tsar et décida d’épouser une princesse polonaise catholique. Convoqué à Moscou avec d’autres évêques, Hermogène fut le seul à s’opposer à ce projet au nom de la foi orthodoxe. Il fut pour cela déposé et incarcéré jusqu’à la mort de l’usurpateur, l’année suivante. Lors de l’accession au trône du boyard Basile Chouïsky (1606-1610), et après la déposition du faux patriarche Ignace, saint Hermogène fut élevé à la dignité patriarcale. Aussitôt en place, il restaura l’imprimerie de Moscou, qui avait brûlé, et commença la publication des livres liturgiques, qu’il faisait corriger à partir des originaux grecs et dont il surveillait lui-même l’impression. Malgré son âge avancé (70 ans), il montra alors un zèle ardent pour le soutien de l’Orthodoxie et une grande énergie pour la défense des droits du souverain légitime. Assumer une telle charge en ces temps de changements politiques continuels, de confusion dans la société, d’invasions fréquentes des Polonais et des Lituaniens, et de propagande des jésuites, ce n’était pas choisir les honneurs mais plutôt la croix et le martyre. Dès les premiers mois de son patriarcat, Hermogène dut soutenir de toute son autorité le tsar Basile contre les Cosaques de Bolotnikov et du prince Chakhovskoï qui assiégeaient Moscou. Le patriarche rassembla le peuple, ordonna d’observer un jeûne de trois jours et, grâce à ses lettres encycliques envoyées en différentes cités, des détachements de fidèles patriotes vinrent chasser les rebelles. À peine avait-on célébré la réconciliation solennelle du peuple avec le tsar légitime qu’un autre usurpateur, nommé lui aussi Dimitri, soutenu par les Polonais qui espéraient conduire la Russie au catholicisme, assiégeait Moscou, en promettant de grands avantages à tous ceux qui se rallieraient à lui. En dépit des admonitions du saint patriarche, les rebelles réussirent à obtenir l’abdication du tsar (juillet 1610). Profitant de cette situation, le roi de Pologne, Sigismond, proposa alors aux Moscovites de choisir son fils Vladislav pour tsar, avec la promesse qu’il se convertirait par la suite du catholicisme à l’Orthodoxie. Mais saint Hermogène, discernant qu’il s’agissait là d’une promesse trompeuse, exigea la conversion préalable du prince, par le baptême, avant son élévation sur le trône de Russie, en dépit des menaces de mort qui lui avaient été proférées par les émissaires polonais. Il lança de nouveau un appel pressant à toutes les cités russes, pour qu’elles viennent défendre la capitale désormais occupée par les rebelles et les Polonais. Pendant le Semaine Sainte, ceux-ci détruisirent presque entièrement la ville par le feu, arrêtèrent le patriarche et le jetèrent en prison. Comme une grande armée russe se préparait à faire le siège de Moscou, Hermogène, tiré de sa prison et sommé de la renvoyer, resta inflexible. Cette tentative pour délivrer la ville échoua cependant, et lorsqu’on put rassembler une nouvelle armée à Nijni Novgorod, saint Hermogène trouva le moyen de leur faire parvenir une lettre, envoyée en secret à l’armée et au peuple, dans laquelle il écrit : « Si vous souffrez pour la foi, Dieu vous pardonnera et vous remettra vos péchés dans cette vie et dans l’autre. » Plus les troupes russes approchaient de la ville, plus dure devenait son incarcération. Finalement, il mourut de faim et de soif dans l’horrible cachot où il avait été enfermé, le 17 février 1612, quelques jours avant la libération de Moscou. Au temps du patriarche Nicon (1633), ses saintes reliques, restées intactes, furent déposées dans la cathédrale de la Dormition. Elles étaient l’objet d’une grande dévotion populaire, bien avant sa canonisation officielle en 1913, et de nombreux miracles venaient confirmer sa faveur auprès de Dieu et l’efficacité de son intercession pour le peuple russe.
LES RÈGLES DU JEÛNE
Le typicon – livre qui détermine l’ordo des offices et les règles du jeûne - prescrit pour le Grand Carême l’abstinence de viande, du lait, des œufs et poisson. Il autorise le vin et l’huile le samedi et le dimanche, le jeudi du grand Canon de St André de Crète  et le Jeudi Saint. Le poisson n’est permis que lors de la fête de l’Annonciation de la Très Sainte Mère de Dieu et le dimanche des Rameaux. Le samedi de Lazare, les œufs de poissons sont permis. En tout état de cause, il convient de jeûner avec discernement, selon ses forces, ayant en vue que, selon les Pères de l’Église, il faut tuer les passions et non point le corps. St Païssy Velitchkovsky écrit à ce sujet : « chacun a sa conscience pour mesure et maître intérieur. Il ne peut y avoir une seule règle et une même ascèse pour tous, parce que les uns sont forts et les autres sont faibles, les uns sont comme le fer, les autres comme le cuivre, d’autres encore comme la cire... Un jeûne modéré et raisonnable, c’est là le fondement et le chef de toutes les vertus ». Le carême n’est pas seulement l’abstinence de certaines formes de nourriture, son but est la purification de l’âme. C’est à cela précisément qu’il doit servir.
LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Lc. XXIV, 1-12
Liturgie : Hébr. XI, 24-26, 32 – XII.2 ; Jn. I, 43-51


[1] Tiré du Synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petras (version abrégée).