"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 19 avril 2026

DIMANCHE DE THOMAS


Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est  ressuscité !


Lors de la liturgie de la nuit de Pâques, la lecture de l’Épître était le début des Actes des Apôtres, rédigés par saint Luc. La lecture de l’Évangile était le début de l’Évangile selon saint Jean le Théologien. Ces deux livres de la Bible constituent la source des lectures de la liturgie jusqu’à la Pentecôte, à l’exception du dimanche des Femmes myrrhophores et du jour de l’Ascension.

Le passage d’aujourd’hui est tiré des Actes 5, 12-20 et fait suite au triste récit de la transgression d’Ananias et de Saphira. Saint Luc rapporte les miracles et les signes accomplis par les apôtres parmi le peuple. Il s’agit ici de la population en général et non pas seulement de ceux qui croyaient en la divinité du Christ. De cette manière, beaucoup d’autres se convertirent à la foi en Christ. L'expression « d'un même cœur » traduit l'unité et la concorde qui régnaient au sein de la communauté chrétienne de l'époque. Ils vivaient ensemble et priaient ensemble. Le portique de Salomon était leur lieu de rassemblement préféré, car il s'agissait d'un vaste espace couvert pouvant les accueillir tous et ouvert au public. Ainsi, grâce aux miracles et à la grande notoriété des chrétiens, de nouvelles âmes venaient chaque jour grossir leurs rangs. Le simple fait de toucher le bord du vêtement du Christ était source de guérison, mais après la Résurrection, la simple ombre de saint Pierre suffisait à accorder la guérison. C’était en effet ce qu’avait promis le Christ (Jean 14, 12). 

L’étonnant succès du ministère des apôtres provoqua une réaction de la part des autorités juives, qui avaient haï le Christ. Le récit évoque l’hostilité du grand prêtre, qui était très probablement Caïphe, bien que saint Luc ne le nomme pas. Cependant, il nous dit que le grand prêtre était aidé et soutenu par les sadducéens. Les sadducéens étaient une secte qui occupait une place prépondérante à la fin de l’époque du temple d’Hérode, mais qui tomba dans l’oubli après la destruction de Jérusalem en 70 après J.-C. Ils nourrissaient diverses croyances erronées, notamment le déni de l’immortalité de l’âme et de la vie après la mort, avec les récompenses ou les châtiments qui l’accompagnent. Dans son commentaire, l’archevêque Averky écrit : « La corruption morale et religieuse de l’élite de la société religieuse juive était si grande qu’il n’y avait rien d’étonnant à ce que les grands prêtres appartiennent à la secte des sadducéens ». Par dépit, les chefs religieux firent arrêter les apôtres et les enfermèrent dans la prison publique où étaient détenus les pires criminels. Le Seigneur leur envoya un ange qui non seulement les libéra, mais leur donna l’ordre d’être hardis et de prêcher ouvertement dans le temple.   

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Tropaire – Ton 7 

Lorsque le tombeau fut scellé, Toi, la Vie, ô Christ notre Dieu, Tu es ressuscité de la tombe, et lorsque les portes furent fermées, Toi, la Résurrection de tous, Tu te tenais parmi les disciples, et par eux, Tu as renouvelé en nous un esprit droit, selon Ta miséricorde. 

Dimanche dernier, lors des vêpres pascales, nous avons entendu la lecture de l’Évangile (Jean 20, 19-25) qui nous présente la réaction de saint Thomas à la nouvelle de la résurrection du Christ. Aujourd’hui, nous lisons ce même récit, mais il se poursuit jusqu’au verset 31, qui marque la fin de ce chapitre.



La version King James utilise l’expression « Thomas, l’un des douze, appelé Didyme ». Cela est rendu littéralement dans certaines traductions par « Jumeau ». Thomas avait-il un frère ou une sœur ? Si oui, il (ou elle) n’est mentionné(e) nulle part dans le Nouveau Testament. Thomas était de nature sceptique et avait tendance à être partagé. Le qualifier de sceptique né serait peut-être trop cynique, mais, même s’il aurait voulu accepter quelque chose, son esprit ne pouvait ignorer ses réserves à ce sujet.

Le passage que nous lisons commence le dimanche, premier jour de la semaine. Nous pouvons à peine imaginer la tension qui régnait ce soir-là, après le traumatisme de la crucifixion, puis l’annonce de la résurrection par les femmes myrrhophores plus tôt dans la journée. Nous constatons également un autre changement : les Juifs ne sont plus « nous », mais « eux ». Le fossé entre ceux qui ont accepté le Christ et ceux qui l’ont rejeté commence à se creuser. Les portes étaient fermées, mais le Christ entre, démontrant ainsi que le corps ressuscité n’est plus soumis à des contraintes physiques, bien qu’Il ne soit pas une simple apparition. Pour apaiser les craintes des disciples, Il dit : « La paix soit avec vous », ce qui signifie « n’ayez pas peur ». Nous voyons également une autre évolution. Les disciples étaient des disciples, mais en tant qu’apôtres, ils reçoivent l’autorité qui fait d’eux les représentants du Seigneur. Le Christ souffle sur eux : « Recevez le Saint-Esprit », mais il s’agit d’un don partiel qui s’achèvera à la Pentecôte, lorsqu’ils recevront la plénitude des dons spirituels et le pouvoir d’accomplir des miracles pour l’avancement du Royaume.

Thomas, pour une raison quelconque, n’était pas présent à ce moment-là. Lorsqu’il a entendu la nouvelle : « Nous avons vu le Seigneur », son esprit avait du mal à le comprendre. De nos jours, nous pourrions utiliser l’expression « tu es fou ? »explication possible. Thomas a choisi la voie de la prudence et a exigé une preuve. Une semaine plus tard, la scène se répète et, cette fois, Thomas est présent. Le Seigneur sait tout ; c’est pourquoi Il n’attend pas que Thomas prenne la parole. Il lui rapporte ses propres paroles. Thomas est inspiré, sur le plan théologique, pour exprimer les deux natures du Christ. Il L’appelle « mon Seigneur », un terme utilisé dans le monde humain, puis affirme sa foi en ajoutant « … et mon Dieu ». Les mots « Seigneur » et « Dieu » désignent une seule et même personne. Le Christ dit : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. » Il ne prive pas Thomas de sa part de béatitude, mais il approuve à la fois la foi des autres qui n’ont pas exigé de preuve, et envoie un message à toutes les générations futures. On pourrait s’interroger sur le corps ressuscité du Christ, qui, libéré de la grossièreté terrestre, n’est pas retenu par les murs et les portes. En même temps, Il montre qu’Il n’est pas un fantôme en démontrant qu’Il peut être touché par des mains humaines. En effet, Il montre plus tard à nouveau cette qualité en mangeant alors qu’Il n’a aucun besoin terrestre de nourriture. Il est clair que s’Il n’était qu’un simple fantôme, Il serait incapable de manger.

L’évangéliste mentionne de nombreux autres signes. Il ne s’agit pas ici des miracles accomplis avant la crucifixion du Christ. Ceux-ci ont été accomplis sous les yeux du peuple, mais les signes dont il est question ici s’adressaient exclusivement aux apôtres, qui étaient préparés à leur mission divine. À plusieurs reprises, saint Jean nous dit qu’il y a des choses qui ne sont pas écrites dans ce livre. Nous connaissons bien  le mantra protestant : « La Bible et rien que la Bible ; si ce n’est pas dans la Bible, ce n’est pas vrai ». L’évangéliste affirme que l’Écriture fait partie de la Sainte Tradition, mais qu’elle n’en constitue pas la totalité.

Dans son commentaire, le bienheureux Théophylacte conclut ce chapitre par ces mots au sujet du Seigneur ressuscité : Il est ressuscité et il vit pour nous. Mais quiconque imagine que le Christ est mort et n’est pas ressuscité du tombeau n’a pas la vie en Lui. En effet, en pensant cela, il confirme et assure sa propre mort éternelle et sa corruption.

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Dans le calendrier, nous trouvons non seulement les saints commémorés chaque jour, mais nous constatons également que de nombreuses icônes de la Mère de Dieu ont un jour où elles sont commémorées. Le vendredi de la Semaine lumineuse, nous trouvons la Source de vie, et le dimanche, nous trouvons les icônes de la Glykofilousa (de la Tendresse). Dans un petit ouvrage consacré aux icônes thaumaturges, l’archiprêtre Feodor Kovalchuk observe : « Il existe environ 200 icônes thaumaturges de la Mère de Dieu vénérées par les fidèles orthodoxes russes ». En outre, il précise qu’il existe 300 autres icônes différentes et très aimées.

Source de Vie

Près de la Porte d’Or de Constantinople, au milieu du Ve siècle, se trouvait un bosquet de cyprès et de platanes. Ce lieu était depuis longtemps dédié à la Sainte Théotokos et il y avait une source en son centre. Depuis l’Antiquité, des miracles y avaient été rapportés, mais le lieu était devenu envahi par la végétation et l’eau était recouverte de boue. Un soldat, Leon Marcellos, remarqua un aveugle qui s’était égaré. Il aida l’homme à trouver de l’ombre et partit lui chercher de l’eau. Leon entendit alors une voix : « Leo,  va dans le bosquet, prends l’eau que tu y trouveras et donne-la à cet homme assoiffé. Puis prends un peu de boue et oins-en les yeux de l’homme. Qui suis-je ? Je réside ici depuis longtemps. Avec mon aide, construis ici un temple en mon nom afin que tous ceux qui viendront ici trouvent des réponses à leurs prières et soient complètement guéris de leurs maux ». En se promenant, Léon entendit à nouveau une voix : « Ne te donne pas la peine de chercher ailleurs, Léon, il y a de l’eau juste ici ». Il fut stupéfait, mais ne vit rien au début. Léon se précipita à l’endroit indiqué, fit ce qu’on lui avait dit et la vue de l’aveugle fut rétablie. L’apparition de la Théotokos eut lieu le 4 avril de l’an 450. Lorsque Léon devint empereur (457-473), il se souvint de cet événement et fit construire une église au-dessus de la source, qu’il nomma « la Source de la Vie ». Cette église fut détruite par les Turcs au XVe siècle, mais une nouvelle fut construite en 1835. De nombreux miracles sont attribués à la Théotokos en ce lieu. 

L'icône de la Glykofilousa (« De la Tendresse ») représente la Théotokos et l'Enfant Jésus, joue contre joue. Il existe plusieurs icônes célèbres présentant cette caractéristique, dont l'icône de Donskoï. La fondatrice de notre église aimait particulièrement l’icône de Kazan, car elle est commémorée dans le calendrier, en novembre, le jour de sa naissance. Cette icône, qui se distingue nettement des autres, représente la tête et les épaules de la Théotokos, avec l’Enfant Jésus debout à sa gauche. Nous en possédons trois exemplaires dans notre église. L'une se trouve sur l'iconostase, une autre en hauteur sur le mur ouest de l'église. Le troisième se trouve dans l'autel et a été réalisé en Roumanie avec des inscriptions en roumain, bien que l'icône soit d'origine russe, comme l'indique son nom. 

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Version française Claude Lopez-Ginisty

d'après


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