"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 18 mars 2024

Père Victor Potapov: Dimanche du Pardon

 

Père Victor Potapov
Recteur de la Cathédrale St John the Baptist
Washington DC
USA

Chers frères et sœurs en Christ,

Il y a longtemps, on nous a appris à dire "Pardonne-moi".  Nous avons appris à dire ces mots dans notre enfance lorsque nous voulions que nos frères et sœurs continuent à jouer avec nous, ou que notre mère nous laisse regarder la télévision le soir.  Dans notre jeunesse, nous avons appris à les dire lorsque nous voulions reprendre une conversation téléphonique de plusieurs heures avec un ami ou chuchoter entre nous à notre pupitre à l'école...

          En tant qu'adultes, nous nous efforçons de faire la paix avec nos parents âgés lorsqu'ils se plaignent - avec ou sans raison - et de faire la paix avec ces mêmes amis proches et, en fin de compte, avec ceux que nous aimons.

          Cependant, avec l'âge, il arrive de plus en plus souvent que les mots "pardonne-moi" prennent un sens plus profond que lorsque nous les prononçons en passant, entre d'autres sujets et d'autres pensées. 

          C'est alors que cette phrase, si facile et commode pour résoudre les problèmes, devient insupportablement lourde et difficile.

          Elle reste coincée sur la langue, elle frappe avec force dans notre tête, elle nous serre la gorge.

          Il nous semble que nous pouvons nous convaincre de nous défaire de notre obligation de demander pardon, parce que nous n'avons pas le temps, ou parce que "les choses vont se résoudre d'elles-mêmes", ou parce que "il/elle a déjà compris".  Nous n'évoquerons même pas les excuses si commodes : "et puis, pourquoi devrais-je le faire ?" ou "c'est lui qui est en cause".

          Ainsi, les non-dits s'accumulent et le cœur est de moins en moins souvent saisi par la conscience.

          Nous nous habituons peu à peu au fait que marcher devient moins facile qu'avant, qu'il est plus difficile de respirer librement, et que croire n'est pas si simple.

          Il nous semble qu'il en a toujours été ainsi et qu'il en sera toujours ainsi.

          Puis vient le jour de l'année où nous sommes inévitablement et directement confrontés à la pensée de notre dette impayée.

          Il est alors impossible de se détourner, de rentrer la tête dans les épaules ou de se cacher derrière les excuses et les raisons habituelles.

          Et bien souvent, nous avons bien plus de dettes que celles qui nous viennent à l'esprit dans ces premières minutes :

          Les "Pardonne-moi" adressés aux parents - pour avoir été agacés par leurs conseils, par leurs plaintes routinières sur la santé.  Après tout, un jour, nous serons à l'autre bout du fil, à nous plaindre à nos enfants.

          "Pardonne-moi" à nos enfants - de ne pas passer des minutes et des heures avec eux, de ne pas les féliciter à haute voix, de ne pas éviter les paroles dures.

          "Pardonne-moi à ceux que nous aimons pour toutes nos actions qui ne correspondent pas au terme "amour". ...

          "Pardonne-moi" à ceux à qui nous sommes redevables - pour avoir si vite oublié la dette.

          "Pardonne-moi" à ceux qui nous sont redevables - pour nous être encore souvenus de cette dette.

 "Pardonne-moi" à Celui qui, avec tant d'amour et de sollicitude, nous a donné et continue à nous donner la vie, malgré le nombre de fois où nous avons oublié ou omis de dire "pardonnez"....

          "Pardonne-moi" à Celle qui supplie chaque jour son Fils de nous donner plus de temps pour nous souvenir et réaliser tout cela.

          Le plus souvent, ôter le poids du non-dit qui s'est solidement ancré en nous demande un grand effort.  Mais expérimenter une seule fois ce que c'est que de respirer profondément, de sentir combien il est plus facile de marcher la tête haute - c'est quelque chose que vous n'oublierez pas, quelque chose qui vous poussera à vous précipiter à la recherche de ce pardon chaque année.  Mieux encore : chaque jour.  Toute votre vie.

          Cela vaut la peine de passer cette journée à tirer de votre mémoire accommodante et oublieuse les personnes devant lesquelles votre culpabilité s'est accumulée depuis longtemps, ou qui sont apparues soudainement et par inadvertance alors que vous étiez en train de "courir à toute allure".  Ceux devant lesquels notre conscience nous dit que nous devons encore être acquittés.

          Deux mots : "Pardonne-moi". "

          Ils ne garantissent pas qu'à l'avenir nous ne commettrons pas d'erreurs ou que nous ne serons pas injustes, mais en eux réside la possibilité de retrouver la capacité de croire et d'aimer vraiment.

          Ainsi, alors que nous entamons notre pèlerinage vers la Terre Sainte de Pâques, pardonnez-moi, moi votre pasteur et recteur, toutes mes transgressions qui vous ont affectés, vous et les vôtres.

       Seigneur, aie pitié de moi pécheur !

En Christ

Père Victor Potapov

Version française Claude Lopez-Ginisty




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