"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

vendredi 8 juillet 2011

Père Alexis Young: Les moines orthodoxes celtes furent-ils les premiers en Amérique?

Timbre représentant Saint Brendan découvrant les îles Féroé et l'Islande

Pendant des siècles, on a fermement cru et enseigné que l'Amérique du Nord a été découverte par Christophe Colomb. Plus récemment, il a été convenu que les Normands ou Vikings ont probablement été sur ce continent vers l'an 1000. "Mais", comme les rédacteurs du National Geographic Magazine le font remarquer, "c'était peut-être un groupe de vagues, et pourtant très réels, moines marins irlandais qui a même précédé les Vikings de plus de quatre siècles." [1] En effet,il y a des preuves pour que cela puisse être vrai.

Au XXe siècle un certain nombre de chercheurs ont commencé à soupçonner que la saga médiévale connue comme le "Voyage de l'higoumène saint Brendan" (Navigatio Sancti Brendani Abbatis) n'était pas du tout une "pieuse fable", mais la narration d'un voyage réel - un voyage par saint Brendan et un certain nombre de moines d'Irlande à la côte Est de l'Amérique du Nord, avec des récits de ce que nous pouvons maintenant identifier comme les éruptions volcaniques d'Islande, une rencontre avec une baleine, et les icebergs.

Initialement, cette interprétation fut rejetée parce que les experts doutaient que quiconque pouvait avoir traversé l'Atlantique avec le type de bateau primitif ou en cuir à coque "curragh" connu pour avoir été utilisé très tôt par les marins irlandais ou celtiques. Ils doutaient, c'est-à-dire, jusques à ce que, dans les années 1970, l'explorateur britannique Timothy Séverin, traversât avec succès l'océan dans un bateau en cuir (une copie du bateau de saint Brendan), prouvant indubitablement que les moines irlandais pourraient avoir navigué avec leurs bateaux de cuir vers le Nouveau Monde, avant les Normands, et bien avant Colomb..." Tout aussi important, cela montre que le Voyage de Brendan n'était "pas de simples et splendides fantasmes médiévaux, mais un récit très plausible... fondé sur des faits réels et de véritables personnes." [2]

Pourtant,  il n'y avait aucune preuve réelle pour montrer que des Européens étaient allés en Amérique du Nord dès le sixième siècle, quand le "Voyage" de Brendan  est sensé avoir eu lieu.

Et puis, en 1982, un pétroglyphe - une inscription gravée dans la paroi d'une falaise ou d'un rocher - dans le comté du Wyoming, en Virginie occidentale, a été enregistré et identifié. Ce site avait été découvert en 1964, mais ce n'est qu'en 1970 qu'un archéologue de l'Etude Economique et Géologique  de Virginie Occidentale  l'a étudié et a conclu que ce pétroglyphe (roche sculptée) avait au moins cinq à sept cents ans, sinon plus, et était en contraste marqué avec les autres pétroglyphes connus dans la région. Douze ans plus tard, un archéologue éminent avec vingt-sept ans d'expérience sur le terrain, Robert L. Pyle, manifesta un sérieux intérêt pour ces pétroglyphes. Le Docteur Pyle, qui a une cote de GS-9 comme archéologue du gouvernement fédéral et est autorisé à faire des travaux archéologiques sur les projets fédéraux, n'avait pas de programme particulier à l'esprit, à la différence de Timothy Severin, qui cherchait à prouver qu'un bateau celtique primitif pourrait faire un voyage trans-atlantique, le Docteur Pyle voulait simplement scientifiquement et objectivement déterminer, si possible, quel était le sujet de ce pétroglyphe particulier.


Pétroglyphe de Wyoming passé à la craie à la craie.
Crédit: Gerald Ratliff

Autorité de premier plan dans le domaine des langues anciennes, et professeur émérite à Harvard, le Docteur  Barry Fell,se joignit à l'équipe de l'enquête. Il conclut que ces pétroglyphes "semblent dater du sixième-huitième siècle après Jésus-Christ, et qu'ils sont écrits en vieille langue irlandaise, employant un alphabet appelé Ogam, trouvé aussi sur d'anciennes inscriptions rupestres en Irlande... [et] sur un manuscrit de Dublin, connu sous le nom de "Tract Ogam", composée par un moine inconnu au XIVe siècle." [3] La première surprise est venue quand le message a été déchiffré:

"Au moment du lever du soleil, un rayon frôle l'encoche sur le côté gauche le jour de Noël, fête de l'Eglise, les sept premiers de l'année [chrétienne], la saison de l'avènement du Sauveur béni, le Seigneur Jésus-Christ . Voici, il est né de Marie, une femme. " [4]


Trois Chi Rho celtiques (les lettres grecques - "X" et "R" - pour le Christ) apparaissent aussi sur ces pétroglyphes (à l'extrême droite).



La deuxième surprise est venue quand les enquêteurs ont décidé de tester l'inscription par le calcul de la date du calendrier julien quand la fête de la Nativité tombait entre 500 et 800 après Jésus-Christ. Ainsi, le 22 décembre (nouveau style) 1982, ils sont allés sur le site avant l'aube et ont regardé et attendu. Soudain, alors que le soleil venait sur une crête, "une lueur de soleil pâle frappa le symbole du soleil sur le côté gauche des  pétroglyphes, et le soleil levant baigna le panneau entier dans la chaude lumière du soleil... pénétrant comme dans un entonnoir à travers une triple encoche formé par le surplomb rocheux. " [5]

Une autre inscription, appelée le Horse Creek Petroglyph [pétroglyphe de la crique du cheval] (dans le comté de Boone, en Virginie occidentale), a également donné une traduction chrétienne avec  l'utilisation du  Chi Rho.

Fig. N  Horse Creek Petroglyph

Photographie du pétroglyphe de  Horse Creek.
Crédit: Arnout Hyde, Jr.



Bien sûr, une enquête plus approfondie et l'étude de ce sujet fascinant est justifiée, et des tests importants sont en attente pour certains artefacts trouvés sur ces sites. Mais pour l'instant, nous pouvons dire qu'une preuve est lentement mais sûrement élaborée sur l'existence des Celtes, très problablement des moines, sur ce continent bien avant tous les autres [voyageurs] venus de l'Occident.

Ceci est particulièrement intéressant parce que les chrétiens celtes étaient aussi des chrétiens orthodoxes, appartenant à l'Eglise une, véritable et universelle du Christ, et avant que l'Occident ne se soit séparé de l'Eglise orthodoxe au dixième siècle. Leur spiritualité, loin d'être la "spiritualité New Age" à la mode que beaucoup d'écrivains d'aujourd'hui attribuent anachroniquement  aux anciens Celtes, a été complètement orthodoxe dans l'enseignement ainsi que dans la pratique monastique et ascétique.

En effet, le Père Grégoire Télépneff, dans son étude passionnante et érudite, The Egyptian Desert in the Irish Bogs [le désert égyptien dans les tourbières irlandaises], conclut que le christianisme celtique révèle en réalité des influences "coptes significatives* [c'est-à-dire égyptiennes] d'un genre spécifiquement monastique." [6]

Ces "trouvailles" archéologiques en Virginie occidentale et ailleurs, qui semblent indiquer une présence celtique et monastique sur ce continent de plus d'un millier d'années, donnent un impératif aux chrétiens (orthodoxes ou non) d'étudier l'Occident Orthodoxe (en particulier dans la vie des saints) comme il était avant le Grand Schisme. Parce que la floraison riche et authentique de l'orthodoxie, en particulier dans le christianisme orthodoxe celte, est caractérisée par à la fois l'ascèse et la sainteté, il peut être aussi nourrissant pour l'âme qu'il l'était pour les croyants d'il y a un millénaire et un plus.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

 Orthodox Life [ Vie orthodoxe], 
no 1, 2001, p. 33-36.
cité par 

** NOTE OODE: "Copte" est une anglicisation du "qoubt" arabe. Les Coptes sont les descendants directs des anciens Egyptiens. L'Eglise copte (antichalcédonienne) est la portion de l'Eglise d'Alexandrie, qui a rompu avec les autres Eglises orthodoxes dans le sillage du quatrième Concile œcuménique de Chalcédoine en 451. Partageant un patrimoine commun préalablement avec les orthodoxes (chalcédoniens) de l'Eglise d'Alexandrie, elle a  ses origines chez l'Apôtre Marc. Le mot "copte", initialement utilisé pour faire référence aux Egyptiens (natif du pays)  en général, est aussi utilisé dans le texte ci-dessus, mais il a subi un glissement sémantique au cours des siècles pour signifier plus précisément "Égyptien chrétien*. "Suite à la convention standard de savants, Père Grégoire Télépneff utilise le mot "Copte" dans son étude comme synonyme d'égyptiens, c'est, comme un terme général indiquant les descendants ethniques des anciens Egyptiens (pré-chrétiens) et de leur langue afro-asiatique distincte (maintenant morte, sauf pour les usages  liturgiques). En tant que tel, l'utilisation de "Copte" ne doit pas être confondu avec son sens populaire, plus commun comme terme désignant spécifiquement les égyptiens antichalcédoniens, à savoir, les membres de l'Église dite Copte.

Notes 
1. "Who Discovered America? A New Look at an Old Question," National Geographic, December 1977.
2. "The Voyage of Brendan," by Timothy Severin, ibid.
3. "Christian Messages in Old Irish Script Deciphered from Rock Carvings in W. Va.," by Dr. Barry Fell, Wonderful West Virginia, March 1983
4. Ibid.
5. "Light Dawns on West Virginia History," by Ida Jane Gallagher, Wonderful West Virginia, ibid.
6. Telepneff, Fr. Gregory, The Egyptian Desert in the Irish Bogs: The Byzantine Character of Early Celtic Monasticism, 1998

Saint Brendan, icône du diacre Paul Homes
Patriarcat de Moscou/ Paroisse de Bruxelles
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