"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mercredi 11 février 2009

Saint Michel Archange

Voir aussi l'acathiste à Saint Michel: 

Михаил Архангел

Dès l’origine du monde, depuis l’Ancienne Alliance jusques aux temps qui sont nôtres, le saint Archange Michel est intervenu dans l’histoire des hommes. Investi de la puissance de l’Éternel et sous Sa gouverne, il a toujours terrassé les forces du Malin qui voulaient détruire les fidèles. Dieu l’envoie régulièrement à la rescousse des hommes dans l’Histoire de notre salut, mais nous pouvons, aux temps de la détresse, lorsque nous sommes découragés et sans forces, faire appel à lui en lui adressant une fervente prière.
Son nom signifie en hébreu « Qui est comme Dieu ? ». Et lorsque nous serons par son intercession puissante délivrés de notre épreuve, nous comprendrons qu’il est aussi en vérité le bien nommé… Et nous remercierons le Seigneur de nous avoir donné un protecteur aussi efficace.

Le Saint Archange Michel 
dans l’histoire du salut des hommes

Grand Archistratège des célestes milices* Nous te supplions indignes que nous sommes* De nous protéger par tes prières* Et de nous garder à l’ombre des ailes de ta gloire immatérielle* Nous qui t’implorons instamment à genoux* O Prince des puissances d’en Haut* Délivre-nous de tout danger.
(Tropaire de l’Archange Saint Michel, Ton 4)

En langue hébraïque, Michel [Micaël] est une interrogation qui signifie «Qui est comme Dieu?». Depuis l’origine du monde jusques au temps qui est nôtre, devant les innombrables miracles accomplis par le saint Archange du Seigneur, cette interrogation est en vérité une réponse. Elle clame à tous ceux qui sont gratifiés de ces miracles que le mérite en revient indubitablement à Dieu par l’intermédiaire de Son messager incorporel. 
L’Archange est le prototype parfait de la Sainteté. Dans l’histoire de notre salut, Dieu se manifesta d’abord aux êtres humains par Ses puissances incorporelles, puis par les hommes et les femmes qui s’étaient tellement immergés en Son Amour que l’on ne pouvait que rapporter à Lui toutes leurs actions. 
Depuis toujours, Dieu écoute, entend, comprend, guérit, réconforte, apaise, encourage. Il le fit d’abord avec Ses anges puis par les saints, eux qui voulurent dans la chair et par Sa grâce retrouver Son image et Sa ressemblance. Les anges et les saints accomplissent donc l’œuvre de miséricorde et de salut de Dieu. C’est là, certes, grande merveille, mais la sainteté des incorporels ou celle des hommes, aussi extraordinaires soient-elle, ne sont qu’un pâle reflet de la gloire et de la puissance divines. C’est ce qu’enseignent clairement la parfaite obéissance des saints anges et l’insigne l’humilité des hommes et femmes sanctifiés dans l’Église.
L’Archange saint Michel apparaît dès le premier livre de la Bible à notre Père Abraham et à Agar, sa servante devenue son épouse (Genèse 12). Il est porteur de grand espoir et d’une immense bénédiction avec l’annonce la naissance d’Ismaël. Il est ensuite mandé par Dieu vers Lot pour le prévenir de la destruction de Sodome et l’arracher à l’embrasement qui allait la détruire (Genèse 19). Il intervient pour arrêter le bras de notre père dans la foi Abraham qui allait sacrifier Isaac (Genèse 22). Il sauve Jacob de la mort certaine (Genèse 27, 41). Il aide le peuple hébreu à sortir de l’esclavage d’Egypte et le guide vers la Terre Promise par la nuée le jour et la lueur la nuit (Exode 13, 21). Il se tient devant Balaam, un glaive à la main pour l’empêcher de maudire Israël. Il apparaît à Josué à Jéricho où il se révèle comme chef de l’Armée du Seigneur (Josué 5, 13) Il envoie Gédéon délivrer Israël (Juges 6, 11). Il est le soldat de Dieu obéissant à la perfection, que Dieu arrête lorsqu’Il voit le repentir du saint prophète David et qu’Il épargne pour cela la destruction à Jérusalem (1 Chroniques 21). Il se montre maintes fois au saint prophète Elie dans les Chroniques des Rois. Il est son soutien manifeste et parfait. Il combat les Assyriens et les défait ( 2 Rois 19, 35). Il se tient auprès d’Ananias, d’Azarias et de Misaël qu’un jugement inique a jetés dans la fournaise de Babylone parce qu’ils ne voulaient pas se souiller en adorant une statue faite de main d’homme. Il est auprès de ces trois enfants qui n’ont pas renié le Dieu vivant d’Israël au profit d’une ignoble parodie humaine de sainteté. Il loue le Seigneur avec eux. ( Daniel 3, 92). Il vient dans la fosse où avait été précipité le saint Prophète Daniel, fermer la gueule des lions ( idem 6, 23) Il sauve les saints apôtres, de leurs geôles (Actes 5, 19), va vers Philippe afin qu’il s’approche du chariot de l’Eunuque de la Reine d’Ethiopie et pour le conduire au baptême. (Actes 8, 26). Il guide Corneille le Centenier en marche vers la Lumière, vers l’apôtre Pierre qui l’illuminera par le baptême. Il est auprès de l’apôtre Paul dans sa mission, de saint Jean l’Évangéliste lors de la rédaction de l’Apocalypse. Selon ce livre de Révélation, il doit livrer le dernier combat des forces du Bien contre les puissances du Malin ( Apocalypse 12.7 et sq.). Et c’est lui qui, lors du Jugement Dernier, évaluera nos actes, c’est dire son importance dans l’histoire du salut des hommes.
Depuis les origines de l’Eglise, l’intercession du saint Archange Michel, comme celle des autres anges a été considérée comme une aide spirituelle puissante et efficace dans les temps d’épreuves et de désarroi. La puissance de l’intercession des anges était telle que le Malin induisit en erreur des fidèles et les mena à l’idolâtrie. Ces égarés se séparèrent de l’Église et se perdirent. Ils constituèrent la secte des « angéliques » qui offraient aux anges le culte dû au seul Dieu dans la Trinité. Pour éviter que l’enseignement de la sainte Église soit mêlée à l’erreur, le trente-cinquième canon du Concile de Laodicée ( IVème siècle) a même établi quelle devait être la place des puissances célestes dans la vénération des fidèles. Saint Nicodème l’Aghiorite dans son commentaire de ce canon précise que ce canon n’a pas voulu interdire que les fidèles demandent l’intercession des saints anges, mais les garder de tomber, comme les « angéliques », dans la ctismatolatrie, c’est-à-dire la vénération des êtres créés. (cf Saint Nicodème l’Aghiorite in THE RUDDER (PEDALION), The 60 Canons, p. 567, The Orthodox Christian Educational Society, Chicago, USA, 1957)
A toutes les époques de l’histoire chrétienne, l’Archange Michel a été présent et son secours a remis sur la voie du Dieu Trine ceux qui chancelaient. Lors de ses célébrations la Liturgie orthodoxe répète même les paroles adressées par Saint Michel aux anges qui n’avaient point failli lors du combat contre les anges déchus. « Soyons attentifs ! Tenons-nous droits ! Tenons-nous avec crainte ! ». Et l’Église chante l’hymne des anges au Seigneur qui répondait à l’injonction de l’Archistratège : « Saint, Saint, Saint, Le Seigneur Dieu Sabbaoth. Le ciel et la terre sont emplis de Ta gloire ! »
A Colosses en Phrygie, l’apôtre Jean, prêchant l’Evangile avec Philippe avait prophétisé la venue de l’Archistratège Michel à Chérétopa. Une source jaillit à l’endroit indiqué par le Théologien bien-aimé du Christ. Elle avait de très grands pouvoirs de guérison. Une église fut érigée au dessus de cette source où vécut plus tard un homme originaire de Hiérapolis nommé Archippe qui devint par ascèse et prière et pure grâce de Dieu un grand thaumaturge. L’ennemi du genre humain suscita la fureur et l’hostilité des païens des alentours qui tentèrent à plusieurs reprises d’arrêter le flot de miracles qui coulaient avec la source sur les misères des êtres humains. Par la violence, la ruse et la méchanceté, ils ne réussirent pas à accomplir leur forfait. Ils échouèrent en effet malgré leur tentative de noyer les fidèles dans l’église en détournant le cours de deux rivières qui coulaient plus haut, en captant leurs eaux par un barrage qu’ils rompirent soudain. Le saint Archange apparut alors à Archippe qui priait et debout devant les eaux furieuses et menaçantes, il heurta le sol de son bâton quand elles l’atteignirent. Le roc céda, laissant s’engouffrer les eaux et les déviant de leur course mortelle pour l’église et ses fidèles. Les flots y sont encore à ce jour absorbés par la pierre, comme dans un creuset ou entonnoir. C’est le sens du toponyme « Chonais » ou « Chonè », par lequel on nomma ce lieu de la manifestation de la puissance et de la miséricorde divines par l’intervention miraculeuse de Son saint Archange Michel. Cet événement est solennellement fêté le 6 Septembre dans l’Eglise Orthodoxe et une icône représente le saint Archange arrêtant les flots de son bâton, Saint Archippe se tient debout dans une attitude de prière, les mains levés vers le Ciel d’où l’Archistratège est venu manifester la puissance et la protection de Dieu.
Autrefois, l’occident chrétien célébrait aussi avec grandes cérémonies la fête de saint Michel. En ces temps anciens, les certitudes de la foi n’étaient pas remises en cause et le secours céleste était le recours dans les périodes d’infortunes et de revers. On y enseignait ainsi que les anges intercèdent pour nous et c’était une pratique pieuse répandue que de les invoquer. L’Écriture qui est pour notre foi le fondement et le garant du sérieux et de la légitimité de notre pratique religieuse était invoqué pour légitimer cette intercession des incorporels : « Jacob pria celui avec lequel il avait lutté pendant la nuit de lui donner sa bénédiction. Étant au lit de la mort, il demanda la même grâce pour Ephraïm et Manassès ses petits fils à l’ange qui l’avait conduit et protégé. Si les anges nous donnent leur bénédiction et nous accordent des secours encore plus importants, pouvons-nous douter qu’ils n’adressent à dieu des supplications en notre faveur ? » (cf VIES DES SAINTS D’alban Butler et de Godescard, 29 septembre, Saint Michel, LILLE 1856) Ainsi, saint Michel était particulièrement vénéré au Moyen Age. En témoigne très éloquemment les lois ecclésiastiques publiées en 1014 par Ethelred, Roi d’Angleterre : « Que tout chrétien, qui a l’âge prescrit, jeûne trois jours au pain et à l’eau, ne mangeant que des racines crues avant la fête de saint Michel, et que tout homme aille à confesse et à l’église nu-pieds…Que chaque prêtre aille trois jours nu-pieds en procession avec son peuple ; que chacun prépare ce qu’il lui faudrait de vivres pour trois jours, observant toutefois qu’il n’y ait rien de gras, et que le tout soit distribué aux pauvres. Que tout serviteur soit dispensé de travail pendant ces trois jours, pour mieux célébrer la fête, ou qu’il ne fasse que ce qui est nécessaire pour son usage. Ces trois jours sont le lundi le mardi et le mercredi de la fête de saint Michel. » En occident, l’Archistratège était invoqué pour la « bonne mort ». Une prière du missel de Troyes en Champagne s’adressait ainsi à lui :

 Mychiel, prince très glorieux
qui es prévos lassus es cielx
là te donna Dieu tel poissance
quar Il te donna la balance
pour trestoutes âmes peser
[…]
Pourtant te pry, benois archanges
Qui es digne de grans loanges,
Que tu me vueilles resgarder
En mon corps et m’âme garder,
[…]
Encor te vueil je deprier
Et de bon cuer toy supplier
Que quant nos âmes s’en iront
Et du corps se départiront,
que tu les veuilles recevoir 
affin qu’elles puissent avoir
Ioye sanz fin et sanz partie,
Et avoir pardurable vie,
Laquelle nous veuille ordonner
Et noz lieux nous veuille ordonner
Ihésus li Filz de Dieu le Père,
Emprès Sa glorieuse Mère.  

(c'est-à-dire: « Michel, prince très glorieux/ Qui est prévôt en haut des cieux/Là Dieu te donna grande puissance/ Car Il te donna la balance/Pour peser toutes les âmes/[…]/ Pourtant je te prie Archange béni/ Qui est digne de grande louange/ De vouloir bien me considérer/ Et garder mon corps et mon âme/[…]/Je veux encore te prier avec insistance/ Et de bon cœur te supplier/ Que lorsque nos âmes s’en iront/ Et du corps se sépareront/ Que tu veilles les recevoir/ Afin qu’elles puissent avoir/ Joie sans fin et sans partage/ Et avoir vie éternelle/ Laquelle nous veuille accorder/ Et nos places nous veuille préparer/ Jésus le Fils de dieu de Père/ Auprès de Sa glorieuse Mère. »)

Saint patron de nombreuses professions, il était fêté avec les autres puissances célestes le vingt-neuvième jour de septembre.

Mais l’Archange agit encore dans le monde actuel… En Grèce, à Mandamadou, dans un monastère où tous les moines avaient été tués par des pirates sarrasins, il fut demandé à un survivant, par l’Archange apparu auprès des saints martyrs, l’exécution d’une icône à sa ressemblance. Le moine protesta qu’il ne savait pas dessiner et qu’il n’avait rien pour ce faire et saint Michel lui enjoignit de faire une icône avec la terre et le sang des martyrs. Le moine survivant s’exécuta. Ceci advint entre le dixième et le onzième siècle… depuis ce jour, l’icône accomplit pour tous les blessés de la vie d’innombrables miracles. Rien n’est impossible à Dieu et à Sa miséricorde manifestée à temps et à contre temps par intervention du saint Archistratège. Des livres recensent régulièrement ses interventions miraculeuses.

L’Archistratège du Seigneur est toujours là, vigilante sentinelle à la lisière de notre inquiétude. C’est nous qui sommes souvent absents de la Maison de Dieu et de ce qui est Sa fondation, à savoir la foi fervente, celle qui déplace les montagnes. Retrouvons la voie simple de ces petits enfants que bénissait le Seigneur, nous reprendrons alors le chemin sur lequel saint Michel apparut à nos pères les Patriarches de bienheureuse mémoire et à nos frères et sœurs en Christ les saints et les saintes. Faisons l’Office de cet acathiste au saint Archange Michel avec « crainte, foi et amour de Dieu »(Paroles prononcées lors de la Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome, pour inviter les fidèles à communier), retournant dans l’éternel présent du Royaume ( Note de bas de page : L’acathiste est un office qui peut être célébré sans prêtre. C’est l’office de prédilection des pieux laïcs dans l’Eglise russe et dans l’Eglise grecque ( où les laïcs chantent aussi le service de la paraclèse). Il se lit debout. Un lecteur psalmodie les différents ikoi et kondakia. Ceux qui assistent à cet office, peuvent rejoindre la prière en répétant une fois l’Alléluia et la dernière salutation du kondakion. Lorsque l’office est célébré avec un prêtre, le chœur chante souvent les salutations et l’Alléluia)
Demandons-lui son intercession bénie pour que, sur la Terre des Vivants, nous soyons déjà cheminant vers la Jérusalem Céleste et vers la Présence ineffable.

Claude Lopez-Ginisty

Saint Triphon le 26 août/8 septembre 2004 A.D.
Fête des Saints martyrs Adrien & Nathalie et de leurs 33 compagnons de Nicomédie, des Saints Timothée et Faust d’Antioche, Des Saints Ammon, Théophile, Néotère et de leurs compagnons à Alexandrie, de Saint Corbinien de Bavière, du Saint Moine Joasaph, Prince Indien, de Saint Disibode de Bingen, de Saint Kingsmark du Pays de Galles, de Saint Sophroine d’Ibérie, de Saint Arsène de Konevits, des Saints et pieux Roi et Reine du Wessex Ina et Ethelburge, de Saint Alexandre (Jacobson) néomartyr de la Maison d’Israël (1930) & de tous les autres Saints dont Dieu garde à jamais la bienheureuse mémoire…

Aucun commentaire: