"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 20 juin 2010

Père Vasile Tudora: Le silence intérieur


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J'ai toujours aimé ce dialogue du film Pulp Fiction:

- N'est-ce pas détestable?
- Qu'est-ce qui est détestable?"
- Ces silences pénibles. Pourquoi croyons-nous qu'il faille dire des bêtises [pour meubler ces silences]? Afin d'être à l'aise? "
- Je ne sais pas. C'est une bonne question.
- [ Ce qui est bien] C'est quand vous savez que vous avez trouvé quelqu'un de vraiment spécial, quand vous pouvez simplement vous taire [...] pendant une minute. Partager confortablement le silence.

En effet, pourquoi devons-nous toujours dire quelque chose? Ou, dans le même ordre d'idée, pourquoi devons-nous écouter quelque chose tout le temps: la radio dans la voiture, la télévision à la maison, l'iPod lorsque l'on travaille, et nous pouvons donner encore de nombreux exemples.

Mettez trois personnes dans un ascenseur pendant quelques minutes et vous verrez immédiatement le début d'une conversation. La météo, les équipes sportives locales, la crise financière et d'autres sujets d'ordre général prospèrent dans tous les véhicules communautaires en mouvement. Personne ne veut juste voyager en silence et tout le monde ressent le besoin de dire quelque chose, ou du moins de sourire, de faire un clin d'œil, d'interagir en quelque sorte avec les autres. Une chose est claire: tout le monde déteste ce silence pénible.

Le terme lui-même est cependant paradoxal: pourquoi le silence met mal à l'aise? Après tout le silence est associé à la paix, à la tranquillité qui est le contraire du fait d'importuner.

La réponse pourrait être qu'il y a une chose qui nous effraie quand nous devons être seul en sa compagnie. L'Archimandrite Meletios, du monastère de Saint-Jean, en Californie, affirme qu'il s'agit de nos pensées. Notre esprit génère un flux ininterrompu de pensées, ou logoismoi, comme les Pères grecs les appellent. Ce courant de pensée, originaire de la séparation originelle entre notre esprit et notre cœur (noûs), c'est ce qui nous rend fous quand il y a du silence autour de nous. Tout à coup, nous avons à traîter tous nos troubles intérieurs, toutes nos frustrations, nos dépressions, tous nos sentiments profonds qui sont masqués lorsque nous focalisons notre attention sur autre chose. La conversation et toutes sortes d'autres substituts sont comme un pansement sur une plaie vive.

Le problème de la pensée intérieure est très important parce que les pensées sont la racine de toutes nos activités. Aucun péché n'est fait sans passer par l'esprit qui en donne l'ordre. Arrêtez l'ordre et vous cesserez de pécher. Dans notre esprit, nous sommes en guerre, une guerre invisible, comme les gens aiment l'appeler, dans laquelle notre chemin de vie comme personne est défini.

L'esprit est tellement touché par ces pensées imparables qu'il devient insupportable parfois; c'est là que provient le malaise du silence. La seule façon de l'arrêter est de faire ce que saint Théophane le Reclus dit: "Sortez de la tête et allez dans le cœur." Le coeur ou le noûs (je vais utiliser ces deux termes indifféremment) est la seule partie de nous qui ne soit pas affectée par les logoismoi parce que c'est la partie qui a pu établir le contact avec Dieu, et Dieu n'a pas besoin d'être expliqué par des mots, Il est seulement. L'objectif devient alors de couler notre esprit dans notre cœur et d'étreindre la paix qui vient de la présence de Dieu dans notre cœur. Jusqu'à ce que nous ayons complètement rendu notre esprit à Dieu, nous continuerons à être dérangés par des pensées.

A propos du Royaume des Cieux, saint Isaac le Syrien dit que le langage du futur, c'est le silence. Cela peut sembler étrange pour un grand nombre qui ne peut pas imaginer une éternelle communion avec Dieu silencieuse, et sans paroles.

Nous imaginons qu'à la fin nous serons en mesure de demander et de trouver des réponses à toutes nos questions, et Dieu prêchant, expliquera tout ce que nous voulons savoir. Je doute que ce sera le cas parce que dans la présence de Dieu, il n'y a plus de questions et de réponses, pas de bruit, pas de distractions ou de divertissement, mais seulement l'Amour qui coule et remplit tout. La présence même de Dieu est suffisante pour satisfaire tout besoin ou toute question que nous pourrions avoir.

Lui, le Logos, le Verbe incarné est la réponse. Il a été, est et sera toujours la réponse à toutes nos questions. Il suffit de se taire et d'écouter.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

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