"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 19 novembre 2017

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

6/19 novembre
24ème dimanche après la Pentecôte

Saint Paul le Confesseur, archevêque de Constantinople (350) ; saint Luc de Taormine, moine (IXème) ; saint Barlaam de Khoutyne (1192) ; saint Luc, économe des Grottes de Kiev (XIIIème s.) ; saint Germain, archevêque de Kazan (1567) ; saint Barlaam de Keret (XVIème s.) saints nouveaux martyrs de Russie : Nicétas, évêque d’Orekhovo-Zouïevsk, Anatole (Berjitsky), Arsène (Troïtzky), Nicolas (Dvoritsky), Nicolas (Protasov), Constantin (Lioubomoudrov), prêtres, Varlaam (Nikolsky), Gabriel (Vladimirov) et Gabriel (Moura), moines, Nina (Chouvalov) et Séraphime (Gorchkov), moniales (1937), Basile (Krylov), prêtre (1938).

Lectures : Éph. II, 14–22. Lc VIII, 41–56; saint : Hébr. VII, 26 – VIII, 2. Lc. XII, 8–12.

SAINT PAUL LE CONFESSEUR



S
aint Paul naquit à Thessalonique à l’aube du IVe siècle. Lors du premier Concile de Nicée, il était encore tout adolescent, mais il fut peu de temps après rangé parmi les clercs de l’Église de Constantinople. Il se signalait par la pureté de sa vie, sa douceur et son enseignement irréprochable de la foi orthodoxe. C’est pourquoi il fut ordonné diacre, puis prêtre, par l’archevêque Alexandre, alors qu’il était encore jeune. Aimé de tous les fidèles de la capitale, il fut consacré archevêque, en 340, à la mort d’Alexandre qui l’avait désigné comme son successeur. Son élection déchaîna cependant la haine des ariens qui le calomnièrent auprès de l’empereur Constance, qui se trouvait alors à Antioche. Lorsqu’il apprit la consécration du jeune orthodoxe, il revint furieux dans la capitale et réunit un concile d’évêques ariens, qui déposa Paul et le remplaça par l’évêque de Nicomédie, Eusèbe : un des chefs de file de l’hérésie. 

L’arianisme semblait alors pouvoir triompher définitivement puisque l’empereur et l’archevêque de Constantinople en étaient d’ardents partisans. Dès son installation, Eusèbe commença à traquer avec acharnement les défenseurs du concile de Nicée. Mais Dieu n’abandonna pas son Église : Eusèbe mourut après une année, et les orthodoxes de la capitale rappelèrent Paul, qui s’était réfugié à Rome, auprès du pape Jules, et où il avait retrouvé saint Athanase d’Alexandrie, lui aussi exilé pour le Nom du Christ. Au moment de reprendre son siège, le saint confesseur se trouva mêlé à de nouveaux troubles populaires, car les ariens avaient élu et ordonné un successeur à Eusèbe : l’hérétique Macédonius, qui joignait le blasphème contre la divinité du Saint-Esprit à l’erreur d’Arius quant à la divinité du Verbe. 

Informé de la situation, l’empereur Constance donna, d’Antioche, l’ordre à Hermogène, le chef militaire de la Thrace, d’entrer avec ses troupes dans la capitale et d’en chasser Paul par la force. Le peuple s’ameuta, des combats sanglants éclatèrent partout dans les rues, faisant de nombreuses victimes, et Hermogène lui-même fut victime de la vindicte populaire. Les émeutiers le tuèrent, traînèrent son corps à travers la ville et brûlèrent sa demeure. Paul put donc être rétabli sur son siège, mais pour peu de temps, car l’empereur furieux arriva en force à Byzance, en chassa saint Paul, qui alla chercher refuge à Rome, et il déchaîna aussi sa colère sur Macédonius, l’accusant d’avoir été la cause de tous ces troubles. En Occident, Paul obtint le soutien de l’empereur Constant qui résidait à Trèves et, grâce aux lettres de réprimandes que le pape adressa aux évêques orientaux pour leur attitude envers sa personne et à l’égard de saint Athanase, il put, au bout de quelque temps, regagner son siège au milieu de l’allégresse populaire. 

Mais Constance, ne pouvant trouver de repos dans sa lutte contre les orthodoxes, chargea bientôt le préfet Philippe d’expulser Paul et de replacer Macédonius sur le siège de la reine des villes, sans toutefois réitérer les troubles qu’avait occasionné l’intervention d’Hermogène. C’est pourquoi Philippe usa d’un stratagème pour attirer saint Paul vers l’établissement de bains et, sous prétexte de lui rendre les honneurs, il le fit enlever en secret et exiler à Thessalonique, d’où le malheureux évêque se rendit de nouveau à Rome. 

En 347, à l’issue du concile de Sardique, Athanase et Paul purent reprendre possession de leurs sièges. Pendant environ trois ans, l’Église de Constantinople connut, autour de son pasteur légitime, la paix et la sécurité de l’Orthodoxie. Mais ce répit fut de courte durée, car, en 350, le comte Magnence se souleva contre l’empereur orthodoxe d’Occident, Constant, et fut proclamé empereur par ses troupes. Ses prétentions à l’empire universel obligèrent Constance à engager une guerre contre lui et, après de dures campagnes, l’empereur hérétique s’empara de Lyon et reconstitua à son profit l’unité de l’Empire. 

L’équilibre qu’avait procuré jusque-là la présence d’un empereur orthodoxe en Occident était désormais rompu et Constance put déchaîner librement ses persécutions contre les défenseurs de la divinité du Fils de Dieu. Il fit arrêter saint Paul et le fit conduire, chargé de lourdes chaînes, à Singar d’abord, puis à Émèse, et enfin à Cucuse dans la lointaine Arménie. C’est là qu’un jour où le saint évêque célébrait la Divine Liturgie, les ariens se ruèrent dans l’église et l’étranglèrent au moyen de son omophorion  (entre 351 et 357).                                (Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)

Tropaire du dimanche, 7ème ton
Pазрyши́лъ ecи́ Кресто́мъ Tвои́мъ сме́рть, отве́рзлъ ecи́ разбо́йнику pа́й, мироно́сицамъ пла́чь преложи́лъ ecи́ и aпо́столомъ проповѣ́дати повелѣ́лъ ecи́, я́ко воскре́слъ ecи́, Xpистé Бо́же, да́руяй мípoви вéлiю ми́лость.
Tu as détruit la mort par Ta Croix, Tu as ouvert le paradis au larron,  Tu as transformé le pleur des myrophores, et ordonné à Tes Apôtres de prêcher que Tu es ressuscité,  Christ Dieu, accordant au monde la grande miséricorde.

Tropaire de saint Paul le Confesseur, ton 3
Боже́ственныя вѣ́ры исповѣ́даніемъ друга́го Па́вла тя́ Це́рковь, ревни́теля во свяще́нницѣхъ, показа́, свозопіе́тъ ти́ и Авель ко Го́споду, и Заха́ріина кро́вь пра́ведная. Отче преподо́бне, Христа́ Бо́га моли́ дарова́тися на́мъ ве́ліей ми́лости.
La confession de la divine foi a fait de toi pour l'Eglise un autre Paul par le zèle de pontife que tu manifestas; avec celui d'Abel et de Zacharie  vers le Seigneur crie justice ton propre sang. Père vénérable, prie le Christ notre Dieu de nous accorder la grande miséricorde.

Kondakion de saint Paul le Confesseur, ton 2
Облиста́вый на земли́, я́ко звѣзда́ небосвѣ́тлая, Каѳоли́ческую просвѣща́еши Це́рковь ны́нѣ, о не́йже и страда́льчествовалъ еси́, ду́шу твою́, Па́вле, предложи́въ, и, я́коже Заха́ріина и Авелева, я́сно вопіе́тъ твоя́ кро́вь ко Го́споду.
Ayant fait briller sur terre comme un astre la lumière des cieux, tu éclaires à présent l'Église universelle; tu luttas pour elle, bienheureux Paul, donnant ta vie, et comme celui d'Abel et de Zacharie ton sang crie de la terre, appelant le Seigneur.
Kondakion du dimanche, 7ème ton
Не ктому́ держа́ва смéртная воз-мо́жетъ держа́ти человѣ́ки; Христо́съ бо сни́де, сокруша́я и разоря́я си́лы ея́. Cвязу́емъ быва́етъ а́дъ, пpоpо́цы согла́сно ра́дуются: предста́, глаго́-люще, Спа́съ су́щымъ въ вѣ́рѣ, изыди́те, вѣ́рніи, въ воскресéніе.
Désormais l’empire de la mort ne peut retenir les mortels, car le Christ y est descendu pour briser et défaire sa puissance. L’enfer est enchaîné, les prophètes jubilent, disant d’une seule voix : « Il est venu, le Sauveur, pour ceux qui ont la foi ; fidèles, allez à la rencontre de la Résurrection ! »

HOMÉLIE DE SAINT NICOLAS VÉLIMIROVITCH
SUR L’ÉVANGILE  DU JOUR[1]
Le Seigneur est comme une colonne de feu dans l’histoire de l’univers, dont les âmes mortes reçoivent la lumière, la chaleur, le mouvement et l’attirance. Il est aussi cet Arbre de vie qui, à peine effleuré, fait revivre les corps défunts, les redresse, les fait marcher et les fait parler. Il est aussi le baume pur et parfumé porteur de la santé ; dès qu’ils l’effleurent, les aveugles ouvrent les yeux, les sourds entendent de nouveau, les muets reparlent, les insensés retrouvent la raison, les lépreux sont purifiés et les malades, même gravement, sont guéris. L’évangile de ce jour évoque un cas supplémentaire où, par un simple contact avec le Christ, des malades sont guéris et des morts sont ressuscités. Et voici qu’arriva un homme du nom de Jaïre, qui était chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il Le priait de venir chez lui, parce qu’il avait une fille unique, âgée d’environ douze ans, qui se mourait (Lc 8, 41-42). À quel moment cet épisode se situe-t-il ? À l’époque où le Seigneur était revenu en barque de la région de Gadara de l’autre côté du lac, où Il avait auparavant libéré deux possédés des mauvais esprits, puis apaisé une tempête sur le lac. Après avoir réalisé ces deux miracles très célèbres, Il était maintenant appelé à en accomplir un troisième : ressusciter un mort, et tout cela dans un temps très court, comme pressé de réaliser le plus possible de bonnes actions pour les hommes pendant Sa vie terrestre, nous donnant ainsi un exemple à suivre pour faire le bien, pour agir tant que nous avons de la lumière. Bien que les trois miracles cités soient très divers, ils possèdent une caractéristique commune : ils montrent tous la puissance souveraine du Christ Sauveur : sa souveraineté sur la nature, sa souveraineté sur les démons et sa souveraineté sur la mort, c’est-à-dire sur les âmes humaines. Il est difficile de dire laquelle de ces trois actions est la plus redoutable, la plus glorieuse et la plus prodigieuse. Qu’est-ce qui est le plus difficile : apaiser les éléments déchaînés de l’eau et des airs, guérir des déments inguérissables, ou ressusciter un mort ? Chacun de ces trois actes est tout aussi difficile pour un homme mortel et pécheur, tandis que les trois sont tout aussi faciles pour le Christ Seigneur. Quand on se plonge dans chacun de ces trois miracles en particulier, on ressent la grandeur et le souffle de cette toute-puissance qui a, au début, créé le monde : Dieu dit : « Que la lumière soit », et la lumière fut (Gn 1, 3).  Cet homme du nom de Jaïre est qualifié de chef par l’évangéliste Matthieu (Mt 9, 18-26). De leur côté, les évangélistes Marc et Luc précisent que Jaïre était chef de la synagogue où se traitaient les affaires religieuses et populaires. Sa fille unique était sur le point de mourir. Quelle horreur pour lui qui, comme tout le peuple juif, avait une foi faible et indécise dans la vie après la mort. Pour cet homme de pouvoir, c’était un choc double : d’abord le chagrin paternel, puis un sentiment de honte et d’humiliation devant le peuple, car une perte aussi terrible était considérée comme une punition divine. Dans ce cas, Jaïre se jette aux pieds de Jésus et lui dit : Ma fille est morte à l’instant ; mais viens lui imposer ta main et elle vivra (Mt 9, 18). Pourquoi l’évangéliste Luc écrit-il que la fille de Jaïre se mourait, tandis que l’évangéliste Matthieu dit qu’elle est déjà morte ? Luc décrit les choses comme elles se sont passées, et Matthieu rapporte les mots du père. N’est-ce pas l’habitude des gens d’exagérer les choses ? Une telle exagération vient d’abord du fait qu’un malheur, qui survient de façon inattendue, semble beaucoup plus grand qu’il n’est ; par ailleurs, celui qui réclame de l’aide représente habituellement le malheur comme plus important qu’il n’est afin d’obtenir de l’aide le plus tôt possible. N’entend-on pas souvent crier, lors de l’incendie d’une maison : « Au secours, ma maison a brûlé ! » En fait, la maison n’a pas brûlé, elle brûle. Le fait que la fille de Jaïre n’était pas morte au moment où celui-ci s’est adressé au Seigneur sera confirmé plus tard par les serviteurs de Jaïre. Mais la foi que Jaïre avait dans le Christ n’était pas aussi forte que celle du centurion romain à Capharnaüm. Tandis que celui-ci empêchait le Christ d’entrer dans sa maison, estimant qu’il était indigne d’un tel honneur, et ne Lui demandait que de dire un seul mot : dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri (Mt 8, 8), Jaïre invite le Seigneur à entrer chez lui, et même à poser Sa main sur sa fille morte. Une telle foi possède quand même quelque chose de matériel en elle. Viens lui imposer ta main ! Jaïre demande au Christ un geste palpable pour guérir. Comme si la parole du Christ était moins capable de thaumaturgie que la main du Christ ! Comme si la voix qui avait apaisé la tempête et les vents et expulsé les démons des hommes possédés puis, plus tard, avait ramené à la vie Lazare qui était mort depuis quatre jours et inhumé, n’était pas capable de ressusciter la fille de Jaïre ! Mais le Seigneur est très miséricordieux ; Il ne repousse pas le père plongé dans le chagrin parce que sa foi n’est pas parfaite ; Il vient tout de suite à son secours.



[1] Extrait des Homélies de saint Nicolas Vélimirovitch sur les Evangiles des dimanches et jours de fête, Coll. Grands Spirituels orthodoxes du XXème siècle, L’Âge d’Homme 2016.

samedi 18 novembre 2017

LA MONIALE MEGALOSCHEME MARIA: une ascète de la prière (4)


Cathédrale en l'honneur de l'icône 
 de la Mère de Dieu de Kazan à Komsomolsk-sur-Amour

Alexandra a écrit à propos de la façon dont les gens appréciaient les prières et les bénédictions, de la staritza, combien de guérisons se produisaient, comment les gens trouvaient un logement, comment chaque porte s'ouvrait, comment les tickets étaient facilement achetés et comment les situations devenaient prospères.
Cathédrale en l'honneur de l'icône de Kazan de la Mère de Dieu à Komsomolsk-sur-l'Amour
Un membre de la chorale de la Cathédrale de l'icône de la Mère de Dieu de Kazan, Olga Dimitrievna Grischenko, a décrit la façon dont les prières de Matouchka aidèrent sa petite fille: «En juin 1998, nous avions une fille, Elena. Quand elle avait un mois, l'ophtalmologiste avait dit que le canal lacrymal était bloqué dans l’un de ses yeux, et il avait même prévu une opération pour mardi, pour percer le canal. "
Les yeux de sa fille s’infectèrent. C'était très effrayant car sa fille était très jeune. Je savais que Matouchka la moniale mégaloschème Maria de Moscou, vers qui beaucoup de gens se tournaient avec des demandes et des problèmes, était en ville à ce moment. Elle était venue pour aider par ses prières.
"J'ai pris ma Lenochka et suis allée voir Matouchka et je lui ai parlé de ma fille malade. Matouchka nous a reçues tendrement. Elle a dit que nous devions d'abord nous tourner vers le Docteur Céleste, puis vers un docteur terrestre. Puis Matouchka se tut et devint pensive. Ce n'est que plus tard que j'ai réalisé qu'elle priait pour nous, pécheurs. Puis Mère Maria dit qu'il y avait eu un traumatisme à la naissance qui avait pincé le canal lacrymal. Elle nous bénit pour demander un moleben à l'icône de la Mère de Dieu de Kazan avec une bénédiction d'eau, et d'utiliser l'eau pour se laver les yeux. C'est ce que nous avons fait.
Quand nous sommes allés voir l’ophtalmologiste le mardi, le médecin a dit que l'opération n'était pas nécessaire - le canal lacrymal s'était ouvert. Ainsi, le Seigneur et la Mère de Dieu avaient essuyé nos larmes par les prières de Matouchka. "
Une résidente de Komsomolsk-sur-Amour, Martova Tamara, écrit une lettre décrivant la façon dont de fortes tentations furent dissipéées par les prières de la staritza. La famille de Tamara (son mari, sa fille, son frère, sa mère et elle-même) envisageait d'émigrer. Il restait deux semaines avant leur départ, ils avaient déjà commandé leurs billets, et leurs affaires étaient déjà emballées. Mais leur cœur était agité, qu'est-ce qui les attendait dans un pays étranger?
Tamara et sa fille allèrent à l'église. Mère Maria était là à ce moment-là. Ils allèrent la voir et partagèrent leurs soucis. La staritza dit: «Ils ont besoin d'esclaves là où vous allez !», et elle leur donna la béniction de rester. La lourdeur quitta immédiatement leur cœur, et ils furent très heureux de la bénédiction de Matouchka. Mais comment transformer tous ces événements n'était pas clair. Après tout, son mari et son frère voulaient partir. Tamara demanda finalement à Matouchka, "Comment devrais-je faire pour que nous ne partions pas?"
Et puis, selon Tamara, un vrai miracle se produisit. Elle rentrait chez elle avec sa fille, s'inquiétant. Comment pouvait-elle tout expliquer aux hommes? Soudain, son frère vint les voir et dit: «Je ne pars pas encore.» Et Tamara et son mari répondirent joyeusement d'une seule voix: «Et nous ne partons pas!» Alors ils sont restés dans leur pays natal, ce que maintenant ils ne regrettent pas du tout. Ainsi la famille de Tamara évita un acte précipité, et maintenant ils s'en souviennent tous joyeusement.

Les prières de la moniale mégaloschème Maria ont aidé, et pas seulement dans des circonstances difficiles. L'essentiel était qu'elle priât pour le salut des gens, et ils viendraient à la foi, pour vivre pieusement.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

vendredi 17 novembre 2017

LA MONIALE MEGALOSCHEME MARIA: une ascète de la prière (3)



Eglise dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu
œuvre de Mère Maria à
Komsomolsk-sur-Amour

Connaissance de Matouchka
Komsomolsk-sur-Amour    
J'ai reçu beaucoup de lettres de Komsomolsk-sur-Amour, dans lesquelles ils parlaient de Matouchka sincèrement et avec amour. Ses enfants spirituels décrivaient à quel point son apparence les avait influencés: la simplicité, le silence, pas d'exaltation, une voix calme et paisible... Le regard de ses yeux gris-bleus plongeait directement dans votre âme, semblait-il.
La servante de Dieu Tatiana écrit: «La première chose que j'ai vue à son apparition, c'était ses yeux. Ils m'ont regardé avec un tel amour! L'amour en sortit dans un flux lumineux. Et je me suis retrouvée dans ce flux sans fin, une pluie d'amour, et je me suis sentie comme un enfant, en sécurité, sous sa chaude protection maternelle. J'étais debout dans une sorte de stupéfaction béate, et j'ai oublié toutes les questions que j'avais préparées. Et j'ai pensé: «Pourquoi devrais-je poser des questions sur quoi que ce soit? Après tout, tout est clair. Dieu existe, et tout vient de Lui, et toutes choses sont dans Sa volonté. "
L'une des enfants proches de Matouchka, Natalia Ivanovna, travaillait dans une école technique de Komsomolsk-sur-Amour en tant que professeur et chef du département de génie mécanique quand elle rencontra la staritza. Sa situation de travail était tendue à ce moment-là.
Natalia Ivanova commença à aller à l'église et à aider dans l'église après les offices, et l'église devint rapidement sa maison. Puis en mai 1998, le dimanche, elle alla à l'église comme d'habitude, et après le service, on lui demanda de nettoyer les porte-cierges. Soudain, elle vit une foule de gens se rassembler autour d'une moniale, tous répétant joyeusement: «Matouchka est arrivée, Matouchka est arrivée!» Mais Natalia Ivanovna ne la connaissait pas. Elle voulait vraiment approcher cette matouchka et la rencontrer, mais elle avait une obédience à remplir. Elle s'éloigna des porte-cierges, mais elle ne put pas se frayer un chemin à travers la foule jusqu'à Matouchka. Elle revint et recommença à nettoyer les porte-cierges. Cela arriva à plusieurs reprises.
Puis Natalia Ivanovna releva la tête une fois de plus - et juste devant elle, se tenait Maria. Elle la regardait attentivement et sérieusement, les yeux dans les yeux. C'était un tel regard concentré, vif et clair que Natalia Ivanovna fut comme électrocutée. Il semblait que Matouchka voyait tout ce qui était en elle depuis toujours.
Souriante, Mère Maria demanda où travaillait Natalia. Puis elle dit de façon inattendue, "Prie quand tu vas au travail."
Puis le prêtre emmena Matouchka, qui répéta ces paroles à leur séparation: «N'oublie pas. Prie quand tu vas au travail. "
Et c'est ce que fit Natalia Ivanovna. Et, miraculeusement, tout s'améliora au travail. La situation changea complètement et le travail devint beaucoup plus agréable. Ainsi, Matouchka avait vu toutes ses difficultés au travail dans l'esprit et l'avait aidée à y faire face.
Natalia Ivanovna devint une enfant spirituelle de la moniale mégaloschème Maria et fut nourrie par la staritza pendant huit ans, jusqu'à sa mort en 2006.
Une ascète de la prière
Matouchka était une ascète de la prière. Natalia fut une fois témoin de sa prière. Elles parlaient de quelque chose qui arrivait, et Mère Maria, se détournant, pria pour quelqu'un qui était en difficulté. Natalia se souvient avoir été frappée par cette courte prière: Matouchka s'adressait à la Mère de Dieu comme si celle-ci se tenait là. Elle priait pour tous ses enfants spirituels et pouvait sentir dans son esprit quand quelque chose n'allait pas chez eux, et ses enfants spirituels pouvaient ressentir la prière de la staritza. Tout fonctionnait par sa prière, et tout se remettait en place. Les prières de Matouchka aidaient dans des circonstances difficiles.
Une fois Natalia fut gravement malade. Elle avait habituellement des réserves de médicaments, car à cette époque elle souffrait de maux de gorge sévères, mais pour une raison quelconque, le médicament était épuisé. Elle mesura sa température - elle dépassait déjà 39 degrés. Sortant du lit avec difficulté et chancelante, elle se dirigea vers le placard et vérifia de nouveau la boîte à médicaments - elle était vide. Il n'y avait même pas d'antipyrétiques. Elle s’allongea à nouveau  dans son lit et sentit à quel point il lui était difficile de respirer, et elle commença à enfler. Natalia essaya de prier, mais tout était confus dans sa tête. Elle se souvint que ses derniers mots s'adressaient à sa mère spirituelle, et elle glissa  quelque part dans l’inconscience.
Dans la matinée elle fut réveillée par les rayons du soleil jouant sur son oreiller. Sa tête n'avait plus mal. Elle était légère; Tout son corps était plein de vitalité et de force. Elle était tout à fait en bonne santé! Natacha s'habilla et alla voir Matouchka. Alors qu'elle montait les escaliers, Matouchka lui ouvrait déjà la porte et, de la porte lui dit: «As-tu pris du poids? Dieu merci!"
La servante de Dieu Alexandra de Komsomolsk-sur-Amour m'a raconté dans une lettre comment la maladie chronique de lpeau de sa mère, qui la tourmentait depuis des années, s'en allait par les prières de Matouchka, se retirant le lendemain des prières.
La servante de Dieu Alexandra de Komsomolsk-sur-l'Amour m'a raconté dans une lettre comment la maladie de peau chronique de sa mère, qui la tourmentait depuis des années, s'en alla par les prières de Matouchka, disparaissant le lendemain des prières.

Alexandra parla également de la maladie grave et de la guérison de son petit-fils, qui était allongé en salle d'isolement. L'enfant d'un an et demi était en si mauvaise santé qu'il avait été décidé de lui faire une transfusion sanguine; les injections et les intraveineuses n'aidaient pas. En larmes, Alexandra alla voir Matouchka et demanda ses saintes prières pour l'enfant. Le lendemain, l'état de son petit-fils s'était nettement amélioré. Ils ne durent pas faire de transfusion sanguine, l'enfant se rétablit et ils le laissèrent sortir de l'hôpital.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

jeudi 16 novembre 2017

SOLIDARITE KOSOVO

Arnaud Gouillon, directeur de Solidarité Kosovo, a été interviewé pour le magazine Original. Ce mensuel a été créé par Jelena Djokovic, la femme du champion de tennis Novak Djokovic. Ils sont tous les deux très engagés dans l'aide humanitaire auprès des Serbes les plus démunis, dont ceux du Kosovo.
Sur quatre pages, Arnaud a présenté l'association, sa genèse, ses développements, ses réussites passées et ses projets. Une belle opportunité dans la mesure où Original est lu par de nombreux Serbes, qui auront donc l'occasion de découvrir Solidarité Kosovo ou d'en apprendre plus sur l'association.
C'est pourquoi Arnaud a tenu à parler explicitement des 10000 donateurs français de l'association, qui soutiennent généreusement les enclaves chrétiennes du Kosovo et entretiennent l'amitié franco-serbe.
La première double-page de l'interview montre une photo des enfants de l'école de Gornja Bitinja, que nous avons rénovée au début de cette année.

Voici quelques extraits de l'interview.
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Votre ONG à pour particularité de ne pas seulement apporter de l'aide humanitaire mais de faire en sorte que les familles que vous aidez deviennent autonomes et puissent se passer à terme de l'aide humanitaire. Pourquoi ce choix ?
Oui, c'est notre objectif. Parallèlement aux convois humanitaires qui sont malheureusement toujours indispensable à la survie des Serbes du Kosovo, nous travaillons à développer des projets autosuffisants.
L'objectif est double : tout d'abord de permettre aux habitants des enclaves de travailler et de vivre de leur labeur et non plus d'aide humanitaire. En effet, ces gens sont valeureux et souhaitent s'en sortir par la force de leurs mains. Le deuxième objectif est de fournir grâce à la production de nos fermes suffisamment de nourriture à la soupe populaire diocésaine qui nourrit chaque jours plus de 2000 personnes, essentiellement âgées ou des familles nombreuses.
[...]
Quel est le bilan de votre aide apportée aux enclaves serbes du Kosovo depuis 2004 ?
Sur ces 13 dernières années nous avons organisé plus de 40 convois d'aide humanitaire d'une valeur dépassant les 3,5 millions d'euros. En partenariat avec le diocèse du Kosovo-Métochie, nous avons investi plus de 1,5 million d'euros dans l'Éducation, l'Agriculture et la Santé. Nous avons rénové 27 écoles, construit 4 fermes, une conserverie de légumes et une laiterie-fromagerie et installé de nombreuses serres agricoles. Nous avons organisé près d'une centaine de conférences et d'actions dans toute la France, durant lesquelles nous avons expliqué la situation dans laquelle vivent les chrétiens du Kosovo et comment nous les aidons.
Comment parvenez-vous à mener à bien cette tâche pharaonique ?
Nous avons réussi à réunir autour de notre projet plus de 10000 donateurs français, qui sont autant de familles qui sont solidaires des Serbes du Kosovo. C'est grâce à ces gens de bonne volonté et à leur fidèle soutien que nous pouvons réaliser toutes ces actions humanitaires.
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Arnaud Gouillon, qui vit désormais la plupart du temps à Belgrade, consacre depuis plusieurs années une part importante de son temps à faire connaitre Solidarité Kosovo au peuple serbe. Aujourd'hui, il est sans doute une des personnalités françaises les plus connues en Serbie, et il est même apparu l'an dernier dans le top 20 des personnalités ayant marqué l'année selon le quotidien national le plus lu de Serbie.
Il reçoit régulièrement des remerciements de Serbes de tous âges qui découvrent grâce à lui que tous les Français n'ont pas oublié le peuple serbe. Sans oublier bien entendu les nombreux Serbes du Kosovo qui trouvent dans ce soutien la force de résister et de rester sur leurs terres. 

L'équipe de "Solidarité Kosovo"

PS : vous pouvez contribuer au développement de nos activités en nous faisant un don. Par chèque à l’ordre de Solidarité Kosovo à envoyer à BP 1777, 38220 Vizille, ou par Internet en cliquant sur paypal :

Solidarité Kosovo étant reconnu d’intérêt général, chaque don ouvre droit à une déduction fiscale à hauteur de 66% du montant du don. A titre d'exemple, un don de 100 € vous permet de déduire 66 € sur la somme de vos impôts à payer. Ainsi votre don ne vous coûte en réalité que 34 €.

www.solidarite-kosovo.org          Solidarité Kosovo BP 1777, 38220 VIZILLE, FRANCE
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mercredi 15 novembre 2017

LA MONIALE MEGALOSCHEME MARIA: une ascète de la prière (2)



Mère Maria pendant la guerre patriotique

Enfance et adolescence
Mère Maria est née le 3 avril 1922 dans la province d'Orel. Après leur mariage, ses parents furent forcés de se séparer parce que son père partit travailler ailleurs. Il fut retardé pour une raison quelconque et ne revint pas à la date promise. Puis sa belle-mère la chassa de chez elle - ils n'avaient pas besoin d'une bouche supplémentaire à nourrir. En larmes, la jeune femme alla à l'église et pria longtemps, implorant la protection de la Mère de Dieu. Quand, épuisée par une longue prière, elle s'enfonça dans le banc du narthex, dans un rêve éclatant, elle vit une vision miraculeuse. La Mère de Dieu lui apparut. La Reine du Ciel la réconforta et lui dit que son époux allait bientôt rentrer chez eux et qu'ils auraient trois filles. Elle bénit particulièrement sa fille cadette.
Et cela arriva; la fille cadette était Maria. La petite fille grandit et la prière devint son occupation préférée. Encore bébé, elle allait dans la forêt et priait Dieu dans la solitude. Ainsi, dès l'enfance, le sceau d'élection de Dieu apparut sur l'enfant. Maria grandit et devint une jeune fille petite, mais belle et mince: Blonde, avec des yeux gris-bleus, expressifs, elle attira beaucoup d'attention. Mais elle se maintint dans une certaine rigueur, n'allant pas aux bals avec les autres filles. Elle aimait seulement prier.
Au début de la guerre, Maria fut diplômée de l'école de formation pedadogique. Elle s'inscrivit à l'école de reconnaissance de l’armée de l’air de Tula et fut ensuite envoyée au front. Elle traversa toute la guerre, qui pour elle se termina seulement en 1946 à Königsberg.
La Voie étroite
Maria se maria après la guerre et eut deux enfants. Quand ses enfants eurent grandi, elle quitta le monde et devint moniale, puis fut tonsurée dans le schème. [1]
Le monachisme est un mystère, et chaque tonsure est aussi un mystère. L'âme entend la voix de Dieu, répond et suit Dieu. Mère Maria parlait très peu ou pas du tout d'elle-même, parce que la vie spirituelle n'est pas un spectacle. Par conséquent, ses enfants spirituels apprirent sa vie par des phrases entendues ailleurs, des bribes de conversations et des félicitations au jour de la Victoire.
Église en l'honneur de la Dormition de la Très Sainte Théotokos à Komsomolsk-sur-l'Amour
Ainsi ses enfants spirituels apprirent comment un phénomène très miraculeux se produisit dans sa vie, comme avec sa propre mère. La Génitrice de Dieu lui apparut et l'appela à la suivre. Elle l'appela à quitter le monde et lui donna la bénédiction pour construire une église en l'honneur de la Dormition de la Mère de Dieu Très Pure de Komsomolsk-sur-Amour.
Pendant de nombreuses années, personne ne savait comment une moniale de Russie centrale s'était retrouvée en Extrême-Orient. Et ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'elle a parlé avec parcimonie et avec précaution de cette apparition miraculeuse, alors que ses nombreux enfants spirituels l'interrogeaient.

Ainsi, par hasard, ils apprirent la vie de Matouchka avant sa tonsure. Elle était si modeste qu'ils découvrirent même son sort sur le front seulement par bribes. Par exemple, Natacha vit Matouchka porter des bottes chaudes dans la chaleur de l'été et  demanda pourquoi elle était habillée si chaudement. Matouchka a expliqua à contrecoeur que ses pieds avaient été gelés dans une traversée de la rivière pendant la guerre et que maintenant que ce vieux coup de froid se faisait sentir.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après

Hiéromoine Gabriel [Bunge]: Le dialogue avec l'église catholique romaine


Il n'y a pas de sens théologique dans le dialogue avec l'église catholique romaine. Les catholiques doivent retourner à l'Eglise. Mon maître et professeur qui devint plus tard le pape Benoît XVI comprit beaucoup de choses mais ne fit rien.

L'Église orthodoxe a préservé la liturgie et la tradition monastique, tandis que l'église catholique romaine évolue actuellement vers le protestantisme plutôt que vers l'Orthodoxie. Le vrai problème de cette division n'est pas dans les différences, c'est dans l'incompatibilité. Les cultures grecque et romaine du premier millénaire étaient différentes mais compatibles entre elles.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Jean-Claude LARCHET/ Recension: Fabian da Costa, Le Mont Athos. Une expérience spirituelle


Fabian da Costa, Le Mont Athos. Une expérience spirituelle, Éditions Dervy, Paris, 2017, 351 p., nombreuses photos en couleur.
Fabian da Costa est un photographe professionnel reconnu, membre de l’agence Gamma Rapho, auteur d’une quarantaine de livres (dont les textes sont souvent dus à son épouse Anne) et de très nombreuses expositions. Orthodoxe, il s’intéresse aussi à toutes les formes de spiritualité, et a depuis quelques années plus spécialement concentré son objectif sur celles de l’Inde.
Ce bel ouvrage unit de magnifiques photos qu’il a prises à la Sainte Montagne à des textes de – ou sur des – spirituels athonites contemporains. C’est une reprises du Florilège du Mont Athos paru aux Presses de la Renaissance en 2005, mais avec d’importantes modifications qui lui donnent un tout nouvel aspect.
Les photos ont pour la plupart été reprises, mais sont passées du noir et blanc à la couleur. Quelques photos prises à l’époque mais qui n’avaient pas été intégrées à la première édition sont ajoutées ici. Ces photos témoignent, avec un grand talent artistique, de « moments de vie » monastique et des beautés variées d’une nature majestueuse.
Les textes présentent aussi quelques nouveautés. Précédés d’une préface de Bertrand Vergely intitulée « Photographier l’invisible » (qui souligne la difficulté de rendre perceptible aux yeux le mystère qui s’attache à la Sainte Montagne), inaugurés par un Prologue de Fabien da Costa, ils sont dus à des moines du Mont Athos: l’archimandrite Aimilianos, ancien higoumène de Simonos-Pétra, l’higoumène Basile d’Iviron, le hiéromoine Macaire de Simonos-Pétra, le moine Théotokis, du même monastère, et l’archimandrite Placide Deseille (qui réside en France mais dont le monastère est un métochion (dépendance) du monastère athonite de Simonos-Pétra.
Les trois premiers chapitres rappellent brièvement l’histoire de la Sainte Montagne, expliquent pourquoi elle est appelée « le jardin de la Mère de Dieu », évoquent le renouveau qu’elle a connu depuis les années 60 du siècle dernier, et exposent brièvement les principaux éléments de la vie qu’y mènent les moines.
Le chapitre 4 présente quelques grandes figures athonites du siècle dernier: saint Silouane, l’archimandrite Sophrony, le père Joseph l’Hésychaste, le père Ephrem de Katounakia, le père Porphyre et et saint Païssios.
Dans le chapitre 5, le père Théotokis, moine français de Simonos-Pétra rapporte, au sujet de spirituels moins connus mais qu’il a lui-même rencontrés au début de sa vie monastique lors de ses pèlerinages au Sud de l’Athos, des anecdotes où le pittoresque et l’humour se joignent à la richesse de l’enseignement spirituel.
Le chapitre 5 présente des histoires merveilleuses qui témoignent de l’action visible de la Providence divine envers les habitants la Sainte Montagne d’aujourd’hui comme d’hier.
Le chapitre 6 évoque le pèlerinage que moines et pèlerins font chaque année au sommet de l’Athos, que couronne une chapelle dédiée à la Transfiguration du Seigneur.
Le chapitre 7 reproduit un beau texte du Père Macaire (autrefois paru dans Le Messager orthodoxe) qui décrit les rapports du moine athonite avec la nature dans le cadre de ce que l’on peut appeler une « écologie spirituelle », laquelle implique repentir et ascèse, contemplation et amour.
Dans le chapitre suivant le père Macaire, de nouveau, évoque la lumière que la Sainte Montagne, centre de référence de la spiritualité orthodoxe, apporte au monde.
Le chapitre 10 est un profond exposé de l’archimandrite Aimilianos, ancien higoumène de Simonos-Pétra, sur la Prière de Jésus, qui est depuis toujours un élément essentiel de la vie monastique athonite.
Ce texte est relayé par un article de l’archimandrite Placide Deseille sur la prière personnelle dans les monastères orthodoxes.
Le chapitre 12 reprend un magnifique texte du père Basile (Gondikakis), higoumène d’Iviron, sur l’expérience monastique; ce texte est connu, car il s’agit d’un exposé qui avait été fait dans les années 70 au Congrès de Dijon de la Fraternité orthodoxe, et qui avait été publié par la revue Contacts, mais on le relit toujours avec la même joie, d’autant que le Père Basile y célèbre admirablement, mais sans le nommer, le Père Païssios qui était à cette époque son père spirituel et n’était pas encore connu du grand public.
Le chapitre 13 est une interview de l’archimandrite Élisée, actuel higoumène du monastère de Simonos-Pétra sur la paternité spirituelle, qui joue un rôle essentiel pour les fidèles orthodoxes en général et pour les moines en particulier.
Le dernier chapitre présente brièvement les vingt monastères de l’Athos (qu’une carte en début d’ouvrage permet de situer).
L’ouvrage se conclut par un beau texte d’Anne da Costa qui, restée à Ouranopolis pendant que son époux allait faire les photos, justifie l’avaton (interdiction faite aux femmes de pénétrer sur le territoire de la Sainte Montagne). L’Athos, fait-elle remarquer, ne dit pas non aux femmes ; « il dit oui à l’accueil d’un mystère que l’on peut refuser mais qui a beaucoup à dire si on veut bien l’écouter. Il apprend qu’il est possible de contempler une fleur et de ne pas la cueillir, que certains territoires peuvent se connaître justement par l’absence et le silence. Ne plus se croire le droit de tout voir, de tout savoir, parce que cela existe, et bien davantage encore, parce que c’est impossible – plus profondément aussi respecter la virginité en l’autre et en soi, pour que vienne au monde le Tout Autre, tellement plus important. »
On aura compris que cet ouvrage fort bien édité est aussi riche par ses textes que par ses illustrations. Ils expriment ensemble le caractère profondément vivant, à notre époque, de la spiritualité athonite et la place exceptionnelle qu’occupent ce lieu et cette institution dans le monde contemporain.
Jean-Claude Larchet

mardi 14 novembre 2017

LA MONIALE MEGALOSCHEME MARIA: une ascète de la prière (1)


Coïncidences « non-coïncidentes »
L'histoire de la façon dont les souvenirs de la mégaloschème Maria (Stetskaya) me sont parvenus pourrait être l'intrigue d'un roman. Dans cette histoire de réunions inattendues, il s'est avéré que ce que j'appelle des «coïncidences non-coïncidentes» sont des manifestations de la Providence de Dieu dans nos vies.
L'histoire a commencé à partir d'une conversation paisible un soir dans une cellule à l'hôtellerie du monastère à d’Optina Pustyn. La conversation s'est tournée vers la vie moderne et sur le nombre de startsy et surtout de staritsy qui restent en Russie. Dans les années d'athéisme, la continuité de l'institution des startsy a été perturbée et presque tous les monastères ont été fermés. Parmi les monastères féminins, seul Pühtitsa est resté. Et combien il est difficile de trouver un père spirituel maintenant! En général, les startsy ont disparu.
Soudain, l'une des sœurs répondit doucement:
"Ne regarde pas là. Il y a maintenant des startsy et des staritsy, mais ils cachent leur élévation spirituelle. Tu dois chercher un staretz ou une staritza non dans l'espace géographique, mais dans le spirituel. "
"Qu'est-ce que ça veut dire?"
"C’est-à-dire vec l'aide de la prière. Sinon, nous pouvons passer à côté d'un staretz et ne pas comprendre qu'il y a un staretz devant nous. Le spirituel voit le naturel, mais le naturel ne voit pas le spirituel. "
Tout le monde dans la cellule resta silencieux.
Et je me rappelais comment j'avais passé quelques mois à Kireyevsk, avec le préposé de la cellule de la staritza Sepphora, la moniale mégaloschème Anastasia, qui s’occupait de la matouchka paralysée. Mère Anastasia m'a beaucoup parlé de la staritza, qui avait passé de nombreuses années de sa vie dans cette petite ville de la région de Toula. Mère Sepphora se tenait dans la prière au sommet de la renaissance d'Optina Pustyn et de Klykovo et elle mourut en 1997 à l'âge de 102 ans. Les higoumènes et les archiprêtres se tournaient vers elle pour avoir de l'aide et de la guidance spirituelle, et des milliers de personnes éprouvèrent sur eux-mêmes la puissance de sa prière ardente, qui volait comme un oiseau jusques au trône de Dieu.
Mais elle vécut assez secrètement. Son ascèse de prière était cachée. C’était déjà une staritza clairvoyante, une moniale mégaloschème; les hiéromoines, les higoumènes et les archiprêtres vinrent à elle, et les voisins furent ébahis: «Pourquoi tant de batiouchkas viennent-ils à notre Baba Dasha d'Optina?» Vous pouvez même être voisine d’une staritza et ne pas le savoir.
Le sentiment surgit en moi, que notre conversation sur les startsy  et les staritsy n'était pas terminée, parce que rien n'est accidentel.
En fait, quelques jours plus tard, dans la même cellule, je rencontrai Larissa,  médecin de Kalouga qui, peu de temps après, m'invita à lui rendre visite à Kalouga et à écouter une histoire sur un épisode arrivé à notre époque.
Femme aimable et charmante, Natalia Ivanovna Scherbakova, me parla de sa mère spirituelle, la moniale mégaloschème Maria (Stetskaya). Ce destin était incroyable, et sa vie coulait avec le flot de la Providence divine. Natalia Ivanovna me demanda d'écrire sur la staritza, et moi-même je voulus vraiment le faire.
En conversant avec mon père spirituel, l’higoumène A., je me suis plainte que je n'avais pas de témoins de la vie de la staritza, à l'exception de l'histoire de l'une de ses filles spirituelles. C'était si peu! J'avais besoin des témoignages de plus de gens pour écrire sur la staritza.
"Tout est selon la volonté de Dieu. Si c'est la volonté de Dieu de parler de la staritza, alors le Seigneur enverra des gens qui partageront leurs souvenirs d'elle. "
Le jour suivant, une pèlerine avec qui j’avais logé à l'hôtellerie d’Optina un an plus tôt m'appela à l'improviste et demanda à me rencontrer. Et soudainement:
"Olya, je rentre à Khabarovsk demain. Tu pries pour moi ici, et je vais allumer un cierge pour toi là-bas. "
"Khabarovsk? Sveta, as-tu des amis à Komsomolsk-sur-Amour?
"J'ai un ami là-bas."
"J'ai vraiment besoin de me renseigner sur la staritza mégaloschème Maria Stetskaya. Peux-tu m'aider?"
"J'essaierai."
Sur ce, nous nous sommes séparées. Franchement, je pensais que Svetlana rentrerait chez elle et oublierait ma demande: le travail s'accumule après un voyage… À ma grande surprise et à ma grande ma joie, je reçus un appel une semaine plus tard de Komsomolsk-sur-Amour.
J'ai reçu des lettres, des documents numérisés et des colis. Les gens se souvenaient et aimaient Matouchka. Puis vinrent des appels de différentes parties de la Russie: Moscou, Orel, Pskov. Je n'eus même pas le temps d'être surprise. Mais c'était quelque chose d’admirable: Quand le Seigneur ne veut pas qu'une lumière reste cachée sous un boisseau, toutes les portes s'ouvrent.
J'ai ainsi pu écrire des anecdotes à propos de cette incroyable staritza de notre temps, la moniale mégaloschème Maria. Si c’est la volonté de Dieu, alors peut-être qu'un livre sur Matouchka sera écrit.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après