"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 1 février 2015

La vénération des icônes (R)



Icône annuelle avec icônes de la Mère de Dieu 
et des douze fêtes
(Russie XIXème siècle)


Concernant la vénération des icônes

Quand nous vénérons les saintes icônes, la Croix du Seigneur ou le Saint Evangile, nous ne devons pas toucher de nos lèvres les visages sacrés qui sont représentés. 
Nous embrassons plutôt les pieds du Seigneur Crucifié, ou la main bénissante du Seigneur ou de Ses saints, ou leur vêtement, nous souvenant de la femme de l'Evangile qui se disait: " Si je puis toucher Son vêtement, je serai guérie." 
Sur les icônes où les mains ou les pieds ne sont pas représentés, comme l'icône du Christ Non faite de main d'homme, nous embrassons les cheveux, ou bien  le linge sur lequel Il est représenté, mais jamais le visage ou les lèvres. 

Version française de Claude Lopez-Ginisty
d'après le  
Molitvennik/ Old Orthodox Prayer Book
Livre de Prière de l'Eglise du Vieux Rite Slave
Russian Orthodox Church of the Nativity of Christ 
(Old Rite)
Russian Church Outside Russia
Erie, 
Pennsylvania, 
USA, 1986

L'Ami de Dieu/上帝的朋友 [26]

 
Tu n'es jamais juste
Parce que tu thésaurises
Les bénédictions
 
Haïjin Pravoslave

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


19 janvier / 1er février
Dimanche du Pharisien et du Publicain
Commencement du Triode de Carême
Saint Macaire le Grand, d’Égypte (391) ;  saint Macaire d’Alexandrie (395), Saint Marc d Éphèse (1444), saint Théodore de Novgorod (1392), saint Macaire le Romain, de Novgorod (XVI-XVII) ; saint Macaire le jeûneur de la Laure des Grottes de Kiev (XIII-XIV) ; invention des reliques de saint Sabbas de Storojevsk (1652) ; sainte martyre Euphrasie, vierge (303) ; saint Antoine, stylite de Martqopi (VI Géorgie) ; saint Arsène, archevêque de Corfou (VIII) ; saint Euthyme le confesseur (XX, Géorgie) ; saint hiéromartyr Pierre, prêtre (1918) ; saint hiéromartyr Nicolas, prêtre (1930) ; saint martyr Théodore (1940).

Lectures : II Тim. III, 10-15; Lc. XVIII, 10-14

OUVRE-NOUS LES PORTES DE LA PÉNITENCE, DONATEUR DE VIE !
L
e premier dimanche du Triode, à savoir celui du Pharisien et du Publicain, a été appelé « annonciateur » des combats spirituels, car il est comme une trompette qui nous annonce la préparation du combat contre les démons lors du carême qui vient.
Le premier signal de cette préparation au combat est constitué par les trois stichères qui sont chantés immédiatement après l’Évangile des Matines : « Ouvre-moi les portes de la pénitence, Donateur de vie… », « Conduis-moi sur les chemins du salut… » et « Me souvenant de la multitude de mes mauvaises actions… ». Ces stichères nous emplissent de componction et bouleversent nos cœurs. À leur lumière, nous voyons notre âme et notre corps souillés par les nombreuses actions mauvaises que nous avons accomplies. Nous voyons encore notre vie passée, gaspillée dans l’oisiveté, alors que le Jugement redoutable approchera soudain. Que ferons-nous ? Une profonde affliction et la crainte nous saisissent et jettent de l’ombre sur notre âme. Mais à ce moment, se manifeste un rayon d’espoir : la miséricorde infinie du Seigneur, la prière pleine de force de la Mère de Dieu et l’œuvre de notre purification et de notre renouveau par la pénitence, dont s’ouvre maintenant la porte. L’espoir nous renforce et nous donne la hardiesse de crier, le cœur brisé, avec le prophète David : « Aie pitié de moi, ô Dieu, selon Ta grande miséricorde… » Ces trois stichères que nous avons mentionnés, nous parlent de la pénitence et nous enseignent toujours à l’accomplir en faisant un retour sur nous-mêmes et en réfléchissant à notre vie dans le péché ; en gardant à l’esprit la crainte du Jugement redoutable ; dans l’espoir et la confiance en la miséricorde Divine. Les sentiments de crainte et d’espoir qu’éveillent en nous ces stichères, doivent nous accompagner constamment durant le Grand Carême. C’est pourquoi nous les entendrons aux matines dès maintenant, chaque dimanche de Carême, jusqu’au cinquième.
Le deuxième signal de préparation au Carême nous est donné dans l’exemple évangélique du Pharisien et du Publicain (Lc XVIII, 10-14) qui, avec les lectures et les chants des Vêpres et des Matines nous invite à cette réflexion : « Frères, ne prions pas à la manière du Pharisien, car celui qui s’élève sera humilié. Humilions-nous devant Dieu à la manière du Publicain, au moyen du jeûne, en criant : ô Dieu, aie pitié de nous pécheurs » (Stichère du Lucernaire). « Le Pharisien vaincu par la vanité… fut privé de Tes biens et l’autre, n’osant parler, fut rendu digne de Tes dons » (idem).
Comme nous l’explique le Synaxaire du dimanche[1],  la parabole nous présente deux états de l’âme : celui du Publicain, auquel nous devons aspirer, et celui du Pharisien, dont nous devons nous tenir éloigner et fuir. Car l’humilité et la pénitence du Publicain se sont avérées décisives dans le combat contre les démons, tandis que l’orgueil et la jactance du Pharisien ont constitué le commencement et la source de tout péché. En effet, c’est l’orgueil qui a causé la chute du diable et c’est le même péché qui a fait expulser Adam du paradis, tandis que la guérison du monde est venue avec l’humilité, celle du Fils de Dieu, qui a pris la forme du serviteur et a subi la mort honteuse sur la Croix. C’est un exemple vivant que nous donne la parabole. Le Pharisien était un homme juste, tandis que le Publicain était un pécheur. Celui-ci, cependant, revint chez lui justifié. En reconnaissant son état de pécheur, il acquit la justice rapidement et sans peine. Non seulement cela, mais tous ceux qui se sont humiliés ont été justifiés, comme le dit le doxasticon des Vêpres du dimanche : « Seigneur Tout-Puissant, je sais ce que peuvent les larmes : elles relevèrent Ezéchias des portes de la mort ; elles délivrèrent la pécheresse de ses fautes accomplies durant de nombreuses années ; et elles justifièrent le Publicain bien plus que le Pharisien ». Ainsi, l’humilité purifie rapidement et soulage du fardeau du péché, comme le dit le Christ Lui-même : « Quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé » (Lc XVIII, 14). Lorsqu’il s’humilie, l’homme se purifie du péché et commence à acquérir la Grâce Divine, qui le recouvre et empêche le péché de l’assiéger. Pour cette raison, l’Apôtre Pierre dit que « Dieu donne la grâce aux humbles » (I Pierre V, 5). L’humilité devient le liturge de la grâce dans l’homme, tandis que l’œuvre de la grâce mène à l’acquisition de toutes les vertus. De même que l’orgueil est la source de tout mal, l’humilité est la source de toutes les vertus.
Père Petronios (+2011) du Mont Athos
Tropaire du dimanche, ton 1
Кáмени запеча́тану отъ Iyде́й и во́иномъ стрегу́щымъ пречи́стое Tѣ́ло Tвое́, воскре́слъ ecи́ тридне́вный, Cпа́ce, да́руяй мípoви жи́знь. Ceго́ ра́ди си́лы небе́сныя вопiя́xy Tи, Жизнода́вче: сла́ва Bocкреcéнію Tвоемý Xpисте́; сла́ва Ца́рствiю Tвоему́; сла́ва cмотре́нiю Tвоему́, еди́не Человѣколю́бче.
La pierre étant scellée par les Juifs et les soldats gardant Ton Corps immaculé, Tu es ressuscité le troisième jour, ô Sauveur, donnant la Vie  au monde ; aussi, les Puissances des cieux Te crièrent : Source de Vie, ô Christ, gloire à Ta Résurrection, gloire à Ton règne, gloire à Ton dessein bienveillant, unique Ami des hommes!
Kondakion du dimanche du pharisien et du publicain, ton 4
Фариcé́eва убѣжи́мъ высоко-глаго́ланія, и мытарéвѣ научи́мся высотѣ́ глаго́лъ смирéнныxъ, покая́нieмъ взыва́юще: Cпа́ce мípa, oчи́сти рабы́ Tвоя́.
Fuyons la jactance du pharisien et apprenons du publicain la sublimité d’un langage humble, criant dans le repentir : « Sauveur du monde, purifie Tes serviteurs ».
VIE DE SAINT MARC D’ÉPHÈSE[2]
Ce grand défenseur de la foi orthodoxe vécut à  l’époque où l’Empire byzantin, pressé de toutes parts par l’envahisseur turc, se trouvait placé devant la douloureuse alternative : ou bien tomber aux mains des infidèles ou se livrer à la domination des Latins, qui n’étaient disposés à accorder leur soutien militaire qu’au prix de la soumission de l’Orthodoxie à la papauté. Né au sein d’une famille pieuse de Constantinople vers 1392, saint Marc reçut une brillante éducation auprès des meilleurs maîtres de la capitale. Très tôt, il devint professeur à l’École patriarcale, mais abandonna la carrière académique pour devenir moine dans un monastère proche de Nicomédie. Il y entreprit une intense vie d’ascèse et de prière ; mais, sous la menace des Turcs, il dut bientôt se replier dans un monastère de Constantinople. Malgré son désir de rester effacé, sa science et sa vertu lui attirèrent l’estime de l’empereur Jean VIII Paléologue (1425-1448) qui préparait un grand concile d’union avec l’Église romaine, dans l’espoir d’obtenir le soutien du pape et des princes européens. La délégation grecque, composée de l’empereur, du patriarche Joseph II (1416-1439), de vingt-cinq évêques et d’une suite d’environ sept cents personnes, s’embarqua pour l’Italie dans un grand élan d’enthousiasme, convaincue de réaliser rapidement l’Union désirée par tous les chrétiens. Saint Marc aussi partageait cette espérance, sans préjugés contre les Latins, tout en étant ferme quant à la pureté de la foi. Pour lui, comme pour la plupart des Grecs, il ne pouvait être question d’union que par le retour de l’Église Romaine à l’Orthodoxie de la foi. Mais dès leur arrivée à Ferrare, le pape Eugène et ses théologiens montrèrent de tout autres dispositions. Les sujets mis à l’ordre du jour étaient les suivants : a) le dogme de la procession du Saint-Esprit et la question de l’addition de la formule « qui procède du Père et du Fils (Filioque) » au Symbole de Foi, b) l’existence du Purgatoire ; c) l’usage du pain non-fermenté (azyme) pour la Liturgie chez les Latins, et la question de la consécration des saints Dons par les seules paroles de l’Institution (Latins) ou par l’invocation du Saint-Esprit (épiclèse) ; d) la primauté du pape. Après une discussion sur le Purgatoire, on passa à la question de l’addition arbitraire du Filioque dans le symbole latin. Le métropolite d’Éphèse éleva à nouveau fermement la voix de la conscience de l’Église : « Le Symbole de Foi doit être conservé intact, comme à son origine. Tous les saints docteurs de l’Église, comme tous les conciles et toutes les Écritures nous mettent en garde contre les hétérodoxes, dois-je malgré ces autorités, suivre ceux qui nous incitent à nous unir derrière une façade de fausse union, eux qui ont adultéré le saint et divin Symbole et introduit le Fils comme cause seconde du Saint-Esprit ? » Au bout de sept mois d’attente stérile, le pape Eugène IV fit transférer le concile à Florence. Une fois installé, on décida d’aborder enfin la question dogmatique. Saint Marc put alors exposer, avec une claire sobriété, la doctrine de l’Écriture et des saints Pères sur la procession du Saint-Esprit. Quand les théologiens latins prirent la parole, ils accablèrent l’auditoire, au cours de séances interminables, par tout un appareillage dialectique et par quantité de citations des Pères, tirées hors de leur contexte ou faussement interprétées. Inquiets du sort de la capitale menacée et se sentant pris au piège, les évêques se laissèrent peu à peu gagner à la cause d’une union de compromis, pour laquelle l’empereur et le patriarche ne cessaient de faire pression. Le débat dogmatique aboutissant, comme toutes les autres discussions, à une impasse, ils voulaient en finir. Malgré les pressions et les injures de ses adversaires, saint Marc restait inflexible : « Il n’est pas permis de faire des accommodements en matière de foi », déclarait-il. Les dernières résistances de la conscience des Grecs ayant été vaincues sur l’ordre de l’empereur, tous signèrent finalement le décret de la fausse union. Saint Marc avait été le seul à refuser de signer. Lorsque le pape Eugène l’apprit, il s’exclama : « L’évêque d’Éphèse n’a pas signé, alors nous n’avons rien fait ! » En arrivant à Constantinople, les artisans de la fausse union firent face à la réprobation générale du clergé et de la population. L’assemblée des croyants rejetait unanimement le pseudo-concile de Florence et désertait les églises des unionistes, alors qu’elle saluait saint Marc comme un confesseur de la Foi. Le saint partit alors en campagne contre l’Union, ou plutôt pour rétablir l’unité de l’Église Orthodoxe, par sa prédication et ses écrits, et aussi ses prières. Il disait : « Je suis convaincu qu’autant je m’éloigne d’eux (les unionistes), autant je m’approche de Dieu et de tous les saints, et autant je me sépare d’eux, d’autant plus je m’unis à la vérité. » Quand on procéda à l’élection du nouveau patriarche, Métrophane, Marc dut s’enfuir de Constantinople et se rendit dans son diocèse, Éphèse. Mais il s’y heurta aux unionistes et repartit, espérant trouver refuge au Mont Athos. Il fut arrêté en route et placé, par ordre de l’empereur, en résidence forcée dans l’île de Lemnos. Libéré en 1442, il retourna dans son monastère, d’où il continua la lutte jusqu’à son dernier souffle (23 juin 1444). Sur son lit de mort, le Confesseur confia le flambeau de l’Orthodoxie à son ancien élève, Georges Scholarios qui se montra un ardent défenseur de la foi orthodoxe et devint le premier patriarche de Constantinople après la prise de la ville, sous le nom de Gennade († 1473).
LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Mc. XVI, 1-8  Liturgie : I Cor. VI, 12-20; Lc XV, 11-32


[1] Le Synaxaire est l’explication de l’événement commémoré ou la vie du saint du jour, placée après l’ikos dans le canon des Matines. Bien que faisant partie de l’office liturgique, il n’est pas lu à l’église.


[2] Tiré du Synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petras (version abrégée).

samedi 31 janvier 2015

Saint Païssios l'Athonite: Un chrétien ne doit pas être fanatique.





Un chrétien ne doit pas être fanatique; il doit avoir de l'amour et être sensible envers toutes les personnes. Ceux qui font inconsidérément des commentaires [négatifs], même s'ils sont vrais, peuvent causer des dommages.

J'ai rencontré un jour un théologien qui était extrêmement pieux, mais qui avait l'habitude de parler aux laïcs autour de lui d'une manière très directe; sa méthode pénétrait si profondément qu'il les secouait très sévèrement. 

Il m'a dit une fois: "Au cours d'une réunion, j'ai dit telle ou telle chose à une dame." Mais la façon dont il l'a dit, l'écrasa. "Et bien",  lui ai-je dit, "tu peux jeter des couronnes d'or parsemées de diamants à d'autres personnes, mais la façon dont tu les jettes sur elles peut casser les têtes, non seulement celles de ceux qui sont sensibles, mais aussi celles de ceux qui sont solides."

Ne lapidons pas notre frère d'une manière soi-disant "chrétienne." La personne qui, en présence d'autres personnes, reprend d'une "manière chrétienne" quelqu'un pour avoir péché (ou parle d'une manière passionnée d'une certaine personne), n'est pas mue par l'Esprit de Dieu; elle est mue par un autre esprit.

La voie de l'Eglise est l'amour; elle diffère de la manière des légalistes. L'Église voit tout avec tolérance et vise à aider chaque personne, quoi qu'elle ait fait, et aussi pécheresse qu'elle soit.

J'ai observé un genre particulier de logique chez certaines personnes pieuses. Leur piété est une bonne chose, et leur prédisposition au bien est aussi une bonne chose; toutefois, un certain discernement spirituel et une certaine largeur d'esprit est nécessaire pour que leur piété ne soit pas accompagnée par l'étroitesse d'esprit ou un fort entêtement. Quelqu'un qui est vraiment dans un état spirituel doit posséder et illustrer le discernement spirituel; sinon il restera à jamais attaché à la "lettre de la loi", et la lettre de la loi peut être très mortelle.

Une personne vraiment humble  ne se comporte jamais comme un professeur; elle écoute, et, chaque fois que son avis est demandé, elle répond humblement. En d'autres termes, elle répond comme un étudiant. Celui qui croit qu'il est capable de corriger les autres est rempli d'égoïsme.

Une personne qui commence à faire quelque chose avec une bonne intention et à la fin atteint un point extrême, manque de discernement véritable. Ses actions sont un exemple d'un type latent d'égoïsme qui est caché sous ce comportement; elle l'ignore, parce qu'elle ne se connaît pas bien, c'est pourquoi elle en vient à des extrêmes.

C'est comme les icônodules et les icônomaques. Extrêmes étaient les uns et les autres étaient extrêmes aussi!

Les premiers en vinrent au point de racler l'icône du Christ pour en jeter la poussière dans le Saint Calice, de sorte que la Sainte Communion pourrait devenir meilleure; les autres encore brûlèrent les icônes et les jetèrent.

C'est pourquoi l'Église a été contrainte de mettre les icônes en hauteur et, quand la persécution fut passée, elle les a descendues, de sorte que nous puissions les vénérer et honorer la personne représentée.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


L'Ami de Dieu/上帝的朋友 [25]




Communion des saints
Beau Ciel constellé des âmes
Aube du salut

Pravoslave irénique

vendredi 30 janvier 2015

Père Emmanuel [Hadzidakis]: Toutes les religions ont-elles le même Père?

Ne confondons pas Père et Créateur!

Christ and Children


"Nous sommes tous frères et sœurs!" Vraiment? Premièrement à Jérusalem (27 mai 2014), et plus récemment à Rome (8 Juin 2014), le Patriarche Bartholomée martèle le message de fraternité universelle des offices de prière interreligieux entre chrétiens (qui, selon les canons de l'Eglise orthodoxe sont interdits ) et les déclarations à cet effet.

Plus tôt le 2 novembre 2009 dans une interview que le Patriarche Bartholomée avait accordée à Charlie Rose (voir la vidéo ci-dessous), il avait déclaré: "Nous sommes tous créés par Dieu et en tant que tels nous sommes tous frères et sœurs. Nous avons le même Père céleste, quelle que soit la manière dont nous l'appelons." 

Charlie interrompit le Patriarche: "Toutes les religions ont le même Père céleste?" "Bien sûr," fut la réponse du Patriarche, ajoutant: "Dieu n'est qu'un, indépendamment du Nom nous lui donnons, Allah ou Yahvé, etc. Dieu est un et nous sommes Ses enfants."

Bien que les deux déclarations (tout le monde croit au même Dieu; et nous sommes tous Ses enfants) semblent être des vérités auto-proclamées, pour nous chrétiens orthodoxes (et pour moi, selon la manière dont je comprends ma foi), elles sont erronées, scandaleuses et totalement inacceptables. 

Si le Patriarche a raison, quel sens donner à ces paroles, "Vous êtes mes témoins, dit l'Éternel, Vous, et mon serviteur que j'ai choisi, Afin que vous le sachiez, Que vous me croyiez et compreniez que c'est moi: Avant moi il n'a point été formé de Dieu, Et après moi il n'y en aura point. C'est moi, moi qui suis l'Éternel, Et hors moi il n'y a point de sauveur." (Isaïe 43: 10-11)? 

A quoi pense-t-il quand il récite les paroles suivantes dans la Divine Liturgie? (notre culte principal): "Tu es notre Dieu, et nous n'en connaissons nul autre que toi" et dans la bénédiction finale du même office, "Que le Christ notre vrai Dieu […] nous sauve […] "?

Non, il ne s'agit pas d'un nom (Dieu, Allah, Jéhovah, Bouddha, Être suprême, puissance), de sorte que la manière de l'invoquer ne soit pas importante, pour autant que nous l'invoquions. Non, il n'en est pas ainsi! Notre Dieu est le Christ: "C'est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. Petits enfants, gardez-vous des idoles."(1 Jean 5: 20-21). En dehors du Christ tout autre "dieu" est une idole.

En ce qui concerne le fait que chacun d'entre nous serait enfant de Dieu, nous sommes clairement tous la création de Dieu, mais pas Sa progéniture. Notre Père céleste a un seul enfant: Jésus-Christ. Cependant, nous avons tous le potentiel pour devenir Ses enfants (par adoption): "Pour tous ceux qui l'ont reçu, qui croient en Son Nom, Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jean 1:12). Par conséquent, à moins que nous appartenions à la famille du Christ (cf. Hébreux 3: 6), l'Église, nous ne sommes pas Ses enfants.

Dans l'Église primitive la Prière du Seigneur n'était révélée aux catéchumènes qu'immédiatement avant leur baptême, parce que quiconque n'avait pas été baptisé ne pouvait présumer de dire, "Notre Père Qui es aux cieux," n'ayant pas encore reçu le don de l'adoption. 

La prière du Seigneur est introduite dans la Divine Liturgie par les mots "et rends-nous dignes, Maître, d'oser avec audace et sans crainte de condamnation, T'appeler Père, Toi le Dieu du Ciel, et  dire: "Notre Père…" Seuls ceux qui ont été unis au Christ, Fils unique de Dieu, peuvent appeler Dieu "Père".

Désolé, votre Sainteté: ceci est la foi du peuple chrétien orthodoxe, et on pourrait s'attendre à ce que notre Patriarche soit un leader "qui dispense droitement la parole de la vérité." (2 Tim 2:15.), Pas celui qui la trahit.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

L'Ami de Dieu/上帝的朋友 [24]


Le désert de l’âme
Procède insensiblement
De tes actes vils

Haïjin Pravoslave

jeudi 29 janvier 2015

Joel Kalvesmaki: Mon pèlerinage spirituel/ Préface

Protestant Evangélique, l'auteur ayant étudié les Pères et les écrits chrétiens de l'Eglise primitive, s'est converti à l'Orthodoxie.

Joel Kalvesmaki auth

Dix ans, depuis le début de mon cheminement spirituel, ont apporté d'énormes changements. Les trois écrits suivants représentent une réflexion précoce, un peu hâtive, mais sérieuse sur mon interaction avec les premiers Pères de l'Église. J'ai maintenant mis à jour ces écrits, supprimant les maladresses grammaticales et stylistiques, les erreurs factuelles et les redondances. Mais j'ai gardé, je l'espère, tout de leur naïveté d'origine, de leur jeunesse, et de leur vigueur.

À la fin 1995 et au début 1996, lorsque j'ai terminé ces essais, j'étais dans un certain désarroi. Je venais de quitter le champ de la mission, et j'essayais, tout à la fois, d'annoncer doucement à mes collègues missionnaires et à mes supporters de la presse mon intérêt pour l'Orthodoxie orientale; de déménager de Seattle à Londres; de reprendre mes études de premier cycle; de réapprendre ce qu'était la vie aux USA; et, surtout, de savoir si l'Eglise orthodoxe était vraiment ce qu'elle prétend être. Les écrits reflètent cette incertitude, cette excitation, et une [propension à la] généralisation téméraire.

A Pâques 1997, je suis devenu orthodoxe à l'église de la Dormition de Seattle. Je me suis installé dans la vie paroissiale, et j'ai poursuivi mes études afin de finir mon diplôme de premier cycle. Pour aller sur le terrain de la mission, je m'étais débarrassé de ma formation dans la musique; alors, je me suis inscrit à l'Université de Washington pour étudier les classiques et la philosophie. En 1999 j'ai été diplômé avec mention et j'ai choisi de continuer académiquement et professionnellement la littérature qui avait tant agité mon univers théologique. Mon intention était d'être aussi responsable que possible avec les sources dont je disais qu'elles m'avaient conduit à quitter l'évangélisme.

Tandis que j'écris ces lignes, je suis installé dans une vie de paroisse paisible à Washington, DC, où je travaille sur les mêmes Pères qui m'ont tant inspiré il y a dix ans. Pour cela, je travaille sur un doctorat en études chrétiennes primitives à l'Université catholique d'Amérique.

En relisant mes textes, je suis frappé de voir combien j'ai résumé rapidement, du mieux que j'ai pu, les doctrines de l'Eglise primitive. Maintenant, je ne résumerais jamais les croyances de l'Église primitive d'une manière générale aussi désordonnée. Alors, je scrutais mon précieux ensemble de traductions des Pères en anglais du XIXe siècle. Maintenant, je consulte régulièrement les éditions critiques grecques et latines. Ensuite, je fus dévoré par l'envie de m'adresser à un auditoire d'évangéliques nourris par un régime léger pop-apologétique. Maintenant, je suis intéressé à écrire pour un public beaucoup plus large. Ces essais reflètent certainement mon passé.

Pourtant, je maintiens les thèses centrales:

° Les protestants évangéliques devraient commencer à explorer l'ancienne tradition patristique et  l'accepter;

° ils devraient abandonner leur position contradictoire sur l'Écriture,  qui lui enlève son contexte  et sa valeur historiques;

° l'Eglise orthodoxe a été la plus fidèle à la tradition patristique et biblique;

° en toutes choses, nous devrions faire preuve d'une humilité théologique.

Je ne tiens pas à certaines autres demandes formulées dans les essais, même si je les ai retenues parce qu'elles illustrent comment j'ai désespérément essayé de donner un sens au monde qui était mien. Par exemple, je prétends que l'Eglise primitive aurait reconnu et communié avec les anglicans et les luthériens. Maintenant, je doute qu'elle parviendrait à surmonter le choc, vu l'état des églises modernes, pour même examiner la question. 

Je résume aussi ce que les premiers chrétiens croyaient sur le baptême, l'Eucharistie, le salut, etc. Je ne pense pas que j'ai écrit quelque chose d'ouvertement erroné, mais mes descriptions en présentent une image très simpliste, trop généralisée. Même ma façon de présenter et d'organiser la matière montre que je ne faisais que commencer à en apprendre davantage sur le christianisme primitif. 

Pour savoir ce que l'Église primitive croyait sur certains sujets, je recommanderais comme point de départ L'Encyclopédie du christianisme primitif, éd. Everett Ferguson, 2e éd. (New York: Garland, 1997). Je fais aussi une incursion dans l'épistémologie, l'herméneutique, et le cours d'histoire intellectuelle. Tout cela est absurde. Cela doit être ignoré. L'argument que je présente, témoigne de la manière dont j'ai lutté à l'époque pour intégrer les idées postmodernes dans ma lecture des Pères, et pour prendre du recul par rapport aux préjugés que moi-même et d'autres avaient vis-à-vis de la Bible et de l'Église primitive. Mais mon travail en philosophie et en histoire m'a ouvert les yeux sur la notion selon laquelle l'histoire intellectuelle de l'Occident peut être mise dans une telle vision, pratique et unilatérale.

Je crois que les essais servent encore leur public d'origine selon leur destination initiale. Ce n'est pas une œuvre d'écriture académique. C'est polémique. Mais c'est une polémique qui demande à être démolie, à être débarrassée de la présomption de parler pour Dieu, d'admettre volontiers l'erreur et de prendre place sur un siège avec le calme sentiment d'être correct* en adoration devant Dieu. Cela vaut toujours la peine de parvenir à cela.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après



* L'auteur emploie le terme correctability, néologisme américain sans équivalent en français. 

L'Ami de Dieu/上帝的朋友 [23]


Si lorsque tu pries
Tes mots sont loin de ton cœur
Dieu ne t’entend pas

Haïjin Pravoslave


mercredi 28 janvier 2015

Joel Kalvesmaki : Toute Écriture est inspirée de Dieu: La Foi Fidèle à la Septante (2 et fin)


Photographie d'un livre dont la couverture est noire et usée, sur la tranche il est indiqué HOLY BIBLE


Repenser l'Ancien Testament

La plupart des arguments des évangéliques pour le canon de l'Ancien Testament sont, au mieux, ad hoc. Nos dirigeants et nos enseignants donnent une image simple, vierge, de la transmission de l'Écriture, comme si le canon n’était qu’un volume relié en cuir avec des onglets de références. "Ce canon est vrai parce qu’il est évident, a une cohérence interne, et tous les témoignages originels judicieux sont d'accord avec nous," ainsi est formulé l'argument typique. Et quand, en ouverture du dossier de l'histoire, nous trouvons que ce n’est pas le cas, nous ajoutons une longue série d'exceptions à notre prétention initiale. Cela ne peut pas ne pas aller très loin. Avec une telle approche de l'Écriture, en essayant de les faire sortir de leur lieu d’apparition dans l'histoire, est-il étonnant que tant de chrétiens croyant en la Bible, ces chrétiens qui sont prêts à faire face de manière plus approfondie, et souvent plus honnêtement, au contexte historique, aient perdu leur foi en ces [exégètes] libéraux?

Que pouvons-nous apprendre?

Nous évangéliques avons besoin d'une forte dose d'humilité théologique. Lorsque nous examinons l'histoire, elle ne correspond pas toujours à nos attentes ou à notre expérience. Nous prêchons souvent sur l'importance de confesser nos péchés personnels et nos erreurs, mais nous appliquons rarement ce principe à notre démarche spirituelle entreprise avec d'autres églises et d'autres communions. Est-ce que l'humilité ne s’applique qu'à l'individu, ou également à des organismes entiers?
Certains d'entre nous, moi y compris, ont refusé le nom de chrétien aux églises qui ont des croyances et des pratiques qui sont plus proches des Pères qui ont contribué à nous donner le canon [de l’Ecriture]. Peut-être est-il temps de commencer à traiter avec plus de respect ces églises qui ont conservé les apocryphes, afin d'être fidèles à ce que les Apôtres leur ont remis.
Le silence et le calme sont de mise. Comme évangéliques, nous agissons souvent avec un zèle excessif et ignorant. Ne serait-il pas temps de nous arrêter, de faire une pause, et d'apprendre? Cela ne nous ferait pas de mal de lire la prière des Pères, dont certains étaient plus proches de Jésus et des apôtres dans le temps, la langue, la culture, et la doctrine.
Peut-être que nous devons écouter ce que les catholiques et les orthodoxes disent avant de les juger. La plupart de ce que nous apprenons sur ces organismes anciens provient de sources protestantes. Nous devons leur faire confiance pour raconter leur propre histoire.
Comme le dit Jésus, "Reconnaissez ce qui est à portée de votre vue, et ce qui est caché, vous deviendra visible. " (Evangile de Thomas 5)

Quoi? Jésus n'a jamais dit ça!

Comment le savez-vous? Qui a dit que l'Evangile de Thomas ne devrait pas être dans le [Canon du] Nouveau Testament? Nous allons examiner la réponse à cela, et examiner le canon du Nouveau Testament dans notre prochain essai, "N’ajoutez rien à Ses paroles".



Version française Claude Lopez-Ginisty




mardi 27 janvier 2015

Joel Kalvesmaki :Toute Écriture est inspirée de Dieu: La Foi Fidèle à la version des Septante (1)



Joel Kalvesmaki est rédacteur en études byzantines à Dumbarton Oaks, supervisant la production de publications byzantines phares de Dumbarton Oaks, sur papier et  numériques. Il est actif dans les sciences humaines numériques et sa recherche porte sur l'histoire intellectuelle de l'Antiquité tardive, avec un accent sur le symbolisme ancien du nombre et les écrits d’Évagre le Pontique.

"Toute Ecriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. (II Tim 3:16)

L'Église orthodoxe orientale a été la plus fidèle à l'Ancien Testament des Apôtres. [Ses clercs] utilisent encore la Septante et fondent habituellement leurs traductions de l'Ancien Testament sur elle. Sans avoir besoin de preuve objective de la véracité de cette traduction, ils ont tout simplement  maintenu ce que les Apôtres leur avaient donné. Leur approche du canon [de l’Ecriture] n'a pas été philosophique ou déductive, mais spirituelle, confiant que Dieu a établi l’Eglise et qu’Il veille maintenant sur elle.

En Occident, nous avons eu tendance à nous moquer de ce genre de foi enfantine, préférant ce qui est plus concret et objectif. Pourtant, il y a eu une justification frappante de simplicité de l'Orient en ce siècle qui est nôtre. Les Manuscrits de la mer Morte témoignent de la fiabilité générale de la Septante. Comme les divers passages de la Bible ont été traduits et publiés, les chercheurs ont réalisé que le rejet précédent de la Septante a été prématuré. Les passages de la loi de Qumran et des livres historiques ont découvert des preuves d’une recension textuelle hébraïque distincte, qui sous-tend la traduction de la Septante. Plus souvent que prévu, les anciens manuscrits de Qumran sont en désaccord avec le texte massorétique, et soutiennent souvent la Septante.

Il semble maintenant que, pour les chercheurs engagés sur ce travail à l'avenir, Qumran ait offert une nouvelle base pour une confiance renouvelée à la Septante au moins dans les livres historiques, ce qui devrait leur permettre d'accepter les meilleures lectures de cette version presque aussi facilement que si elles avaient été trouvées dans la version massorétique de l’hébreu. En d'autres termes, chaque lecture doit à l'avenir être jugée sur ses mérites, et non sur toute idée préconçue de supériorité de la version hébraïque, tout simplement parce qu'elle est en hébreu. (Allegro, 81)

Les érudits "qoumrâniens" n’ont pas exalté une tradition textuelle par rapport à une autre, mais ils ont rouvert la question de la traduction de l'Ancien Testament. La réponse à la direction de futures traductions, aujourd'hui, pourrait être déterminée de façon pivotante par des théologiens plutôt que par des érudits textuels. Allegro, et d'autres, plaident pour une traduction éclectique de l'Ancien Testament qui pourrait provoquer tout le monde et ne satisfaire personne. Toutefois, à l'avenir, nous pouvons en arriver à ne pas nous demander, "Quelle version semble la meilleure? " mais "Quelle version reflète le mieux le Christ?" La Septante a longtemps attendu la réponse à cette dernière question.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après