"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 11 août 2013

Le staretz et le fabuliste...



Ambrosius of Optina.jpg

Le staretz Ambroise d'Optina était très friand des fables de Krylov. Parfois, pour reposer son esprit, il demandait à l'un de ses moines assistants de lui lire une fable à partir d'un livre de Krylov. Ce livre de fables se trouvait presque toujours près de lui sur une table dans sa cellule. 
Le staretz Ambroise donnait souvent des conseils spirituels en rimes et des fables ludiques, et il faisait lire quelque fable appropriée de Krylov à ses visiteurs. Ensuite, il disait quelques paroles d'instruction sur un ton humoristique avant de bénir tout le monde et de se retirer dans sa cellule.
(Source: Elder Ambroise of Optina, St. Herman of Alaska Press)






Par une belle journée d'été, les feuilles d'un arbre murmuraient doucement à la brise, et les ombres tombaient sur la vallée, voici c'était ce qu'elles disaient, se vantant de leur luxuriante abondance:

"N'est-ce pas un fait que nous sommes la fierté de toute la vallée? N'est-ce pas grâce à nous que cet arbre est si vigoureux et si vaste, si imposant et majestueux? Que serait-il sans nous? Oui, en effet, nous pourrions bien nous vanter sans vanité! Ne protégeons-nous pas, par notre fraîcheur, le berger et le voyageur de la chaleur de midi? N'attirons-nous pas, par notre beauté, la bergère à venir danser ici? et en nous, à la fois matin et soir, le rossignol chante, tandis que vous, douces brises, vous ne nous quittez presque jamais. "

"Vous pourriez dire juste un petit mot de remerciement pour nous", interrompit une voix faible en sous sol.

"Qui a l'audace de nous demander des comptes? Qui êtes-vous, qui parlez là-bas sous l'herbe?" rétorquèrent avec impertinence les feuilles, remuant dédaigneusement sur ​​l'arbre.

" C'est nous," fut la réponse venant de loin en dessous, "qui creusons ici dans l'obscurité pour vous fournir de la nourriture. Est-il possible que vous ne nous connaissiez pas? Nous sommes les racines de l'arbre sur lequel vous vous épanouissez. Continuez à vous réjouir de votre beauté mais rappelez-vous, il y a cette différence entre nous qu'à chaque automne, les vieilles feuilles meurent, et avec chaque printemps de nouvelles feuilles naissent; mais si les racines périssent une seule fois, ni vous, ni l'arbre ne peuvent du tout vivre. "

Version française Claude Lopez-Ginisty
D'après les Fables de Krylov
adaptées par William R.S. Ralston
in
HERMITAGE OF THE HOLY CROSS
Newsletter
August 2013 - Issue 24

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Cette même fable fut traduite du russe en français et mise en vers par Charles Parfait au XIXème siècle.


Les Feuilles et les racines

Sur le flanc d'un vallon, par un beau jour d'été,
Les feuilles, répandant une ombre fraîche et pure,
Du haut d'un chêne altier sous leur masse abrité,
Vantaient aux doux zéphyrs leur épaisse verdure.
"C'est nous qui du vallon faisons tout l'ornement, 
Disaient-elles; ce tronc, inutile instrument,
Nous doit sa majesté, sa grâce et sa parure.
Que serait-il sans nous? Pourrait-on contester
A qui fait de tels dons le droit de s'en vanter?
Vous le savez, notre feuillage
Des feux du jour sait protéger
Le voyageur ou le berger
Qui vient dormir sous son ombrage.
Dès que le printemps a souri,
La bergère accourt en cadence,
Sous ce frais et discret abri,
Chercher les plaisirs de la danse.
Le rossignol de ces coteaux,
Que le jour fuie ou qu'il renaisse, 
Dans nos bosquets reste sans cesse,
Et vient chanter dans nos rameaux;
Et vous-mêmes, zéphyrs fidèles,
Si l'on vous voit, pour quelques jours,
Quitter les feuilles, vos amours,
Vous revenez toujours près d'elles.
- Et nous, ne pourriez-vous nous dire au moins merci?
Dit une faible voix qui sortait de la terre.
- Qui donc ose, la-bas, nous interrompre ainsi?
Quand nous parlons, sachez vous taire!
Que vous croyez-vous donc ici?
Disent en frémissant les feuilles indignées.
- C'est nous, nous qui, dans l'ombre à languir résignées,
Vivons pour vous nourrir; pouvez-vous l'ignorer?
De l'arbre ou vous brillez nous sommes les racines.
Jouissez à loisir de ces beautés divines
Dont vous aimez à vous parer;
Mais n'oubliez jamais que votre destinée
Est. quoique différente, à la nôtre enchaînée.
Quand le printemps vient refleurir,
Avec lui, tous les ans, renaît feuille nouvelle;
Mais, si votre racine, un jour, vient à périr,
Tronc, feuilles et rameaux, vous mourrez avec elle.*

Version versifiée de  Carles PARFAIT
Librairie Henri Plon
Paris
Mai 1867

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* Ces racines si modestes, dit M. de Saint-Jullien, représentent l'humble et laborieuse population des campagnes; car, en Russie, plus que dans nos contrées d'industrie et de commerce, l'agriculture entretient les feuilles élégantes et bruyantes de l'arbre social.

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