"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

mardi 17 mai 2016

Livre des Jours de Valaam (R)

Livre des Jours de Valaam (53 & fin)



" La pauvreté est un bon maître pour la connaissance de soi, et la connaissance de soi conduit à la noblesse d'esprit. Frères, pardonnez-moi pour tout."

Higoumène Agathange
(1841-1909)
27 décembre

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Disciple proche de l'higoumène Damascène depuis sa jeunesse, et novice en même temps que Père Agapit, le futur grand hésychaste de Valaam, Agathange le zélé fut aussi destiné à faire revivre la Grande Laure de saint Alexandre de Svir, dans le voisinage de Valaam.

Sa correspondance avec Père Agapit, montre que ce puissant reconstructeur de Svir, qui avait un excellent esprit d'administrateur, était aussi un sérieux combattant patristique du royaume de l'ascèse.

Comme pasteur de son troupeau monastique, Agathange était aussi remarquable, quelquefois très chaleureux et très humain, qualités rares aujourd'hui, alors que les grands obstacles pourraient être évités par ceux qui gouvernent spirituellement, avec un peu de la sagesse de l'humilité.

La correspondance de Père Agapit avec saint Théophane le Reclus, était aussi partagée avec son ami Agathange. Tandis qu'il était à Valaam, plein de zèle ascétique, le jeune Agathange passa quelque temps seul dans une des skites où jadis de grands startsy avaient combattu le Malin. Il fut tourmenté d'angoisse toute la nuit, jusques au moment où il comprit la nature maligne du phénomène. Et il utilisa cette expérience plus tard quand il devint un "Abba", donnant des conseils à des ascètes inexpérimentés afin de les amener à la noblesse de l'Esprit.

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Valaam en 1901

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Valaam en 1992

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Epilogue


Le soir est venu, la lumière va s'estomper.
Le royaume terrestre pour eux est fini.
En haut, le dais de la mort est étendu;
Ils viennent à Toi assoiffés de paix.
Donne le repos, ô Seigneur dans le havre des Cieux
Aux âmes de ceux qui sont dans l'au-delà du tombeau

Staretz Pambo
Prière pour le repos du staretz Michel I
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Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
VALAAM PATERICON
Book of Days
Valaam Society of America
New Valaam Monastery
Alaska
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Lettre de l’higoumène du monastère de Koutloumousiou à la Sainte Communauté du Mont Athos au sujet du prochain Concile panorthodoxe

Lettre de l’higoumène du monastère de Koutloumousiou à la Sainte Communauté du Mont Athos au sujet du prochain Concile panorthodoxe
En date du 26 mars, l’higoumène du monastère de Koutloumousiou a adressé la lettre suivante à la Sainte-Communauté du Mont Athos au sujet du prochain Concile panorthodoxe :
« À la Sainte Communauté de la Sainte Montagne de l’Athos, à Karyès
Nous saluons fraternellement Votre Révérence en Christ,
Ayant lu avec grande attention la vénérable lettre patriarcale qui nous a été transmise relativement au Concile panorthodoxe, accompagnée des décisions s’y rapportant et de son règlement d’organisation et de fonctionnement, ainsi que la lettre du monastère de Karakallou qui exprime sa préoccupation, nous portons à votre connaissance ce qui suit, eu égard à l’importance exceptionnelle du Concile convoqué, tant pour le présent que l’avenir du monde orthodoxe. Concrètement, outre les nombreux éléments positifs des documents, surgissent certaines questions qui touchent le contenu théologique de la Tradition patristique.
1) Le règlement d’organisation et de fonctionnement du Concile panorthodoxe présente l’image d’une synaxe de primats, et non celle d’un Concile panorthodoxe selon le modèle des Conciles œcuméniques. Ce sentiment est créé par la limitation des membres aux seuls Primats des Églises autocéphales, ayant le droit exclusif de suffrage et de parole, ce qui exclut les autres membres de chaque délégation, mais également le grand nombre des évêques appartenant à chaque Église. Cela ne constitue pas la meilleure expression du système conciliaire. Nous craignons que, de cette façon, pénètre involontairement dans l’Église la théologie de la primauté, laquelle, par ailleurs, constitue l’aboutissement de la théologie de la personne, apparue au XXème siècle. Déjà sont apparues des opinions selon lesquelles le dogme et l’office liturgique ne peuvent constituer le lieu de l’unité ecclésiale, en tant que facteurs prétendument impersonnels, la personne du primat étant le seul lieu d’unité mis en avant.
2) Concernant le sujet des relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien, il est quelque peu inconséquent que l’Église, une, sainte, catholique et apostolique reconnaisse d’autres Églises chrétiennes, avec lesquelles, par voie de conséquence, elle peut être ou non en communion. C’est-à-dire qu’il semble que la question de la clarification de la foi est placée a posteriori, après la reconnaissance d’une communauté chrétienne en tant qu’Église, comme si la théologie constituait un complément de l’ecclésiologie. Il ressort de la formulation que le seul critère d’ecclésialité considéré est la succession apostolique historique ou la célébration du baptême.
3) L’article 22 du document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » qui se trouve assurément en rapport avec le dialogue œcuménique préjuge clairement de l’infaillibilité du Concile, et formule par écrit l’opinion plus générale selon laquelle « la foi orthodoxe authentique n’est sauvegardée que par le système conciliaire » et aussi qu’un Concile constitue le juge désigné et ultime en matière de foi ». Il implique enfin la condamnation de toute contestation des décisions du Concile par des personnes ou des groupes (y compris, manifestement, des hiérarques diocésains). Si cela ne résulte pas simplement d’une formulation malheureuse, on réfute ainsi le fait que le peuple fidèle est le gardien de la foi. Contrairement à cet article, la vie de l’Église témoigne que des personnes (i.e. les Pères théophores, les saints moines, les martyrs et les confesseurs), des groupes, et enfin le plérôme entier du peuple de Dieu, suivant la tradition apostolique de la sainteté, ont proclamé invalides des grands Conciles comportant de nombreux membres.
4) Étant donné que la tradition patristique, et ce conformément aussi aux documents, constitue un critère de l’unité ecclésiale et étant donné également que le futur Concile revendique une validité panorthodoxe, le plérôme de l’Église attend de lui qu’il n’ignore pas les Conciles précédents, ceux qui ont été convoqués sous saint Photius et saint Grégoire Palamas, qui ont fixé la théologie ainsi que l’expérience patristiques immuables et ont formé la conscience de l’Orthodoxie qu’elle a d’elle-même, pouvant en outre donner des réponses à l’homme d’aujourd’hui. S’il n’est pas fait mention de cela, il semblera éventuellement que l’Église orthodoxe n’accepte pas la théologie postérieure au septième Concile.
5) Enfin, bien que cela soit de moindre importance, nous ne comprenons pas l’utilité de la présence d’observateurs hétérodoxes à un Concile où il s’agit de discuter, à une large échelle, des questions nous concernant.
Le plérôme ecclésial attend vraiment du saint et grand Concile qu’il manifeste l’expression authentique de la tradition. En même temps parviennent de toutes parts des voix distinguées, d’où il ressort l’inquiétude que certaines positions créent des problèmes majeurs ou mineurs, lesquelles, fort probablement, provoqueront des schismes. Aussi, nous pensons que notre Lieu sacré, toujours sensible aux questions de foi et d’expérience orthodoxes, devrait articuler un discours correct et limpide, lequel contribuerait à l’édification de tous et qui probablement influerait positivement sur l’œuvre du Concile.
Cela étant, nous demeurons dans l’amour du Christ,
L’higoumène du saint monastère de Koutloumousiou,
+ Archimandrite Christodoulos et ses frères en Christ »

lundi 16 mai 2016

Archimandrite Zacharie de Maldon ( Essex/Grande Bretagne) : Le bouddhisme et l'ascèse orientale comparés à l'ascèse chrétienne orthodoxe.


Il est regrettable qu'il y ait une grande confusion, sans parler de l'illusion, chez ceux qui sont inexpérimentés, de sorte que la prière de Jésus est considérée comme équivalente au yoga dans le bouddhisme, ou à la "méditation transcendantale", et à d'autres pratiques exotiques orientales. Toute ressemblance, cependant, est la plupart du temps externe, et toute convergence interne ne monte pas au-delà de "l'anatomie" naturelle de l'âme humaine. La différence fondamentale entre le christianisme et d'autres croyances et pratiques, réside dans le fait que la prière de Jésus est basée sur la révélation du seul vrai Dieu vivant et personnel en tant que Sainte Trinité. Aucune autre voie n'admet une possibilité de relation vivante entre Dieu et la personne qui prie.

L'ascétisme oriental vise à dépouiller l'esprit de tout ce qui est relatif et transitoire, afin que l'homme puisse s'identifier avec l'Absolu impersonnel. Cet absolu est censé être la "nature" originale de l'homme, qui a subi la dégradation et la dégénérescence en entrant dans une durée de vie liée à la terre multiforme et en constante évolution. Une pratique ascétique comme celle-ci est surtout centrée sur soi, et est totalement dépendante de la volonté de l'homme. Son caractère intellectuel trahit la plénitude de la nature humaine, en ce qu'elle ne tient pas compte du cœur. Le principal combat de l'homme est de revenir à l'Absolu anonyme Supra-personnel et d'être dissous. Il doit donc aspirer à effacer l'âme (Atman) afin d'être un avec cet océan anonyme d'absolu suprapersonnel, et en cela se trouve son but essentiellement négatif.

Dans sa lutte pour se défaire de toutes les souffrances et de l'instabilité liée à la vie transitoire, l'ascète oriental se plonge dans la sphère abstraite et intellectuelle de la prétendue Existence pure, sphère négative et impersonnelle dans laquelle aucune vision de Dieu n'est possible, à l'exception de la vision de l'homme de lui-même. Il n'y a pas de place pour le cœur dans cette pratique. Les progrès dans cette forme d'ascétisme ne dépendent que de la volonté individuelle pour réussir. Les Upanishads ne disent nulle part que l'orgueil est un obstacle au progrès spirituel, ou que l'humilité est une vertu.

La dimension positive de l'ascèse chrétienne, dans laquelle l'auto-négation conduit à se revêtir de l'homme céleste, à l'hypothèse d'une forme surnaturelle de la vie, source de ce qui est la seule véritable auto-révélation de Dieu, est de toute évidence et totalement absente. Même dans ses expressions les plus nobles, l'abnégation dans le bouddhisme est la moitié seulement insignifiante de l'image qu'il donne. Dans le désir de l'esprit de revenir à sa simple personnalité "naturelle", il voit sa propre nudité dans un "nuage de dépossession". Mais à ce stade, il y a un risque grave d'obsession avec elle-même, de son émerveillement de sa propre beauté lumineuse mais créée, et d'adorer la créature plus que le Créateur (Rom. 1:25). L'esprit a maintenant commencé à se déifier ou à s'idolâtrer, puis, selon les paroles du Seigneur, "le dernier état de cet homme est pire que le premier" (Matt. 12:45).

Telles sont les limites des types orientaux de contemplation, qui ne prétendent pas être la contemplation de Dieu, et sont en fait la contemplation de l'homme par lui-même. Cela ne va pas au-delà des limites de l'être créé, ni ne s'approche nulle part de la Vérité de l'être primordial, du Dieu vivant incréé Qui lui-même s'est révélé à l'homme. Ce genre de pratique peut bien se permettre un certain assouplissement ou aiguiser les fonctions psychologiques et intellectuelles de l'homme, mais "ce qui est né de la chair est chair" (Jean 3: 6) et "ceux qui vivent dans la chair ne sauraient plaire à Dieu" (Rom. 8: 8).

Pour être authentique, toute dépossession de l'esprit de ses attachements passionnés aux éléments visibles et transitoires de cette vie, doit être liée à la vérité concernant l'homme. Quand l'homme se voit tel qu'il est aux yeux de Dieu, sa seule réponse est de repentance. Cette repentance est elle-même un don de Dieu, et elle génère une certaine douleur du cœur qui non seulement détache l'esprit des choses corruptibles, mais qui unit aussi aux choses invisibles et éternelles de Dieu. En d'autres termes, la dépossession comme fin en elle-même est seulement la moitié de la chose, et elle consiste en l'effort humain opérant au niveau de l'être Créé. le christianisme d'autre part, enjoint à l'ascète de lutter dans l'espoir que son âme sera revêtue, investie, avec la Grâce de Dieu, qui le conduit à la plénitude de la vie immortelle pour laquelle il sait qu'il a été créé.


Beaucoup admirent Bouddha et le comparent au Christ. Bouddha est particulièrement intéressant en raison de sa compréhension compatissante de la condition de l'homme et de son enseignement éloquent sur la libération de la souffrance. Mais le chrétien sait que le Christ, le Fils unique de Dieu, par sa Passion, la Croix, la mort et la résurrection, est entré volontairement et sans péché, dans la totalité de la douleur humaine, en la transformant en une expression de Son Amour parfait. Il a ainsi guéri Sa créature de la blessure mortelle infligée par le péché ancestral, et en a fait une "nouvelle création" pour la vie éternelle. La douleur du cœur est donc d'une grande valeur dans la pratique de la prière, car sa présence est un signe que l'ascète n'est pas loin du chemin véritable et saint de l'amour de Dieu. Si Dieu, à travers la souffrance, a montré Son Amour parfait pour nous, de même, l'homme a la possibilité, à travers la souffrance, de retourner son amour à Dieu.

Par conséquent, la prière est une question d'amour. L'homme exprime l'amour par la prière, et si nous prions, c'est une indication que nous aimons Dieu. Si nous ne prions pas, cela signifie que nous n'aimons pas Dieu, car la mesure de notre prière est la mesure de notre amour pour Dieu. 

Saint Silouane identifie l'amour de Dieu à la prière, et les saints Pères disent que l'oubli de Dieu est la plus grande de toutes les passions, car elle est la seule passion qui ne sera pas combattue par la prière avec le Nom de Dieu. Si nous nous humilions et invoquons l'aide de Dieu, confiants en Son Amour, force nous est donnée de vaincre toute passion; mais quand nous sommes oublieux de Dieu, l'ennemi est libre de nous mettre à mort.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Zacharias 
The Hidden Man of the Heart: 
The Cultivation of the Heart in Orthodox Christian Anthropology
Waymart, PA: 
Mount Thabor Publishing, 
2008
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Archimandrite Zacharie
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Jean-Claude LARCHET/ Recension: Recension: Jean Romanidès, « Théologie empirique »

Theologie empirique

Jean Romanidès, Théologie empirique. Présenté et commenté par Mgr Philarète, L’Harmattan, Paris, 2015, 336 p.
Le père Jean Romanidès (1927-2001) est l’un des plus grands théologiens orthodoxes contemporains
Son œuvre se distingue par son souci rigoureux d’orthodoxie, sa cohérence, son originalité, sa force d’expression, son ancrage dans la tradition des Pères et l’expérience spirituelle. Elle se présente en Grèce comme l’alternative majeure à la théologie – aujourd’hui de plus en plus critiquée – du métropolite Jean Zizioulas (avec lequel Romanidis et ses disciples furent en oppostion) et à la théologie néo-grecque du groupe réuni dans les années 60 autour de la revue Synaxis, marquée par un mélange de théologie et de philosophie traduisant une méthode théologique déficiente, par une volonté de modernité et par une forte influence de la théologie russe décadente de la diaspora (Boulgakov et ses disciples) et de la philosophie occidentale (principalement existentialiste).
Le père Jean Romanidès est né au Pirée en 1927 de parents qui avaient été chassés de Cappadoce par les Turcs lors de la dramatique « épuration ethnique » de 1922. Deux mois après sa naissance, ses parents émigrèrent aux États-Unis. C’est à New York, dans le quartier de Manhattan, qu’il reçut sa première formation scolaire, avant d’entreprendre, lorsque le temps fut venu, des études de théologie à l’École de théologie orthodoxe de Holy Cross, dont il fut l’un des premiers diplômés (1949). Il poursuivit ensuite ses études à l’université de Yale (1950-1954), passa un an à l’Institut Saint-Serge à Paris, avant de rejoindre la Faculté de théologie de l’Université d’Athènes où il soutint en 1957 une thèse de doctorat qui avait pour thème « Le péché ancestral » (trad. anglaise: « Original Sin », 2eéd., Zephyr, Ridgewood, 2002) et qui, à l’époque, parut révolutionnaire. Il fut alors élu professeur à l’École supérieure de théologie orthodoxe de Holy Cross (1958) et devint éditeur de la Greek Orthodox Theological Review, l’une des deux plus importantes revues orthodoxes de langue anglaise. Il quitta ce poste en 1965 et fut élu en 1968 professeur à la Faculté de théologie de l’Université Aristote de Thessalonique. Il fut ordonné prêtre en 1970. Il participa à différentes commissions de dialogue théologique, cela au-delà de sa retraite, qu’il prit en 1984, et jusqu’à son décès, à Athènes, en 2001.
L’œuvre de Romanidès fut, par son engagement, son originalité, sa vigueur et, il faut le dire, de sa dimension anticonformiste et provocatrice, sujette à débat dès l’origine et jusqu’à la fin. Le père Georges Dragas, qui fut l’un de ses étudiants et l’un de ses éditeurs aux États-Unis, écrit à son sujet : « C’était un combattant qui croyait clairement qu’il avait à défendre la dogmatique patristique orthodoxe telle qu’il l’avait redécouverte. C’était un théologien orthodoxe entièrement engagé qui cherchait à établir son orthodoxie sur les enseignements et la tradition vivante des Pères, tant ecclésiale qu’ascétique. Ayant grandi dans un contexte occidental et ayant été pleinement exposé aux traditions chrétiennes occidentales, il fut conduit non pas à tenir sa propre orthodoxie pour assurée, mais à l’examiner en profondeur pour redécouvrir et défendre son intégrité. Il acquit ainsi la conviction que la tradition patristique orthodoxe était radicalement différente des traditions occidentales qui, en raison de certaines exigences historiques, avaient imposé à celle-ci leur influence. »
Par la rupture qu’elle a imposée dans le monde orthodoxe par rapport aux modes de pensée établis, par la conscience nouvelle qu’elle a développée de l’identité orthodoxe par rapport à la théologie et à la spiritualité latines hétérodoxes (qu’il considérait comme enracinée dans l’œuvre d’Augustin d’Hippone et comme ayant été développée et imposée à l’Occident par les Carolingiens), l’œuvre du père Jean Romanidès a exercé une influence décisive beaucoup de théologiens orthodoxes contemporains, si bien que, comme le note le père Georges Métallinos dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, « on doit distinguer dans la pensée orthodoxe moderne un avant et un après Romanidès ».
La pensée du père Jean Romanidès a fait l’objet d’une présentation d’ensemble, qui a reçu son approbation, par Andrew J. Sopko (Prophet of Roman Orthodoxy. The Theology of John Romanides, Synaxis Press, Dewdney, BC, Canada, 1998).
Ses livres et articles sont disponibles en grec, mais aussi en anglais. On en trouvera une partie (téléchargeable légalement en différents formats) sur le site Internet qui lui est consacré, et dans lequel il est accompagné par deux de ses principaux disciples actuels, le métropolite Hiérothée de Naupacte et Saint-Blaise, et le père Georges Métallinos, ancien doyen et professeur de la faculté de théologie d’Athènes.
L’importante diffusion de l’œuvre du père Jean Romanidès aux États-Unis tient au fait qu’il y a passé la plus grande partie de sa vie et a enseigné de nombreuses années dans l’un des deux principaux instituts supérieurs de théologie orthodoxe américains, et a écrit la plus grande partie de son œuvre en anglais.
Dans le monde francophone, c’est La Lumière du Thabor, revue aujourd’hui disparue d’un groupe schismatique de Vieux-calendaristes, que revient le mérite d’avoir fait connaître le père Jean Romanidès (comme lui revient le mérite d’avoir publié plusieurs textes importants du père Georges Florovsky, et une partie importante de l’œuvre de saint Justin Popovitch). Elle a offert, au fil de ses numéros, la traduction de plusieurs de ses articles (« Le Christ, la vie du monde »; « L’ecclésiologie de saint Ignace d’Antioche »; « Examen critique des applications de la théologie »; « La franco-latinisation de l’orthodoxie »; « Sur l’accord de Balamand »). Un autre article, d’une qualité exceptionnelle, sur « le Filioque », extrait d’un ouvrage du grand théologien intitulé Franks, Romans, Feudalism and Doctrine, a également été traduit et publié par l’équipe éditoriale de la revue dans un remarquable Dossier Saint Augustin paru aux éditions L’Âge d’Homme.
L’évêque de ce groupe, Mgr Philarète (alias Laurent Motte) a eu l’heureuse idée de rassembler l’ensemble de ces études dans le présent volume intitulé Théologie empirique. Il les a fait précéder d’une vaste et très bonne introduction de 70 pages, qui présente la biographie de l’auteur et une synthèse des principaux thèmes de son œuvre, dont ce volume offre un bon échantillon: la méthodologie de la théologie orthodoxe (fondée sur l’expérience spirituelle de l’illuminaitn et de la glorificaiton, et non sur une spéculation de type philosophique, d’où le titre donné au volume); les trois degrés de la vie spirituelle (purification, illumination, glorification) ; le christianisme comme thérapeutique; l’opposition de la théologie franque – imposée à l’Occident par Charlemagne – à la théologie romaine (c’est-à-dire de l’empire romain, improprement appelé byzantin par les historiens, et de sa continuation après la chute de Constantinople, improprement appelée « Byzance après Byzance »), tout à la fois orientale et occidentale; la différence radicale entre la doctrine catholique-romaine du péché originel (issue d’Augustin) et la conception orthodoxe du péché ancestral; le Filioque comme produit de la théologie des Franks (orthographe justifiée par l’auteur); les déviations de la théologie augustinienne et l’inspiration augustinienne de la théologie des Franks; le schisme de 1054 non pas comme le résultant d’une « estrangement » progressif entre l’Occident et l’Orient seon une opinion devenue courante, mais comme le produit de la politique des Franks imposée aux papes; la vision du Verbe par les justes de l’Ancient Testament et leur glorification/déification; la glorification/déification comme but de la vie chrétienne; l’opposition de la théologie orthodoxe des énergies divines incréées à la doctrine de la grâce créée (qui prend sa source dans la doctrine augustinienne des « théophanies », itermédiaires créés), développée par la théologie franque.
On regrette, d’un point méthodologique, que les commentaires de ceux qui ont à l’origine publié ces traductions françaises se trouvent, dans les notes réunies en fin de volume, mélangées sans distinction avec celle du père Jean Romanidès. Cela donne une fâcheuse impression de tentative de récupération de sa pensée par un groupe dont il restait distant, puisque, rappelons-le, il a toujours appartenu à l’Église orthodoxe canonique et représentait même officiellement son Église locale (le patriarcat de Constantinople)dans des réunions œcuméniques internationales.
D’une qualité remarquable, la théologie du père Jean Romanidès n’est pas sans défauts. Sa vigueur tient souvent à une systématisation et à une simplification excessives, comme celle du schéma purification – illumination – glorification (qui certes appartient à la tradition patristique mais y fait l’objet d’une conception plus souple), ou celle de l’opposition Romains-Franks poussée jusqu’à l’époque actuelle (et qui finit par se substituer comme deux concepts politiques à la distinction orthodoxie-hétérodoxie), ou comme la réduction du christianisme à une thérapeutique (ce qui certes s’applique au salut et à la vie ascétique, mais n’est pas pertinent pour ce qui concerne la divinisation). Parmi ses autres faiblesses, on peut signaler l’insistance trop forte sur la responsabilité de la théologie de saint Augustin dans les déviations dogmatiques du catholicisme-romain, qui en fait le responsable de tous les maux passés et présents. On trouve certes chez Augustin les racines de plusieurs d’entre-elles et non des moindres, mais ce qu’il faudrait surtout incriminer c’est l’augustinisme (constitué par les disciples d’Augustin qui ont systématisé certaines de ses positions) et l’utilisation qui en a été faite plusieurs siècles plus tard, quand l’augustinisme, courant longtemps minoritaire, s’est imposé de longue lutte comme courant dominant en Occident (le père Placide Deseille a livré à ce sujet une excellente analyse). Une troisième faiblesse des positions du père Jean Romanidès est l’appui qu’il a apporté à la christologie monophysite aux cours de réunions œcuméniques où il a représenté le patriarcat de Constantinople et qui ont abouti au mauvais compromis de Chambézy (auquel ont aujourd’hui heureusement renoncé toutes les Églises locales orthodoxes à l’excepton du patriarcat de Constantinople). Une quatrième faiblesse de la pensée du théologien grec est son exaltation de l’hellénisme (commune à beaucoup de théologiens grecs des années 60, différents de lui et différents entre eux), s’incarnant dans le projet utopique, quasi politique, de restaurer dans le monde (mais en excluant paradoxalement les pays slaves) l’Empire romain sous le nom de Romanie. Ce dernier aspect de la pensée de Romanidès, peu présent dans ce volume, a été exposé dans son livre Romanité, Romanie, Roumélie, dont on trouvera une présentation détaillée et une critique équilibrée dans le compte rendu qu’en a fait le père André de Halleux pour la Revue théologique de Louvain (15, 1984, p. 54-66) : « Une vision orthodoxe grecque de la Romanité », que l’on peut lire en ligne et télécharger ici.
Jean-Claude Larchet

dimanche 15 mai 2016

Saint Théophane le Reclus: Comment sauver l'âme?


Saint Théophane le Reclus

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Que dire à la personne qui demande: "Comment puis-je sauver mon âme?"

Ceci: Repentez-vous, et renforcé par la puissance de la grâce dans les saints mystères, marchez dans la voie des Commandements de Dieu, sous la direction que la Sainte Eglise vous donne à travers son sacerdoce venant de Dieu. Tout cela doit être fait dans un esprit de foi sincère sans aucune restriction.

Qu'est-ce que la foi?

La foi est la confession sincère que Dieu, Qui est adoré dans la Trinité, Qui a créé toutes choses et nourrit tous, nous sauve, nous qui sommes tombés, par la puissance de la mort sur la Croix du Fils de Dieu incarné, par la grâce de l'Esprit Très Saint dans Sa Sainte Église. Les débuts de renouvellement, qui sont établis dans cette vie, apparaissent dans toute leur gloire dans le siècle à venir  d'une manière que l'esprit ne peut comprendre, ni la langue exprimer.

Ô notre Dieu, comme tes promesses sont grandes!

Comment peut-on marcher inébranlablement dans la voie des Commandements?

On ne peut pas répondre à cela en un mot, la vie est une question complexe. Voici ce qui est nécessaire:

a) Repentez-vous, et tournez-vous vers le Seigneur, admettez vos péchés, pleurez pour eux avec une contrition sincère, et confessez-vous à votre père spirituel. Promettez en paroles, et dans votre cœur devant la face du Seigneur, de ne pas l'offenser davantage par vos péchés.

b) Ensuite, en demeurant en Dieu dans l'esprit et le cœur, efforcez-vous d'accomplir avec le corps les fonctions et les affaires que votre position dans la vie vous imposent.

c) Dans ce labeur, surtout gardez votre cœur des mauvaises pensées et des sentiments d'orgueil, de vanité, de colère, de jugement des autres, de haine, d'envie, de mépris, de découragement, d'attachement aux choses et aux gens, des pensées dispersées, de l'anxiété, de tous les plaisirs sensuels et de tout ce qui sépare l'esprit et le cœur de Dieu.

d) Afin de tenir ferme dans ce labeur, résolvez au préalable de ne pas  vous retirer de ce que vous reconnaissez être nécessaire, même si cela peut entrainer la mort. Pour ce faire, lorsque vous résolvez d'abord de le faire, offrez votre vie à Dieu pour vivre, non pas pour votre propre bien, mais pour Dieu seul.

e) Un soutien pour une telle vie, est une humble offrande de soi-même à la volonté de Dieu, et non pas en fonction de soi-même; l'arène spirituelle dans laquelle cette vie est accomplie, est la patience ou un support sans faille dans les rangs de la vie rachetée, avec une endurance joyeuse dans tous les travaux et les désagréments qui y sont liés.

f) Un appui pour la patience est la foi, ou l'assurance que, œuvrant de cette façon pour Dieu, vous êtes Son serviteur et Il est votre Maître, qui voit vos efforts, est réjoui par eux et les apprécie; espérons que l'aide de Dieu, qui toujours vous protège, est toujours prête et en attente pour vous, et elle descendra sur vous au temps où vous en aurez besoin, que Dieu ne vous abandonnera pas à la fin de votre vie, et vous préservera comme quelqu'un de fidèle à Ses commandements ici-bas, parmi toutes les tentations, il vous mènera à travers la mort dans Son royaume éternel; l'amour, qui médite jour et nuit sur le Seigneur bien-aimé, cherche en tout à ne faire que ce qui Lui est agréable, et évite tout ce qui pourrait L'offenser en pensée, en parole ou en acte.

g) Les armes d'une telle vie sont: la prière à l'église et à la maison, en particulier la prière mentale, le jeûne selon sa force et les règles de l'Eglise, la vigilance, la solitude, les travaux physiques, la confession fréquente des péchés, la communion, la lecture de la Parole de Dieu et des écrits des saints Pères, les conversations avec les gens craignant Dieu, des entretiens fréquents avec son père spirituel pour tous les événements de sa vie interne et externe. La fondation de tous ces travaux dans la mesure, le temps et le lieu, est la sagesse, avec les conseils de ceux qui sont expérimentés.

 h) Gardez-vous par la crainte. Pour cela, souvenez-vous de la fin-de la mort, du  Jugement, de l'enfer, du Royaume céleste.

Et surtout, soyez attentifs à vous-mêmes: gardez un esprit sobre et un cœur serein.

i) Définissez comme objectif final l'embrasement du feu de l'esprit, de sorte que le feu spirituel brûle dans votre cœur et, rassemblant toutes vos forces, commencez à construire votre homme intérieur, et brûlez enfin l'ivraie de vos péchés et de vos passions.

Organisez votre vie de cette manière, et avec la grâce de Dieu, vous serez sauvés.

Version française Claude lopez-Ginisty
d'après
Orthodox Life, Vol. 27., 
No. 6 (Nov.-Dec., 1977), 
HOLY TRINITY MONASTERY,
New York
USA

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



25 avril / 8 mai
  Dimanche de l’apôtre Thomas « Antipâques »

Saint apôtre et évangéliste Marc (63). Saint Sylvestre d'Obnora (1379). Saint Basile de Poiana Marului (1767, Roumanie). Saint hiéromartyr Serge (Rokhletsov), prêtre (1938).

Lectures : Actes V, 12 - 20 / Jn. XX, 19-31
AU SUJET DU DIMANCHE DE THOMAS

Nous commémorons ce dimanche l’apparition du Seigneur aux apôtres, après Sa Résurrection, et le toucher de Ses plaies par l’apôtre Thomas. L’apparition du Seigneur ressuscité à l’apôtre Thomas et aux onze autres disciples est fixée le premier jour suivant la semaine pascale, parce que les circonstances de cette apparition constituent une preuve incontestable de la Résurrection du tombeau, « comme de la chambre nuptiale, avec Sa chair immaculée ». Le huitième jour après Pâques, comme achèvement des solennités de la Semaine Lumineuse, constituait depuis les temps anciens une solennité particulière. Le dimanche de Thomas est également appelé « antipâques », ce qui signifie « au lieu de Pâques », parce que l’Église a transféré à ce dimanche une partie des antiques matines pascales, qui furent remplacées par celles de St Jean Damascène que nous célébrons de nos jours. Depuis ce jour commence le cycle des dimanches et des semaines de toute l’année. Selon l’usage de l’Église Russe, on commémore les défunts le mardi suivant le dimanche de Thomas. La raison en est que le typicon autorise de nouveau, la commémoraison des défunts à partir du lundi de Thomas. C’est ainsi que les croyants se rendent sur la tombe de leurs proches pour annoncer la joyeuse nouvelle de la Résurrection du Christ. De là vient l’appellation de ce jour « radonitsa » en russe (radost’ = la joie). La commémoraison des défunts après Pâques remonte aux temps les plus anciens. St Ambroise de Milan, dans l’une de ses homélies dit : « Il est digne et juste, après les solennités pascales que nous avons célébrées, de partager notre joie avec les saints martyrs, et de leur annoncer la joie de la Résurrection du Christ, à eux en tant que participants aux souffrances du Seigneur ». Ces paroles de St Ambroise, bien que se rapportant aux martyrs, peuvent confirmer notre usage de commémorer les défunts après Pâques, eu égard au fait que, dans les temps anciens, on enterrait les défunts parmi les martyrs.

Tropaire, ton 5
Хpистócъ вocкpéce изъ ме́ртвыхъ, cме́ртію cме́рть попра́въ и су́щымъ во гробѣ́xъ живо́тъ дарова́въ.
Le Christ est ressuscité des morts, par Sa mort Il a vaincu la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie.

Tropaire du dimanche de Thomas, ton 7

Запеча́тану гpóбу, живо́тъ отъ гpóбa возсія́лъ ecи́ Xpисте́ Бо́же, и двépeмъ заключе́ннымъ, ученико́мъ предста́лъ ecи́, вcѣ́xъ вocкpecéнie : ду́хъ пра́вый тѣ́ми обновля́я на́мъ, по вели́цѣй Твое́й ми́лости.
Le sépulcre étant scellé, Toi qui es la Vie, ô Christ Dieu, Tu t’es levé du tombeau, et les portes étant fermées, Toi, la Résurrection de tous, Tu t’es présenté devant Tes disciples, par eux renouvelant en nous un esprit droit, dans Ta grande miséricorde.
Tropaire du saint apôtre et évangéliste Marc, ton 3

Апо́столе святы́й и Евангели́сте Ма́рко, моли́ Ми́лостиваго Бо́га, да прегрѣше́ній оставле́ніе пода́стъ душа́мъ на́шимъ.
Ô saint apôtre et évangéliste Marc, prie le Dieu miséricordieux, afin qu'Il accorde le pardon des péchés à nos âmes.

Kondakion du du saint apôtre et évangéliste Marc, ton 2

Съ высоты́ пріи́мъ благода́ть Ду́ха, ри́торская плете́нія разруши́лъ еси́, апо́столе, и, язы́ки вся́ улови́въ, Ма́рко всесла́вне, твоему́ Влады́цѣ приве́лъ еси́, Боже́ственное проповѣ́давъ Ева́нгеліе.
D'en haut ayant reçu la grâce de l'Esprit, tu as rompu les mailles des rhéteurs,  illustre apôtre Marc, et tu as pris  toutes les nations dans tes filets pour les mener à ton Maître en prêchant l'Évangile divin.
Kondakion du dimanche de Thomas, ton 8

Любопы́тною десни́цею, жиз-нопода́тельная Tвоя́ péбра Фомá испыта́, Xpисте́ Бо́же : coзаключе́ннымъ бо двépeмъ я́ко вше́лъ ecи́, съ про́чими апо́столы вопiя́ше Тебѣ́ : Го́сподь еси́ и Бо́гъ мо́й.
Voulant s’assurer de Ta Résurrection, Thomas scruta de sa droite curieuse Ton côté vivifiant, ô Christ Dieu ; aussi, lorsque Tu entras, les portes étant fermées, il Te clama avec les autres apôtres : Tu es mon Seigneur et mon Dieu.
Au lieu de « il est digne en vérité » ton 1:

А́нгелъ вопiя́ше Благода́тнѣй: Чи́стая Дѣ́во, ра́дуйся, и па́ки реку́: Ра́дуйся! Тво́й Сы́нъ воскре́се тридне́венъ отъ гро́ба и ме́ртвыя воздви́гнувый: лю́дiе веселит́еся. Свѣти́ся, свѣти́ся Но́вый Iерусали́ме, сла́ва бо Госпо́дня на Тебѣ́ возсiя́. Лику́й ны́нѣ и весели́ся, Сiо́не. Ты́ же, Чи́стая, красу́йся, Богоро́дице, о воста́нiи Рождества́ Твоего́.
L’Ange dit à la Pleine de grâce : Vierge pure, réjouis-toi, et je te dis à nouveau : réjouis-toi ! Car ton Fils est ressuscité du Tombeau le troisième jour et a relevé les morts, peuples réjouissez-vous. Resplendis, resplendis, Nouvelle Jérusalem, car la gloire du Seigneur a brillé sur toi. Danse et crie de joie, Sion, et toi, Pure Mère de Dieu, réjouis-toi de la Résurrection de Ton Fils.

VIE DU SAINT APÔTRE MARC  
Le saint et glorieux Apôtre Marc, appelé aussi Jean, était fils d’une pieuse femme de Jérusalem, Marie, qui offrait sa maison aux disciples des Apôtres pour leurs réunions de prières. Saint Pierre s’y rendait souvent et prit en affection le jeune Marc qu’il instruisit dans la foi et qu’il baptisa, le considérant comme son fils (1 Pierre V, 13). Il était aussi cousin  du saint Apôtre Barnabé (cf. Col IV, 10), et celui-ci le prit avec lui lorsqu’il partit pour Antioche en compagnie de saint Paul (Act XII, 24 ). Pendant ces voyages d’évangélisation, Marc assistait humblement les deux prédicateurs, pourvoyant à leurs besoins matériels et assimilant leur enseignement. Parvenu à Pergé de Pamphylie, Marc fut saisi de crainte devant les difficultés de la mission, et se sépara de Paul et Barnabé pour retourner à Jérusalem (Act 13, 13). Saint Paul semble avoir été froissé de cette séparation, aussi, quand ils le retrouvèrent à Antioche, il se refusa à emmener : celui qui les avait abandonnés en Pamphylie et n’avait pas été à l’œuvre avec eux (Act XV, 37). La discussion s’échauffa et Barnabé décida de s’embarquer pour Chypre avec Marc, alors que Paul partait avec Silas pour évangéliser la Syrie et la Cilicie (52). Dix ans plus tard, on retrouve saint Marc à Rome, en compagnie d’Aristarque et de Jésus le Juste, pour assister Paul dans sa captivité (Col IV, 10). De là, il partit avec la bénédiction du grand Apôtre pour visiter les chrétiens de Colosses. Lors de sa seconde captivité, Paul écrivant à Timothée, lui recommande d’amener Marc avec lui : « Car il m’est précieux pour le ministère », assure-t-il (2 Tm IV, 11). C’est aussi vers l’an 65 que Marc retrouva saint Pierre à Rome, au moment où les deux Coryphées allaient subir leur martyre. L’éclat de l’enseignement de saint Pierre avait tellement brillé dans l’esprit des nouveaux convertis de Rome qu’ils supplièrent Marc de mettre par écrit cette doctrine divine. Confirmé par une révélation, et avec l’accord de Pierre, il se mit à l’œuvre et rédigea de manière brève, simple et pleine de vie un résumé des actes et des paroles du Sauveur, conforme à la prédication du Coryphée des Apôtres. Sans se préoccuper de la présentation littéraire, ni de répondre à toutes les questions que pouvaient se poser les fidèles, il écrivit tout ce qui est utile au Salut et à la connaissance du Fils de Dieu fait homme, et rien de plus. Une fois cette œuvre achevée, saint Pierre l’envoya en Égypte pour y porter la Bonne Nouvelle. Pendant la traversée, le navire fut pris dans une tempête que Marc apaisa par sa prière, et il put faire escale dans l’île de Pittyouse, en face de la Cilicie, où il fut reçu par un notable nommé Bassos, qui avait été converti par saint Pierre à Antioche, et, grâce à son appui, il gagna à la vraie foi la plupart des habitants de l’île. Lorsqu’il aborda à Alexandrie, la sandale de Marc, usée par la marche, s’étant rompue, il la donna à raccommoder à un savetier nommé Anien. Celui-ci, frappé par l’éclat extraordinaire qui se dégageait du visage de l’Apôtre, laissa échapper son aiguille et se perça le doigt, en s’écriant : « Un seul Dieu ! » Saint Marc le guérit de sa blessure et saisit cette occasion pour l’instruire sur la vérité du seul Dieu devenu homme pour notre Salut. Anien écouta avec attention ces paroles de vie et, après avoir fait baptiser toute sa maisonnée, il quitta sa profession et tout attachement au monde pour devenir le plus étroit collaborateur de l’Apôtre. Dans cette immense cité, métropole du paganisme et de la culture hellénique, la parole de l’Apôtre, simple et dépourvue des ornements futiles de la rhétorique, retentissait comme un tonnerre, et ses miracles confirmaient ses paroles. Devant le spectacle des guérisons accomplies par la puissance de Dieu, jusqu’à trois cents païens en un seul jour demandèrent à recevoir le saint baptême. La semence évangélique commençant donc à germer, Marc organisa les premières institutions liturgiques de l’Église d’Égypte, ordonna Anien évêque d’Alexandrie  avec pour le seconder trois prêtres : Milée, Sabin et Cerdon, sept diacres et onze autres clercs de rang inférieur.. D’Alexandrie, il se rendit à Mendession  et y délivra du démon un enfant aveugle. Les parents de l’enfant, au comble de la joie, lui offrirent une forte somme d’argent, mais Marc la refusa, en disant que la grâce de Dieu ne s’échange pas pour de l’argent, et il leur recommanda de le distribuer en aumônes. Un nombre considérable de païens s’étant convertis à la suite de ce miracle, Marc fonda dans cette cité une église et ordonna un évêque, des prêtres et des diacres, puis il continua son voyage vers Cyrène de la Pentapole. Il alla ensuite évangéliser la Libye, où il convertit un grand nombre. De là, saint Marc passa en Marmarique. Une nuit, le Seigneur lui apparut en vision et lui ordonna de retourner à Alexandrie pour y achever sa mission. Malgré les pleurs et les supplications des nouveaux convertis qui voulaient retenir leur père et sauveur, l’Apôtre, confirmé par une nouvelle vision lui annonçant qu’il devrait sceller sa mission par la gloire du martyre, s’embarqua pour Alexandrie, où il put admirer les progrès de l’évangélisation pendant ses deux années d’absence. Toutefois les païens et les Juifs ne pouvaient supporter les succès remportés par le disciple du Christ et, grinçant des dents, ils cherchaient une occasion de le perdre. Une année où la célébration de Pâques coïncidait avec la fête du dieu Sérapis — fête que les païens d’Alexandrie avaient coutume de célébrer par d’ignobles dérèglements — ils se précipitèrent sur le saint, au moment où il célébrait la Divine Liturgie et le traînèrent jusqu’à l’amphithéâtre, où se trouvait le gouverneur, en l’accusant de pratiques magiques. Aux accusations pleines de haine, l’Apôtre répondit calmement et exposa, comme à son habitude, en peu de mots, la sublime doctrine du Salut. Déconcerté et ne pouvant rien objecter à ses arguments, le gouverneur se tourna vers la foule, demandant ce qu’il devait faire de Marc. Les uns criaient de le brûler devant le temple de Sérapis, les autres de le lapider. Finalement, sur l’ordre du magistrat, il fut étendu à terre, les membres écartelés, et fut cruellement fustigé. Puis la populace, s’emparant du corps meurtri du saint, le traîna durant tout le jour dans les rues de la ville, en arrosant les pierres et la terre de son sang. Le soir venu, on l’enferma en prison, où, vers minuit, un ange vint le réconforter. Au matin du samedi 4 avril, les bourreaux l’attachèrent à une corde et le traînèrent, comme la veille, jusqu’à un lieu nommé Boucole, où il trouva la mort. Il était âgé de cinquante-sept ans. Par la suite, on édifia une église au-dessus du tombeau du saint Apôtre à Boucole, qui devint le haut lieu de la piété des chrétiens d’Alexandrie. En 828, le corps de saint Marc fut transporté à Venise, dans la fameuse basilique qui lui est dédiée, mais son crâne resta en Égypte.