"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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jeudi 26 mai 2016

Archimandrite Ignace [Pakoulov]: Qu'est-il arrivé aux startsy?



Archimandrite Ignatii (Pakulov)



- Est-ce que l'institution des startsy existe à notre époque?

- La vie spirituelle s'est refroidie. Il n'y a plus de startsy. Il y a bien sûr des gens qui mènent une vie spirituelle, mais ils la cachent soigneusement. Comme le dit saint Ignace [Briantchaninov], "ceux qui suivront la voie de l'effort spirituel [podvig] se cacheront sagement du monde." 

Nous sommes confrontés à la prétention et à l'affectation; l'orgueil et la vanité vont croissant; tout le monde veut être perçu comme spirituel et comme un vase de l'Esprit. Il y a très peu d'humilité. Cependant, plus les gens sont humbles, moins ils ont tendance à se faire de la publicité, moins ils essaient d'attirer l'attention. Ils vivent simplement leur vie et prient.

- Où a disparu l'amour?

L'Apôtre Paul écrit que l'amour de la plupart se refroidira. Dans l'âge d'or du monachisme, aux IVe-VIe siècles, il y avait un grand nombre de moines en Egypte. Et parmi ce grand nombre, il y avait jusqu'à cinq cents pères théophores qui possédaient des dons extraordinaires: les dons de guérison, de clairvoyance, de prophétie, même de ressusciter les morts. Pourtant, ils cachaient tout cela. Ils demandaient même au Seigneur de les défaire de ces dons. Parce qu'il a été dit que seuls quelques-uns peuvent supporter le fardeau de la gloire ou de la richesse. Quand les gens venaient les voir, ils partaient en d'autres endroits. Ils avaient compris que la gloire ne peut faire du bien à personne.

Pensez à des startsy comme le Juste Jean de Cronstadt, aux saints Ambroise d'Optina et Lev d'Optina. Il y en avait toute une pléiade.

Aujourd'hui, il existe de nombreux monastères, mais la qualité de la vie monastique est parfois faible. Le problème est qu'il n'y a pas de pères spirituels. De nombreux monastères se transforment en syndicats de travailleurs de coopératives ou de fermes collectives. Pourtant, la vie spirituelle y est absente. C'est particulièrement vrai pour les monastères de femmes - la plupart d'entre eux ne disposent pas d'higoumènes expérimentées. Et tout homme âgé n'est pas un staretz.

Pourtant, tant que l'Eglise vit, il y aura des gens justes. Des Pères apparaîtront qui, avant tout, lutteront pour la vie spirituelle. L'Eglise doit être purifiée de toute la lie et de toute la cendre qui la remplissent pour le moment.

- D'où venaient-ils [les startsy]?

- Saint Jean Chrysostome dit que l'Église ne vit que dans les temps de persécution. Dans un autre endroit, il dit que le pire genre de persécution que l'Église peut supporter est le manque de persécution. Voici ce dont nous avons été témoins au cours des vingt dernières années. L'Eglise est choyée, chaleureuse et confortable. Personne ne la gêne.

Si l'Eglise endure un peu d'agitation, ce sera bon pour elle. Toute la balle [des grains] va tomber. Quand les gens allaient à l'église à l'époque soviétique, c'était au mépris des circonstances - ils auraient pu être exclus de partout: ils auraient pu être fusillés, jetés hors de l'école ou de l'université, ou du Komsomol [1]. Et  une personne qui, ayant une fois choisi de suivre le Christ, et qui le suivait sans regarder en arrière, c'était là le véritable comportement d'un confesseur.

                                                                                                     
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

[1] Komsomol - anciennement l'association des jeunes [communistes] de l'Union soviétique pour les 14- à 26- ans

mardi 29 avril 2014

Quelques figures athonites du passé (R)



La Mère de Dieu, Higoumène du Mont Athos
Mère de Dieu, higoumène de la Sainte Montagne  de l'Athos
*
Le vénérable vieillard, le staretz Ioasaph connu pour son hospitalité, était un iconographe de renom membre des "Iosaphites" de Karyes (capitale du Mont Athos) Il nous a dit les choses suivantes: J'ai rencontré de nombreux pères qui œuvraient sans cesse pour purifier leur monde intérieur et être sauvés. Parmi eux, j'ai connu les moines suivants:

Le staretz Haralambros, d'une grande discrétion, du Kellion de la Fontaine de Vie,
Le staretz Méthodios du kellion de Saint Nicolas, connu pour son exil volontaire,
Le staretz Syméon le chantre, d'une grande simplicité,
Le doux père Dionysios du saint kellion de l'Entrée de la Mère de Dieu au Temple,
Le staretz Haralambros, le plus pauvre et le plus simple de tous,
Le moine de Costamonitou Philarète, qui fabriquait des lanternes et qui ne quitta jamais le Mont Athos,
Le staretz Arsène le sculpteur sur bois, remarqué pour son silence et sa piété,
Le moine russe Laurent, frugal et réservé,
Le staretz Domèce, connu pour être un grand jeûneur,
Le père Néophyte, toujours charitable, qui faisait vigile de prière toute la nuit,
Le père Nicodème, humble et doux, le Bon Berger,
Cet ascète roumain dans les mains duquel venaient manger les oiseaux,
Le staretz Pacôme, membre du groupe d'iconographes pacômiens qui soutenait les collyvades et les traditionnalistes,
Les moines Aberce et Haralambros, les plus charitables des Anciens,
Le moine Joachim de bienheureuse mémoire, qui, quand je le rencontrais me parlait des vertus de tous les pères athonites,
Enfin le staretz Côme le silencieux, qui ne possédait rien.

Au monastère russe de Saint Pantéléimon, vivaient de nombreux moines qui œuvraient avec persévérance:

Le staretz Sérapion, qui ne se nourrissait que de pain et d'eau,
Le staretz Sabinas, qui sept années durant ne dormit pas dans un lit,
Dosithée, qui suivait toujours avec exactitude le typicon,
Le staretz Anatole, béni du don du repentir,
Les startsy Savin et Séraphim, qui avaient rencontré saint Séraphim de Sarov.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après Archimandrite Ioannikios, 
An Athonite Gerontikon
Monastery of St Gregory Palamas 1997
(N.B.: Collyvades: mouvement athonite qui préconisait la communion fréquente aux Saints Mystères du Christ)

Et nous frères et sœurs? Par quoi sommes-nous préoccupés? Nous qui avons trouvé l'Orthodoxie, la perle de grand prix dont parle l'Evangile... Allons-nous tout vendre (changer nos vies) pour l'acquérir? Ou bien allons-nous continuer à nous engoncer dans la fausse quiétude du monde en restant des chrétiens à temps partiel?

mercredi 12 février 2014

La staritza Evdokia (Eudocie), folle-en-Christ (II)



(+ 24 octobre/6 novembre 1890)

Quand elle vivait au monastère, elle fabriquait des chaussures pour les moniales, et pour cela elle était tout le temps exposée au goudron. Quelquefois, elle tricotait de petites coiffes avec de l’herbe des marais. Lorsqu’elle remarquait qu’une des moniales commençait à l’estimer, elle devenait très dure avec elle.
L’été elle s’habillait en vêtements chauds; en hiver, elles marchait pieds nus, et ne se couvrait pas les oreilles, même par le temps froid le plus intense. Elle marchait ainsi dans Toula. Elle n’acceptait aucun don de quelque sort que ce soit pour elle, et  elle disait à une jeune fille proche d’elle, qu’elle ne permettait à personne de lui apporter un don, car si on laissait une personne le faire, il n’était plus possible de s’en débarrasser. Mais quand on apportait quelque chose à manger à son chat, alors elle l’acceptait.
Elle supplia une moniale de la laisser vivre dans un grenier froid, et là, elle vécut, pendant dix-sept années durant les hivers, dans un froid terrible.
Plus d’une fois, elle voyagea jusques à Kiev, été comme hiver. Habillée comme d’habitude, elle supportait tous les désagréments du voyage, et elle aimait ces voyages, car ils lui donnait une occasion d’être dans une parfaite solitude orante. Et le Seigneur Lui-même, gardait visiblement Sa fidèle servante. La plupart du temps durant son voyage, elle aimait passer la nuit, non pas dans les villages, mais sous les arbres, dans de petites forêts.
Un jour, alors qu’elle se reposait dans une forêt, deux loups s’approchèrent d’elle, se tinrent longtemps près d’elle, puis, sans lui faire le moindre mal, ils s’en allèrent. Quand la jeune fille à qui elle racontait cela demanda à la bienheureuse* si elle ne fut pas effrayée, Evdokia répondit pas du tout, car elle ne les gênait pas. A une autre occasion, quand la glace sur la rivière se brisait, elle traversa sans dommage sur un bloc de glace alors qu’il semblait qu’il n’y avait aucune chance qu’elle en réchappe.
Après dix-sept ans de vie dans le grenier, la bienheureuse, ayant enduré beaucoup de maux des esprits malins et de gens méchants, fut forcée de quitter ce grenier. Elle s’installa alors dans une cave sous une autre  cellule où elle vécut cinq ans. Une jeune fille proche d’elle raconta ainsi sa vie dans la cave : "J’étais chez elle l’hiver dans son abri incroyable où il il y avait de très petites fenêtres, mais aucun poële… On se tient dans sa pièce en silence… On regarde seulement comment elle vit… Sur ses murs il y a une telle abondance de neige que tout est couvert de blanc. Et elle allait chez elle comme dans une cellule ornée de marbre, avec un vieil habit monastique, avec seulement des bas et un petit bonnet d’été sur la tête."
Quand la propriétaire eut besoin de cette cave, elle vécut dans une petite baraque pendant toute une année. Avec la permission de l’higoumène, un bienfaiteur fit une cellule en pierre de 3 mètres soixante de long pour la bienheureuse, mais même là, elle se faisait une vie très rigoureuse. Elle n’allumait pas le poële: il faisait froid dans la cellule, et elle laissait la porte presque à moitié ouverte. Dans cette pièce, la bienheureuse apporta vingt grosses poules avec lesquelles elle vécut constamment ; et il y avait aussi des pigeons. Il y avait de petites rigoles pour les oiseaux et du fourrage. Par cette pauvreté, dans la cellule froide, pleine de poules, d’une saleté inimaginable, la bienheureuse s’isolait des gens, et s’adonnait pleinement au combat de la prière.



Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Ascetic Strugglers of Piety
Volume II
(original Russian Strugglers for Piety 
of the 18th and 19th centuries
October Volume, Moscou 1909 [en russe])
Saint Païsius Orthodox Women Monastery
Safford, Arizona
USA


Note: 
* Le terme de bienheureux (bienheureuse) appliqué à un saint, signifie qu'il était fol-en-Christ, il n'est en rien l'expression d'un grade dans la hiérarchie de la sainteté, comme dans la conception hétérodoxe occidentale.


mardi 11 février 2014

La staritza Evdokia (Eudocie), folle-en-Christ (I)




(+ 24 octobre/6 novembre 1890)


La staritza Evdokia est née en 1830 à Toula. Elle était la fille de Matthieu Plaskonov, qui était d'un rang social commun. Ses parents étaient des gens modestes d’une grande piété; son père travaillait dans une fabrique d’armes. Dès son enfance, Evdokia se distinguait des autres jeunes filles par une rare beauté. Même lorsqu’elle était enfant, elle était calme, modeste et obéissante; elle aimait la solitude et elle était très pensive.
A l’âge de 15 ans, Evdokia Matveyevna (fille de Matthieu) alla en pèlerinage au monastère des thaumaturges des Solovki, et ce voyage développa plus encore son esprit religieux et développa plus spécialement sa dévotion à la Providence de Dieu. Une circonstance y contribua en particulier. Pendant le voyage de retour, dans une ville, alors qu’Evdokia n’avait ni argent ni pain pour le long voyage de retour, elle marchait le long d’une rue, pleurant et ayant peur de demander l’aumône. Soudain, un jeune homme vint vers elle et lui dit : "Ne pleure pas," et il lui donna de l’argent. Il devint alors invisible si rapidement que sa marraine qui était sa compagne de voyage et qui marchait devant elle, ne vit pas le jeune homme.
Jusques à l’âge de vingt ans, elle vécut dans la maison de ses parents. En plus d’elle, ils avaient deux fils. Comme elle aidait sa mère dans ses tâches, elle ne pensa jamais au mariage, et toutes ses pensées allaient au Ciel.
Quand elle eut vingt ans, Evdokia décida d’entrer dans la vie monastique. Ses parents bénirent sa décision avec joie. Elle pensa d’abord entrer au monastère de Toula, mais désirant prendre conseil auparavant, elle se tourna vers un certain fol-en-Christ très respecté qui vivait à Toula. Il gisait, la tête dans la direction de la ville de Mitchalov et il lui dit : voilà la direction que tu dois prendre.
Suivant son conseil, la belle jeune fille, un sac sur l’épaule, partit pour le monastère féminin Ryazansky de Mitchalov, où elle fut acceptée par l’higoumène Elpidephora.
Evdokia y vécut ses premières sept années en novice modèle. Humble et dévouée, elle était remarquée pour son amour des durs labeurs, et elle était extraordinaire par la qualité de son travail manuel. Elle était obéissante et diligente, novice auprès d’une des moniales les plus strictes, et durant ses heures libres, elle s’occupait aussi de moniales âgées, apportant à certaines du bois de chauffage, de l’eau à d’autres, lavant le linge  pour d’autres encore. Toutes l’aimaient pour son bon caractère et sa promptitude à les servir.
Durant la septième année de sa vie monastique, Evdokia d’adonna à un ascétisme très rigoureux, couvrant cela sous le masque de la folie en Christ. D’abord on considéra qu’elle était devenue folle, mais après un certain temps, son ascétisme fut compris.
Même avant cela, Evdokia était une femme de prière fervente: maintenant, elle prit sur ses épaules ce nouveau combat spirituel, elle s’adonna entièrement à la prière, et plus particulièrement à la prière secrète. Elle assistait toujours aux offices divins. Elle se tenait près des portes et retournait à sa cellule avant tous les autres.
Son labeur ascétique rigoureux, elle le cachait sous le masque de la folie. Elle jeûnait  beaucoup ; elle mangeait peu. De temps en temps, elle allait voir sa famille à Toula. Sur un petit traineau, elle emportait des pommes de terre et du pain, qu’elle mangeait en route. Quand elle était à Toula, elle passait son temps à travailler; très souvent elle apportait sur son traineau une pile de linge des moniales qu’elle lavait.
A Toula, elle déambulait toujours avec un chaton dans son sein; quand on lui demandait pourquoi, elle s’excusait, disant qu’avec le chaton elle avait plus chaud. Elle marchait vite et parlait peu. La plupart du temps, elle était concentrée en elle-même.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Ascetic Strugglers of Piety
Volume II
(original Russian Strugglers for Piety 
of the 18th and 19th centuries
October Volume, Moscou 1909 [en russe])
Saint Païsius Orthodox Women Monastery
Safford, Arizona
USA

dimanche 14 avril 2013

LA STARITZA MISSAÏLA/ Témoignage



Lorsque, avec ma femme et ma fille, nous étions en visite chez l’higoumène Benjamin, je lui ai demandé ce qu'il savait au sujet de la staritza Missaïla de Koursk. Comme il s'est avéré qu'il avait beaucoup d'informations à son sujet et il nous a invités à aller avec lui rendre visite dans son lieu de repos en Christ. C'était une bénédiction que d'être avec l’higoumène Benjamin pour ce voyage l’après-midi. Nous avons voyagé au sud de l'Ermitage de Korennaya à l'intérieur des limites de la ville de Koursk et ensuite vers l’Est pendant environ 20 kms vers le lieu où vivait la staritza. Ce site est encore un lieu très important pour les chrétiens orthodoxes de la région de Koursk.

Le cimetière était à une courte distance de la route principale et c'était juste une petite route de campagne. Nous avons d’abord visité le premier lieu de sépulture et son lieu de repos en Christ a été très bien entretenu et on pouvait dire que de nombreuses personnes avaient utilisé ce chemin pour lui rendre visite. Après avoir lu des choses la concernant, c'était un plaisir de se rendre en visite à son lieu de repos en Christ. On nous a dit que de nombreux pèlerins viennent encore toujours depuis de grandes distances pour lui rendre visite ici.

Après un certain temps, nous sommes partis pour voir la source sacrée qui était près de sa maison et bien connu pour ses miracles de guérison. L'eau de la source était très froide et elle avait un bon goût frais. La source était au bas d'une colline près de la rivière. Nous avons vu une moniale qui était en visite à la source. La moniale connaissait quelques anecdotes sur la staritza Missaïla Elder qu'elle raconta à l'higoumène Benjamin. De nombreux habitants viennent ici toute l'année pour l'eau bénite.

Nous sommes partis pour la maison ancienne du Missaïla Aîné et dans un délai de quelques minutes nous étions à la porte d'entrée. À notre grande surprise et à notre  grande joie la petite-fille de la staritza Missaïla était en visite à Moscou et passait le week-end à la vieille maison sa grand-mère. C'était tellement agréable de lui parler de sa grand-mère en personne. Elle nous a invités dans la petite pièce que la staritza Missaïla utilisait pour les visites des milliers de personnes qui venaient pour la prière et pour ses conseils spirituels. La chambre a été conservée tel qu'elle était quand elle l'utilisait. 

Il y avait même ses icônes originales sur les murs comme si sa pièce était toujours en cours d'utilisation. C'était très agréable d'être assis et de parler d'elle dans ce lieu unique. La visite dura plus longtemps parce que les histoires devaient être traduites et Yana a fait du bon travail pour tout traduire en anglais pour moi!

Ce fut cet après-midi un voyage agréable et nous avons été bénis d’apprendre à connaître un peu plus de choses sur cette remarquable femme chrétienne orthodoxe et comment Dieu a aidée tant de gens par son amour et ses prières. Espérons qu'un jour plus d’histoires seront traduites en anglais afin que les gens puissent en apprendre plus au sujet de la staritza Missaïla de Koursk. J'ai inclus quelques photos que nous avions prises et j’en ai également ajoutées d'autres qui nous ont été données par Tatiana Chvetsova. [voir http://www.kurskroot.com/woman-elder_photo_album/index.html]. J'espère lui rendre une autre visite un jour... si c'est la volonté de Dieu et si j’ai la bénédiction pour faire un autre voyage en Russie.

Version française Claude Lopez-Ginisty
D’après



samedi 13 avril 2013

LA STARITZA MISSAÏLA par sa petite fille (4)


Oh, combien de prosternations elle faisait! Je n'ai jamais vu des ampoules comme celles qu'il y avait sur les genoux de grand-mère! Elle priait quand elle était seule, debout, assise, en faisant quelque chose, elle priait en elle-même, tout en recevant les gens: avant d'offrir des conseils ou un avis, ramassant ses chapelets et levant les yeux vers l'icône de la Mère de Dieu, pendant la prière, elle recevait une réponse de la Vierge. C'est seulement alors qu’elle répondait à la question qu’on lui avait posée.

Dans la matinée, après la prière, grand-mère embrassait toujours toutes ses icônes, puis la croix, et après avoir pris de l'eau bénite et un morceau de prosphore, elle venait à nous et faisait le signe de la croix sur tous les coins de la maison et sur nous tous aussi. Souvent, le soir je la trouvais tout seule, priant avec ferveur, en silence. Elle s'endormait avec le chapelet en main.
En été, quand grand-mère avait un nombre particulièrement important de visiteurs, elle sortait de temps en temps dans le jardin, où elle remerciait avec zèle le Seigneur et lui faisait des prosternations, après quoi elle retournait vers les gens.

Parfois, elle venait dans la salle prier pour l'un de ceux en visite chez elle, et disait: venaient Seigneur, quel esprit léger émane de cette personne" Cependant, à d'autres occasions, elle disait: "Celui-ci est un esprit très lourd." Elle priait, comme si elle se débarrassait d’une lourde charge, et revenait vers ses interlocuteurs.
Dans ces moments terrifiants d’athéisme sous le régime soviétique, ma grand-mère était une source de lumière spirituelle: elle était porteuse de la foi, une foi profonde en Dieu, et dans la force de la prière.

Grand-mère elle-même fut toujours un brillant exemple d'amour pour le Seigneur.

Elle ne fut jamais découragée, elle ne s'est jamais plainte qu’en hiver de l'eau laissée dans un seau debout près du poêle gelait, et des moments où ces visiteurs qui avaient raté leur train restaient pour passer la nuit chez elle, elle n'avait aucune linge de lit à leur offrir. Par exemple, quand le père Mikhaïl du village de Bunino passa la nuit chez grand-maman, il plaça une souche de bouleau sous sa tête en guise d’oreiller.

Grand-mère regardait toujours le côté lumineux de la vie. Sa patience et son humilité étaient incroyables! Il semblait que les forces obscures n'avaient absolument aucun pouvoir sur elle. C'est ce qui explique l'amour, la joie et la tranquillité qui émanaient d'elle et qui étaient transmises à d'autres gens. Elle aimait les gens et les aidait. Les gens qui arrivaient de la ville, elle les accueillaient invariablement avec ces paroles: "Eh bien, mes oiseaux sont arrivés à tire d’aile !"

Tant de larmes ont été versées devant elle, tant de cœurs ont été consolés par elle, et tant de gens ont reçu l'espoir de grand-mère! Les gens venaient à elle avec toutes sortes de maladies. Ce n'étaient pas seulement des maux physiques, mais divers problèmes auxquels ils étaient confrontés dans leur vie. Certaines personnes venaient se plaindre de maladies des organes internes, du cœur, les autres étaient possédées par le Diable. Elle les guérissait tous, d'abord et avant tout par la puissance de la prière à Dieu, et à la Mère de Dieu. Par ailleurs, elle donnait aux gens de l'eau bénite et elle utilisait des plantes médicinales.

Elle mettait une calotte qu'elle avait rapportée de Jérusalem, sur la tête des malades physiques et des possédés. Au-dessus de la calotte, [elle mettait] également une pierre venant de là-bas. Puis elle posait sa main dessus et faisait la lecture de la prière. En outre, elle avait plus souvent recours à la prière suivante:
"Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dispersés et que ceux qui Le haïssent fuient de devant Sa Face. Qu’ils se dissipent comme se dissipe la fumée et comme la cire fond devant le feu, qu’ainsi périssent les démons devant ceux qui aiment Dieu et, se signant de la Croix, disent dans l’allégresse : Réjouis-toi, très précieuse et vivifiante Croix du Seigneur, qui chasses les démons par la puissance de Celui qui fut crucifié sur toi, notre Seigneur Jésus-Christ. Descendu aux enfers, Il a foulé la puissance du Diable et nous a donné Sa Croix précieuse, afin de repousser tout adversaire. Ô toute précieuse et vivifiante Croix du Seigneur, aide-moi avec la sainte Souveraine, la Vierge Génitrice de Dieu et tous les Saints. Amen ! "

Une fois, j'ai personnellement été témoin de la façon dont ma grand-mère traitait une femme possédée. Entrant dans le couloir, j'ai entendu les aboiements d'un chien venant de la chambre de grand-mère. J'étais terrifiée et me précipitai à l’intérieur. Alors qu'est-ce que je vis? Assis sur un tabouret devant ma grand-mère était une femme, pâle, de la sueur coulait sur son visage, et elle aboyait! Je n'aurais jamais cru cela si je ne l'avais pas vu et entendu moi-même! Plus tard, la femme se calma, et grand-mère se coucha pour se reposer. Pour moi, elle dit: " Petite-fille, quand je traite les gens, n’entre jamais dans la salle, car bien que cela ne me fait rien, cela pourrait t’affecter négativement."

Le passé, le présent et l'avenir était révélés à grand-mère dans les moindres détails. Un jour où je suis venue dans sa chambre - il n'y avait personne, et grand-mère balayait le sol avec ces paroles: "Oh que je suis désolé pour elle!"
"Pour qui, grand-mère?" demandai-je.
"Oh, elle apporte une pastèque tellement grande et lourde pour moi!"

Quelque temps plus tard, on frappa à la porte et, en effet, sur le seuil se tenait une femme avec une pastèque énorme.

Les gens qui rendaient visité à grand-mère, étaient une source d'inquiétude et de préoccupation pour les autorités locales et le procureur régional. De ce fait, ils tentèrent de disperser les gens, de faire fuir ceux-ci et d’essayer de faire peur à ma grand-mère. Mais elle répondait toujours: "Je ne convoque jamais personne C'est leur douleur qui les incite à venir à moi, je ne peux pas leur tourner le dos. "

Grand-mère n'a jamais rien demandé aux autres. Si elle avait reçu quelque chose des autres, elle le donnait immédiatement à ceux qui en avaient besoin.
Elle recevait tous les jours un grand nombre de lettres, dont chacune était imprégnée de douleur et de tristesse, et qui contenait la question suivante: "Qu'est-ce que je peux faire?" Grand-mère répondait à celles-ci dans la soirée, après avoir raccompagné le dernier des visiteurs à l'extérieur. Ma mère était la secrétaire grand-mère. Les lettres ne pouvaient pas être conservées, car cela pouvait nuire à ceux qui les avaient envoyées, aussi après leur avoir répondu grand-mère les brûlait.

Quand ils demandaient des conseils à grand-mère, elle répondait invariablement brièvement, sans jamais répéter sa réponse à deux reprises. Si elle considérait quelque chose qui lui était demandé comme un acte digne, elle bénissait les gens pour le faire. Si elle estimait que ce n’était pas quelque chose qui devait être fait, elle disait: "Je ne te donne pas ce conseil, mais ne fais pas ta volonté." Grand-mère voyait le présent et le futur d'une personne qui s'adressait à elle, et sur la base de ceci, elle donnait une réponse exhaustive.
Pour nous tous, membres de sa famille, grand-mère disait: "Soyez plus humbles, mais plus proches de Dieu", ou "l'humilité et la patience sont plus élevés que le jeûne et la prière", "Quand vous le pouvez, gardez le silence", "La parole est d'argent, mais le silence est d'or. "

Notre famille a toujours vécu par les conseils de grand-mère. Nous, ses petits-enfants, n’entreprenions jamais quoi que ce soit sans sa bénédiction. Il est difficile de décrire avec des mots à quel point nous l'aimions. Chaque fois que nous rentrions chez nous venant de quelque part, nous pensions tout d'abord à notre grand-mère, et non pas à nos parents, même si nous les aimions tendrement. Nous avons toujours été soucieux de lui plaire et de lui faire plaisir.
Peu de temps avant d'obtenir mon emploi, ma mère, grand-mère et moi étions assis à boire du thé dans la matinée. Il y avait déjà des gens qui attendaient grand-mère. Tout à coup, elle laissa tomber sa tasse de thé et tomba de sa chaise.

Je me précipitai vers elle, la soulevai et la fit asseoir. Il fallut un certain temps pour elle pour réaliser ce qui s'était passé. C’était à la fin de novembre 1953. Ce jour-là, ma mère et moi l'avons suppliée de ne pas se fatiguer, et de passer la journée en repos. Toutefois, elle refusa et elle alla vers les gens. Depuis ce jour, elle commença à s'affaiblir, à perdre l'appétit, mais elle ne voulait pas décevoir ses visiteurs en refusant de les recevoir. Je me souviens de la façon dont grand-mère un dimanche soir m'a appelé vers elle: "Allons, laisse-moi te bénir, tu partiras pour un nouvel emploi alors que je serai encore endormie."

Je sentis l’état faible et malade de grand-mère tandis qu’elle faisait le signe de la croix sur moi. A 5 heures du matin, je partis pour la gare. Mon premier jour à mon nouveau travail se passa bien, mais le lendemain soir je fus saisi par l'angoisse, à un point tel que je me suis précipitée dans la chambre de mon amie, toute agitée. Finalement, j'ai pris la décision de rentrer à la maison au matin.

En vain, ils essayèrent de me calmer et de me convaincre de ne pas y aller. J'étais sourde à tous leurs arguments. J'ai passé une nuit blanche et le matin, je rentrai chez moi. A l'instant où je suis descendue du train, j'ai rencontré une voisine. "Va vite", a-t-elle dit, "ta grand-mère est en train de mourir".

Mon domicile était à 4 kilomètres. J'ai couru la distance, pleurant et priant Dieu pour que grand-mère ne meure pas. Lorsque j'ai ouvert la porte du couloir, j'ai vu ma mère pleurer et j’ai crié: "Est-ce que grand-mère est morte ?" Ma mère me calma: "Non, elle t’attend, mais elle est entrain de sombrer."
Grand-mère ouvrit les yeux, et me demanda même: "Comment est ton nouvel emploi" Je lui ai répondu: "Bien, je l'aime, mais c'est temporaire."
"Peu importe," dit grand-mère", tu ne seras jamais sans emploi."
Jusques à l’ultime instant toutes ses pensées furent pour ses proches.
La veille le Père Fiodor nous avait rendu visite. Il donna la communion à grand-mère et lui administra les derniers sacrements. De toute sa vie grand-mère n'avait jamais demandé l'aide de médecins profanes, se tournant toujours vers notre Bon Seigneur pour avoir de l'aide. Elle ne prit jamais une seule pilule. Elle était à jamais en souci pour les autres, craignant d’être un fardeau pour les autres.

A partir du moment de mon arrivée et jusques à son dernier souffle je n'ai jamais quitté le chevet de grand-mère. Je trempai ses lèvres, car elles étaient desséchées. Son bras était immobile et sa main continuait à faire le signe de la croix. Pendant un instant, elle ouvrit les yeux et me regarda. Elle dit: "Petite-fille, fais de bonnes actions pour les gens, et ne fais jamais de mal aux autres."
L'instant d'après, elle ferma les yeux et se glissa dans ses propres pensées.
Une jeune fille de la Baltique pleurait, demandant à être autorisée à voir grand-mère. Je ne voulais vraiment pas troubler une personne en train de mourir, mais grand-mère dit: "Laisse-la entrer" Ce fut la dernière personne à obtenir des conseils de ma grand-mère et sa bénédiction juste avant sa mort.
Le soir, il devint évident que le temps de grand-mère était compté. Ma mère lui demanda: "Où as-tu mal?" "Partout", répondit tranquillement grand-mère. Il y avait des larmes qui coulaient de ses yeux, tandis qu’une sueur froide perlait sur son front. Je l'ai essuyée avec une serviette. "Pourquoi pleures-tu?" Lui ai-je demandé. Grand-mère soupira et disparut. Son visage était calme et serein. Il était 6 heures du soir, le 16 décembre 1953.

Tout comme grand-mère vécut modestement et discrètement toute sa vie, n’ennuyant jamais personne, pleine d'amour pour les gens, les aidant, ainsi elle est morte paisiblement, humblement et magnifiquement, sans importuner quiconque.
Cinq ans plus tard, mon père est mort, et ma mère prit le voile en 1991...
Grand-mère est morte, mais n'a pas quitté notre vie: elle est toujours avec ceux qui ont besoin d'elle, qui se tournent vers elle avec Foi et dans la prière.
Je sais que grand-mère est toujours proche, et au bon moment, elle m'envoie aide et réconfort et la paix spirituelle à mon cœur…

Version française Claude Lopez-Ginisty

d’après



vendredi 12 avril 2013

LA STARITZA MISSAÏLA par sa petite fille (3)


Ce fut peu de temps après la guerre. Le soir, fatiguée des leçons de ma bien-aimée trigonométrie, je fis une pause et j'allai rendre visite à ma grand-mère.
Comme on était bien dans sa petite maison! Les lampades des icônes luisent solennellement. Seul le tic tac lointain de l'horloge de grand-mère, s’égrène dans le silence furtif. Je me repose… 
Des histoires brèves et rares de grand-mère, j'ai appris certains épisodes de sa vie. Dans toute sa vie pas une seule fois elle ne jugea quiconque, et tout ce qu'elle m'a dit était en référence à elle-même seulement. J'ai découvert que le nom de famille de ses parents était Grankiny. Ils provenaient d'une lignée ancienne mais appauvrie. Ils étaient morts très tôt, et à 6 ans, Matrona (c'était le nom de sa grand-mère avant qu’elle ne prenne le voile) et sa sœur âgée de 3 ans furent orphelines. Par décision du conseil du village, où elles vivaient, chaque famille, à tour de rôle, a donné refuge aux jeunes fille pour une journée. La sœur de grand-mère mourut bientôt, tandis que grand-mère continua à passer de ferme en ferme jusques à l'âge de 17 ans, quand elle fut donnée en mariage au jeune, beau et riche Vassili Zorin. Avant cela, il avait aimé une autre fille, une vraie beauté, et il avait prévu de l'épouser. Toutefois, à la veille du mariage, il avait mal calculé ses forces et avait soulevé certaines très lourdes charges, blessant sérieusement son dos, à tel point qu'il avait perdu l'usage de ses jambes. Il est devenu infirme. La belle mariée l’a immédiatement rejeté et le mariage a été annulé. C'est alors qu'il a été marié à une orpheline, ma grand-mère.

Elle eut une vie difficile. Toutefois, elle ne se plaignit jamais de son époux. Elle n’était pas autorisée à entrer dans la maison, sauf si elle y était appelée. En été, elle dormait dans le hangar, et en hiver dans la cuisine. Grand-mère ne pouvait même pas prier dans la maison. Elle priait et faisait ses prosternations vers le Seigneur quand elle descendait dans la cave. Elle portait sur ses épaules le fardeau de tout le labeur sale et lourd de la maison. Seules les prières ferventes l’aidaient à survivre à ces épreuves.

Ce n'est qu'à l'âge de 23 qu’elle donna naissance à une fille, qui mourut bientôt. Et six ans plus tard, elle donna naissance à un fils, qui fut nommé Matthieu. C’était mon père. Peu de temps après le mari de grand-mère est mort. Et elle, après avoir confié son fils à sa belle-mère, décida de partir pour Jérusalem, pour y prendre le voile. Grand-mère m'a raconté comment avec une de ses amis, elles ont fait leur chemin à pied jusques à Kiev, à partir de là jusques à Odessa, et après cela - par bateau en Turquie, et ce n'est qu'après jusques à Jérusalem. "Grand-mère, n'était-ce pas dangereux pour deux jeunes femmes de marcher seules - quelqu'un aurait pu vous faire du mal à toutes les deux?" demandai-je.

"Oh, non!" répondit grand-mère. "Qui aurait jamais levé la main contre une pèlerine ? Bien au contraire: les gens nous ont aidées, beaucoup nous ont demandé de prier pour eux à Jérusalem." Je serais bien restée à Jérusalem, si cela n'avait pas été pour un seul et même rêve que j'ai vu trois fois. Je rêvais que j'étais submergée par l'eau, tandis qu'une voix disait: "Retourne dans ta patrie: on a besoin de toi là-bas" J'ai raconté mon rêve à un prêtre. Ensuite, nous avons longtemps prié ensemble: tu le sais, il existe différents types de rêves, non seulement ceux envoyés par le Seigneur, mais ceux qui viennent du Diable. Finalement, le prêtre a béni mon retour à la maison. "

Grand-mère est revenue à la maison quand elle avait déjà plus de 34 ans. Elle s’est installée dans la maison avec son fils, dans une maison qui lui avait été donnée comme cadeau par sa belle-mère. Un jour, elle tomba dans un sommeil léthargique, et n’en sortit que quand elle était dans un cercueil, et qu’on se préparait à l’enterrer. Pendant ce sommeil, elle eut une vision de la Sainte Vierge. Après cela grand-mère eut le don de clairvoyance. Et puis un flot continu de gens a commencé à venir vers grand-mère, dans l'espoir (jamais vain) de trouver une solution à ses problèmes dans ses prières. Des histoires de grand-mère, j'ai appris que beaucoup de soldats et officiers russes vinrent lui rendre visite pendant la guerre contre l'Allemagne nazie. Elle fit toujours de son mieux pour consoler et réconforter tout le monde, en leur donnant une croix, ses bénédictions, et en priant avec ferveur pour tout le monde. En raccompagnant ces gens-là, à l'occasion, elle pleurait pour eux quelquefois, car sa vision lui avait prédit qu'ils mourraient bientôt.

Quand les troupes d’Hitler se rapprochaient de Stalingrad, beaucoup ont commencé à douter que nos forces remportent la victoire. Cependant, grand-mère savait qu'ils allaient s’en sortir, et elle avait l'habitude de dire: "Les Allemands fuiront loin de Stalingrad!" Ainsi, elle allumait l'espoir dans le cœur du chef du mouvement local des partisans, qui vint lui rendre visite. Elle lui donna sa bénédiction, et donc calmé et sa détermination renforcée, il retourna vers son détachement.

Une fois, un officier allemand, commandant de la gare, est venu vers grand-maman. Grâce à un traducteur, il lui dit: "N'aie pas peur, vieille femme, il suffit de dire la vérité." Et elle répondit: "Je n'ai peur de personne, si ce n’est du Seigneur."

L'Allemand était préoccupé par le sort de sa famille à Berlin. Cependant, grand-mère le calma: " Ta famille est bel et bien vivante, et ils vont tous survivre. Cependant, quant à la maison que tu construis ici, en Russie, tout cela est pour rien ! Très bientôt tu fuiras et tu emballer tes biens, votre maison sera démontée rondin après rondin. "

L'officier ne crut pas la prophétie de grand-mère selon laquelle les Allemands fuiraient la Russie. Pourtant, tout cela s'est passé exactement comme elle l'avait prévu, et comme ses soldats et il a emballé ses biens, pour une évacuation rapide, nos gens démontaient déjà sa maison, rondin après rondin. Il leur cria: " Russes, que faites-vous Vous pouvez utiliser cette maison comme club, commissariat ou quelque chose de similaire!" Mais, hélas, personne ne l’écouta et très bientôt il ne restait rien de sa maison.

Après la guerre, le flux de personnes affluant pour voir grand-mère ne faiblit jamais. Les gens venaient de loin, marchant depuis leurs villes et villages, jeunes et vieux, des étrangers et d’autres de notre propre peuple. Ils venaient et venaient. Il y en avait tellement parmi eux qui avaient été durement touchés par la guerre, qui avaient été psychologiquement traumatisés, les laissant aux prises sous un lourd fardeau de péchés de conscience!

A tous ceux qui venaient vers grand-mère était garanti un accueil tout aussi chaleureux: elle ne faisait aucune distinction de grade ou de titre, et c'était la même chose avec tout le monde. Elle priait pour chacune et chacun d'entre eux.

Grand-mère se levait à 5 heures du matin, pour avoir le temps de dire ses prières avant que les gens n’arrivent. Après la prière, elle ne buvait toujours que du thé. Les gens attendaient déjà dans la salle. Le flux de gens se poursuivait sans relâche jusques à 4 ou 5 heures dans l'après-midi.
Grand-mère demandait toujours le nom d'une personne, et répondait à toutes les questions brièvement, distinctement et précisément.

Parfois, elle réussissait à avoir le temps de prier seule et de se reposer avant le déjeuner. Après le déjeuner, elle répondait à de nombreuses lettres qui venaient de diverses destinations. En soirée, grand-mère allait dans sa chambre. Elle était toujours un peu sombre, éclairée par des lampades qui brûlaient devant les icônes, et profondément calme. Seule, elle s'asseyait sur un banc devant les icônes et priait, ses chapelet à la main.

Les repas de grand-mère étaient très modestes. Elle avait cessé de manger de la viande longtemps avant qu'elle ne devienne moniale, au moment où son mari était mort. Ils comprenaient principalement de pommes de terre, des légumes, des oignons, du riz et du millet, du kvas, des pommes et des poires.

La vie entière de ma grand-mère était prière. Elle priait beaucoup et il semblait à chaque instant de sa prière rayonnait la joie. Ses yeux brillaient et elle tendait les mains vers l'icône de la Sainte Vierge avec ces paroles: "Quelle joie, quel incroyable joie!"

Version française Claude Lopez-Ginisty

D’après



mercredi 23 mai 2012

Saint Nicodème l'Aghiorite: Conseils au pénitent



Icon of St. Nicodemus of the Holy Mountain


De la Prière


Le divin Augustin dit que l'on doit faire ce dont on est capable et demander à Dieu ce que l'on est incapable de faire: faites ce dont vous êtes capables et demandez ce que vous êtes incapables de faire." Pour cette raison, frère[...] pour que tu ne tombes pas à nouveau dans le péché, nous te donnons [le remède de] la prière divine. Ne cesse donc pas de te consacrer à Dieu et de Lui demander avec ferveur de te donner des forces dans ta faiblesse et de rendre ta volonté ferme dans la résolution que tu fis avec Sa grâce et Son assistance d'en Haut, espérant qu'Il t'entendrait dans Sa grande miséricorde comme Il L'a Lui-même promis: " S'il crie vers moi, je l'écouterai car je suis miséricordieux." ( Exode XXII:27)
Tu n'as pas de forces? Ta volonté n'est pas résolue? La raison vient de ce que tu ne demandes pas ces choses à Dieu: " Tu n'as point, parce que tu ne demandes point!" dit le divin Jacques ( IV:2). As-tu peur du danger? As-tu crainte de la tentation du péché? Veille et prie afin de n'y point tomber: " Veille et prie afin de ne pas tomber en tentation" (Matthieu XXVI:41).



Saint Nicodème l'Aghiorite 
Exomologetarion 
Traduction Claude Lopez-Ginisty
 d'après la version anglaise 
Uncut Mountain Press, 
2006

dimanche 15 mai 2011

Visite de Père Placide en Suisse


Père Placide du Métochion athonite de Simonos Petra est venu, en compagnie de Père Cassien, rencontrer ce samedi un groupe d'orthodoxes de Suisse de tous horizons, pour parler de son itinéraire et de son monastère Saint Antoine le Grand dans le Vercors. Père Cassien illustrait les propos de Père Placide par les photographies d'un diaporama. 
Nous avons vu les bâtiments du monastère de Saint Antoine Le Grand évoluer, passer de l'état de ruines perdues dans la végétation depuis le début du XXème siècle, à ce qu'ils sont à présent: un fragment de l'Athos que la miséricorde de Dieu nous permet de voir, au fond de Combe Laval, dans le Vercors dont les sommets dominent les bâtiments. 
Un géologue renommé ayant dit à Père Placide qu'un jour les falaises allaient s'effondrer et tout ensevelir y compris le monastère, le Père lui a demandé quand cela arriverait. Le spécialiste lui prédit que cela arriverait dans quarante mille ans. Cela rassura notre bon Père Placide qui raconte l'anecdote avec beaucoup de malice. 
Ce fut une journée bénie qui, par l'évocation chaleureuse de Père Placide, nous a permis de rencontrer des grands startsy qu'il a trouvé lors de son cheminement vers l'Orthodoxie et après son entrée dans l'Eglise. 
Il a évoqué les grandes et nobles figures de saint Justin de Tchélié, du Père Cléopas de bienheureuse mémoire, de l'higoumène Aimilianos de Simonos Petra, et d'autres encore. Puis des questions de l'assemblée ont reçu des réponses nettes et claires, émaillées d'anecdotes et de récits tirés de ce long cheminement de Père Placide sur la voie des théophores. L'âme buvait aux sources vives et le cœur exultait dans cette communion spirituelle où toute ascèse devient obvie pour qui veut suivre la Voie Droite. 
L'après midi s'est poursuivie par un office de Vêpres dans la chapelle de Crêt-Bérard (Canton de Vaud) avec un chœur improvisé qui a alterné les chants de traditions slaves en français avec les chants byzantins assurés par Père Cassien.
Il suffit d'écouter Père Placide, et les doutes, les pusillanimités, s'estompent, s'évanouissent, et font place à une grande certitude, celle de la foi orthodoxe. Son enthousiasme est communicatif. Son optimisme ancré dans une foi sans faille ni compromis, est contagieux.
Et puis, l'humour n'est jamais absent longtemps des propos toujours spirituels de Père Placide. Un jour où quelqu'un au monastère se plaignait des lenteurs de certaines choses dans l'orthodoxie francophone, Père Placide assura d'un ton enjoué que dans l'Orthodoxie, c'était le premier siècle qui était le plus difficile!

Claude Lopez-Ginisty

A lire:

L'Archimandrite Placide (Deseille)