"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire
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mercredi 29 mai 2013

Vladimir MOSS : LA FOI, LA SCIENCE ET THOMAS L'INCREDULE (4)

File:Hosios Loukas ANASTASIS.jpg

De toutes façons, la science n'est-elle pas le produit d'hommes déchus aux esprits déchus, qui sont aussi soumis à l'illusion démoniaque comme n'importe qui? Nous avons toutes les raisons d'être sceptiques sur les raisonnements de ces hommes. Ils peuvent tomber sur la vérité parfois, mais ils ont aussi - très souvent - pris un mensonge pour la vérité, comme la longue histoire des hypothèses scientifiques rejetées et discréditées le prouve. Pourquoi devrions-nous considérer le raisonnement de l'athée Dawkins comme étant au-dessus des paroles de Celui Qui est "le Commencement de tout commencement" (I Chroniques 29.12)?

     Bien sûr, la découverte de l'électricité, et des bactéries, et des supernovas, constitue une sorte de connaissance et de progrès en son genre. Mais la négation de Dieu le Créateur, et de l'existence de l'âme humaine immortelle, et du libre arbitre de l'homme, constitue une REGRESSION extrême, ce qui place la plupart des scientifiques modernes à un niveau beaucoup plus bas que leurs prédécesseurs au XVIe siècle, quand il s'agit de connaissance réelle importante. Il semble que les progrès de la science dans les petites choses sont accompagnés par sa régression dans les grandes choses, dans ses mégathéories, dans ses TOEs (Theory of Everything)…

     Alors n'ayons pas honte de l'Evangile, comme le dit saint Basile le Grand. Nous pouvons respecter les acquis de la science. Mais nous devons fermement rejeter la pseudoscience qui tente de saper notre foi. Car la foi est certitude inspiré par l'infaillible Vérité Elle-même, alors que la science est au mieux de faillibles hypothèse, et au pire, illusion démoniaque.

Le 8 / 21 mai 2013.
Saint Apôtre Jean le Théologien.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Уверение апостола Фомы

mardi 28 mai 2013

Vladimir MOSS : LA FOI, LA SCIENCE ET THOMAS L'INCREDULE (3)

File:Sleguvanje od Pekolot Kurbinovo.jpg

La vraie foi et la vraie science sont entièrement compatibles, car elles décrivent toutes deux la vérité, dont la source est Dieu. Les incompatibilités et les contradictions surgissent quand il s'agit soit de fausse foi ou de fausse science. Ainsi Père Seraphim Rose écrit: "Même si la connaissance révélée est plus élevée que la connaissance naturelle, pourtant nous savons qu'il ne peut y avoir aucun conflit entre la véritable révélation et la vraie connaissance naturelle. Mais il peut y avoir conflit entre la révélation et la philosophie humaine, qui est souvent dans l'erreur. Il n'y a donc pas de conflit entre la connaissance de la Création contenue dans la Genèse, telle qu'elle est interprétée pour nous par les saints Pères, et la vraie connaissance des créatures que la science moderne a acquise par l'observation ; mais il y a très certainement un conflit irréconciliable entre les connaissances contenues dans la Genèse et la vaine spéculation philosophique des scientifiques modernes, peu éclairée par la foi, sur l'état du monde dans les six jours de la Création". [3]

Prenons le conflit entre le Pape et Galilée. Il s'agissait d'un conflit entre la fausse foi et la vraie science. Le Pape a pris comme divinement révélé - c'est-à-dire comme un principe de foi - que la terre était plate. Mais il n'y avait pas et il n'y a pas une telle révélation divine - en fait, le prophète parle de "cercle de la terre" (Esaïe 40:22). Depuis lors, les scientifiques athées ou agnostiques ont pris comme article de leur foi, que chaque fois que la foi et la science semblent être en conflit, la foi est erronée. Mais c'est, bien sûr, une fausse conclusion. Quand la science véritable confronte la fausse foi, elle rend service à la vérité en démasquant une superstition. Mais il y a aussi des superstitions scientifiques...

"Mais la science est en constante progression", me direz-vous. "Nous devons donc accepter ses dernières découvertes. Sinon, nous serons comme le Pape qui a rejeté Galilée. Après tout, le pape avait une foi fausse, et Galilée avait raison de croire que la terre est ronde. "Mais que faire si nous avons la vraie foi, et que les scientifiques en question ne sommes pas aussi intelligents que Galilée? Comme orthodoxe nous ne sommes en aucun cas obligés de rejeter Galilée - même si nous sommes obligés de rejeter Darwin et Dawkins.

Car notre foi n'est pas un système métaphysique  farfelu qui est compatible avec n'importe quel événement historique concret ou n'importe quelle hypothèse scientifique. Au contraire, comme un arbre, elle est concrètement ancrée dans le sol des événements historiques, même si ses branches s'étendent bien au-dessus de la terre et du ciel dans les cieux. Et il importe peu que vous coupiez l'arbre plus haut sur le tronc, dans le domaine de la théologie pure, ou à la racine, dans le domaine des faits historiques et des hypothèses scientifiques. Ainsi, nous renonçons également à la foi si nous acceptons l'hérésie théologique du Filioque, ou de fausses hypothèses scientifiques, telles que l'évolutionnisme, ou l'idée des physiciens que nous pouvons, en théorie, revenir en arrière dans le temps et tuer nos propres pères, ou l'idée que nous croyons en Dieu par désirs inconscients d'une figure de père, ou que le Christ n'est pas mort, mais s'est réveillé d'un coma et a poussé la pierre du tombeau. Le résultat est le même: la foi est détruite.

Lorsque nous sommes confrontés à de telles hypothèses scientifiques fausses, nous devons faire un choix: croyons-nous notre foi ou cette "prétendue science", comme saint Paul l'appelle (I Timothée 6 :20)? Si nous croyons que la source de notre foi, c'est Dieu Lui-même, Qui ne peut mentir, mais que Lui-même s'est avéré être la Vérité par sa résurrection d'entre les morts, et que nous appartenons à l'Église de Dieu, qui est "la colonne et le fondement de la vérité "(I Timothée 3:15), alors nous devons rejeter ces hypothèses scientifiques, même si nous ne pouvons pas voir immédiatement la faille dans leur argumentation. Cela peut demander un peu de courage (jusqu'à ce que les preuves réfutant les fausses hypothèses scientifiques émergent), mais c'est en réalité une décision très rationnelle, et pas seulement un produit de ce que les incroyants aiment à appeler la foi "aveugle".

Car notre foi, étant fondée sur la vraie raison, satisfait à la fois l'esprit et le cœur. Elle lie tout ensemble dans un système cohérent qui s'auto-renforce à chaque point. Aucun autre système ne satisfait de cette façon; tous les autres systèmes religieux-philosophiques inventés par l'homme, y compris ceux qui mettent la science à la tête de l'édifice, sont à la fin auto contradictoires. Par conséquent, même si certains "faits" apparaissent, qui semblent contredire notre foi, il est beaucoup plus logique de conserver notre foi tout en soumettant les nouveaux «faits» à la critique sceptique. En ce qui concerne ces "faits", nous devons être comme Thomas l'incrédule et vraiment les vérifier en utilisant toutes les ressources de la foi et de la raison. Et si nous ne pouvons pas les réfuter immédiatement, il faut nous toujours croire, car «Heureux ceux qui n'ont pas vu [les preuves scientifiques ou logiques] et qui ont cru» (Jean 20 :29). Car si nous devions rejeter notre foi, tous les problèmes, intellectuels, philosophiques et moraux, qui ne posent aucun problème pour nous maintenant, en tant que croyants, redeviennent des problèmes pour nous. Et de très sérieux problèmes, problèmes qui font de toute l'histoire de l'univers, comme Macbeth le dit, "un conte plein de bruit et de fureur, qui ne signifie rien... " "En tout cas", a dit saint Basile le Grand, "préférons la simplicité de la foi aux démonstrations de la «raison». " [4]

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Notes:

[4] Saint-Basile, Homélie 1 dans l'Hexaemeron.

lundi 27 mai 2013

Vladimir MOSS : LA FOI, LA SCIENCE ET THOMAS L'INCREDULE (2)

File:Resurrection1.jpg

L'écrivain de l'Église du troisième siècle Tertullien  a écrit le fameux: "Je crois parce que c'est absurde". Quelle absurdité! Evidemment Tertullien (qui est devenu hérétique) n'était pas adepte de l'Apôtre Thomas! S'il avait dit: «Je crois en dépit du fait que vous (les infidèles stupides) considérez ma foi comme absurde», nous n'aurions pas de querelle avec lui. Mais croire à cause de l'absurdité supposée de la foi est une sorte de nihilisme, et la remise en cause de toute vraie foi et discours rationnel.

Car la foi est rationnelle (et non rationaliste, ce qui est un rétrécissement et un travail de sape de la véritable rationalité) mais parfaitement en accord avec la raison. Après tout, l'Évangile de la résurrection commence par les mots: "Au commencement était le Verbe" (Jean 1:1), ou "la Parole", Logos en grec, pourrait aussi être traduit par "Raison". L'Eglise ne dédaigne pas la raison, mais l'accueille à bras ouverts, car nous savons que le Dieu que nous adorons est la raison et la signification suprêmes et le Créateur de tout ce qui est rationnel et logique et significatif. En effet, notre capacité même de raisonner et de trouver la logique et le sens des choses est fondée sur notre être créé à l'image de la raison de Dieu. L'univers a un sens car il a été créé par un Dieu qui est Raison et Qui a implanté sa capacité à raisonner dans nos esprits et nos cœurs... "Les esprits et les cœurs" car la rationalité en question n'est pas simplement pensée ou cogitation, mais une vision du cœur. Mais encore une fois, nous devons nous qualifier. Nous ne parlons pas de «cœur» au sens de la capacité émotionnelle. La vision du cœur qui est foi est une vision qui est supra intellectuelle et supra émotionnelle. Elle procède du centre spirituel de notre être, le point où nous entrons en communion avec Dieu, où notre raison se heurte à la Raison même, et rayonne pour embrasser à la fois nos pensées et nos émotions, les ordonnant, les transfigurant et les exaltant.

Mais pourquoi, alors, la foi et la science sont-elles si souvent opposées, comme si l'une était incompatible avec l'autre? Car, comme l'écrit Melanie Phillips, "En Occident postchrétien, c'est un article de foi laïque que la religion et la raison se repoussent comme des pôles magnétiques. La religion, dit-on, n'est pas rationnelle et la raison ne peut pas embrasser tout ce qui se trouve en dehors de l'explication matérialiste ". [2]

Le mot important ici est «matérialiste». La foi, selon saint Paul, est "la preuve des réalités qu'on ne voit pas, la preuve des choses qu'on espère" (Hébreux 11.1), où "les choses espérées" sont par définition des choses aussi qu'on ne voit pas (encore). Ainsi la foi va très consciemment au-delà de ce que nous voyons avec nos sens matériels. Mais cela ne signifie pas que cela va au-delà de la raison, dans une sorte de "saut aveugle", car c'est précisément la raison, la raison de la foi, qui nous dit qu'il existe quelque chose au-delà de la matière que nous pouvons voir, non pas avec nos sens matériels, mais avec nos sens "noétiques". La foi a des "preuves" de cela, elle a même une "preuve" - "de nombreuses preuves infaillibles" - paroles qui ne sont certainement partie du langage de la raison.

Mais la foi dépasse la raison, parce que, même  confronté à la Vérité elle-même, démontrée comme telle par plusieurs preuves, l'homme peut toujours refuser de croire et se détourner de la vérité, en disant avec Pilate: "Qu'est-ce que la vérité?" (Jean 18 :38). Il est dans sa capacité de croire ou ne pas croire en dépit des preuves qui se trouvent dans le libre arbitre de l'homme, un libre arbitre qui peut incliner vers la raison ou la déraison. La foi est conforme à la raison, mais elle est toujours un don de Dieu (Ephésiens 2 :9), et elle est donnée uniquement à ceux qui aiment la vérité plus que le mensonge, qui préfèrent la raison à l'irrationalité.

Version Française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Notes:
[2] Phillips, «Comment l'Occident a pris congé de ses sens", Standpoint, mai 2010, p. 42.
[3] Rose, “The Orthodox Patristic Understanding of Genesis”, ch. 5, The Orthodox Word, 171, 1993.

dimanche 26 mai 2013

Vladimir MOSS : LA FOI, LA SCIENCE ET THOMAS L'INCREDULE (1)



File:First Fruits.JPG

L'apôtre Thomas ne voulait pas croire à la Résurrection du Christ jusqu'à ce qu'il L'ait vu et touché. Une attitude très moderne et scientifique... Et ce n'est pas une mauvaise attitude, même si ce n'est pas la meilleure. Après tout, alors que le Christ lui a demandé de cesser de douter et de croire, Il n'a pas rejeté sa demande de preuve, mais Il lui donna Ses mains et Son côté pour qu'ils les touchent. Il ne dédaignait pas l'attitude scientifique, mais Il l'élargit, d'une certaine manière, la menant à la reconnaissance de la plus grande de toutes les vérités, le rocher sur lequel l'Église, “colonne et fondement de la vérité" (I Timothée 3.15), est elle-même reliée à la terre (Matthieu 16.18), la vérité selon laquelle Christ est "mon Seigneur et mon Dieu" (Jean 20.28).

Est-ce à dire que la foi est fondée sur la science et qu'elle est donc en quelque sorte dépendante d'elle? Non, ce n'est pas le cas. Comme nous le verrons, c'est l'inverse qui est vrai: la science est ancrée dans la foi. Mais la foi et la science ont ceci en commun: elles sont toutes deux basées sur des preuves, et elles cherchent toutes deux à proclamer le crédible, sans se livrer aux crédules. Thomas a refusé d'être crédule, c'est-à-dire, crédule en matière de foi, et il a finalement atteint au suprêmement crédible au moyen d'un test très simple, quasi scientifique impliquant les sens de la vue, de l'ouïe et du toucher. Par conséquent, il aurait pu dire, avec Jean: "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la Parole de Vie... " ( I Jean : 1.1).

En effet, le Seigneur nous a donné "beaucoup de preuves infaillibles" (Actes 1 :3) de la Résurrection, car, comme le dit l'apôtre Paul, "si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine" (I Corinthiens 15 :17). Ainsi évêque Nicolas Vélimirovitch écrit: "Un tombeau neuf, scellé, une lourde pierre à l'entrée, un gardien a veillé sur elle - qu'est-ce que tout cela signifie? Ce sont toutes les mesures prudentes, dans la sagesse de la providence de Dieu, afin que, par elles, les bouches de tous les incroyants qui tentent de prouver que le Christ soit ne meurt pas, soit ne ressuscite pas, ou que son corps a été volé, soient arrêtées . Si Joseph n'avait pas supplié pour avoir de Pilate le corps mort, si le capitaine de la garde n'avait pas donné la confirmation officielle de la mort du Christ, si le corps n'avait pas été enseveli et scellé en présence des amis et des ennemis du Christ, il pourrait avoir été dit que le Christ, en fait, n'était pas mort, mais Qu'Il était seulement dans le coma, puis avait repris conscience (comme, plus récemment, Schleiermacher et d'autres protestants l'ont affirmé). Si la tombe n'avait pas été fermée par une lourde pierre, si elle n'avait pas été scellée, si elle n'avait pas été gardé par des vigiles, il aurait été dit qu'il était vrai que le Christ était mort et avait été enterré, mais qu'il avait été volé de la tombe par Ses disciples. Si cela n'avait été une toute nouvelle tombe, il aurait été dit que ce n'était pas le Christ Qui avait ressuscité, mais un autre homme mort, qui avait été enterré plus tôt. Et ainsi toutes les mesures prudentes que les Juifs prirent pour étouffer la vérité servirent, par la Providence de Dieu, à l'approuver. "[1]

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Notes:
[1] Velimirovitch, "Homélie du deuxième dimanche après Pâques", Homélies, vol. 1, Birmingham: Lazarica Press, 1996, p. 231.