"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 13 décembre 2015

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


30 novembre / 13 décembre
28ème dimanche après la Pentecôte

Saint André, le premier appelé parmi les apôtres, martyr (62) ; saint Frumence, évêque d'Ethiopie (vers 380) ; saint Vakhtang Gorgassali, roi de Géorgie (502) ; saints néo-martyrs de Russie : Jean (Tchestnov), prêtre (1937).
Lectures : Col. I, 12–18 ; Lc. XIII, 10–17 ; Apôtre : 1 Cor.  IV, 9–16. Jn. I, 35–51.

SAINT APÔTRE ANDRÉ LE PREMIER-APPELÉ[1]

A
ndré, le glorieux apôtre du Christ, était le frère du saint Apôtre Pierre et était originaire de la ville de Bethsaïde (auj. al-Tell), située sur la rive nord-est du lac de Tibériade. À la différence de son frère qui était marié, il avait préféré garder la virginité et habitait dans la maison de Pierre à Capharnaüm. Les deux frères exerçaient ensemble la profession de pêcheurs et observaient tous les préceptes de la Loi avec piété. Quand S. Jean le Précurseur parcourut la Judée et les régions du Jourdain pour répandre son message de pénitence, André accourut vers lui, abandonna tout ce qui le retenait au monde et devint son disciple. Un jour, après avoir baptisé Jésus, Jean s’entretenait avec André et un autre disciple  et, leur montrant Jésus qui passait non loin de là, il leur dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » (Jn I, 35). À cette parole du Précurseur, ils suivirent Jésus pour le connaître davantage. Le Christ se retourna alors vers eux et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils répondirent avec respect : « Maître, où demeures-tu ? » — « Venez et voyez », dit Jésus. Ils se rendirent donc avec lui dans la demeure où il séjournait comme un étranger et l’interrogèrent tout le reste du jour. Ils ne concevaient pas encore que celui-ci fût le Sauveur et le Fils de Dieu, ni même ne voulaient devenir ses disciples, mais ils ressentaient pour lui une indicible attirance. De cet entretien, André retira la conviction que ce Jésus était le Messie attendu depuis tant de siècles par son peuple, le Sauveur du monde. Ne retenant pas sa joie, il se précipita chez son frère Simon et lui cria : « Nous avons trouvé le Messie ! » (Jn 1, 41), puis il le conduisit auprès de Jésus. André fut le premier à reconnaître le Christ et à l’annoncer à celui qui devait devenir le Coryphée du chœur des apôtres, c’est pourquoi il reçut le surnom de « Premier-appelé » . Par la suite, André suivit le Seigneur partout où il allait, afin de s’abreuver au fleuve d’eaux vives de ses paroles. Il était présent lors de la multiplication des pains (Jn 6) et vint intercéder auprès du Seigneur, pour qu’il nourrisse aussi d’aliment terrestre ces cinq mille hommes. André était lié d’amitié avec saint Philippe, qui était originaire comme lui de Béthsaïde. Lorsque certains Hellènes demandèrent à Philippe à voir Jésus, Philippe alla le rapporter à André, qui jouissait d’une plus grande familiarité auprès du Maître (Jn 12, 20). Après les trois Apôtres Pierre, Jacques et Jean, témoins des révélations les plus sublimes sur la divinité du Seigneur Jésus, venait donc saint André, pour exercer non pas une autorité, mais une certaine priorité sur les autres disciples. Le Premier-appelé fut témoin des événements qui accompagnèrent la Passion salvatrice du Christ et assista avec les autres Apôtres à ses apparitions après sa Résurrection. Lors de la Pentecôte, il reçut la plénitude de la grâce du Saint-Esprit et se vit attribuer par le sort l’évangélisation des côtes de la mer Noire, de la Bithynie, de la Thrace et de la Grèce (Macédoine, Thessalie et Achaïe). Il se rendit d’abord à Amisos (auj. Samsum) sur le littoral de la mer Noire et y convertit un grand nombre de juifs, puis guérit par la puissance de Dieu ceux qui souffraient de diverses maladies. Après avoir poursuivi sa mission à Trébizonde et Lazique, il retourna pour Pâques à Jérusalem. De là, il partit avec S. Jean le Théologien pour Éphèse et évangélisa quelque temps les régions occidentales de l’Asie Mineure. En remontant vers la Propontide et prêchant dans les villes de Nicée, Nicomédie, Chalcédoine, Héraclée du Pont et Amastris, il dut affronter les idolâtres et les sophistes aux raisonnements trompeurs, mais il confondit les uns et les autres par sa sagesse et par ses miracles. Parvenu à Sinope, il délivra par sa prière l’Apôtre Matthias de ses chaînes, mais il fut capturé à son tour par les païens en furie et souffrit de nombreux tourments : jeté à terre, frappé de toutes parts, il eut même un doigt arraché à coup de dents. Dans toutes ses épreuves, saint André ne cherchait ni à fuir ni à se défendre, mais endurait tout avec patience en imitant son Maître, l’Agneau de Dieu, venu sur terre pour souffrir et ôter les péchés du monde. Au spectacle de sa constance, de sa longanimité pour ses bourreaux et devant les nombreux miracles qu’il accomplissait, les habitants de Sinope se repentirent, lui demandèrent pardon et reçurent le saint baptême.André poursuivit sa prédication dans les villes de Néocésarée et de Samosate, puis se rendit une nouvelle fois à Jérusalem pour le concile qui réunit les apôtres au sujet de la réception des païens dans l’Église (Act 15, 6). Après la fête de Pâques, il accompagna quelque temps Matthias et Thaddée jusqu’aux confins de la Mésopotamie, puis partit évangéliser les régions barbares à l’orient de la mer Noire, au sud de la Russie actuelle. Puis il redescendit vers la Thrace et illumina les cœurs des habitants de la petite ville de Byzance par sa prédication. Il y fonda une église dédiée à la Mère de Dieu et y laissa Stachys, un des soixante-dix Disciples, comme évêque. Par la suite, il poursuivit son infatigable périple en Thrace, Macédoine et Thessalie, et parvint enfin à la ville de Patras, dans le Péloponnèse. Le saint Apôtre y convertit la propre épouse du proconsul romain, Maximilla, en la guérissant d’une maladie incurable. Il répandit ses bienfaits sur les autres habitants et constitua rapidement une large communauté de disciples du Christ. Pendant l’absence du proconsul Égéatus, il convertit aussi son frère et remplaçant, Stratoclès. À son retour, Égéatus entra dans une grande colère en constatant que le christianisme avait progressé jusque dans sa propre maison, et il fit arrêter l’Apôtre. Quelques jours après, la sentence fut prononcée sans jugement, et saint André fut attaché par des cordes à une croix et non cloué, de manière à prolonger son supplice. Après avoir retenu ses amis, qui voulaient le délivrer, André bénit une dernière fois ses fidèles et remit son âme à Dieu au bout de trois jours. Le nouvel évêque, Stratoclès, après avoir distribué sa fortune aux pauvres, édifia son évêché sur les lieux mêmes du martyre de l’Apôtre. De nombreuses années après, le 3 mars 357, les précieuses reliques du saint furent transférées de Patras à Constantinople et furent déposées avec celles de saint Luc et de saint Thaddée dans l’église des Saints-Apôtres. Cinq cents ans après, elles revinrent à Patras, envoyées par l’empereur Basile Ier le Macédonien (867-886), puis devant la menace de l’invasion turque dans le Péloponnèse, elles furent offertes au pape de Rome Pie II par le despote de Morée Thomas Paléologue, en 1460. Le crâne du saint fut finalement restitué à Patras, le 26 septembre 1964, pour la joie et la consolation des fidèles orthodoxes. Selon la tradition slave, saint André aurait poussé sa mission jusqu’en Russie.

Tropaire du dimanche, 3ème ton
Да веселя́тся небе́сная, да ра́дуются земна́я; я́ко сотвори́ дeржа́ву мы́ш-цею Cвое́ю Го́сподь, попра́ cме́ртiю cме́рть, пе́рвенецъ ме́ртвыxъ бы́сть, изъ чре́ва а́дова изба́ви на́съ и подаде́ мípoви ве́лiю ми́лость.
Que les cieux soient dans l’allégresse, que la terre se réjouisse, car le Seigneur a déployé la force de Son bras. Par Sa mort, Il a vaincu la mort ! Devenu le Premier-né d’entre les morts, du sein de l’enfer, Il nous a rachetés, accordant au monde la grande miséricorde.
Tropaire du saint Apôtre André, ton 4
Я́́ко апо́столовъ первозва́нный и верхо́внаго су́щiй бра́тъ, Влады́цѣ всѣхъ, Андре́е, моли́ся, ми́ръ вселе́нней дарова́ти и душа́мъ на́шимъ ве́лiю ми́лость.
Premier-appelé parmi les apôtres et frère du Coryphée, prie le Maître de tous d’accorder la paix à l’univers et à nos âmes la grande miséricorde.

Kondakion du saint Apôtre André, ton 2
Му́жества тезоимени́таго бого-глаго́льника и Це́ркве возслѣ́дователя верхо́внаго, Петро́ва сро́дника восхва́лимъ, зане́ я́коже дре́вле сему́ и ны́нѣ на́мъ воззва́: прiиди́те, обрѣто́хомъ Жела́емаго.
L'éponyme de la vaillance, le premier appelé, le héraut de Dieu, qui suivit le Coryphée de l’Église,  le frère de Pierre, acclamons-le,  car il nous répète ce que jadis il dit à celui-ci: venez, nous avons trouvé Celui que nous souhaitons.

Kondakion du dimanche, 3ème ton
Воскре́слъ ecи́́ днесь изъ гро́ба, Ще́дре, и на́съ возве́лъ ecи́ отъ вра́тъ cме́ртныxъ; дне́сь Ада́мъ лику́етъ и ра́дуется Éва, вку́пѣ же и проро́цы cъ патрiápxи воспѣва́ютъ непреста́нно Боже́ственную держа́ву вла́сти Tвоея́.
Aujourd’hui, ô Miséricordieux, Tu es ressuscité du tombeau et Tu nous ramènes des portes de la mort. Aujourd’hui, Adam exulte, Ève se réjouit. Tous ensemble, prophètes et patriarches, ne cessent de chanter la force divine de Ta puissance !
HOMÉLIE DE ST JEAN CHRYSOSTOME SUR L’ÉPÎTRE DE CE JOUR

Contemplez le miracle… Après avoir fait descendre les anges sur la terre, il a élevé l'homme jusqu'à eux. La terre est devenue le ciel, du moment où le ciel s'est ouvert pour recevoir la terre. De là, cette action de grâces «Gloire à Dieu, dans le ciel, et paix, sur la terre, bienveillance parmi les hommes ! » (Luc, II, 14) Voici, dit l'Évangéliste, voici venir des hommes en paix avec Dieu. Qu'est-ce que cette paix? La réconciliation. Le ciel n'est plus une muraille placée entre Dieu et l'homme. Autrefois c'était par le nombre des nations que l'on comptait les anges (Deut. XXXII, 8). Aujourd'hui, ce n'est plus par le nombre des nations, c'est par le nombre des fidèles qu'on les compte. Voulez-vous en avoir la preuve? Écoutez cette parole du Christ : « Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits enfants. Leurs anges voient face à face mon Père qui est dans les cieux». (Matth.XVIII, 10.) Tout fidèle en effet a son ange gardien, et dans les premiers temps tout homme vertueux avait aussi le sien, comme dit Job : « L'ange qui me soutient et qui me soulage, depuis ma jeunesse». (Gen. XLVIII, 16.) Si donc nous avons des anges gardiens, conduisons-nous sagement, comme si nous avions auprès de nous des surveillants; car nous avons aussi près de nous le démon. Voilà pourquoi nous prions en invoquant l'ange de paix; car c'est toujours la paix que nous demandons. Rien en effet n'est comparable à ce bien. C'est la paix que nous demandons dans nos églises, dans nos prières, dans nos salutations, et le prêtre nous souhaite ce bien jusqu'à deux ou trois fois, en nous disant: «La paix soit avec vous ! » Pourquoi? Parce que la paix est la mère de tous les biens, la matière et la source de toutes les joies… Et le prêtre ne se contente pas de dire: « Que la paix soit avec vous ! » Il dit : « Paix à tous!» Car si nous sommes en paix avec l'un et en guerre avec l'autre, quel fruit retirerons-nous d'un pareil état de choses? Dans le corps humain, si certains organes sont tranquilles et d'autres troublés, la santé est impossible; elle résulte du bon ordre, de la bonne harmonie, du calme qui règne dans l'organisme entier : si tout n'est pas tranquille, si tout n'est point à sa place, il y aura un bouleversement général. Il en est de même de notre âme: si nos pensées sont tumultueuses, elle ne peut pas être en paix. C'est une si bonne chose que la paix ! Ceux qui la font naître, ceux qui la cimentent, portent le nom d'enfants de Dieu et ils le méritent. (Matth. V, 45.)




[1] Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras

samedi 12 décembre 2015

Un miracle de saint Païssios l'Athonite

St. Paisios of Mount Athos.The miracle with a mountain climber



"Lors d'une de mes nombreuses visites au staretz [Saint Païssios l'Athonite]," rapporte un pèlerin, [1] "J'avais mon fils, Constantin avec moi. J'ai dit au staretz, "Constantin est alpiniste, et il fait même de très dangereuses escalades dans les rochers."

 St. Paisios of Mount Athos.The miracle with a mountain climber

"Constantin, dit le staretz, "tu peux escalader des monts [spirituels] élevés, parce que voilà comment on se rapproche de Dieu. Mais ne va pas faire à nouveau de l'alpinisme, car cela nourrit ton orgueil." 

Et le staretz eut une longue conversation avec lui, lui donnant des exemples de son temps dans l'armée. Quand il nous raccompagna à la porte, il embrassa Constantin sur la tête et répéta, "Ne va pas faire de l'escalade. Mais si tu finis par en faire dans quelques temps, je prierai pour toi." Eh bien, sur la base de cette petite concession, Constantin continua à faire de l'alpinisme sans nous le dire.

"En Septembre, je fis un autre voyage pour voir le staretz. Il y avait beaucoup de gens là-bas; et, dès qu'il me vit, il dit: "Assieds-toi ici jusqu'à la fin, afin que je puisse te dire quelque chose d'important." 

Après, il a dit, "Constantin est tombé alors qu'il faisait de l'alpinisme. Il y avait vingt mètres d'un ancrage à l'autre, et la Panaghia [La Toute Sainte Mère de Dieu] le tint dans ses bras. Je l'ai vu de mes propres yeux."

"Dès que je suis rentré à l'ermitage où je séjournais, j'appelai Constantin à Athènes, où il étudiait. "Constantin", demandai-je, "es-tu tombé lors d'une ascension dangereuse?"

"Comment sais-tu cela?" Répondit-il.

"Je le sais."

"Es-tu allé chez le staretz?" A-t-il demandé immédiatement. 

J'ai dit que oui, et il a répondu: "Va le remercier pour moi, et lui dire que je vais vendre tout mon équipement, et je ne plus faire d'alpinisme." 

"Et c'est ce qui est arrivé!"

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Elder Paisios of Mount Athos
©2012 For the English Language 
by The Holy Monastery Saint Arsenios the Cappadocian


NOTE:

[1] Matthieu Golias de Ioannina

vendredi 11 décembre 2015

Père Theodore [Stylianopoulos]: L'attitude des chrétiens orthodoxes concernant la destinée éternelle des animaux


Saint Gérasime
Saint Seraphim of Sarov and Misha
Saint Séraphim de Sarov

Un grand saint du nom de saint Isaac le Syrien dit que le Paradis, c'est la Présence et l'Amour de Dieu. Le Paradis n'est pas un endroit au-dessus de la terre, comme une planète ou une étoile. Dieu est partout et le Paradis consiste en la jouissance du soleil de Son Amour.

Les animaux survivent-ils au-delà de la mort et vont-ils au ciel? Voilà une question difficile. Dans la vie des saints, on nous dit que beaucoup avaient des animaux comme bons amis. Dans les icônes orthodoxes, saint Gérasime est représenté avec un lion. Le saint vient d'extraire une épine de la patte du lion, qu'il tient tendrement. L'homme et le lion regardent joyeusement vers le Christ, qui est dans les cieux. Saint Séraphim de Sarov, qui vécut dans une forêt pendant de nombreuses années, est représenté nourrissant tranquillement un énorme grizzly. Je ne doute pas que ces saints se réjouiraient de voir leurs amis les animaux au Ciel.

Que dit la Bible à ce sujet? Pas beaucoup de choses explicitement. La priorité de la Bible est focalisée sur les gens, le salut de leurs âmes, leur résurrection à la fin des temps, et la plénitude de la Vie dans la Lumière éternelle de Dieu.

Cependant, les premiers et derniers livres de la Bible nous disent, dans l'espérance, quelque chose à propos de toutes les créatures de la terre. Le livre de la Genèse dit que "Dieu fit les animaux sauvages... et tout ce qui se meut sur la terre selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon" (Genèse 1:25)! Dans le livre des Psaumes, nous lisons: "Toutes les bêtes des forêts sont à moi... Je connais tous les oiseaux du ciel, et toute la beauté des campagnes est avec moi "(Psaume 49:10). Un Dieu d'amour ne voudrait-il pas que toutes les choses qu'Il a fait, vivent avec Lui pour toujours?

Une allusion à ceci est dans le livre de l'Apocalypse, qui enseigne que le mal et la puissance de la mort, qui sont une corruption de tout ce qui est bon, seront complètement vaincus et qu'un nouveau monde plus glorieux que la nôtre se lèvera. La promesse de Dieu est: "Voyez, je fais toutes choses nouvelles" (Apocalypse 21: 5).

Pourquoi la mort devrait-elle finalement l'emporter et engloutir toutes les bonnes créatures de Dieu? Dieu ne serait-Il pas alors vaincu, et la mort ne se révèlerait plus forte que Dieu? Parce que Dieu est le Maître de toute la création, et aime tout d'un amour qui ne faillit jamais, j'ai l'espoir que nous verrons à nouveau nos animaux de compagnie, d'une certaine manière, tout comme saint Gérasime verra son lion, et saint Séraphim son ours."


Version française Claude Lopez-Ginisty

*
Saint Serge de Radonège

Saint Gilles de Nîmes


Saint Hubert de Maastricht

icones-marie-lavie

Saint Mammas

icône saint Modeste de Jérusalem, patriarche

Saint Modeste de Jérusalem

*

Solidarité Kosovo inaugure les maternités rénovées




En raison des discriminations qu’ils subissent depuis la fin de la guerre, l’accès aux soins pour les chrétiens du Kosovo est l’un des plus limité en Europe. Les 120.000 Serbes du Kosovo ne peuvent compter que sur trois établissements de santé pour les accueillir et les soigner. Qualifier ces conditions de désertification médicale serait un doux euphémisme. De plus, les trois établissements de santé existants accusent d’un sous-équipement sévère.

Face à cet état des lieux alarmant, Solidarité Kosovo a entrepris depuis cinq mois un programme d'aide aux maternités du Kosovo-Métochie. Pour la première fois, l’ONG française intervient dans le domaine de la puériculture et signe ici un nouveau succès. En effet, il y a tout juste quelques jours, une délégation française de Solidarité Kosovo s'est rendue à l’hôpital de Mitrovica, au nord du Kosovo, pour présider l’inauguration officielle du service maternité nouvellement équipé grâce à l’achat de quatre tables d’accouchement dont deux opératoires d’une valeur de 50.000 euros.

De gauche à droite : Milan Ivanovic, directeur de l'hôpital de Mitrovica, Arnaud Gouillon, et le Père Serdjan permanent du bureau humanitaire SK


Cet évènement n’a manqué de susciter l’intérêt de nombreux journalistes invités à la conférence de presse ainsi que la visite inaugurale qui s’en est suivie aux côtés des autorités sanitaires, religieuses et des représentants de l’ONG bienfaitrice, Solidarité Kosovo.
La délégation franco-serbe et le personnel soignant visitent la maternité


Devant les caméras des médias nationaux venus l’interviewer, Milia Milenkovic, la directrice du pôle mère-enfant de Kosovska Mitrovica a bien du mal à contenir son émotion : « Nos tables d’accouchement avaient quarante ans d’âge ! Malgré leur obsolescence, elles nous ont été précieuses et auront servi jusqu’à ce matin. A présent, grâce au matériel neuf que nous venons de recevoir, l’équipe médicale, les mamans et les nouveau-nés évolueront dans des conditions décantes où la sécurité et le confort seront enfin garantis. »

Milia Milenkovic (au centre) explique aux bénévoles français les gains en sécurité et en confort que procure cette nouvelle table opératoire


A peine livrées et déjà opérationnelles: ces tables d'accouchement sont une aide indispensable et concrète pour toutes les mamans chrétiennes du Kosovo


Un peu plus loin dans le service maternité, les quatre tables d’accouchement fraichement installées, dont deux opératoires, jonchent la salle de travail. La sage-femme en chef confie aux journalistes qu’elles sont déjà toutes quatre « opérationnelles ». Et sans se faire attendre, le premier cri est poussé. Il est arrivé ! Le premier bébé du service de maternité réhabilité est né. Elle s’appelle Vera. En serbe, son prénom signifie « la foi ». C’est le quatrième enfant de sa fratrie. Une naissance de bon augure qui enchante tout le personnel et les visiteurs humanitaires et médiatiques venus inaugurer le service nouvellement équipée.

Vera (signifiant "la foi" en serbe) est le premier bébé à être né sur les tables d'accouchement financées par les donateurs de Solidarité Kosovo.


Vera : une récompense pour SK, une victoire pour les Serbes du Kosovo

Attendri par l’heureux évènement dont il vient d’être le témoin privilégié, Arnaud Gouillon, directeur de Solidarité Kosovo partage ces instants de bonheur avec l’équipe médicale ainsi qu'avec le père Serdjan, permanent du bureau humanitaire à Gračanica qui l’accompagne. La satisfaction est à la hauteur de tous les efforts fournis ces dernières semaines pour équiper la maternité. Il est à souligner que le matériel médical acquis, d’une valeur de 50.000 euros, a été choisi pour sa qualité, sa solidité et sa longévité auprès de fournisseurs italien et allemand, pionniers en la matière.

«Cette naissance est autant une récompense pour Solidarité Kosovo qu’une victoire pour la minorité chrétienne du Kosovo. Les prochaines naissances seront tout autant des victoires pour les Serbes de cette région. Solidarité Kosovo est honorée de participer à chacune d’entre elle par cet équipement aujourd’hui livré ».

Le chirurgien Nikola Grujic et Arnaud Gouillon visitent le bloc opératoire où une table SK destinée aux césariennes a été installée


En plus de la maternité de Mitrovica, l’ONG française a également réhabilité la maternité de Pasjane, une localité située à l’est du Kosovo. Cet établissement bénéficie désormais d’une cuisine pour les besoins de ses patientes, d’une chambre froide ainsi que d’un groupe d’électrogène pour faire face aux coupures intempestives d’électricité, qui sont bien souvent malveillantes, y compris pendant les accouchements.

"Grâce au groupe électrogène, les appareils médicaux continueront de fonctionner durant les accouchements en cas de coupure d'électricité" Docteur Nebojsa Tomic, directeur de la maternité de Pasjane


Solidarité Kosovo remercie chaleureusement les donateurs qui ont contribué par leur générosité au succès de ce premier chantier humanitaire dans le domaine de la puériculture et souhaite longue vie à tous les nouveau-nés du Kosovo-Métochie !
L'équipe de "Solidarité Kosovo"

PS : les personnes souhaitant nous aider peuvent contribuer au développement de nos activités en nous faisant un don. Par chèque à l’ordre de « Solidarité Kosovo », BP 1777, 38220 Vizille ou par Internet en cliquant sur paypal :




PS2 : « Solidarité Kosovo » étant reconnu d’intérêt général, chaque don ouvre droit à une déduction fiscale à hauteur de 66% du montant du don. A titre d'exemple, un don de 100 € vous permet de déduire 66 € sur la somme de vos impôts à payer. Ainsi votre don ne vous coûte en réalité que 34 €.

jeudi 10 décembre 2015

Père Stephen: La lutte pour une Communion véritable



Pour beaucoup de protestants (et quelques autres), dont l'expérience de l'Église a été largement façonnée dans les dernières décennies, l'un des aspects les plus déconcertants de la première visite à une Église orthodoxe est le fait que tous les baptisés, ne sont pas autorisés à recevoir la Communion. En effet, la Communion est réservée aux chrétiens orthodoxes qui se sont préparés (ceci est un autre sujet) pour recevoir les Saints Dons.

Pour certains, c'est une surprise, pour d'autres, non, et pour quelques autres encore, c'est un fait qui est le bienvenu. Quand j'ai visité une église orthodoxe je suis tombé dans ce dernier groupe. Je n'ai pas pu me réjouir de ce que je n'étais pas en mesure de recevoir la Communion, mais je ne me suis pas réjoui parce que je n'étais pas autorisé à le faire (dans l'état de schisme dans lequel je vivais). Quelqu'un m'a dit, "Il y a des choses dans ta vie chrétienne qui doivent être changées avant d'approcher du Calice." J'ai compris cela comme quelque chose de sain.

En effet, la disparition rapide de la discipline de Communion dans la majeure partie du christianisme de la seconde moitié du 20ème siècle a promu ainsi une nouvelle interprétation rapide du sacrement et l'exaltation radicale de l'individu par rapport à l'Église. J'ai plusieurs réflexions à offrir dans ce domaine.

Premièrement - la disparition rapide de la discipline de la Communion signifiait la disparition des frontières. Rien dans l'Eglise ne disait plus: "Non!" Avec cela, la vie chrétienne perd sa définition. La "Communion" avec le Christ devient un événement purement subjectif, lui-même dénué de sens en raison de l'absence de frontières. 

S'il n'y a pas de «Non.», il ne peut y avoir un "Oui." Le Jardin d'Eden, le paradis de la perfection, contenait un seul "Non", une limite. Et pourtant, cette seule limite définissait la communion avec Dieu. En ne mangeant pas [du fruit] de cet arbre, Adam et Eve pouvaient vivre dans l'obéissance. Tout autre repas prend tout son sens de la Communion bienheureuse, car elle est consommée dans l'obéissance. Avec l'acte de désobéissance et la destruction de la seule limite donnée par Dieu, chaque arbre devient un arbre potentiel de mort. En effet, la Sainte Communion elle-même peut devenir un calice de mort selon les exhortations de saint Paul dans 1 Corinthiens.

Deuxièmement - avec la suppression des frontières, la communion cesse d'être une lutte, et perd l'ascèse qui est essentielle à une saine vie chrétienne. La communion avec Dieu est un don de Dieu - mais, comme le Royaume de Dieu, les "violents s'en emparent par la force" (Matthieu 11:12). Ce verset plutôt étrange est une référence à ceux qui recherchent Dieu de manière telle qu'il n'est pas inapproprié d'utiliser le mot "violence" pour le décrire. Le ministère de saint Jean-Baptiste a été marqué par son jeûne et ses luttes dans la prière. ce sont de tels efforts qui sont "violents" dans la vie chrétienne. Ce devrait être la norme dans la vie chrétienne que les saints mystères soient abordés avec l'ascèse. Plutôt que de s'approcher de Dieu avec une attitude de droit ("Ceci est ma Communion") nous nous approchons luttant contre le péché dans notre vie: par le repentir, la confession, le pardon, le jeûne. Dans une vie chrétienne, ce sont des actes d'amour.

Dans toutes nos relations saines un certain niveau d'ascèse est pratiqué, mais il est rare qu'on le reconnaisse comme tel ou qu'on le nomme ainsi. Dans le mariage, nous comprenons que les maris doivent "aimer leurs femmes comme le Christ a aimé l'Église" (Eph. 5:25) c'est-à-dire, qu'ils sont appelés à donner leur vie pour elles. Un mariage romantique construit sur des phrases, plutôt que sur des actes de sacrifice d'amour, peut trop facilement être un mariage voué à l'échec.

Ce n'est pas que nous gagnions [par nos efforts] la Grâce ou le salut - Je soutiens que chaque effort de "lutte" est en soi un effort possible et infusé par la Grâce. [Mais le don de notre salut ne doit pas être assimilé à un homme qui n'a jamais pris une batte de baseball et qui dans la dernière phase d'une partie difficile, s'en emparerait et ferait gagner son équipe...] La Grâce pourrait fonctionner ainsi, mais nous serions avec Walt Disney et non pas avec Jésus-Christ. Ainsi, le Dieu qui nous sauve par la Grâce nous dit: "gardez mes commandements", et un certain nombre d'autres choses. [Une exception: le bon larron. Bien que même il connut sûrement une lutte lorsqu'il se fraya un passage vers ces paroles: "Souviens-toi de moi dans Ton Royaume."] Dieu ne nous abandonnera pas si nous entreprenons cette lutte -, mais nous devons lutter- car telle est la vie dans la Grâce.

Avant j'ai été reçu dans l'Église orthodoxe, par nécessité j'ai acquis une autre "approche" de la Communion. Assistant aux Offices avant d'avoir été reçu dans l'Église, je savais que je ne serais pas encore en mesure d'approcher du Calice. Mais j'ai gardé le jeûne. Depuis minuit je n'ai rien mangé. Ainsi, comme le reste de la congrégation, j'ai chanté dans la faim, tandis que le Ciel nous entourait et que Dieu Se donnait à nous sur Son Autel Très Saint. Je ne pouvais pas manger - mais je pouvais lutter pour manger - je pouvais avoir faim.

La faim n'est pas la plénitude de la foi - mais, si je puis m'exprimer ainsi - cela fait partie de la plénitude. Et à certains moments une partie de la plénitude est plus que rien!

Je pense que c'est un point important pour une grande partie de notre vie. Il y a une plénitude de la Coupe du Salut que la plupart d'entre nous n'ont pas encore goûtée, même si nous allons vers la Coupe chaque dimanche. Je ne connais pas encore la plénitude de l'amour pour mes ennemis, ou du pardon de mes amis, ou de cheminer sans crainte (chacun de nous peut allonger cette partie de la liste). Mais je peux connaître quelque chose de la plénitude de la faim pour ces choses, et la difficulté quotidienne de lutter pour elles par la Grâce.

Et par la Grâce, je prie enfin d'avoir été amené au-delà de cette frontière du péché qui me sépare des autres et de moi-même, uni au Christ et à la liberté qui vient de Lui seul.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après le weblog

mercredi 9 décembre 2015

Staretz Macaire d'Optino ( 1834-1860) Lettres à ses enfants spirituels.(R)


Saint Macaire d'Optino: L'humilité et la consolation spirituelle

°Prends grand soin de tes enfants: nous vivons à une époque où on donne beaucoup de liberté à l'expression de la pensée, mais sans se préoccuper du fait que les pensées doivent être fondées sur la Vérité. Apprends-leur à aimer la Vérité.

°Quand l'Ennemi insère le désespoir dans ton cœur, faisant venir en ton intellect les pensées d'anciens péchés si noirs qu'il ne peut y avoir d'espoir de pardon, retiens-toi de mettre tes propres mérites dans la balance pour contrebalancer le poids de tes péchés. Pense aux mérites de notre Seigneur Jésus-Christ: Ce sont les seuls mérites qui nous procurent le salut.

°Souviens-toi aussi que notre Mère l'Eglise prie aussi pour nous pécheurs à chaque eucharistie.

°Une fois de plus je dois me répéter: tu penses trop vite que la sensation de chaleur corporelle que tu ressens durant la prière sont des signes sûrs d'une grâce, c'est faux! Ce n'est rien de tel: c'est plutôt une tentation du Malin. Accepte ce qui advient dans l'abandon et restes-en là, sans tirer de conclusions hâtives.

°Quand tu verras X... transmets-lui mes plus chaleureuses salutations et mes meilleurs vœux de prompt rétablissement. Mais dis-lui aussi que même si sa foi et son espérance sont fortes, il ne doit pas mépriser l'aide d'un médecin. Dieu est le Créateur de tous les hommes et de toutes choses: non seulement du patient, mais aussi du médecin, de la science du médecin, des plantes médicinales et de leur pouvoir curatif.

°Et veille à ce que ta foi ne diminue pas d'intensité. Car même ces grands serviteurs de Dieu qu'étaient les prophètes ne pouvaient rien pour ceux qui manquaient de foi.

°"Il n'est nul endroit où l'on puisse se mettre à couvert des armées de tentations, si ce n'est dans les profondeurs de l'humilité."

° Tu as bien sûr tout à fait raison: il n'est aucune place pour le doute! Le Seigneur veut ardemment rassembler tous les hommes dans Ses bras. Tous, et plus particulièrement les pires pécheurs!

°Quand tu es assailli par les tentations, demande du courage dans ta prière et de la force pour rester ferme. Souviens-toi qu'il y a l'éternité!


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Russian Letters of Direction 
Macarius, Starets of Optino 
SVS Press 1975 
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mardi 8 décembre 2015

Saint Père Païssios l'Athonite: L'esprit séculier dans le monachisme (R)


-Staretz, nombreux sont ceux qui nous disent: "Vous vivez au paradis". 
Eh bien, vous feriez mieux de dire une prière pour ne pas perdre l'autre paradis... [id est celui du Ciel]. Je serais consolé, si les laïcs étaient impressionnés par votre développement spirituel, sans que vous ne vous en aperceviez (à cause de votre progrès spirituel) et sans vous forcer pour cela, mais plutôt, cela devrait arriver seul - naturellement et en interne. Essayez de ne pas vous perdre vous-mêmes dans des questions perdues, de sorte que vous ne perdiez pas le Christ. Autant que possible, essayez d'atteindre une conscience monastique. Vivez  spirituellement comme des moniales, n'oubliez pas le Christ, afin qu'Il se souvienne de vous. Je n'ai pas l'intention de vous affliger - seulement de vous aider, de vous soutenir. Essayez de distinguer l'esprit séculier qui, quand il pénètre dans le monachisme attriste le Christ Lui-même, et rejetez-le comme un esprit étranger.

Malheureusement, l'esprit du monde séculier est également entré dans de nombreux monastères, parce que certains Pères de notre temps canalisent le monachisme dans un canal séculier, et les âmes ne sont pas guidées vers l'esprit de grâce patristique. Je vois un esprit anti-patristique qui prévaut dans les monastères de nos jours; ils n'acceptent pas ce qui est bon et patristique, c'est-à-dire qu'ils ne vivent pas patristiquement, mais au lieu de cela, ils abaissent toutes leurs élévations spirituelles faites au nom de l'obéissance et du retrait de sa volonté personnelle, et ils obéissent à leurs volontés séculières respectives. De cette façon, ils ne font plus aucun progrès, parce qu'ils ont invité la tentation - l'esprit séculier - à partager leur cellule cénobitique. Nous n'avons pas le droit d'interpréter les commandements de Dieu de la manière qui nous plaît, nous n'avons pas non plus le droit de présenter le monachisme comme nous le voulons. C'est une chose de reconnaître nos faiblesses et de demander humblement la miséricorde de Dieu, mais pour moi, le plus grand mal est qu'il y a ceux qui considèrent l'esprit séculier comme un "progrès", alors qu'ils devraient le percevoir comme une chute et devraient le vomir afin d'être spirituellement purifiés, pour que l'Esprit Saint vienne rapidement. C'est l'Esprit Saint qui sanctifie, informe et soutient les âmes.

Il y a aussi ceux qui disent: "Nous devons présenter notre culture". Quelle culture devrions-nous présenter? La culture séculière? Normalement, nous devrions présenter notre culture spirituelle, notre progrès spirituel. Où est notre progrès spirituel? Nous ne devrions pas dépasser les laïcs dans le progrès profane. Les laïcs sont tourmentés par le progrès séculaire, les moines encore plus! Nous avons besoin de courir beaucoup plus vite "spirituellement", afin que les séculiers puissent également faire quelque chose. Même si nous faisons ce qu'un laïc très spirituel fait, même cela ne sera d'aucune aide, parce que les gens n'auront qu'un laïc très spirituel comme exemple. Nous avons besoin de les surpasser. Un moine ne devrait pas avoir ces progrès séculiers comme objectif. Ce serait insulter le monachisme. Un moine qui pense d'une manière séculière a manifestement perdu son chemin; bien qu'il se soit engagé pour le Christ, son âme se tourne vers le monde. Avec le développement séculier -qui est considéré comme un progrès- le monachisme est conduit à la décomposition spirituelle. Il y a tant de choses qui ont été perdues dans le monachisme aussi - de la même manière que dans le monde, quand l'honneur et le respect sont perdus et sont considérés comme de simples conventions! C'est pourquoi je sens que je vais exploser! J'ai envie de partir pour la montagne! Quand une personne n'a pas vécu quelque chose de sublime, elle ne se soucie pas tant de la vie spirituelle qu'elle mène à sa manière propre. Mais pour celui qui est forcé de vivre de cette manière, avez-vous une idée du genre de torture que c'est? Si le Christ devait me rendre digne de vivre la vie que je veux vivre - dans l'isolement - et de mourir bravement, je considèrerais que c'est comme mourir au front. Maintenant, cela vaut la peine de mourir, cela vaut la peine de donner un témoignage, d'offrir un sacrifice, seulement pour n'avoir pas, par amour,  calomnié les Pères Saints...

Ne devrions-nous pas faire une pause pour réfléchir un peu sur les Pères Bénis que nous lisons constamment, où ils vivaient et comment ils ont vécu? Le Seigneur avait dit: " Les renards ont des tanières, mais le Fils de l'Homme n'a pas où reposer Sa tête!" Quelle déclaration extraordinaire! Et avez-vous remarqué à quel point ils se sont efforcés d'imiter le Christ en vivant dans des grottes? Ils pouvaient sentir la joie du Christ en toutes choses, parce qu'ils avaient imité le Christ en toutes choses. Toute leur attention était centrée. Les Saints Pères avaient fait du désert leur régime spirituel, et pourtant aujourd'hui, nous le transformons en une organisation politique séculière. L'Eglise du Christ fuit dans le désert, pour être sauvée, et nous avons transformé le désert en une organisation politique séculière, de sorte que les gens sont scandalisés, que les gens ne sont pas aidés et n'ont rien à atteindre. C'est l'immense danger que je peux voir en ces années difficiles que nous vivons. Même si nous avons plus de raison de vivre monastiquement de nos jours -afin d'avoir la force divine- malheureusement nous sommes altérés par l'esprit séculier et nous sommes de plus en plus faibles. En d'autres termes, nous chassons notre esprit, ne laissant que notre carcasse vide.

Aujourd'hui il y a des moines qui vivent superficiellement le monachisme: ils ne fument pas, ils vivent chastement, ils lisent la Philocalie, ils font toujours référence aux Pères. Cela est similaire au comportement séculier, avec ceux qui s'abstiennent de mensonges, qui se signent, qui vont à l'église et quand ils grandissent, prêtent une attention particulière aux questions morales. Et je pense que cela est tout ce qu'il faut… Eh bien, c'est ce qui se passe dans certains monastères aussi, et les laïcs sont attirés d'abord, mais quand ils ont appris à mieux connaître, ils réalisent que ces moines ne sont pas différents des gens qui vivent dans le monde, parce qu'ils ont conservé l'esprit séculier dans son intégralité. Si les moines fumaient, lisaient les journaux, parlaient de sciences politiques, alors les gens les éviteraient, dans la mesure où ils seraient tout comme les laïcs du dehors, le monachisme ne serait pas terni.

Lorsqu'un moine est devenu spirituellement affaibli, avec quoi peut-il sensibiliser une personne qui vit dans le siècle? Si vous laissez une bouteille d'alcool pur ouverte, il perdra toute sa saveur. Il ne tuera pas les germes, ni ne s'allumera avec une flamme. Si vous essayez de l'utiliser sur une mèche, il gâtera la mèche. La même chose arrive avec un moine, s'il ne fait pas attention: il chassera la grâce divine, et il ne lui restera que son habit de moine. Il sera comme l'alcool qui a perdu sa saveur. Il ne sera pas en mesure de "cautériser" le Diable! "Pour les moines, les anges sont la lumière, aux gens du monde, les moines sont la lumière"! Eh bien, il ne sera pas même de la lumière par la suite. Avez-vous une idée du caractère destructeur de la conscience séculaire? Si cet élément spirituel quitte le monachisme, il n'y aura plus rien. Parce que "si le sel perd sa saveur", il n'est pas approprié, même pour le fumier. Alors que les ordures peuvent devenir du fumier, le sel ne peut pas être utilisé comme du fumier; et si vous l'utilisez sur une plante, il la fanera. Notre époque est une ère où le monachisme doit rayonner. Cet état présent pourri a besoin de ce "sel". Si les monastères ne maintiennent pas une conscience séculaire, mais préservent l'état spirituel, ce serait leur plus grande offrande à la  société. Ils n'auraient même pas besoin de parler ou de donner toute autre chose, parce que leur manière même de vivre "parlerait" pour eux. Et c'est ce dont le monde a besoin aujourd'hui.

Avez-vous vu le point que l'Eglise catholique a atteint? je me souviens, il y a des années, j'étais au monastère de Stomiou à Konitsa, quelqu'un m'a apporté une coupure de journal qui écrivait: "Trois cents nonnes ont protesté, de ne pas être autorisées à regarder un film dans un cinéma, et parce que leurs jupes devaient être longues et pas arriver au genou…" J'ai été tellement exaspéré quand j'ai lu cela, que je me suis écrié: "Mais, pourquoi ont-elles voulu devenir religieuses, en premier lieu?" L'article de journal mentionnait à la fin qu'elles ont finalement rejeté leurs habits de nonnes. Bien que, à en juger par leur manière de penser, elles avaient rejeté l'essentiel, bien avant leur habit monastique. Une autre fois, j'ai remarqué une religieuse catholique qui n'était pas différente d'une femme du monde. Elle était censée faire un travail missionnaire, mais elle était totalement… Eh bien, comme certaines jeunes dames très séculières. Nous ne devons pas permettre que l'esprit européen nous infiltre nous aussi; nous ne devons pas atteindre cet état aussi.

-Staretz, se débarrasser de la mentalité séculière, cela semble être une chose très difficile. 

-Ce n'est pas difficile, il faut juste être sur le qui-vive. Se rappeler constamment ce qu'Arsène le Grand a dit: "Pourquoi êtes-vous sortis (du monde)?" Nous essayons d'oublier pourquoi nous sommes venus au monastère. Tous les gens commencent, plus ou moins bien, mais ils ne finissent pas bien parce qu'ils oublient pourquoi ils sont allés au monastère.

-Staretz, tu as dit que l'esprit séculier infiltre le monachisme et la guidance spirituelle est perdue. Le véritable esprit du monachisme sera-t-il préservé?

-Ce n'est qu'une tempête qui passe, Dieu ne le permettra pas.

-Staretz, une pensée m'a traversé l'esprit: est-ce que des lieux monastiques qui conservent le courant spirituel existent encore?

Quel malheur, s'ils n'existaient pas! Il y a des moines qui vivent très spirituellement, sans bruit. Il y a des âmes dans chaque monastère, dans chaque Cathédrale etc… Ce sont ces âmes isolées qui font que Dieu nous tolère...
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
(SourceElder Paisios «Epistles», by «Evangelist John the Theologian Publications», pp.44-46).
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